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dimanche 1 mars 2026

J'ai vingt ans / Мне двадцать лет (Marlen Khoutsiev, 1962)

 

 
 

Réalisé en 1961-62, le film, dont le titre était La Porte d’Ilitch, a dû être montré en 1963, avant sa sortie, à Khrouchtchev qui a ainsi exprimé son jugement: « Même les figures les plus positives de ce film – trois ouvriers – ne personnifient pas notre grandiose jeunesse. Ils sont montrés comme s’ils ne savaient rien de la vie qu’ils ont à mener, de ce vers quoi ils doivent tendre. Et cela dans notre époque de progression et de la construction du communisme, éclairée par les idées du programme du Parti communiste ! Une telle jeunesse construira-t-elle donc le communisme avec ses pères, sous la direction du Parti ? Non, la société ne peut pas s’appuyer sur de tels hommes, ce ne sont ni des combattants, ni des transformateurs du monde. Ce sont des hommes moralement infirmes, déjà vieillis dans leur jeunesse, à qui échappent les buts et les tâches élevés de la vie ».
Le réalisateur fut obligé de remanier son film, ce qu’il réussit à faire, selon ses propres termes « en conservant le sens de l’oeuvre » Avant tout, écrit-il, « j’ai dû supprimer les scènes qui n’avaient pas plu à Khroutchev. J’ai enlevé la scène de la soirée des poètes. Surtout j’ai dû retourner la scène avec le fantôme du père »
En 1988 Marlen Khoutsiev restaurera la version originale.

"<...> Les personnages de Khoutsiev ne détiennent pas de vérité a priori, ils ont simplement envie de se trouver. Ils vivent dans un pays auquel ils tiennent, ils conservent la conviction qu'il est unique, une utopie réalisée, tout en étant marqués par la blessure encore ouverte du stalinisme, par celle encore ouverte de la guerre. Parfois ils disent l'un pour l'autre. Un des plus beaux moments de Faubourg d'Ilytch est le toast que porte son héros aux choses qu'il "prend au sérieux . Parmi celles-ci, il mentionne "le fait que presque aucun d'entre nous n'a de père . Celui de Serioja est tombé au combat, et un peu plus tard, la rencontre entre le père mort à vingt et un ans et le fils de vingt-trois est un des grands moments du cinéma soviétique. Mais le spectateur des années soixante ne pouvait manquer de penser à d'autres circonstances, à d'autres pères disparus, comme celui de Marlen Khoutsiev, arrêté en 1937.<...>"
Bernard Eisenchitz.
 

Film "générationnel" à comparer avec Rendez-vous de juillet de Becker (mais pas pour la forme, on reste ici dans du cinéma russe avec son formalisme sophistiqué), ou Les Tricheurs, de Carné?

samedi 21 juin 2025

Dans Les Tricheurs (Marcel Carné, 1958), les bistrots fréquentés furent aussi ceux de l'Internationale lettriste

 Bistrots: La Pergola, Le Bonaparte, Aux Trois-Mailletz

Paris Jazz, Paris flipper, jukebox -->  Américanisation.

La bohème existentialiste commence à se faire dégager par la bohème Sagan, friquée.  

L'art du Néant n'était donc que la préfiguration de l'individualisme de masse et du aquoibonisme. 

 

 

FILM COMPLET: https://m.ok.ru/video/165857676759

 

Quand l'Internationale lettriste fréquentait les lieux 

 

--> La Pergola et Ivan Chtcheglov:

Il boit, et se met à fumer de la marijuana. Jean le Poète, un de leurs amis communs, écrit à Henry le 20 avril 1952: "Je ne sais si mon jugement est fondé en te disant qu'Ivan se force sur ton chemin. Il m'en donne l'impression, errant lamentable à La Pergola. Il passe son temps à se faire des tours de prestidigitation, conservant la naïveté du bon public. Il faut avoir de l'amitié pour lui pour croire en lui. Sa directive est pourtant bonne. Ses gestes ne sont néanmoins pas à la hauteur de sa pensée luciférienne".

Jean-Marie Apostolidès et Boris Donné, Ivan Chtcheglov, profil perdu, Allia, 2006, p. 45

 --> La Pergola et Patrick Straram:

La Pergola – ouvert toute la nuit –, bouquets de lumières criardes et vulgaires. Dans un coin un appareil à disques, teintes mauves et rouges acidulés, vitre en courbe, vingt francs l'audition, Miles Davis ou Yma Sumac, la déesse péruvienne. Au bar, aux tables, aux chiottes, des copains d'un soir, des filles d'une nuit, des inconnus, des indicateurs de police, des maquereaux, des planqués. Bizarre et dépravé cortège vautré dans la bière, le café crème et le scotch, les trompettes new-orléans, les rouges à lèvres éparpillés, les pantalons salis, les cacahuètes, les mêmes endormis sur un bout de banquette trop étroit, les fatigues et les délires.

Cavalcades d'harmonicas. Musiques à fleur de peau.

Dehors il commençait à faire froid, l'horloge du boulevard Saint-Germain marquait onze heures...

Patrick Straram, Les bouteilles se couchent, Allia, 2006, p. 13. 

 

– Gueulez moins, ordonna une voie descendue des airs, serpent ailé, Quetzalcoatl, et claqua une porte de La Pergola.

Le grand mystère de l'océan s'ouvrit à notre coque. Les hommes se tenaient au gaillard d'avant, les yeux fixés sur le gouffre hurlant d'une nuit d'hiver. 

Idem, p. 48. 

 

--> Aux Trois-Mailletz et Jean-Louis Brau:

Bigre que c'est loin, la Marche à l'Étoile Scellée, la Recherche des Mineures aux Trois-Mailletz, les Séances du Cabaret des Révoltés, la Marche au Quartier Chinois, l'Accès à Aubervilliers par le Port de la Villette, et d'autres, et d'autres. 

Jean-Louis Brau, Le Singe appliqué, Grasset, 1972, p. 56.