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dimanche 11 octobre 2026

COMMENT LE COUPLE LANG-MOLLARD A « TUÉ LA PEINTURE » DANS LES ANNÉES 80

 
 
You said:
En France, les années 70 représentent-elles la dernière période faste pour la peinture vivante, en particulier figurative ?

Copilot said:
Oui, à bien des égards, on peut considérer les années 1970 comme la dernière grande période de centralité institutionnelle de la peinture figurative vivante en France, mais avec plusieurs nuances importantes.
Pourquoi les années 1970 apparaissent comme un dernier âge d'or ?
Durant les années 1960 et 1970, la peinture demeure encore l'un des médiums dominants du monde de l'art. Même lorsque l'avant-garde privilégie le conceptualisme, l'art minimal ou les pratiques performatives, de nombreux peintres figuratifs occupent encore une place visible dans les galeries, les salons, la critique et les collections publiques.
Cette période est marquée par plusieurs phénomènes simultanés : la persistance de la Nouvelle Figuration ; le succès de la Figuration narrative (Monory, Rancillac, Fromanger, Télémaque) ; la présence encore forte d'artistes issus de l'après-guerre comme Rebeyrolle, Bacon à Paris, Alechinsky ou Aillaud ; un marché qui reste largement structuré autour de l'objet pictural.
La peinture est alors encore perçue comme un langage capable de commenter le monde contemporain, la politique, la société de consommation et les médias.

Le basculement des années 1980

Paradoxalement, les années 1980 voient un retour international de la peinture : Trans-avant-garde italienne ; Néo-expressionnisme allemand ; Figuration libre en France avec Combas, Di Rosa, Blanchard. Mais en France, ce retour ne retrouve jamais le statut central que la peinture avait auparavant.
C'est précisément dans les années 1980 que se met en place l'écosystème institutionnel actuel : création des FRAC ; montée en puissance des centres d'art ; influence croissante des théories conceptuelles et postmodernes, valorisation de l'installation, de la vidéo et des pratiques interdisciplinaires.
La peinture continue d'exister, parfois avec succès commercial, mais elle cesse progressivement d'être le médium privilégié des institutions de légitimation.
Le cas particulier de la peinture figurative
La situation est encore plus marquée pour la figuration. Après la Figuration narrative, une partie importante du monde de l'art français développe une méfiance envers le récit, la représentation, l'image traditionnelle, les références à l'histoire de la peinture.
Pendant près de trente ans, entre les années 1980 et les années 2000, beaucoup d'artistes figuratifs ont le sentiment d'évoluer à la périphérie de la reconnaissance institutionnelle.
Une situation assez différente de celle observée en Allemagne avec Baselitz, Richter, Kiefer ; en Grande-Bretagne Freud, Hockney ; aux États-Unis avec Katz, Fischl puis la génération de Currin ou Saville.
Depuis les années 2000, on assiste à un retour spectaculaire de la peinture dans le monde entier. Plusieurs phénomènes y contribuent : fatigue vis-à-vis du tout-conceptuel, retour de l'objet matériel, importance des réseaux sociaux favorisant l'image peinte.
Aujourd'hui la peinture est probablement le médium le plus puissant du marché international. En revanche, en France, il existe toujours un décalage entre la puissance économique et culturelle de la peinture contemporaine et sa place dans les institutions d'art héritières des années 1980-1990.
C'est précisément ce décalage qui nourrit de nombreux débats.
Plutôt que de dire « Les années 1970 furent la dernière période faste de la peinture figurative vivante en France. », je dirais : « Les années 1970 constituent probablement la dernière période où la peinture figurative occupait encore une position centrale et largement consensuelle dans le système français de légitimation artistique. Après elle a cessé d'être le langage dominant des institutions contemporaines. »
C'est d'ailleurs l'une des clés pour comprendre un paradoxe français : alors que la peinture demeure extrêmement vivante chez les artistes et les collectionneurs, une partie de l'appareil institutionnel construit depuis les années 1980 s'est développée autour d'autres paradigmes esthétiques, ce qui a créé une dissociation durable entre vitalité picturale et reconnaissance institutionnelle.

analyse de la rupture institutionnelle de 1982 ?

