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mardi 10 mars 2026

Gérard Guégan sur Champ Libre ( vidéo enregistré en 2017)

QUELQUES REFLEXIONS A PARTIR DE CETTE VIDEO AVEC GERARD GUEGAN (EN ATTENTE, UN APERÇU PLUS COMPLET A PARTIR DES LIVRES DE GUEGAN)

TEXTE ACCOMPAGNANT LA VIDEO : Gérard Guégan, protagoniste éditorial avisé dans les années 1968, affirme en 1983 que la force des nouvelles formes d’écriture tient à la nouvelle et explosive alchimie des mots et des images nés « de la décrépitude des idéologies et sur le cadavre du gauchisme, disons au milieu des années 1970 ».
Les Éditions Champ libre naissent de la rencontre, en mai 1968, entre Gérard Lebovici, imprésario et producteur de cinéma, ami de Truffaut, et Gérard Guégan, critique aux Cahiers du cinéma et membre du groupe contestataire Prisu, en rupture avec le PCF et avec le gauchisme. Le dessinateur Alain Le Saux les rejoint en tant que directeur artistique et les premiers ouvrages sont publiés fin 1970. La ligne éditoriale, conçue en opposition à celle des « Cahiers libres » des Éditions Maspero, se veut plus libertaire et révolutionnaire, et accueille une constellation des contestations les plus radicales.
Gérard Guégan participe en 1974 à la relance de la maison d’édition Le Sagittaire, qui a connu son heure de gloire avec les Surréalistes entre 1920 et 1940 et dont Claude Fasquelle est propriétaire du fonds. Vont s’y retrouver, en plus de Alain Le Saux et de Raphaël Sorin, Annie Le Brun et Olivier Cohen. Jusqu’en 1979, Gérard Guégan y publie une cinquante d’ouvrages, dont "Les Déclassés" de Jean-François Bizot, le journal "Un jeune homme chic", chronique punk d’Alain Pacadis, "Lâchez tout" d’Annie Le Brun ou la revue "Subjectif", dans laquelle les photomontages de Le Saux annoncent la « dictature graphique » de Bazooka dans "Libération".

 

LIEN VIDEO: Rencontre Gérard Guégan à La Maison rouge, le 11/05/2017

 

 

La maison d'édition Champ Libre propose une offre politico-culturelle correspondant à une demande, celle des nouveaux lettrés issus des couches moyennes ascendantes durant les années 1960. Outre le contexte social et anticolonial, c'est pour se distinguer de cette masse que cette fraction s'agite, diffusant un mode de vie de bohème politisée, mais avec dans le viseur les mêmes intérêts : piloter la société, certes avec le flamboyance du  susucre de la révolution (pour rentrer au bercail quand celui-ci aura fondu). D'une part, en se frottant aux centres du pouvoir culturel et symbolique avec lesquels elle partage un même territoire (afin de s'y substituer et finalement s'y fondre); d'autre part, en laissant de côté la masse des travailleurs dont les intérêts "sans envergure" ne l'intéresse pas (ce que reflète parfaitement cette vidéo par le récit, les intervenants et le public), coïncidant en cela dans une même stratégie unifiée de classe, celle de l'encadrement des gueux et du service oligarchique.

"Prévoir en stratège, agir en barbare", René Char. Cette phrase-slogan est soulignée dans cette rencontre par Gérard Guégan pour définir l'état d'esprit de sa génération après Mai-68 et durant les années gauchistes en envisageant la révolution comme horizon et comme style de vie radical-littéraire: la rive gauche étant psychogéographiquement le cœur battant de la galaxie de l'Esprit, la stratégie se règle-là, les planètes s'alignent après. C'est le grand flash de l'utopie à la française.
 
En Mai 68, lui et tant d'autres font le gros de leur éducation populaire en 8 jours. Au feu si l'on veut, d'où l'importance de la stratégie devenant dès lors une discipline contre-culturelle  dans le contexte français.
 
 
REMARQUE SUR GUY DEBORD ET LA STRATEGIE : Ce n'est pas la seule influence dans sa vie, et il y en a de forts précoces, mais ce contexte d'agitation collectivement vécue est essentiel pour comprendre pourquoi Debord se voit à partir de cette époque en stratège plutôt qu'en théoricien, notamment après la parution de La société du spectacle en 1967. En faisant de la stratégie son nouveau dada, ce "talentueux chroniqueur de sa propre classe moyenne névrosée", ne fait que suivre la pente de celle-ci et notamment de la montagne Sainte-Geneviève en plein ébullition bohème-gauchiste.