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dimanche 29 mars 2026

Ciudad de las Rías: la utopía que ya somos

FUENTE https://www.publico.es/luzes/ciudad-rias-utopia-somos.html
27/4/22 Ciudad de las Rías

Imaginando el presente. El Ferrol que no fue

La Ciudad de las Rías, hoy

mardi 24 mars 2026

Panfleto de la exposición de Estampa Popular de Valencia en 1964

 

Ana Peters
 
Panfleto de la exposición de Estampa Popular de Valencia en el Salón de Actos de la Jefatura Local de la Falange en Cullera, Diciembre, 1964
 

mercredi 18 mars 2026

Baudrillard, détournement par excès 1 Anselm Jappe

 Ci dessous, le texte d'Anselm Jappe paru dans la revue française " Lignes ", n°31, février 2010. Cet article, qui centre sa réflexion sur le rapport de Baudrillard à Guy Debord, est complémentaire dans la même revue de celui de Gérard Briche, "Baudrillard, lecteur de Marx".

Anselm Jappe: Certaines des idées contenues dans cet article ont d'abord été exprimées dans une conférence que j'ai donnée en 1998 à Rome lors d'un colloque sur « Le charme discret de la marchandise », dont l'invité le plus en vue était Jean Baudrillard. Ne connaissant pas l'italien, il ne comprit rien aux critiques que je lui adressais, assis à côté de lui. Quelques idées générales étaient déjà présentes, très vaguement, douze ans plus tôt dans un petit mémoire universitaire que j'avais intitulé « Oublier également Baudrillard ? ». D'autres observations ont été formulées dans un essai que j'ai consacré à la guerre du Golfe en 1991. Ainsi, le présent article est l'aboutissement d'une réflexion critique sur l'œuvre de Baudrillard entamée il y a bien longtemps.

Si l'on voulait établir un classement des concepts utilisés actuel­lement de la manière la plus superficielle, la « société du spectacle » se trouverait assurément dans le groupe de tête. Qui est désireux de faire savoir qu'il n'est pas dupe des médias glissera ce terme au détour d'une phrase, peut-être sans même savoir que c'était le titre du livre fondamental de Guy Debord, paru en 1967. Mais s'il y a un terme capable de concurrencer la « société du spectacle » dans les discours vaguement critiques autour des méfaits des moyens de communication de masse, ce sera probablement le « simulacre » de Jean Baudrillard, ou un autre de ses termes. En effet, ces deux auteurs se trouvent souvent associés en tant que ceux qui auraient émis les diagnostics les plus impitoyables de l'impact des mass médias sur la société contemporaine. Et, qui plus est, Baudrillard est souvent vu comme un continuateur de Debord, ou Debord comme le prédécesseur de Baudrillard. Les concepts centraux de Baudrillard (le « simulacre », la « simulation », l'« hyperréalité », etc. - peu importe au grand public que Baudrillard ne les ait pas employés tous en même temps) apparaissent alors comme une radicalisation du concept de « société du spectacle », ou comme sa reprise plus adaptée au monde postmoderne et moins encombrée de terminologie marxiste. L'éditeur anglais Verso vient de publier La Transparence du mal (1990) de Baudrillard dans une série de livres consacrés à des « penseurs radicaux » comme Adorno, Benjamin, Lukàcs, Althusser, Lénine, et, justement, Debord.

