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jeudi 4 décembre 2025

Entretien avec Henri Lefebvre (1972). Note sur l'impasse de la "révolution urbaine"

 

 

 Vers 11mns, Henri Lefebre dit : "On a mis entre 1960 et 70 des espoirs illimités, insensés dans l'urbanisme. On allait constituer une grande science nouvelle et une science immédiatement efficace: une science de la vie sociale. L'échec est complet, total, absolu."

Cependant, pour lui, il ne s'agit que d'un "échec administratif" et il croit encore en une élaboration à venir, à construire (pourrait-on dire) du "temps-espace". La chimère du quotidien comme mille-feuille phénoménologique à creuser, cette projection du poétique sur la ville qui devrait en rester là, continue.

 

Mais justement il ne construit pas sa petite situation sans avenir (Ivan Chtcheglov). Il veut encore la grande, l'infinie, l'idéale.

La chimère vaut toujours tant qu'elle vient de lui: idéalisme performatif, pas de ciment, pas de mortier.

Pas de valeur d'usage réelle à laquelle se confronter.

Le niveau de l'artiste, de Jorn par exemple avec Albisola, est plus concret et vrai. Même si plus limité en apparence. Mais c'est un ilôt matériel auquel se rattacher et unir à d'autres, à des parcours aussi, eux aussi réels et concrets.

Lefebvre est amplement responsable de l'impasse "utopique urbaine" contre la dictature de marché. Cette révélation arrive toujours au bout de sa logique alors qu'elle est le déjà-là permanent, l'ennemi premier, celui que les élucubrations idéalistes ne peuvent mettre de côté qu'un temps: le pari de la marge contre l'impérialisme est forcément déceptif.

La poésie est une arme de circonstance pas un objectif.


mardi 26 août 2025

Guy Debord: "Deux notes inédites sur l'architecture" (1959)

 SOURCE: Guy Debord, Œuvres, Quarto Gallimard, 2006, p. 497.

Réflexions sur l'architecture

Amsterdam 29 mai-2 juin 59 

1

Le problème de l'architecture n'est pas d'être vu du dehors, ni de vivre dedans. Il est dans le rapport dialectique intérieur-extérieur, à l'échelle de l'urbanisme (maison-rues) et à l'échelle de la maison (intérieur-extérieur).

2

Toutes les façades de la maison déterminent un "espace clair" dont la fonction est de jouer sur la contradiction ouverture-fermeture.

3

Construire toute une ville pour y faire l'amour à une seule fille, quelques jours.

4

La notion de "chambre de rue" (H.O.) renverse la fausse distinction des ambiances ouvertes et fermées. L'ambiance fermée elle-même s'ouvre sur l'ambiance ouverte (que des ambiances fermées délimitent).

Har Oudejans, un des deux architectes hollandais – l'autre étant Anton Alberts – qui avaient rejoint l'I.S. en mars 1959 (un an plus tard, ils furent exclus pour avoir accepté de construire une église à Volendam). 

 

Sur le complexe architectural

Cf. Ors. L'attitude baroque (= contradiction) par excellence c'est vouloir à la fois suivre la procession et la regarder passer (être dans la maison et la voir – depuis une maison annexe).

Eugeno d'Ors, Du Baroque. 

 

 

mardi 12 mars 2024

Trailer: Wheel of ashes ( Peter Emanuel Goldman, USA-France, 1970)


 À Saint-Germain-des-Prés, l'errance d'un homme tiraillé entre quête spirituelle et désir charnel. Traqué par la caméra, Pierre Clémenti, somnambule diaphane et magnétique, vit entièrement son personnage dans un tableau saisissant de Paris à la veille de Mai 68. D'une pureté lyrique, le film, en partie financé par Godard, est le chaînon manquant entre Nouvelle Vague et underground new-yorkais.

Mouais...ça a l'air suffisamment chiant pour se le tartiner en entier.

