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dimanche 26 octobre 2025

Notes sur Michèle Bernstein

 

 
    Portrait par Ivan Chtcheglov
 
Bien qu’ancienne habituée de Chez Moineau ayant notamment assisté à la projection mouvementée du premier film de Guy Debord, Hurlements en faveur de Sade, le 13 octobre 1952, elle reprend contact avec lui à l’occasion de l’exposition Avant la Guerre – 66 métagraphies influentielles organisée à la galerie du Double Doute, passage Molière à Paris du 11 juin au 7 juillet 1954 et n’intègre le groupe lettriste qu’en juillet 1954 à partir du no 3 de Potlatch où elle signe au début Michèle-Ivich Bernstein.  
 
« Pour moi, elle [Michèle Bernstein] est la plus situationniste de tous. À Cosio [l’IS est formellement créée en juillet 1957 à la conférence d'unification de Cosio di Arroscia] elle reprenait tout le monde sur le fait qu’on ne dit pas situationnisme mais situationniste, parce que quand ça devient un isme, il y a de fortes chances pour que ça tourne à l’idéologie, à la secte, à la religion. » 
Ralph Rumney, Le Consul, 1999, p. 116.
 

 (Radio France) Michèle Bernstein, la chanson et la montagne Sainte-Geneviève : Avec Michèle Bernstein et Serge Korber... Retrouvailles au quartier latin ! dans Étonnez-moi Benoît !

jeudi 18 avril 2024

La Grasse Matinée, chanson interprétée par Marianne Oswald

« Je suppose que c'est cette puissance rouge d'incendie, de mégot, de torche, de phare, de fanal, qui l'habite, cet acharnement de braise, cette chaleur de gaz d'acétylène, de magnésium et de lampe à souder, qui forment l'efficacité de cette chanteuse, de cette mime que bien des esprits repoussent, mais qui s'impose malgré tout. » (Jean Cocteau)

  

Il est terrible
 le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain 
il est terrible ce bruit 
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim 
 elle est terrible aussi la tête de l'homme 
qui a faim 
quand il se regarde à six heures du matin 
dans la glace du grand magasin 
une tête couleur de poussière 
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde 
dans la vitrine de chez Potin 
il s'en fout de sa tête l'homme 
il n'y pense pas 
 il songe 
 il imagine une autre tête 
une tête de veau par exemple 
avec une sauce de vinaigre 
ou une tête de n'importe quoi qui se mange 
 et il remue doucement la mâchoire 
doucement 
et il grince des dents doucement 
car le monde se paye sa tête 
et il ne peut rien contre ce monde 
et il compte sur ses doigts un deux trois 
un deux trois 
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé 
 et il a beau se répéter depuis trois jours 
Ça ne peut pas durer 
ça dure trois jours 
 trois nuits 
sans manger 
et derrière ces vitres 
 ces pâtés ces bouteilles ces conserves 
poissons morts protégés par les boîtes 
boîtes protégées par les vitres vitres 
protégées par les flics 
 flics protégés par la crainte 
que de barricades pour six malheureuses sardines.. 
Un peu plus loin le bistrot 
café-crème et croissants chauds 
l'homme titube 
et dans l'intérieur de sa tête 
un brouillard de mots 
un brouillard de mots 
sardines à manger 
oeuf dur café-crème 
café arrosé rhum 
café-crème 
 café-crème 
café-crime, arrosé sang !... 
Un homme très estimé dans son quartier 
 a été égorgé en plein jour 
l'assassin le vagabond lui a volé 
deux francs 
soit un café arrosé 
zéro franc soixante-dix 
 deux tartines beurrées 
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon. 
Il est terrible le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d'étain 
 il est terrible ce bruit 
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim