Réquisitoire contre le colonialisme français en Tunisie.
Après des
plans sur le Tunis colonial, la première partie de Terre Tunisienne est
consacrée à la situation agricole : spoliation des terres, contrôle de
l'eau, paysans contraints au nomadisme, au travail journalier ou à
l'émigration. Ceux qui se révoltent sont durement réprimés (6 morts sur
le domaine de l'Infada).
La seconde partie du film dresse un bilan
social, sanitaire et scolaire du pays : conditions de logement
désastreuses (maisons de boue et de pierres, grottes et bidonvilles à
Tunis), mendicité, travail des enfants, taux de scolarisation de 9%,
rachitisme et tuberculose...
Le pillage économique du pays et
l'exploitation de sa main-d'œuvre sont ensuite stigmatisés par des vues
de dockers chargeant des bateaux de blé, de manœuvres pieds nus dans le
sel, de carriers du trust Lafargue et de mineurs travaillant dans les
mines de phosphate de l'extrême sud tunisien (trust de Cafsa).
La
quatrième et dernière partie de Terre Tunisienne évoque le développement
des luttes sociales, syndicales et anticoloniales depuis 1936, malgré
la répression. Le film s'achève par les vues d'une manifestation à Tunis
où percent nettement, sous les slogans anti-impérialistes et
pacifistes, des revendications indépendantistes.
Terre
tunisienne a été initié par quatre jeunes communistes. Né en Tunisie et y
ayant grandi, Jean Beckouche étudie la médecine à Paris à la fin des
années 1940 ; il milite au sein des « groupes de langues » qui
rassemblent les étudiants venus des colonies. C'est lui qui propose à
Serge Mallet, Jean-Jacques Sirkis et Raymond Vogel, trois de ses amis
cinéastes, de réaliser un film afin de dénoncer les méfaits du
colonialisme en Tunisie. En septembre 1950, le projet se concrétise et
le tournage commence en Tunisie. Si Serge Mallet rentre assez rapidement
en France, Raymond Vogel, Jean-Jacques Sirkis et Jean Beckouche restent
deux mois sur place et enregistrent des images grâce à des soutiens
locaux.
De retour en France, le film s’avère difficile à
postproduire et c'est finalement grâce au concours financier d'étudiants
tunisiens que Terre tunisienne peut être terminé.
Avec Afrique 50
(auquel Raymond Vogel a d'ailleurs participé), Terre tunisienne est l'un
des tout premiers films anticoloniaux français. Réalisé en pleine
guerre d’Indochine, le film prend un parti très engagé en plaidant pour
l’indépendance de la Tunisie, qui est alors sous protectorat français.
La
valeur documentaire de Terre tunisienne est particulièrement forte: le
film donne à voir des images extrêmement rares pour l’époque, en
particulier celles qui témoignent de la misère et des ravages du système
colonial.
En France, afin de contourner la censure, la
Coopérative de Production et de Diffusion du Film (C.P.D.F) diffusa
parfois Terre Tunisienne sous le titre de Terre au soleil.
Réalisation : Jean-Jacques Sirkis, Raymond Vogel
Collaboration à la réalisation : Serge Mallet
Commentaire écrit par Jean Beckouche
Musique
: Chevauchées des Walkyries de Wagner et airs de Jazz pour accompagner
les images stipendiant le pouvoir colonial, musique arabe autrement.
Lieux et monuments : Sfax, Tunis (banques, opéra, Hôtel de police,
hospice, bidonville), ruines romaines de , domaine de l'Enfida, mines de
potasse du sud Tunisien...
Personnalités : Le Bey Mohamed Pacha (V),
l'archevêque de Carthage, le résident général Périlla (V), le
syndicaliste Hassan Saadaoui (R et V).