Article épinglé

Affichage des articles dont le libellé est 1954. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1954. Afficher tous les articles

mardi 12 mai 2026

Nouvelles anciennes du Monde Libre pour "sauver" Diên Biên Phu (1954)

 Une sortie honorable par Vuillard

 

Éric Vuillard, Une sortie honorable, p. 135-137 :

Le 21 avril 1954, tandis que le corps expéditionnaire français est à l’agonie, le secrétaire d’État américain, John Foster Dulles, fit une visite éclair en France. Dulles et Bidault se retrouvèrent, quelques jours plus tard, au Quai d’Orsay pour une petite réception. Les voici assis côte à côte sur un canapé, devant une table laquée, posant pour Paris Match. Leurs mains miment une conversation sérieuse, Dulles semble dire à Bidault “Vous seriez au moins d’accord avec la version modeste de mon argumentaire” et Bidault, moue interloquée, mais conciliante, regarde en direction de la fenêtre. L’ambiance est détendue, les hommes se connaissent et semblent s’apprécier.

On ignore si Bidault lui parla de Bergson, que Dulles admirait et dont il avait, jeune homme, suivi les cours lors d’une année qu’il dilapida à Parids ; mais ce fut, et de cela nous sommes certains, à l’occasion d’une ellipse régulière, qu’ils effectuaient pour la seconde fois en compagnie de deux ou trois secrétaires du Quai, que s’écartant soudain, formant un coude étrange, imprévu, Dulles, au plus incurvé de l’hyperbole, avec l’air le plus tortueux dont il était capable, se tourna brusquement vers Bidault :

“Et si je vous en donnais deux ?, lui lança-t-il.

  • -  Deux quoi ?, répondit le ministre français, interloqué, incapable de faire le lien entre la conversation diplomatique somme toute assez classique qu’il menait à propos de Diên Biên Phu, et cette question à la tournure tout à fait saugrenue.

  • -  “Deux bombes atomiques...”, précisa le secrétaire d’État américain.

    Quelques instants plus tard, Maurice Schumann voit entrer Bidault blafard dans son bureau. Il est un peu surpris, Bidault est d’habitude très à cheval sur l’étiquette, et en tant que ministre, il a toujours exigé un strict respect des convenances. Mais ce jour- là, Bidault ouvre la porte sans frapper, traverse la pièce, trébuchant sur le tapis, et s’asseyant sur une simple chaise face à son secrétaire d’Etat, l’air accablé, bredouille :“Savez-vous ce que Dulles m’a dit ?” Schumann le regarde désorienté : “Il m’a proposé deux bombes atomiques pour sauver Diên Biên Phu.” 

dimanche 10 août 2025

Quelques cocktails situationnistes

Extrait d'une lettre de Guy Debord à Ivan Chtcheglov du 9 août 1963:

 

Voici, retrouvés dans une note d’époque – dont l’écriture était fortement tremblée – quelques cocktails que nous avons nommés et bus vers le début de 1954 :
 
le Déséquilibré : 2 rhums, 1 Ricard.
Il existe aussi (plutôt même) sous la forme du Double-déséquilibré.
 
La Première communion : 1 Raphaël, 1 kirsch (pour petites filles). Pour exclus ou crypto-troubles comme Conord – un ou deux inventés justement à l’usage de celui-là :
la Douce exclusion : 1 café + 1 Raphaël,
et le Dernier espoir : 1 munich, 1 Suze.
 
D’autre part, nous appréciions nous-mêmes :
le Trafic d’influence : 1 Phœnix, 1 mascara, 1 Raphaël, et la Parfaite délinquance : 3 rhums, 1 Raphaël, 1 Pernod, 1 chartreuse, 1 kirsch, 1 vin blanc.
 
Et oui, l’humour n’a pas manqué. L'aventure... Voilà pourquoi aujourd’hui nous sommes si intelligents.
 
 
(“Mort de J.H. ou Fragiles tissus”. Credit: Guy Debord)
 
 
 

lundi 9 décembre 2024

Andriech (Paradjanov, 1954)

 

 

Андриеш

Sergueï Paradjanov, Yakiv Bazelyan
URSS (Ukraine) / 1954 / 73 min / DCP / VOSTF

Avec Kostya Russu, Nodar Šašik-ogly, Ljudmila Sokolova.

Un jeune pâtre se voit offrir par Voinovan, patron des bergers, une flûte enchantée qui procure de la joie à tous ceux qui l'écoutent, mais dont la mélodie éveille la colère d'un sorcier malfaisant. Version longue du film de fin d'études de Paradjanov, Andriech dévoile son goût pour la magie et le surréalisme folklorique.