Christian Parenti joins The Grayzone's Max Blumenthal to discuss the revolutionary life and legacy of his father, the dissident political scientist Michael Parenti, who died on January 24, 2026 at age 92.
Christian details how his father emerged from a working class family in East Harlem to become one of the country's most outspoken Marxists, unapologetically defending socialist states across the globe while facing professional blacklisting and CIA surveillance.
He surveys Michael Parenti's major works, from "Democracy for the Few" to his groundbreaking study of corporate media, "Inventing Reality," along with "To Kill A Nation," which dismantled the Western propaganda deployed to justify NATO's destruction of Yugoslavia. They also discuss his clash with fellow leftists Noam Chomsky and Alexander Cockburn, who glibly dismissed theories about a US intelligence role in JFK's assassination.
While Michael Parenti aggressively defied the anti-communist liberal consensus, Christian argues that his father was also a pragmatist who welcomed democratic reforms within his own society. His accessible writing, charismatic speaking style and sense of humor have earned him a committed following that will endure for generations.
Un excellent article qui n’a rien perdu de son actualité –
Il y a vingt ans, le 24 mars 1999, treize États membres de
l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), dont les
États-Unis, la France et l’Allemagne, bombardaient la République
fédérale de Yougoslavie. ( L’Espagne et l’Italie aussi contribuèrent)
Cette guerre dura soixante-dix-huit jours et se nourrit de
bobards médiatiques destinés à aligner l’opinion des populations
occidentales sur celle des états-majors. Les Serbes commettent un «génocide»,
«jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres,
arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller»,
prétendit le ministre de la défense allemand, le social-démocrate
Rudolf Scharping, dont les propos furent repris par les médias; ils ont
tué «de 100 000 à 500 000 personnes» (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des «fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz» (The Daily Mirror,
7 juillet). Une à une, ces fausses informations seront taillées en
pièces — mais après la fin du conflit —, notamment par l’enquête du
journaliste américain Daniel Pearl (The Wall Street Journal,
31 décembre 1999). Tout comme se dégonflera l’une des plus
retentissantes manipulations de la fin du XXe siècle : le plan Potkova
(«fer à cheval»), un document censé prouver que les Serbes avaient
programmé l’«épuration ethnique» du Kosovo. Sa diffusion par
l’Allemagne, en avril 1999, servit de prétexte à l’intensification des
bombardements. Loin d’être des internautes paranoïaques, les principaux
désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que
les organes de presse les plus respectés (1).
Parmi eux, Le Monde, un quotidien dont les prises de
position éditoriales servent alors de référence au reste de la galaxie
médiatique française. Sa rédaction, dirigée par Edwy Plenel, admet avoir
«fait le choix de l’intervention (2) ».
En première page de l’édition du 8 avril 1999, un article de Daniel
Vernet annonce : «Ce plan “Fer à cheval” qui programmait la déportation
des Kosovars». Le journaliste reprend les informations dévoilées la
veille par le ministre des affaires étrangères allemand, l’écologiste
Joschka Fischer. Ce «plan du gouvernement de Belgrade détaillant la politique de nettoyage ethnique appliquée au Kosovo (…) porte le nom de code de plan “Fer à cheval”, sans doute pour symboliser la prise en tenaille des populations albanaises», écrit Vernet, pour qui la chose «paraît faire peu de doutes».
Deux jours plus tard, le quotidien récidive sur toute la largeur de
sa «une» : «Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration
ethnique». «Le plan serbe “Potkova” programmait l’exode forcé des
Kosovars dès octobre 1998. Il a continué d’être appliqué pendant les
négociations de Rambouillet.» Le Monde évoque un «document d’origine militaire serbe»
et reprend à nouveau les allégations des officiels allemands, au point
de reproduire l’intégralité d’une note de synthèse — ce qu’on
appellerait aujourd’hui les «éléments de langage» — distribuée aux
journalistes par l’inspecteur général de l’armée allemande. Berlin
entend alors justifier auprès d’une opinion plutôt pacifiste la première
guerre menée par la Bundeswehr depuis 1945, de surcroît contre un pays
occupé cinquante ans plus tôt par la Wehrmacht.
