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dimanche 11 octobre 2026

La Cinémathèque française en 1962

 


Jean Herman
France / 1962 / 8:55

Vue par un jeune réalisateur, la Cinémathèque française en 1962 : sa salle de projection de la rue d'Ulm, ses bureaux de la rue de Courcelles, son personnel (Lotte Eisner, Mary Meerson, Marie Epstein, ...) et le gardien des lieux, Henri Langlois.

Épisode appartenant au film Chroniques de France n° 2 (1962), mais le titre seul a fait l'objet d'une sortie en tant que court métrage à part entière en 1964. Numérisation et étalonnage réalisés par la Cinémathèque française d'après négatif et matériel de tirage déposés par Les Documents cinématographiques en 2015. Remerciements particuliers à Brigitte Berg.


1962 est une année qui compte pour la Cinémathèque française, toute auréolée du prestige récent d'avoir été l'« école de la Nouvelle Vague » ou, comme il est dit dans ce film court, le foyer des « jeunes hommes qui portent en eux le cinéma de demain ». En 1962, Henri Langlois, officiellement secrétaire général d'une association qu'il dirige depuis sa fondation, donne de longs et passionnants entretiens au Monde et aux Cahiers du cinéma. Un « patron » de la cinéphilie certes, mais aussi méfiant (« Est-ce que vous avez des ennemis ? – Écoutez, il ne faut pas poser des questions pareilles ! ») et secrètement inquiet de savoir sa Cinémathèque dans le collimateur de la Cour des comptes. En 1962 encore, les invités prestigieux se succèdent, ainsi Buster Keaton qui pleure rue d'Ulm en recevant l'ovation d'une jeunesse qui lui vouait un culte sans qu'il le sache. On la voit, cette jeunesse de 1962, dans le film de Jean Herman, 29 ans, diplômé de l'IDHEC, assistant réalisateur de Rossellini pendant son voyage en Inde, plus tard écrivain connu sous le nom de Jean Vautrin. Et comme cette jeunesse, son film est reconnaissant au Langlois d'hier et d'aujourd'hui, mais avec un ton et d'une manière drolatique, voire caustique, évitant ainsi heureusement le piège de la génuflexion et de la révérence devant le « grand homme » qui, lui-même, passait son temps à contester l'ordre établi. De l'ordre, on voit bien qu'il y en a peu rue de Courcelles, à la fois bureaux de la Cinémathèque et lieu d'exposition, sorte de repaire où vivent en reclus, affairés à des tâches mystérieuses, des hommes et des femmes au milieu d'objets extraordinaires, vus comme à la dérobée : théâtre optique, fusil chronophotographique, manteau de Lola Montès, zootrope, étoile de mer dans son bain révélateur, kinétoscope, momies et mannequins de cire... La Cinémathèque, c'est le cabinet du docteur Caligari et la caverne d'Ali Baba, c'est aussi le siège de l'obsession d'un homme aux yeux cernés : « J'ai horreur des collectionneurs, je suis un monsieur qui veut sauver des films, mais des films pour les montrer ! »

Bernard Benoliel

lundi 26 février 2024

Dziga Vertov / Henri Langlois

 


Roger LOUIS introduit le reportage. Henri LANGLOIS, directeur de la Cinémathèque française, présente le travail du cinéaste soviétique Dziga VERTOV. Il souligne l'influence de ses manifestes dans l'histoire du cinéma. - L'interview de LANGLOIS est illustrée de larges extraits de "L'homme à la caméra". Puis sur des images du film, lecture d'un extrait par un comédien non identifié, du manifeste "Ciné-oeil" de Dziga Vertov (1923).

samedi 24 février 2024

Boris Barnet à la cinémathèque: le rouge tient


J'aurai donc raté - car complète - la séance de projection d'Une fois la nuit, un film de Boris Barnet sur la guerre et filmé pendant la guerre avec toute la noirceur vécue sur le front de l'Est: le type de film essentiel pour récupérer l'histoire volée de l'Europe par les occupants d'hier et d'aujourd'hui...et justement impossible à voir autrement car il n'est pas édité en DVD. L'attente à propos de ce film était notamment de le comparer à Rome ville ouverte de Roberto Rossellini. Raté aussi le dialogue ultérieur avec Bernard Eisenschitz (mais il sera mis en ligne plus tard). Ça c'est pour le samedi 24. 

Ne pouvant voir tout le cycle de la cinémathèque, je suis passé le vendredi 23 à la bibliothèque (du cinéma) Truffaut pour faire ma récolte des films de Barnet. Pas un seul, je me suis fait doublé. Il y a une tension en ce moment sur les films soviétiques, notamment les moins connus. Derrière Eisenstein et Tarkovski, d'autres comme moi ont commencé à gratter dans la forêt de films, d'auteurs, de langues aussi: un vrai continent pour le coup, le grand continent eurasien.

J'ai eu la chance de voir le Guerre et Paix de Sergueï Bondartchouk cet été en empruntant le film à Truffaut, quel plaisir et quel chance! La qualité prime, on la cherche et la vérité aussi: pour voir Le Destin d'un homme (un film de 1959 sur la Grande Guerre patriotique et les camps de concentrations: on y voit  des cheminées d'usine dont la fumée noire laisse peu de doute sur ce qui s'y passe) ou son Waterloo de 1970 (bien qu'il s'agisse d'une production occidentale, l'Armée rouge y fait encore l'extra de luxe – comme dans Guerre et Paix ou Libération, la grande fresque de sept heures et demi de Youri Ozerov – pour des batailles de masses superbement chorégraphiées) il m'aura fallu faire preuve de patience à Truffaut en me mettant sur liste d'attente pour réserver ces produits rares. 

Belle surprise. Projeté au cinéma cet hiver, on rééditera ce printemps le Guerre et Paix de Bondartchouk en Blu-ray. 

Ma petite expérience (ces signes et d'autres) me dit que la russophobie à l'anglosaxonne et sa cancel culture débile auront eu l'effet opposé à celui voulu : attiser la curiosité, puis la nourrir amplement. Sacré détournement, isn't it?