« Nadja », chef-d’œuvre de l’écrivain surréaliste de 1928, lui a été inspiré par Léona Delcourt, au terme d’une relation ambivalente. La publication de ses lettres, et d’un choix de ses dessins, jette une lumière nouvelle sur leur histoire.
Les lettres tumultueuses que Léona Delcourt (1902-1941), dite « Nadja », adressa à André Breton (1896-1966) après leur brève rencontre parisienne, à l’automne 1926, sont pour la première fois réunies, avec un choix de ses dessins, dans une édition établie par Olivier Wagner. Elles éclairent d’un jour nouveau l’histoire que Breton devait transposer, deux ans plus tard, en l’un des plus beaux textes du surréalisme : Nadja (Gallimard, 1928). Si ce récit autobiographique célèbre magnifiquement la jeune femme, et élève son goût du vertige au rang de mythe, ces lettres font entendre une autre voix. Celle d’une femme précaire, psychiquement très fragile, qui tente désespérément de retenir un homme déjà en train de s’éloigner. « Pourquoi m’avoir élevée si haut pour me laisser tomber ensuite ? », lui écrit-elle en décembre 1926.
Ils se rencontrent par hasard, rue La Fayette, à Paris, le 4 octobre 1926. Léona Delcourt se fait appeler Nadja parce qu’« en russe, c’est le commencement du mot espérance et parce que ce n’en est que le commencement », lit-on dans le livre. Venue du nord de la France quelques semaines auparavant, elle vit dans la pauvreté, alternant petits boulots et prostitution. A cette époque, Breton est marié à Simone Kahn ; deux ans plus tôt, il a publié Le Manifeste du surréalisme.
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