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samedi 18 juillet 2026
Brésil: l'évangélisme fait perdre au foot
I want to highlight a fascinating observation by geopolitical analyst Elvin Calcaño. You can find his work on YouTube and X (links below), but I wanted to share this specific reflection in full:
In Brazil, they are attributing the decline of their national football team to the rise of evangelicalism. And I don’t find it far-fetched to think so. For the following reasons:
Brazilian football had an identity rooted in the exuberance, festivity, and color of a culture born from the syncretism between Catholicism and religious imaginaries of African origin. When Brazil dominated the World Cups, its players would arrive at the stadiums singing samba and playing Afro-Brazilian drums. The game on the pitch was nothing more than an extension of the celebration. But that’s how it was when the players were Catholic and practitioners of Afro-Brazilian syncretism. Today, Brazil’s players are mostly evangelical. And evangelicalism, given its dispensationalist framework and closed eschatology, expels all forms of syncretism: of diversity. In other words, it kills the party football. The current players of the Brazilian national team arrive at matches praying... Now, playing the drums and invoking the saints of Afro-Brazilian syncretism is devil’s work. It’s very frowned upon. They’ve become sad, martial, and predictable. Both in their lives and on the pitch.
In Catholicism, when one makes a mistake or things go badly, one must reflect and seek causes to improve. In evangelical eschatology, everything is already written. If they win the World Cup, it’s because God willed it so. And if they lose disastrously, as they are now, it’s because God’s times are perfect... Under such conditions, the player is never ultimately responsible for poor results. They seek to win and improve, but always thinking that whatever happens, everything is in God’s hands, who determines in advance what will happen.
The evangelicalism that reaches Brazil (and the rest of Latin America) is individualist. It’s a religiosity that combines the Calvinist notion of individual effort as devotion to God with neopentecostal prosperity theology. The evangelical prioritizes the individual over the collective. Salvation is for each one. The Brazilian football of Pelé, Garrincha, Zico, Ronaldo, Romário, Rivaldo, and Ronaldinho (when Brazil was unbeatable on the pitch) had a deeply collective component, both in its tactical and aesthetic aspects. Something very difficult to cultivate today in evangelical players who see themselves as individual actors, each in pursuit of their private salvation.
Evangelicalism is severe and punitive. While the Catholicism (syncretic) that prevailed in Brazil was open and nuanced. This fosters creativity and the search for different options. The Brazilian footballer of jogo bonito was above all creative. He saw closed matches as something to overcome by creating and inventing plays. Today, with evangelical players, the Brazilian national team looks predictable and unimaginative.
In short, I invite you to follow the debate underway in Brazil today regarding what they consider the harmful effects of evangelicalism on the identity of their football. Because that debate can be extrapolated to many other areas of that society. And, therefore, to any other Latin American country where evangelicalism has replaced the Catholic (syncretic) matrix as the majority religiosity. In the end, these discourses of hate, democratic hollowing-out, and destruction of the public that we see in our countries don’t come from nowhere.
It might be tempting to dismiss this as a trivial sports anecdote, but I would argue it is anything but. This cultural shift is a direct reflection of a much wider geopolitical process driven by US-led imperialist interference across Latin America and the Caribbean.
This ideological displacement did not happen by accident; it was structurally encouraged starting in the 1970s to counter the more socialist-oriented Catholic Liberation Theology that was rapidly gaining traction across the continent. From an imperialist perspective, this cultural engineering has been highly "successful," albeit to varying degrees depending on the country in question.
I explore this exact dynamic in my latest essay on the new Latin American Far-Right [worldlinesletter.substa…], but I also highly recommend this excellent episode by La Base Latinoamerica on the geopolitical role of evangelicalism in the region [youtube.com/watch?v=dir…]. And here are the links to Calcaño’s X (x.com/elvin_calcano24/s…) and YouTube channel (youtube.com/@ElvinCalca…).
mercredi 15 juillet 2026
Le « soft power à la sauce américaine » se déverse sur la Chine
par Elisabeth Martens, le 3 juin 2026
Le bouddhisme tibétain et le sionisme chrétien semblent être deux idéologies opposées : le sionisme chrétien est un mouvement monothéiste et biblique, tandis que le bouddhisme tibétain possède sa propre cosmologie où foisonnent un grand nombre de divinités plus ou moins compatissantes ou plus ou moins effrayantes. Cependant, sur les plans historique, politique et philosophique, il existe une connivence entre ces deux mouvements religieux. Tous deux sont liés à une politique conservatrice et soutenus par des puissants lobbies étasuniens dans un but de déstabilisation de la Chine.
Un professeur à l’université chinoise de Hong Kong et à l'université de Groningen aux Pays-Bas nous met en garde : « L’empire (ici, l'impérialisme occidental, ndlr) ne débarque pas qu’à grand renfort de canons. Il s’installe de manière plus insidieuse, avec des chants religieux. Il arrive vêtu de la soutane du missionnaire, chaussé des souliers cirés du philanthrope, avec la douce voix du professeur étranger, le sourire du pasteur qui vous assure que votre souffrance est sacrée et que votre asservissement relève du divin. La baïonnette mutile le corps. L’endoctrinement meurtrit l’âme. Et c’est cette seconde blessure qui perdure à travers les générations. » (1)

Le professeur K., enseignant la psychologie sociale et politique en Chine depuis seize ans, observe avec sidération la montée du sionisme chrétien et parle d'un basculement qui s'opère actuellement en Chine : « D'abord l'installation sournoise du sionisme chrétien, ensuite, parée de drapeaux et de prophéties, c’est toute la structure de l’empire américain qui s’impose ». Mais K. oublierait-il que la Chine a déjà dû faire face à d'autres moyens pernicieux déployés par les États-Unis pour la déstabiliser ? Plusieurs exemples peuvent être cités où le « soft power à la sauce américaine » s'immisce dans les structures sociales et dans l'inconscient collectif chinois en vue de déstabiliser le PCC (Parti communiste chinois).
Quelques exemples du « soft power » étasunien attaquant la Chine
Le bouddhisme tibétain est un exemple ancien de cette pratique étasunienne. Depuis plus de 60 ans, la CIA qui, suite aux scandales qui l'ont touchée dans les années 1970, sera suivie du NED, a « embauché » le dalaï-lama et son haut clergé tibétain exilé pour renverser les mouvements de gauche en Occident, trop tenaces aux yeux de Washington, et les diriger contre le communisme asiatique, en particulier, contre le PCC. De nombreuses études universitaires ont été publiées démontrant que le « génocide » du peuple tibétain, puis de la culture tibétaine, est le fruit d'une vaste propagande dont la logistique et les finances sont soutenues par le Congrès américain. Cette propagande s'est concrétisée à travers l'International Campaign for Tibet (ICT), un réseau international dont nous connaissons les branches « Free Tibet ». L'équipe du tibétologue Melvyn Goldstein est la référence principale concernant la sombre histoire du Tibet au 20ème siècle (2). Mais il existe bien d'autres publications qui sont venues appuyer les recherches de cette équipe universitaire, entre autres les nombreux articles qui sont consacrés à cette propagande étasunienne publiés sur notre site tibetdoc.org. (3)
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L'islam pratiqué par 12 millions de Ouïghours dans la Région autonome du Xinjiang est un autre exemple de manipulation médiatique dont certains rouages peuvent être comparés au précédent. Ici aussi, des études montrent que la « persécution » des Ouïghours par le gouvernement chinois est une fake news lancée par un Senior Fellow, Adrian Zenz. Arrivé aux États-Unis, ce dernier a rejoint les rangs des Évangélistes fondamentalistes les plus radicaux. En tant que « born again », il et a été nommé directeur de la section Chine à la Victims of Communism Memorial Foundation, un think-tank anticommuniste créé par le gouvernement étasunien en 1993. Sa « mission divine » était de détruire le PCC (dixit Zenz lui-même) en accumulant de fausses preuves et de faux témoignages concernant les « exactions » du PCC contre les Ouïghours. Un réseau international soutenu par le Congrès américain s'est organisé autour du World Uyghur Congress (WUC), de la même manière que ce fut le cas pour le Tibet avec l'ICT. (4)
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Un autre exemple d'actualité est le soutien des États-Unis à la secte chinoise du Falun Gong. À l'instar de l'ICT et du WUC, le Falun Gong sert aussi un dessein politique sous facette spirituelle. Créée par Li Hongzhi en 1992, la secte a affiché dès le départ une « spiritualité » mêlant bouddhisme et taoïsme. C'était un moyen habile pour rassembler un grand nombre d’adhérents chinois autour d’un objectif de déstabilisation politique. Si au départ, il s'agissait d'élever les Chinois contre leur propre gouvernement, la secte a rapidement atteint une envergure internationale grâce à ses tracts « toutes boîtes » et à son périodique The Epoch Times. Selon Wikipédia, « le journal est disponible en 21 langues et a une distribution de 1,315 million d'exemplaires par semaine dans 35 pays différents.
