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vendredi 2 janvier 2026

Le génocide relooké – Chris Hedges

 




Le génocide à Gaza n’a jamais cessé : il a simplement changé d’étiquette. Derrière le mot « cessez‑le‑feu », les bombardements, la famine et la ségrégation continuent. Un maquillage grossier que le monde accepte volontiers.

Un texte de Chris Hedges. Résumé très rapide :

  • Le génocide à Gaza n’a pas cessé : il a juste été « relooké » pour que le monde détourne les yeux. Israël continue les violations du cessez‑le‑feu, contrôle toujours plus de territoire, bloque l’aide, et maintient les Palestiniens dans des conditions dignes d’un camp géant insalubre et mortel.
  • Le « plan de paix » soutenu par Trump est une mascarade coloniale, avec l’idée absurde d’une « Riviera de Gaza ». Quelques chiffres et exemples frappants, comme les 738 violations israéliennes, les bâtiments détruits à 92 %, ou la citation de Norman Finkelstein parlant d’une « organisation criminelle envers Gaza ».
  • Gaza est le laboratoire d’un nouvel ordre mondial brutal, « ce n’est pas la fin du cauchemar, juste le début ».

mercredi 26 novembre 2025

Un effroyable carnage : l’héritage politique de Dick Cheney

 SOURCE: https://www.les-crises.fr/un-effroyable-carnage-l-heritage-politique-de-dick-cheney/

De la censure d’un rapport sur la surveillance intérieure par la CIA à la couverture de la guerre des Contras, en passant par son rôle dans le lancement de la guerre contre le terrorisme, Dick Cheney a consacré sa vie à faire en sorte que l’État américain puisse tuer, espionner et torturer en toute impunité.

Source : Jacobin, Chip Gibbons
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

 
Lorsque l’on réfléchit à l’héritage de Dick Cheney, on ne peut que reconnaître les millions de vies qu’il a fauchées, comme celles des femmes et des enfants irakiens qui ont été ligotés et exécutés en 2005. (David Hume Kennerly / Getty Images)

Le 15 mars 2006, les États-Unis étaient engagés depuis près de trois ans dans leur deuxième guerre en Irak. Après plus d’une décennie de sanctions brutales et de bombardements continus, les États-Unis avaient lancé au printemps 2003 une invasion à grande échelle de ce pays du Moyen-Orient riche en pétrole. Cette invasion constituait une violation flagrante du droit international. Après avoir renversé le gouvernement baasiste irakien, ancien allié intermittent de Washington, les États-Unis et leurs alliés ont entamé une occupation militaire prolongée de l’Irak. Cette affaire néocoloniale s’est avérée particulièrement brutale. Telle est la nature même de la volonté d’imposer sa présence par la force militaire à un peuple qui ne le souhaite pas et qui est prêt à recourir à la force pour s’y opposer.

Ce jour-là, le 15 mars, des soldats se sont approchgués de la maison de Faiz Harrat Al-Majma’ee, un agriculteur irakien. Ils auraient recherché un individu soupçonné d’être responsable de la mort de deux soldats américains et d’avoir facilité le recrutement d’Al-Qaïda en Irak. Selon la version des troupes américaines, quelqu’un dans la maison aurait tiré sur les soldats qui s’approchaient, déclenchant une confrontation de vingt-cinq minutes. Les soldats ont finalement pénétré dans la maison et tué tous ses occupants.

Parmi eux se trouvaient non seulement Al-Majma’ee, mais aussi sa femme, ses trois enfants, Hawra’a, Aisha et Husam, âgés de cinq mois à cinq ans, sa mère de 74 ans, Turkiya Majeed Ali, et ses deux nièces, Asma’a Yousif Ma’arouf et Usama Yousif Ma’arouf, âgées de cinq et trois ans. L’autopsie pratiquée sur les défunts « a révélé que tous les cadavres avaient reçu une balle dans la tête et étaient menottés ». Après avoir massacré la famille, les soldats américains ont demandé une frappe aérienne qui a détruit la maison. La raison présumée de ce bombardement était de dissimuler les preuves des exécutions extrajudiciaires.

Parmi les architectes de la guerre contre le terrorisme, un nom se détache particulièrement : Dick Cheney.

Les dix vies perdues ce jour-là, y compris celles des enfants menottés et abattus d’une balle dans la tête à bout portant, font partie des 4,5 à 4,7 millions d’êtres humains qui ont perdu la vie dans les zones de guerre après le 11 Septembre. Cela inclut non seulement l’Irak, mais aussi l’Afghanistan, la Syrie, le Yémen et le Pakistan. Il est impossible de réduire la « guerre contre le terrorisme » et son bilan humain colossal à une seule personne. Mais lorsqu’il s’agit des architectes de la guerre contre le terrorisme, un nom ressort plus que les autres : Dick Cheney.

Le lundi 3 novembre, Cheney est décédé à l’âge de 84 ans des suites d’une pneumonie et de maladies cardiaques et vasculaires. Je ne souhaite la mort à aucun être humain, pas plus que je ne souhaite voir souffrir aucun être vivant. Mais lorsque l’on réfléchit à l’héritage de Cheney, on se doit de reconnaître les millions de vies qu’il a fauchées, comme celles des femmes et des enfants irakiens qui ont été ligotés et exécutés en 2005. Ils font partie de l’héritage de Cheney, un héritage qui comprend une vie passée à défendre les pires crimes de l’État américain au nom de la sécurité nationale.

Une vie au service de l’État sécuritaire

La plupart des comptes rendus sur la politique de Cheney se concentrent sur sa croyance en des pouvoirs étendus pour le pouvoir exécutif, avec un rôle réduit pour le Congrès. Si cela est certainement vrai, la fidélité ultime de Cheney allait à la bureaucratie de la sécurité nationale qui s’était métastasée au sein du pouvoir exécutif. Les interventions de Cheney visaient à défendre le pouvoir de l’exécutif de lancer des guerres à l’étranger et d’exercer une surveillance à l’intérieur du pays.

Au début de sa carrière, Cheney a été témoin de tentatives visant à les restreindre. Les révélations selon lesquelles Richard Nixon avait mis en place une unité d’espionnage secrète appelée les « plombiers de la Maison Blanche » pour cibler d’abord le lanceur d’alerte Daniel Ellsberg, puis cambrioler les bureaux du Comité national démocrate à l’hôtel Watergate, ont contraint Nixon à démissionner dans le déshonneur. Cela a également entraîné un revers temporaire pour l’État sécuritaire.

Le programme d’espionnage personnel de Nixon était composé d’anciens combattants de l’État sécuritaire et imitait ses tactiques. Le scandale du Watergate a éclaté en même temps que les scandales concernant la surveillance par le FBI et la CIA des mouvements anti-guerre et des droits civiques. Des millions d’Américains ont participé à ces deux mouvements, pour découvrir que leur gouvernement considérait leur comportement comme digne d’être espionné. Cela a considérablement diminué la confiance dans le Léviathan de la sécurité nationale.

Et si la répression de la Guerre froide avait autrefois placé la politique de sécurité nationale américaine hors de portée de toute critique, la désillusion généralisée face à la guerre du Vietnam, meurtrière, immorale et désastreuse, signifiait que son avenir était très incertain. Si l’État sécuritaire a survécu, les retombées du Watergate et du Vietnam ont réduit son pouvoir à son plus bas niveau, du moins temporairement.

 
Dick Cheney en 1976, alors qu’il était chef de cabinet de Gerald Ford. (David Hume Kennerly / Bibliothèque présidentielle Gerald R. Ford)

Cheney a cherché à lutter contre ces restrictions. En tant que chef de cabinet du président Gerald Ford à la Maison Blanche, Cheney a apporté des modifications manuscrites à un rapport sur les activités de la CIA. La principale modification apportée par Cheney consistait à remplacer la description de la surveillance intérieure de la CIA comme « illégale » par « inappropriée. » Bien que Cheney n’ait pas réussi à empêcher les contrôles imposés à l’État en matière de sécurité nationale, il a refusé d’abandonner son combat.

En 1978, Cheney a été élu député républicain du Wyoming. Au Congrès, Cheney a voté contre les sanctions contre l’apartheid en Afrique du Sud et contre une résolution non contraignante demandant la libération de Nelson Mandela. Ces votes ont conduit John Nichols, du magazine The Nation, à surnommer Cheney « le député de l’apartheid. » Lors des élections de 2000, les votes de Cheney sur Mandela ont fait l’objet d’une controverse. Loin d’admettre son erreur, Cheney a défendu son vote, expliquant que l’African National Congress était alors considéré comme une organisation « terroriste. »

Les interventions de Cheney visaient à défendre le pouvoir de l’exécutif de lancer des guerres à l’étranger et d’exercer une surveillance sur le territoire national.