Qu'en est-il de cette continuité prétendue ? Est-ce qu'on peut dire, au-delà du jugement qu'on veut donner sur chacun des ces penseurs, que leurs théories se situent dans la même ligne ? Biographiquement, la comparaison est vite faite. Baudrillard, qui était d'ailleurs plus âgé de deux ans que Debord, n'a jamais été situationniste et a commencé sa trajectoire de théoricien en 1968, lorsque La Société du spectacle et presque tous les numéros de la revue Internationale Situationniste étaient déjà parus. Il est vrai que Baudrillard, ayant été assistant de Henri Lefebvre à l'Université de Nanterre, lequel a bien connu les situationnistes, a assurément entendu parler d'eux et en a peut-être croisé quelques-uns. Dans la revue Internationale Situationniste et dans la correspondance de Debord, on ne trouve que quelques références fugaces, et naturellement méprisantes, à l'égard de Baudrillard. Debord ne le mentionne pas non plus dans ses écrits successifs, au moins pas directement. Baudrillard, de sa part, n'a jamais revendiqué une filiation situationniste, mais s'en disait inspiré [1].
Leurs attitudes, c'est bien connu, étaient radicalement différentes. Debord était discret, jusqu'à n'apparaître presque jamais en public, hautain et sérieux, tandis que Baudrillard, pour contester les formes habituelles de la vie intellectuelle, allait jusqu'à la bouffonnerie - on se souvient de ses conférences en paillettes - et donnait des conférences entières basées sur des jeux des mots, par exemple entre le Dasein de Heidegger et le design[2]. On peut se demander, sans lui faire de tort, s'il se prenait toujours au sérieux et s'il ne se moquait pas parfois de son public - avec de bonnes raisons d'ailleurs, et en pataphysicien qu'il était. Cependant, cette attitude était aussi cohérente avec sa théorie que le dédain de Debord avec la sienne. Il ne nous reste donc qu'à nous tourner vers une comparaison théorique. Il est vrai que même celle-ci est rendue plus difficile par le fait que Baudrillard restait souvent dans une ambiguïté voulue et aimait répondre qu'on ne l'avait pas bien compris et qu'il fallait prendre au « second degré » ses affirmations les plus controversées, par exemple sur la guerre du Golfe de 1991 qui « n'aura pas lieu ». En outre, il est passé par plusieurs phases dans sa réflexion et a souvent critiqué les concepts qu'il avait lui-même employés auparavant, pour rejeter quelques années plus tard les termes mêmes de sa critique antérieure, etc., si bien qu'on ne sait jamais trop bien où l'on en est avec lui. Ici, nous analysons surtout des écrits des années 1980 et 1990.
 
Quelques similitudes entre Debord et Baudrillard ne manquent pas. Ce dernier a repris, surtout au début de sa carrière, une partie de la critique situationniste de l'urbanisme. Mais c'est surtout le concept de « spectacle » qui revient fréquemment dans ses œuvres, normalement sous forme de références fugaces : « Si notre société n'était plus celle du "spectacle", comme on le disait en 68, mais, plus cyniquement, celle de la cérémonie [3] ? », parfois même sans le nommer directement: « S'il ne s'agissait plus d'opposer la vérité à l'illusion, mais de percevoir l'illusion généralisée comme plus vraie que le vrai ? ... Et si tout cela n'était ni enthousiasmant, ni désespérant, mais fatal[4] ? ». Dans une phrase comme : « Si la pensée n’anticipe pas sur ce détour­nement par son écriture même, c'est le monde qui s'en chargera, par la vulgarisation, le spectacle ou la répétition [5] », on trouve même deux concepts-clefs des situationnistes : « spectacle » et « détournement », ainsi que la volonté, typiquement situationniste, de se dérober à la « récupération » par le « système ».
 
Mais pour l'essentiel, tout dans leurs théories diverge (et l'on pourrait aller jusqu'à voir dans Debord un platonicien et dans Baudrillard un anti-platonicien). Baudrillard lui-même a bien défini ce qui les séparait. Dans Le Crime parfait (1995), il écrit : « La virtualité est autre chose que le spectacle, qui laissait encore place à une conscience critique et à une démystification. L'abstraction du "spectacle", y compris chez les Situationnistes, n'était jamais sans appel. Tandis que la réalisation inconditionnelle, elle, est sans appel. [...} Alors que nous pouvions affronter l'irréalité du monde comme spectacle, nous sommes sans défense devant l'extrême réalité de ce monde, devant cette perfection virtuelle. En fait, nous sommes au-delà de toute désaliénation[6] » Le concept de spectacle proposé par Debord n'est pas une critique des seuls médias, mais une actualisation du concept d'« aliénation » tel qu'il a été élaboré par Hegel, Feuerbach et Marx. La citation de Feuerbach portant sur la préférence scandaleuse que l'époque moderne accorde à la copie au détriment de l'original et que Debord a posée comme exergue de La Société du spectacle contient le noyau de la théorie de Debord. Le concept d'aliénation comporte celui d'« authenticité » et, dans son sillage, ceux d'« original », d'« essence », de « vérité » et de « substance » ; le « spectacle » s'associe chez Debord constamment au « mensonge », à la « falsification >> et à l'« idéologie matérialisée ». Baudrillard, au contraire, résume ainsi son propre parcours : « Dans un premier temps, la simulation, le passage généralisé au code et à la valeur-signe, est décrite en termes critiques, à la lumière (ou à l'ombre) d'une problématique de l'aliénation. C'est encore, à travers des arguments sémiologiques, psychanalytiques et sociologiques, la société du spectacle qui est en cause, et sa dénonciation. La subversion s'y cherche encore dans la transgression des catégories de l'économie politique : valeur d'usage, valeur d'échange, utilité, équivalence. Les référents de cette trans­gression seront la notion de dépense chez Bataille et celle de l'échange-don chez Marcel Mauss, la consumation et le sacrifice, c'est-à-dire encore une version anthropologique et antiéconomiste, où la critique marxienne du capital et de la marchandise se généralise en une critique anthropolo­gique radicale des postulats de Marx. Dans L'Échange symbolique et la Mort, cette critique passe au-delà de l'économie politique [7]. »

