Irving Brown, né en 1911 à Chicago et mort en 1989 à Paris, fut un
syndicaliste américain aux multiples facettes, jouant un rôle central
dans la lutte anticommuniste en Europe de l’Ouest au cours de la Guerre
froide, notamment en France. Il est surtout connu pour ses liens étroits
avec la CIA et son implication dans la création du syndicat Force
Ouvrière (FO) en France, ainsi que pour son rôle controversé dans les
milieux du pouvoir et des syndicats pendant plusieurs décennies.
Carrière et parcours
Issue d’une famille engagée politiquement il est le fils d’un
adjoint de Kerensky, ancien chef du gouvernement provisoire russe Brown
commence sa carrière de boxeur puis devient un syndicaliste actif aux
États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme lieutenant
dans l’United States Army et est chargé par l’OSS (Office of Strategic
Services, ancêtre de la CIA) de préparer les débarquements en Sicile et
en Provence en 1944. Après-guerre, il s’installe en France où il dirige à
partir de la fin des années 1950 les relations internationales de
l’AFL-CIO (American Federation of Labor – Congress of Industrial
Organizations) depuis un bureau parisien rue de la Paix.
Il est connu pour sa combativité syndicale dans les années 1930 aux
États-Unis, notamment en animant d’importantes grèves dans l’industrie
automobile, où il a bataillé contre des syndicats communistes et la
mafia des Teamsters.
Liens avec la CIA et rôle dans la French Connection
Irving Brown est largement considéré comme un agent influent de la
CIA en Europe, bien qu’agissant parfois de manière semi-autonome. Il
utilise les fonds du Plan Marshall et du Free Trade Union Committee
(FTUC), un instrument commun avec la CIA pour le financement des
syndicats « libres », pour affaiblir les syndicats communistes, en
particulier la CGT en France, très influente et liée au Parti
communiste.
Dans ce contexte, Brown joue un rôle-clé dans le financement et la
création de FO en 1947, un syndicat dissident de la CGT destiné à
affaiblir l’influence communiste dans les milieux ouvriers français. Il
organise la scission en soutenant financièrement et logistiquement Léon
Jouhaux et André Bergeron, figures centrales de FO. Selon Yvonnick
Denoël, le soutien financier initial vient d’abord des syndicats
américains puis de la CIA, qui souhaite ainsi un contrepoids syndical au
PCF et à la CGT.
Par ailleurs, Brown est impliqué dans ce qui est appelé la « French
Connection », le réseau mafieux corse spécialisé dans le trafic
d’héroïne entre Marseille et les États-Unis. Selon Frédéric Charpier, la
CIA, via des financements et appuis logistiques, aurait aidé les clans
mafieux corses (notamment les Guérini à Marseille) à interrompre les
grèves portuaires pour garantir le transit des marchandises dans le
cadre du Plan Marshall. Cette collaboration indirecte a simultanément
permis à ces clans mafieux de développer le trafic de drogue vers les
États-Unis.
Les Frères Guérini .
Rôle dans la création du syndicat Force Ouvrière
La création du syndicat « libre » Force Ouvrière était une manœuvre de la CIA
La création de FO est la pièce maîtresse de l’action syndicale
d’Irving Brown. Dès 1946, il soutient activement la scission au sein de
la CGT avec l’objectif clair d’affaiblir le syndicat communiste. Il
offre des locaux, de l’argent, des ressources à FO, et met en œuvre un
important travail d’influence pour pérenniser ce syndicat. FO est né
pour être une organisation syndicale indépendante des communistes, avec
un axe clairement anticommuniste, soutenu par les États-Unis via Brown
et la CIA.
FO bénéficie d’un soutien logistique et financier important notamment
de la part de l’AFL-CIO et de syndicats européens alliés, ce qui lui
permet de disposer d’un poids conséquent dans le paysage syndical
français face à la CGT.
Livre de Annie Lacroix-Riz
Implications politiques et internationales
Au-delà de la France, Brown est actif dans la lutte contre les
influences communistes dans plusieurs pays, notamment en Grèce où il
lutte contre les communistes, au Chili contre Allende, et en Algérie où
il finance des mouvements nationalistes dans l’espoir de placer le pays
sous influence américaine – un échec selon les sources. Il est également
participant au Congrès pour la liberté de la culture, un front
intellectuel anticommuniste très actif pendant la Guerre froide.
Au fil des années, Brown développe une influence importante non
seulement dans le domaine syndical mais aussi dans l’action politique
indirecte, agissant comme un agent discret de la CIA dans la bataille
idéologique contre le communisme en Europe.
Irving Brown fut une figure stratégique au croisement des syndicats,
des services secrets américains et du monde politique français de la
seconde moitié du XXe siècle. Agent déclaré ou officieux de la CIA, il a
orchestré avec le soutien américain la scission de la CGT et la
création du syndicat Force Ouvrière, utilisé comme levier pour contrôler
et contenir l’influence communiste dans le mouvement ouvrier.
Son rôle dans la renommée French Connection démontre la complexité et
l’ambiguïté des liens entre services de renseignement, milieux
syndicaux et mafia dans l’après-guerre, avec des choix stratégiques
parfois douteux visant à préserver les intérêts américains en Europe.
En résumé, Irving Brown fut un acteur clandestin majeur de la guerre
froide syndicale en France, reflétant la politique américaine
d’endiguement communiste à travers des méthodes mêlant financement,
soutien logistique, compromis avec des milieux douteux et actions
d’influence politique.
Vu l’ignorance dans laquelle se complaisent nos élites, les Français
ne sont pas en état d’apprécier les « révélations » qui se succèdent aux
USA. Le site internet de la Maison Blanche par exemple a publié 12
exemples des dépenses d’agences financés par les bonnes œuvres de la
CIA, UNSAID et NED, tous citant des rapports des médias. La liste
comprenait notamment : – livraison de « centaines de milliers de repas »
aux militants d’Al-Qaïda ;- 1,5 million de dollars pour « promouvoir
l’égalité et l’inclusion dans les milieux d’affaires et sur le marché du
travail en Serbie » ; – 70 000 $ pour la mise en scène d’une comédie
musicale en Irlande ;- 47 000 $ pour un « opéra transgenre » en Colombie
;- 32 000 $ pour une « bande dessinée transgenre » au Pérou ;- financer
la production de contraceptifs et de dispositifs de contrôle des
naissances « personnalisés » dans les pays en développement ; – « Des
centaines de millions de dollars » pour financer « des canaux
d’irrigation, du matériel agricole et des engrais utilisés pour cultiver
du pavot et produire de l’héroïne en Afghanistan ».
Aussitôt Elon Musk et tous les réactionnaires de son espèce en ont
déduit que seuls des marxistes, communistes pervers pouvaient produire
de telles âneries et soutiens aux fanatismes terroristes, mais il n’en
est rien. Un des purs produits des investissements en France – c’est
lui-même qui a reconnu être appointé par la NED – est Robert Menard qui
s’est longtemps présenté comme trotskiste et responsable autoproclamé de
reporters sans frontière au nom d’une gauche vertueuse, comme Gluksmann
et BHL, Cohn Bendit et d’autres stipendiés. Mais en fait leur seul
problème est le socialisme réel, celui qu’ils disent stalinien, comme le
choix souverain de certains bourgeois nationalistes qui font cause
commune avec les communistes. Si vous regardez les plateaux de LCI, vous
saurez que les gens qui interviennent sont en général financés par ces
circuits. Donc cet moment particulièrement savoureux pour qui a vécu
comme moi, malgré moi d’ailleurs, dans ce monde parallèle où l’on sait
très bien qui est payé par qui y compris dans la presse communiste où il
existe comme au secteur international quelques stipendiés qui se
cachent à peine. En attendant, suivons ce militant anti-impérialiste des
Etats-Unis qui a passé quarante ans à dénoncer la NED et qui voit ce
néo-nazi d’Elon Musk faire pour un temps le boulot (ça va se calmer
c’est sûr!).
Logo du National Endowment for the Arts – Domaine public
Dimanche, Elon Musk a posté sur X :
« Ceux qui savent, s’il vous plaît, répondez à ce post énumérant toutes
les mauvaises choses que NED [National Endowment for Democracy] a
faites. C’est une longue liste ».
