Comme sans doute d'autres lecteurs de l'article de Mauricio Herrera Kahn, « Le Code et le Tao : la bifurcation technologique, miroir d’un tournant civilisationnel » (1),
je fus assez décontenancée par son langage technique. Pourtant
l'introduction semblait prometteuse : cette histoire de puces
transcontinentales était un bel exemple de l’incarnation de deux visions
du monde inconciliables et du basculement du monde qui s'opère sous nos
yeux, lentement mais inexorablement. J'ai donc tenté de clarifier non
pas l'aspect technique de l'article, mais le processus de « bifurcation
civilisationnelle » qui y est décrit.
Tout d'abord, je recopie le « chapeau » de l'article, car il contient déjà tout ce dont j'ai besoin pour la clarification :
« Ce qui pourrait sembler n’être qu’une simple rivalité
technologique entre Huawei et NVIDIA est en réalité la manifestation
tangible d’une bifurcation civilisationnelle. Cet essai soutient que
l’avantage concurrentiel annoncé par Huawei le 18 septembre 2025 ne
réside pas tant dans son matériel que dans son engagement en faveur d’un
paradigme ouvert, collaboratif et adaptatif – une approche qui fait
écho à une conception taoïste d’harmonie et d’évolution. Contrairement
au paradigme occidental de contrôle et de l’hyper-spécialisation
– efficace dans un environnement stable mais rigide face au changement
– le modèle chinois met l’accent sur la résilience et l’intelligence
collective comme clés de survie. Le différend technique n’est, au fond,
qu’une expérience à grande échelle visant à déterminer quel paradigme
est le plus à même d’affronter la complexité du XXIe siècle, à une
époque où l’autonomie technologique devient le nouveau pilier de la
souveraineté nationale. »
Au niveau technique informatique, il suffit de différencier entre
système d'exploitation et microprocesseur (ou puce) pour saisir le fond
philosophique de l'article.
Le système d'exploitation est le logiciel fondamental qui sert
d’interface entre le matériel et les applications. Il gère la mémoire,
les fichiers, les périphériques, la sécurité du système, l’exécution des
programmes. Il s'agit par ex. de macOS, de Linux ou de Windows. Tandis
qu'un microprocesseur exécute les instructions fournies par le système
d'exploitation. C’est le « cerveau » de la machine. Ce sont ces
composants matériels qu'on appelle les « puces électroniques », par ex.
celles de Nvidia, AMD, Intel ou Huawei (telles que les puces Ascend).
Dans l'article, l'auteur parle de rivalité entre Huawei et Nvidia
dans le mode production de leurs puces respectives, donc de leurs deux
« cerveaux ». L'un est chinois, c'est le microprocesseur (ou puce)
produit par Huawei, l'autre (Nvidia) est produit aux États-Unis. Il
s'agit donc de comprendre l'opposition qui existe entre les deux géants
économiques que sont les États-Unis et la Chine, une opposition qui se
manifeste entre autrest via le numérique.
Les systèmes d'exploitation produits aux États-Unis, que ce soit
macOS ou Windows, sont « close source » : leur source est fermée,
c’est-à-dire qu'il n'y a pas moyen d'accéder au code informatique, donc
il n'y a pas moyen d'y ajouter ou d'en retirer des infos. De même, les
puces (ou microprocesseurs) produites par les États-Unis – dans
l'article on parle de Nvidia, mais c'est vrai pour toutes les autres
puces étasuniennes – sont « close source » : personne en dehors des
fabricants n'a accès au microcode complet ou aux schémas internes de ces
« cerveaux ».
Les système d'exploitation produits par la Chine (comme HarmonyOS de
Huawei) sont « open source », leur code informatique est ouvert. Même si
ce n'est pas la version commerciale complète de HarmonyOS qui est
« open source », mais uniquement la base OpenHarmony, il n'empêche que
n'importe qui a accès aux codes de ce système d'exploitation et peut
venir le modifier s'il le souhaite.
Avant 2019, la Chine importait les puces électroniques des
États-Unis, des puces « close source ». Suite au litige qui a opposé
Pékin et Washington, Huawei a décidé de produire lui-même des puces
chinoises.
Dans la foulée, le géant chinois du numérique a annoncé en septembre
2025 qu'au lieu de produire des puces « close source » comme celles
fournies par les États-Unis, il a allait produire des puces (Ascend)
capables de fonctionner entre elles comme les différents éléments d'un
écosystème. Il faut imaginer des milliers de petites puces
interconnectées travaillant de concert. À un degré supérieur, plusieurs
écosystèmes seront reliés entre eux pour constituer un super-écosystème
(SuperPoD), et ces super-écosystèmes seront encore relier à un
super-super-écosystème (SuperCluster). Huawei affirme que cette
architecture en mode fractal (du plus petit élément au plus grand) offre
un bond en puissance de calcul, de mémoire, de bande passante
d’interconnexion, ce qui la rend adaptée aux très grandes tâches
d’intelligence artificielle (IA).
Dans le communiqué de septembre 2025, Huawei évoque la volonté de «
créer un écosystème ouvert » afin de permettre aux partenaires de
développer des produits basés sur cette architecture. Cela ne signifie
pas que tous les détails de conception des puces — circuits internes,
secrets de fabrication, etc. — seront ouverts au public, mais, dans ce
contexte, « open source » signifie que les protocoles d'interconnexion
et certaines parties des logiciels et des interfaces constitueront un
écosystème ouvert, ce qui permettra de construire autour. On peut
imaginer une immense tour de Babel à laquelle se rajoutent toujours plus
de langues qui se comprennent entre elles. En effet, Huawei mise sur un
design modulaire et scalable càd dans lequel on peut ajouter des
milliers, puis des centaines de milliers, puis des millions de puces
Ascend dans un même ensemble (SuperPoD → SuperCluster) tout en gardant un fonctionnement cohérent et efficace, ce qui peut offrir des capacités exponentielle d’IA.
L'auteur de l'article fait alors une analogie avec l'entropie telle
qu'elle est expliquée en physique : un système fermé et isolé n'échange
aucune infos avec l'extérieur. Selon le célèbre deuxième principe de la
thermodynamique (qui nous a bien fait suer à l'école secondaire), un tel
système voit son entropie totale augmenter.
En astrophysique, si on considère que notre univers est isolé, qu'il
n'a pas d'extérieur à lui-même, son entropie augmente au fur et à mesure
que les processus astrophysiques se produisent : plus il y a d'étoiles,
de rayonnements ou d'effondrements, plus il y a de désordre dans ce
système, parce qu'il est clos. Par contre, dans un système ouvert, comme
dans le monde vivant, il y a échange d'énergie avec l'extérieur. Il
importe de l'ordre (des écosystèmes organisés) et exporte du désordre
(de la chaleur). Autrement dit, il importe une énergie structurée pour
maintenir son organisation face à l'entropie qu'il rejette dans
l'univers. Mais en important de l'ordre, il ne fait pas que résister à
l'entropie, il génère aussi du neuf (des nouvelles formes de vie).
Selon l'auteur de l'article, c'est ce qui se passe pour les systèmes
d'exploitation et pour les systèmes de microprocesseurs. Ceux dont le
code est fermé, hormis ceux qui ont construit le système, personne
d'autre n'y a accès. Plus les codes de ce système d'exploitation et de
microprocesseur se complexifient, plus leur entropie augmente. Ce qui,
au final, va amener à un grand désordre, un chaos et à un épuisement du
système. Par contre, les systèmes d'exploitation et de microprocesseurs
dont les codes sont ouverts profitent des échanges avec l'extérieur, ce
qui peut amener à une réadaptation permanente aux nouvelles conditions
et performances de l'IA et engendrer de nouveaux modèles d'organisation.
Ces deux types de processus peuvent aussi s’observer en sociologie
systémique et politique. Les société fermées, qui n'ont pas ou peu
d'échanges avec l'extérieur ou qui se suffisent à elles-mêmes, sont
sujettes à la désorganisation, au chaos. Un excès d'informations non
exportées engendre une incapacité à les traiter et produit un « bruit de
fond » sociétal et politique permanent. Les dirigeants n'ont plus les
moyens de stabiliser des normes ou des décisions. Par contre, une
société qui échange ses savoirs avec les voisines se transforme en
permanence, elle acquiert de nouvelles informations, devient créative,
renforce sa puissance civilisatrice en collaborant avec des cultures
différentes.
Inutile de préciser, je crois, que l'auteur associe les États-Unis et
son système d'exploitation et de microprocesseurs « close source » à un
système fermé dont l'entropie augmente sans cesse et qui se dirige
inexorablement vers son propre épuisement et son effondrement.
Quant à la Chine, depuis la haute antiquité, son paradigme sociétal
est la transformation. Sa principale référence culturelle a toujours été
et reste encore « Le livre des changements » ou « Yijing », un ouvrage
qui a pris sa source durant la dynastie des Shang (env. 1600-1050 av.
J.-C.), qui s'est étoffé durant la dynastie des Zhou (1050-256 av.
J.-C.), qui a servi de creuset aux caratèxcres chinois et a donné
naissance à toutes les lignées de pensée de la Chine antique. On connait
surtout le taoïsme et la confucianisme car ce sont les deux lignées
philosophiuqe remontant à l'antiquité et qu ont perduré jusuqe
maintenat, comme un bon vieux couple yin-yang qui assure la continuité
et la cohérence de la « grande famille chinoise » (« da jia », dit-on
là-bas).