Au Congrès, Cheney était le membre républicain le plus haut placé dans une enquête de la Chambre sur le scandale Iran-Contra. Au début des années 1980, l’administration Reagan a été prise en flagrant délit de minage des ports du Nicaragua. Cet acte de guerre manifeste a été perpétré par la CIA, que Ronald Reagan avait promis de « libérer » pendant sa campagne présidentielle.

Dans le cadre de ses efforts visant à renverser le gouvernement socialiste sandiniste du Nicaragua, la CIA collaborait avec les « Contras. » Qualifiés de combattants de la liberté par l’administration Reagan, les Contras étaient en réalité une force terroriste avérée. Ils prenaient délibérément pour cible des infrastructures civiles telles que des centres d’alphabétisation et des cliniques afin de saper les efforts des Sandinistes pour améliorer la vie des Nicaraguayens ordinaires. Craignant que la guerre secrète de Reagan ne devienne un nouveau Vietnam, le Congrès a adopté une série d’amendements budgétaires connus sous le nom d’amendement Boland. Ceux-ci empêchaient l’envoi d’armes létales aux Contras dans le but de renverser le régime au Nicaragua. Plusieurs efforts ont été déployés pour continuer à fournir des armes aux Contras, notamment par le biais de réseaux de financement privés, ainsi que pour (au minimum) fermer les yeux sur le trafic de drogue des Contras.

Mais l’administration Reagan a failli imploser lorsque des responsables clés ont été surpris en train de vendre des armes à l’Iran et d’utiliser les recettes pour financer les Contras, en violation de l’amendement Boland. Dans le rapport minoritaire de Cheney, les hors-la-loi n’étaient pas ceux qui avaient armé la campagne terroriste des Contras, mais le Congrès qui avait tenté de limiter la guerre secrète de l’administration Reagan.

Cheney a quitté le Congrès pour occuper le poste de secrétaire à la Défense du président George H. W. Bush. À ce titre, Cheney a supervisé l’invasion américaine du Panama. Cette invasion, totalement illégale, a violé à la fois le droit international et la Constitution américaine. Elle a causé la mort de 3 500 Panaméens. Le prétexte officiel était que les États-Unis avaient inculpé le dirigeant panaméen Manuel Noriega pour trafic de drogue et envahi le pays afin de l’enlever et de le livrer à un tribunal de Miami. Noriega était un ancien agent de la CIA. Et il n’était pas le seul ancien allié des États-Unis avec lequel Cheney allait devoir se battre en tant que secrétaire à la Défense.

Tout au long des années 1980, les États-Unis avaient armé le dictateur irakien Saddam Hussein contre l’Iran, alors même que Hussein utilisait des armes chimiques. En 1990, Hussein est de nouveau entré en guerre avec l’un de ses voisins, cette fois-ci le Koweït. Certains éléments suggèrent que le dirigeant irakien croyait sincèrement, mais à tort, que les États-Unis fermeraient les yeux sur cette agression. Mais contrairement à l’Iran, le Koweït était un allié des États-Unis. Et les États-Unis, par l’intermédiaire du Conseil de sécurité des Nations unies, ont lancé une guerre contre l’Irak.

Les États-Unis sont allés bien au-delà de l’expulsion de l’Irak du Koweït. Ils se sont livrés à un bombardement massif de l’Irak, visant clairement les infrastructures civiles. Les Nations unies ont qualifié ces bombardements « d’apocalyptiques. » L’Irak étant désormais incapable de purifier l’eau, de traiter les eaux usées ou d’irriguer les cultures, l’ONU a estimé que ces bombardements avaient ramené le pays à « l’âge préindustriel. » Pendant la guerre, les États-Unis ont largué deux bombes « de précision » de 900 kg sur l’abri d’Amiriyah. Cette attaque contre un abri anti-aérien civil sans utilité militaire a causé la mort de 408 civils qui avaient cherché refuge pour échapper aux bombardements apocalyptiques de leur pays. Et lorsque les soldats irakiens se sont retirés du Koweït, les États-Unis les ont bombardés sur ce qui est devenu connu sous le nom « d’autoroute de la mort. » Les images d’êtres humains carbonisés sont devenues parmi les plus choquantes de la guerre. En tant que secrétaire à la Défense, Cheney porte la responsabilité de ces crimes.

 
Une photo de Dick Cheney prise en 1984, alors qu’il était représentant du Montana au Congrès. (Bibliothèque et musée présidentiels Ronald Reagan)

Avec une carrière aussi ignominieuse que celle de Cheney, il est impossible de ne pas passer sous silence certaines atrocités. Mais il convient de mentionner un dernier épisode de son mandat de secrétaire à la Défense qui est trop souvent omis. Les États-Unis ont longtemps été accusés d’avoir formé les militaires et les escadrons de la mort d’Amérique latine à la torture et à d’autres violations des droits humains. Ces allégations ont donné lieu à une enquête officielle. Un rapport classifié, intitulé de manière remarquablement bureaucratique « Improper Material in Spanish-Language Intelligence Training Manuals » (Contenu inapproprié dans les manuels de formation au renseignement en langue espagnole), a confirmé que le matériel de formation américain enseignait clairement des violations de la loi.

Le rapport a été remis au secrétaire à la Défense Cheney. Une copie obtenue par les Archives nationales de sécurité porte le cachet « SECDEF HAS SEEN » (Le secrétaire à la Défense a pris connaissance). Ce ne sera pas le dernier scandale de torture dans lequel il sera impliqué.

L’homme qui menait la danse

Après son mandat de secrétaire à la Défense, Cheney a passé le reste des années 1990 loin de la scène politique. Mais deux aspects de sa carrière pendant cette période étaient de mauvais augure. Il est devenu PDG de Halliburton, une société de services pétroliers qui allait plus tard obtenir plusieurs contrats liés à la guerre en Irak lorsque Cheney était vice-président. Cheney allait également être l’un des premiers partisans du Project for a New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain). Ce groupe de réflexion néoconservateur prônait la promotion agressive de l’hégémonie américaine et le renforcement de la puissance militaire américaine. Dans un document particulièrement inquiétant, le projet déplorait que bon nombre de ses objectifs prendraient beaucoup de temps à être atteints « en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur, tel un nouveau Pearl Harbor. » Si le Project for a New American Century prônait une vision agressive et belliciste de la politique étrangère américaine en général, il concentrait son attention sur un pays en particulier : l’Irak.

L’Irak allait devenir la priorité de l’administration George W. Bush. En effet, moins d’un mois après que des manifestants scandant « Hail to the Thief » (Salut au voleur) aient bombardé la limousine de Bush d’œufs le jour de son investiture, celui-ci a considérablement intensifié les bombardements américains sur l’Irak. Cette escalade de la plus longue guerre aérienne menée par les États-Unis depuis la guerre du Vietnam a eu lieu deux ans avant le début officiel de la guerre en Irak et sept mois avant les terribles attentats du 11 Septembre.

Si l’Irak était clairement dans le collimateur de l’administration Bush quoi qu’il arrive, c’est le tragique assassinat de près de trois mille Américains le 11 septembre 2001 qui allait ouvrir la voie à la grande guerre tant attendue. Et Cheney allait jouer un rôle important. Cheney avait été sollicité par Bush pour l’aider à choisir un colistier. Fidèle à lui-même, il finit par devenir le candidat à la vice-présidence. Après une élection qui fut presque certainement truquée, Bush et Cheney arrivèrent à la Maison Blanche, rejetés par la majorité des Américains dans les urnes.

Cheney allait devenir le vice-président le plus puissant de l’histoire.

Le jour de l’attaque, Bush se trouvait en Floride pour une séance photo. Après qu’un deuxième avion eut percuté le World Trade Center, Bush fut évacué à bord d’Air Force One. Avec le commandant en chef effectif survolant l’espace aérien américain, Cheney a donné l’ordre d’abattre le vol 93 de United Airlines, l’un des avions détournés restant en vol. Au moment où l’ordre a été donné, les passagers s’étaient déjà révoltés, tentant de reprendre le contrôle de l’avion aux pirates de l’air qui avaient l’intention de l’utiliser comme une arme. À la suite de cet acte héroïque, l’avion s’est écrasé, tuant tous ses occupants, avant qu’il ne puisse être utilisé pour frapper une autre cible.