La rupture de 1982 est une thèse historiographique très féconde pour comprendre l'art contemporain français. Elle ne désigne pas une disparition de la peinture, mais un changement du régime de légitimité artistique.
Pourquoi 1982 ?
1982 est l'année de création des FRAC (Fonds régionaux d'art contemporain) dans le contexte des grandes politiques culturelles de Jack Lang et de la décentralisation.
Ce qui change n'est pas seulement le financement mais le système entier de validation de l'art qui se transforme.
La rupture est d'abord structurelle.
Dans le système antérieur, un peintre pouvait construire une carrière à travers les galeries ; les salons ; les critiques d'art ; les collectionneurs privés ; les musées de beaux-arts. La reconnaissance passait essentiellement par l'objet artistique.
Après 1982, une partie croissante de la reconnaissance passe par les centres d'art, les FRAC, les écoles d'art, les réseaux de commissaires, les commandes publiques et résidences.
L'artiste doit être visible dans un écosystème institutionnel.
La peinture devient un médium parmi d'autres, c'est probablement là le point décisif.
Le modernisme du XXe siècle avait encore fait de la peinture la référence implicite. Même lorsqu'on attaquait la peinture, on la considérait comme centrale.
Le nouvel appareil institutionnel est fondé sur un principe inverse :
Aucun médium ne doit être privilégié. Une installation, une vidéo, un protocole, une archive, une performance ou une peinture sont théoriquement placés sur le même plan.
Cette égalisation des médiums favorise naturellement les pratiques expérimentales au détriment des médiums historiques.

Pourquoi la figuration est particulièrement touchée ?
La Figuration narrative avait été très visible dans les années 1960-1970.
Mais les années 1980 voient monter le post-structuralisme ; les théories critiques ; l'esthétique conceptuelle ; les approches contextuelles.
La représentation figurative est parfois perçue comme trop traditionnelle, trop attachée à l'objet, trop liée à l'expression individuelle, insuffisamment critique.
Cette attitude n'est jamais devenue une doctrine officielle, mais elle a fortement influencé une partie du milieu.
Une nouvelle figure dominante : le commissaire
Avant la rupture, le critique tenait souvent le rôle central.
Après 1982 apparaît progressivement la figure du commissaire d'exposition contemporain. Celui-ci ne sélectionne plus seulement des œuvres mais il construit un discours, une problématique, un dispositif, un parcours. L'exposition devient parfois plus importante que chacune des œuvres qui la composent.
Pour la peinture de chevalet, cette évolution n'est pas toujours favorable.

Le paradoxe demeure que la peinture n'a jamais cessé d'exister.
Pendant les décennies 1990-2020 les ateliers continuent de produire, les collectionneurs continuent d'acheter, les foires montrent aussi la peinture et le marché international valorise encore des peintres. Mais une partie des mécanismes de consécration publique demeure organisée autour de catégories élaborées dans les années 1980. D'où un décalage durable entre le succès des peintres dans le marché et leur visibilité dans certaines institutions.
La rupture de 1982 oppose deux modèles culturels :
Le modèle moderne
L'institution cherche les meilleures œuvres. La question principale est « Qui est le grand artiste ? »
Le modèle contemporain
L'institution cherche à produire des discours sur le présent. La question devient « Quel projet permet de penser le monde actuel ? »
Dans le premier modèle, la peinture est naturellement avantagée, dans le second, elle devient simplement une possibilité parmi d'autres.
C'est pourquoi beaucoup d'observateurs ont eu le sentiment que la peinture figurative avait été marginalisée après 1982. En réalité, elle a surtout perdu son statut historique de médium de référence au moment même où l'institution française redéfinissait sa mission autour de la production du contemporain plutôt que de la continuation des beaux-arts.

You said:
Examinez le rôle de Jack Lang ?