Après cette impitoyable torsion de bras, je n’ai pas d’autre choix
que de récapituler mes coups de la NED remontant à peu de temps après
son lancement en 1983. Dès le début, cette agence a semblé être
l’opération de blanchiment d’argent la plus effrontée de l’histoire
fédérale récente – siphonnant des masses d’argent des contribuables du
Trésor et les livrant directement à des pirates des partis démocrate et
républicain. La législation originale interdisait de telles orgies de «
se remplir les poches avec l’argent des contribuables », mais personne à
Washington n’a choisi d’appliquer la loi. Ajoutez à cela un pieux hokum
sur le sauvetage de la démocratie dans le monde et c’est devenu une
arnaque quatre étoiles de Washington.
Dans un article paru le 29 novembre 1985 dans l’Oakland Tribune, j’ai
salué la NED comme « l’un des gâchis les plus récents et les plus
prestigieux du Potomac ». Mais il y a eu beaucoup de moqueurs au début :
« La NED a été appelée de beaucoup de choses – un Comité d’action
politique international, le Programme de financement par les
contribuables des élections à l’étranger, et une caisse noire pour les
politiciens qui aiment voyager dans des climats chauds par temps froid.
En moins de deux ans, la NED a été à la hauteur de toutes ces épithètes.
Mon éditorial concluait : « Plus tôt la NED sera abolie, plus notre
politique étrangère sera propre. »
Hélas, mon article n’a pas amené Washington à se repentir.
L’année suivante, après de nouveaux scandales de la NED, le sénateur
Ernest Hollings (D-S.C.) a hurlé : « Cette chose n’est pas le National
Endowment for Democracy, mais le National Endowment for Embarrassment. »
Le représentant John Conyers (D-Michigan) s’est plaint : « Depuis sa
création, le National Endowment for Democracy a été criblé de scandales
et d’irrégularités. »
Mais il s’agissait d’un programme de « jobs for the boys » qui
permettait aux politiciens de blanchir de l’argent à beaucoup de leurs
assistants et donateurs, de sorte qu’il a survécu à une chute après
l’autre. La législation originale interdisait à la NED d’interférer dans
les élections étrangères, mais tout le monde à Washington a rapidement
oublié cet astérisque.
En 2001, la NED a quadruplé son aide aux opposants vénézuéliens au
président élu Hugo Chavez, et la NED a lourdement financé certaines
organisations impliquées dans un coup d’État militaire sanglant qui a
temporairement chassé Chavez du pouvoir en avril 2002. Après que Chavez
ait repris le contrôle, la NED et le département d’État ont réagi en
versant encore plus d’argent dans des groupes cherchant à l’évincer.
L’International Republican Institute, l’un des plus grands
bénéficiaires de subventions de la NED, a joué un rôle clé à la fois
dans le coup d’État de Chavez et dans le renversement du président élu
d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide. En février 2004, un éventail de groupes
et d’individus aidés par la NED ont contribué à déclencher un
soulèvement qui a fait 100 morts et renversé Aristide. Brian Dean
Curran, l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, a averti Washington que
les actions de l’International Republican Institute « risquaient de nous
accuser de tenter de déstabiliser le gouvernement ».
Les États-Unis ont tout mis en œuvre pour aider notre candidat favori
à remporter des élections « libres et équitables » en 2004 en Ukraine.
Au cours des deux années précédant les élections, les États-Unis ont
dépensé plus de 65 millions de dollars « pour aider les organisations
politiques en Ukraine, en payant pour faire venir le chef de
l’opposition Viktor Iouchtchenko à rencontrer les dirigeants américains
et en aidant à financer les sondages de sortie des urnes indiquant qu’il
a remporté un second tour contesté », selon l’Associated Press. Le
membre du Congrès Ron Paul (R-Texas) s’est plaint qu’« une grande partie
de cet argent était destinée à aider un candidat particulier, et… des
millions de dollars ont fini par soutenir le candidat à la présidence,
Viktor Iouchtchenko. Pourtant, avec une hypocrisie sans bornes, Bush
avait proclamé que « toute élection [ukrainienne] … devraient être
libres de toute influence étrangère ».
Dans un article de 2009 pour la Future of Freedom Foundation, j’ai écrit
: « La NED est basée sur l’idée que son ingérence dans les élections
étrangères est automatiquement pro-démocratie parce que le gouvernement
américain est l’incarnation de la démocratie. La NED a toujours
fonctionné sur le principe que « ce qui est bon pour le gouvernement
américain est bon pour la démocratie ».
En 2017, l’administration Trump a retiré la « promotion de la
démocratie » de la liste des objectifs officiels de la politique
étrangère américaine. Dans un éditorial de USA Today intitulé « End Democracy Promotion Balderdash », j’ai
écrit que la réforme « pourrait réduire considérablement les
exportations de piété de l’Amérique… Il est temps de reconnaître le
carnage que les États-Unis ont semé à l’étranger au nom de la
démocratie. J’ai prévenu :
La promotion de la démocratie donne aux décideurs politiques américains le droit de s’immiscer presque partout sur Terre. Le National Endowment for Democracy, créé en 1983, a été pris en flagrant délit d’ingérence dans les élections en France, au Panama, au Costa Rica, en Ukraine, au Venezuela, au Nicaragua, en Russie, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Haïti et dans de nombreux autres pays…. Plutôt
que d’apporter un salut politique, les interventions américaines à
l’étranger produisent plus souvent un « carnage sans faute » (personne à
Washington n’est jamais tenu responsable).
La promotion de la démocratie a longtemps été l’une des mascarades
étrangères préférées du gouvernement américain. La proposition de
l’administration Trump de réduire le financement de l’évangélisation démocratique est dénoncée comme
si c’était l’aube d’un nouvel âge des ténèbres. Mais c’est une étape
bienvenue pour drainer une bande nocive du marais de Washington.
Malheureusement, de nombreux Washingtoniens sont aveuglés par la
moralité égoïste. Le président du National Democratic Institute, Kenneth
Wollack, affirme que mettre sur un pied d’égalité les interventions
américaines et russes dans les élections étrangères revient à « comparer quelqu’un qui fournit des médicaments vitaux à quelqu’un qui apporte un poison mortel ». Mais la crise des opiacés illustre avec quelle facilité les concoctions thérapeutiques peuvent produire un vaste carnage.
La démocratie apporte souvent une grande amélioration à la
gouvernance dans les pays étrangers, mais la corruption et les
bombardements sont de mauvais moyens d’exporter la liberté. Les
politiciens et les mordus de la politique de Washington peuvent-ils
expliquer pourquoi le gouvernement américain mérite un droit de veto sur
les élections partout ailleurs sur Terre ?
Depuis cet éditorial de 2018, la NED est devenue l’un des principaux
bailleurs de fonds du complexe industriel de la censure dans le pays et à
l’étranger. Il a également continué d’essayer de truquer les élections
étrangères. La NED se justifie tacitement parce que « Dieu veut que la
démocratie gagne ». Le gouvernement des États-Unis fait simplement
l’œuvre de Dieu – ou fait ce que Dieu ferait s’il en savait autant que
les agences gouvernementales américaines. Mais son ingérence étrangère
est régulièrement protégée des demandes de la loi sur la liberté de
l’information. Afin de sauver la démocratie à l’étranger, le
gouvernement américain bande les yeux des Américains sur la connivence
et la corruption de la NED dans le monde entier.
En 1984, le membre du Congrès Hank Brown (R-CO) a habilement résumé
pourquoi la NED n’avait pas le droit d’exister : « C’est une
contradiction d’essayer de promouvoir des élections libres en
s’immisçant dans celles-ci. » Mais les contradictions n’ont jamais
arrêté la croissance du Léviathan. L’existence continue de la NED
témoigne de la perfidie perpétuelle de la politique étrangère
américaine. Les Américains verront-ils bientôt la saleté sur bien
d’autres scandales de la NED ?
Une version antérieure de cet article a été publiée par le Libertarian Institute.
Aujourd'hui, on sait que les Américains ont eux-mêmes fabriqué les
moudjahidin (combattants pour la foi, opposés aux forces
gouvernementales afghanes) et qu'ils ont cyniquement décidé de les
utiliser pour affaiblir l'Union soviétique et "infliger aux Soviets leur
propre Vietnam"
Le
président américain Carter a signé dès juillet 1979 une directive sur
l'aide aux ennemis du régime soviétique, manœuvre qui visait à piéger
l'URSS en Afghanistan. Officiellement, l'aide de la CIA aux moudjahidin a
commencé en 1980.
Le
gouvernement soviétique répugnait à envoyer l'armée en Afghanistan,
mais en 1979, il n'a pas eu le choix - suite aux supplications du
gouvernement afghan lui-même. Un djihad – guerre sainte – a été décrété
par les moudjahidin contre l'Union soviétique avec l'argent de
l'Occident. Leur but était simple : repousser "l’ennemi-occupant" (comme
ils le prétendaient).
