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jeudi 11 décembre 2025

Nouvelle stratégie US : Empire que tout

 SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2025/12/empire-que-tout.html?

 La nouvelle stratégie de sécurité nationale
des États-Unis respecte ceux qui ont résisté à Washington,
mais attend de ses vassaux qu'ils continuent d'obéir.

Les instances dirigeantes de l'Europe occidentale ont bradé
les intérêts des citoyens européens aux États-Unis et en subissent aujourd'hui les conséquences.

Par Tarik Cyril Amar,

historien allemand travaillant à l'université Koç d'Istanbul,
spécialiste de la Russie, de l'Ukraine et de l'Europe de l'Est,
de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre froide culturelle
et des politiques de la mémoire.
@tarikcyrilamar
tarikcyrilamar.substack.com
tarikcyrilamar.com

Les États-Unis, qui demeurent la première puissance militaire mondiale, ont publié une nouvelle stratégie de sécurité nationale . Or, comme il s'agit des États-Unis, ce qui rassure Washington contribue à l'insécurité de nombreux gouvernements à travers le monde.

Jusqu'ici, rien de bien surprenant : si vous êtes en Amérique latine, la codification de ce qu'on appelle officieusement à Washington une « doctrine Donroe », promettant encore plus d'agression et de domination de la part de la grande puissance du Nord, ne vous étonnera pas, mais elle ne vous réjouira certainement pas non plus. Si vous êtes à Taïwan, vous devriez même être soulagé, car un recul face à la politique du bord du gouffre menée par Biden contre la Chine pourrait vous épargner le sort de l'Ukraine.

Mais comme il s'agit de l'Amérique de Trump 2.0, ironiquement, nombre de ces gouvernements très inquiets appartiennent à des alliés ou des proches des États-Unis, autrement dit, à leurs clients et vassaux de facto. Et cela – pour rendre les choses encore plus curieuses – est une bonne chose. Car nombre de gouvernements et d'élites alarmés par cette nouvelle vision trumpiste de la sécurité nationale américaine ont besoin d'un retour à la réalité, et plus il sera brutal, mieux ce sera. Pour ceux qui s'agitent sous l'effet d'une russophobie auto-infligée et d'une hystérie guerrière, le moindre électrochoc ne peut être que bénéfique.

Parallèlement, certains gouvernements de premier plan, notamment la Russie et la Chine, habitués à l'hostilité irrationnelle et à l'agression constante de Washington – que ce soit par le biais de guerres par procuration, d'opérations secrètes, de tentatives de subversion idéologique ou de guerre économique – pourraient entrevoir des raisons d'un optimisme prudent. Habitués à être traités non seulement comme des rivaux géopolitiques et économiques, mais aussi comme des ennemis et des criminels à réduire à l'insignifiance par un changement de régime, Pékin et Moscou ne manqueront pas de percevoir un ton nouveau et radicalement différent.

L'authenticité et la pérennité de ce nouveau ton américain restent à prouver, notamment au vu de l'instabilité passée de Trump et de la longue tradition américaine de manœuvres douteuses et de tromperies flagrantes. Seul l'avenir dira si cette stratégie de sécurité nationale pour 2025 marque une véritable remise en question des pires traditions et des impasses actuelles de la politique étrangère américaine. Miser dessus serait naïf, mais négliger la possibilité d'une détente et d'une coopération mutuellement avantageuse, tant sur le plan politique qu'économique, serait une erreur.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi à la nouvelle Stratégie de sécurité nationale en reconnaissant que l'administration Trump est « fondamentalement » en matière de politique étrangère différente de ses prédécesseurs, que ses « réorientations » correspondent « à bien des égards à nos vues [russes] », et que ce fait offre la possibilité de « poursuivre un travail constructif en vue d'un règlement pacifique du conflit ukrainien, à minima ». M. Peskov s'est également félicité de l'aversion de la Stratégie de sécurité nationale pour l'élargissement de l'OTAN et les conflits en général, ainsi que de l'accent mis sur la recherche du dialogue et de bonnes relations. Parallèlement, a ajouté le porte-parole de Moscou, ce qui paraît positif sur le papier ne saurait empêcher l' « État profond » américain d'agir tout autrement, c'est-à-dire, de toute évidence, bien pire.

En termes diplomatiques, cela est bien moindre que l'enthousiasme démesuré et tragiquement déplacé avec lequel les dirigeants et diplomates de la fin de l'Union soviétique, tels que Mikhaïl Gorbatchev et Edouard Chevardnadze, se laissaient séduire par les belles paroles de Washington. Moscou a depuis longtemps tiré les leçons amères de la mauvaise foi américaine  : la confiance naïve n'est plus de mise et ne reviendra pas. Pourtant, la Russie est également en mesure – grâce à sa renaissance et à sa résilience, et notamment à sa victoire de facto sur la guerre par procuration menée par l'Occident en Ukraine – d'explorer avec vigilance les opportunités qui s'offrent à elle.