Copilot said:
Le rôle de Jack Lang est central, mais il faut éviter deux simplifications opposées :
le présenter comme l'homme qui aurait « tué la peinture » ; le présenter comme un simple administrateur neutre.
En réalité, il est le principal architecte d'une refondation institutionnelle dont les conséquences ont profondément modifié la place de la peinture dans le système français.
Jack Lang n'est pas un théoricien de l'art contemporain et son projet reste avant tout politique.
Lorsqu'il arrive au ministère en 1981, il souhaite transformer la place de la culture dans la société et élargir considérablement le champ de l'action publique. Cela passe par le doublement du budget du ministère de la Culture ; la décentralisation culturelle ; le soutien à de nouvelles disciplines ; la création ou le renforcement d'instruments publics comme les FRAC. L'objectif affiché est la démocratisation culturelle et l'élargissement de la notion même de culture.
L'acte historique majeur est la création des FRAC en 1982. Leur mission est d'acquérir des œuvres d'artistes vivants, de constituer des collections et de diffuser l'art contemporain sur tout le territoire.
Avant 1982, la légitimation artistique reposait largement sur les galeries, les collectionneurs, les critiques, les musées.
Après 1982, un vaste réseau public commence progressivement à jouer un rôle de sélection et de consécration. Les FRAC deviennent des acheteurs majeurs d'œuvres contemporaines et un relais essentiel entre artistes, écoles d'art et institutions territoriales.
Rien dans les textes fondateurs des FRAC n'exclut la peinture. Mais le nouveau système valorise particulièrement l'expérimentation ; les nouvelles formes ; les pratiques conceptuelles ; les installations ; les démarches interdisciplinaires.
Cela découle de la définition même du contemporain adoptée par une partie des décideurs et conseillers de l'époque. Ainsi, la peinture perd son statut implicite de médium dominant.
Le rôle des conseillers
L'histoire institutionnelle montre également que Jack Lang délègue beaucoup à des personnalités spécialisées, notamment dans le domaine des arts plastiques. Parmi elles figure Claude Mollard, souvent considéré comme l'un des principaux concepteurs administratifs du dispositif des FRAC.
Autrement dit Lang fournit la vision politique et l'administration culturelle construit les outils et les commissions d'acquisition définissent les orientations esthétiques. C'est un phénomène collectif plus qu'individuel.

Les critiques adressées au système
Dès les années 1980, certains observateurs dénoncent un biais institutionnel contre la peinture figurative et la Nouvelle Figuration. On trouve déjà ce reproche dans les débats autour des collections et expositions des FRAC.
La critique ne porte donc pas seulement sur les œuvres acquises, mais sur la constitution d'un nouvel espace de reconnaissance où certaines pratiques semblent davantage valorisées que d'autres.
Si l'on adopte une lecture de longue durée, Jack Lang apparaît moins comme le responsable d'une marginalisation de la peinture que comme le fondateur d'un nouveau modèle culturel.

You said:
Analysez le rôle de Claude Mollard ?

Copilot said:
Si l'on cherche le véritable architecte de la rupture institutionnelle de 1982 dans le domaine des arts plastiques, il faut probablement regarder autant du côté de Claude Mollard que de Jack Lang.
On pourrait résumer la situation ainsi : Jack Lang fournit l'énergie politique ; Claude Mollard construit la machine.
Un haut fonctionnaire exceptionnellement influent
La singularité de Claude Mollard tient à son profil.
Avant son arrivée auprès de Jack Lang, il participe à la création du Centre Georges-Pompidou, dont il devient notamment secrétaire général. Il occupe ensuite diverses responsabilités dans les institutions culturelles avant d'entrer au cabinet du ministre en 1981.
Contrairement à beaucoup d'administrateurs culturels de l'époque, il ne pense pas seulement en termes de subventions ou de patrimoine.
Il pense en termes d'institutions, de réseaux, d'organisation territoriale, d'ingénierie culturelle.
Les sources indiquent que Claude Mollard est à l'origine de la création de la Direction des arts plastiques (DAP), dont il devient délégué à partir de 1982, cette réforme est capitale.
Avant lui, les arts plastiques occupent une place relativement fragmentée dans l'administration culturelle. Après apparaît un appareil capable de financer, d'acheter, de diffuser, de commander, c'est un changement d'échelle.
Les FRAC sont créés en 1982 par Claude Mollard, alors premier délégué général aux arts plastiques, c'est un point souvent oublié. Dans l'imaginaire collectif, les FRAC sont associés à Jack Lang.
Les FRAC répondent à plusieurs objectifs simultanés : constituer des collections d'art contemporain ; diffuser l'art sur tout le territoire ; soutenir les artistes vivants ; sensibiliser le public et dynamiser un marché français jugé insuffisamment développé.
Dans le modèle ancien, l'attention se concentrait principalement sur l'artiste, l'œuvre, le musée, la galerie.
Avec Claude Mollard, l'objet principal devient progressivement l'écosystème culturel.
On passe d'une logique de chefs-d'œuvre à une logique de circulation des œuvres ; d'une logique de patrimoine à une logique de réseau. Cette transformation correspond parfaitement à ce que lui-même appellera plus tard « l'ingénierie culturelle ».