Même si l’ordre de tir donné par Cheney s’est finalement avéré inutile, il est révélateur du rôle inhabituel qu’il a joué dans la guerre contre le terrorisme. En règle générale, le vice-président ne prend pas ce genre de décisions militaires. Mais au lendemain des attentats, Cheney est devenu le vice-président le plus puissant de l’histoire.

 
Portrait officiel de Dick Cheney pendant son mandat de secrétaire à la Défense, de 1989 à 1993. (Département américain de la Défense)

Cheney a utilisé ce pouvoir pour pousser à la guerre en Irak. Cette guerre reposait sur deux mensonges majeurs, tous deux promus par Cheney : premièrement, que l’Irak possédait des armes de destruction massive ; deuxièmement, que l’Irak était impliqué dans les attentats du 11 Septembre. Le deuxième mensonge était particulièrement absurde. Le gouvernement baasiste nationaliste laïc de Saddam Hussein, bien que brutal, n’avait rien en commun avec le groupe djihadiste salafiste Al-Qaïda, responsable des attentats meurtriers. Si un gouvernement avait aidé Al-Qaïda, c’était bien l’Arabie saoudite.

Pourtant, l’Arabie saoudite était un allié majeur des États-Unis et un partenaire commercial de la famille Bush. Alors qu’elle fabriquait des preuves contre l’Irak, l’administration Bush bloquait toute enquête sur le rôle éventuel de l’Arabie saoudite.

La guerre en Irak a été lancée par une campagne de bombardements aériens effroyables, connue sous le nom de « Shock and Awe » (choc et effroi), et s’est poursuivie par une occupation sanglante et prolongée. Mais l’Irak n’était pas le seul crime de Cheney après le 11 Septembre. Cheney défendait depuis longtemps une théorie expansive des pouvoirs exécutifs. Et après le 11 Septembre, il a exploité la tragédie pour tenter de mettre en œuvre les théories qu’il défendait depuis longtemps. Cheney a joué un rôle déterminant dans la promotion de l’idée que, en tant que commandant en chef, le président américain pouvait détenir n’importe qui, y compris des citoyens américains, sans aucun contrôle judiciaire. Il a soutenu un programme de la CIA prévoyant des disparitions forcées et des tortures qui rappelaient la terreur d’État des dictatures fascistes ou militaires.

En plus d’avoir le pouvoir, en temps de guerre, d’enlever et de détenir n’importe qui, Cheney estimait également que l’autorité du commandant en chef de l’exécutif lui donnait le pouvoir d’espionner n’importe qui. Au lendemain du Watergate et des révélations sur l’espionnage de Martin Luther King et d’autres militants, une tentative sérieuse a été faite pour limiter la surveillance nationale en matière de sécurité intérieure. À cette fin, le Congrès a adopté la loi sur la surveillance des renseignements étrangers (FISA). Cette loi était loin d’être libérale sur le plan civil. Elle autorisait un tribunal secret à autoriser la mise sur écoute électronique des Américains. Mais pour Cheney et d’autres faucons de la sécurité nationale, il était intolérable de limiter le pouvoir du président en matière de surveillance électronique au nom de la sécurité nationale.

L’opposition de Cheney à Trump a permis à certains de tenter de le réhabiliter de manière écœurante en le présentant comme un champion de la démocratie. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Au moment même où l’administration Bush obtenait du Congrès qu’il modifie la FISA pour permettre une surveillance accrue, elle créait secrètement un programme d’espionnage totalement indépendant de la FISA. Il convient de noter que la FISA n’était pas une simple suggestion. Elle créait des dispositions pénales concernant les écoutes téléphoniques sans mandat. Ce régime de surveillance pénale a été baptisé « programme de surveillance du président », mais il aurait tout aussi bien pu s’agir du « programme de surveillance du vice-président. »

Ce programme était une idée originale de Cheney, de son chef de cabinet David Addington et du directeur de l’Agence nationale de sécurité (NSA) Michael Hayden. La version signée par Bush avait été en grande partie rédigée par Addington. Bien que ce programme fût tristement célèbre pour permettre à la NSA d’intercepter sans mandat les communications des Américains à l’étranger, tel que conçu par Addington, il autorisait à l’origine l’interception des appels purement nationaux. Même Hayden, fervent partisan de la surveillance, a estimé que cela allait trop loin et a refusé de mettre en œuvre cette partie du programme. Elle a été supprimée des réautorisations ultérieures.

Au fil des ans, le programme a fait l’objet de nombreuses justifications juridiques, mais la justification initiale et la plus radicale provenait directement du projet de Cheney. Les écoutes téléphoniques étaient justifiées par le pouvoir du président en tant que commandant en chef. Le fait que la FISA les ait criminalisées n’avait pas d’importance : la véritable violation de la loi était la tentative de la FISA de contrôler le président. Cela reflétait la logique avancée par Cheney lors de l’affaire Iran-Contra en tant que membre du Congrès.

Outre les guerres d’agression, les détentions illimitées et la torture, la guerre contre le terrorisme a également normalisé le recours aux assassinats. Techniquement, les assassinats sont interdits par décret. Mais ce décret ne définit pas les assassinats et, grâce à un raisonnement juridique tordu et à des jeux de mots, il est devenu superflu dans les faits, même s’il reste en vigueur sur le papier. Cette mesure reflète le programme d’assassinats mené par Israël, qui étaient pudiquement qualifiés « d’assassinats ciblés », en partie pour contourner les interdictions internationales relatives aux exécutions extrajudiciaires.

Il est difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais avant le 11 Septembre, l’administration Bush était initialement opposée aux assassinats de dirigeants palestiniens par Israël. Il y avait un dissident. Cheney a publiquement rompu avec la ligne officielle de l’administration, approuvant les assassinats israéliens. Et pendant la guerre contre le terrorisme, l’administration Bush, aidée par les connaissances techniques et les arguments juridiques israéliens, a officiellement adopté les assassinats ciblés. Que ce soit par les forces spéciales ou par des drones mécanisés, les assassinats allaient devenir la marque de fabrique de la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis.

 
Le vice-président Dick Cheney s’adresse à la presse en compagnie du leader de la minorité au Sénat Mitch McConnell et du sénateur Trent Lott au Capitole américain, le 24 avril 2007. (Archives vice-présidentielles du bureau de la photographie, administration George W. Bush)

Vivre dans le monde de Cheney

La dernière apparition publique de Cheney est peut-être la plus étrange. Cet archiconservateur, républicain de longue date, s’est présenté comme un opposant à Donald Trump. Cheney est allé jusqu’à soutenir la candidature présidentielle infructueuse de Kamala Harris [Démocrate, NdT]. Dans l’une des initiatives les plus maladroites de toute l’histoire des campagnes électorales, la campagne de Harris a ouvertement vanté le soutien de Cheney ainsi que celui d’autres faucons républicains. Alors que la campagne de Harris peinait à convaincre les électeurs clés en raison de son refus de rompre avec le soutien criminel de Joe Biden au génocide israélien, elle a cherché à surpasser Trump en matière de bellicisme.

L’opposition de Cheney à Trump a permis à certains de tenter de le réhabiliter de manière écœurante en tant que champion de la démocratie. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Cheney est devenu vice-président à la suite d’une élection volée. Une fois au pouvoir, ses attaques contre la démocratie n’ont fait qu’empirer. Exploitant la tragédie du 11 Septembre, il a enfreint presque toutes les normes démocratiques pour mettre en place un régime autoritaire et meurtrier. Non seulement il a été peut-être la figure la plus destructrice pour la démocratie américaine au XXIe siècle, mais il a également laissé derrière lui un carnage humain et la mort dans le monde entier.

Quelqu’un peut-il sérieusement affirmer que les actions de Trump ne sont pas le prolongement logique de la guerre contre le terrorisme menée par Cheney ?

Non seulement Cheney est responsable de ses propres attaques contre la démocratie, mais il existe également des liens solides entre lui et Trump. La première campagne de Trump a été marquée par des appels à la surveillance des mosquées, au soutien à la torture, à l’escalade des guerres aériennes au Moyen-Orient et aux représailles meurtrières contre les familles des « terroristes. » Peut-on sérieusement affirmer que ce ne sont pas là les prolongements logiques de la guerre contre le terrorisme menée par Cheney ?