 

White House - National Security Strategy 2025: https://www.whitehouse.gov/wp-content...
NYT - U.S. STRATEGY PLAN CALLS FOR INSURING NO RIVALS DEVELOP (1992): https://www.nytimes.com/1992/03/08/wo...
NYT - The Partnership: The Secret History of the War in Ukraine (Mar. 2025): https://www.nytimes.com/interactive/2...

Reuters - US intelligence helps Ukraine target Russian energy infrastructure, FT reports (Oct. 2025): https://www.reuters.com/world/europe/...
NYT - The Spy War: How the C.I.A. Secretly Helps Ukraine Fight Putin (Feb. 2024): https://www.nytimes.com/2024/02/25/wo...
CSIS - How Much Trade Transits the South China Sea?: https://chinapower.csis.org/much-trad...
US Naval War College Review - A Maritime Oil Blockade Against China—Tactically Tempting but Strategically Flawed (2018): https://digital-commons.usnwc.edu/cgi...

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Prenons un peu de recul pour bien comprendre le contexte historique. Washington – ou plus précisément le pouvoir exécutif du gouvernement américain, dirigé par la présidence – produit ce type de stratégie nationale officielle depuis près de quarante ans.

Elles ont deux objectifs principaux : communiquer les priorités du président américain aux publics nationaux et internationaux, y compris aux autres composantes et agences du gouvernement américain. Dans les faits, l’impact des Stratégies de sécurité nationale a été variable. Mais, utilisées à bon escient, elles peuvent constituer ce qu’un commentateur de Fox News vient de qualifier de « document de référence » pour définir la politique de défense et, par conséquent, la politique étrangère.

Initialement prévues pour une publication annuelle, les Stratégies de sécurité nationale ont en réalité paru avec des retards et des lacunes. À ce jour, nous en examinons vingt. La première, publiée à la toute fin de la première Guerre froide en 1986, reflète des contextes internationaux et des priorités américaines très différents.

Nombre de stratégies de sécurité nationale antérieures sont tombées dans l'oubli, à juste titre : elles n'étaient ni particulièrement novatrices ni – selon les critères américains – véritablement effrayantes pour le reste du monde. Certaines, cependant, ont marqué les esprits, comme celle de 2002, qui a codifié la doctrine Bush, un mélange néoconservateur toxique d'unilatéralisme, de changement de régime, de guerre préventive et d'obsession américano-israélienne, qui a coûté des millions de vies.

En savoir plus :
Le Kremlin réagit au nouveau plan de politique étrangère américain

En 2010, l'administration Obama a prétendu, à tort, innover en mettant l'accent sur la « promotion de la démocratie » (autrement dit, un changement de régime, une fois de plus) et la contre-insurrection, en appliquant une nouvelle stratégie de conquête des cœurs et des esprits visant à moderniser les populations occupées et à les soumettre. La Stratégie de sécurité nationale de 2017, déjà mise en œuvre sous la présidence de Trump, alors nouveau président des États-Unis, proposait un mélange d'éléments véritablement novateurs (dans le bon sens du terme), en reconnaissant la réalité des rivalités géopolitiques omniprésentes, et d'éléments d'un conservatisme convenu (dans le mauvais sens du terme), en désignant la Russie et la Chine comme les principales menaces.

Ce qui s'est passé à présent est toutefois différent. Les réactions choquées des faucons occidentaux, notamment au sein de l'OTAN et de l'UE en Europe, attestent que la seconde stratégie de sécurité nationale de Trump n'est pas – du moins sur le papier – un compromis incohérent, mais bien une affirmation claire de nouvelles priorités et d'une approche fondamentalement différente.

Face aux gémissements de malaise, voire aux cris de douleur, des faucons et bellicistes occidentaux, quelques exemples suffisent à saisir le ton général : «  La stratégie de politique étrangère sombre et incohérente de Donald Trump. Les alliés risquent de paniquer ; les despotes, de se réjouir  » (The Economist) ; une stratégie américaine «   qui se retourne contre les démocraties européennes » et constitue une situation d’urgence ( « Ernstfall » ) pour l’Europe (malheureusement, Norbert Rottgen, figure de proue de la droite conservatrice allemande) ; et Agnieszka Brugger, politicienne écologiste tout aussi belliqueuse, ne voit qu’une seule solution à la crise : s’emparer au plus vite des avoirs russes gelés. En quoi cela est censé aider reste un mystère, mais Brugger « sait » tout simplement que c’est soit le pillage massif maintenant, soit une « chute impitoyable » pour l’OTAN et l’Europe. On pourrait multiplier les exemples, mais vous comprenez l’idée : l’hystérie habituelle et absurde d’une guerre imminente, sans la moindre rationalité, toujours la même rengaine. Autrement dit, les élites de l'OTAN et de l'UE dans ce qu'elles ont de pire.