En plus d’une distribution presse au niveau mondial, The Epoch Times est également disponible en 21 langues sur l'Internet pour un cumul total de 49,7 millions de pages vues par mois, 7,797 millions de visites par mois et 4,737 millions de visiteurs uniques ». La troupe de danse « Shen Yun » est la représentation laïque du Falun Gong. Elle parcourt le monde avec des spectacles grandioses où le credo anti-PCC est explicitement exprimé. (5)
L'exemple du sionisme chrétien cité par le professeur K. n'est pas un phénomène nouveau en Chine, mais il a pris une ampleur considérable ces vingt dernières années. (1) À la différence des trois exemples précédents (bouddhisme tibétain, Islam et Falun Gong) où l'intervention étasunienne n'est un secret pour personne (sauf les plus naïfs ou les moins informés), le sionisme chrétien est soutenu par les États-Unis de manière détournée en Chine. Il attaque la Chine de l'intérieur et entend détruire le PCC comme un ver qui grignote une pomme par son cœur. On peut se demander de quelle manière puisque le gouvernement chinois est particulièrement attentif aux faits et gestes de ses institutions religieuses. C'est ce que cet article tente de montrer.
Qu'est-ce que le sionisme chrétien actuellement ?
Mais d'abord, qu'est devenu le sionisme chrétien au cours du 20ème siècle ?
Après la création de l'État d'Israël en 1948, et surtout après la guerre des Six Jours en 1967 (perçue comme un miracle prophétique), le sionisme s'est transformé en une force géopolitique majeure. Pour que se réalisent les buts prophétiques — le rassemblement de tous les Juifs en « Terre sainte » (pour rappel, il s'agit de la Palestine historique) — et les buts théologiques — l'alliance éternelle entre Dieu et les peuples juifs répartis dans le monde —, il fallait que les autorités d'Israël influencent la géopolitique mondiale. Elles ont donc organisé un lobbying actif, notamment auprès du gouvernement étatsunien pour garantir une aide militaire, financière et diplomatique à Israël, et pour s'opposer fermement à toute solution à deux États (Palestine - Israël) ou à toute concession territoriale aux Palestiniens.
C'est dans ce but que le sionisme s'est allié aux chrétiens fondamentalistes, les évangéliques. Ceux-ci, très nombreux aux États-Unis, espèrent le retour du Christ en « Terre sainte ». Afin d'accélérer le processus, les évangéliques soutiennent massivement l'État d'Israël. Les sionistes et les évangéliques ont donc un objectif politique commun : la défense et le renforcement de l'État d'Israël. Cette alliance constitue le sionisme chrétien. Bien que ce mouvement existe partout dans le monde, son poids politique est phénoménal aux États-Unis où les évangéliques blancs représentent une base électorale clé du Parti républicain.
Le sionisme chrétien s'exprime à travers de puissantes structures de lobbying. L'une d'elles est le CUFI (Christians United for Israel), fondé par le pasteur John Hagee en 2006. C'est le plus grand lobby pro-israélien aux États-Unis, comptant plus de 10 millions de membres. L'autre est l'ICEJ (Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem). Fondée en 1980 à Jérusalem, elle représente les intérêts des sionistes chrétiens du monde entier et finance l'immigration de milliers de Juifs vers Israël. Actuellement, les leaders politiques du sionisme chrétien s'allient avec le gouvernement israélien (de droite nationaliste) sur la base d'intérêts géopolitiques et économiques. Grâce à leurs lobbies, ils ont le pouvoir d'influencer et de modifier la politique étrangère des pays occidentaux, en particulier celle de Washington. (6)
Le sionisme chrétien en Chine
Cependant, les leaders du sionisme chrétien n'ont pas le pouvoir de modifier directement la politique étrangère de Pékin. Ils agissent donc de manière indirecte en détournant, à partir de l'étranger, l'identité des quelque 100 millions de chrétiens chinois. Ceux-ci sont canalisés vers les églises évangéliques de Chine, et le soutien à Israël devient un élément central de leur foi. Ces nouveaux sionistes chrétiens chinois viennent grossir les rangs du mouvement international.
Mais y a-t-il des chrétiens et des juifs en Chine ? D'où viennent-ils ?
L'implantation la plus ancienne d'une communauté juive en Chine remonte à la dynastie Song (entre 960 et 1127 après J.-C.). Des marchands juifs venus de Perse ou de l'Empire byzantin par la Route de la Soie se sont installés durablement à Kaifeng (province du Henan). Ils y ont construit une première synagogue. Actuellement, ils ne sont plus qu'un petit millier. Il faut y ajouter les juifs des « habad » (ou « chabad »), des communautés juives dispersées dans les grands villes chinoises (Shanghai, Pékin, Hong Kong, Shenzhen). Les habad fonctionnent comme un réseau international d'entraide, une immense structure d'accueil pour tous les juifs du monde, quel que soit leur niveau de pratique. En Chine, ils sont plusieurs milliers. Ce sont des hommes d'affaires, des diplomates ou des étudiants occidentaux qui font vivre ces centres communautaires contemporains, sans avoir de lien historique avec la Chine. (7)
Quant au christianisme, il est entré en Chine sous sa forme nestorienne durant la dynastie Tang (entre 618 à 907 après J.-C ), très réceptive aux nouveaux courants de pensée. Puis le christianisme s'est répandu par vagues successives : les franciscains au 13ème siècle, les jésuites au 16ème siècle, puis le protestantisme au 19ème siècle arrive dans les bagages des puissances coloniales occidentales lors des guerres de l'opium, jusqu'au succès actuel des protestants évangéliques. Portée par une population locale urbaine et jeune, c'est aujourd’hui l'une des dynamiques religieuses les plus marquantes du pays. Le catholicisme représente seulement 20% des chrétiens chinois, le protestantisme recouvre les 80% restants dont la très grande majorité est d'obédience évangélique. Le protestantisme chinois se partage en un réseau officiel qui compte 30 à 40 millions de fidèles, et un réseau clandestin nommé les « Églises de maison ». Malgré une surveillance rapprochée, les Églises de maison regroupent entre 30 et 50 millions de fidèles (selon les estimations). (8)
Les deux ingrédients du sionisme chrétien - d'une part les communautés juives, et d'autre part les communautés évangéliques - sont présents et actifs en Chine et, à mesure que le christianisme évangélique se développe, le sionisme chrétien chinois progresse.

Cependant, en raison du contexte politique et culturel chinois, le sionisme chrétien y prend des formes très différentes de celles que l'on observe aux États-Unis où il s'affiche comme une « théo-politique à ciel ouvert ». Là-bas, il s'agit d'une alliance où la théologie fondamentaliste des uns (les évangéliques américains qui voient dans le sionisme l'accomplissement possible des prophéties bibliques) sert la géopolitique des autres (les dirigeants d'Israël et des États-Unis qui y trouvent un intérêt économique commun et un potentiel électoral mutuel).
Le mouvement du « Retour à Jérusalem »
En Chine, les Églises officielles sont encadrées et contrôlées par les autorités. Le sionisme chrétien a dû emprunter une porte dérobée, déjà entrouverte dans les années 1920 et 1940. C'est à cette époque qu'est né le mouvement du « Retour à Jérusalem » (Back to Jerusalem ou Chuan Hui Yelusaleng en chinois) au sein de groupes chrétiens indigènes. Ces chrétiens chinois avaient constaté sur la carte du monde que l'Évangile, parti de Jérusalem, s'était propagé vers l'Europe, puis vers les Amériques, et enfin vers l'Asie et la Chine. Ils en ont conclu que la Chine était la « dernière étape » de cette course de relais mondiale et que, désormais, c'était au tour des Chinois de porter le flambeau pour achever la boucle.