Pour lire la suite :

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mardi 10 mars 2026

Gérard Guégan sur Champ Libre ( vidéo enregistré en 2017)

QUELQUES REFLEXIONS A PARTIR DE CETTE VIDEO AVEC GERARD GUEGAN (EN ATTENTE, UN APERÇU PLUS COMPLET A PARTIR DES LIVRES DE GUEGAN)

TEXTE ACCOMPAGNANT LA VIDEO : Gérard Guégan, protagoniste éditorial avisé dans les années 1968, affirme en 1983 que la force des nouvelles formes d’écriture tient à la nouvelle et explosive alchimie des mots et des images nés « de la décrépitude des idéologies et sur le cadavre du gauchisme, disons au milieu des années 1970 ».
Les Éditions Champ libre naissent de la rencontre, en mai 1968, entre Gérard Lebovici, imprésario et producteur de cinéma, ami de Truffaut, et Gérard Guégan, critique aux Cahiers du cinéma et membre du groupe contestataire Prisu, en rupture avec le PCF et avec le gauchisme. Le dessinateur Alain Le Saux les rejoint en tant que directeur artistique et les premiers ouvrages sont publiés fin 1970. La ligne éditoriale, conçue en opposition à celle des « Cahiers libres » des Éditions Maspero, se veut plus libertaire et révolutionnaire, et accueille une constellation des contestations les plus radicales.
Gérard Guégan participe en 1974 à la relance de la maison d’édition Le Sagittaire, qui a connu son heure de gloire avec les Surréalistes entre 1920 et 1940 et dont Claude Fasquelle est propriétaire du fonds. Vont s’y retrouver, en plus de Alain Le Saux et de Raphaël Sorin, Annie Le Brun et Olivier Cohen. Jusqu’en 1979, Gérard Guégan y publie une cinquante d’ouvrages, dont "Les Déclassés" de Jean-François Bizot, le journal "Un jeune homme chic", chronique punk d’Alain Pacadis, "Lâchez tout" d’Annie Le Brun ou la revue "Subjectif", dans laquelle les photomontages de Le Saux annoncent la « dictature graphique » de Bazooka dans "Libération".

 

LIEN VIDEO: Rencontre Gérard Guégan à La Maison rouge, le 11/05/2017

 

 

La maison d'édition Champ Libre propose une offre politico-culturelle correspondant à une demande, celle des nouveaux lettrés issus des couches moyennes ascendantes durant les années 1960. Outre le contexte social et anticolonial, c'est pour se distinguer de cette masse que cette fraction s'agite, diffusant un mode de vie de bohème politisée, mais avec dans le viseur les mêmes intérêts : piloter la société, certes avec le flamboyance du  susucre de la révolution (pour rentrer au bercail quand celui-ci aura fondu). D'une part, en se frottant aux centres du pouvoir culturel et symbolique avec lesquels elle partage un même territoire (afin de s'y substituer et finalement s'y fondre); d'autre part, en laissant de côté la masse des travailleurs dont les intérêts "sans envergure" ne l'intéresse pas (ce que reflète parfaitement cette vidéo par le récit, les intervenants et le public), coïncidant en cela dans une même stratégie unifiée de classe, celle de l'encadrement des gueux et du service oligarchique.