Et au cours de son deuxième mandat, Trump a revendiqué le droit de bombarder des pays sans l’autorisation du Congrès, qualifié ses opposants nationaux de terroristes afin de pouvoir exploiter le vaste appareil de surveillance antiterroriste du pays, procédé à l’assassinat de trafiquants de drogue présumés et cherché clairement à renverser le gouvernement de gauche au Venezuela. Ce sont là les politiques que Cheney a défendues toute sa vie. Trump a même réalisé le rêve de longue date de Cheney en bombardant l’Iran.

Le plus grand danger que Trump représente pour notre démocratie en tant qu’autoritaire provient du pouvoir exécutif illimité accumulé dans l’État sécuritaire que Cheney a passé sa vie à construire. Selon Cheney, le gouvernement américain pouvait non seulement mettre sur écoute un citoyen américain sans mandat, mais aussi le détenir sans aucun recours devant les tribunaux ni intervention possible du Congrès. Comme Cheney, Trump salive presque certainement à l’idée de mettre en œuvre de telles politiques.

Si l’on peut débattre du rôle que les fausses positions anti-guerre de Trump ou sa manipulation cynique du soutien de Cheney à Harris ont joué dans sa victoire électorale de 2024, il ne fait aucun doute que la victoire électorale de Barack Obama en 2008 était en grande partie un rejet des politiques de guerre contre le terrorisme de Cheney. Pourtant, malgré le fait qu’il ait surfé sur cette indignation populaire pour accéder à la Maison Blanche, Obama a consolidé et élargi bon nombre de ces politiques, notamment la surveillance sans mandat de la NSA et les assassinats à l’échelle mondiale.

Le fait que les présidents de tous bords politiques poursuivent les politiques les plus sombres de Cheney témoigne peut-être de son héritage le plus troublant : c’est en grande partie dans le monde créé par Dick Cheney que nous continuons à vivre.

*

Chip Gibbons est directeur des politiques chez Defending Rights & Dissent. Il est l’auteur du livre à paraître The Imperial Bureau: The FBI, Political Surveillance, and the Rise of the US National Security State [Le Bureau impérial : le FBI, la politique de surveillance et l’ascension de l’Etat américain de sécurité nationale, NdT].

Source : Jacobin, Chip Gibbons,05-11-2025

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

lundi 27 octobre 2025

144 detenidos de Gaza han desaparecido de las cárceles israelíes sin explicación (junio 2025)

 FUENTE : https://kaosenlared.net/144-detenidos-de-gaza-han-desaparecido-de-las-carceles-israelies-sin-explicacion/

Las autoridades de ocupacion israelíes informaron a organizaciones de derechos humanos que mantienen detenidos a 2.790 personas de la Franja de Gaza. Sin embargo, se ha descubierto que otros 144 detenidos no aparecen en los datos israelíes y se desconoce su paradero. Las autoridades no han explicado su omisión, según un comunicado emitido el miércoles por el Comité contra la Tortura.

Según un comunicado de las autoridades israelíes, al 31 de mayo, 660 de los 2.790 detenidos de la Franja de Gaza se encontraban recluidos en centros de detención militares israelíes.
Las autoridades de la ocupacion israelíes respondieron afirmando que el centro de detención militar de Anatot, conocido por sus duras condiciones de detención y la tortura de los detenidos, había sido cerrado, y que el centro de detención de la base de Amiad, designado para retener a combatientes de Hezbolá, también había sido cerrado.
Según las autoridades israelíes, desde finales del año pasado, 1.244 detenidos gazatíes han sido liberados, la mayoría como parte del intercambio de prisioneros de enero, pero 455 gazatíes han sido arrestados. El Comité contra la Tortura señaló que, a pesar de la disminución del número de detenidos, las autoridades israelíes siguen negándose a derogar la Ley de Combatientes Ilegales.
«Instamos a las autoridades a que ofrezcan explicaciones completas sobre el destino de los 144 detenidos no mencionados en los datos y a que modifiquen de inmediato la legislación que viola los derechos fundamentales de los detenidos», declaró Tal Steiner, director general del Comité contra la Tortura.
Añadió: «Los inquietantes informes sobre tortura en centros de detención y duras condiciones de vida, que incluso han provocado la muerte de muchos detenidos, exigen una investigación inmediata y un cambio radical en la atención a los detenidos. La Ley de Combatientes Ilegales permite graves violaciones de derechos y es incompatible con los valores democráticos y el derecho internacional».
En febrero de 2024, aproximadamente cuatro meses después de la guerra en Gaza, organizaciones de derechos humanos —el Comité Contra la Tortura, Médicos por los Derechos Humanos, Gisha, Adalah y el Centro para la Protección del Individuo— presentaron una petición para exigir la derogación de las enmiendas aprobadas por la Knéset en virtud de la Ley de Encarcelamiento de Combatientes Ilegales, que permiten la extensión de la detención temporal y la continua negación del acceso de los detenidos a abogados. Esta petición se presentó debido a la grave violación de los derechos a la libertad, la vida, la integridad física y un proceso judicial justo, de una manera incompatible con los valores democráticos, sin un propósito legítimo y desproporcionada con respecto a los derechos de los detenidos.

 

 

mardi 14 octobre 2025

LE GÉNOCIDE OUBLIÉ DES COMMUNISTES INDONÉSIENS. La CIA et le coup d’État de 1965


 

 
 
À Santiago du Chili, sous la présidence de Salvador Allende (3 novembre 1970 – 11 septembre 1973), on trouvait dans les rues de la ville: "On va vous faire un Jakarta", en allusion aux massacre des communistes indonésiens quelques années auparavant. Ils, les nouveaux chiots de la CIA, le firent. 
 
 (À l'époque le Labour est au pouvoir)
 
(Au Canada on a effacé d'un monument le nom de "victimes" du communisme car elles étaient nazis et bandéristes et ça la foutait mal pour l'empire du Bien. Il aura fallu l'excès de zèle otanesque des dirigeants canadiens pour que l'on se rende compte du pedigree des dites victimes). 

jeudi 7 août 2025

Boris Taslitzky, la guerre d'Indochine et celles d'aujourd'hui

En 1946, la guerre en Indochine française éclate. Les artistes et les intellectuels, qui sortent à peine de la seconde guerre mondiale, s'insurgent.

Entre 1950 et 1956, ils produisent des oeuvres dénonçant la guerre et prônant la Paix et la défense de la dignité humaine.

Parmi la richesse des productions de l'époque:

Boris Vian écrira la chanson " le déserteur "

Paul Carpita tournera « Le rendez-vous des quais » à Marseille

et Boris Taslitzky peindra le tableau « Riposte » en 1951. Il expose cette année-là au Salon d'Automne sous le pseudonyme de Julien Sorel « Le Prisonnier » qui représente Henri Martin dans sa cellule et sous son nom « Riposte » qui représente la répression d'une manifestation de dockers à Port-de-Bouc. Ces dockers refusaient de charger des armes destinées à la guerre d'Indochine.

Ces tableaux sont décrochés du Salon sur ordre du préfet Baylot, car jugés « politiquement incorrects »

Dessinateur, peintre et ancien résistant communiste, ce " messager de la Paix " a cotoyé l'enfer concentrationnaire de Buchenwald.

Le peintre a voulu apporter un symbole à cette lutte en ajoutant une Marianne brandissant le drapeau républicain

Taslitzky s'est éteint à l'âge de 94 ans. Il était le dernier peintre à faire parti du courant artistique du réalisme socialiste de l'après guerre.

 Riposte (1951) de Boris Taslitzky (©Guy Boyer). 

Le tableau est exposé à la Tate Gallery de Londres. 

Pourquoi ce genre de tableau n'est pas exposé dans un grand musée français? 

Pourquoi les artistes français ne produisent plus ce genre d'oeuvres aujourd'hui (les raisons ne manquent pas)?

Pourquoi les ouvriers, les syndicats, ne réagissent plus de la sorte (les raisons ne manquent pas: ce sont les mêmes)? 

