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samedi 28 février 2026

La grande lutte des mineurs (Louis Daquin, 1948)


 La longue et âpre grève des mineurs français de novembre et décembre 1948. Après une évocation de la dureté de la profession, ce film d'agitation décrit le déclenchement de la grève, son déroulement, et s'achève par un appel à la solidarité.

Un discours véhément, une bande son extrêmement travaillée, des images d'affrontements et un montage remarquable stigmatisent les agissements des C.R.S. (« CRS=SS »), la présence de l'armée dans les corons et les responsabilités du gouvernement soumis aux intérêts américains.

À rebours, ce film collectif exalte l'héroïsme des mineurs, la solidarité et l'internationalisme prolétariens. Le nom du ministre socialiste Jules Moch est prononcé "moche", (sans doute pour la rime avec le mot "boche" également utilisé). Séquence montrant les bus des municipalités communistes de la région parisienne venant chercher les enfants de mineurs (bus de Bezons, Villejuif, Stains, Dugny, Gentilly, Issy-Les-Moulineaux, Villeneuve-Saint-Georges).
Le commentaire précise que l'on propose aux mineurs étrangers « un dilemme machiavélique » : « le travail de briseur de grève, ou la reconduite à la frontière » (« Pour les espagnols, c'est la mort »).
Un des plans finaux, symbolique, plusieurs fois repris dans d'autres films militants, montre une vieille femme blanche et un travailleur noir en train de manifester côte à côte, au son de L'Internationale.

La grande lutte des mineurs, marqué par la guerre froide, fut conçu pour susciter une solidarité active en faveur des mineurs en lutte (dons en nature et en argent, accueil des enfant de grévistes). Il fut interdit par la censure, suite à l'arrêté du 6 décembre 1948 qui soumettait les films non-commerciaux à une censure préalable, ce qui permettait l'interdiction de la plupart des films militants alors produits par le P.C.F. et la C.G.T.. Si cet arrêté visait en priorité "La grande lutte des mineurs", il fut ensuite utilisé couramment utilisé pour interdire les films militants produits durant la guerre froide. Pour éviter (en vain) la censure du film, Louis Daquin assuma la paternité de sa réalisation et Roger Vailland celle de son commentaire. René Vautier, alors assistant-stagiaire, ne put réellement participer au tournage du film puisqu'il fut appréhendé par les C.R.S. sur le port de Dunkerque.

Générique : La fédération des Travailleurs du sous-sol présente / La grande lutte des mineurs/ Réalisé bénévolement par les techniciens et les travailleurs de l'industrie du film (C.G.T.). RPC N° 56757
Réalisation attribué à Louis Daquin
Images : André Dumaître, Louis Félix
Montage et commentaire : Paula Neurisse, Fabienne Tzanck
Assistant stagiaire : René Vautier
Musique : ?, Internationale (son direct)
Commentaire : Roger Vaillant
Personnalités : Jules Moch
Lieux et monuments : Nord, Firminy
Lieux, évènements et personnes cités : Courrières, Petite Recelle, Liévin, Puits Renard ; Grèves de 1941, combats de 1944, Bataille du charbon, Résistance ; Daniel Meyer, Schumann, Lacoste, Jouhaux, Jean Jamsek (mineur tué le 7 octobre à Merlebach), Jules Moch.

NOTE : A six mois de distance Daquin tourne Le Point du jour, où la documentation est l'aspect préliminaire et La Grande lutte des mineurs, sur les grèves de l'automne 1948 et leur violente répression. «Ce n'était pas le metteur en scène qui y allait, c'était le militant. C'est par militantisme que je suis allé au documentaire» écrivait Daquin.

Extrait du commentaire : «La mine, paysages durs et sombres où la poussière noire recouvre tout. La mine, décor de roman, prétexte à belles images, source inépuisable d'effets faciles. Mais la mine qu'est-ce encore ? Surtout et avant tout des hommes.

Ces hommes descendant sous terre quand le soleil se lève,et ne remontant à la surface qu'avec l'ombre. Ces hommes meurent jeunes parce qu'ils sont imprégnés de cette poussière de charbon qui de mois en mois pénètre dans les poumons. Ces hommes, ce sont les mineurs à qui on a tout demandé et qui ont tout donné: les grèves héroïques de 41 qui entravèrent la guerre des nazis, les combats de 44 qui firent plus proche la victoire, et enfin l'extraordinaire période qui suivi la libération, la bataille du charbon. Alors qu'en 1919, il a fallu cinq années pour compenser la perte causée par la guerre, en 1945, moins de deux années suffirent à combler le retard. Les mineurs relèvent la France avec leurs piques, avec leurs bras, avec leur cœur.