En 1949, lors de l'arrivée au pouvoir de Mao Zedong, les leaders du « Retour à Jérusalem » ont été envoyés dans les laogai (les camps de travail). Mais la vision du mouvement n'est pas morte pour autant : elle s'est transmise secrètement dans les prisons et les « Églises de maison » (les églises chrétiennes clandestines). Jusqu'aux années 1990, les chrétiens de ces Églises de maison étaient majoritairement des paysans pauvres et peu éduqués des zones rurales. Au début des années 2000, lorsque les dirigeants du « Retour à Jérusalem » ont repris contact avec l'Occident, le cœur du mouvement s'est peu à peu déplacé vers les villes et les élites intellectuelles. (9)
C'est ainsi que la Chine compte à présent de nombreux leaders du mouvement du « Retour à Jérusalem » parmi les universitaires, avocats, médecins, ingénieurs, etc. Ces chrétiens fervents transmettent une théologie ouvertement pro-Israël. Des professeurs d'université utilisent leur statut pour introduire l'histoire biblique dans leurs cours de philosophie ou d'histoire, agissant comme des « missionnaires de l'intérieur » au risque de se faire licencier ou rétrograder. Il en va de même pour des avocats et des médecins « aux pieds nus » (des groupes organisés de bénévoles) vis-à-vis de leur clientèle ou de leur patientèle.

La puissance financière nécessaire au développement du sionisme chrétien chinois provient majoritairement d'entrepreneurs fortunés de Wenzhou (dans la province du Zhejiang), la ville chinoise qui compte la plus forte proportion de chrétiens. Selon les estimations, entre 11% et 15% de sa population est chrétienne (principalement protestante évangélique), ce qui est énorme à l'échelle de la Chine où la moyenne nationale tourne autour de 3% à 5%. Wenzhou, surnommée la « Jérusalem d'Orient », est parsemée de centaines d'églises, souvent surmontées de grandes croix rouges très visibles dans le paysage urbain. Les « Chefs d'entreprise de Wenzhou » gèrent leurs usines selon des principes bibliques et créent des réseaux d'affaires chrétiens avec l'étranger. Ils financent des écoles théologiques clandestines, achètent du matériel de haute technologie pour les missionnaires chinois dans des régions du Moyen-Orient convoitées par Israël et Washington pour leurs ressources énergétiques. (10)

Le retour des « tortues de mer »
Le sionisme chrétien chinois a massivement investi les professions libérales, intellectuelles et économiques de premier plan en Chine. Ce sont des « élites de l'ombre » qui structurent, protègent et financent la version moderne du « Retour à Jérusalem » et envoient des missionnaires au Moyen-Orient.
Mais d'où viennent ces élites chinoises de l'ombre ?
« Depuis une vingtaine d'années, la Chine envoie ses plus brillants éléments vers l’Ouest pour qu’ils s’y perfectionnent — à Harvard, Yale, Princeton ou à la LSE (la London School of Economic) — et les livre, tout sourire, aux rouages mêmes de l’impérialisme étasunien. », écrit le professeur K.(1). Lorsqu'ils arrivent dans les universités occidentales (étasuniennes, canadiennes, britanniques ou australiennes), ces étudiants subissent un choc culturel et traversent une période de grand isolement. Les églises évangéliques locales (souvent sino-américaines ou sino-britanniques) ont fondé des centres d'accueil qui leur offrent de l'aide pour s'installer, des repas gratuits, des cours d'anglais et un véritable esprit de famille. Libérés du contrôle idéologique du Parti communiste et de la pression familiale, ces jeunes intellectuels découvrent une autre manière de vivre et de penser. Beaucoup trouvent dans la foi évangélique des réponses existentielles que le matérialisme philosophique chinois ne leur offrait pas. Cela explique pourquoi, dans certaines universités américaines, le taux de conversion au christianisme évangélique parmi les étudiants chinois a été particulièrement élevé au cours des deux dernières décennies. (11)
Revenant au pays avec leurs diplômes occidentaux en poche et parlant couramment l'anglais, ces « haigui » (ou « tortues de mer ») obtiennent des postes élevés dans la high tech, l'industrie 4.0, l'I.A., la finance, le conseil ou les universités. Les diplômés convertis reviennent ainsi comme des « haigui chrétiens » et se transforment en missionnaires ou en piliers logistiques pour le mouvement du « Retour à Jérusalem ». Ils possèdent un avantage certain : ils comprennent la mentalité occidentale (ce qui leur permet de collaborer facilement avec les agences missionnaires et les réseaux sionistes chrétiens américains ou européens) tout en restant chinois. Ce sont eux qui traduisent les manuels de formation théologique, gèrent les communications cryptées des réseaux clandestins et conçoivent des applications sécurisées pour les missionnaires sur le terrain.
Les Haigui chrétiens incarnent la rupture définitive avec l'ancienne image du christianisme chinois rural. Aujourd'hui, le missionnaire chinois qui « retourne à Jérusalem » ou qui finance la mission du sionisme chrétien est souvent un jeune ingénieur diplômé de Stanford, de l'Imperial College de Londres ou d'une grande université canadienne. « Le sionisme chrétien est le sacerdoce de l’empire actuel. Il se propage au sein de l’Église asiatique avec patience et sophistication, pour notre plus grande peur. Il ne cherche pas à convertir la Chine. Il n’a besoin que d’une avant-garde — issue de la classe moyenne, éduquée, bien informée et convaincue qu’aimer Israël, c’est aimer l’avenir. », prévient le professeur K. (1).

Conversion de la « fenêtre 10/40 »
Les chrétiens chinois du « Retour à Jérusalem » estiment que l'Occident a échoué dans l'évangélisation de la « fenêtre 10/40 ». Cette zone géographique, située entre les latitudes 10 et 40 degrés Nord, abrite la majorité des populations musulmanes, bouddhistes et hindouistes de la planète. Forts de leur expérience de l'expatriation, les « Haigui chrétiens bien éduqués » ont le profil parfait pour le mouvement missionnaire. Pour eux, l'étape suivante de leur foi est de repartir, non plus pour étudier, mais pour convertir les populations locales le long des Routes de la Soie, en direction de Jérusalem.
Des milliers de missionnaires chinois sont envoyés vers le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran, l'Irak ou la Turquie. Arrivés sur place, ils ne se présentent jamais comme des religieux, mais s'insèrent comme commerçants, ouvriers du bâtiment, restaurateurs ou professeurs de mandarin, profitant de la forte présence économique de la Chine à l'étranger. Habitués à vivre leur foi dans la clandestinité, beaucoup partent en sachant qu'ils risquent la prison ou la mort, considérant ce sacrifice comme un honneur pour leur foi. (12)
L'Évangile doit traverser la « fenêtre 10/40 » pour retourner à Jérusalem ; or l'infrastructure physique des « Nouvelles Routes de la Soie » (Belt and Road Initiative ou BRI) sert littéralement de support logistique à cette prophétie. On constate une utilisation paradoxale des routes, rails, ports de la BRI : pendant que le président Xi Jinping y déploie ses efforts en vue d'étendre l'influence économique de Pékin à travers l'Asie centrale, le Moyen-Orient et l'Europe et de relier ces différentes contrées, le mouvement du « Retour à Jérusalem » envoie des missionnaires clandestins sous couverture professionnelle vers ces zones hautement sensibles. Cela ne peut que conforter les lobbies israéliens et américains qui y sont basés.
Toutefois, ces missions évangéliques interfèrent avec la diplomatie officielle chinoise, historiquement pro-palestinienne et pro-arabe. La Chine soutient la « solution à deux États » : la création d'un État palestinien indépendant et pleinement souverain, sur la base des frontières de 1967 (avant la guerre des Six Jours), coexistant pacifiquement aux côtés d'Israël. (13)
Ce n'est pas pour autant que la Chine a rompu ses relations commerciales avec Israël. Pour défendre ses intérêts économiques, Pékin compte sur des canaux d'influence et des réseaux d'affinités que l'on peut qualifier d'acteurs pro-israéliens ou, en tous cas, favorables à de bonnes relations avec Israël. Parmi ces réseaux d'influence, on peut noter les milieux d'affaires et les universités technologiques chinoises qui admirent le modèle israélien en matière de recherche, d'intelligence artificielle, d'agriculture de pointe et de gestion de l'eau. De grands conglomérats chinois (comme Alibaba) et des universités de premier plan ont investi des milliards dans des centres de recherche en Israël ou ont invité ces centres israéliens à s'implanter en Chine (le Technion de Haïfa a par exemple ouvert un campus en Chine) (14). Les cercles économiques chinois poussent constamment le gouvernement à scinder la politique (où Pékin critique Israël à l'ONU) et les affaires (où le commerce bilatéral continue de se chiffrer en dizaines de milliards de dollars).