Pourquoi la peinture a perdu sa position dominante ?
Claude Mollard n'est pas vraiment hostile à la peinture. D'ailleurs, ses centres d'intérêt personnels sont beaucoup plus larges que le seul art conceptuel.
En revanche, le système qu'il met en place produit un effet structurel. Toute pratique artistique devient théoriquement légitime, la peinture cesse donc d'être la norme implicite ; la notion de projet gagne de l'importance, la médiation et la diffusion deviennent essentielles. Autrement dit, il dé-hiérarchise les médiums.
Claude Mollard est moins l'homme qui a promu l'art contemporain que celui qui a institutionnalisé le pouvoir de l'art contemporain. Son héritage principal n'est pas esthétique, il est organisationnel.
Les générations suivantes de directeurs de FRAC, de centres d'art, de commissaires, d'écoles d'art et d'administrations vont travailler à l'intérieur d'un cadre qu'il a largement contribué à élaborer.
Dans une perspective institutionnelle longue, si André Malraux est souvent considéré comme le fondateur du ministère de la Culture moderne, on pourrait voir Claude Mollard comme l'un des principaux fondateurs de la France de l'art contemporain telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui. Cette influence est probablement plus profonde et plus durable que celle de nombreux critiques ou commissaires pourtant beaucoup plus visibles médiatiquement.

You said:
Analysez l’impact sur la peinture ?

Copilot said:
L'impact sur la peinture est considérable, mais il ne faut pas le comprendre comme une disparition de la peinture. Il s'agit plutôt d'une perte de souveraineté culturelle.
Je distinguerais cinq niveaux.
1. La fin de la peinture comme langage de référence
Avant les années 1980, même ses adversaires raisonnaient par rapport à la peinture.
L'abstraction, le Nouveau Réalisme, Supports/Surfaces ou la Figuration narrative restaient des mouvements définis par rapport à une histoire essentiellement picturale.
Le monde de l'art fonctionnait encore selon une hiérarchie implicite peinture, sculpture, autres pratiques.
Le système construit autour de Claude Mollard et de la Direction des arts plastiques vise au contraire à placer tous les médiums sur un plan théoriquement égal.
La première conséquence est symbolique, la peinture cesse d'être la mesure de toutes les choses.
C'est probablement le changement le plus profond.
2. Le déplacement du critère de valeur
Avant la rupture institutionnelle, on demandait souvent : Cette œuvre est-elle une grande peinture ?
Après la rupture, la question devient davantage : Cette proposition produit-elle du sens dans le champ contemporain ?
Cette évolution favorise l'installation ; la vidéo ; la performance ; les pratiques relationnelles ; les démarches conceptuelles. Non parce qu'elles seraient intrinsèquement supérieures, mais parce qu'elles répondent souvent plus immédiatement à la logique du projet, de l'événement et du discours. La peinture, particulièrement figurative, demeure liée à une temporalité plus lente : atelier ; maîtrise technique ; histoire des formes ; durée.
3. La transformation des acquisitions publiques
Les FRAC sont créés pour soutenir l'art vivant, acquérir des œuvres contemporaines et diffuser les nouvelles formes artistiques sur le territoire. Le résultat est que les artistes vont progressivement adapter leur stratégie. L'écosystème récompense davantage l'innovation formelle ; l'expérimentation ; le caractère inédit d'une proposition. Pour la première fois depuis plusieurs siècles, un jeune artiste peut construire une carrière institutionnelle significative sans peindre du tout.
4. L'affaiblissement particulier de la figuration
C'est sans doute le point le plus sensible. La peinture abstraite possédait déjà un important capital de légitimité moderne. La peinture figurative, elle, souffre davantage parce qu'elle évoque la tradition, la narration, l'image, le sujet.
Or les années 1980-2000 correspondent à une période où une partie du discours critique valorise davantage la déconstruction, les systèmes, les dispositifs, les protocoles. Il existe alors un sentiment durable, chez de nombreux peintres figuratifs, d'être devenus périphériques dans la consécration institutionnelle.
5. Un paradoxe historique
La rupture institutionnelle produit un résultat paradoxal, dans les institutions la peinture perd sa centralité, dans le marché la peinture reste dominante. Dans les ateliers la peinture demeure omniprésente. Dans le goût du public la peinture conserve une force considérable. Autrement dit, le système de reconnaissance et la pratique réelle des artistes commencent à diverger. C'est un phénomène assez spécifiquement français.
Une hypothèse plus radicale
Si l'on regarde l'histoire sur cinquante ans, l'effet principal de la réforme Lang-Mollard n'est peut-être pas d'avoir marginalisé la peinture. Il serait d'avoir créé une situation où l'art contemporain institutionnel, la peinture contemporaine, le marché, le public, suivent désormais des trajectoires relativement autonomes. Avant 1982, ces mondes étaient beaucoup plus imbriqués. Après 1982, ils tendent à se séparer. C'est pourquoi vous pouvez avoir aujourd'hui un peintre admiré par les collectionneurs, très visible dans les foires internationales, et pourtant presque absent de certaines institutions publiques. Inversement, un artiste très présent dans les réseaux institutionnels peut avoir une visibilité beaucoup plus réduite auprès du public général. De ce point de vue, la véritable conséquence historique de Claude Mollard n'est peut-être pas la marginalisation de la peinture mais la création d'un système où la légitimité institutionnelle ne dépend plus prioritairement de la peinture, alors qu'elle en dépendait depuis la Renaissance.