"Prévoir en stratège, agir en barbare", René Char. Cette phrase-slogan est soulignée dans cette rencontre par Gérard Guégan pour définir l'état d'esprit de sa génération après Mai-68 et durant les années gauchistes en envisageant la révolution comme horizon et comme style de vie radical-littéraire: la rive gauche étant psychogéographiquement le cœur battant de la galaxie de l'Esprit, la stratégie se règle-là, les planètes s'alignent après. C'est le grand flash de l'utopie à la française.
 
En Mai 68, lui et tant d'autres font le gros de leur éducation populaire en 8 jours. Au feu si l'on veut, d'où l'importance de la stratégie devenant dès lors une discipline contre-culturelle  dans le contexte français.
 
 
REMARQUE SUR GUY DEBORD ET LA STRATEGIE : Ce n'est pas la seule influence dans sa vie, et il y en a de forts précoces, mais ce contexte d'agitation collectivement vécue est essentiel pour comprendre pourquoi Debord se voit à partir de cette époque en stratège plutôt qu'en théoricien, notamment après la parution de La société du spectacle en 1967. En faisant de la stratégie son nouveau dada, ce "talentueux chroniqueur de sa propre classe moyenne névrosée", ne fait que suivre la pente de celle-ci et notamment de la montagne Sainte-Geneviève en plein ébullition bohème-gauchiste.

mardi 27 janvier 2026

Pense-bête extérieur pour constellation Debord / roman noir français


 Un paradoxe pour commencer un questionnement /

Jean-Patrick Manchette fut influencé par l'Internationale situationniste, notamment pour ses romans noirs. Il détesterait les romans noirs de Siménon et de la génération des années 1930. 

Debord est un lecteur de roman noir et aussi de la génération des années 1930, Léo Malet notamment : un Paris plus fantastique que politique, mais plus prolétarien aussi.

L'histoire du roman noir français par Natacha Levet /

 


Définition du roman noir par Natacha Levet / 

"Le roman noir a en commun avec l'ensemble des fictions criminelles de proposer un récit qui prend pour sujet la transgression criminelle. Le roman noir s'attache à comprendre une société où un groupe social par le biais de la forme exacerbée de la violence et du crime. Il propose donc une lecture pessimiste et une représentation littéraire et symbolique des tensions et des conflits, révélateurs des dysfonctionnements sociaux et politiques." 

 

 

 

 

 

 

Georges Siménon  (1903-1989)

Jean Amila (1910-1995)
 « Je suis un ouvrier qui a mal tourné... je me suis mis à raconter des histoires populistes d'abord, puis, dans ce langage qui était le mien, j'ai raconté des histoires noires. »
 
En sortant des studios de l'ORTF en , Jean Meckert est agressé par des inconnus rue de Belleville. Une théorie souvent relayée évoque la possibilité de représailles à la suite de son livre La Vierge et le Taureau, qui remet en cause la nécessité des essais nucléaires français dans le Pacifique.
 
 
 Ange Bastiani (1918-1977)
 
Léo Malet (1909-1996)
 
Albert Simonin (1905-1980)
L'Élégant, 1973 ~ son dernier roman, le héros, après vingt ans passés en prison, redécouvre avec tristesse un Paris qu'il ne reconnaît plus.
 
Pierre Lesou (1930-2018)
 
Auguste Le Breton (1913-1999)

C'est lui qui crée le terme « verlan », initialement sous la forme « verlen », en 1942 au Café de la Poste, à Paris, puis l'utilise dans son œuvre ultérieure :

« L'une d'elles jeta un coup de saveur sur une équipe de mirontons qui venaient de soulever la tenture bleue de l'entrée et murmura à sa pote :
« Te détranche pas, Lily, La Mondaine ... »
Pour que les caves qui les serraient de trop près n'entravent pas, elle ajouta en verlen[5] :
«Qu'est-ce qu'ils viennent tréfou les draupers à cette heure-ci ? Pourvu qu'ils fassent pas une flera. Ça serait le quetbou ; j'ai pas encore gnéga une nethu »

— Auguste Le Breton, Du rififi chez les hommes, Gallimard, 1953, p. 36

 

 

Marcel Duhamel (1900-1977)
 

Il s'installe dans le quartier du Montparnasse au 54 de la rue du Château, qui était « une bicoque ayant jadis abrité le commerce d'un marchand de peaux de lapins »[4], et qui devint l'endroit de rencontre du mouvement surréaliste[5]. C'est en fait un logement « collectif » qui accueille tous les amis désargentés de Duhamel : Prévert, Raymond Queneau, Yves Tanguy.

