LIEN POUR VOIR LE FILM
Roger Leenhardt
France / 1947 / 94 min (sortie en salle le 24 mars 1948)
Avec Odile Versois, Michel François, Pierre Dux.
Une famille passe ses derniers jours heureux dans sa grande propriété qui doit être vendue.
« Romancier, Leenhardt eût été
moraliste. L'écriture cinématographique retrouve en quelque sorte ici et
par ses moyens propres, cette syntaxe de la lucidité qui caractérise
tout un classicisme romanesque français, de La Princesse de Clèves à L'Étranger. » (André Bazin)
Les Dernières vacances est un film singulier dans le paysage
du cinéma français de l'après-guerre. Sa fraîcheur et sa modernité
annoncent le style de la Nouvelle Vague ( Les cinéastes de la Nouvelle Vague le considéraient comme « un des rares films de l'après-guerre à échapper au conformisme ambiant ») et, malgré un accueil public
discret à sa sortie en 1948, le film trouve par la suite la
reconnaissance des cinéphiles grâce à ses multiples diffusions dans les
ciné-clubs. Ancien critique à Esprit, « éminence grise de
l'intelligence cinématographique » comme le qualifie André Bazin, Roger
Leenhardt a jusqu'alors réalisé une dizaine de courts métrages. Poussé
par le producteur Pierre Gérin, ancien directeur de l'IDHEC, il écrit le
scénario et les dialogues des Dernières vacances, avec la
contribution de son beau-frère Roger Breuil, et réalise le film. La
structure est romanesque et le sujet n'est pas sans rappeler un modèle
de la littérature française du début du XXe siècle, le
« roman de domaine ». En engageant une jeune danseuse de l'Opéra de
seize ans pour le rôle de Juliette (Étiennette de Poliakoff, qui adopte
dès ce premier film le pseudonyme d'Odile Versois), Leenhardt contribue à
l'évolution du « portrait cinématographique français de la jeune fille
du plan Musset au plan Giraudoux » (Chroniques de cinéma,
Éditions de l'Etoile, 1986), et en finit par la même occasion avec une
facture théâtrale alors souvent de mise dans le cinéma français. La
photographie lumineuse de Philippe Agostini confie aux instants
suspendus de ce dernier été dans le Midi une atmosphère douce et
poétique. Avec une grande subtilité, Leenhardt évoque la fin irrévocable
et déjà nostalgique de l'utopie de l'enfance, lorsque la grâce et
l'élan laissent place à la lucidité abrupte d'un âge (presque) adulte
dénué de fantaisie.