jeudi 1 octobre 2026

Le massacre de Sabra et Chatila est bien un génocide israélien (suite)

 SOURCE https://www.legrandsoir.info/le-massacre-de-sabra-et-chatila-est-bien-un-genocide-israelien-suite.html

Jacques-Marie BOURGET

Depuis 44 ans une légende écrite et entretenue par les sionistes et leur amis tente de nous faire croire que le massacre de Sabra et Chatila n'a rien à voir avec Israël. Eh bien non, cette barbarie a bien été planifiée par Sharon et ces sbires.

« L’étude des massacres de Sabra et Chatila met en exergue un continuum de génocides depuis la Nakba. L’objectif commun de 1948 à 2023 est l’extermination des Palestiniens, une extermination systématique qui ne concernent pas les seuls combattants mais comprend la totalité des civils. Si l’agencement tactique d’Israël a pris des formes différentes selon les contextes, c’est la bien destruction du tissu social palestinien qui est à chaque fois visée.
La mise en regard du présent avec le contexte de Sabra et Chatila permet de remettre au cœur du processus génocidaire le laisser faire international. Il n’est en effet pas possible de penser le génocide sans se référer au contexte international qui l’accompagne. « We are destroying everything that remains in Gaza, the world isn’t stopping us », annonce très justement Smotrich (ministre des Finances d’Israël).
En 1982, les responsables Américains, ne prenant aucune sanction contre Israël, ont non seulement cautionné les massacres mais ont permis au génocide de se faire. Un laisser-faire qui va progressivement augmenter pour arriver à la forme entièrement internationalisée du génocide actuel. »
Voilà. Les mots sont lourds comme ces tas de cadavres Palestiniens qui s’entassent dans des fosses et les tombes depuis 1948. Ces phrases ont été écrites par Leila Seurat, chercheuse au Centre arabe de recherches et d’etudes politiques de Paris (CAREP), associée au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) et à l’Observatoire des mondes arabes et musulmans (OMAM). Si l’on ajoute que sont père est mort au Liban à l’état d’otage, prisonnier d’une faction islamiste, on peut lui faire confiance. Depuis les origines l’objectif réel du sionisme, finalement avoué aujourd’hui par Netanyahou et ses séides, est de donner le choix aux Palestiniens entre l’épuration ethnique et le génocide. L’analyse de ce qui s’est passé à Sabra et Chatila en septembre 82, est instructive puisque ce massacre n’est donc qu’une phase de cette politique en continuum qui, aujourd’hui, veut exterminer Gaza. Et demain la Cisjordanie.

Bien avant cet automne 82 à Beyrouth, Ariel Sharon, le ministre de la Défense d’Israël, et les leaders phalangistes (chrétiens libanais) se sont entendus pour une élimination de « tous » les Palestiniens, et pas seulement les membres de l’Organisation de Libération de la Palestine. Pour mener à bien ces expulsions ou ces crimes, les deux partis agissent de concert. Dans ce but, l’extermination, des Phalangistes vont s’entrainer en Israël. Et Rafaël Eitan, le chef d’état major, exige que ces chrétiens, en transit en Israël, soient traités comme des « soldats de Tsahal ». Sharon radote de plus en plus : « Il faut libérer le Liban des terroristes ». Faut-il préciser qu’à ses yeux tout enfant d’aujourd’hui est un tueur de demain... C’est dans cet esprit qu’en juin 82 Israël envahi le Liban Sud pour en chasser les Palestiniens. Et occupe le pays sur une zone de 43 kilomètres au-delà de la frontière. Sous la pression israélo-américaine les combattants de l’OLP doivent quitter le Liban et sont répartis entre différents pays arabes. Une Force Internationale d’Interposition, composée de soldats américains, italiens et français, doit assurer la sécurité des civils palestiniens toujours réfugiés dans les camps.