 

Le mieux, c'est d'y répondre par un exemple pris dans l'actualité espagnole: 

Donald Trump vient de déclarer : « Les dirigeants de l’OTAN font ce que je leur dis de faire. »

Inutile de le jurer. Au-delà du spectacle que Pedro Sánchez a monté au sommet de l'OTAN – pour finalement signer le même accord que tout le monde –, l'entreprise espagnole Indra (avec participation de l'État) va verser 13 millions d'euros à General Dynamics . Cet argent servira à « former » les ouvriers de « El Tallerón » de Gijón, en les « recyclant » dans la construction de véhicules blindés.

General Dynamics est le principal fournisseur de chars d'Israël et a été l'un des bailleurs de fonds de la campagne présidentielle de Donald Trump.


Au début du génocide à Gaza, des syndicats palestiniens ont lancé un appel pour le 1er mai, adressé à tous les syndicats de ce côté-ci du mur de l'OTAN et appelant à une solidarité de classe internationaliste. Parmi leurs revendications figurait une revendication cruciale : dénoncer les entreprises d'armement complices du génocide. Quels syndicats des Asturies ont obtempéré ? Aucun.

Indra va maintenant donner 13 millions à General Dynamics, qui possède une usine dans les Asturies depuis des années.

Non seulement l’engagement internationaliste envers le peuple palestinien a été rompu, mais plus encore : au lieu d’une usine d’armement, désormais il y en aura deux.

Et rien de ce qui est fabriqué dans les Asturies ne servira à défendre le peuple palestinien contre un génocide télévisé. L'Espagne est membre de l'OTAN, et les armes seront envoyées là où l'OTAN  leur ordonnera d'aller.

   

 Les syndicats européens sont couchés,  parce que payés par l'UE (l'OTAN civile) --> Les artistes? Eux aussi font la planche --> OCCIDENT TERMINAL --> RESTER DANS LE CAMP DU BIEN, CELUI DES HERBIVORES DU JARDIN FACE À LA JUNGLE DES BARBARES ---> NE SURTOUT PAS REMETTRE EN QUESTION L'IMPÉRIALISME.

Il faut lire et voir Taslitzky, cela remet les idées en place et on se redresse. 

dimanche 27 juillet 2025

The Lancet: 434.800 asesinados en Gaza

 "Los últimos datos, actualizados (21 de julio), según un modelo estadístico desarrollado por la prestigiosa revista médica The Lancet, indican que Israel ha matado a aproximadamente 434.800 personas en Gaza desde que el ejército israelí comenzó a atacar el territorio el 8 de octubre de 2023. Esto representa el 20,7 % de la población de Gaza antes del conflicto. Más de la mitad son mujeres y niños."

 

https://stevendonziger.substack.com/p/shock-israel-has-killed-207-of-gazas?utm_source=share&utm_medium=android&r=4aiktl&triedRedirect=true 

lundi 21 juillet 2025

Le zombisionisme, stade ultime de l'impérialisme?

SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2025/07/bienveillance-occidentale-le-zombisionisme


La forme zombie du sionisme
augure-t-elle de celle que va prendre le libéralisme capitaliste
au sein de l'occident collectif ?

C'est en tout cas la leçon que tire Shir Ever, activiste de BDS, des récents évènements auxquels il a assisté en Palestine et qu'il a analysé et commenté avec beaucoup de perspicacité pour l'Intifada numérique :


 

et pour contextualiser tout ça :

L'enfer humanitaire 
l'extermination des Palestiniens se fait passer pour de l'aide

Israël et l'Amérique veulent placer « par bienveillance » la population de Gaza dans ce qui équivaut à un camp de concentration.
Aide humanitaire de l'enfer : l'extermination des Palestiniens se fait passer pour de l'aide

Pour consulter :

Le rapport de Francesca Albanese   

   

Le génocide en cours à Gaza et en Palestine est particulier, non pas à un, mais à deux égards. Comme on l'a souvent observé, il s'agit du premier génocide de l'histoire retransmis en direct. Aucun génocide n'avait jamais été commis sous les yeux du monde comme celui-ci. Deuxièmement, le génocide de Gaza sape et, de fait, dévaste des ordres moraux et juridiques entiers – ou du moins des revendications de longue date sur ceux-ci – d'une manière tout aussi inédite.

Ces deux particularités sont liées : la seule façon pour le monde entier de tolérer le génocide à Gaza, compulsif depuis 8 décennies et explicite depuis près de trois ans, est de faire fi obstinément des normes fondamentales, écrites et tacites. Par exemple, presque aucun État – à l’exception du Yémen (sous le contrôle de facto du mouvement Ansar Allah ou des Houthis) – n’a même tenté de se conformer à ses obligations contraignantes et claires au titre de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948, à savoir « prévenir et punir » le crime de génocide. Personne parmi celles et ceux qui ont le pouvoir – seul ou avec d’autres – de le faire, ni au Moyen-Orient, ni au-delà, n’est venu sauver les victimes palestiniennes du génocide de Gaza de la seule manière efficace : en arrêtant leurs meurtriers israéliens par la force massive.

Pourtant, la petite partie du monde, pourtant disproportionnellement influente, qui se définit comme l'Occident, est allée au-delà de la simple inaction. Car, que l'Occident soit une civilisation autrefois façonnée par le christianisme ou non, son véritable fondement est depuis longtemps l'hypocrisie. Et pendant le génocide de Gaza, le besoin compulsif de l'Occident de rationaliser même ses actes les plus vicieux en actes de vertu propagateurs de « valeurs » prétendument civilisationnelles, a conduit à un nouveau sommet de perversion morale et intellectuelle : précisément parce que l'Occident a non seulement abandonné les victimes palestiniennes, mais qu'il co-perpétue activement ce génocide avec Israël, ses élites – politiques, culturelles, médiatiques, policières et judiciaires – ont déployé un effort soutenu et obstiné pour modifier radicalement notre conception du bien et du mal, des normes juridiques spécifiques à notre compréhension intuitive et largement partagée des limites à ne jamais franchir.

Mener, par exemple, une prétendue « guerre » en tuant ou en blessant –  souvent en les mutilant à vie  –  plus de 50 000 enfants  (en mai 2025). Une « guerre » dont nous recevons des témoignages fiables multiples et répétés les uns après les autres  selon lesquels nombre de ces enfants sont délibérément ciblés, notamment par des opérateurs de drones et des tireurs d'élite. Une « guerre » où la famine, la privation médicale et la propagation d'épidémies ont toutes été déployées de manière tout aussi délibérée.

En effet, on nous demande – avec une grande insistance, c’est le moins qu’on puisse dire – de croire que cette forme d’« autodéfense » meurtrière et infanticide de masse est quelque chose dont on peut être fier, même par procuration : le maire de Berlin, Kai Wegner, par exemple – connu pour sa répression de tout signe de résistance au génocide israélien – vient de déclarer que la mairie continuerait à arborer le drapeau israélien .

Dans le même esprit dépravé, les institutions occidentales infligent des châtiments – des brutalités policières aux guerres juridiques paralysantes , en passant par les sanctions internationales – non pas aux auteurs et complices du génocide de Gaza, en Israël et ailleurs, mais à ceux qui y résistent en solidarité avec ses victimes palestiniennes. Des manifestants , des journalistes de valeur et même un rapporteur spécial de l'ONU sont traités comme des criminels, voire des terroristes, pour avoir dénoncé le crime de génocide, comme – hier encore, semble-t-il – nous étions tous officiellement censés le faire. Mais le « plus jamais ça » s'est transformé en « définitivement, et aussi longtemps que les meurtriers le voudront, puisqu'ils sont Israéliens et nos amis ».

C'est dans ce contexte de renversement de la morale, du droit et du sens, si complet que le terme galvaudé « orwellien » s'applique pour une fois réellement, que nous pouvons comprendre ce qui arrive aujourd'hui au concept d'action « humanitaire ».

Selon la définition fondamentale de l'Encyclopédie Britannica, un humanitaire est une « personne qui œuvre pour améliorer la vie d'autrui », par exemple en s'efforçant de mettre fin à la faim dans le monde. L'humanitarisme moderne ayant déjà deux siècles d'histoire, des historiens, comme Michael Barnett dans son « Empire de l'humanité », ont livré des récits plus complexes. Les critiques dénoncent depuis longtemps les limites, voire les failles, de l'humanitarisme. Pour le sociologue français Jean Baudrillard, c'est ce qui reste lorsqu'un humanisme plus optimiste s'effondre : une sorte de réponse d'urgence morose, signe que la situation mondiale a encore empiré.