En
réalité, l'Union soviétique a été froidement instrumentalisée : le
gouvernement afghan réglait ses problèmes sur le dos de l'URSS. Après le
retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan, l'opposition téléguidée
par l'Occident s'est désintégrée en une myriade de groupes terroristes,
qui sont devenus les infâmes Talibans, Al-Qaïda et Daech.
John Stockwell fue «oficial de
caso» de la CIA a cargo de operaciones de propaganda en lugares como
Angola y Vietnam. En esta entrevista que tradujimos y subtitulamos para
nuestro programa de televisión La pupila asombrada
Stockwell relata cómo la Agencia Central de Inteligencia utiliza
periodistas y académicos, agencias de prensa como Reuters y AFP y
grandes medios como The Washington Post y la revista Time para construir
noticias falsas y estereotipos sobre países y procesos que Estados
Unidos considera enemigos.
P: John, Ud. estuvo en Vietnam trabajando para la CIA, tengo entendido que estuvo en ese país ¿En qué años estuvo allá?
R: Del 73 al 75 justo después de la evacuación de tropas y salí en la evacuación de abril del 75
P ¿Cuánto tiempo estuviste en la CIA?
Trece años,
yo fui un oficial de caso en el terreno, serví en África y en Vietnam y
eventualmente en un subcomité del Consejo de Seguridad Nacional en
Washington
P: Se sabe que Ud. estuvo en Angola…
R: También dirigí la acción encubierta
angoleña, pero yo la dirigí desde Washington. Estas cosas eran globales y
como jefe de la Fuerza de Tarea de Angola mi oficina estaba en
Washington.
P: ¿Cuando Ud abandonó la CIA?
R: En marzo de 1977 me fui a testificar ante el Senado y hacerlo público y tratar de escribir un libro, lo cual hice.
P: Entraré en eso un poco más
tarde. Me gustaría hablar sobre qué tipo de experiencias uno tiene
cuando se deja la CIA y se comienza a hablar. Nosotros
tenemos la impresión de que todo lo que hace la CIA es recopilar
inteligencia,la inteligencia es información, por supuesto, ahora, uno
pensaría que si obtuviste información que se basaba en hechos y si eso
es así, ¿qué hiciste con ella?
R: Bueno, una de las cuatro funciones
principales de la CIA es recopilar inteligencia e idealmente enviarla al
Presidente, a los usuarios de la información, a los hacedores de
políticas. Yo diría que hay otras funciones, sin embargo algunas de
ellas más legítimas que otras, una es ejecutar guerras secretas, la
acción encubierta de la que se ha escrito y que se habla tanto como lo que está pasando hoy en Nicaragua desde Honduras.
Otra cosa es difundir propaganda para
influir en la mente de las personas, y esta es una función importante de
la CIA, y desafortunadamente, por supuesto, se superpone con la
recopilación de información,usted tiene contacto con un periodista le
dará historias verdaderas, obtendrá información de él, y también le dará
historias falsas.
P: ¿Compras su confianza con historias verdaderas?
R: Compras su confianza y lo engañas.Hemos visto que esto sucedió recientemente con Jack Anderson, por ejemplo, quien tiene sus
fuentes de inteligencia, y también ha admitido que ha sido engañado por
ellos, una de cada cinco historias simplemente es falsa.
También trabajas en sus vulnerabilidades
humanas para reclutarlos en un sentido clásico para convertirlos en tu
agente, de modo que puedas controlar lo que hacen, para que no tengas
que comprometerlo, Ud. sabe, con algo sobre ellos, de manera que puedas
pedirle: inserta esto el próximo martes.
P: ¿Puedes hacer esto con reporteros responsables?
R: Sí, el Comité Church mencionó esto en
1975, y entonces Woodward y Bernstein publicaron un artículo en la
revista Rolling Stones un par de años más tarde: 400 periodistas
cooperando con la CIA,incluyendo algunos de los más renombrados del gremio, de manera consciente introduciendo historias en los medios de prensa
P: Bueno, dame un ejemplo
concreto de cómo usaste la prensa de esta manera, cómo se planta la
historia falsa y cómo logras que se publique.
R: Bien, por ejemplo, en mi guerra, la
guerra que ayudé a manejar en Angola, un tercio de mi personal era
propaganda, irónicamente a esto se le llama dentro de la CIA «acción
encubierta», afuera este término significa la parte violenta, tuve
propagandistas en todo el mundo, principalmente en Londres, Kinshasa y
Zambia, recopilábamos historias que escribíamos y las poníamos en el
Zambia Times, y luego las sacábamos y las enviábamos a los periodistas
en nuestra nómina en Europa, y su tapadera sería que las habían obtenido
de su colaborador en Lusaka, quien las había obtenido en el Zambia
Times,tuvimos la complicidad del gobierno de Zambia, de Kenneth Kaunda,
para poner estas historias falsas en
sus periódicos, pero después de ese punto las recogían los periodistas
de Reuters y AFP, cuya dirección no conocía su origen, pero nuestro
contacto en Europa sí e inyectamos docenas de historias sobre
“atrocidades cubanas”, “violadores cubanos”, en un caso hicimos que los
“violadores cubanos” fueran capturados y juzgados por las doncellas
ovahimba, que habían sido sus víctimas, y
luego publicamos fotografías que aparecieron en casi todos los
periódicos del país de los cubanos ejecutados por las mujeres ovahimba
que supuestamente habían sido sus víctimas.
P: ¿Estas eran fotos falsas?
R: Oh, absolutamente, no conocíamos ni una sola atrocidad cometida por los cubanos, era pura propaganda cruda y falsa para
crear una ilusión de comunistas, ya sabes, comiendo bebés para el
desayuno, y esa era nuestra propaganda, totalmente falsa.
P: John, ¿se practicaba este tipo de cosas en Vietnam?
R: Oh, un esfuerzo sin fin de propaganda masivo en Vietnam en los años 50 y 60, incluyendo los miles de libros que se publicaron, varios cientos en inglés, que también eran libros de propaganda
patrocinados por la CIA, se da algo de dinero a un escritor, se le dice
escribe este libro para nosotros, escriba lo que quiera, pero en estos
asuntos asegúrese de que tenga esta línea.
P: ¿Escritores en este país? ¿Distribuidos y vendidos en este país?
R: Sí, libros en idioma inglés, que
significa que tienen al público estadounidense como objetivo, sobre
Vietnam y la historia de Vietnam y una historia del marxismo, y apoyando
la teoría del dominó, etc.
P Sin abrirnos a una demanda, ¿podría nombrar uno de ellos?
R: No, no podría. El Comité Church, al
enterarse de esto, exigió que se les entregaran los títulos para que las
bibliotecas universitarias pudieran al menos estampar
en su interior: ‘la versión de la historia de la Agencia Central de
Inteligencia’, y la CIA se negó aduciendo proteger su fuentes y métodos,
y las fuentes serían los autores que escribieron estos libros de
propaganda falsa, algunos de los cuales son ahora distinguidos académicos y periodistas.
P: Bueno, la CIA no lo niega
rotundamente. Al principio han admitido que hay algo de propaganda, pero
su posición es que todos están fuera de Estados Unidos, no en Estados
Unidos, ¿no es cierto?
R: Absolutamente, mientras estábamos
llevando a cabo la operación en Angola y difundiendo estas historias en
el mundo y la prensa estadounidense, exactamente en ese momento Bill
Colby, el director de la CIA, estaba testificando ante el Congreso,
asegurándoles que éramos extremadamente cuidadosos para asegurarnos de
que nada de nuestra propaganda se derramara hacia los Estados Unidos, y
en los mismos días en que estuvo dando este falso testimonio, estábamos
plantando historias en The Washington Post, con eso quiero decir, no a
través de Lusaka, pero en realidad volamos a un periodista de París a
Washington para plantar una historia falsa, lo mencioné y doy el texto
de la historia en mi libro.
P: ¿Así que plantaste la
historia en The Washington Post trayendo a un hombre del extranjero, y
no tuvo dificultades para pasar por encima del editor con ella?
R: Sí.
P: ¿Esto es común? ¿Es fácil?
R: Más fácil de lo que Ud. pudiera suponer. Sí, sí. Está en la línea de, por
ejemplo, que Granada sea radical. Hemos tenido artículos en The
Washington Post, en The Star antes de que cerrara y en la revista Time
que solo la CIA pudo haber escrito originalmente: ‘Base de submarinos
soviéticos’; ‘entrenamiento terrorista’. Esta es una pequeña isla donde
la principal fuente de ingresos es la venta de especias para el turismo
occidental y una gran escuela de medicina de los Estados Unidos.