Dans la culture populaire chinoise, il existe un capital de sympathie envers les populations juives : ces deux civilisations ancestrales seraient « douées pour les affaires et l'éducation ». Les diplomates chinois pro-israéliens utilisent activement ce narratif pour maintenir une image positive d'Israël au sein de la société civile et des médias d'État chinois. Quant aux diplomates israéliens et aux associations d'amitié sino-israéliennes, ils rappellent régulièrement que la Chine a sauvé 20.000 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. (15)
Même si les chrétiens évangéliques de Chine (majoritairement en faveur d'Israël) n'ont pas le droit de s'organiser pour défendre leur opinion politique ou pour influencer la politique étrangère du pays, l'existence d'une avant-garde du sionisme chrétien et la présence de plus en plus prononcée des évangéliques dans le pays est un soutien important aux réseaux d'influence pro-israéliens.
Réaction de la Chine
Il est certain que, depuis le début du millénaire, la Chine connaît un regain de ses religions. En réaction, le PCC serre la vis et maintient les institutions religieuses sous surveillance tout en limitant les intrications (inévitables) entre le religieux et le politique. Lorsqu’une religion devient un contre-pouvoir et menace la stabilité du pays, une interdiction pure et simple n’est jamais longue à tomber, histoire de remettre la rebelle à sa place.
Cette surveillance n'est pas nouvelle : depuis l’époque des Han (au début de notre ère), la Chine autorise les pratiques religieuses, mais sévit dès qu'une institution dépasse ses fonctions et se sert du discours spirituel pour véhiculer implicitement un message politique. Pour ce faire, elle a créé un « Bureau des Affaires religieuses » dont la fonction est de contrôler les faits et gestes des institutions religieuses, quelle que soit leur obédience (taoïste, bouddhiste, musulmane, chrétienne, etc.). Le PCC a continué sur la même lancée : l'article 36 de la Constitution chinoise autorise chaque citoyen à choisir sa ou ses religions et à pratiquer les cultes qui y correspondent. Ce même article précise toutefois « qu'aucun individu ne peut utiliser la religion aux fins de troubler l’ordre social, la santé des citoyens ou de nuire au système éducatif de l’État. » (16) Cela vise directement l’Occident (États-Unis en tête), toujours prompt à se servir des religions en vue de déstabiliser le gouvernement chinois.
C’est d'ailleurs ce que reproche le PCC au dalaï-lama qui lui a clairement fait savoir que s'il s'abstenait de toute ingérence politique, il serait à nouveau le bienvenu en Chine (17). Le dalaï-lama a officiellement pris sa retraite en tant que chef du gouvernement tibétain en exil en 2011, mais ce n'est pas pour autant qu'il n'intervient plus dans les décisions politiques ni qu'il a rompu ses contacts avec le gouvernement étasunien. En juin 2016, Barack Obama l'a encore reçu à la Maison-Blanche (c'était leur quatrième rencontre). Par ailleurs, la communauté tibétaine en exil et l'ICT continuent d'être subventionnées ouvertement par le Congrès américain. (18)

La France qui, depuis la loi de 1905, se drape dans sa laïcité et dans sa sacro-sainte séparation de l'Église et de l'État, est la première à se scandaliser du contrôle que la Chine exerce sur ses religions. Elle qualifie ce système de « bonapartiste ». N'avoue-t-elle pas par là qu'elle conçoit le communisme chinois comme une sorte de religion d'État officielle, utilisée comme un outil de contrôle social et politique? Elle n'a donc pas compris que le communisme, contrairement à une religion ou à un dogme, naît de la pratique sociale, que le communisme réel est en constante évolution et s'adapte aux besoins des populations. Le PCC intègre d'ailleurs les représentants des cinq religions officielles (bouddhisme, taoïsme, islam, catholicisme, protestantisme) dans l'appareil législatif et consultatif de l'État. Les imams, les lamas tibétains et les évêques officiels chinois siègent en tenue traditionnelle à la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPCC) pour conseiller le gouvernement et afficher l'unité nationale. (19) La position des évêques officiels chinois vis-à-vis des sionistes chrétiens est sans équivoque : ils le condamnent à la fois sur le plan théologique (en tant que catholiques face à un courant évangélique) et sur le plan politique (en tant que fonctionnaires religieux tenus de protéger la Chine contre l'ingérence culturelle et politique des États-Unis.
La France ou l'Union européenne peuvent-elles également prétendre intégrer l'avis des représentants religieux à leurs décisions, alors qu'elles ne supportent déjà pas de voir une employée de bureau de poste porter le voile ?
Si le contrôle des institutions religieuses est effectif depuis deux millénaires en Chine, c’est parce que les autorités chinoises sont profondément conscientes du pouvoir des religions sur les populations de leur pays. L'avant-garde du sionisme chrétien qui grignote petit à petit la classe moyenne intellectuelle de la Chine, parviendra-t-elle à faire basculer la mentalité chinoise au point d'engloutir son cœur battant ? La Chine a-t-elle vraiment besoin des sciences humaines pour renforcer son système immunitaire face à l'emprise du soft power étasunien ? C'est ce que prétend le professeur K. dans son article. (1) Pour lui répondre, un prochain article comparera la « mentalité » étasunienne à la « mentalité » chinoise, mais gageons déjà que le PCC ne laissera ni le sionisme chrétien ni la structure de l'impérialisme occidental phagocyter les âmes chinoises.
Sources:
- https://ssofidelis.substack.com/p/le-sionisme-chretien-sattaque-a-lesprit
- ouvrages de Melvyn Goldstein disponibles en français : Le lion des neiges et le dragon : La Chine, le Tibet et le dalaï-lama (Éditions Autrement, 2000) et « Mon combat pour un Tibet moderne, récit de vie de Tashi Tsering », traduit en fraçais par André Lacroix
- livres dans la marge de droite sur le site tibetdoc.org ;articles dans les rubriques suivantes : http://www.tibetdoc.org/index.php/histoire/20eme-siecle ; http://www.tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama ; http://www.tibetdoc.org/index.php/politique/mediatisation ; etc.
- Autry, J. (2019). "The Right-Wing Evangelist Behind the Xinjiang 'Genocide' Accusations". The Grayzone (21 décembre 2019) ; Singh, Ajit. (2020). "Challenging the Data: Adrian Zenz's Xinjiang Reports Under the Microscope". International Review of Modern Sociology ; MaximeVivas, "Ouïghours : pour en finir avec les fake news" aux éditions de la Route de la soie, 2020 ; Elisabeth Martens, « Des Ouïghours sur la route de la soie », éd. Delga 2025
- Pfeiffer, S. (2010). "US funds group tied to Falun Gong". The Boston Globe (13 mai 2010) ; Roose, K. (2020). "How The Epoch Times Created a Giant Influence Machine". The New York Times (24 octobre 2020) ; Tolentino, J. (2019). "Stepping Into the Uncanny, Unsettling World of Shen Yun". The New Yorker (19 mars 2019).
- Célia Belin, Jésus est juif en Amérique : Droite chrétienne et sionisme chrétien aux États-Unis, Fayard, 2011 ;Mickael Coleman, « Le sionisme chrétien aux États-Unis : un facteur clé de la politique proche-orientale », Revue internationale et stratégique, vol. 54, no. 2, 2004, pp. 83-92 ; Stéphanie Le Bars, « Aux États-Unis, le puissant lobby des chrétiens sionistes », Le Monde, 21 mai 2018.
- Xu Xin, Les Juifs de Kaifeng, Chine : Une introduction, Éditions du Secrétariat aux Affaires Étrangères de R.P.Chine, 2002 ; Emmanuel Lincot, « Présence juive et politique israélienne en Chine », Revue d'histoire diplomatique, n° 3, 2013.
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- Constitution de la République populaire de Chine, Article 36, troisième alinéa : « L'État protège les activités religieuses normales. Tout individu ne peut utiliser la religion aux fins de troubler l'ordre social, de nuire à la santé des citoyens ou de porter atteinte au système éducatif de l'État. » et dernier alinéa : « les organisations religieuses et les affaires religieuses ne sont soumises à aucune domination étrangère » ; Vincent Goossaert et David A. Palmer, La question religieuse en Chine, Paris, Éditions du CNRS, 2012.
- Bureau de l'information du Conseil des Affaires d'État de la République populaire de Chine, La politique de la Chine au Tibet : autonomie, développement et position sur le dalaï-lama, Documents officiels (Pékin).