De leur point de vue égocentrique et obsessionnel, leur panique est, il faut bien le dire, presque compréhensible. L'Europe officielle, membre de l'OTAN et de l'UE, s'emploie depuis au moins une décennie – depuis qu'elle a instrumentalisé les accords de Minsk II – à se priver des derniers vestiges d'options, de levier et de crédibilité dans sa non-relation actuelle avec Moscou. À présent, après de nombreux signes manifestes de désapprobation de Washington sous l'administration Trump, le couperet semble tomber d'outre-Atlantique.

Regardez la situation avec le regard somnolent, prétentieux et idéologiquement illuminé de Bruxelles, Paris, Londres et Berlin. Voilà les « amis » et protecteurs américains qui, non seulement envoient une nouvelle salve de signaux de détente à la Russie et à la Chine, mais déclarent aussi leur ferme intention de restaurer « la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale ». Cela peut paraître inoffensif, voire protecteur. Du moins, tant qu'on ne le traduit pas clairement : les États-Unis soutiendront la nouvelle droite européenne en pleine ascension, et non ses fragiles institutions centristes.

Car c'est dans la Nouvelle Droite que le Washington de Trump perçoit cette « confiance en soi » et cette « identité ». Comme le craint le faucon allemand Rottgen, les États-Unis pourraient commencer à s'ingérer sérieusement dans la politique intérieure européenne. Réveille-toi, Norbert : ils l'ont toujours fait. Ce qui est nouveau pour toi, c'est que tu n'es plus parmi leurs complices et leurs favoris, mais parmi leurs cibles. Dis-toi : « Ah, c'est donc ça ! » et profite du spectacle.

En savoir plus :
L'UE réfute l'accusation d'« effacement civilisationnel »

L'enthousiasme démesuré de la nouvelle Stratégie de sécurité nationale, qui situe tout ce qu'il y a de plus beau et de meilleur aux États-Unis, et uniquement là-bas, est on ne peut plus américain. Trump l'affiche avec une franchise déconcertante. Le fait de placer explicitement « l'Amérique d'abord » n'a rien de surprenant non plus. C'est simplement plus honnête, une fois de plus, que les pieuses déclarations centristes d'antan.

Pourtant, lorsqu'on fait partie de l'élite européenne qui vient d'être soumise et piétinée par une guerre commerciale, contrainte de débourser des sommes considérables pour une OTAN où la fiabilité américaine est bien moindre, et qui voit sa base industrielle détruite, entre autres, par une dépendance excessive à l'égard d'une Amérique brutalement égoïste, même ces arguments prennent une signification nouvelle et sinistre : il ne s'agit pas seulement de « l'Amérique d'abord », mais aussi de « l'Europe en dernier ». Et, en tant que collaboratrices zélées de tout ce que les États-Unis ont imposé, ces mêmes élites européennes n'ont qu'elles-mêmes à blâmer.

« Que ressentirait-on , se demandent peut-être aujourd’hui ces dirigeants européens de l’OTAN et de l’UE, si l’on pouvait s’appuyer sur le soutien russe pour contrebalancer la pression américaine ? » Mais la question est devenue purement hypothétique, car, par une politique – si l’on peut dire – de soumission autodestructrice aux États-Unis et de confrontation tout aussi autodestructrice avec la Russie, ils ont rendu cette option impossible.

Enfin, et surtout, la nouvelle stratégie de sécurité nationale promet de « rechercher de bonnes relations et des relations commerciales pacifiques avec les nations du monde sans leur imposer de changements démocratiques ou autres changements sociaux qui diffèrent sensiblement de leurs traditions et de leur histoire » et de maintenir « de bonnes relations avec les pays dont les systèmes de gouvernement et les sociétés diffèrent des nôtres ».

Autrement dit : l’Amérique ne fera même plus semblant de faire la guerre – directement ou par procuration – au nom de « valeurs » . Mais – et c’est là une autre ironie amère pour ses clients et vassaux occidentaux – Washington « incitera   ses alliés partageant les mêmes idées à défendre nos normes communes, servant ainsi nos intérêts ».

En savoir plus :
Les États-Unis placent la normalisation des relations avec la Russie parmi leurs « intérêts fondamentaux .