 Dans les années 1940, Duhamel, grand amateur de jazz, est un des piliers des caves de Saint-Germain-des-Prés, une figure du monde du papier et un personnage prestigieux pour son élégance « royale ». Dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés, Boris Vian brosse ainsi son portrait :

« Duhamel […] a eu une vie fort variée dont le récit nous entrainerait en dehors des limites de ce volume ; mais, à tous les moments de son existence, il a conservé une dignité dans l'allure très caractéristique, et on ne m'ôtera jamais l'idée que Marcel Duhamel est un enfant naturel de feu le roi George V d'Angleterre […]. Amateur passionné de jazz, il possède une fort belle collection dans le style classique[8]. »

 

En , il crée la « Série noire » et dirige cette collection jusqu'à sa mort en 1977, popularisant le roman noir américain. En 1948, Marcel Duhamel écrit ce qui restera longtemps « le manifeste de la “Série noire”. 

 

« Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la "Série noire" ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte. L'optimiste systématique non plus. L'immoralité admise en général dans ce genre d'ouvrages uniquement pour servir de repoussoir à la moralité conventionnelle, y est chez elle tout autant que les beaux sentiments, voire de l'amoralité tout court. L'esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n'y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout. Mais alors ?... Alors il reste de l'action, de l'angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre. Comme dans les bons films, les états d'âmes se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse. Il y a aussi de l'amour — sous toutes ses formes — de la passion, de la haine, tous les sentiments qui, dans une société policée, ne sont censés avoir cours que tout à fait exceptionnellement, mais qui sont ici monnaie courante et sont parfois exprimés dans une langue fort peu académique, mais où domine toujours l'humour. En bref, notre but est fort simple : vous empêcher de dormir. »

 
 
Roman populiste 1 & 2

Le roman populiste se donne pour perspective de construire, littérairement, un peuple. Dans son manifeste, Lemonnier multiplie les qualificatifs pour le désigner : les petits, les humbles… Il les oppose au « snobisme » de la littérature des années 1920, 1930 qui se complaît dans l’analyse psychologique de héros issus des couches supérieures de la société. À ce haut de la société qui sert de matériau privilégié au roman, s’oppose un bas de la société que les auteurs désirent mettre en avant. C’est un appel au peuple qui se dresse contre la littérature moderne. Dans les œuvres, cela se traduit par des références récurrentes au monde du travail: dans Hôtel du Nord, la caractérisation des personnages se fait en grande partie par le travail qu’ils occupent. La narration se veut moins psychologisante, et le narrateur prend la place d’un observateur discret.

Léon Lemonnier affirme néanmoins que ce n’est pas le peuple qui constitue son lectorat puisque pour qu’il en soit ainsi, il faudrait totalement le « rééduquer ». Aussi, le peuple est conçu comme un instrument de stratégie de reconquête du champ littéraire mais il n’y a pas pour autant de projet politique, éducateur qui accompagne ce courant. Leur démarche confine au littéraire et la construction d’un peuple est intrinsèque à l’espace romanesque, là où le PCF se sert de la littérature comme un instrument de prise de conscience.

 
Les années 1920 ont cela de nouveau qu’elles sont une période de « débat sur la figuration démocratique » selon les mots de Marie-Anne Paveau. Les auteurs populistes s’opposent en effet au courant de la « littérature prolétarienne », puis aux auteurs d’obédience communiste. Contrairement aux auteurs de la mouvance prolétarienne, l’objectif des auteurs populistes n’est pas d’être, d’incarner le peuple mais de le donner à voir dans les romans. Aussi, c’est dans l’altérité que les auteurs populistes abordent le peuple : ils sont issus du monde universitaire, de la critique littéraire. C’est en réaction à cette perspective que l’école « prolétarienne » est fondée, en janvier 1932. Les écrivains « prolétariens » estiment que pour pouvoir se considérer membre de cette école, un romancier doit être issu d’une famille ouvrière ou paysanne. 
 
Le courant prolétarien se distingue du courant populiste par le Parti Communiste. Si les frontières entre ces mouvements sont poreuses et que les auteurs vont et viennent, les querelles théoriques et politiques n’en demeurent pas moins nombreuses et sont parfois très vives. Comme le souligne Xavier Vigna, le courant de Poulaille rebute notamment du fait de son projet initial, qui postule que les seuls auteurs issus du peuple sont à même d’en parler. 
 