Sculpture symbolisant l’unité de la serbie et du kosovo terre ancestrale serbe
Or ce plan est un faux : il n’émane pas des autorités serbes, mais a
été fabriqué à partir d’éléments compilés par les services secrets
bulgares, puis transmis aux Allemands par ce pays, qui fait alors du
zèle pour rentrer dans l’OTAN. Le pot aux roses sera révélé le
10 janvier 2000 par l’hebdomadaire Der Spiegel et confirmé
douze ans plus tard par l’ancienne ministre des affaires étrangères
bulgare. A posteriori, le document aurait dû inspirer d’autant plus de
méfiance que «fer à cheval» se dit potkovica en serbe, et non potkova,
ainsi que le remarqua dès le 15 avril 1999 le député allemand Gregor
Gysi devant le Bundestag. En mars 2000, le général de brigade allemand
Heinz Loquai exprime dans un livre ses «doutes sur l’existence d’un tel document»;
son enquête oblige M. Scharping à admettre qu’il ne dispose pas d’une
copie du «plan» original. Au même moment, le porte-parole du Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie qualifie les éléments du
prétendu plan de «matériel peu probant» (Hamburger Abendblatt,
24 mars 2000); et la procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas
référence dans l’acte d’accusation de Milošević en 1999 puis en 2001.
«La guerre, avait expliqué Plenel peu après le début des bombardements, c’est le défi le plus fou pour le journalisme. C’est là qu’il prouve ou non sa crédibilité, sa fiabilité (3). » L’investigateur n’est jamais revenu sur ce grand écart avec «l’amour des petits faits vrais» qu’il proclame dans son livre pamphlet en faveur de l’intervention de l’OTAN (4). Le Monde évoquera à nouveau le faux, mais comme s’il l’avait toujours considéré avec prudence : «“Fer à cheval” reste un document fort controversé, dont la validité n’a jamais été prouvée»
(16 février 2002). Spécialistes des Balkans, les journalistes
Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan
Potkova d’«archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens (5) ».
La célébration d’un anniversaire n’aurait pas justifié à elle seule
qu’on revienne sur cette affaire. Mais certaines de ses conséquences
pèsent encore sur la vie internationale. Pour ce qui fut sa première
guerre depuis sa naissance en 1949, l’OTAN choisit d’attaquer un État
qui n’avait menacé aucun de ses membres. Elle prétexta un motif
humanitaire et agit sans mandat des Nations unies. Un tel précédent
servit les États-Unis en 2003 au moment de leur invasion de l’Irak, là
encore aidée par une campagne de désinformation massive. Quelques années
plus tard, la proclamation par le Kosovo de son indépendance, en
février 2008, mettrait à mal le principe de l’intangibilité des
frontières. Et la Russie se fonderait sur cette indépendance lorsque, en
août 2008, elle reconnaîtrait celles de l’Abkhazie et de l’Ossétie du
Sud, deux territoires qui s’étaient détachés de la Géorgie. Puis en
mars 2014 quand elle annexerait la Crimée.
La guerre du Kosovo ayant été conduite par une majorité de
gouvernements «de gauche», et appuyée par la plupart des partis
conservateurs, nul n’avait intérêt à ce qu’on revienne sur les
falsifications officielles. Et on comprend sans peine que les
journalistes les plus obsédés par la question des fake news préfèrent eux aussi regarder ailleurs.
Serge Halimi & Pierre Rimbert
(1) Cf. Serge Halimi, Henri Maler, Mathias Reymond et Dominique Vidal, L’opinion, ça se travaille… Les médias, les «guerres justes» et les «justes causes», Agone, Marseille, 2014.
(2) Pierre Georges, directeur adjoint de la rédaction du Monde, entretien accordé à Marianne, Paris, 12 avril 1999.
(3) Cité dans Daniel Junqua, La Lettre, n° 32, Paris, avril 1999, et reproduit sur Acrimed.org, novembre 2000.
D’autres documentations sur Srebrenica un massacre commis non pas par les serbes mais par les bosniaques islamistes à la soldre de l’alliance anglosioniste et Saoudienne:
Surrealistic
serigraphies by Yugoslavian born Russian artist Nikolai Lutohin
(1932-2000). Many of his illustrations appeared on the Sci-fi magazine
Galaksija.