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samedi 10 octobre 2026

Les lascars du LEP (manifs novembre-décembre 1986)



Contexte

Le film est né au cœur du mouvement étudiant et lycéen contre le projet de loi Devaquet (novembre–décembre 1986), qui visait à instaurer une sélection à l'entrée de l'université et une concurrence entre établissements. Le mouvement, parti de Paris XIII-Villetaneuse le 17 novembre, a culminé avec 800 000 manifestants le 4 décembre à Paris, avant d'être précipité par la mort de Malik Oussekine sous les coups de la police. Le gouvernement Chirac retire le projet le 8 décembre 1986.

 

Le film

En 1986, au cœur du mouvement contre la loi Devaquet, des élèves d’un lycée professionnel refusent d’être les oubliés d’une lutte centrée sur l’université. Par leurs tracts, leurs colères et leur humour, les « lascars du LEP électronique » attaquent l’école, le travail et la sélection sociale qui les destine déjà à l’usine ou au chômage. Un ciné-tract rageur et drôle contre la sélection, le mépris de classe et le travail subi.

Sens critique

Découvert dans l'effervescence de la fac occupée de Saint-Denis, lors d'un UFR zéro suspendu au rythme des assemblées générales et des discussions nocturnes, ce documentaire a littéralement transformé mon rapport à l’engagement. Les lascars du LEP électronique (1986) n'est pas seulement un témoignage historique ou une simple archive sociologique : c'est un véritable outil de politisation concrète. En suivant ces jeunes de lycée professionnel, le film met en lumière une parole brute, lucide et profondément politique, loin des grands discours institutionnels. Le visionner dans ce contexte de lutte, entouré de camarades en train de réinventer l'université, a résonné de manière saisissante avec nos propres questionnements. Il interroge la place de la jeunesse, la dignité des filières techniques et la force de l'action collective face au mépris systémique. Une œuvre rare qui a considérablement enrichi et complexifié ma manière de penser la politique, le terrain et la transmission des luttes. Gabriel Oughanem, 1er octobre 2026

Une analyse du film à lire EN ENTIER ICI

Vraisemblablement, le collectif de réalisation s’est constitué au sein de la mobilisation contre le projet Devaquet. Le groupe signataire des tracts des « Lascars du LEP électronique » s’est lui-même formé pendant le mouvement, si l’on en croit le témoignage des cinq « lascars » qui apparaissent sur l’écran. L’enceinte du lycée marque l’étape de confection du tract. Elle est également l’occasion d’une première rencontre avec le milieu anarchiste puisque, selon le témoignage d’un militant, les lycéens sont alors influencés par un surveillant proche de la Fédération anarchiste. Cependant, l’idée du film n’appartiendrait pas aux lascars qui ne voient pas dans la vidéo, le prolongement naturel du tract papier. (…) Au prisme du récit de la diffusion de leurs tracts dans les entretiens, on peut d’ailleurs dessiner la trajectoire des lycéens dans la géographie du mouvement. Plusieurs lieux de contact avec les milieux libertaires aboutissent probablement à l’intégration matérielle des lascars dans le cortège anarchiste durant la manifestation du 4 décembre 1986 puisque, au cours de ce rassemblement, l’un des auteurs des tracts reconnaît avoir été proche de François Rigal, étudiant en géographie, engagé à la Fédération anarchiste, qui perd un œil à la suite d’un tir tendu de gaz lacrymogène. Toujours est-il que cette immersion progressive dans le monde militant n’enlève rien à la spontanéité des lascars. Ils sont salués par les milieux anarchistes au nom de l’« air de liberté » apporté au mouvement, selon la formule du commentateur d’On a voulu nous rendre con, c’est raté. Mettre en image le discours des lascars répond donc à un besoin inassouvi d’espoir social. Dès lors, les tracts signent l’identité du film.

Mélisande Leventopoulos (Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) et Catherine Roudé (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
« Cinémas libertaires - Au service des forces de transgression et de révolte », sous la direction de Nicole Brenez et Isabelle Marinone, Presses universitaires du Septentrion, 2015
Lire ici une présentation de ce livre collectif qui explore la diversité des cinémas libertaires


LE LIVRE-TRACT : Vous ne pouvez rien faire contre nous, nous vous empêchons de vieillir !

Textes écrits par des lycéens d’un établissement technique lors du mouvement contre la loi Devaquet de 1986
"Cette œuvre est libre, selon les termes de la licence creative commons CC0 – Domaine public. »

Alain Hurtig (alain.les-hurtig.org) avait méticuleusement recueilli ces tracts.
Fabrice Luraine en signe la préface aux Éditions du commun.

EXTRAIT DU LIVRE

Nous critiquons l’université ;
nous critiquons les étudiants.
Nous critiquons l’école.
Nous critiquons le travail.

L’école nous don­ne de mauvaises places,
l’université vous donne des places médiocres.

ENSEMBLE CRITIQUONS-LES !

Mais ne nous dites pas : « Il faudra
toujours des balayeurs, des ouvriers »
ou alors allez-y les gars, ces places-là
on vous les abandonne de bon cœur, 
ne vous gênez pas !

ON A VOULU NOUS
RENDRE CONS…
C’EST RATÉ !