Si le PCF soutient un temps la littérature prolétarienne, les consignes d’Union Soviétique amènent le parti à prendre ses distances. Il devient dès lors prioritaire que la littérature serve d’agit-prop pour son combat politique. Ainsi, Paul Nizan et Louis Aragon publient des attaques parfois violentes contre Poulaille et adhèrent finalement au réalisme soviétique. Il s’agit de représenter de manière figurative l’existence des classes populaires dans une optique d’éducation et de propagande. Pour le PCF, la priorité n’était pas l’appartenance sociale des auteurs mais l’adhésion au Parti, même si dans le même temps des concours de nouvelles étaient périodiquement organisés et des romans ouvriers publiés aux Editions Sociales Internationales. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Roman noir, film noir -> premier compte-rendu de dérive 1956
Mc Orlan, fantastique social 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Francis Rick (1920-2007)
 
En 1993, Guy Debord salue l'œuvre de Francis Ryck dans son livre Cette mauvaise réputation…, en affirmant qu'il y a plus de vérité et de talent chez Ryck (notamment dans Le Compagnon indésirable) que chez Le Carré[6]. Debord révèle la conversation, primordiale selon lui, entre Ryck et Marie-Christine de Montbrial en 1984, concernant l'assassinat de Gérard Lebovici et le rôle de Paul Barril responsable de la cellule antiterroriste sous la présidence de François Mitterrand[7]. Le , Debord décide ne plus la voir du fait de son témoignage auprès de la police et des contacts qu'elle a conservés avec Ryck[8].  
 

Son style épistolaire n’est pas sans rappeler celui des grands polémistes et pamphlétaires, quelque chose comme un Karl Kraus du polar. A certaines époques, celles de l’agoraphobie, de l’alcoolisme et de la fêlure caractérielle, il s’enflamme vite. On en avait déjà eu un écho gratiné dans la Correspondance avec l’agent Gérard Lebovici publiée en 1978 par Champ libre. Politiquement, on sent en permanence cet enfant des classes moyennes marseillaises (même s’il a grandi à Malakoff) osciller entre un anarchisme bien tempéré et un situationnisme non dogmatique (?). 


>>>>>> Néo-situs et périphérique 

 

 
Aux municipales de 1977 lorsqu'Alain Savary voulait tenter de s'emparer du Capitole ils lui ont scié la branche. Ils ont envoyé de fausses convocations aux chômeurs sur la place du Capitole, et ils se sont arrangés pour commander des petits fours et du champagne qui sont arrivés sur la place en même temps que les chômeurs en colère qui sont tombés sur le buffet. Il y avait à l'époque toute une série de choses assez secrètes sur la vie toulousaine dont j'ai eu connaissance avec le mouvement situationniste parisien. 
 
L'Affranchie du périphérique, 2009 ~ Aubervilliers, Internationale lettriste -> années 1950
 
 
 Adaptation de 'La position du tireur couché' de Jean-Patrick Manchette avec Tardi en bande dessinée chez Futuropolis
 
 
 

 

 

 

 

 

A LIRE:

Hugues Pagan
Le carré des indigents, 2022 ~ Pompidou-Giscard -> année 1973
 
Xavier Boissel 
Fonds Noirs, 2024 ~ année 1986
 
 
 
  
 
En somme, du Paris des fortifs au Paris du périph' 

lundi 13 octobre 2025

Deux pros-situs et le périphérique: La dernière énigme (F.J Ossang, 1982) et Le Petit Bleu de la côte ouest (Jean-Patrick Manchette, 1976)

 Film-tract inspiré du mouvement situationniste et notamment de l'ouvrage de Gianfranco SanguinettiDu Terrorisme et de l'État: la théorie et la pratique du terrorisme divulguées pour la première fois.


 


Entre 1971 et 1982, Manchette écrivit dix romans policiers modernes pour la Série Noire de Gallimard dont Le Petit bleu de la côte ouest en 1976. Le roman s'ouvre sur Georges Gerfaut, le protagoniste – n'employons pas le terme de héros – filant à toute allure sur le périphérique parisien dans sa voiture de luxe, sous l'effet du bourbon Four Roses, des barbituriques et du jazz de la côte ouest américaine. 