La Rue (Die Strasse, Karl GRUNE, Allemagne, 1923)


 La rue, comme lieu de tentation et de mauvaises rencontres. Un petit bourgeois à la vie monotone se fait aspirer par les trépidations noctambules de la grande ville. Ombrée de traits expressionnistes, l'œuvre de Grune tire sa modernité des superbes séquences avant-gardistes. Un modèle de Strassenfilm (film de rue), avant les fleurons du genre, La Rue sans joie (Pabst) et Asphalte (Joe May).

mercredi 25 octobre 2023

La Taverne des Révoltés, une mise en poème par Gil J. Wolman

 C'ÉTAIT BIEN LÀ

La Taverne des Révoltés c’était un rade à Aubervilliers les autres jouait à la grenouille on buvait le vin et le monde on roulait l’herbe et le monde il y a si longtemps la mémoire ne suffit pas ce vin là ne se boit plus trop rouge trop tendre l’herbe trop beaucoup trop la grenouille trop de fois fait le monde une seule nuit blanche n’y suffit pas trop noire la nuit on ne retrouve pas la Taverne des Révoltés à Aubervilliers peut-être rue des Fillettes non pas rue des Fillettes trop vrai pour être belles peut-être rue du Pont blanc ou Port blanc on ne sait plus c’était blanc mais ce n’était pas un port ou un pont ce n’était pas rue des Noyers Jean-Louis habitait rue des Noyers à Aubervilliers aujourd’hui Jean-Louis ne vit plus à Aubervilliers comme François ne vit plus rue Paul Appel à Paris est-ce qu’il y avait déjà une rue Lautréamont quand on buvait le vin et le monde une rue Arthur Rimbaud quand on roulait l’herbe et le monde une rue Lopez et Jules Martin quand les autres jouaient à la grenouille quand on faisait le monde la nuit n’était pas assez blanche est ce qu’il y avait déjà une rue Emile Raynaud qui a écrit le mouvement au cinéma ce n’était pas impasse Bordier  ou Pressin à Aubervilliers la Taverne des Révoltés ni rue Saint Denis d’ailleurs on avait aboli les saints on ne disait plus Saint Denis on disait rue Denis on habitait rue Denis à Paris c’est un peu plus tard dans le temps un peu plus tôt dans la nuit passant par le quai Adrien Agnès on est revenu à Aubervilliers pour croiser Charlotte au Bouquet où Dada jouait aux échecs la Taverne des Révoltés n’était pas dans les quelques allées d’ Aubervilliers allée des lilas des myosotis Marcel Nouvian Pierre Prual Paul Eluard on devait passer par la rue du Landy il y avait un pont du Landy une rue de la gare une rue des Quatre chemins et du chemin vert un chemin du pré clos un chemin de l’échange beaucoup plus tard on a fait quelques tableaux dans un atelier à Aubervilliers c’était loin la Taverne des Révoltés la Taverne des Révoltés c’était peut-être rue de la Goutte d’or à Aubervilliers rue Goulet rue Schaeffer rue du Pilier rue de la Haie coq rue Louis Fourrier rue Nicolas de Staël rue Firmin Gemier rue Léopold Réchossière rue Charron rue des écoles rue Sadi Carnot rue de la République rue Trevet rue Victor Hugo rue Heurtault allée Chantilly rue des cités rue du président Roosevelt rue Gaëtan Lamy rue Villebois Mareuil rue des Tilleuls rue Maladrerie rue Lécuyer comme dans les portes de la nuit rue Fabien rue Buisson rue André Karman rue Solférino rue Balzac ou Pasteur rue Désiré Lemoine rue Régine Gosset rue Gabriel Rabot rue Gaston Carré rue Henri Barbusse rue Félix Faure et de la poste à Aubervilliers la Taverne des Révoltés c’était peut-être rue de Crèvecœur ou Jean Jaurès mais l’avenue ou l’impasse ?

 Source: Gil Joseph WOLMAN, C'était bien là, La banlieue, éd. du centre Georges Pompidou, Paris, 1987; Gil Joseph WOLMAN, Défense de mourir, éd. Allia, Paris, 2001, pp. 41-42.