Una pequeña isla de 15 millas por 10
millas de ancho con 70.000 personas, con estudiantes de medicina
estadounidenses en sus batas y sandalias con las narices en libros,
vagando por toda la isla, y sin embargo, órganos de prensa importantes,
la revista Time, publicando historias sobre que son tan radicales…
P: En Vietnam, John, ¿cuál era su relación…? ¿qué debemos regular en relación, con la prensa?
R: Siendo el papel de la CIA
multifacético, había oficiales en la embajada, oficiales de la CIA,
oficiales de alto rango, Frank Snip era uno, no de alto rango, pero él
estaba en la oficina del jefe de estación, que se reunía con la prensa
regularmente, compartía información con ellos, les daba información y
recibía información de ellos, y luego periódicamente les contaba alguna
historia, que sería falsa, pero también en otros casos muy valiosa para
el periodista, por lo que incluso los periodistas duros que nunca
cooperarían voluntariamente con la CIA la considerarían una fuente útil.
Al mismo tiempo, hay todo tipo de
personas, ya sabes, como periodistas y oficiales de casos, muchos otros
oficiales de casos realmente le tienen mucho miedo a la prensa, teníamos
países en los que los periodistas llegaban a husmear nos escondíamos y
dejábamos que el oficial de identificación hablara con ellos.
Simplemente temíamos que nos fotografiaran y escribieran algún artículo y
tuvieran alguna alusión a lo que estábamos haciendo que sería
desafortunado para nuestra carrera
P: ¿Sabían quién eras? ¿Sabían que eras de la CIA?
Todo el mundo sabe quiénes son las
personas de la CIA. Que no quepa ninguna duda, esta es una de las
mayores farsas que la CIA y el Congreso le han puesto al pueblo
estadounidense.
Como dijo Patrick Moynihan al testificar
recientemente en contra de esta Ley de Secretos Oficiales, dijo en la
ONU, dijo que se pavoneaban por todos lados como los vaqueros de Texas
con sombreros de 10 galones y botas de tacón alto.
En Vietnam teníamos Datsun amarillos y
matrículas secuenciales, así que si tenías un Datsun amarillo y 144 en
tu matrícula, tenías que ser de la CIA y todo el mundo lo sabía.
En otro país teníamos Jeeps verde
esmeralda y el ejército tenía un color verde olivo y AIG tenía jeeps
grises, así que si tenías un jeep verde verde tenías que ser de la CIA, y
cualquier negación de eso era solo irónica y superficial, ciertamente
los periodistas sabían la diferencia.
P: ¡Que desilusión! Nos estás diciendo que un espía no es un espía.
R: Allen Dulles escribió en su libro ‘El
arte de la inteligencia’, ya sabes, el famoso director de la CIA, en el
prólogo de su libro dice que un agente de inteligencia, contrariamente a
la opinión popular, tiene que ser conocido como tal, de lo contrario la
gente con secretos no sabrá a dónde llevarlos.
Él estableció la política, el precedente de viajar por el mundo cada año y reunir a sus oficiales de casos en hoteles y
tener lo que solo podría describir como una conferencia de ventas,
reuniones en las habitaciones del hotel, desayuno, almuerzo y cena y bebidas juntos en las habitaciones del hotel.
Así que no estás hablando de un inframundo, estás hablando de miembros privilegiados de la hermandad policial del mundo…
Los oficiales de la CIA no son turistas
en peligro, no los golpean. En todos los países donde pueden establecen
un enlace con la policía local y dentro de los velos de, ya sabes, su
secreto y protección, no tienen miedo y no están jugando juegos de
tapadera, están almorzando con el jefe de policía.
P: John, me gustaría saber qué
es lo que mueve a un hombre como John Stockwell, primero, por qué
estabas en la CIA, segundo, por qué renunciaste a la CIA, y me gustaría saber qué ha sucedido desde que renunciaste a la CIA y comenzaste a hablar tan abiertamente como nos has hablado.
R: Bueno, ciertamente esa es una cuestión tan complicada como el dilema que enfrenta la sociedad sobre la CIA hoy.
Entré como infante de marina, capitán del ejército de infantería de marina, antecedentes
conservadores, mi padre era un ingeniero en África contratado para
construir para una misión presbiteriana y crecí en el Congo Belga casi
tan conservador como se es capaz.
P: ¿En una atmósfera de misionero?
R: En una estación misionera, con un
padre ingeniero, pero con principios humanistas, altos ideales, falsos
ideales poco realistas para el mundo.
Educación en la Universidad de Texas, mi servicio activo en la Infantería de Marina, todo muy emocionante entre guerras.
Estaba en una compañía de
reconocimiento, lanzándome en paracaídas y bloqueando submarinos, muy
glamoroso, pero entre guerras nadie recibió un disparo, no hay problemas
morales, si se quiere.
Y luego la CIA me reclutó justo al final de la era Kennedy, acababa de recibir un disparo.
«No preguntes qué puede hacer tu país
por ti, sino qué puedes hacer tú por tu país» y toda la propaganda que
se había lanzado al pueblo estadounidense contra el comunismo, el apogeo
de la teoría del dominó y mi propia ingenuidad, pensando que fui
educado cuando en realidad no lo estaba.
Y pensé al ingresar a la CIA que estaba haciendo lo mejor que podía con mi vida y
los ideales más nobles de nuestra sociedad, pensando que estaba
mejorando a la humanidad al hacer el mundo libre para la democracia, y
solo me tomó 13 años y tres guerras secretas para darme cuenta de lo
absolutamente falso que era, y las revelaciones del Comité Church,
simultáneamente a lo de Vietnam y luego a lo de Angola. Me tomó tanto
tiempo ver el asunto desde una luz totalmente diferente, y mis ideales básicos ciertamente nunca han cambiado en términos simpatía básica por la gente del mundo.
Un servicio a este país que se remonta
tan lejos que ni siquiera tengo que lidiar con detractores que creo
dicen que soy un traidor o todo eso que es una tontería, ya sabes, con
las cosas que he hecho con mi vida, pero creo que nos estamos alejando
de los valores que nos enseñamos en la escuela, de la democracia, de las
libertades.
Creo que nos estamos vendiendo a una
organización policial muy pequeña que está absorbiendo los principios
estadounidenses tan rápido como los procesos judiciales y legislativos
pueden absorberlos, las libertades de expresión y prensa y, al mismo
tiempo continúan las políticas de asesinato en cada rincón de el mundo,
ahora mismo en Nicaragua y El Salvador.
Creo que deploro eso moralmente, pero
también creo que es extremadamente peligroso porque podría desencadenar
tan fácilmente en una confrontación mundial y con los soviéticos al
Holocausto a la guerra nuclear
P: Bueno, ¿qué está pasando? ¿Qué te ha pasado desde que dejaste la CIA y empezaste a hablar?
R: Bueno, he sido demandado por la CIA,
he sido amenazado por el FBI, no me han golpeado ni mutilado, he
ejercido mi derecho, como lo veo, a hablar y dar conferencias, y han
dejado muy claro que no lo aprecian, y como digo, me han advertido que
me pueden pasar cosas horribles, no sé si fueron «bluffs» o no, todavía no ha pasado nada.
La CIA me ha demandado por daños y perjuicios, lo cual es una cierta ironía, cuando lo piensas.
L’histoire
de la CIA (Central Intelligence Agency) – ses coups montés, ses
assassinats, ses enlèvements, sa pratique de la torture, ses « sites
noirs », ses meurtres par drone, ses sales guerres et le parrainage de
régimes dictatoriaux [1] – souligne non seulement le rôle sanguinaire et
réactionnaire joué par l’impérialisme américain mais surtout la peur
mortelle de l’élite dirigeante face à la classe ouvrière internationale.
Dès
sa fondation en 1947, le CIA a reconnu que Washington ne pourrait
réaliser et maintenir son hégémonie mondiale par la seule répression.
Les luttes anticoloniales, les luttes révolutionnaires en Grèce et à
travers l'Europe, les grèves de masse autour du monde (dont la grande
vague de grèves de 1945-46 aux Etats-Unis [2]) étaient profond&eac
The Mighty Wurlitzer
Un livre détaillé sorti en 2008, The Mighty Wurlitzer: How the CIA Played America,
(Le puissant Wurlitzer : comment la CIA joue l’Amérique) de Hugh
Wilford, examine la lutte idéologique menée par la CIA entre 1947 et
1967 afin de rallier « les cœurs et les esprits » au capitalisme
américain et poursuivre la guerre froide.