- « Le Congrès américain vote une loi de soutien de grande ampleur au Tibet, provoquant la colère de Pékin », Le Monde avec AFP ; « Le Congrès américain et la cause tibétaine : un outil d'influence face à Pékin », Note d'analyse de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).
jeudi 4 juin 2026
Jimmy Carter, el inventor del yihadismo, y el padrino de Bin Laden y Jomeini
FUENTE https://www.publico.es/opinion/muere-jimmy-carter-inventor-yihadismo-padrino-bin-laden-jomeini.html

Antes de la Administración Carter (1977-1981), Oriente Próximo desconocía el fenómeno yihadista, el de miles de hombres lumpen (desclasados, sin principios, delincuentes, violadores, pedófilos, gánsteres y bandidos), de extrema derecha y armados, para restaurar la Edad Media y la Inquisición en los países estratégicos.
Pasaba casi un siglo desde que los residuos del feudalismo, los ayatolás chiítas y los muftíes sunnitas, se habían refugiado en las remotas aldeas, aterrorizados por el avance del capitalismo modernizador, cuyo centro era el secularismo y el reconocimiento de algunos derechos de la mujer. En Irán, el primer país donde EEUU instaló el yihadismo en el poder, sigue siendo el único del mundo que en 1936 prohibió el velo (antes, una prenda para visibilizar el estatus subhumano de la mujer, y más reciente, la bandera del fascismo religioso), por la demanda del movimiento feminista iraní, fundado en 1924.
Una impresionante ingeniería geopolítica
La década de los setenta de la Guerra Fría estuvo marcada por la derrota de EEUU en la guerra de Vietnam, los escándalos domésticos (como Watergate), y la victoria de los movimientos progresistas: en Irán, uno de los pilares del dominio mundial de EEUU, y vecino de la Unión Soviética, la dictadura del Sha se desmoronó; en Afganistán, otra frontera de la URSS, la república a secas se convirtió en "democrática" al tomar los comunistas el poder. En Nicaragua, los sandinistas, y en la estratégica isla de Granada, los marxistas quitaron el sueño al inquilino de la Casa Blanca.
Así se pone en marcha la maquinaria de la CIA y el Pentágono, y no sólo para recuperar los dominios perdidos, sino desmantelar la principal barrera a la hegemonía global de EEUU: la URSS. Lo consigue y sin provocar una guerra mundial, entre numerosos motivos, la formación de una Santa Alianza con la extrema derecha judía, cristiana, chiíta y sunnita, gracias al odio compartido hacia el socialismo, el progreso y el ateísmo.
En 2016, The Guardian publica parte de los "cables diplomáticos estadounidenses recientemente desclasificados". En él afirma que el gobierno de Jimmy Carter (1977-1981) tuvo un amplio contacto con el ayatolá Jomeini, para abortar la revolución republicana, democrática y federalista iraní de 1979.
Todo empezó cuando el Sha, desconfiado de EEUU, se negó a enemistarse con el poderoso vecino del norte, la URSS, con el que compartía 1.600 kilómetros de frontera, diseñando una política exterior equilibrada (lo que Tayyeb Erdogan intenta hacer entre Rusia y EEUU). Visitó la URSS en 1959, y aunque bajo las presiones de Washington no firmó con los soviéticos un tratado de no agresión, envió una nota al Kremlin en la que aseguraba a que no permitiría a ningún país tener bases militares contra la URSS en Irán o atacarle desde su reino.
Leonid Brezhnev le devuelve la visita en 1963, y un joven y ambicioso Jomeini, aparece en la escena, y consciente de que sin el respaldo de EEUU jamás podría alcanzar el poder, manda un mensaje a J.F. Kennedy a través de la embajada de EEUU, en el que expone su preocupación por el avance del comunismo en Irán: "La presencia estadounidense era necesaria para contrarrestar la influencia soviética y británica", cita la CIA de Jomeini. Aunque el texto completo del cable de la embajada sigue siendo clasificado, se percibe que aquel clérigo astuto se estaba presentando como una alternativa al monarca algo díscolo, presumiendo de sus dotes más anticomunistas.
Aquel año, los ayatolás habían recibido un duro golpe por dos medidas del programa de reformas (capitalistas) del Sha en la "Revolución Blanca": las desamortizaciones de las tierras waghfi (religiosas) en favor de los complejos agroindustriales, y el derecho del voto de la mujer. Por lo que encabezó una serie de protestas de los terratenientes y, practicando el populismo, criticó al Sha por ser el títere de EEUU. El mismo dictador que ejecutaba sin pestañear a los comunistas, sólo le pidió al ayatolá que abandonara el país. Se desconoce sí Kennedy recibió su mensaje, ya que dos semanas después fue asesinado. Jomeini se instaló en Irak y esperando su turno.
Mientras, Pahlavi había vuelto a la patria de Lenin en 1965, para firmar un amplio acuerdo de cooperación: la URSS construiría en Irán instalaciones hidrotécnicas, centrales eléctricas, varias fábricas de petroquímica y de maquinaria pesada, y la joya de la corona: el Complejo de Siderúrgica de Isfahán, el más grande Oriente Próximo, empleando a miles de iraníes; a cambio, la URSS recibe el gas iraní (que se desperdiciaba), a través del gasoducto Transcaucásico de 1.106 kilómetros, el primer gasoducto de exportación iraní, y construido por los propios soviéticos. Las inversiones de EEUU en las infraestructuras de Irán eran cero.
Cuenta el Sha en sus memorias, Answer to History (Responder a la historia), que, en 1973, EEUU y Reino Unido le castigaron por sus políticas, impidiendo que las petroleras occidentales renovasen sus contratos con Irán, para forzarle a bajar los precios del petróleo con la crisis energética, surgida de la guerra árabe-israelí.
Al final, Carter, por el temor a que el rey saliese de su control, dejó de ignorarle y se pegó un viaje de 17 horas para hacer algo inaudito: pasar el año nuevo de 1978 fuera de la Casa Blanca, celebrándolo en el palacio Niavaran de Teherán. Promete al Sha seguir vendiéndole armas (oxidadas) a cambio de petróleo barato, y llama a Irán "una isla de estabilidad en un rincón turbulento del mundo... gracias al amor y el respeto que los iraníes sienten hacia Su Alteza"; unos meses después, la isla estará patas arriba y aquel patrocinador de Al Qaeda echa a Su Alteza de Irán.
EEUU haría lo que fuera para que Irán no saliese de la órbita capitalista. La URSS se había convertido en el tercer vendedor de armas al Sha, después del Reino Unido, y eso fue motivo de mucha preocupación en Washington.
Complot Carter-Jomeini
Tras el inicio de la revolución espontánea y sin liderazgo de Irán (aunque el Sha, incrédulo respecto al poderío de los pueblos, asegura que fue organizada por EEUU, una especie de la Revolución Naranja) en el verano del 1977, Jomeini manda señales de humo desde Irak a Jimmy Carter, afirma el "cable": "Verá que no tenemos ninguna animosidad particular con los americanos. (...) No hay que tener miedo por el petróleo. No es cierto que no lo venderemos a los EEUU", dijo vendiéndose, en ambos sentidos, a EEUU. El 9 de enero de 1979, el académico David L. Aaron le recomienda a Zbigniew Brzezinski forzar a los generales iraníes (contrarios a un régimen de mulás, siempre arabizante y anti-iraní), para que pactaran con Jomeini.
La Casa Blanca temía una guerra civil en Irán que pusiera en peligro la vida de miles de asesores militares estadounidenses y a sus armas secretas como los aviones F-14, paralizara el flujo del petróleo, acabara tanto con el Savak, los servicios de inteligencia creados por la CIA y el Mossad en Irán, como con el ejército (Artesh) en el que tanto había invertido.
Se aceleran las gestiones
1. Con Irán y Afganistán en la agenda, los días del 4 al 7 de enero de 1979, los representantes de los G4 -Jimmy Carter, Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt, y James Callaghan-, se reúnen en la isla de Guadalupe, para celebrar la cumbre "en mangas de camisa", justo seis meses después de que Carter enviara a la turba de Al Qaeda a Afganistán, y seis días antes de que el Ejército Rojo entrara en aquel país a petición de su presidente, el doctor Najibullah, para proteger a la población de la barbarie imperialista. Los G4 deciden abandonar al Sha y apostar por Jomeini. Hay informes sobre la asistencia de Sadegh Ghotbzadeh, el portavoz de Jomeini en el encuentro.
2. EEUU traslada al ayatolá a Francia para convertir aquel oscurantista y despiadado personaje en el "líder de la Revolución" a la que apodan "islámica", para que tuviera alguna lógica que un mulá prehistórico se sentara en el poder de uno de los países más avanzados de Oriente Próximo. Luego se inventará el "choque de civilizaciones" para seguir con su plan, esta vez como el Bombero Pirómano.