Sur de telles bases, on était en droit d'attendre de la Chine du
21ème siècle qu'elle produise des systèmes d'exploitation « open
source » et des « cerveaux » (système de microprocesseurs) capables de
se transformer et de s'adapter en permanence aux nouvelles conditions.
C'est ce qu'elle a fait et c'est ce qui va l'amener vers un 21ème siècle
capable de résilience, nous entraînant dans son sillage vers une
intelligence collective en nous distanciant petit à petit de
l'autosuffisance du système « close source ».
Grand merci à Mauricio Herrera Kahn d'avoir mis le doigt sur ce basculement civilisationnel qui nous concerne tous !
Dans ce nouvel article, Maurizio Lazzarato soutient que le réarmement des Etats-Unis (et de l’Europe) doit se comprendre comme réponse à la crise du capitalisme financier et des bulles spéculatives au bord de l’implosion. Soit que la guerre n’est pas un accident de parcours au milieu de la paix perpétuelle promue par l’économie mais son coeur même ou au moins sa roue de secours. Il vient compléter la série d’articles publiés les semaines dernières : Pourquoi la guerre ?, Les conditions politiques d’un nouvel ordre mondial, Les impasses de la pensée critique occidentale et Les États-Unis et le « capitalisme fasciste ».
« Si grande que soit une nation, si elle aime la guerre, elle périra ; si pacifique que soit le monde, s’il oublie la guerre, il sera en danger »
Wu Zi, ancien traité militaire chinois
« Quand nous parlons de système de guerre, nous entendons un système tel que celui qui est en vigueur et qui suppose que la guerre, même si elle n’est que planifiée et non combattue, est le fondement et le sommet de l’ordre politique, c’est-à-dire des relations entre les peuples et entre les hommes. Un système où la guerre n’est pas un événement mais une institution, pas une crise mais une fonction, pas une rupture mais une pierre angulaire du système, une guerre toujours décriée et exorcisée, mais jamais abandonnée comme une possibilité réelle »
Claudio Napoleoni, 1986
L’avènement de Trump est apocalyptique, au sens premier de ce terme, celui de dévoilement. Son agitation convulsive a le grand mérite de montrer la nature du capitalisme, le rapport entre la guerre, la politique et le profit, entre le capital et l’État habituellement voilé par la démocratie, les droits humains, les valeurs et la mission de la civilisation occidentale.
La même hypocrisie est au cœur du récit construit pour légitimer les 840 milliards d’euros de réarmement que l’UE impose aux États membres par le recours à l’état d’exception. S’armer ne signifie pas, comme le dit Draghi, défendre « les valeurs qui ont fondé notre société européenne » et qui ont « garanti pendant des décennies à ses citoyens la paix, la solidarité et, avec notre allié américain, la sécurité, la souveraineté et l’indépendance », mais cela signifie sauver le capitalisme financier.
Il n’y a même pas besoin de grands discours et d’analyses documentées pour masquer l’indigence de ces récits, il a suffi d’un nouveau massacre de 400 civils palestiniens pour mettre en évidence la vérité du bavardage indécent sur l’unicité et la suprématie morale et culturelle de l’Occident.
Trump n’est pas un pacifiste, il ne fait que reconnaître la défaite stratégique de l’OTAN dans la guerre d’Ukraine, alors que les élites européennes refusent l’évidence. Pour elles, la paix signifierait le retour à l’état catastrophique auquel elles ont réduit leurs nations. La guerre doit continuer car pour elles, comme pour les démocrates et l’État profond usaméricain, c’est le moyen de sortir de la crise qui a commencé en 2008, comme ce fut le cas pour la grande crise de 1929. Trump pense pouvoir la résoudre en donnant la priorité à l’économie sans renier la violence, le chantage, l’intimidation, la guerre. Il est très probable que ni l’un ni les autres ne réussiront car ils ont un énorme problème : le capitalisme, dans sa forme financière, est en crise profonde et c’est précisément de son centre, les USA, qu’arrivent les signaux “dramatiques” pour les élites qui nous gouvernent. Au lieu de converger vers les USA, les capitaux fuient vers l’Europe. Une grande nouveauté, symptôme de grandes ruptures imprévisibles qui risquent d’être catastrophiques.
Le capital financier ne produit pas de biens, mais des bulles qui gonflent toutes aux USA et éclatent au détriment du reste du monde, se révélant être des armes de destruction massive. La finance usaméricaine aspire de la valeur (les capitaux) du monde entier, l’investit dans une bulle qui tôt ou tard éclatera, obligeant les peuples de la planète à l’austérité, au sacrifice pour payer ses échecs : d’abord la bulle internet, puis la bulle des subprimes qui a provoqué l’une des plus grandes crises financières de l’histoire du capitalisme, ouvrant la porte à la guerre. Ils ont aussi tenté la bulle du capitalisme vert qui n’a jamais décollé et enfin celle, incomparablement plus grosse, des entreprises de haute technologie. Pour colmater les brèches des désastres de la dette privée déchargée sur les dettes publiques, la Réserve fédérale et la Banque européenne ont inondé les marchés de liquidités qui, au lieu de “ruisseler” dans l’économie réelle, ont servi à alimenter la bulle des hautes technologies et le développement des fonds d’investissement, connus sous le nom de “Big Three” : Vanguard, BlackRock et State Street (le plus grand monopole de l’histoire du capitalisme, gérant 50 000 milliards de dollars, actionnaire principal de toutes les plus importantes sociétés cotées en bourse). Aujourd’hui, même cette bulle est en train de se dégonfler.
Si l’on divise par deux la capitalisation totale de la bourse de Wall Street, on est encore loin de la valeur réelle des entreprises de haute technologie, dont les actions ont été gonflées par ces mêmes fonds pour maintenir des dividendes élevés pour leurs “épargnants” (les Démocrates comptaient aussi remplacer le welfare par la finance pour tous, comme ils avaient déliré auparavant sur la maison pour tous les USAméricains).
Aujourd’hui, le festin touche à sa fin. La bulle a atteint sa limite et les valeurs chutent avec un risque réel d’effondrement. Si l’on ajoute à cela l’incertitude que la politique de Trump, représentant d’une finance qui n’est pas celle des fonds d’investissement, introduit dans un système que ces derniers avaient réussi à stabiliser avec l’aide des Démocrates, on comprend les craintes des “marchés”. Le capitalisme occidental a besoin d’une nouvelle bulle car il ne connaît rien d’autre que la reproduction de l’identique (la tentative trumpienne de reconstruire l’industrie manufacturière aux USA est vouée à un échec certain).
//L’identité parfaite de la “production” et de la destruction//
L’Europe, qui dépense déjà de plus de 60 % les dépenses d’armement de la Russie (l’OTAN représente 55 % des dépenses d’armement dans le monde, la Russie 5 %), a décidé d’un grand plan d’investissement de 800 milliards d’euros pour augmenter encore les dépenses militaires.
La guerre et l’Europe où sont encore actifs des réseaux politiques et économiques, des centres de pouvoir qui se réfèrent à la stratégie représentée par Biden, battue à la dernière élection présidentielle, sont l’occasion de construire une bulle basée sur l’armement pour compenser les difficultés croissantes des “marchés” usaméricains. Depuis décembre, les actions des entreprises d’armement ont déjà fait l’objet de spéculations, allant de hausse en hausse et jouant le rôle de valeur refuge pour les capitaux qui jugent la situation usaméricaine trop risquée. Au cœur de l’opération, les fonds d’investissement, qui sont aussi parmi les plus gros actionnaires des grandes entreprises d’armement. Ils détiennent des participations importantes dans Boeing, Lockheed Martin et RTX, dont ils influencent la gestion et les stratégies. En Europe, ils sont également présents dans le complexe militaro-industriel : Rheinmetall, une entreprise allemande qui produit les chars Leopard et dont le cours de l’action a augmenté de 100 % au cours des derniers mois, compte parmi ses principaux actionnaires Blackrock, la Société Générale, Vanguard, etc.. Plus grand fabricant de munitions d’Europe, Rheinmetall a dépassé le plus grand constructeur automobile du continent, Volkswagen, en termes de capitalisation, dernier signe en date de l’appétit croissant des investisseurs pour les valeurs liées à la défense.
L’Union européenne veut collecter et canaliser l’épargne continentale vers l’armement, avec des conséquences catastrophiques pour le prolétariat et une nouvelle division de l’Union. La course aux armements ne pourra pas fonctionner comme un « keynésianisme de guerre » parce que l’investissement dans les armes intervient dans une économie financiarisée et non plus industrielle. Construite avec de l’argent public, elle profitera à une petite minorité de particuliers, tout en aggravant les conditions de vie de la grande majorité de la population.
La bulle de l’armement ne pourra que produire les mêmes effets que la bulle de la haute technologie usaméricaine. Après 2008, les sommes d’argent capturées pour être investies dans la bulle high-tech n’ont jamais “ruisselé” vers le prolétariat usaméricain. Au contraire, elles ont produit une désindustrialisation croissante, des emplois déqualifiés et précaires, des bas salaires, une pauvreté endémique, la destruction du peu de welfare hérité du New Deal et la privatisation de tous les services qui s’en est suivie. C’est ce que la bulle financière européenne ne manquera pas de produire en Europe. La financiarisation conduira non seulement à la destruction complète de l’État-providence et à la privatisation définitive des services, mais aussi à la poursuite de la fragmentation politique de ce qui reste de l’Union européenne. Les dettes, contractées par chaque État séparément, devront être remboursées et il y aura d’énormes différences entre les États européens quant à leur capacité à honorer leurs dettes.