« L'effet combiné sur lui n'est pas la somnolence, mais une euphorie tendue qui menace à tout instant de se muer en colère ou en une sorte de mélancolie vaguement tchékhovienne et fondamentalement amère, un sentiment qui n'a rien de courageux ni d'intéressant… Il est deux heures et demie, ou peut-être trois heures et quart du matin. » 

« La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production. 

jeudi 11 septembre 2025

Clouscard et le capitalisme de la séduction: les situationnistes à l'avant-garde des nouvelles couches moyennes


Extrait de Michel Clouscard
"Lettre ouverte aux communistes"
Éditions Delga 2016


 Ce texte a été rédigé à la fin des années 70, à l'aube de la catastrophe mitterandiste ("Changer la vie!")

 

  Ces nouvelles couches moyennes ne sont pas propriétaires de leurs moyens de production, elles ne sont pas - en leur majorité - des forces productives directes mais elles se trouvent au résultat du procès de production, des autres, la gueule ouverte, pour tout engloutir. Elles se paient même le luxe de dénoncer la « Société de consommation ». 

Cette idéologie est devenue une idéologie dominante, depuis Mai 1968, ce 14-Juillet des nouvelles couches moyennes. Elle a sécrété les nouveaux modèles de la consommation « libérale ».

 


 

samedi 21 juin 2025

Un Vandaliste à la retraite


« Choure, provoc, fête et révolution »
Récit d’une jeunesse situationniste dans le Bordeaux des années 60

Arrivés dans une petite bourgade des Landes, nous le remarquons en train de fumer une cigarette, assis à l’unique table de cette terrasse d’un bar-épicerie associatif sous un soleil de novembre chaleureux. Un homme âgé, très mince, regard caché derrière de petites lunettes de soleil rondes, qui nous regarde approcher, et doit se demander qui sont ces gens qui lui ont proposé un entretien. À peine dit bonjour, et les vagues présentations faites, il commence à nous doucher d’anecdotes et de noms. Pas le temps de s’asseoir ou de prendre un thé, nous avons déjà l’impression de rater le départ. Nous forçons un peu la pause, et une fois les carnets sortis – pas le microphone, il a passé sa vie à éviter de se faire enregistrer, ce n’est pas maintenant que ça va commencer – et la commande faite, la parole reprend son flux dans une chronologie chaotique. Nous saisissons rapidement que nos questions ne feront pas fil conducteur et que notre écoute attentive devra servir à reconstituer le puzzle. De son côté, devinant nos accointances politiques ou tout du moins notre intérêt, il se dévoile rapidement. Peut-être est-ce dû à la rareté de cette complicité ou par orgueil d’un expérimenté devant la jeunesse. On lui découvre un sourire malicieux presque enfantin, s’accompagnant d’un humour décomplexé et insolent qui nous annonce une belle journée.

Les clients passent à côté de nous et le saluent généreusement, il est aimable et blagueur, mais dès qu’une personne traîne un peu trop à lui faire la conversation, il nous glisse qu’on ne devrait pas rester ici, comme si les gens du coin ne devaient pas entendre ça, comme si ce vieil homme affable s’était construit un personnage civil qu’il ne fallait pas déconstruire. On devine ici la double vie des individus emportés dans le maelström révolutionnaire, même après de longues années, le monde normal est incompatible avec ce qui les a tant traversés. Il nous apprendra plus tard qu’il est plutôt discret sur son passé et sa pensée politique avec son entourage. Il va même voter, non parce qu’il y croit, mais vivant dans un petit village, il ne veut pas être repéré comme « le mec qui ne vote pas ». Il aime voir les gens du coin, traîner au café associatif, faire de la chasse avec ses amis, mais il n’a pas perdu son élitisme politique. Il sait qu’il n’a pas besoin de leur partager ça, « ils ne comprendraient pas ».

Nous commençons ce récit - à défaut de nos échanges – par le début : né en 1946 d’une famille bourgeoise, sa mère se retrouve sans le sou et seule à devoir élever ses deux enfants après que leur père les ait abandonnés. Il est pris en charge par sa grand-mère pendant que sa mère fait des allers-retours pour trouver du travail. Il arrête l’école à 13-14 ans et devient laveur de carreaux à son compte. Il passe son BEPS-2 et entre rapidement dans le monde de l’entreprise, puis gravit les échelons et se retrouve cadre d’une grosse entreprise où il est responsable de tout le sud-ouest à 19 ans. Marié à une femme dont il se souvient tendrement : « des conneries, on n’arrivait même pas a baiser ! » (ce franc-parler au mélange d’argot tout droit issu de la génération soixante-huitarde fera la teinte de l’entretien), il mène une vie exemplaire sans se douter du tournant radical que celle-ci prendra quelques temps plus tard.