Le 14 septembre le tout nouvellement élu président du Liban, Bachir Gemayel, est assassiné dans un attentat. Celui-ci est le prétexte attendu par Sharon et ses alliés : « il faut liquider les 3 000 terroristes toujours présents dans le pays »... L’armée israélienne remonte et occupe Beyrouth, à quelques mètres des camps palestiniens. Mystérieusement, et cette tragique énigme reste encore vivante, la Force Multinationale qui a pour mission d’assurer la sécurité des malheureux déracinés s’est envolée avec le feu vert de Mitterrand. Les chars de « Tsahal » sont sur le paillasson des palestiniens.

Le 15 septembre, coordonnées avec des officiers israéliens, les troupes phalangistes se dirigent vers Sabra et Chatila, via l’aéroport de Beyrouth. Le 16 les militaires hébreux tirent des obus éclairants afin de faciliter l’entrée dans les camps, à la fois de membres de son unité d’élite « Sarayet Matkal » et celle des tueurs phalangistes. La barbarie commence.
Les 16 et 17 la Maison Blanche est informée d’un possible massacre. Reagan qui se dit alors prêt à favoriser la création d’un état Palestinien, et entend garder des amis dans le monde Arabe, s’oppose à toute forme de violence. Il le fait savoir par l’intermédiaire de son conseiller chargé du Proche Orien, Morris Draper. :
« Nous avons toujours pensé que vous auriez dû rester dehors ».
C’est sans compter avec Sharon qui est à la limite de l’insulte :
« Que vous l’ayez pensé ne nous importe pas... Quand l’existence et la sécurité de notre pays est en jeu, tout est de notre responsabilité, on ne laissera jamais personne d’autre décider pour nous.’
Et Sharon de continuer de hurler sa rengaine :
« Qui va nous débarrasser des 3 000 terroristes toujours présents ? C’est vous ? »
(Si nous pouvons restituer aujourd’hui ce dialogue Sharon-Draper, c’est grâce au magnifique travail du chercheur Seth Anziska qui, ayant accès à des documents secrets, a copié le verbatim de cet entretien musclé.)

Finalement Reagan capitule et donne 48 heures aux israéliens pour rentrer chez eux. Entre ce moment, qui est un feu vert, et le retour vers Israël il y aura le temps pour un génocide jamais condamné, celui de Sabra et Chatila. Massacre voulu et programmé par Israël. Continuer de mettre cette barbarie sur le compte des reitres phalangistes est un légende forgée par la « Hasbara », l’atelier où les sionistes forgent leurs mensonges.

Jacques-Marie BOURGET

A Sabra et Chatila : j’ai assisté au génocide programmé par Israël (Jacques-Marie BOURGET)

 SOURCE https://www.legrandsoir.info/a-sabra-et-chatila-j-ai-assiste-au-genocide-programme-par-israel.html

 

Le 18 septembre 1982, avec mon ami photographe Marc Simon, nous avons découvert le massacre de Sabra et Chatila. Une barbarie voulue et organisée par Sharon et ses complices. Au mois de décembre suivant, l'Assemblée générale de l'ONU va déclarer la tuerie de masse "acte de génocide". Après la vision de cet apocalypse nous reviendrons sur les raisons du crime et ses responsables qui, contrairement à un mensonge mondialisé, ne sont pas les phalangistes libanais.

Un peu avant 7 heures, le samedi 18 septembre, nous grimpons dans un taxi qui nous dépose moins d’une demi-heure plus tard à l’entrée de Sabra. Exactement là où nous étions la veille, Marc et moi, la place est toujours vide mais les enfants ont disparu et les armes cessé leur tapage. Nous nous engageons dans la grande allée vide. L’avenue est plus en désordre qu’à l’habitude alors que les Palestiniens s’efforcent de fignoler les abords de leur bidonville, histoire de maintenir l’ image d’une dignité. Cette fois des tôles, des poubelles éventrées et des gravats sont venus s’ajouter à la misère du décor. Sur la droite, les corps de deux hommes. dont celui d’un vieillard très maigre. Ses assassins l’ont allongé sur une grenade dégoupillée dont on aperçoit la « cuillère » prête à s’ouvrir. Celui qui déplace le cadavre est certain de mourir. Pour les pervers, la guerre du Liban est l’occasion de montrer le pire. Comme son ami d’à côté, l’homme qui repose sur la grenade a été liquidé d’une balle dans la tête.
Peu après ce point où gisent ces deux ancêtres morts, attirés par le bruit lointain d’un moteur -celui d’un char ou d’un bulldozer ?- nous nous enfilons dans une passe étroite. Puis le chemin se fait plus large. il dessine même une placette où s’ouvre une grange utilisée comme garage, son entrée est large et haute, avec un étage au dessus de la voute, un gros véhicule américain est parqué dans la pénombre. Comme la queue d’un monstre un puissant câble d’acier lié à une chaîne est attaché au crochet de remorque de cet engin, un homme gît à quelques centimètres. Sur la gauche, une dizaine de corps sont coincés entre le pick-up et le mur. d’autres cadavres, comme des sacs de ciment, ont été jetés dans la benne de la camionnette. Autour et jusque sur le terre-plein, à l’entrée du garage, encore d’autres corps. Sans avoir à bouger pour en voir davantage, nous comptons vingt-quatre suppliciés, tous des hommes de moins de quarante ans. Pour l’un d’eux, une déchirure du pantalon montre qu’il a été émasculé. les têtes éclatées et écarlates, violettes du sang injecté en hématome. Écrites dans la poussière nous voyons les traces de ce qui s’est passé ici. Les tueurs ont traîné leurs victimes, pieds et mains liés par du fil de fer, le câble d’acier passé autour des cous. D’une poutre pend un crochet comme celui d’un boucher. Ce garage est un atelier dans lequel on a forgé la mort.