Le vrai danger, ce ne sont pas les Russes, mais les Allemands avec leurs 500 milliards de réarmement et 500 autres milliards pour les infrastructures, des financements décisifs dans la construction de la bulle. La dernière fois qu’ils se sont réarmés, ils ont combiné des catastrophes mondiales (25 millions de morts dans la seule Russie soviétique, la solution finale, etc.), d’où la célèbre phrase de Maruriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux ». En attendant les développements ultérieurs du nationalisme et de l’extrême droite déjà à 21 % que le « Deutschland ist zurück » [L’Allemagne est retour] ne manquera pas de produire, l’Allemagne imposera aux autres pays européens son hégémonie impérialiste habituelle. Les Allemands ont rapidement abandonné le credo ordo-libéral qui n’avait pas de base économique, mais seulement politique, pour embrasser à pleine bouche la financiarisation anglo-usaméricaine, mais avec le même objectif, dominer et exploiter l’Europe. Le Financial Times parle d’une décision prise par Merz, l’homme de Blackrock, et Kukies, le ministre du Trésor venu de Goldman Sachs, avec l’aval des partis de “gauche” SPD et Die Linke, qui, comme leurs prédécesseurs en 1914, assument une fois de plus la responsabilité des carnages à venir.
De tout ceci, qui pour l’instant reste un projet, seul le financement allemand semble crédible, quant aux autres états, nous verrons qui aura le courage de réduire encore plus radicalement les pensions, la santé, l’éducation, etc. pour une menace fantasmée.
Si le précédent impérialisme intérieur allemand était fondé sur l’austérité, le mercantilisme des exportations, le gel des salaires et la destruction de l’Etat-providence, celui-ci sera fondé sur la gestion d’une économie de guerre européenne hiérarchisée selon les différentiels de taux d’intérêt à payer pour rembourser la dette contractée.
Les pays déjà lourdement endettés (Italie, France, etc.) devront trouver qui achètera leurs obligations émises pour rembourser leur dette, dans un “marché” européen de plus en plus concurrentiel. Les investisseurs auront intérêt à acheter des obligations allemandes, des obligations émises par des entreprises d’armement sur lesquelles la spéculation à la hausse jouera, et des titres de la dette publique européenne, certainement plus sûrs et plus rentables que les obligations des pays surendettés. Le fameux “spread” jouera encore son rôle comme en 2011. Les milliards nécessaires pour payer les marchés ne seront pas disponibles pour l’État-providence. L’objectif stratégique de tous les gouvernements et oligarchies depuis cinquante ans, la destruction des dépenses sociales pour la reproduction du prolétariat et leur privatisation, sera atteint.
27 égoïsmes nationaux s’affronteront sans enjeu, parce que l’histoire, dont « nous sommes les seuls à savoir ce que c’est », nous a mis au pied du mur, devenus inutiles et insignifiants après des siècles de colonialisme, de guerres et de génocides.
La course aux armements s’accompagne d’une justification martelée – « nous sommes en guerre » contre tous (Russie, Chine, Corée du Nord, Iran, BRICS) - qui ne peut être abandonnée et qui risque de se concrétiser parce que cette quantité délirante d’armes doit de toute façon « être consommée ».
//La leçon de Rosa Luxemburg, Kalecki, Baran et Sweezy//
Seuls les non-informés peuvent s’étonner de ce qui se passe. Tout est en fait en train de se répéter, mais dans le cadre d’un capitalisme financier et non plus industriel comme au XXe siècle.
La guerre et l’armement sont au cœur de l’économie et de la politique depuis que le capitalisme est devenu impérialiste. Ils sont aussi au cœur du processus de reproduction du capital et du prolétariat, en concurrence féroce l’un avec l’autre. Reconstituons rapidement le cadre théorique fourni par Rosa Luxemburg, Kalecki, Baran et Sweezy, solidement ancré, contrairement aux inutiles théories critiques contemporaines, sur les catégories d’impérialisme, de monopole et de guerre, qui nous offre un miroir de la situation contemporaine.
Commençons par la crise de 1929, qui trouve son origine dans la Première Guerre mondiale et la tentative d’en sortir en activant les dépenses publiques par l’intervention de l’État. Selon Baran et Sweezy (ci-après B&S), l’inconvénient des dépenses publiques dans les années 1930 était leur volume, incapable de contrer les forces dépressives de l’économie privée.
« Considéré comme une opération de sauvetage de l’économie américaine dans son ensemble, le New Deal a donc été un échec flagrant. Même Galbraith, le prophète de la prospérité sans engagements guerriers, a reconnu qu’au cours de la décennie 1930-1940, la “grande crise” n’a jamais pris fin ».
Ce n’est qu’avec la Seconde Guerre mondiale qu’elle a pris fin : « Puis vint la guerre, et avec la guerre vint le salut (...) les dépenses militaires ont fait ce que les dépenses sociales n’avaient pas réussi à faire », car les dépenses publiques sont passées de 17,5 milliards de dollars à 103,1 milliards de dollars.
B&S montrent que les dépenses publiques n’ont pas donné les mêmes résultats que les dépenses militaires parce qu’elles étaient limitées par un problème politique qui est toujours d’actualité. Pourquoi le New Deal et ses dépenses n’ont-ils pas atteint un objectif qui « était à portée de main, comme la guerre l’a prouvé par la suite » ? Parce que sur la nature et la composition des dépenses publiques, c’est-à-dire la reproduction du système et du prolétariat, la lutte des classes se déchaîne.
« Compte tenu de la structure du pouvoir du capitalisme monopoliste usaméricain, l’augmentation des dépenses civiles avait presque atteint ses limites extrêmes. Les forces qui s’opposaient à une nouvelle expansion étaient trop puissantes pour être vaincues ».
Les dépenses sociales ont concurrencé ou nui aux entreprises et aux oligarchies, les privant de leur pouvoir économique et politique. « Comme les intérêts privés contrôlent le pouvoir politique, les limites des dépenses publiques sont fixées de manière rigide, sans se soucier des besoins sociaux, aussi flagrants soient-ils ». Et ces limites s’appliquaient également aux dépenses, à la santé et à l’éducation, qui à l’époque, contrairement à aujourd’hui, n’étaient pas directement en concurrence avec les intérêts privés des oligarchies.
La course aux armements permet d’augmenter les dépenses publiques de l’État, sans que cela se traduise par une augmentation des salaires et de la consommation du prolétariat. Comment l’argent public peut-il être dépensé pour éviter la dépression économique qu’entraîne le monopole, tout en évitant le renforcement du prolétariat ? « Par des armements, par plus d’armements, par de plus en plus d’armements ».
Michael Kalecki, travaillant sur la même période mais sur l’Allemagne nazie, parvient à élucider d’autres aspects du problème. Contre tout économisme, qui menace toujours la compréhension du capitalisme par des théories critiques même marxistes, il souligne la nature politique du cycle du capital : « La discipline dans les usines et la stabilité politique sont plus importantes pour les capitalistes que les profits courants ».
Le cycle politique du capital, qui ne peut plus être garanti que par l’intervention de l’État, doit recourir aux dépenses d’armement et au fascisme. Pour Kalecki, le problème politique se manifeste également dans « l’orientation et les objectifs des dépenses publiques ». L’aversion pour la « subvention de la consommation de masse » est motivée par la destruction « du fondement de l’éthique capitaliste “tu gagneras ton pain à la sueur de ton front” (à moins que tu ne vives des revenus du capital) ».
Comment s’assurer que les dépenses de l’État ne se transforment pas en augmentation de l’emploi, de la consommation et des salaires, et donc en force politique du prolétariat ? L’inconvénient pour les oligarchies est surmonté avec le fascisme, car la machine d’État est alors sous le contrôle du grand capital et de la direction fasciste, avec « la concentration des dépenses de l’État sur l’armement », tandis que « la discipline d’usine et la stabilité politique sont assurées par la dissolution des syndicats et les camps de concentration. La pression politique remplace ici la pression économique du chômage ».
D’où l’immense succès des nazis auprès de la majorité des libéraux tant britanniques qu’usaméricains.
La guerre et les dépenses d’armement sont au cœur de la politique usaméricaine même après la fin de la Seconde Guerre mondiale, car une structure politique sans force armée, c’est-à-dire sans le monopole de son exercice, est inconcevable. Le volume de l’appareil militaire d’une nation dépend de sa position dans la hiérarchie mondiale de l’exploitation. « Les nations les plus importantes auront toujours les besoins les plus importants, et l’ampleur de leurs besoins (en forces armées) variera selon qu’une lutte acharnée pour la première place se déroulera ou non entre elles ».
Les dépenses militaires ont donc continué à croître dans le centre de l’impérialisme : « Bien entendu, la majeure partie de l’expansion des dépenses publiques a eu lieu dans le secteur militaire, qui est passé de moins de 1 % à plus de 10 % du PNB et qui a représenté environ deux tiers de l’augmentation totale des dépenses publiques depuis 1920. Cette absorption massive de l’excédent dans des préparatifs limités a été le fait central de l’histoire usaméricaine d’après-guerre »
Kalecki souligne qu’en 1966, « plus de la moitié de la croissance du revenu national provient de la croissance des dépenses militaires ».