3. Del mismo modo que al Ejército sirio se le ordenó no resistir ante el reciente ataque de Al Qaeda, los generales del Sha recibieron, en enero de 1979, al oficial estadounidense Robert Huyser en Teherán, cuya misión era convencerlos de que tenían que colaborar con Jomeini, neutralizando un posible golpe de Estado contra la futura teocracia totalitaria.
4. En Paris, el embajador de EEUU, Warren Zimmermann, acude en un coche camuflado a la residencia de Jomeini en la aldea Neauphle-le-Château, para encontrarse con Ebrahim Yazdi, un médico iraní-estadounidense, que cuando vivió en Texas, según el mismo cable, ya había contactado con el agente de la CIA e iranólogo Richard Cottam.
5. En Teherán, el embajador de EEUU William Sullivan se reúne con el ayatolá Mohammad Beheshti, representante de Jomeini en Irán, ofreciéndole el cambio de la Constitución iraní, aboliendo la monarquía para la instauración de un Estado Islámico (traducción literal del término Hokumate eslami, título del libro de Jomeini publicado en los 70).
6. En Paris, Jomeini asegura que respetará las libertades políticas, incluyendo la del Partido Comunista (entrevista con Eric Rouleau de Le Monde), y también los derechos conquistados por las mujeres (entrevista con Oriana Fallaci para Corriere della Sera), etc., etc.; no es ninguna casualidad el parecido del criminal de Al Qaeda, Al Jolani, instalado en el trono de Bashar al Asad por EEUU-Israel y Turquía, con Jomeini: hace las mismas promesas (hasta ha cambiado su sotana y turbante por traje, chaqueta y corbata), para que sus patrocinadores europeos pudieran establecer relaciones diplomáticas sin rubor.
7. El 11 de enero de 1979, Carter le ordena al Sha, enfermo de un cáncer terminal, que se marche de Irán cuanto antes. Lo hará en cinco días, hacia ninguna parte. Sus antiguos amos, que suelen utilizar a sus títeres de pañuelo de "usar y tirar", no le darán asilo. Dos semanas después, aquel mulá es implantado en Irán, llevado en un Air France, y escoltado por cazas del país de la OTAN (por el temor a ser derribado por los soviéticos).
8. Carter decide seguir utilizando el huevo de oro encontrado en la extrema derecha religiosa, y después de Irán y Afganistán, elige otro país vecino de la URSS: Polonia, el eslabón débil del espacio soviético, donde el mismo año de 1978, primero, patrocina al ultracatólico Lech Walesa, y segundo, coloca en la cima del Vaticano, al polaco antirruso y anticomunista Karol Wojtyla. Juna Pablo II será el primer papa eslavo de la historia, cuya misión es desestabilizar los países socialistas cristianos, y erradicar la Teología Cristiana de Liberación. ¿Es casualidad que el entonces director de la CIA, William Casey, fuese miembro de la orden de los Caballeros de Malta del Vaticano?
9. La embajada de EEUU desarrollaba su actividad normal, hasta que es asaltada, en noviembre del 79, primero por un grupo de jóvenes de izquierda y después de ser expulsado, por la facción ingenua del islamismo que se había creído el "antimperialismo" de Jomeini. Carter no da crédito a lo sucedido: El creador es sacrificado por su propia criatura. Jomeini temía que un segundo mandato de Carter, con su bandera de los derechos humanos, le impidiese restaurar su Estado Islámico, una barbarie que va más allá de sacar ojos, cortar manos, lapidar a mujeres, legalizar la pedofilia de niñas mayores de ocho años, etc. El mundo se estremecerá cuando caiga este régimen sujetado por las potencias mundiales. Los jomeinistas indemnizaron a EEUU con 9.000 millones de dólares, por daños a la embajada y el personal diplomático.
10. La crisis de rehenes es aprovechada por otro político sin escrúpulos: Ronald Reagan. El candidato a la presidencia ofrece al ayatolá dinero y armas a cambio de que rechazara las ofertas de Carter para liberar a sus compatriotas. Así, sucede la Sorpresa de Octubre en 1980: un giro en las elecciones, pierde Carter y unas horas después de que Reagan jure su cargo, los rehenes son liberados. Esta Santa Alianza fue mencionada también en el libro America Held Hostage by Irán, escrito por el secretario de prensa de la Casa Blanca, Pierre Salinger.
11. Más trapos sucios saldrán con el escándalo Irán-Contra, en el que Reagan, a espaldas del Congreso, vende armas a Jomeini y con este dinero financia a los mercenarios antisandinistas, los Contra.
No se trataba de "teorías de conspiración", sino de conspiración de las élites de ambos países para garantizar la supervivencia del capitalismo en Irán y la hegemonía global de EEUU.
Borrando huellas
Los testigos presenciales del complot Yihadismo made in USA, fueron eliminados uno tras otro. Entre ellos:
El ayatolá Beheshti y el presidente de la teocracia Ali Rajaei mueren en dos atentados en 1981.
Sadegh Ghotbzadeh, apodado El Yerno de Jomeini, es ejecutado por Jomeini en 1982, acusado (falsamente) del intento de golpe de Estado.
Hossein Fardoust, jefe del Savak del Sha y de Jomeini, tras exterminar a la totalidad de la oposición del fascismo teocrático, es ejecutado el 18 de mayo de 1987, justo 12 días después de que su colega estadounidense William Casey, director de la CIA, "muera" de un infarto en la propia sede de la CIA, días antes de tener que comparecer ante el Comité de Inteligencia del Senado para declarar sobre el expediente Irán-Contra.
El agente del Mossad Amiram Nir pierde la vida en un accidente de helicóptero el 30 de noviembre de 1988, semanas antes del juicio del coronel Oliver North, por las operaciones encubiertas de EEUU en Irán.
La pantomima "antiterrorista yihadista" de EEUU y sus aliados, y la de "antiamericanismo" (que no "antimperialismo") de los yihadistas, además de destruir la vida de decenas de millones de personas y desmantelar a varios Estados, ha consolidado la hegemonía del capitalismo más militarista, y en Siria se ha dado el carpetazo al proyecto de un Nuevo Orden Mundial, auspiciado por China y Rusia.
Si el infierno existe, Carter ahora se habrá encontrado con Jomeini y Bin Laden.
lundi 4 mai 2026
Quand la CIA étudiait la French theory : sur le travail intellectuel de démembrement de la gauche culturelle

Dans une analyse fouillé G Rockhill rappelle que la lutte des classes se conduit aussi politiquement sur le terrain intellectuelle. Montrant, date et fait à l’appui comment la CIA est intervenu de façon massive, notamment financière pour occuper la sphère intellectuel.
Cet article montre églament l’importance du combat linguistique et culturel, que nombre d’intellectuels de très bonne foi considèrent comme une fantaisie ou pire parfois comme une marotte « nationaliste »
Par Gabriel Rockhill – Le 28 février 2017 – Source The Philosophical Salon
On présume souvent que les intellectuels ont peu ou pas de pouvoir politique. Perchés au sommet d’une tour d’ivoire privilégiée, déconnectés du monde réel, mêlés à des débats académiques dénués de sens sur des détails infimes, ou flottant dans les nuées absconses de théories abstraites, les intellectuels sont souvent dépeints comme non seulement coupés de la réalité politique, mais comme incapables d’avoir un impact significatif sur elle. Ce n’est pas ce que pense la CIA.
En fait, l’agence responsable de coups d’État, d’assassinats ciblés et de manipulations clandestines des gouvernements étrangers ne croit pas seulement au pouvoir de la théorie, mais elle a consacré des ressources importantes pour qu’un groupe d’agents secrets étudient ce que certains considèrent comme la théorie la plus complexe et absconse jamais produite. En effet, dans un article de recherche intrigant écrit en 1985, et récemment publié avec des retouches mineures en raison du Freedom of Information Act, la CIA révèle que ses agents ont étudié la très complexe, avant-gardiste et internationale French theory, [ou théorie de la déconstruction, NdT] adossée aux noms de Michel Foucault, Jacques Lacan et Roland Barthes.
L’image d’espions américains se réunissant dans des cafés parisiens pour étudier assidûment et comparer leurs notes sur les écrits des grands prêtres de l’intelligentsia française choquera ceux qui présument que ce groupe d’intellectuels est constitué de sommités dont la sophistication éthérée ne pourrait jamais être saisie par un filet aussi grossier, ou qui, au contraire, les considèrent comme des charlatans colportant une rhétorique incompréhensible sans impact sur le monde réel ou presque. Cependant, cela ne devrait pas surprendre ceux qui connaissent l’investissement de la CIA, ancien et permanent, dans la guerre culturelle mondiale, y compris par le soutien à ses formes les plus avant-gardistes, qui a été bien documenté par des chercheurs comme Frances Stonor Saunders, Giles Scott-Smith, Hugh Wilford (et j’ai moi-même apporté ma propre contribution dans Radical History & the Politics of Art).