Nous sommes comme ces flics de la police scientifique quand ils s’installent sur la scène du crime. Surtout bien voir, écrire les détails, ne rien oublier. Qui va nous croire ? L’esprit déraille et laisse place à un cerveau commuté sur le mode pilotage automatique. On se voit agir comme si l’on était un autre. Je deviens deux pour que l’un témoigne pour le compte de son double. Avec Marc, instinctivement, nous adoptons le comportement prescrit dès que l’on pénètre dans une chapelle ardente, les mots rares et la voix basse : « À droite, à gauche, regarde, là... » le camp semble vide, personne n’apparaît aux portes, rien ne bouge. Nous avançons d’une cinquantaine de mètres. C’est une famille qui a été tuée alors qu’elle était à table, sans doute mercredi soir, les corps sont déjà décomposés. le père a été assassiné au couteau, la mère aussi, violée et les seins coupés. les adolescents sont morts d’une balle, un bébé a été écrasé à coups de marteau, de parpaing ou de crosse.
Quelques mètres encore, devant un mur percé d’une fenêtre ornée d’une grille de fer forgé, six hommes ont été fusillés. la scène paraît copiée du Dos de mayo de Goya. Nous sommes presque soulagés, voilà des morts ordinaires, ils ont eu le privilège d’échapper à la torture. À suivre, c’est une femme, violée aussi, dont le corps gonfle à la chaleur du jour sur le sol de son poulailler. À l’intérieur de sa maison, d’autres morts. une femme enceinte éventrée, un petit garçon coupé en deux, un lambeau de chair retenant encore l’autre moitié du corps.
Nous avançons. Chaque maison a été salle de torture avant d’être un tombeau. L’épouvante ? C’est bien ça. Elle nous fait oublier l’odeur, les insectes restés seuls vivants, les liquides et le sang. Au sud de Chatila devait exister une minuscule ferme : deux chevaux blancs ont été tués dans l’appentis à moitié ouvert qui leur servait d’écurie. Retenue par ses vêtements dans les épines d’un fil barbelé, une vieille femme est morte debout, tuée et accrochée comme un Christ sans croix. Par terre, en plusieurs endroits et jusqu’à Sabra, qui semble être un peu moins martyrisé que Chatila, nous retrouvons des emballages militaires vides : ils contiennent tous une brève notice rédigée en hébreu.
À vingt mètres de cette morte debout, deux pyramides de corps d’enfants. les petits garçons d’un côté, les petites filles de l’autre, un tri. Même dans le crime les sexes sont séparés. À leur arrière, comme on le fait à une noix de coco, les crânes ont été ouverts à la hache. mais les bourreaux, pourtant des hommes d’ordre, ont oublié dans la poussière les cadavres de deux petites filles, pas eu le temps de les empiler sur la pyramide des fous. L’une porte un ruban dans les cheveux, une jolie robe rose en lainage et ses pieds sont nus. Ses yeux sont ouverts vers le ciel auquel elle n’a pas eu le temps de croire. Nous sommes des mutants, ce que nous voyons détruit ce que nous étions en arrivant ici, alors que nous ne pouvions imaginer l’enfer à portée de taxi. Jusqu’à ce jour, nous n’avions jamais côtoyé d’aussi près les frontières de ce que les hommes peuvent accomplir quand ils décident d’être barbares.