Or, après la guerre, le capitalisme ne pouvait plus compter sur le fascisme pour contrôler les dépenses sociales. L’économiste polonais, “élève” de Rosa Luxemburg, souligne : « L’une des fonctions fondamentales de l’hitlérisme a été de surmonter l’aversion du grand capital pour une politique anticonjonturelle à grande échelle. La grande bourgeoisie avait donné son accord à l’abandon du laisser-faire et à l’accroissement radical du rôle de l’État dans l’économie nationale, à condition que l’appareil d’État soit sous le contrôle direct de son alliance avec la direction fasciste » et que la destination et le contenu des dépenses publiques soient déterminés par l’armement. Dans les Trente Glorieuses, sans que le fascisme n’assure l’orientation des dépenses publiques, les États et les capitalistes sont contraints au compromis politique. Les rapports de force déterminés par le siècle des révolutions obligent l’État et les capitalistes à faire des concessions qui sont de toute façon compatibles avec des profits atteignant des taux de croissance inconnus jusqu’alors. Mais même ce compromis est de trop car, malgré les profits importants, « les travailleurs deviennent alors “récalcitrants” et les “capitaines d’industrie” sont soucieux de leur “donner une leçon” ».
La contre-révolution, qui s’est développée à partir de la fin des années 1960, avait pour centre la destruction des dépenses sociales et la volonté farouche d’orienter les dépenses publiques vers les seuls et uniques intérêts des oligarchies. Le problème, depuis la République de Weimar, n’a jamais été une intervention générique de l’État dans l’économie, mais le fait que l’État avait été investi par la lutte des classes et avait été contraint de céder aux exigences des luttes ouvrières et prolétariennes.
Dans les temps “paisibles” de la guerre froide, sans l’aide du fascisme, l’explosion des dépenses militaires a besoin d’une légitimation, assurée par une propagande capable d’évoquer continuellement la menace d’une guerre imminente, d’un ennemi aux portes prêt à détruire les valeurs occidentales : « Les créateurs officieux et officiels de l’opinion publique ont la réponse toute prête : les USA doivent défendre le monde libre contre la menace d’une agression soviétique (ou chinoise)3.
Kalecki, pour la même période, précise : « Les journaux, le cinéma, les stations de radio et de télévision travaillant sous l’égide de la classe dirigeante créent une atmosphère qui favorise la militarisation de l’économie ».
Les dépenses d’armement n’ont pas seulement une fonction économique, mais aussi une fonction de production de subjectivités assujetties. En exaltant la subordination et le commandement, la guerre « contribue à la création d’une mentalité conservatrice ».
« Alors que les dépenses publiques massives en faveur de l’éducation et de la protection sociale tendent à saper la position privilégiée de l’oligarchie, les dépenses militaires font le contraire. La militarisation favorise toutes les forces réactionnaires, (...) un respect aveugle de l’autorité est déterminé ; une conduite de conformité et de soumission est enseignée et imposée ; et l’opinion contraire est considérée comme antipatriotique, voire comme une trahison ».
Le capitalisme produit un capitaliste qui, précisément en raison de la forme politique de son cycle, est un semeur de mort et de destruction, plutôt qu’un promoteur de progrès. Richard B. Russell, sénateur conservateur du Sud des USA dans les années 1960, cité par B&S, nous le dit : « Il y a quelque chose dans les préparatifs de destruction qui incite les hommes à dépenser l’argent plus inconsidérément que s’il était destiné à des fins constructives. Je ne sais pas pourquoi cela se produit, mais depuis une trentaine d’années que je siège au Sénat, je me suis rendu compte qu’en achetant des armes pour tuer, détruire, rayer des villes de la surface de la terre et éliminer de grands systèmes de transport, il y a quelque chose qui fait que les hommes ne calculent pas les dépenses aussi soigneusement qu’ils le font lorsqu’il s’agit de penser à un logement décent et à des soins de santé pour les êtres humains ».
La reproduction du capital et du prolétariat s’est politisée à travers les révolutions du XXe siècle. La lutte des classes a également engendré une opposition radicale entre la reproduction de la vie et la reproduction de sa destruction, qui n’a fait que s’approfondir depuis les années 1930.
//Comment fonctionne le capitalisme//
La guerre et l’armement, pratiquement exclus de toutes les théories critiques du capitalisme, fonctionnent comme des discriminants dans l’analyse du capital et de l’État.
Il est très difficile de définir le capitalisme comme un “mode de production”, comme l’a fait Marx, parce que l’économie, la guerre, la politique, l’État, la technologie sont des éléments étroitement liés et inséparables. La “critique de l’économie” ne suffit pas à produire une théorie révolutionnaire. Dès l’avènement de l’impérialisme, un changement radical dans le fonctionnement du capitalisme et de l’Etat s’est produit, mis en évidence par Rosa Luxemburg pour qui l’accumulation a deux aspects. Le premier « concerne la production de la plus-value - dans l’usine, dans la mine, dans l’exploitation agricole - et la circulation des marchandises sur le marché. Vue sous cet angle, l’accumulation est un processus économique dont la phase la plus importante est une transaction entre le capitaliste et le salarié ». Le second aspect a pour théâtre le monde entier, une dimension mondiale irréductible au concept de “marché” et à ses lois économiques. « Ici, les méthodes employées sont la politique coloniale, le système des prêts internationaux, la politique des sphères d’intérêt, la guerre. La violence, la tromperie, l’oppression, la prédation se développent ouvertement, sans masque, et il est difficile de reconnaître les lois strictes du processus économique dans l’enchevêtrement de la violence économique et de la brutalité politique ».
La guerre n’est pas une continuation de la politique mais a toujours coexisté avec elle, comme le montre le fonctionnement du marché mondial. Ici, où la guerre, la fraude et la prédation coexistent avec l’économie, la loi de la valeur n’a jamais vraiment fonctionné. Le marché mondial est très différent de celui esquissé par Marx. Ses considérations semblent ne plus s’appliquer, ou plutôt doivent être précisées : ce n’est que dans le marché mondial que l’argent et le travail deviendraient adéquats à leur concept, faisant fructifier leur abstraction et leur universalité. Au contraire, on constate que la monnaie, forme la plus abstraite et la plus universelle du capital, est toujours la monnaie d’un État. Le dollar est la monnaie des USA et ne règne qu’en tant que tel. L’abstraction de la monnaie et son universalité (et ses automatismes) sont appropriées par une “force subjective” et sont gérées selon une stratégie qui n’est pas contenue dans la monnaie.
Même la finance, comme la technologie, semble être l’objet d’une appropriation par des forces subjectives “nationales”, très peu universelles. Sur le marché mondial, même le travail abstrait ne triomphe pas en tant que tel, mais rencontre d’autres formes radicalement différentes de travail (travail servile, travail d’esclave, etc.) et fait l’objet de stratégies.
L’action de Trump, ayant fait tomber le voile hypocrite du capitalisme démocratique, nous révèle le secret de l’économie : elle ne peut fonctionner qu’à partir d’une division internationale de la production et de la reproduction définie et imposée politiquement, c’est-à-dire par l’usage de la force, ce qui implique aussi la guerre.
La volonté d’exploiter et de dominer, en gérant simultanément les relations politiques, économiques et militaires, construit une totalité qui ne peut jamais se refermer sur elle-même, mais qui reste toujours ouverte, scindée par les conflits, les guerres, les prédations. Dans cette totalité éclatée, tous les rapports de force convergent et se gouvernent eux-mêmes. Trump intervient sur l’usage des mots, mais aussi sur les théories du genre, en même temps qu’il voudrait imposer un nouveau positionnement mondial, à la fois politique et économique, des USA. Du micro au macro, une action politique à laquelle les mouvements contemporains sont loin de ne serait-ce que de penser.
La construction de la bulle financière, processus que l’on peut suivre pas à pas, se déroule de la même manière. Les acteurs impliqués dans sa production sont nombreux : l’Union européenne, les États qui doivent s’endetter, la Banque européenne d’investissement, les partis politiques, les médias et l’opinion publique, les grands fonds d’investissement (tous usaméricains) qui organisent le transport des capitaux d’une bourse à l’autre, les grandes entreprises. Ce n’est qu’après le verdict de l’affrontement/coopération entre ces centres de pouvoir que la bulle économique et ses automatismes pourront fonctionner. Il y a toute une idéologie de l’automatisme à déboulonner. Le “pilote automatique”, surtout au niveau financier, n’existe et ne fonctionne qu’après avoir été politiquement mis en place. Il n’a pas existé dans les années 1930 parce qu’il a été décidé politiquement, il fonctionne depuis la fin des années 1970, par une volonté politique explicite.
Cette multiplicité d’acteurs qui s’agitent depuis des mois est soudée par une stratégie. Il y a donc un élément subjectif qui intervient de manière fondamentale. En fait, il y en a deux. Du point de vue capitaliste, il y a une lutte féroce entre le “facteur subjectif” Trump et le “facteur subjectif” des élites qui ont été battues à l’élection présidentielle, mais qui ont encore de fortes présences dans les centres de pouvoir aux USA et en Europe.
Mais pour que le capitalisme fonctionne, il faut aussi tenir compte d’un facteur prolétarien subjectif. Il joue un rôle décisif car soit il deviendra le porteur passif du nouveau processus de production/reproduction du capital, soit il tendra à le rejeter et à le détruire. Compte tenu de l’incapacité du prolétariat contemporain, le plus faible, le plus désorienté, le moins autonome et indépendant de l’histoire du capitalisme, la première option semble la plus probable. Mais s’il ne parvient pas à opposer sa propre stratégie aux innovations stratégiques permanentes de l’ennemi, capables de se renouveler sans cesse, nous tomberons dans une asymétrie des rapports de force qui nous ramènera au temps d’avant la Révolution française, dans un “ancien régime” nouveau/ déjà vu.