C’est une sale besogne.
La CIA a créé ou manipulé des associations, des universités, des
médias, des groupes d’artistes, des fondations et des associations
caritatives pour les mettre au service de sa propagande – cherchant à
appliquer un vernis « progressiste » et même « humanitaire » au contrôle
grandissant exercé par Washington.
Malgré le temps écoulé depuis
sa publication, ce livre est toujours pertinent, car il révèle le
fonctionnement des campagnes idéologiques de la CIA et en particulier le
rôle joué par une section de l’intelligence libérale. Il ouvre les yeux
à une nouvelle génération soumise aux des tentatives incessantes de
blanchiment de la CIA et du militarisme américain. L’on se fait une idée
des opérations antidémocratiques et réactionnaires menées par
l’impérialisme américain et son appareil de renseignement, et de la
nature foncièrement criminelle et mensongère du capitalisme américain.
Surtout,
le livre démontre au lecteur l'importance que l’élite dirigeante
américaine accorde à la lutte idéologique contre le socialisme.
L’auteur
écrit à juste titre : « Ces pratiques se sont en fait intensifiées ces
dernières années ; la ‘guerre contre le terrorisme’ recrée la
mobilisation totale qui a marqué les premières années de la Guerre
froide. » Il ajoute que la CIA est « une force croissante sur les
universités. » [3]
La terme « puissant Wurlitzer » (Mighty
Wurlitzer) avait été inventé par Frank Wisner, le chef du Bureau de
coordination politique (OPC), un groupe chargé d’opérations
paramilitaires et psychologiques, créé en 1948 et intégré à la CIA en
1951. Il se targuait de coordonner un réseau capable de jouer sur
demande n’importe quel air de propagande, le comparant ainsi au célèbre
orgue de théâtre Wurlitzer.
Le CIA sélectionnait ceux qui
pourraient s’orienter dans une direction socialiste, en ciblant des
groupes ayant des griefs contre le statu quo. Elle a choisi des
représentants de groupes ethniques, de femmes, d’Afro-américains,
ouvriers, d’intellectuels et d’universitaires, d’étudiants, de
catholiques et d’artistes pour en faire des groupes écrans
anticommunistes. Ces liens fournissaient à leur tour à l’agence la
couverture requise pour influencer d’importants secteurs de la
population mondiale.
Fait plutôt ironique, alors que l'Etat
menait ses chasses-aux-sorcières maccarthystes et dressait une Liste
d'Organisations Subversives, prétendument pour démasquer les « groupes
de façade » du Parti communiste, la CIA s'occupait précisément à créer
des groupes de façade afin d'intégrer des milliers d’Américains à leur
insu dans des opérations psychologiques clandestines.
Le livre
dévoile comment des syndicalistes, artistes, et membres des professions
libérales « radicaux » ou « ex-radicaux » se sont retrouvés à
l'intérieur de ce « Wurlitzer ». [4] Ceci incluait une couche d’anciens
membres ou compagnons de route du Parti communiste, dont le romancier
Richard Wright, qui, déçus par l’expérience faite avec ce parti
réactionnaire stalinisé, n’ont pas trouvé le chemin vers le trotskysme,
mais ont trouvé une place au sein de l’appareil de renseignement
américain.
L’agence a influencé ces groupes très hétéroclites et
parfois divisés grâce essentiellement à deux méthodes. La première était
l’octroi de vastes sommes d’argent, soit par l’intermédiaire
d’entreprises telles ITT, soit par des particuliers fortunés ou par des
fondations. La seconde consistait à formater les directions de ces
groupes écrans, et en faisant ensuite prêter aux dirigeants le serment
du secret.
Wilford explique comment ces serments étaient prêtés à
l'Association nationale des étudiants (NSA), contrôlée par la CIA. «
Lorsque la CIA jugeait nécessaire d'informer un responsable de bonne foi
[ignorant le contrôle de la CIA] de l'origine du financement de
l’organisation, elle organisait une réunion entre l’individu en
question, un collègue qui était au courant, et un ancien responsable de
la NSA devenu agent de la CIA. Sur un signal convenu à l’avance, le
responsable au courant quittait la pièce. L’agent de la CIA (encore
identifié comme étant un ex-NSA) expliquait que le responsable de bonne
foi devait prêter serment de discrétion avant d’être mis au courant de
secrets vitaux. Après que le responsable ait signé un engagement formel,
l’agent révèlait alors que la CIA jouait un rôle dans les affaires de
l'association. »
Les serments étaient pour de vrai. Une violation
était passible d’une peine de prison de 20 ans. Plus tard, certains des
collaborateurs dénoncèrent l’opération comme étant un piège et qu'ils
avaient « été induits en erreur lors de l’entrée en relation avec la
CIA. » D’autres ont exprimé un accord politique et/ou l’ont considéré
comme une bonne opportunité de carrière.
Les origines des groupes écrans de la CIA
Wilford
retrace les origines des groupes secrets financés par la CIA à la
réorganisation de l’Etat effectuée sous le président Harry S. Truman.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis étaient la force
économique, politique et militaire dominante, la classe dirigeante
américaine a vite cherché à profiter de cette position pour asseoir son
hégémonie mondiale.
Truman signe la loi qui créa la CIA et le Conseil de sécurité nationale (NSC)
Truman
a restructuré les forces armées et le renseignement américains pour
mener la Guerre froide, selon sa stratégie géopolitique surnommée «
Doctrine Truman ». Le Congrès, grâce au National Security Act de 1947,
avait établi la CIA, le premier appareil de renseignement permanent aux
Etats-Unis, et le Conseil de sécurité nationale (NSC). Dès ses débuts,
une controverse opposa ceux qui disaient que la CIA devait se limiter à
la collecte d'informations, et ceux qui disaient qu'elle devait aussi
mener des actions secrètes.
Les « interventionnistes »
(pro-action secrète) l’emportèrent, explique Wilford. George Kennan, le
diplomate auteur de la doctrine de l’« endiguement » (« containment »)
face à l’URSS, affirmait que les politiciens devaient surmonter l’«
attachement populaire au concept d’une différence fondamentale entre la
paix et la guerre » et adopter les actions secrètes comme partie
intégrante de leur stratégie mondiale.
George F. Kennan, défenseur des actions secrètes de la CIA
Kennan
préconisait des activités paramilitaires secrètes et la création de «
comités de libération » afin d’encourager des activités antisoviétiques
par des « éléments autochtones anticommunistes » dans des « pays menacés
du monde libre ». Selon Wilford, ces idées « ont guidé toutes les
opérations de première ligne des Etats-Unis durant premières cinq années
de la Guerre froide ».
La première cible du recrutement secret
furent les émigrés d’Allemagne, d’Europe de l’Est et d’URSS. Wilford
cite l'Opération « PAPERCLIP », l’acheminement vers les USA d’ancies
Nazis disposant d’un savoir-faire militaire ou technique. Il relève le
recours aux services du général nazi Reinhard Gehlen, le chef du
renseignement militaire d’Hitler sur le front Est, dont le réseau fut «
incorporé » au renseignement américain, puis au renseignement allemand.
La
fâcheuse tendance de Wilford de laver l’impérialisme américain réduit
la force de ses divulgations, notamment de celle du lien avec Gehlen.
Wilford en fait une narration plutôt sèche, mais Joseph Trento, auteur
de The Secret History of the CIA, décrit les faits ainsi :
«
… Gehlen convainquit [Alan] Dulles [le premier directeur civil de la
CIA, anciennement du Bureau des services stratégiques (OSS) et du Bureau
de coordination politique (OPC)] que les Etats-Unis devaient garantir
la protection de milliers de nazis de haut rang… ‘Rien n’est plus
important que de recruter ces nazis enfuis dans le monde entier… Vous
devez vous rappeler qu’on les considérait comme les anticommunistes les
plus déterminés… les autorités américaines étaient prêtes à recruter
n’importe quel nazi jugé utile… »
Trento cite Robert T. Crowley,
qui a joué un rôle significatif dans la gestion des nazis pour
Washington. Trento conclut par l’appréciation suivante : « Ce
partenariat entre les ex-nazis et l’OSS/CIA a dominé les activités
antisoviétiques américaines pendant trois décennies. » [5]
Wilford
n’est pas prêt à avancer de telles évaluations générales, mais il peut
dévoiler et d’exposer les détails des réseaux complexes montés par la
CIA. Ceci est particulièrement convaincant lorsqu’il remonte la piste de
l’argent, un aspect solide de The Mighty Wurlitzer et qui est de toute évidence le résultat de recherches assidues.