Thomas W. Braden, l’ancien superviseur des actions culturelles à la CIA, a expliqué avec franchise la puissance de l’offensive intellectuelle de l’Agence dans un compte rendu à destination de ses membres, publié en 1967 :
Je me souviens de l’immense joie que j’ai ressentie lorsque le Boston Symphony Orchestra [qui avait reçu l’appui de la CIA] a recueilli plus d’éloges pour les États-Unis à Paris que John Foster Dulles ou Dwight D. Eisenhower n’aurait pu en obtenir en une centaine de discours.
En aucune façon, il ne s’agissait d’une petite opération à la marge. En fait, comme Wilford l’a fort justement décrit, le Congrès pour la liberté de la culture (CCF), dont le siège social se trouvait à Paris et qui s’est par la suite avéré une organisation de façade de la CIA dans la partie culturelle de la guerre froide, était l’un des plus importants mécènes dans l’histoire universelle. Il soutenait une incroyable gamme d’activités artistiques et intellectuelles. Il avait des bureaux dans 35 pays, publiait des dizaines de magazines de prestige, était impliqué dans l’industrie du livre, organisait des conférences internationales de haut niveau ainsi que des expositions d’art, coordonnait des spectacles et des concerts et contribuait largement au financement de divers prix et bourses culturels, ainsi que d’organismes de soutien comme la Fondation Farfield.
La CIA comprend que la culture et la théorie sont des armes cruciales dans l’arsenal global qu’elle déploie pour protéger les intérêts étasuniens dans le monde entier. Le rapport de recherche de 1985, récemment publié, intitulé « France : Defection of the Leftist Intellectuals » (Défection des intellectuels de gauche en France) examine, sans aucun doute pour la manipuler, l’intelligentsia française et son rôle fondamental dans l’orientation des tendances qui à leur tour génèrent les orientations politiques. Le rapport suggère qu’il a existé un équilibre idéologique relatif entre la gauche et la droite dans l’histoire intellectuelle française, puis souligne le monopole de la gauche dans l’immédiat après-guerre (auquel, nous le savons, l’Agence était farouchement opposée) en raison du rôle clé des communistes dans la résistance au fascisme et de leur victoire finale. Bien que la droite, selon les mots de la CIA, ait été massivement discréditée en raison de sa contribution directe aux camps nazis, ainsi que de son programme globalement xénophobe, anti-égalitaire et fasciste, les agents secrets anonymes qui ont rédigé le plan d’étude constatent avec un vif plaisir son retour intellectuel depuis le début des années 1970 environ.
Plus précisément, les soldats camouflés de la culture applaudissent ce qu’ils considèrent comme un double mouvement qui contribue à ce que les cercles intellectuels détournent leurs critiques des États-Unis vers l’URSS. A gauche, il existait une désaffection intellectuelle croissante envers le stalinisme et le marxisme, un retrait progressif des intellectuels radicaux du débat public, et un mouvement théorique de prise de distance envers le socialisme et le Parti socialiste. Plus loin, à droite, les opportunistes idéologiques appelés Nouveaux philosophes ainsi que les intellectuels de la Nouvelle droite avaient lancé une campagne médiatique de critique du marxisme.
Tandis que d’autres tentacules de la CIA étaient impliqués dans le renversement de dirigeants démocratiquement élus, fournissant des informations et des financements à des dictateurs fascistes, soutenant les escadrons de la mort, l’état-major culturel parisien recueillait des données sur la manière dont le glissement du monde intellectuel vers la droite pourrait directement bénéficier à la politique étrangère américaine. Les intellectuels de gauche de l’après-guerre avaient ouvertement critiqué l’impérialisme américain. L’influence médiatique de Jean-Paul Sartre en tant que critique marxiste, et son action notable, en tant que fondateur de Libération, dans le dévoilement du dirigeant de la CIA à Paris ainsi que de dizaines d’agents infiltrés, étaient surveillées de près par l’Agence et considérées comme un très grave problème.
Par contraste, l’atmosphère anti-soviétique et anti-marxiste de l’ère néolibérale en cours d’émergence détournait l’attention du public et fournissait une excellente couverture pour les sales guerres de la CIA en rendant « très difficile pour quiconque de mobiliser parmi les élites intellectuelles une opposition significative à la politique des États-Unis en Amérique centrale, par exemple. » Greg Grandin, un des meilleurs historiens de l’Amérique latine, a parfaitement résumé cette situation dans The Last Colonial Massacre :
En plus des interventions visiblement désastreuses et mortelles au Guatemala en 1954, en République dominicaine en 1965, au Chili en 1973 et au Salvador et au Nicaragua au cours des années 1980, les États-Unis ont attribué des ressources financières stables et discrètes, et leur soutien moral aux États terroristes contre-insurgés. […] Mais l’énormité des crimes de Staline assure que ces histoires sordides, qu’elles soient convaincantes, approfondies, ou accablantes, ne perturbent pas le fondement d’une vision du monde où le les États-Unis jouent un rôle exemplaire dans la défense de ce que nous appelons aujourd’hui démocratie.
C’est dans ce contexte que les mandarins masqués saluent et soutiennent la critique implacable qu’une nouvelle génération de penseurs anti-marxistes comme Bernard-Henri Levy, André Glucksmann et Jean-François Revel lancent contre « la dernière clique d’intellectuels communistes » composée, selon les agents anonymes, de Sartre, Barthes, Lacan et Louis Althusser. Étant donné que ces anti-marxistes avaient penché à gauche dans leur jeunesse, ils fournissaient un modèle parfait auquel adosser des récits trompeurs qui confondent une prétendue prise de conscience politique personnelle avec la marche progressiste du temps, comme si la vie individuelle et l’histoire étaient simplement une question de maturité qui consiste à admettre que l’aspiration à une profonde transformation sociale vers l’égalité est une chose du passé, à l’échelle personnelle et à l’échelle historique. Ce fatalisme condescendant et omniscient ne sert pas seulement à discréditer les nouveaux mouvements, en particulier ceux dirigés par des jeunes, mais il interprète également les succès relatifs de la répression contre-révolutionnaire comme le progrès naturel de l’histoire.
Même les théoriciens qui n’étaient pas aussi opposés au marxisme que ces réactionnaires ont apporté une contribution significative à une atmosphère de désillusion envers l’égalitarisme transformateur, de prise de distance envers la mobilisation sociale et d’« enquête critique » dépourvue de point de vue politique radical. Ceci est extrêmement important pour comprendre la stratégie globale de la CIA dans ses tentatives puissantes et profondes de démanteler la gauche culturelle en Europe et ailleurs : reconnaissant qu’il était peu probable qu’on puisse l’abolir entièrement, la CIA a cherché à déplacer la culture de gauche d’une politique anti-capitaliste et résolument transformatrice vers une position réformiste de centre-gauche moins ouvertement critique des politiques étrangères et nationales étasuniennes. En fait, comme Saunders l’a démontré en détail, dans l’après-guerre l’Agence a influencé le Congrès maccarthyste pour qu’il soutienne et assure une promotion directe des projets de gauche qui permettaient d’attirer les producteurs et les consommateurs culturels à l’écart d’une gauche résolument égalitaire. En isolant et en discréditant cette dernière, la CIA aspirait aussi à fragmenter la gauche en général, laissant à ce qui restait du centre gauche un pouvoir et un soutien public minimaux en plus d’être potentiellement discrédité en raison de sa complicité avec la politique de droite, une question qui continue de tourmenter les partis institutionnalisés contemporains de gauche.