Cincuenta
años después, el pueblo español no enfrenta solo una coyuntura
peligrosa, sino un edificio entero construido sobre la continuidad del
franquismo: su cultura política, su arquitectura económica, sus
mecanismos de impunidad, sus élites y sus alianzas internacionales.
Este 20 de noviembre se cumplen cincuenta años de la muerte del
dictador Francisco Franco. Pero si algo demuestran estas cinco décadas
es que, muerto el dictador, no terminó lo que significaba su régimen.
Porque lo que movilizó al franquismo no empezó en 1939 ni acabó en 1975,
sino que se inició con el golpe de Estado de 1936 —organizado por
oligarquías agrarias, financieras y militares— y, con nuevas máscaras,
sigue operando hoy.
La Segunda República fue una consecuencia política de una
transformación social profunda. España tenía un movimiento obrero
poderoso, mujeres que se incorporaban al espacio público, jornaleros que
tomaban tierras —como en el trienio bolchevique andaluz— y un hartazgo
popular estructurado. Por eso, el bloque golpista reunió a fascistas,
tradicionalistas, sectores de la Iglesia, terratenientes y capitalistas.
Su enemigo era claro: la España que estaba por venir. Y su respuesta es
mundialmente conocida.
La reforma fiscal republicana, la reforma agraria, los derechos
laborales, la educación laica y el reconocimiento de las autonomías,
fueron demasiado para una clase social que estaba acostumbrada a hacer
lo que le daba la gana y que no iba a permitir perder ni un poco de su
poder. Así no solo promovieron un golpe de Estado que desembocó en una
guerra, sino que después reorganizaron el país para que nada volviera a
moverse. El famoso «atado y bien atado» de Franco.
El bloque golpista reunió a fascistas, tradicionalistas,
sectores de la Iglesia, terratenientes y capitalistas. Su enemigo era
claro: la España que estaba por venir.
El franquismo no solo aniquiló físicamente a la izquierda organizada.
Impulsó un modelo de acumulación basado en el expolio, el trabajo
esclavo y las concesiones a dedo. Los March, Koplowitz, Entrecanales o
Villar Mir consolidaron imperios empresariales al calor de ese Estado.
Luego, en 1959, vino la «modernización»: el Plan de Estabilización de
Alberto Ullastres que desmanteló industrias, expulsó trabajadores hacia
Europa y subordinó la economía al capital internacional. La transición
no rompió ese ciclo, lo adaptó a las nuevas circunstancias. Y así estas élites, paridas por la dictadura, se proyectaron hacia el exterior,
especialmente hacia una América Latina mutilada por otras dictaduras
(de carácter similar), como las del Plan Cóndor, donde el capital
español encontró nuevas vías para seguir ganando la guerra contra el
pueblo que había comenzado en 1936.
El encargado de garantizar esa continuidad fue Juan Carlos de Borbón, el rey
que Franco colocó a dedo. Y que, lejos de traicionar al régimen, lo
administró con fidelidad, como él mismo reconoce —con emoción filial— en
su reciente biografía, publicada precisamente por el Grupo Planeta,
cuyo fundador participó en el golpe contra la República y llegó con las
tropas franquistas a Barcelona. Desde su creación en 1949, Planeta ha
levantado un imperio editorial que actúa prácticamente como un
monopolio: ha absorbido sellos, adquirido canales televisivos y medios
de comunicación y consolidado un poder cultural concentrado que es
fundamental para entender la España actual.
Así, hoy, ese monarca impuesto —el «rey emérito»— es una suerte de
prófugo institucionalizado: vive fuera del país, pero entra y sale como
quiere, sin responder por los numerosos casos de corrupción que lo
rodean. Las investigaciones sobre sus comisiones millonarias en
operaciones internacionales, muchas de ellas conectadas con la red de
relaciones que tejió en pleno franquismo y que consolidó una vez
coronado, son la expresión más nítida de una institución construida
desde la impunidad.
Juan Carlos no solo agradece a Franco el trono, sino que encarna el
modelo de inmunidad y acumulación que define a las élites españolas
surgidas de la dictadura. Un modelo que excede a la monarquía y que
encuentra su reflejo también en el Grupo Planeta: un gigante cultural,
como dijimos, nacido del golpe del 36, blindado durante el franquismo y
convertido hoy en un actor casi hegemónico en la producción del sentido
común para la sociedad en España. La historia de ambos —el rey y el
imperio editorial que publica su biografía— muestra la misma lógica
estructural: continuidad, concentración y protección.
Juan Carlos no solo agradece a Franco el trono, sino que
encarna el modelo de inmunidad y acumulación que define a las élites
españolas surgidas de la dictadura.
Porque si el poder económico y político del franquismo se recicló, no
podemos afirmar lo mismo de su base ideológica. El franquismo sigue
operando hoy en España como un relato mítico sostenido que sirve para
anular las posibilidades de crítica o transformación, incluso sí estas
son mínimas.
A través del Movimiento Nacional, Falange
y la Iglesia, se moldeó una cultura autoritaria y nacional-católica que
nunca fue desmantelada. A las mujeres se las devolvió a la obediencia
doméstica con el «manual de la buena esposa»; a los trabajadores se les
delegó a la obediencia a los «proveedores», que es como el Fuero del
Trabajo denominaba a los patrones. Solo así se garantizaba una «España
de paz» que sirve, además, como una amenaza constante. Si tocas, aunque
sea mínimamente, los intereses y arbitrariedades de estos, volverá la
guerra.
Hoy, esa pedagogía del orden revive como parodia entre ‘influencers’
que reivindican a Franco entre memes y banderas, sin saber lo que
realmente fue. Pero no es solo ignorancia: es una consecuencia directa
de una transición que no explicó que el franquismo fue terrorismo de Estado al servicio del capital.
Por eso no sorprende que cincuenta años después, el franquismo siga
en el núcleo del Estado, tanto en la fortuna blindada del rey emérito,
como en las grandes empresas que cotizan en el IBEX 35. En el poder
cultural concentrado. Pero también en la judicatura que actúa como
policía política, porque tampoco aprendieron —nadie les enseñó ni les
recriminó— que debiesen actuar de otra manera.
La extrema derecha europea lo sabe, y por eso había elegido el 20N
para movilizarse en Madrid. La expresión visible de un ecosistema
reaccionario global en plena expansión, donde partidos, ‘think tanks’,
‘lobbies’ religiosos, magnates mediáticos e ‘influencers’ comparten
estrategias, financiación, discursos y objetivos. Vox y la Comunidad de
Madrid se han convertido en uno de los nodos principales de esa red: un
laboratorio político donde se ensayan políticas liberales extremas,
ofensivas culturales ultraconservadoras y una estética abiertamente
fascistizante.
Allí convergen actores de la derecha extrema de EE.UU., Italia,
Argentina, Venezuela, Brasil o Polonia, todos articulados en una misma
internacional reaccionaria.
En paralelo, Europa avanza hacia un modelo cada vez más autoritario:
leyes mordaza, vigilancia reforzada, criminalización del disenso y
recortes de libertades independientemente de quién gobierne. Todo ello
acompañado de un proceso de expolio social: privatización de servicios
públicos, degradación de derechos laborales y transferencia sistemática
de recursos colectivos a grandes empresas.
Y como columna vertebral de esta reconfiguración, el militarismo
europeo se consolida como un nuevo eje de acumulación del capital. La
supuesta «ayuda a Ucrania» anunciada por Pedro Sánchez es un ejemplo:
dinero público canalizado hacia el complejo militar-industrial español
(Indra y otros) y hacia las corporaciones armamentísticas
estadounidenses, bajo un relato «humanitario» destinado a encubrir lo
esencial: las guerras se han convertido en el gran negocio del
capitalismo europeo en crisis.
Cincuenta años después, el pueblo español no enfrenta solo una
coyuntura peligrosa, sino un edificio entero construido sobre la
continuidad del franquismo: su cultura política, su arquitectura
económica, sus mecanismos de impunidad, sus élites y sus alianzas
internacionales.
Franco murió. El franquismo —y lo que significa— sigue vivo
Mientras
EEUU se inventa que Venezuela y Maduro son narcotraficantes, es bueno
recordar que en 1996, el periodista Gary Webb, expuso cómo la CIA
contrabandeaba cocaína desde Colombia para financiar a los terroristas
de la Contra en Nicaragua.
Después de desvelar esto al mundo, el
periodista Gary Webb fue encontrado muerto en su casa con 2 disparos en
la cabeza, asesinado por sicarios de la CIA por osarse a desvelar
secretos de estado, ¿quienes son la mafia narcotraficante?
Recordar
también que la CIA vendió esta droga (y sigue vendiéndola) en los
barrios pobres de EEUU, cantidades masivas de heroína y cocaína para
financiar sus invasiones imperialistas y al mismo estado, desencadenó la
epidemia de crack desde los 80 para acabar con los Panteras Negras,
hubo un récord de detenciones de jóvenes negros en los guetos y los
bebés negros nacían adictos al crack.
La foto se
tituló “Ataque accidental de napalm” y “El terror de la guerra”, pero es
mundialmente conocida como “Napalm Girl”. Se tomó el 8 de junio de 1972
y muestra a una niña, Kim Phuc, de 9 años, desnuda, corriendo
desconsolada hacia el fotógrafo, huyendo de un ataque con napalm en una
aldea llamada Trảng Bàng.