Wilford
montre comment la formule de financement du Comité national pour une
Europe libre (NCFE, créé par la CIA en 1949) est devenue un prototype.
On présentait le NCFE comme une organisation humanitaire et
indépendante, montée par des citoyens américains afin de secourir des
réfugiés d’Europe de l’Est. En fait, elle était dirigée par la CIA.
Afin
de justifier les bureaux cossus et les comptes en banque bien garnis du
NCFE, on monta une campagne de collecte de fonds, la Croisade pour la
liberté (« Crusade for Freedom »). Les fonds recueillis ne servaient pas
à couvrir les dépenses, payées par la CIA, mais à éviter que sa
richesse ne soulève des questions. L’expérience des campagnes du Conseil
de la publicité de guerre, qui avait « renforcé le moral des civils »
lors de la Seconde Guerre mondiale, servit ensuite à « vendre » la
Guerre froide. C’est de là que Radio Free Europe (Radio Europe libre)
est finalement issue.
Publicité pour la Radio Europe libre : «
Bien sûr que je veux combattre le communisme, mais comment » ? « Avec
des dollars de la vérité, voilà comment » !
Ad for Radio Free Europe
Le
NCFE fut la première d’une centaine d’organisations de ce genre à
apparaître en Europe de l’Est. Elles ont soutenu des projets «
scientifiques », leur propre maison d’édition, et une multitude de
conseils nationaux de minorités ethniques aux Etats-Unis. Elles ont
aussi acheminé de l’argent à des organisations pro-fascistes « telles
l’Assemblée des nations européennes captives » de Brutus Coste.
La
CIA a poursuivi en ciblant davantage de groupes d’adversaires
idéologiques potentiels. Ce compte-rendu examinera quelques unes de ces
opérations afin de donner une idée de l’ampleur et de la portée de la
crainte de la révolution sociale éprouvée par le gouvernement américain
et de la préoccupation de la CIA d’encourager l’anticommunisme.
Les journalistes
Aujourd'hui,
la suppression d’informations et la collusion de journalistes avec la
CIA passent à peine pour une révélation. Néanmoins, le livre met en
exergue la profondeur de cette relation depuis le tout début des
opérations de la CIA.
En 1977, Carl Bernstein a calculé que
depuis 1952, quelques 400 journalistes avaient travaillé pour la CIA.
Mais Wilford écrit correctement que le nombre de journalistes
qui écrivaient de la propagande gouvernementale était bien moins
important que la collaboration institutionnelle entre la CIA et les
grands médias.
L’auteur indique qu’Arthur Hays Sulzberger, l'éditeur du New York Times,
était un ami proche du directeur de la CIA Allen Dulles et avait signé
un accord secret avec l’agence. En vertu de cet arrangement, le Times a fourni des couvertures de journaliste ou de correspondants à au moins dix agents de la CIA ; le Times encourageait
aussi ses employés à faire de l'espionnage. Dulles entretenait des
relations avec les médias, qu'il considérait être d’excellentes sources
d’informations à l’étranger.
Selon Wilford, le chef des
informations de la chaîne Columbia Broadcasting System appelait si
souvent le quartier général de la CIA que, lassé d'avoir à quitter son
bureau pour passer l'appel, il a fait installer une ligne privée pour
contourner le standard téléphonique.
Une troisième voie de
diffusion des « informations » de la CIA étaient les agences de presse,
dont l’Associated Press et l’United Press International, ainsi que
l’opération interne de la CIA, la « Forum World Features. »
Il y avait aussi les magazines. Tout comme le New York Times, le Time
de Henry Luce fournissait aux agents de la CIA des cartes de presse.
Selon, Wilford « en général… la collaboration était si réussie qu’il
était difficile de dire exactement où se terminait le réseau de
renseignement outre-mer de Luce et où celui de la CIA commençait. »
Il
y avait aussi les services indispensables à l’Association des
journalistes américains (ANG), le syndicat des journalistes. L’ANG fut
un membre fondateur de la Fédération internationale des journalistes,
une fédération de syndicats anticommunistes établie en 1952 à Bruxelles
pour s’opposer à la Fédération internationale des journalistes, marquée à
gauche.
Financée par les syndicats américains mais lancée par la
CIA, l’ANG a monté une campagne destinée aux journalistes africains et
asiatiques. Un de ses représentants dirigeait l’Inter-American
Federation of Working Newspapermen’s étroitement liée au front syndical
de la CIA en Amérique latine, l’Institut américain pour le développement
libre du travail (AIFLD). Ces groupes prodiguaient un grand nombre de
services gratuits, techniqus ou éducationnels, financés par des
fondations intermédiaires liées à la CIA.
Les étudiants
Redoutant
l’attraction qu’exerçait le socialisme sur les jeunes, la CIA a établi
dès le début une présence sur les campus universitaires. En 1947, elle a
formé l'association nationale des étudiants (NSA) des Etats-Unis, et
ensuite un service international estudiantin d’information, afin de
doter le NSA d'attaches à l’étranger. Wilford décrit comment la CIA a
formé et passé au crible tous les agents du NSA. Beaucoup d'entre eux
ont ensuite poursuivi des carrières à la CIA.
La NSA animait des
séminaires annuels sur les relations internationales et octroyait des
bourses à des étudiants venus de « pays en voie de développement »,
ainsi que pour de longs voyages à l’étranger. En 1967, elle comptait 400
organisations sur les campus américains.
La CIA et le NSA ont
aussi parrainé des festivals internationaux de jeunesse pour « sauver la
jeunesse du tiers monde des griffes des propagandistes communistes. »
Gloria Steinem fut l’icône féministe à la tête de cette opération. Elle
avait accepté un poste rémunéré comme directrice de l’Independent
Service for Information, « une opération de la CIA du début à la fin, »
selon Wilford, et mise en œuvre « sciemment. » Parmi ses compatriotes y
figurait Zbigniew Brzezinski, un diplômé de Harvard qu’elle décrivait
comme « un membre vedette de l’Independent Service », et qui allait
deveinr un des principaux stratèges de l'impérialisme américain.
Gloria Steinam, 1987
Dans une partie très pertinente de The Mighty Wurlitzer, Wilford
explique comment les professeurs, notamment des universités d’élite «
Ivy League », ont servi de recruteurs pour l’agence. L’auteur s
concentre sur les activités de William Y. Elliott de Harvard, un
professeur du département du gouvernement qui était aussi le doyen de la
célèbre Ecole d’été de Harvard.
Elliott a activement « branché »
des étudiants choisis dans les opérations de la CIA. Il a utilisé la
prestigieuse Ecole d’été pour élargir le recrutement international de la
CIA. Parmi les diplômés de Harvard « encadrés » par Elliott se trouvait
Henry Kissinger, qui a joué un rôle éminent dans les cours d’été et qui
s’en est servi pour entamer sa carrière gouvernementale.
Dans sa
conclusion, l’auteur écrit que ces opérations universitaires ne sont de
toute évidence pas terminées, mais sont en hausse. Il donne l’exemple
des résultats de la commission Church (Church Committee) [6] de l’«
utilisation opérationnelle » par la CIA d’universitaires individuels,
dont « des rôles de premier plan et des mises en contact à des fins de
renseignement, de collaboration dans le domaine de la recherche et de
l’analyse, de collecte de renseignements à l’étranger et de la
préparation de livres et autre matériel de propagande. »
Les syndicats: l'AFL-CIO et l’« AFL-CIA »
Les
opérations anticommunistes menées en Europe par le syndicat American
Federation of Labor ont débuté en 1944 avec le Comité des Syndicats
Libres (FTUC). Le FTUC était financé par le syndicat américain de la
confection féminine (International Ladies’ Garment Workers’ Union)
dirigé par David Dubinska, et géré par Jay Lovestone, l’ancien
secrétaire national du Parti communiste américain devenu anticommuniste,
et par son protégé Irving Brown. Brown avait travaillé pour l’OSS
durant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque l’OSS fut dissout, Brown et
Lovestone ont dirigé ses opérations, en se vantant que « nos relations
et nos programmes syndicaux ont pénétré tous les pays d’Europe. »
Jay Lovestone à droite, rangée arrière
D’ici
janvier 1949, le budget du FTUC venait de fonds de la CIA déguisés en
dons privés. A la fin de l’année, la part de ses revenus provenant des
cotisations ouvrières avait été éclipsée par l’argent de la CIA, blanchi
par Lovestone à New York et transféré via divers comptes en banque.