En d'autres termes : si vous nous avez résisté et avez conservé votre souveraineté, tant mieux pour vous. Nous sommes enfin prêts à vous respecter. En revanche, si vous vous êtes soumis et avez renoncé à votre souveraineté, tant pis pour vous : nous exigeons de vous une obéissance continue. Et voilà ! Seuls les trumpistes qui traitent avec les Européens sont capables d'un tel double coup de maître, alliant rétrogradation et humiliation.

Si les instances européennes de l'OTAN et de l'UE étaient un tant soit peu rationnelles, elles opéreraient sans tarder un revirement complet de leur politique étrangère et tenteraient de se réconcilier avec Moscou. (La question de savoir si la Russie pourrait être intéressée, et à quelles conditions, reste évidemment ouverte.) Mais, d'un autre côté, si elles étaient rationnelles, elles ne se trouveraient pas dans cette situation catastrophique : en pleine confrontation avec la Russie, qui vient de révéler son potentiel, et abandonnées par l'Amérique, qui n'a probablement pas fini de montrer ce qu'elle peut faire à ses plus fidèles alliés.

L'establishment de l'Europe occidentale a bradé les intérêts des citoyens européens ordinaires aux États-Unis. À présent, les États-Unis semblent prêts à livrer l'Europe à un nouvel alignement sur les grandes puissances que Washington a enfin appris à respecter : la Russie et la Chine. Le prix de cette folie et de cette lâcheté sera lourd. 

 

jeudi 4 décembre 2025

Birenbaum, Landini, Manouchian : MÊME COMBAT !

 SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2024/02/les-ftp-ne-faisaient-pas-dans-la-resilience.html?

 

Après Léon Landini
qui nous a quittés il y a deux mois ,
Robert Birenbaum vient de le rejoindre.

En hommage à nos deux derniers FTP
rediffusion de notre rencontre de février 2024

Les FTP ne faisaient pas dans la résilience ...

 

 

Guy et Robert Birenbaum présentent, "en famille",
le magnifique témoignage d'un des deux derniers FTP survivants

Pour commenter et approfondir cette superbe présentation de son livre par Robert Birenbaum,
Annie Lacroix-Riz nous a invités à relayer la très opportune et instructive interview qu'elle vient de donner à Aude Lancelin, dans le cadre des commémorations actuelles, remettant à l'honneur nos résistants communistes.

« Macron et le RN sont muets sur le fait
que les résistants communistes étrangers
aient compté parmi les plus éminents patriotes de France »

Initialement publié sur le site "Quartier général" le 19 février 2024

      À quelques jours de la panthéonisation des époux Manouchian, ce mercredi 21 février, dont le souvenir imprègne la tristement célèbre « Affiche rouge », l’hommage national emmené par Emmanuel Macron laisse présager un accent mis sur leur origine arménienne plus que sur leur engagement communiste, et une instrumentalisation de leurs actes de bravoure. S’engageant à contre-courant des historiographies dominantes, Annie Lacroix-Riz revient pour QG sur le récit méconnu des ces ardents militants communistes d’origine immigrée, qui défendirent la France au péril de leurs vies, avec une bravoure que beaucoup de « bons Français » n’eurent jamais 

 

      Ce mercredi 21 février, à l’initiative de l’Elysée, Missak Manouchian, leader de l’un des groupes des Francs-tireurs et Partisans-Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI) et son épouse Mélinée, elle aussi résistante, entreront au Panthéon, haut lieu de la mémoire nationale française. Qui étaient ces résistants communistes d’origine arménienne et quelle fut l’efficacité de leur groupe contre l’occupant nazi ? Au-delà du cas Manouchian, quelle fut la réalité du combat intérieur mené par les communistes et à quelle date ce dernier commença-t-il? Quelle légitimité a, par ailleurs, le pouvoir macroniste à célébrer des résistants communistes immigrés alors même qu’il s’aligne sur les coordonnées de l’extrême droite en matière migratoire, et utilise de longue date à l’égard de ses opposants politiques des procédés de diabolisation guère éloignés de ceux de la tristement célèbre « Affiche rouge« ? Aude Lancelin s’est entretenue pour QG avec l’historienne Annie Lacroix-Riz, auteur du « Choix de la Défaite » (Armand Colin), au sujet du détournement de l’héritage communiste opéré par les présidents successifs, de Nicolas Sarkozy en 2007 avec le jeune résistant communiste Guy Môquet, jusqu’à Emmanuel Macron en 2024, avec l’épopée admirable des Manouchian, qu’il s’apprête à célébrer à son profit.