La fotografía causó una tremenda conmoción en la opinión pública, que
seguía percibiendo que aquella guerra, que causó la muerte de dos
millones de personas inocentes, era tan absurda como criminal. Hoy, el
impacto mundial de “Napalm Girl” resulta envidiable por una sencilla
razón: en la actualidad llegan a nuestros teléfonos imágenes de víctimas
infantiles más espantosas que la de Kim Phuc quemada, pero la reacción
no es la misma.
Otorgar el Premio Nobel de la Paz 2025 a María Corina Machado
es la última señal de que Occidente ha caído aún más bajo de lo que lo
había hecho hasta ahora.
Otorgárselo a una agitadora venezolana fascista y violenta que está
al servicio del régimen estadounidense demuestra cómo el Instituto Nobel
ha perdido por completo su credibilidad. Ya se encontraba en una
situación desesperada cuando otorgó los premios Nobel a los llamados
periodistas y líderes de la oposición bielorrusos, que no eran más que
marionetas de los Estados Unidos y la Unión Europea en sus programas de
cambio de régimen.
Esta medida escandalosa confirma que la violencia y el fascismo deben
ser recompensados y que el valiente y difícil trabajo de los médicos y
cirujanos en Gaza durante los últimos dos años debe ser ignorado por
ellos.
Personalmente, creo que el Instituto del Premio Nobel se vendió hace
mucho tiempo a los llamados «intereses neoliberales» occidentales para
mantener la farsa de una civilización occidental amante de la paz que
necesita liberar al resto del mundo del mal. Por supuesto, con múltiples
guerras y destrucción porque, como siempre dicen sus promotores
políticos, solo a través de las guerras se puede lograr la paz.
Con el inicio del genocidio sionista de Israel en Gaza y sus otros
horrores en Cisjordania, la máscara final de Occidente se derrumbó con
un estruendo ensordecedor. Durante dos años, Israel pudo asesinar sin
oposición a hombres, mujeres y niños, bombardeando sus hogares, sus
hospitales, sus universidades, sus mezquitas, sus escuelas, todo lo que
tenían. Y por si eso no fuera suficiente, los mató de hambre prohibiendo
la entrada de ayuda humanitaria. Como siempre, hubo cierta diplomacia,
pidiendo a Israel que detuviera el bombardeo de civiles, mientras que al
mismo tiempo todo Occidente, con Estados Unidos a la cabeza, seguía
enviando armas a las FDI (Fuerzas de Defensa de Israel). Todos los
países occidentales son cómplices del genocidio en Gaza, por la sencilla
razón de que los palestinos son y fueron asesinados con los armamentos
que ellos enviaron. Solo que esta vez no pueden decir «Wir haben es
nicht gewusst» (No lo sabíamos).
El genocidio en Gaza ha tenido un impacto en la conciencia de
millones de personas. Y esto ha sido posible porque ahora vivimos en un
mundo en el que las redes sociales son la sala de redacción del mundo.
Todos pudimos ver lo que sucedió en Gaza y eso causó una conmoción en
nuestra conciencia. Y nadie pudo detener el flujo de información visual
directa que recorrió el mundo. Ni nuestros gobiernos, ni los principales
medios de comunicación, nadie.
Las calles y plazas de las ciudades se llenaron de manifestantes que
exigían el fin del genocidio y una Palestina libre. Mes tras mes, hasta
el pasado fin de semana, el 4 y 5 de octubre.
Algo nuevo ha despertado en la conciencia humana. La compasión y el
amor. Todos esos millones de personas en las calles y plazas de cientos
de ciudades y pueblos sienten el sufrimiento y el dolor del pueblo
palestino y exigen que se ponga fin a ello, desafiando a sus gobiernos y
a la policía antidisturbios enviada contra ellos en algunas ciudades.
El horror de Gaza es, de hecho, el horror de todo un sistema que pudo
ocultarse durante mucho tiempo tras máscaras bien confeccionadas,
manipulando las mentes de las personas, pero que ahora está al
descubierto ante los ojos del mundo. Un sistema violento en sus raíces
que ha causado durante su existencia dolor y sufrimiento en todo el
planeta y cientos de millones de muertes.
Con el despertar de la compasión y el amor por los que sufren, está
surgiendo un nuevo amanecer que, cuando extienda sus alas sobre todo el
mundo, eliminará todas las formas de violencia y anunciará el comienzo
de la Nación Humana Universal.
Buscada
por el FBI y la CIA. Evadida de una cárcel de máxima seguridad en Nueva
Jersey. Perseguida por mercenarios y cazarrecompensas. Exiliada y
acogida en Cuba como una heroína. Requerida a Fidel Castro por el Papa
Juan Pablo II. Esta es la historia de Assata Shakur, la Pantera más
negra y la mujer más…
Se busca
Es el día miércoles 2 de mayo del año 1973. Tres jóvenes negros
viajan en un Pontiac blanco desde Nueva Jersey hacia el sur de los
Estados Unidos. Son los tiempos duros de “la ley y el orden” de Richard
Nixon, y los protocolos del programa de contrainteligencia del FBI
exigen detener por faltas menores a los militantes o a los sospechosos
de serlo. Negros, latinos, indígenas, pacifistas, socialistas,
feministas. Da igual: todos son rotulados -y tratados- como criminales,
terroristas y enemigos del Estado.
Las fuentes oficiales dicen que el automóvil tenía dañadas las luces
traseras. Los oficiales Werner Foerster y James Harper deciden
detenerlo, quizás informados ya de la presencia en el vehículo de tres
militantes clandestinos del movimiento negro radical, o quizás sólo por
que estos “conducían en estado de negritud”, según la ocurrente
expresión de Mumia Abu-Jamal. En el vehículo viajan Zayd Malik Shakur,
Sundiata Acoli y Assata Shakur, ex miembros del Partido Pantera Negra y
por ese entonces integrantes del Ejército Negro de Liberación.
Organizaciones sindicadas como “grupos de odio nacionalistas negros”,
etiqueta que es aplicada de forma indiscriminada a agrupamientos de
propósitos diversos como la Nación Musulmana, la República de la Nueva
Afrika o el Comité Coordinador de Estudiantes No Violentos.
La escena, a partir de entonces, es rápida, confusa, trágica. La
secuencia exacta de voces y movimientos es difícil de reconstruir, pero
lo que sabemos es que ante los gritos de los policías Assata levanta
instintivamente sus dos manos en el aire, cuando un disparo le destroza
la clavícula. Sólo Zayd atina a defenderse y tomar una de las armas que
están en el asiento trasero del Pontiac. Cae abatido y con él también
uno de los oficiales de policía. Assata recuerda: “había luces y
sirenas. Zayd estaba muerto. Mi mente sabía que él estaba muerto. El
aire era como cristal frío. Se alzaban enormes burbujas y estallaban.
Cada una parecía una explosión en mi pecho. Me sabía la boca a sangre y a
tierra”.
Luego es sacada a rastras del vehículo. Parece no haber rastros de
Sundiata. -Quizás haya logrado escapar- piensa, pero Sundiata será
arrestado poco tiempo después. Mientras tanto más policías se aglomeran a
su alrededor para darle una paliza. Uno de ellos le apoya el cañón de
un arma reglamentaria en la sien. La acusan de haber disparado pero sus
dedos, libres de pólvora según el test de activación de neutrones que le
hacen en el acto, no dejan lugar a dudas. Su mano cuelga inerte, casi
muerta. Assata no disparó. No pudo haber disparado con esa tira de carne
flácida que le cuelga del cuerpo y supo ser su mano diestra. Ha
recibido, en cambio, tres disparos: tiene un pulmón herido, una bala
alojada en el pecho y un brazo completamente paralizado. Las ráfagas de
dolor y una nueva tanda de golpes acaban por desvanecerla.
Una educación hostil
Antes de elegir el nombre de Assata Olugbala Shakur, su nombre de
combatiente, fue bautizada como JoAnne Deborah Byron. Apellido que en
nupcias cambió por el de su primer esposo Louis Chesimard, un activista
del que separaría por exigir que ella se amoldara a los preceptos de lo
que se suponía debía ser una mujer: la “santísima trinidad” de
esposa-madre-ama de casa. Con el tiempo Assata consideraría a sus
apellidos como “sus nombres de esclava”. Era frecuente en las décadas
del ‘60 y ‘70 que los activistas negros se rebautizaran con nombres de
inspiración africana y árabe, influidos por la revalorización del
verdadero “viejo continente” producida por el poderoso movimiento
musulmán negro y por el Black Power, aunque la huella del orgullo africano fuera visible desde los tiempos del movimiento Back to África y
las teorías caribeñas de la negritud. Assata, como tantas y tantos
otros, renegó de los apellidos legados a sus antepasados por sus dueños
esclavistas, que en este caso se remontaban en la historia hasta la
colonia francesa de Martinica. Otros ex esclavos, en cambio, recibieron o
se adjudicaron un apelativo genérico, el casi universal apellido
freeman -hombre libre-, con el que sus abuelos insistían en llamar a la
playa en que se emplazaba su negocio familiar en Wilmington.
Assata nació en Jamaica, pero no en la isla caribeña, sino en la
Jamaica del distrito de Queens en Nueva York. Curioso sitio, y con
extraños vecinos. Apenas un año antes había nacido allí, a pocas cuadras
de su casa, el nieto de un desertor y migrante ilegal llegado de
Kallstadt, en la actual Alemania. Un tal Donald John Trump -o Trumpf,
porque tal era el apellido familiar original-, quién sería a la postre
presidente de los Estados Unidos. Es difícil imaginar trayectorias más
divergentes que la de aquellos dos niños neoyorquinos.