L’argent fut versé à des syndicats anticommunistes à travers l'Europe,
dont Force ouvrière (né d’une scission d’avec le syndicat CGT dominé par
le Parti communiste français, PCF) et le Comité de Vigilance
méditerranéen en France, les syndicalistes sociaux-démocrates en Italie,
y compris la Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori, et
l’Organisation centrale des syndicats finlandais. Il y eut d’autres
opérations organisées en dehors de l’Europe, telles l’Alliance centrale
syndicale pan-indonésienne.
Il y eut cependant une autre demande
de licence. Victor Reuther, le frère du président de l’UAW, Walter, a
ouvert un bureau à Paris. Le syndicat de l’automobile UAW, adhérent du
CIO et réputé combatif, passait mieux à l’étranger que le « syndicalisme
corporatiste » discrédité de l’AFL ; ainsi l’UAW était plus à même de
fournir à la CIA des contacts au sein du mouvement ouvrier.
Le
début de la fin du parrainage par la CIA de l’AFL eut lieu le 20
novembre1950. Le directeur de l’agence de renseignement, Walter Bedell
Smith, et Frank Wisner rencontrèrent Lovestone, le secrétaire-trésorier
de l’AFL, George Meany, David Dubinsky, et le vice-président de l’AFL,
Matthew Woll, pour décider quelle syndicat mènerait les opérations
secrètes de la CIA.
Meany a vigoureusement dénoncé le CIO, en «
citant des dates, des noms et des lieux » de l’infiltration de son rival
par les communistes, mais en vain. Le directeur adjoint de la CIA, Alan
Dulles, a déclaré qu'il « s’intéressait fortement au mouvement syndical
» et croyait que le CIO devrait être impliqué dans les opérations
secrètes de la CIA.
Les recherches de Wilford montrent le
directeur des affaires internationales du CIO, Mike Ross, a acheminé des
milliers de dollars de la CIA vers les opérations parisiennes de Victor
Reuther.
Les Afro-Américains
La répression et les
meurtres de militants des droits civiques américains au début des années
1950, avec la diffusion d’images où la police utilisait les chiens et
les canons à eau contre des manifestants, ont miné les tentatives de
Washington d’étendre son influence en Afrique.
C’était là une
préoccupation majeure, alors que l'impérialisme européen se faisait
expulser de ses colonies et que le mouvement anticolonial se propageait
comme une trainée de poudre. « Dans ce contexte, les agences du
gouvernement américain, y compris la CIA, ont commencé à auditionner un
peu partout pour le rôle de dirigeants noirs américains qui pourraient
brosser un tableau positif des relations raciales de leur pays, et aider
les pays africains nouvellement indépendants à se détourner du camp
communiste, » écrit Wilford dans le chapitre sur le recrutement
d’Afro-Américains par la CIA.
La principale opération fut
l’American Society of African Culture (AMSAC). Après une réunion en 1954
au domicile de l’ancien secrétaire exécutif du NAACP (National
Association for the Advancement of Colored People), Walter White, à
laquelle participèrent Eleanor Roosevelt et Victor Reuther, on fonda une
organisation permanente afin de « minimiser parmi les Africains
l’anticolonialisme socialiste en faveur de l’anticommunisme libéral. »
De
nombreux Américains qui admirent Richard Wright pour son honnêteté
littéraire et sa volonté de mettre à nu la brutalité du racisme furent
surpris d’apprendre qu’il avait rejoint le groupe écran de la CIA.
Wright s'est présenté à l'ambassade américaine à Paris et offrert ses
services pour « combattre les tendances gauchistes » lors d’un congrès
international des écrivains et artistes noirs (Congress of Negro Writers
and Artists) en 1956. Selon Wilford, il s’était rendu à plusieurs
reprises à l’ambassade pour discuter comment « contrecarrer l’influence
communiste. »
Richard Wright
Wright
trouva l’argent et organisa depuis les Etats-Unis une équipe de 5
personnes pour participer au congrès de Paris. Quant à W.E.B. Du Bois,
il se vit refuser l’octroi d’un passeport et publia une déclaration
cinglante : « Tout Negro-Américain se rendant de nos jours à l’étranger
doit… dire ce que le Département d’Etat veut qu’il dise. »
Le
groupe de Paris créa la Société africaine de Culture (SAC). La création
de l’American Society of African Culture (AMSAC) suivit en juin 1957. Le
financement était typique : les fonds de la start-up provenaient de
Matthew McCloskey, un magnat du bâtiment de Philadelphie et un avocat de
Wall Street, et Bethuel Webster (qui aux années 1950 avait contribué à
mettre en place l’American Fund for Free Jurist pour véhiculer les fonds
vers l’International Commission of Jurists.)
L’AMSAC
avait plusieurs objectifs. Il faisait de la propagande, dont une série
de publications très ambitieuses ; il organisa des conférences annuelles
auxquelles participait une série de brillants intellectuels, artistes
et interprètes noirs (Nina Simone, Lionel Hampton, etc.) ainsi que des
festivals parrainés à la fois par les Etats-Unis et l’Afrique.
L'AMSAC
a aussi aidé la CIA dans ses tentatives plus impitoyables d'écraser la
combativité africaine. Suite au meurtre aux mains de la CIA du président
congolais Patrice Lumumba, l’agent de l’AMSAC, Ted Harris, fut muté de
son bureau de New York à Léopoldville dans le but « d’entraîner les
politiciens locaux dans les techniques administratives occidentales. »
Wright
fut finalement déçu. En novembre 1960, il prononça un discours
surprenant à l’Eglise américaine de Paris qui dénonçait Washington pour
avoir espionné les expatriés et tenté de les museler. « Je dirais que la
plupart des mouvements révolutionnaires à l'Occident sont parrainés par
des gouvernements, » a dit Wright au public. « Ils sont lancés par des agents provocateurs
dans le but d’organiser les mécontents pour que le gouvernement puisse
garder un œil sur eux. » Il laissa entendre qu'il ferait de nouvelles
révélations à venir, puis mourut dans une clinique parisienne quelques
semaines plus tard à l’âge de 52 ans. Selon l’auteur, des rumeurs
circulèrent qu’il avait été assassiné.
La dernière opération
menée avec succès par l’AMSAC fut une vaste tournée du défenseur des
droits civiques James Farmer en Afrique, destinée à contrer l’impact des
visites précédentes de Malcom X. Ave l’aide de Carl T. Rowan, le
premier Afro-Américain à siéger au Conseil de sécurité nationale, Farmer
arriva en janvier 1965 en Afrique. Il se rendit dans neuf pays, eut des
entretiens avec presque tous les chefs d’Etat, donna des cours aux
étudiants, rencontra des membres du parlement et intervint devant les
syndicats.
Les femmes
Entre 1952 et 1966, la CIA
finança et coordonna un groupe secret de femmes, le Committee of
Correspondence (Comité de correspondance), avec une devise bien ironique
: « La vérité vous rendra libre. » (« The Truth Shall Make You Free. »)
Au
départ, le groupe débitait de l’anticommunisme primaire, avec des
communiqués et des bulletins qui accusaient l’URSS de contraindre les
femmes à travailler pour que l’Etat puisse exercer « un contrôle absolu
sur l’enfant », etc. Les inquiétudes de l'Etat quant au mouvement
anticolonial montait, toutefois, et le comité organisa des activités en
Iran, en Afrique et en Amérique du Sud.
Cette initiative concordait avec le projet du gouvernement
Eisenhower d’humaniser l’image américaine (développé ensuite par le
Corps de la Paix -Peace Corps- créé par John F. Kennedy en 1961) tout en
renforçant le consensus de la Guerre froide à l’intérieur des USA. Ceci
n’empêcha pas le comité d’exécuter une série de « missions spéciales »
pour surveiller et établir des rapports sur les conférences de paix
appuyées par le Parti communiste.
Wilford cite l’évaluation de la
CIA de l’importance stratégique croissante des femmes aux années 1950,
notamment dans l’éducation. « Il est évident que les femmes sont
maintenant un facteur très important dans l’édification de la nation qui
se passe dans une grande partie du monde, » aurait déclaré un agent du
renseignement. Les réseaux créés par les comités de correspondance
étaient considérés comme relevant d’une astucieuse tactique de la Guerre
froide et la base des futures opérations de renseignement.
Tout
comme de nombreux autres fronts de travail de la CIA, le comité fut
généreusement financé par une série de fondations et de groupes
patronaux, dont : le Dearborn Foundation, l’Asia Foundation, le J.