En particulier, durant les décennies d'orgueil américain de l'après-Guerre froide – appelées à tort « moment unipolaire » –, l'humanitarisme s'est souvent allié à l'impérialisme occidental. Lors de la guerre d'agression contre l'Irak qui a débuté en 2003, par exemple, les organisations humanitaires sont devenues les serviteurs des agresseurs, des envahisseurs et des occupants.

Pourtant, quelle que soit votre vision de l'humanitarisme, il y a des choses que ce concept ne peut accepter que pour des actes complètement dérangés et infiniment pervers, comme le massacre de civils affamés et les camps de concentration. Et pourtant, à Gaza, ces deux pratiques ont été qualifiées d'humanitaires. La prétendue Fondation humanitaire pour Gaza, une organisation américano-israélienne douteuse, a promu un système où des miettes de nourriture servent d'appât pour des pièges mortels : des Palestiniens délibérément bloqués par Israël ont été attirés vers quatre zones de mort, déguisées en points de distribution d'aide.

En savoir plus   Un État palestinien totalement indépendant constituerait une menace pour Israël, selon Netanyahu

Au cours du dernier mois et demi, les forces israéliennes et les mercenaires occidentaux ont tué au moins 789 victimes et en ont blessé des milliers – dans ou à proximité de ces pièges sataniques. De toute évidence, tuer des personnes non armées à une telle échelle n'est pas un dommage collatéral, mais un acte délibéré. L'intention meurtrière derrière ce projet a désormais été confirmée par diverses sources , y compris israéliennes . Il n'est donc pas étonnant que 170 véritables organisations humanitaires et de défense des droits humains aient signé une protestation contre cette fausse aide et ce véritable projet de massacre.

Et puis il y a le plan du camp de concentration : les dirigeants israéliens ont déjà chassé les habitants survivants de Gaza – l’un des endroits les plus densément peuplés de la planète avant même le génocide – dans une zone ne représentant que 20 % de la surface dévastée de Gaza.

Mais cela ne leur suffit pas : en route vers ce qui semble être leur idée d’une solution finale à la question de Gaza, ils ont maintenant présenté un nouveau plan à leurs alliés américains, à savoir regrouper les survivants dans une zone encore plus restreinte. Ce camp de concentration de facto, ils le présentent comme une « ville humanitaire ». De là, les Palestiniens n’auraient que deux issues : la mort ou le départ de Gaza. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, veut nous vendre cela comme un « volontariat ». Ironie de l’histoire, les génocidaires israéliens rivalisent désormais non seulement avec les crimes des nazis, mais aussi avec les horribles abus de langage des Allemands.

Où se trouve cette station de transit meurtrière, témoin d'un nettoyage ethnique ? Les ruines de Rafah. Vous vous souvenez peut-être de Rafah, autrefois une ville animée du sud de Gaza, comme du lieu que les alliés occidentaux d'Israël ont prétendu protéger , en quelque sorte, pendant un temps. Ces avertissements n'ont servi à rien, bien sûr. Rafah a été rasée, et la zone est désormais vouée à accueillir le camp de concentration qui mettra fin à tout cela.

Ce projet est tellement scandaleux – mais c'est le mode opératoire habituel d'Israël – que même ses détracteurs peinent à en mesurer la perversité. Philippe Lazzarini, directeur de l'UNRWA – l'organisation de distribution d'aide humanitaire efficace qu'Israël a fermée pour poursuivre sa stratégie de famine, tuant près de 400 de ses employés locaux – a déclaré sur X que la « ville humanitaire » équivaudrait à une seconde Nakba et « créerait d'immenses camps de concentration pour les Palestiniens à la frontière avec l'Égypte ».

En savoir plus    Le Hamas se dit prêt à « mettre fin complètement à la guerre » – AP

La Nakba fut le nettoyage ethnique sioniste, entrecoupé de massacres, d'environ 750 000 Palestiniens en 1948. Mais Lazzarini se trompe s'il croit que la première Nakba a pris fin : pour les victimes palestiniennes de la violence israélienne, elle n'a fait qu'amorcer un processus continu de vol, d'apartheid et, souvent, de meurtres. Un processus qui a aujourd'hui abouti à un génocide, comme le reconnaissent de nombreux experts internationaux, dont l'éminent historien d'Oxford Avi Shlaim . Il ne s'agit pas d'une seconde Nakba, mais de la tentative israélienne d'achever la première.

L'observation de Lazzarini selon laquelle le projet de ville humanitaire créerait des camps de concentration à la frontière avec l'Égypte est, bien sûr, tout aussi vraie dans une certaine mesure. Pourtant, Gaza tout entière est depuis longtemps ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelait (dès 2003) « le plus grand camp de concentration du monde ». Il ne s'agit pas d'être pédant. Ce que la protestation de Lazzarini – aussi bienvenue soit-elle – oublie, c'est que ce qu'Israël inflige actuellement aux Palestiniens crée un nouvel enfer au sein d'un enfer bien plus ancien.

Mais Israël n'est pas le seul. L'Occident est, comme toujours, profondément impliqué. Laissons de côté le fait que les sionistes de l'entre-deux-guerres ont appris auprès des autorités du mandat britannique comment utiliser les camps de concentration contre les Palestiniens , ainsi que d'autres méthodes de répression brutale. Aujourd'hui aussi, diverses personnalités et agences occidentales se sont impliquées dans les projets israéliens de réinstallation qui sous-tendent le plan de ville humanitaire. La fondation de Tony Blair – en réalité une société de conseil et de trafic d'influence travaillant systématiquement pour le côté obscur partout où cela rapporte – et le prestigieux et puissant Boston Consulting Group ont tous deux été surpris en train de contribuer à la planification du nettoyage ethnique israélien. Et derrière cela se cache la volonté déclarée de nul autre que Donald Trump, le président des États-Unis , qui a depuis longtemps exprimé explicitement son souhait de voir Gaza reconstruite comme un vaste Trumpistan fastueux, sans Palestiniens.

Depuis le début du génocide de Gaza, celui-ci a été à la fois un crime brutal et une tentative constante de redéfinir le bien et le mal, afin de le rendre nécessaire, justifiable, voire même une occasion légitime de tirer profit. Et les élites occidentales – à de trop rares exceptions près – ont rejoint Israël dans cette perversion absolue de l'éthique et de la raison fondamentales, tout comme dans les massacres. Si Israël et l'Occident ne sont pas enfin arrêtés, ils utiliseront le génocide de Gaza pour transformer une grande partie du monde en un enfer où tout ce que nous avons appris à mépriser chez les nazis deviendra la nouvelle norme.

En savoir plus   L'aide humanitaire comme embuscade : le nouveau visage terrifiant de la guerre israélienne à Gaza


La technologie et la finance américaines sont devenues les plus grands alliés d’Israël

 

La libéralisation des marchés de capitaux israéliens dans les années 1980 a créé des liens étroits entre la finance américaine et l’État israélien. Ces liens ont donné naissance à une coalition de capitaux dans les deux pays qui ont intérêt à poursuivre le génocide.

Source : Jacobin, Colin Powers
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

 
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou donne une conférence de presse pour le lancement du « Campus TLV », un centre technologique pour les start-ups, les entrepreneurs et les développeurs israéliens dans les nouveaux bureaux de Google, le 10 décembre 2012, à Tel Aviv. (Jack Guez / AFP via Getty Images)

Lors d’un discours enthousiaste devant le Congrès en 1986, le jeune Joe Biden a fait un aveu d’une franchise surprenante. Non seulement Israël était vital pour les intérêts américains, mais si « Israël n’existait pas, les États-Unis devraient l’inventer. » Peu après le 7 octobre, Joe Biden a réitéré cette déclaration en recevant le président israélien Isaac Herzog à la Maison Blanche.

Une façon d’interpréter les commentaires de Biden est de confirmer l’utilité militaire d’Israël pour les États-Unis. En tant qu’avant-poste de la puissance occidentale au Moyen-Orient, Israël a empêché la formation d’un bloc arabe fort et indépendant et a veillé, aux côtés des monarchies du Golfe, à ce que les combustibles fossiles circulent de manière ordonnée et prévisible. Ce service rend le pays essentiel à l’extraction de valeur en périphérie par l’Amérique et sous-tend le soutien indéfectible de Washington à Tel-Aviv.