 

Missak Manouchian, ouvrier, poète, militant communiste arménien et résistant en France durant l’occupation nazie

QG: Exécuté par les nazis au Mont Valérien le 21 février 1944, le résistant communiste Missak Manouchian était membre du groupe FTP-MOI (Francs Tireurs et partisans-Main d’oeuvre Immigrée). Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer ce qu’était ce groupe de résistance particulièrement actif et déterminé qui initiera près de deux cents actions contre l’occupant allemand en France ?

      Annie Lacroix-Riz: C’est un des très nombreux groupes constitués par le PCF, entrés dans l’action armée depuis l’été 1941, mais, j’y insiste, cet appel clairement daté à l’action armée ne se confond pas avec le début de la Résistance communiste. Les notices des militants communistes du dictionnaire biographique Maitron, les recherches solides, locales ou non, démentent la thèse, quasi universelle, d’une complicité voire d’une alliance entre communistes et nazis de la signature du pacte de non-agression germano-soviétique le 23 août 1939, et ce jusqu’au 22 juin 1941, date de l’attaque allemande contre l’URSS. Nul ne s’était auparavant prononcé en France pour la lutte armée contre l’occupant, que le PCF resta seul à pratiquer. De Gaulle lui-même, entouré de cagoulards au point de refuser d’accueillir Pierre Cot à Londres, préférait une libération « militaire » franco-alliée à une libération d’essence populaire, trop communiste: il déclara que les attentats étaient inutiles et nuisibles, en arguant des exécutions allemandes d’otages si coûteuses pour « le peuple français ». Cette affirmation, ce brûlot plutôt, servit de couverture à la durable privation d’armes de la Résistance intérieure par les Anglo-Américains.

      Les sources policières, françaises (1939-1941) et allemandes (1940-1941) sont également formelles sur la non-rupture entre les deux phases. Les militants communistes, français ou étrangers, étaient traqués par la police depuis l’interdiction de la presse et des organisations communistes, les 25 et 26 août 1939, un mois avant le décret Daladier d’interdiction du PCF (le 26 septembre), au nom duquel la police française arrêtait encore les communistes à l’été 1944. En mai 1941 eut lieu la grande grève des mines du Nord, activement préparée par les communistes depuis l’automne 1940, et le PCF annonça la constitution d’un « Front national » contre l’envahisseur. La collaboration policière franco-allemande contre les émigrés allemands, établie d’emblée, s’était sérieusement renforcée à l’automne 1938 du « Munich intérieur ». Apparemment interrompue depuis juillet 1939 par l’expulsion officielle d’agents allemands, l’idylle reprit dès l’été 1940. L’occupant ne se mêla pas, à son arrivée, de la chasse policière française aux communistes, si zélée depuis la fin de l’été 1939, mais la collaboration policière en vue de la chasse aux communistes est formellement établie dès février-mars 1941 [1]. La thèse opposée dispose de la publicité massive dont sont privées les recherches « déviantes ».

      C’est en 1943, après la victoire soviétique de Stalingrad qui galvanisa la résistance armée communiste dans toute l’Europe occupée, que s’illustrèrent définitivement les groupes d’action directe mis en place en 1942. À Paris ou en région parisienne, cinq groupes étaient chargés des attentats. Dans celui de Missak Manouchian, un des deux Arméniens des 23 militants condamnés par un tribunal militaire allemand et des 22 exécutés en février 1944 au Mont-Valérien, figuraient six juifs polonais, dont Marcel Rajman, trois juifs hongrois, une juive roumaine, Olga Bancic [2], cinq Italiens, un Espagnol, deux Polonais et trois Français non juifs. Tous ces groupes urbains, à effectifs majoritairement étrangers, étaient secondés par deux équipes de préparation et une équipe de médecins.

 
Affiche du groupe résistant Franc-Tireurs Partisans (FTP)

      Dans sa thèse de 2003, Denis Peschanski – nommé « conseiller historique » après la décision présidentielle de juin 2023 de panthéonisation du couple Manouchian ‑, soulignait « l’effet militaire extrêmement limité de la guérilla urbaine » animée par ces groupes communistes d’un effectif global d’une à trois centaines [3]. Une présentation biaisée: l’action armée, qui visait, à Paris, à transformer la capitale de plaisir de l’occupant en enfer, et qui y parvint, s’inscrivait dans l’action armée générale des Francs-Tireurs Partisans, français et MOI, à travers la France, contre la machine de guerre allemande et ses complices. Les sabotages d’usines et de voies ferrées, calamiteux pour les transports et les effectifs de la Wehrmacht, surtout dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, eurent un « effet » redoutable. Ils posèrent les métallurgistes et les cheminots en fer de lance contre l’envahisseur des ouvriers de France, français et immigrés.