Frederick Brown Foundation, le Florence Foundation, le Hobby Foundation
et le Pappas Charitable Fund.
Les artistes
La CIA
était très préoccupée par un grand nombre d’artistes. La Grande
dépression avait discrédité le capitalisme et l’épanouissement de la
culture après la Révolution russe avait influencé le monde entier. La
CIA voulait contrecarrer l’excellence du cinéma, de la dance, de l’art,
de la musique, du théâtre et de l’architecture soviétiques ainsi que la
revendication de l’URSS d’être l'héritierdes Lumières en Europe. La CIA
s’est efforcée de dépeindre l’art américain comme le terreau des
impulsions les plus créatrices de la culture moderne.
Cette
initiative fut en effet un grand défi, particulièrement vu le
conformisme philistin et petit bourgeois de l’élite américaine (moqué
par le terme « Babbitry »). The Mighty Wurlitzer signale la célèbre expression de Harry Truman concernant l’oeuvre de Yasuo Kuniyoshi: « Si ça c’est de l’art, moi je suis un hottentot. »
L’agence
avait fondé en 1950 le Congrès pour la liberté de la culture (CCF), qui
a financé un nombre sans précédent de prix littéraires, d’expositions
d’art et de festivals de musique. A son apogée, il avait des bureaux
dans 35 pays et publiait plus d’une vingtaine de magazines, dont le
magazine littéraire Encounter, édité par le néoconservateur
Irving Kristol (qui a également bénéficié du soutien de MI6). La
Fondation Ford a aussi financé le CCF.
La CIA oeuvra pour obtenir
des contrats d’édition pour ses écrivains encartés aux maisons
d’édition auxquelles participait l’agence, dont la maison d’édition
Frederick A. Praeger. Wilford a particulièrement tenu à documenter le
soutien financier de l’agence pour Partisan Review qui fut
initialement l’organe culturel du Parti communiste pour devenir
antistalinien plus tard, flirtant avec le trotskysme avant de s’aligner
sur la « gauche non conformiste » et les néoconservateurs James Burnham
et Sidney Hook.
Le livre de Frances Stonor Saunders de 1999 Who Paid the Piper, partiellement racontédans The Mighty Wurlitzer,
met en évidence la protection par la CIA de l’expressionnisme abstrait
aux Etats-Unis. Wilford décrit le genre d’entreprise publique-privée qui
faisait ce travail, qui impliquait généralement le Musée d’Art moderne
(MoMa) Rokefeller et le CCF. Entre autres, les peintures de Jackson
Pollock, Mark Rothko et de Franz Kline furent promues comme étant l’antithèse du réalisme soviétique et la soi-disant preuve que le capitalisme était mieux à même de promouvoir la culture.
Evoquant
le « ‘cordon ombilical en or’ qui unit l’espion et l’artiste, » Wilford
explique en détail toute une série d’activités. L’un des grands projets
était le « Hollywood consortium », un groupe informel mais influent
d’acteurs et de magnats du cinéma qui travaillaient avec la CIA, dont
John Ford, John Wayne, Darryl Zanuck et Cecil B. DeMille. Les Studios
Paramount disposaient de leur propre agent interne de la CIA qui se
consacrait à censurer certains films et à en saboter d’autres. (En même
temps, la liste noire anticommuniste à Hollywood détruisait des carrières et des vies.)
The Mighty Wurlitzer démontre
comment le gouvernement américain a dépensé des millions de dollars,
sur des décennies, pour miner la pensée socialiste et donner
àl’anticommunisme un nouveau visage culturel, social et humanitaire.
Dans
le dernier chapitre, l’auteur écrit que les groupes écrans de la CIA
sont toujours vivants et se portent bien. Il cite des rapports qui
relient le best-seller Reading Lolita in Tehran: A Memoir in Books
aux efforts visant à recourir à l’artifice des « droits de la femme »
pour préparer l’opinion publique à une éventuelle invasion américaine de
l’Iran.
Le principal inconvénient du livre est le décalage entre
les opérations secrètes et leur objectif politique. L’on pourrait lire
la plus grande partie du livre et conclure que le gouvernement américain
était simplement hypocrite, antidémocratique et manipulateur.
Le
lecteur doit garder à l’esprit les conséquences épouvantables des
activités de la CIA partout dans le monde – les millions de morts, les
attaques contre la démocratie, la mise en place de despotes et
d’oligarques par des coups. On ne voit jamais d'allusion à ces sales
opérations dans The Mighty Wurlitzer.
L’auteur, tout en
dévoilant les activités de l’impérialisme américain, ne cesse de les
édulcorer. C’est un partisan journalistique du gouvernement américain.
Sa conclusion, intimement liée au libéralisme américain, est que les
groupes écrans secrets, qui sont en désaccord avec une démocratie
américaine par ailleurs est en bonne santé, ont « entaché » la
réputation des Etats-Unis et occasionné divers retours de manivelle.
Quoiqu’il
en soit, malgré ces insuffisances graves, l’auteur doit être reconnu
pour être un journaliste d’investigation opiniâtre au vu de « la chape
du secret officiel qui entoure encore actuellement » les opérations
secrètes. En fait, après que plus de 50 ans se soient écoulés, le
gouvernement refuse de divulguer les dossiers concernant ces opérations.
Les lecteurs d’aujourd’hui du The Mighty Wurlitzer traversent
une période durant laquelle les Etats-Unis sont allés bien au-delàde
ces efforts pour censurer et manipuler l'opinion. Sous nos yeux, les
tribunaux et l'Etat –y compris l’appareil militaire et du renseignement
qui ne cesse de croître –réduisent ànéant l’ensemble du cadre des droits
légaux et démocratiques gagnés après des siècles de lutte.
La
capacité du livre d’apporter un témoignage des activités farouchement
antidémocratiques et réactionnaires de la CIA à une période antérieure
souligne les craintes grandissantes et légitimes ressentie de nos jours
par la bourgeoisie face au pouvoir révolutionnaire de la véritable
pensée socialiste.
Les notes
1. Les brutales opérations
secrètes de la CIA couvrent la période qui démarre peu après sa création
en 1947 – du coup d’Etat syrien de 1949 (dans l’intérêt de la
construction du Trans-Arabian Pipeline) au renversement en 1953 du
premier ministre iranien Mohammed Mossadegh (qui avait menacé de
nationaliser l’industrie pétrolière iranienne, alors sous le contrôle de
l’Aglo-Iranian Oil Company, maintenant BP), à l’éviction en 1954 du
président Jacobo Arbenz au Guatemala (qui avait menacé les exploitations
de l’United Fruit Company), à la chute et au meurtre subséquent du
premier ministre congolais et dirigeant anticolonialiste Patrice Lumumba,
jusqu’au coup militaire du général Suharto et le massacre de près d’un
million d’Indonésiens entre 1965 et 1966, au « coup d’Etat de Canberra »
en 1975 avec l’éviction du gouvernement travailliste en Australie, en
passant par le coup d’Etat fasciste de 1973 au Chili, et la déstabilisation des décennies durant de l’Irak, au déploiement d’armées privées en Afghanistan et au Pakistan jusqu’au parrainage par la CIA des fascistes qui sont actuellement à l’œuvre en Ukraine.
2.
Plus de sept millions de travailleurs américains ont participé à la
grande vague de grèves de 1945-46. Ces grèves se déroulèrent dans des
milliers de lieux de travail, avec des grèves générales dans des villes
entières. Quatre-vingt usines de General Motors furent touchées dans 50
villes. En à peine plus de 18 mois, 144 millions de journées de travail
furent perdues.
3. Cité par Wilford dans, « In From the Cold: After Sept 11, the CIA Becomes a Growing Force on Campus, » Wall Street Journal, 4 octobre 2002
5. Trento, Joseph J., L’histoire secrète de la CIA (The Secret History of the CIA), Carroll & Graf Publishers, New York, 2001, p 23.
6.
Entre 1975 et 1976, la commission sénatoriale présidée par le sénateur
américain Frank Church avait enquêté sur les activités illégales de la
CIA, du NSA et du FBI après le scandale du Watergate. Un grand nombre de
rapports de la commission sont encore classés secrets. Parmi les
affaires examinées, figurent les tentatives du gouvernement américain
d’assassiner Patrice Lumumba, Rafael Trujillo et les frères Diem au
Vietnam. La commission Church a aussi divulgué l’opération du FBI
surnommée COINTELPRO, qui servit à infiltrer et à espionner le Socialist
Workers Party, le Parti communiste, le Black Panther Party et de
nombreux groupes de gauche.