Mais les considérations géostratégiques ne sont pas les seules à lier les États-Unis et Israël. Le lobbying intérieur, tel que le décrivent John Mearsheimer et Stephen Walt dans leur livre sur le sujet [The Israel Lobby and US Foreign Policy, 2008 – Le lobbye israélien et la politique étrangère des Etats-Unis, NdT ], joue certainement un rôle. Mais en plus de promouvoir les intérêts impériaux de l’Amérique, Israël entretient également des liens économiques profonds avec les États-Unis. Ces liens expliquent pourquoi, lorsqu’il s’agit de la sécurité d’Israël, il n’y a le moindre décalage entre Washington et Tel-Aviv, et pourquoi tant d’entreprises américaines sont complices du génocide israélien en cours à Gaza.

L’économie de l’intégration d’Israël dans l’Empire américain

L’imbrication de l’économie israélienne avec celle de l’Amérique a commencé sérieusement au milieu des années 1980. À l’époque, Israël a adopté une politique d’austérité préconisée par l’économiste Stanley Fischer comme solution à l’hyperinflation qui sévissait dans le pays. (Fischer a ensuite été le huitième gouverneur de la Banque d’Israël et vice-président de la Réserve fédérale américaine. Il est décédé le 31 mai de cette année). Washington a récompensé Tel-Aviv en lui accordant un accord de libre-échange, en lui injectant une aide financière et en renonçant à ses prétentions sur les dettes israéliennes. Cette aide a permis à Israël d’établir des relations plus étroites avec les marchés financiers américains, ce qui a été fait après le lancement du « processus de paix » qui a abouti aux accords d’Oslo au début des années 1990. Dans les années qui ont suivi, les flux d’investissement entre les deux pays ont augmenté de manière significative.

Stimulé par l’afflux de travailleurs qualifiés en provenance des États-Unis et de l’Union soviétique, Israël s’est également taillé, dans les années 1990, un rôle de laboratoire de R&D à faible coût dans le cadre de la division du travail élargie du capital américain. Les secteurs israéliens des technologies de l’information et de la communication (TIC), de la cybersécurité, de la défense et de la biotechnologie sont devenus particulièrement robustes grâce à ces liens. Avec le temps, les mouvements de personnel entre les deux pays sont devenus de plus en plus bidirectionnels. La migration d’Israéliens nés en Union soviétique, comme Ilya Sutskever, vers la Silicon Valley – où il est devenu le scientifique en chef d’OpenAI – est symptomatique de cette dernière évolution.

Environ 75 à 80 % du capital-risque soutenant le secteur technologique israélien provient des États-Unis.

Cela a créé des liens économiques durables entre les capitaux israéliens et américains. Par exemple, la société Intel de Santa Clara est depuis longtemps le plus grand employeur privé en Israël, où elle emploie environ 10 % de sa main-d’œuvre globale et contribue à hauteur de 2 % par an au PIB israélien. En souscrivant et en achetant les euro-obligations d’Israël (c’est-à-dire les dettes souveraines libellées dans une devise étrangère), les établissements financiers occidentaux ont également longtemps joué un rôle essentiel dans les finances publiques et la stabilité macroéconomique du pays.

Cette situation s’est encore accentuée après le 7 octobre 2023. Depuis cette date, Bank of America, Citi, Goldman Sachs, JPMorgan, Deutsche Bank, BNP Paribas et Barclays ont collectivement mis sur le marché des euro-obligations israéliennes d’une valeur de 19,4 milliards de dollars. Leur succès dans la commercialisation de 5 milliards de dollars d’euro-obligations en février dernier a permis aux taux d’intérêt attachés aux dettes de rester raisonnables (+1,2 % dans le cas des obligations à cinq ans et +1,35 % dans le cas des obligations à dix ans) des bons du Trésor américain d’échéances équivalentes. De plus, ces mêmes institutions se classent également parmi les principaux souscripteurs de bons du Trésor israéliens libellés en shekels et parmi les investisseurs les plus actifs sur le marché secondaire où ces dettes sont négociées.

Environ 75 à 80 % du capital-risque soutenant le secteur technologique israélien provient des États-Unis. À la fin du printemps 2025, 108 entreprises israéliennes étaient cotées en bourse aux États-Unis. Elbit Systems, l’un des plus grands fabricants d’armes israéliens, est l’une des sociétés qui émet ses actions. Depuis près de vingt ans, la filiale locale de l’entreprise bénéficie du capital patient offert par les fonds communs de placement et les gestionnaires d’actifs américains tels que le groupe Vanguard. En mai dernier, Elbit a levé 512 millions de dollars supplémentaires auprès d’investisseurs américains par le biais d’une nouvelle émission d’actions.

La technologie, l’État et le militarisme

Le secteur technologique américain a également joué un rôle majeur dans le génocide en cours. Amazon et Google, par exemple, ont tous deux fourni à l’armée israélienne et aux principaux fabricants d’armes des services en cloud au cours des vingt derniers mois.

Depuis octobre 2023, Google et Microsoft ont également fourni à l’armée israélienne leurs principaux modèles d’IA, ce qui leur a valu les félicitations publiques du colonel Racheli Dembinsky, commandant de l’unité du centre de calcul et des systèmes d’information de l’armée israélienne. En outre, les capitaux de la Silicon Valley ont servi à renforcer la stabilité macroéconomique de l’économie israélienne. L’acquisition en mars 2025 d’une société israélienne de sécurité informatique (Wiz) pour 32 milliards de dollars par Alphabet, la société mère de Google, a été la plus grande acquisition de l’histoire de la société et une bouée de sauvetage importante pour l’économie israélienne.

Mais l’implication de la technologie dans le génocide n’est pas seulement le résultat des liens sous-jacents entre les économies américaine et israélienne. Il s’agit également d’un produit du modèle d’entreprise des sociétés technologiques du XXIe siècle.

Ces dernières années, la technologie est devenue de plus en plus dépendante des États plutôt que des consommateurs privés pour réaliser des profits. À des degrés divers, les mastodontes de la Silicon Valley luttent tous contre trois problèmes interdépendants : la concurrence des entreprises chinoises, les inquiétudes quant à la viabilité à long terme de la publicité et des revenus tirés de l’informatique dématérialisée, et la crainte que leurs énormes dépenses d’investissement dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle ne portent pas leurs fruits.

Dans ces conditions, la plupart des grandes entreprises ont reconnu que l’obtention de contrats gouvernementaux constituait une protection essentielle face à l’insécurité. Inquiète des perspectives de rentabilité dans l’économie civile, l’industrie technologique américaine, à l’instar des industries américaines de capital-investissement et de capital-risque, en est venue à considérer la défense et la sécurité comme des marchés de croissance particulièrement prometteurs.

En passant des contrats avec l’État israélien, ces entreprises technologiques sont en mesure d’obtenir une source de revenus, une opportunité pour des services d’essais sur le terrain et des applications de services publicitaires, ainsi qu’un moyen de rester dans les bonnes grâces du Pentagone. Comme l’a fait remarquer l’économiste marxiste Rosa Luxemburg il y a un siècle, le militarisme contribue à lier la bourgeoisie à l’État capitaliste. À Gaza, le militarisme attire le capital financier par le biais des commandes de milliards de dollars passées par Israël à General Dynamics, Lockheed Martin et Northrop Grumman, qui appartiennent à Wall Street. Mais il bénéficie également du soutien d’une industrie technologique dont le mantra, il y a dix ans à peine, était « Don’t Be Evil » (Ne soyez pas diabolique).

*

Colin Powers est chercheur principal et rédacteur en chef du programme MENA de Noria Research.


Dionísio Pereira: “A represión adopta un carácter de clase nas Frieiras”

 


Dionisio Pereira (A Coruña,1953) é un das grandes referencias nos estudos da memoria na Galiza. Autor dunha abondosa bibliografía arredor dos movementos sociais e político no período republicano e sobre a represión franquista, achegámonos nesta conversa a súa investigación sobre os vitimarios na comarca das Frieiras.
Pereira Verín

A dinámica da etapa republicana remata condicionando o proceso represivo após o golpe militar de 18 de xullo de 1936, cal era a realidade social e política das terras das Frieiras nos anos anteriores ao levantamento franquista?