      Sur la réussite de l’objectif communiste, Vichy, le BCRA de De Gaulle (Bureau Central de Renseignement et d’Action) et les Allemands sont unanimes: les bombardements anglo-américains étaient d’une inefficacité meurtrière (75.000 morts civils, sans aucune perturbation pour la machine de guerre allemande); les « attentats terroristes » privaient de toute sécurité, depuis 1943, les occupants et leurs complices français. Abetz, le pourrisseur de la France des années 1930, représentant du Reich à Paris depuis juin 1940 (moins un an de « pénitence berlinoise » après le débarquement américain en Afrique du Nord), dressa en décembre 1943-janvier 1944 un tableau éloquent de l’action des FTP, français ou MOI, contre la Wehrmacht et les usines travaillant pour le Reich. Des centaines de « sabotages et attentats » mensuels, en croissance constante depuis avril 1943, bloquaient pour des semaines, voire des mois, usines, canaux, « lignes à haute tension d’importance essentielle », perturbant les transports de troupes et de marchandises ; des centaines d’attentats frappaient les Allemands et leurs séides français. Les rapports d’Abetz sont un hymne involontaire à la Résistance armée communiste [4].

 
Tract d’un groupe résistant durant la Seconde guerre mondiale : « Jeunes! Vous assistez aux derniers sursauts de l’oppresseur Boche! Montrez que vous êtes des Français et prouvez que vous ne ferez rien pour aider la bête à se relever. »

      Les groupes « urbains » de combat se livraient aussi à ces actions, tel « Carmagnole-Liberté » de Lyon et du Sud-Est. Son seul survivant communiste, Léon Landini, 98 ans, qui en a conservé le drapeau (voir photo ici plus bas, NDLR), n’a jamais été personnellement contacté par les services de la présidence de la République, malgré plusieurs tentatives auprès d’elle depuis l’annonce des cérémonies. Il en a pris acte le 16 février 2024 par une lettre ouverte à Emmanuel Macron.
 

      Le général Béthouart, fidèle de Vichy rallié aux Américains depuis leur débarquement en Afrique du Nord, rallié à l’inévitable de Gaulle, avait, en mai 1944, à la veille du débarquement anglo-américain du 6 juin, où l’action militaire alliée était quasi nulle, établi l’apport militaire crucial de ces groupes au combat pour la libération de la France et de l’Europe. Ainsi depuis novembre 1943, « 1) le front russe absorbait en moyenne 60% des effectifs terrestres de la Wehrmacht (effort maximum atteignant 65% en janvier 1944 ); 2) le front [anglo-américain] d’Italie n’absorbait que 5% à 7 ½% des effectifs; 3) la crainte du deuxième front, les guérillas européennes en immobilisaient 30% » [5]. Les Allemands avaient dû, dans une France désormais « à nouveau en guerre avec le Reich », étoffer leurs divisions de la Wehrmacht de 27 en novembre 1943 à 48 en avril 1944 [6].

      La remarque vaut aussi pour les maquis, structure régionale liée à l’établissement du Service du travail obligatoire (de fait depuis septembre 1942, par décret du 16 février 1943 [7]), et dont l’effectif sous direction communiste fut prédominant, voire exclusif, jusqu’au printemps 1944. Sur l’efficacité de l’action armée, on est à cent lieues du dédain de l’historien Claude Barbier pour le « mythe » d’une « bataille des Glières qui n’aurait pas eu lieu » [8].

 
Le 17 février dernier, l’ancien résistant Léon Landini, 98 ans, survivant de la section lyonnaise, brandit le drapeau des FTP-MOI de la région Rhône-Alpes

Pourquoi avoir établi une distinction entre le groupe des FTP dits « français » et celui des FTP-MOI, ce second groupe étant celui des résistants immigrés et apatrides, et dépendant directement de Jacques Duclos, numéro 2 du Parti communiste français ?

      La distinction était liée à l’histoire du mouvement communiste d’origine, avec la structuration prescrite en 1920 par la 3ème Internationale de Moscou aux PC déjà existants et à venir: ils conserveraient leur base nationale, comme à l’époque de la 2ème Internationale mais rompraient formellement avec les règles et pratiques des organisations, internationale et nationales, qui avaient depuis 1914 soutenu « la guerre impérialiste ».