Et cette période d'enthousiasme et de courage, c'est celle que choisit Daniel Mayer pour traiter les mineurs de «Rouffians», c'est celle que choisit Schumann pour leur reprocher de travailler le dimanche ! Quel respect brusquement pour les droits syndicaux !"

mercredi 9 octobre 2024

325.000 francs (Jean Prat, 1964)

 Scénario : Jean Prat, Roger Vailland / Téléfilm ORTF

Roger Vailland se met en scène comme témoin, et parfois acteur, de l’histoire qu’il raconte. Après son installation à Meillonnas, il se rend fréquemment à Oyonnax, selon lui pour voir des parents. La ville, autrefois spécialisée dans la fabrication de peignes de buis, géant dans le Jura, s’est reconvertie dans l’industrie de la matière plastique. On y fabrique tout en « plastique », des peignes aux chaises en passant par les fleurs et les poubelles.

La famille Busard se partage entre les edelweiss que le père continue à tailler dans le buis et le polissage des montures de lunettes que sa femme et sa fille traitent à domicile pour une usine voisine ; Bernard, quant à lui, a « dit non une fois pour toutes » : il ne s’épuiserait ni sur du buis comme son père, ni sur une presse à injecter comme les autres jeunes de la ville. Sa passion, c’est le vélo, comme Vailland, dont cela le rapproche. Il fait les courses locales et en gagne parfois, mais il est desservi par son impétuosité. Ainsi, dans le « Grand prix de la Droguerie centrale », attaque-t-il trop tôt, chutant de plus à cause d’un gamin qui lui coupe la route, et doit laisser la victoire au ventre jaune (Bressan) Bonnefond.

Or Bernard est très amoureux de Marie-Jeanne, qui le fait languir depuis un an. Elle veut en fait surtout quitter Oyonnax. Une occasion se présente : on propose à Bernard de prendre la gérance d’un Relaisroute. Mais il faut pour cela une mise de fonds, et si son père et Marie-Jeanne mettent la main au pot, il lui manque 325.000 francs.

Il décide alors de rompre son serment de ne jamais travailler sur une presse, et de s'y mettre avec un collègue, par tranche de quatre heures en continu, durant six mois, soit douze heures par jour sans repos hebdomadaire, et sans la majoration des heures supplémentaires, ce qui fait hurler le syndicat. Le collègue, ce sera le ventre jaune Bonnefond, dont il connaît l’endurance.

Bernard s’épuise d’autant plus que les roulements de quatre heures ne ménagent guère la possibilité de dormir, et qu’il continue de voir Marie-Jeanne quatre soirs par semaine. Il ne tient qu’à coups de Maxiton, et l’arrivée d’un nouveau système de refroidissement augmente les cadences.

Ce qui devait arriver bien sûr arrive…

La voix de Roger Vailland prête « aux marxistes » la moralité de sa fable : « On n’échappe pas à sa condition sans transformer la société qui vous a enfermé dans cette condition ». 


Le téléfilm est tourné à Oyonnax, sur les routes de l’Ain et à Meillonnas.

La présence de Roger Vailland, que les premières images montrent à sa table de travail, est émouvante : malade au point d'avoir planifié son suicide, il mourra en mai suivant à Meillonnas.

l'histoire fait partie du cycle: https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_nouveau_(cycle_litt%C3%A9raire) ...Cet « homme nouveau » dont parle Roger Vailland — qu’il appelle aussi souvent le Bolchevik — naît avec la fin de la guerre... 

Et mourir de plaisir/Le Sang et la Rose (Roger Vadim, 1960)

Scénario : Roger Vadim, Roger Vailland, Claude Brulé et Claude Martin d'après la nouvelle de Sheridan Le Fanu, Carmilla (1871)

 
 
La très belle Carmilla et son cousin Leopoldo Karnstein, derniers descendants d’une lignée de réputation maudite (suspectée de vampirisme), habitent une riche demeure de la campagne romaine. La venue de Georgia, la fiancée de Leopoldo, provoque un comportement singulier chez Carmilla. Elle paraît s’identifier chaque jour davantage à son ancêtre Millarka dont elle est la copie conforme du portrait qui trône à la place d’honneur de la résidence. Lors de la soirée costumée donnée en l’honneur des fiançailles, et à la surprise générale, Carmilla apparaît dans la même robe blanche que porte Millarka sur le tableau. La tombe de celle-ci est d’ailleurs la seule à avoir échappé à la profanation perpétrée autrefois par les villageois : la dépouille de Millarka n’a pas eu le cœur transpercé d'un pieu comme le reste de ses ancêtres…