Por lo demás Assata tuvo una infancia que llamaríamos normal si
normales fueran las sociedades racistas y la educación segregada del
tiempo de las leyes Jim Crow. Su niñez en el estado sureño de Carolina
del Norte estuvo marcada por una educación familiar que buscaba
inculcarle un fuerte sentido de la dignidad personal. Así lo recuerda en
su autobiografía: “Mis abuelos me prohibieron estrictamente que
contestara «Sí, señora» y «Sí, señor», o que me mirara los zapatos e
hiciera gestos serviles al hablar con los blancos. «Cuando hables con
ellos, mírales a los ojos», me decían. «Y habla en voz alta para
demostrar que no eres tonta»”.
Pero la educación para la vida ruda que debían enfrentar las
poblaciones afronorteamericanas también estaba mezclada con fuertes
dosis de meritocracia, valores propios de la pequeña y alta burguesía
negras educadas “a la Booker T. Washington”, una suerte de “Sarmiento
negro”. Sus abuelos querían que su nieta fuera una persona laboriosa,
que se integrara al selecto grupo de lo que llamaban “el diez por ciento
con talento”, que se juntara “con niños decentes” y que no utilizara
los idiolectos propios del inglés popular y sureño. Afortunadamente,
Assata no tardó en encontrarse con el eslabón más rebelde de su
genealogía familiar: su tío “Willie el salvaje”, un zambo de negra e
indio Cherokee, una suerte de leyenda que en las primeras décadas del
siglo denunciaba la explotación de las “personas de color” y desafiaba a
boca de jarro las normas de la sociedad segregada.
En la escuela en el sur todo era de segunda mano: la educación, los
sueldos de los profesores y hasta los libros, que llegaban usados y
rotos después de ser descartados en las escuelas para niños blancos.
Pero aún más complejo que el racismo institucionalizado, era el racismo
auto-infligido por una educación que estimulaba prácticas
auto-denigratorias que indicaban que lo negro era sucio, feo, malo y
estúpido. Paradójicamente, Assata recordaría sinsabores equivalentes en
la educación paternalista de las “escuelas integradas” de Nueva York en
donde, siendo la única niña negra de la clase, era vista y tratada como
una suerte de chimpancé parlante al que se le prodigaban
condescendientes “sonrisitas para negritos”.
Una re-educación política
Años más tarde, el proceso de re-educación en el movimiento negro le
llevaría a desandar todas las mitologías estatales de la historia
norteamericana, desde la Guerra de Independencia hasta la Guerra de
Secesión, desde la Conquista de América hasta la Guerra de Vietnam, en
un país que se ha pasado guerreando 223 de sus 244 años de existencia.
Una Assata urticante concluiría, por ejemplo, que el proceso por el que
las Trece Colonias conquistaron su independencia respecto de los
británicos fue una “mal llamada revolución” y que fue “liderada por unos
cuantos niños ricos blancos que se cansaron de pagar impuestos elevados
al rey”.
También sus ídolos de la infancia fueron demolidos uno a uno, desde
el patriarca Abraham Lincoln, partidario de la deportación masiva de
negros a Liberia, Haití o cualquier otro destino de África o el Caribe,
hasta Elvis Presley, quién se refirió a que lo único que los negros
podían hacer por él era comprar sus discos y lustrarle los zapatos, y
que en 1970 se ofreció como soplón voluntario para el FBI.
Entre la venalidad de los arribistas negros y la banalidad del restringido y racializado American Way of Life,
la joven Assata irá buscando a tientas un camino. Un hito importante
será su encuentro con estudiantes africanos en la universidad, los
cuales le revelarán un mundo más allá de los estereotipos en boga: el de
los comunistas que en las tiras cómicas se vestían todos iguales y
trabajaban invariablemente en las minas de sal, el de los africanos
calibanescos que comían carne humana y andaban con taparrabos, o el del
evangelio democratizador que se suponía que los marines norteamericanos
-blancos y negros- estaban llevando a Vietnam. Se trataba de cepillar a
contrapelo una educación plena de estereotipos y fantasías sobre el
Tercer Mundo en un país que, como ninguno, ignora profundamente el mundo
que domina. Assata concluirá en aquel período como estudiante: “Todo es
mentira en amérika [sic] y lo que lo mantiene en marcha es que
demasiada gente se lo cree”.
Como muchos jóvenes, Assata llegó al movimiento negro radical después
de un proceso de desencantamiento con los límites de la prédica
no-violenta y del proyecto integracionista del movimiento por los
derechos civiles. Integrarse, sí. ¿Pero integrarse a qué? ¿Cuántos y
quiénes podrían hacerlo? ¿Qué pasaba con el “noventa por ciento sin
talento”? ¿Cuál era el costo -político, ideológico, ético- de dicha
integración? ¿Integrarse no implicaba negarse? ¿Era posible integrarse
sin usufructuar parte de los dividendos de la política colonial? ¿No se
asemejaban acaso las políticas que el Estado norteamericano implantaba
en lo guetos de negros con la que exportaba a los países del Tercer
Mundo?
Assata evoca las reuniones de la NAACP (la Asociación Nacional para
el Progreso de las Gentes de Color), una veterana organización de la
pequeña burguesía negra que predicaba la no-violencia y el “poner la
otra mejilla”. Pero la violencia estatal continuó devorando por igual a
pacifistas y beligerantes, mientras la lista de mártires se engrosaba
por aquellos años: Viola Liuzzo, Imari Obadele, Medgar Evers, Martin
Luther King, Malcolm X, Fred Hampton, Emmet Till, George Jackson, Nat
Turner, James Chaney y un largo etcétera. Assata llegará a la conclusión
de que “nadie en el mundo, nadie en la historia, ha conseguido nunca su
libertad apelando al sentido moral de la gente que los oprimía” y que
“el movimiento de los derechos civiles nunca tuvo ni la más mínima
posibilidad de triunfar”.
El nacionalismo negro estaba entonces en pleno auge, y durante su
estadía en el Manhattan Community College, Assata no tardará en
participar en reuniones de la República de la Nueva Afrika, un
movimiento que pretendía el establecimiento de una nación negra
independiente en los estados sureños de Carolina del Sur, Georgia,
Alabama, Mississippi y Louisiana. Lo que antes se conocía como el Black Belt o
“cinturón negro”, una vieja propuesta que ya habían defendido
comunistas como Harry Haywood. Sin embargo, Assata prescindirá de una
participación activa hallando la idea sugerente pero inviable.
Entrará en contacto también con los Boinas Cafés, una organización
revolucionaria de chicanos; con los maoístas chino-estadounidenses de la
Guardia Roja en Chinatown; y visitará repetidas veces a los indígenas
estadounidenses y canadienses que habían ocupado la Isla de Alcatraz en
protesta por la desposesión de sus tierras. Y, finalmente, en ese
hervidero que eran los Estados Unidos de finales de los ‘60 y principios
de los ‘70, conocerá en Oakland al Partido Pantera Negra, con lo que su
concepción política dará un giro internacionalista. A través del
estudio de los procesos de liberación africanos llegará,
indefectiblemente, a identificarse con el marxismo y el comunismo, en
particular con los procesos y líderes del Tercer Mundo: Fidel Castro, Ho
Chi Minh, Agostinho Neto, Carlos Marighella, Ernesto Che Guevara, etc.
Pantera
Su fascinación con las Panteras Negras, una organización fundada en
1966, había sido inmediata, aunque su incorporación a la organización
ellas se hubiera demorado. En particular, le atraía el hecho de que sus
militantes “no trataban de parecer intelectuales hablando de la
burguesía nacional, del complejo industrial (…) Simplemente llaman
cerdos a los cerdos. (…) Hablaban de los cerdos políticas racistas y de
los perros racistas”. En particular, vio en la organización una
estrategia coherente de autodefensa por parte de las propias
comunidades, y un aceitado ejercicio de solidaridad con los movimientos y
procesos de liberación del Asia, África y América Latina y el Caribe.
Pese a reflexionar en ese entonces en torno a la insuficiencia de las
luchas estudiantiles, Assata continuó desarrollando labores en el medio
universitario para el Partido. También se desempeñó en el equipo médico
de la organización y en el Programa de Desayunos que la organización
brindaba gratuitamente a más de 10 mil niños, rebasando las tradiciones
prácticas de caridad eclesiástica y ensayando desde allí la organización
política de las comunidades. Por ese entonces trabajó en la campaña
para recaudar fondos por la liberación de las 21 panteras que habían
sido encarceladas por el FBI.
Eran tiempos frenéticos, apabullantes, con muchos nombres y muchos
rostros que circulaban profusamente. Pronto el Partido y otras
organizaciones entrarían en un espiral descendente en el que se
confundirían y amplificarían los errores propios y las intrigas del
COINTELPRO, el programa creado por el FBI para infiltrar y destruir los
movimientos radicales. La campaña sistemática y masiva del programa
incluía intrigas, rumores, cooptación, espionaje, infiltraciones,
represión, tortura, asesinato y otros métodos non sanctos. Su
resultado sería el desbaratamiento de organizaciones enteras, el
encarcelamiento masivo de disidentes y el vuelco precario de miles de
militantes a la clandestinidad.