      Une partie importante de la classe ouvrière de France est issue de l’immigration depuis les années 1880-1890 (phase importante de l’immigration italienne), et plus que jamais depuis le premier après-guerre. Les étrangers furent chassés de leurs pays respectifs par les crises – endémiques une décennie avant la Grande Dépression – et par les persécutions politiques: Polonais catholiques d’origine paysanne, recrutés par dizaines de milliers par le grand patronat du Comité des Houillères, Italiens et, au fil des décennies, ressortissants, à forte surreprésentation juive, des pays persécuteurs d’Europe centrale et orientale (Polonais, Hongrois, Roumains, etc.). Pendant la crise, une partie importante des ouvriers fut expulsée, dont les mineurs polonais (militants communistes en tête), mais l’immigration progressa à nouveau avec des milliers de juifs allemands depuis l’avènement nazi et, avant et après la chute de l’Espagne républicaine, pas moins de 500.000 réfugiés espagnols. Les anciens combattants de la République fourniraient une partie notable de l’action armée sous l’Occupation, aux côtés d’antifascistes allemands.

      Le jeune mouvement communiste, de recrutement essentiellement ouvrier, accordait une importance majeure à ces travailleurs étrangers, « importés » pour abaisser les salaires en France. Le syndicalisme « raisonnable », CFTC et CGT, non seulement ne les défendit pas, mais s’associa pendant la crise, sans plus d’explication, à la défense du « Travail national ». Les communistes mobilisèrent leurs organisations, faibles entre les défaites ouvrières de 1920 et 1935-36, au service de l’idée d’une classe ouvrière unique, « de souche » ou non. Ils intégrèrent ces travailleurs étrangers, classés par groupes de langues, dans la Confédération générale du Travail unitaire (CGTU) fondée en 1923 [9]. C’est dans ce cadre que se forgea, depuis la seconde moitié des années 1920, la « Main-d’œuvre immigrée », désignée couramment par son sigle « MOI » depuis la décennie 1930. Elle joua du reste un rôle de premier plan dans les Brigades internationales de la guerre d’Espagne [10].

Insigne du syndicat « Confédération générale du Travail Unitaire » (CGTU)

      Leur rôle décisif dans la défense de la France menacée par la guerre prochaine avait été souligné sur le mode badin, par le ministre des Affaires étrangères de Daladier, président du Conseil depuis avril 1938, à savoir Georges Bonnet. Bonnet, « l’homme des banques », selon la formule de l’aristocratique ambassadeur du Reich von Welczeck, coqueluche des salons parisiens depuis sa nomination de 1936, ricanait avec son hôte, à la mi-juin 1938, sur les pertes subies par « les communistes de la banlieue rouge de Paris, en grande majorité étrangers, qui avaient fourni un gros contingent des volontaires pour la Guerre civile espagnole. Selon les rapports reçus, près de 80% de ces volontaires avaient été tués ou étaient morts, de sorte que cette banlieue était par bonheur désormais beaucoup moins peuplée »[11].

      La décision de 1942 ‑ année décisive pour l’organisation des Francs-Tireurs Partisans annoncée fin 1941 ‑ de créer une organisation MOI prolongeait donc des pratiques vieilles de près de vingt ans. Quant aux « apatrides », ils avaient été chez eux privés de nationalité comme juifs, notamment par la Pologne du colonel Beck en 1938, furieusement antisémite, avec la complicité active du gouvernement français, ravi de leur fermer la porte. On connaît un peu la correspondance de 1938 Bonnet-Chautemps (ministre de l’Intérieur)-Léon Noël (ambassadeur à Varsovie) sur les « Israélites orientaux » à écarter ou expulser, désormais en masse : « entrés en France dans l’intention de s’y établir en usant de procédés illicites ou frauduleux », frappés de « déficiences physiques et même de tares héréditaires, ils concourent, d’une manière anormale, à l’encombrement de nos établissements hospitaliers ou d’assistance ». Leurs « méthodes de travail, qui tiennent rarement compte des règlements en vigueur, sont de nature à éliminer, notamment à Paris, l’artisan français, tout en provoquant un abaissement de la qualité qui a été jusqu’ici, le trait et l’arme essentielle de notre production artisanale ». Cette littérature, qui semble empruntée aux archives de l’Occupation [12], n’a rien à envier à celle de la France d’aujourd’hui. La Troisième République agonisante, dont nombre de chefs laissèrent se mitonner la dictature de Vichy, pratiquait ouvertement la chasse aux étrangers depuis le cabinet Daladier (avril 1938). Elle les priva bientôt de tous les droits possibles par un flot de décrets, expulsion incluse, depuis mai 1938. Ils valent les nôtres.