Au milieu de l’équarrissage pour tous, le seul geste, celui qui apparaît possible et qui a le mérite du silence, est de pleurer. Il est le compagnon des vraies douleurs. Je vois Marc baisser la tête et tous les deux partageons une honte qui nous tombe dessus. Honte pour l’humanité.
Il y a près de deux heures que nous divaguons dans les camps de Sabra et Chatila. Seuls vivants parmi les morts. Plus bas, aux abords de la Cité sportive, le stade qui borde les camps, nous voyons enfin un homme qui ne soit pas un cadavre. Un machiniste portant un uniforme militaire sans écusson et une casquette kaki, s’applique aux commandes d’une pelleteuse. Le piocheur méticuleux a déjà creusé une fosse dans laquelle il pousse des cadavres. Notre solitude est si surprenante, et inquiétante, qu’une idée se fixe vient nous obséder : et si a coups d’engin il devenait possible d’effacer le massacre.
Marc continue de faire des photos tandis que je m’installe sur l’allée centrale des camps si jamais une voiture apparaît... après un quart d’heure en sentinelle, une Renault 4 brinquebale au loin. Le conducteur est seul. la trentaine, d’un blond un peu roux, il porte une blouse blanche et sa petite voiture le sigle de l’ONU. il s’arrête. Je vois un badge à sa blouse : « Save the Children ». Il me dit « Je suis danois, j’appartiens à l’Unicef ».
— Venez. C’est atroce. Le camp est couvert de morts.
— Est-ce qu’il y a des enfants ? »
Sa réflexion est désarmante. Rien que quelques pas et l’homme du nord est déjà incapable d’additionner ses victimes. Et des torturées, des dépecées, des découpées : le sauveur de la jeunesse est en panne de calcul.
Subitement notre arbitre de l’ONU, est aspiré par la peur. Voit et ne peut croire. Il balbutie des sons incompréhensibles et part, courant et battant des bras comme un oiseau blanc trop lourd pour s’envoler

Lors d’un de mes allers et venues, aux abords de la route, je découvre des friches terreuses d’où sortent des bras, des troncs, des têtes, des fesses. Et des traces de bulldozer indiquent l’origine de ces enterrements hâtifs. Pour ouvrir des brèches dans les maisons, les assassins ont utilisé un tractopelle, ensevelissant alors les familles entre les murs. À la fois écrasées et enterrées vivantes.

Jacques-Marie BOURGET
(A suivre).

mardi 21 avril 2026

Enero de 1982, fundación de la primera compañía de música independiente española: DRO (Discos Radiactivos Organizados)


Canciones de la guerra social contemporánea es el título de un panfleto elaborado por Guy Debord, firmado anónimamente con el seudónimo “Unos iconoclastas” y fechado en mayo de 1981. Estas coplas y rumbas détournées nunca llegaron a concretarse en disco, como tampoco el proyecto fílmico De l'Espagne de 1982. Mientras Debord seguía con su mito desfasado, en la España musical pasaba esto:
 

Nuclear Sí (El aviador Dro y sus obreros especializados)

 
A comienzos de los ochenta, Aviador Dro estaba intentando moverse dentro de una industria que no sabía muy bien qué hacer con un grupo obsesionado con sintetizadores, ciencia ficción y estética industrial. Tras su paso por Movieplay, la banda se quedó sin respaldo claro y, ante la falta de interés de otras discográficas, decidió pagar entre todos la grabación de su propio material a plazos mensuales. Ese cierre de puertas no frenó nada. En enero de 1982 levantaron DRO, siglas de Discos Radiactivos Organizados, hoy recordado como el primer gran sello independiente del pop y el rock español de esa etapa. La primera referencia del catálogo fue “Nuclear Sí”, con una tirada inicial de 1,500 copias y portadas fotocopiadas que incluso llegaron a colorearse a mano.
Lo más raro es que la idea no se quedó en salvar a una sola banda. Después de vender miles de copias de ese primer sencillo, DRO empezó a editar a otros grupos que tampoco encontraban espacio en las estructuras tradicionales, entre ellos Nacha Pop, Siniestro Total, Parálisis Permanente y Glutamato Ye-Yé. Lo que arrancó como una salida de emergencia acabó abriendo una vía real para buena parte de la música española de los ochenta. Mientras muchos grupos esperaban que una compañía los validara, Aviador Dro armó una propia y la convirtió en plataforma para una escena completa.
 

 

mercredi 30 octobre 2024