C’est dans cette lumière que nous devons comprendre le penchant de la CIA pour les récits de conversion et son profond intérêt pour les « marxistes repentis », un leitmotiv qui traverse le rapport de recherche sur la Déconstruction française. « Encore plus efficaces pour saper le marxisme », écrivent les taupes, « il y a ces intellectuels qui, comme de vrais croyants, se sont mis en tête d’appliquer la théorie marxiste aux sciences sociales, et qui ont fini par repenser et rejeter l’ensemble du corpus théorique. » Les agents citent en particulier la puissante contribution de l’École des Annales d’historiographie et le structuralisme (en particulier Claude Lévi-Strauss et Foucault) à la « démolition critique de l’influence marxiste dans les sciences sociales ». Foucault, identifié comme « le penseur le plus profond et le plus influent en France », est particulièrement applaudi pour ses éloges à l’endroit des intellectuels de la Nouvelle droite pour avoir rappelé aux philosophes que des « conséquences sanglantes » ont « découlé de la théorie sociale rationaliste des Lumières du XVIIIème siècle et de l’ère révolutionnaire ». Bien sûr, ce serait une erreur de juger la théorie ou la pratique politique d’un penseur sur une seule position ou un seul résultat, mais le gauchisme anti-révolutionnaire de Foucault et sa perpétuation du chantage au Goulag (c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle les mouvements radicaux conquérants visant une transformation sociale et culturelle profonde ne font que ressusciter les traditions les plus dangereuses), sont parfaitement alignés avec les stratégies globales de guerre psychologique de l’Agence.
L’interprétation de la French theory par la CIA devrait nous faire réfléchir, dans ce cas, à reconsidérer le vernis radical chic qui a accompagné en grande partie sa réception anglophone. Selon une conception étapiste d’une histoire progressiste (généralement aveugle à sa téléologie implicite), l’œuvre de figures comme Foucault, Derrida et d’autres théoriciens français d’avant-garde est souvent intuitivement associée à une forme de critique radicale et sophistiquée qui dépasse sans doute de loin tout ce que l’on trouve dans les traditions socialistes, marxistes ou anarchistes. Il est certainement vrai, et mérite d’être souligné que la réception anglophone de la French theory, comme John McCumber l’a souligné à juste titre, a eu d’importantes implications politiques en tant que pôle de résistance aux fausses neutralités politiques, aux formalismes techniques rassurants de la logique et du langage, ou au conformisme idéologique direct opérant dans la tradition philosophique anglo-américaine et soutenu par McCarthy. Cependant, les pratiques théoriques des philosophes qui ont tourné le dos à ce que Cornelius Castoriadis nommait la tradition de la critique radicale, (c’est-à-dire la résistance capitaliste et anti-impérialiste) ont certainement contribué à la mise à l’écart idéologique de la matrice de transformation sociale. Selon la CIA elle-même, la French theory post-marxiste a directement contribué au programme culturel de l’Agence consistant à entraîner la gauche vers la droite, tout en discréditant l’anti-impérialisme et l’anti-capitalisme, créant ainsi un environnement intellectuel dans lequel les projets impériaux pourraient être poursuivis sans l’entrave d’un examen critique sérieux des cercles intellectuels.
Comme nous le savons grâce aux recherches sur le programme de guerre psychologique de la CIA, l’organisation n’a pas seulement cherché à contraindre des individus, mais elle a toujours voulu comprendre et transformer les institutions de production et de distribution culturelles. En effet, son étude sur la Déconstruction met en évidence le rôle structurel des universités, des maisons d’édition et des médias dans la formation et la consolidation d’un ethos politique collectif. Dans des descriptions qui, comme le reste du document, devraient nous inviter à penser de manière critique à la situation académique actuelle dans le monde anglophone et au-delà, les auteurs du rapport mettent au premier plan les méthodes par lesquelles la précarisation du travail universitaire contribue à la démolition de la gauche radicale. Si la gauche la plus résolue ne peut pas se procurer les moyens matériels nécessaires à l’exécution de son travail, ou si nous sommes plus ou moins subtilement contraints de nous plier à une conformité pour trouver un emploi, publier nos écrits ou acquérir un auditoire, alors les conditions structurelles pour une communauté de gauche radicale sont affaiblies. La professionnalisation de l’enseignement supérieur est un autre outil utilisé à cette fin, puisqu’il vise à transformer les gens en rouages technoscientifiques de l’appareil capitaliste plutôt qu’en citoyens autonomes pourvus d’outils fiables en vue de la critique sociale. C’est pourquoi les mandarins théoriciens de la CIA font l’éloge des efforts déployés par le gouvernement français pour « pousser les étudiants à suivre des cursus de commerce et de technologie ». Ils soulignent également les contributions de grandes maisons d’édition comme Grasset, des médias ainsi que la vogue de la culture américaine pour faire avancer leur matrice post-socialiste et anti-égalitaire.
Quelles leçons pouvons-nous tirer du document, en particulier dans le contexte politique actuel d’une offensive permanente contre les cercles de l’intelligence critique ? Pour commencer, cette enquête devrait être un rappel convaincant que si certains présument que les intellectuels sont impuissants, et que leurs orientations politiques sont impuissantes, ce n’est pas ce que pense l’organisation qui a été l’un des plus puissants courtiers de puissance dans la politique mondiale contemporaine. La Central Intelligence Agency, comme son nom l’indique ironiquement, croit au pouvoir de l’intelligence et de la théorie, et nous devrions prendre cela très au sérieux. En présumant que le travail intellectuel a peu d’influence sur le « monde réel », ou n’en a pas, nous ne nous bornons pas à dénaturer les implications pratiques du travail théorique, nous courons aussi le risque de nous aveugler dangereusement sur des projets politiques pour lesquels nous pouvons facilement devenir les ambassadeurs involontaires. Même s’il est vrai que l’Etat-nation et l’appareil culturel français fournissent une matrice publique beaucoup plus efficace pour les intellectuels que ce que l’on trouve dans de nombreux autres pays, le souci de la CIA de cartographier et de manipuler la production théorique et culturelle partout ailleurs devrait tous nous réveiller.
Deuxièmement, les courtiers de pouvoir actuel ont un intérêt direct à cultiver des cercles intellectuels dont l’acuité critique aura été assombrie ou aveuglée en encourageant les institutions fondées sur les intérêts des affaires et de la techno-science, en assimilant la gauche à l’anti-scientifisme, en mettant en corrélation la science avec une neutralité politique prétendue (mais fausse), en assurant la promotion de médias qui saturent les ondes de pratiques conformistes, en tenant la gauche la plus déterminée à l’écart des grandes institutions universitaires et des projecteurs, et en discréditant tous les appels à une transformation égalitaire et écologique radicale. Idéalement, ils cherchent à nourrir une culture intellectuelle de gauche neutralisée, immobilisée, apathique et limitée au fatalisme, ou à la critique passive des mobilisations de la gauche radicale. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pourrions considérer l’opposition intellectuelle à la gauche radicale, qui prédomine dans l’université américaine, comme une position politique dangereuse : n’est-elle pas directement complice du programme impérialiste global de la CIA ?
Troisièmement, pour contrer cette offensive institutionnelle contre une culture de gauche affirmée, il est impératif de résister à la précarisation et à la professionnalisation de l’enseignement. Il est tout aussi important de créer des sphères publiques de débat réellement critique, offrant une matrice élargie à ceux qui reconnaissent qu’un autre monde est non seulement possible, mais est nécessaire. Nous devons aussi nous unir pour contribuer aux médias alternatifs, aux modèles d’éducation différents, aux contre-institutions et aux collectifs radicaux. Il est vital de favoriser précisément ce que les combattants secrets de la culture veulent détruire : une culture de gauche radicale et son vaste cadre institutionnel de soutien, un large ancrage public, une puissance médiatique conquérante et un pouvoir de mobilisation contagieux.
Enfin, les intellectuels du monde devraient s’unir pour reconnaître notre pouvoir et le saisir afin de faire tout ce que nous pouvons pour développer une critique systémique et radicale, égalitaire et écologiste, anti-capitaliste et anti-impérialiste. Les positions que l’on défend en cours ou en public sont importantes pour définir les termes du débat et tracer le champ des possibilités politiques. En opposition directe à la stratégie culturelle fragmentaire et polarisante de la CIA, par laquelle l’Agence a cherché à diviser et isoler la gauche anti-impérialiste et anti-capitaliste, tout en l’opposant à des positions réformistes, nous devrions fédérer et mobiliser en reconnaissant l’importance de travailler ensemble (dans toute la gauche, comme Keeanga-Yamahtta Taylor nous l’a rappelé récemment) pour cultiver les conditions d’une intelligentsia réellement critique. Plutôt que de proclamer ou de déplorer l’impuissance des intellectuels, nous devrions exploiter la capacité de dire les mots justes au pouvoir en travaillant ensemble et en mobilisant notre capacité à créer collectivement les institutions nécessaires à un monde de gauche culturelle. Car c’est seulement dans un tel monde, et dans les chambres d’écho de l’intelligence critique qu’il génère, que les vérités énoncées pourraient effectivement être entendues, et ainsi changer les structures mêmes du pouvoir.