Assata propone, en su autobiografía, un ejemplar ejercicio de crítica
y autocrítica que incluye, entre varios elementos: el señalamiento del
fetichismo armado de ciertos miembros del partido; la insuficiencia de
los planes de formación política, en particular en lo que a organización
y movilización refiere; un internacionalismo a veces algo abstracto que
prescindía del análisis y la comprensión de la propia realidad
nacional; un método de trabajo que en su versión más tosca se resumía en
la fórmula portación de armas más asistencia social; el automatismo y
la falta de pedagogía de ciertos procesos; el sexismo y el “culto al
macho” reforzado por la propia lógica militarista; las dificultades para
distinguir entre la lucha política legal y la lucha militar
clandestina; el dogmatismo y las purgas de dirigentes y militantes
valiosos; y, finalmente, el militarismo y la sustitución del trabajo
político. Como resultante Assata y otros militantes abandonarían un
partido ya casi reducido a su mínima expresión, y se integrarían a una
organización más flexible y descentralizada: el Ejército Negro de
Liberación.
Presa
“Hermanos y hermanas Negras, quiero que sepan que les amo y que
espero que en algún lugar de su corazón tengan amor para mí. Me llamo
Assata Shakur (…) y soy una revolucionaria. Una revolucionaria Negra.
Con eso quiero decir que he declarado la guerra a todas las fuerzas que
han violado a nuestras mujeres, han castrado a nuestros hombres y han
mantenido a nuestros bebés en la miseria. (…) Soy una revolucionaria
Negra y, como tal, soy una víctima de toda la ira, el odio y la
maledicencia de la que ameŕika [sic] es capaz. Como a todos los otros
revolucionarios Negros, amérika intenta lincharme”. Así comienza una
cinta grabada el 4 de julio de 1973.
Los policías que la custodian en el hospital se saludan
alternativamente con la venia militar o con el saludo nazi-fascista.
Assata asegura que siempre los llamó nazis o “cerdos fascistas” en un
sentido figurado, pero ahora se enfrenta a la dura constatación de la
retórica. A partir de allí comenzará un largo periplo de seis años y
medio por hospitales, tribunales, cárceles de alta seguridad y celdas de
aislamiento. Será encontrada inocente en la inmensa mayoría de los
cargos que se le imputan -portación ilegal de armas, asalto, secuestro,
asesinato- incluso de aquellos por los que huía la noche de su captura.
A partir de allí será sometida a toda suerte de privaciones. A la
libertad, primero, pero será muy clara sobre sus limitaciones históricas
para las poblaciones negras de los Estados Unidos: “La única diferencia
entre esto [la cárcel] y la calle es que una es de máxima seguridad y
la otra es de mínima. La policía patrulla nuestras comunidades justo
como aquí patrullan los guardias. No tengo ni la más remota de lo que se
siente ser libre”. Será recluida en cárceles de hombres. Se le denegará
el reposo y hasta la oscuridad, sometida a 24 hs diarias de vigilancia.
Le será retaceada una atención médica adecuada, incluso durante su
embarazo y su parto en el Hospital Elmhurts, en el que dará a luz atada a
una cama y custodiada por policías armados. Durante nueve meses no
dejará de preguntarse: “¿Cuántos lobos se ocultan en la maleza para
comerse a mi hijo?”.
Luego será obligada a trabajar de forma gratuita en prisiones
federales, una práctica rutinaria y “legal” a resguardo de la fatídica
Decimotercera Enmienda de la Constitución. Se le confinará en
aislamiento durante largos períodos hasta el punto de llegar a perder de
forma temporal y parcial la capacidad del habla. Será agredida
sexualmente y amenazada permanente con ser violada. Sufrirá juicios de
carácter netamente político, con procesos inverosímiles, jurados casi
exclusivamente blancos y jueces venales, pero no se le permitirá una
defensa política de su vida y de su causa. Será linchada mediáticamente,
y el juicio que finalmente la encontrará culpable de homicidio tan sólo
rubricará la culpabilidad ya sentenciada por la prensa. Sufrirá todas
las formas de tortura concebibles para al fin afirmar indoblegable: “yo
tengo que ver con la vida”.
A esta altura de la pequeña saga conformada por nuestras bitácoras,
es inevitable que la historia de los y las internacionalistas se
atraigan, se acerquen, se rocen y en ocasiones hasta se abracen. En la
cárcel de mujeres de máxima seguridad de Alderson, en Virginia
Occidental, diseñada para “las mujeres más peligrosas del país”, Assata
se topará con una mujer blanca entrada en años, con cabello entrecano,
“de aspecto digno, de maestra de escuela”. Inmediatamente reconocerá en
ella a Lolita Lebrón, la heroica independentista puertorriqueña. Nunca
la sororidad tuvo un sentido más pleno que entre esas dos mujeres que
pagaban con holgura el precio de su determinación. Lolita, valiente,
inquebrantable, mística, llevaba ya un cuarto de siglo privada de su
libertad, alejada de su patria y sus afectos y políticamente aislada,
sostenida tan sólo por su fe y su pasión por la causa independentista
boricua. Lolita marcaría también otro hito en el proceso de formación de
Assata, al llevarla a reconsiderar aspectos como la religiosidad
popular, los vínculos entre cristianismo y socialismo, y a conocer la
corriente latinoamericana de la teología de la liberación.
Libre y sin color
“«Vas a volver pronto a casa (…) No sé cuándo, pero vas a volver a
casa. Vas a salir de aquí.», le había dicho su abuela tras un sueño que
sería un presagio. De esta vida llena de hiatos, clandestinidad y falsas
identidades -Assata llegaría a tener más de 20 alias- nada resulta tan
misterioso como su fuga, el 2 de noviembre de 1979, del penal de máxima
seguridad del condado de Clinton. Lo poco que sabemos es que tres
hombres negros armados irrumpieron en la prisión tomando a dos guardias
de rehén, liberándola en una operación de precisión quirúrgica, sin
bajas ni heridos. Se presume que se habría tratado de una acción de sus
compañeros del Ejército Negro de Liberación largamente planificada.
Después de cinco nuevos años de vida clandestina bajo las narices de la
CIA y el FBI, Assata conseguiría pegar un salto de gacela hacia Cuba.
Allí verá, materializadas en aquel pequeño laboratorio insular, las
tentativas de igualdad radical por las que siempre había luchado:
“Aunque saben del racismo y del ku klux klan y del desempleo, ese tipo
de cosas no entran en su concepción de la realidad. Cuba es un país de
esperanza. Su realidad es tan diferente. Me impresiona cuánto han
conseguido los cubanos en tan poco tiempo de Revolución”. En particular,
le sorprendería la realidad y el tratamiento de la cuestión racial: “Se
veía a Negros y blancos juntos por todas partes: en coches y paseando
por las calles. Niños de todas las razas jugaban juntos.” “Un amigo
cubano Negro me ayudó a entenderlo mejor. Me explicó que los cubanos
daban por hecho su herencia africana. (…) Me dijo que Fidel, en un
discurso, le había dicho a la gente: -Todos somos Afro-Cubanos, de los
más paliduchos a los más morenos. (…) Aunque estaba de acuerdo conmigo,
me dijo enseguida que él mismo no se veía a sí mismo como Africano: -Yo
soy cubano”.
Aún más, aquel amigo suyo se refirió a un compatriota
desembozadamente racista que se había opuesto, originalmente, al
matrimonio de una de sus hijas con un negro cubano. Su razonamiento,
ante el hecho, será inapelable: “Mientras apoye la Revolución, no me
importa lo que piense. Me importa más lo que hace. Si realmente apoya la
Revolución, cambiará. E incluso si no cambia, sus hijos van a cambiar. Y
sus nietos cambiarán todavía más.” ¿Es qué acaso se ha establecido
mejor definición de lo que es una revolución?
En otra ocasión Assata fue llamada “mulata” y llegó a sentirse
profundamente ofendida: “-Yo no soy mulata. Yo soy una mujer Negra, y
estoy orgullosa de ser Negra -le decía a la gente (…) Algunas personas
entendían lo que quería decir, pero otros pensaban que estaba demasiado
obsesionada con el tema racial. Para ellos, mulato era simplemente un
color, como rojo, verde o azul. Pero para mí representaba una relación
histórica.” De pronto, en aquella latitud caribeña, Assata Shakur, “la
pantera más negra”, negra en lo que negro tenía de carga racista y
estigmatizante, pero también de orgullo racial y autoestima combatiente,
se encontraba en Cuba sin color. Quizás alguna vez se haya topado con
aquel poema de Nicolás Guillén que rezaba: Aquí hay blancos y negros y
chinos y mulatos. / Desde luego, se trata de colores baratos / pues a
través de tratos y contratos / se han corrido los tintes y no hay un
tono estable. / (El que piense otra cosa que avance un paso y hable.)
Assata Shakur, a sus 73 años, lleva una vida discreta y sigilosa para
no llamar la atención de los mercenarios y cazarrecompensas que buscan
capturarla y colocarla en una lancha rumbo a la Florida, en donde el
FBI, burlado una y otra vez, ha ampliado a 2 millones de dólares la
cifra que ofrece por su captura. Alguna vez Assata preguntó: “¿Por qué
merezco tal atención? ¿Por qué represento tal amenaza?”. La pregunta
encabezaba una carta personal que envió al papa Juan Pablo II, quien
había sido convencido de solicitar a Fidel Castro su extradición a los
Estados Unidos durante su visita a Cuba en enero de 1998. Un inmenso
cartel aparecido en la isla dió la respuesta lacónica de Fidel y el
pueblo cubano: hands off Assata -las manos fuera de Assata-.
Quizás Assata Olugbala Shakur represente aún hoy una amenaza por haber
logrado comprender que correspondía a ella concretar los sueños que su
abuela soñaba, “que los sueños y la realidad son opuestos” pero que “es
la acción lo que los sintetiza”