Rue Sainte-Catherine, Bordeaux 1971. Crédits : Steve owens

 ARTICLE EN INTÉGRALITÉ:  https://lundi.am/Un-Vandaliste-a-la-retraite?sfnsn=scwspmo

vendredi 17 janvier 2025

critique et histoire de la pensée urbaine post-68, par Jean-Pierre Garnier (2011)

 

Le 8 mars dernier, Jean-Pierre Garnier était à Madrid, où il prenait la parole dans le cadre des Journées de la Fondation de recherches madrilènes [1] (thème de ces journées : « Ville et reproduction sociale : comment en sortir ? »). Voici le texte de son intervention.

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Je prendrai comme point de départ le motif central de ces journées : la perte dont la gauche a souffert dans sa capacité à réfléchir sur la dimension de classe de l’urbanisation contemporaine, et ce que cela implique sur les terrains théoriques et politiques. Mon propos traitera des voies et des moyens d’une renaissance de la pensée critique « radicale » à propos de la ville. Et ceci parce que, pour nous, c’est-à-dire pour les gens qui n’ont pas renoncé aux idéaux d’une transformation sociale autre que celle imposée par l’évolution du capitalisme [2], la recherche urbaine se trouve à la croisée des chemins. L’alternative est claire : nouveau cours ou alignement ?
Pour commencer, il faut revenir aux causes de ce que nous pouvons appeler une « dépolitisation » des problématiques au cours des années 80-90 du siècle dernier. Je proposerai quelques hypothèses et analyses sur cette évolution — ou plutôt sur cette involution — idéologique dans le champ de la recherche urbaine, un phénomène qui n’est pas exclusif de l’Espagne, et qui a caractérisé l’ensemble des pays du sud de l’Europe, la France en premier lieu. J’ai traité spécifiquement de cette affaire dans le chapitre d’un livre publié en espagnol en 2006 aux éditions Virus [3]. Mais ce que je pensais et écrivais à ce moment-là ne me paraît plus tout aussi valable aujourd’hui. Non pour ce qui est des causes du succès puis de l’éclipse de la pensée critique sur l’urbain, mais en ce qui concerne la perspective assez pessimiste où s’inscrivait mon interprétation. En effet, depuis quelques années, au moins en France, on observe un début de réveil de cette pensée, en particulier dans le domaine de la géographie urbaine et, dans une moindre mesure, dans celui de la sociologie urbaine. Il s’agit d’un réveil encore timide, sans échos dans les institutions qui forment les architectes et les urbanistes. Il n’a pas non plus encore donné naissance à un courant critique nouveau au sein des disciplines mentionnées, même si la thématique ambiguë de la « justice spatiale » gagne en influence dans la géographie urbaine. À cela, il faut ajouter qu’aucun penseur anticonformiste de haut niveau n’a émergé en France au point de s’imposer dans le champs scientifique, même local.
Cependant, ce réveil embryonnaire est évident. Il se manifeste principalement au travers de la découverte ou de la redécouverte de deux auteurs marxistes, l’un importé, le géographe anglais David Harvey, et l’autre exhumé, le sociologue français Henri Lefebvre. Du premier, des livres et des articles ont commencé à être traduits en français ; du second, on réédite peu à peu des morceaux de son œuvre. Et, bien qu’ils soient encore minoritaires parmi les nouvelles générations, des professeurs et des chercheurs sont de plus en plus nombreux à trouver dans ces écrits une source d’inspiration, à tel point que des collègues plus âgés qui avaient abandonné depuis longtemps leurs positions « contestataires  » de jeunesse, et même des réformistes ou des réformateurs de toujours qui n’avaient jamais partagé ces idéaux, se mettent maintenant à « prendre le train en marche  » pour ne pas paraître « dépassés », qualificatif disqualifiant qu’eux-mêmes avaient précisément l’habitude d’accoler jusqu’à ’il y a peu aux approches matérialistes et progressistes du phénomène urbain.