As obras do camiño de ferro Zamora-Ourense, coa conseguinte concentración de milleiros de “carrilanos” procedentes quer da contorna galaico-portuguesa, quer doutras zonas do Estado, deron lugar a unha importante conflitividade sociolaboral na zona. Neste contexto, no eido municipal a presión dos traballadores da vía conforme avanzaba o mandato da Fronte Popular, comezou a mudar tanto a composición dos concellos como a súa orientación ao servizo das elites locais, tradicionalmente debedoras de vellas reminiscencias caciquís a penas agachadas tras o 14 de Abril por unha aparencia de republicanismo. A conflitividade laboral, asemade, tomou outra dimensión a partir da frustrada Revolución de Outubro de 1934, tras a cal os “destajistas” das obras pretenderon substituír cadros sindicais por obreiros afíns ás dereitas. Un mes antes do golpe militar, a totalidade dos sindicatos operativos na vía entre A Pobra de Seabra e Vilar de Barrio, con maioría da CNT e presenza destacada do PCE, declararon a folga xeral para acadar a readmisión dos despedidos en 1934, incremento do xornal, semana de 44 horas, roupa de traballo a cargo da empresa, horas extras valoradas un 25% máis, despedimentos indemnizados e o recoñecemento dos delegados sindicais por parte dos contratistas. No transcurso do conflito, a empresa concesionaria MZOV considerará como revolucionarias unhas peticións tan sinxelas, apostando por converter un conflito laboral nun de orde pública. Daquela, a intervención da Garda Civil tivo unha resposta contundente por parte dos “carrilanos”, chegándose á confrontación armada. Neste clima, ten lugar o golpe de Estado de xullo de 1936.

As Frieiras é unha das comarcas da Galiza que máis tarda en caer en mans dos franquistas, cales son as razóns que explican esa capacidade de resistencia?

Penso que é a que máis tarda. A columna de soldados, gardas civís e de asalto, carabineiros e milicianos ao mando do capitán da Garda Civil Juan Ros, entra na Vilavella o 29 de xullo: é a última localidade galega de certa importancia en caer en mans dos facciosos. E a columna do comandante Reyna, que avanzaba na parte zamorana das Portelas, aínda é tiroteada no Padornelo ao día seguinte. A capacidade de resistencia estivo baseada na multitudinaria concentración operaria e a súa organización nunha ducia de sindicatos entre Requeixo de Seabra, Campobecerros e Portocamba, xa no municipio de Castrelo do Val; daquela, os “carrilanos” tiveron acceso á dinamita empregada a eito nas obras do tendido e ás camionetas de servizo que aseguraron a coordinación dos resistentes deste amplo territorio. Mais tamén foron determinantes a lealdade á República por parte dos carabineiros de A Gudiña, A Mezquita e Padornelo e a actitude dalgunhas autoridades municipais, caso dos alcaldes de A Gudiña e da localidade zamorana de Lubián, Felicísimo Pérez Ortega e Emilio Silva, respectivamente, que tentaron organizar a defensa dende os concellos.

Sinala no seu traballo que algúns dos responsábeis das milicias fascistas foron encargados das obras do camiño de ferro, até que punto isto non é un síntoma do carácter de clase que toma a represión?

Na Gudiña, os primeiros xefes de Falanxe e os responsábeis das milicias que se crean de contado por parte da Garda Civil, adoitan ser contratistas, capataces e, mesmo, responsábeis da empresa concesionaria das obras. Logo, as milicias teñen un aporte moi significativo de “carrilanos” de dereitas recrutados en outubro de 1934 e, logo, despedidos dos traballos tras a Fronte Popular. Todo isto tamén acontece noutros lugares do tendido ourensán, caso de Amoeiro ou Campobecerros. Semella claro que estamos diante dunha consecuencia da loita de clases que, conforme avanzaba a República, foi a máis debido á combatividade e organización dunha boa parte dos “carrilanos”. Coa súa participación directa e singularmente cruel na represión, cuxas principais vítimas foron os protagonistas tanto das loitas societarias como da resistencia ao golpe, capataces e “carrilanos” de dereitas amosaban ás claras as motivacións que os asimilaban á patronal e, ao tempo, os confrontaban cos seus compañeiros de clase. Sobre isto, quixera facer unha reflexión. Hai quen critica os traballos que, maiormente fora da Universidade, se están a facer no eido dos vitimarios, presentando aqueles como simples listaxes de individuos cuxas prácticas noxentas se explican botando man tan só de argumentos morais. Se acaso, esta visión reducionista puido primar nun primeiro intre, debido, máis que nada, ás propias dificultades que este tipo de investigacións levaban de seu nos anos 80 e 90 do século pasado. Grande parte dos traballos que compoñen este coleccionábel d´Os Nomes do Terror demostran que esa fase ficou superada, pois presentan os verdugos como “suxeitos históricos” inseridos nun contexto sociopolítico determinado, actuando en defensa de intereses moi concretos mediante mecánicas represivas pautadas. O cal non exclúe, ás veces, un descontrol máis aparente que real, onde imperan os abismos da condición humana.

Un dos actores da represión que aparece no seu traballo é a Falanxe de Verín, que destacaría da súa actuación nas terras das Frieiras pero tamén noutras comarcas galegas e do Estado?

Eu non investiguei as actividades dos verdugos falanxistas de Verín, tan só dou fe da súa presenza nas Frieiras en diversas accións de inhumana brutalidade, caso do asasinato do mestre alaricán José Luis Bouzas, cuxo cadáver foi queimado en Pentes, ou do estarrecedor calvario que debeu pasar Anuncia Casado nas Reverdeitas de Viana. Nestes e noutros episodios acontecidos na contorna das Frieiras, repítense os nomes de Fernando Salgueiro, fillo dos propietarios de Cabreiroá e a quen no exilio mexicano se lle atribuían oitenta asasinatos, Antonio Sanguino médico daquel Balneario, ou de Antonio Aguirre “O Churro” de Vilaza, axustizado mediados os anos 40 pola guerrilla. A crueldade da Falanxe de Verín espallouse, polo que se pode saber, por Monterrei, polas Terras de Viana, por Valdeorras, polas Frieiras e, mesmo, por Villablino, onde Verín esperta aínda lembranzas desgraciadas. É urxente unha investigación a fondo sobre a Falanxe de Verín, cuxa pegada chega até os nosos días; de feito, o actual estadio de fútbol da vila do Támega leva, de xeito incomprensíbel, o nome de José Arjiz Salgado, “camisa vieja”, alcalde na Ditadura de Franco e director en 1936 do periódico da Falange local “España Nueva”, onde se describen algunhas daquelas atrocidades.

Sinala un crego, José Fernández Rivada como organizador da milicia falanxista de Campobecerros en Castrelo de Val, cos dados dos que dispón que panorámica fai sobre a participación da igrexa no operativo do terror das Frieiras?

Aínda que de pouca importancia, durante a Fronte Popular as axitacións operarias no tendido do camiño de ferro tamén deron lugar a algún episodio antirrelixioso. Por exemplo na Gudiña e Requeixo, respectivamente, onde a igrexa parroquial e a capela da Guadalupe foron asaltadas polos “carrilanos” coa pretensión de convertelas en locais para os sindicatos, ou en Campobecerros onde a parroquial foi obxecto dun atentado. No intre do golpe militar o crego Rivada estaba perto da capital ourensá, en Palmés concretamente, visitando a un seu tío que era o párroco da localidade. E alí ambos salvaron a vida debido á intervención do mestre anarquista Luis Bazal. Aos poucos, cando a columna Ros controlou Campobecerros, Rivada retornou á súa parroquia, onde organizou con permiso de autoridades civís e militares unha garda de protección persoal, que pronto se converteu en milicia de acompañamento á devandita columna nas tarefas de “limpeza” que, con resultados sanguentos, se levaron a cabo polos montes do Invernadoiro e proximidades. En diante, a ascendencia de Rivada na contorna de Campobecerros, converteuno en peza esencial para o control social dos seus habitantes, algo que a memoria colectiva conserva aínda hoxe con singular énfase. Aparte de Rivada, houbo outros cregos nas Frieiras comprometidos coa represión, caso do párroco de Chaguazoso, Francisco Pérez Anta, primeiro xefe da Falanxe local e destacado polo seu aquel delator. Mesmo entre a manda salvaxe de falanxistas procedentes de Amoeiro que durante tres días de agosto matou, roubou e violou con total impunidade na Gudiña, figurou un sacerdote. Pola contra, malia as tirapuxas que tivo cos “carrilanos”, o párroco da Gudiña, Primitivo San Román, defendeu varios veciños que foron obxecto de consellos de guerra, algo que tamén fixo o crego de Tameirón. En definitiva, o “lusco fusco” do clero non xerárquico verbo da represión franquista, fica mais unha vez ás claras.