 Neville Chamberlain (gauche), Premier Ministre anglais, Georges Bonnet (centre), ministre des Affaires étrangères français, et Edouard Daladier (droite), ministre des Armées, à Londres en septembre 1938


      Au fil des années 1930, la propagande quotidienne avait mis l’accent sur les étrangers juifs: après avoir maudit les prolétaires italiens et les prolétaires juifs d’Europe centrale et orientale, la grande presse (et pas seulement la fasciste officielle) se déchaîna à partir de 1933 contre les milliers de juifs allemands, d’origine plus bourgeoise et intellectuelle, accusés de voler le pain des commerçants et des avocats français. La chasse actuelle aux musulmans et autres « mal intégrés » reproduit la chasse aux étrangers de l’avant-guerre, « métèques indésirables »: elle est calquée sur celle de Darquier de Pellepoix. Ce factieux du 6 février 1934, chef du « Rassemblement antijuif de France » (1936), financé par le grand patronat et par l’Allemagne nazie, certifiait aux petits commerçants parisiens que leurs malheurs venaient des immigrés concurrents, juifs allemands ou autres. Les Allemands et Vichy en firent en mai 1942 le chef du Commissariat général aux questions juives (fondé de fait, spontanément, par Vichy dès décembre 1940).

      La chasse « républicaine » aux immigrés avait fourni à Vichy l’appareil dirigeant, les effectifs policiers et toutes les structures existantes (dont les fichiers) indispensables à la traque allemande ou franco-allemande des années 1940-1944, d’une efficacité redoutable. Les persécuteurs policiers des immigrés de l’entre-deux-guerres y gagnèrent des galons, tels les deux auteurs du « fichier juif », Jean François et André Tulard, qui poursuivirent leur brillante carrière de la Préfecture de police après la Libération. Quant aux policiers de la même Préfecture de police, bourreaux d’origine des résistants communistes, dont la « Résistance » avait presque toujours commencé au plus tôt le 19 août 1944, de Gaulle leur fit décerner en octobre, en toute connaissance de cause, « un cordon rouge aux couleurs de la Légion d’honneur » [13]. L’autre survivant de la Résistance communiste, le Parisien Robert Birenbaum, rappelle dans ses Mémoires tout juste parues cet échange de septembre 1944 avec deux policiers, porteurs de la médaille qui avait précédé la fourragère : « Je sais comment vous vous êtes tous comportés quand les Allemands étaient là. À mes yeux, vous ne méritez aucune médaille. » [14]

La fameuse « Affiche rouge » dénonçant ce groupe de résistants comme « l’armée du crime », était accompagnée d’un tract violemment antisémite, dénonçant (je cite) un « complot de l’Anti-France, rêve mondial du sadisme juif », et affirmant : « si des Français pillent, volent, sabotent et tuent, ce sont toujours des étrangers qui les commandent. Ce sont toujours des juifs qui les inspirent ». Au sein du groupe FTP-MOI, on comptait beaucoup de juifs d’Europe centrale, hongrois ou polonais, pourquoi ? Plus largement, on est frappé du fait que sur le millier de résistants fusillés par l’occupant allemand au Mont-Valérien, 185 étaient étrangers, une proportion très supérieure à leur place au sein de la la population français. Comment expliquez-vous cette surreprésentation parmi les patriotes?

 
« L’ Affiche rouge », nom donné à une affiche de propagande allemande placardée à 15.000 exemplaires en février 1944, où Manouchian se voit présenté comme « chef de bande » et auteur de 56 attentats

Assurément, les résistants communistes d’Europe centrale et orientale comptaient de nombreux juifs, émigrés depuis les années 1920, particulièrement résolus contre les Allemands et leurs séides: comme les Italiens antifascistes, les Arméniens martyrisés en 1915 par les Turcs aidés de leurs alliés allemands, et les républicains espagnols. La promotion publicitaire du massacre du 21 janvier 1944, via « l’Affiche rouge » et les tracts, résulte, elle, de l’obstination de l’occupant à marteler que la Résistance n’était pas nationale ou française, mais étrangère et a fortiori juive. Abetz avait, dès décembre 1941 proposé une tactique pour limiter la Résistance armée nationale et patriotique en général, avec l’appui de Vichy.

Le Reich misait sur la xénophobie et l’antisémitisme, à fortes racines dans la France coloniale et importatrice de main-d’œuvre étrangère: les élites et l’État français en faisaient grand usage depuis les années 1880 pour maintenir les salaires au plus bas, diviser et neutraliser « ceux d’en bas ». Abetz avait été chargé par le service de Ribbentrop dont il était le délégué quasi permanent à Paris depuis 1933, d’œuvrer au pourrissement interne de la France, avec une équipe allemande qu’on retrouva intacte en France depuis juin 1940. Les futurs occupants s’étaient sans répit appliqués, au su et au vu de l’État républicain, à faire flamber ce racisme institutionnel [15].

Bonus : Sur le contexte historique de notre exception culturelle française d'époque, celle du "pacte germano soviétique", le regretté Jean Levy raconte :

      Fin 1941, après les premiers attentats communistes d’octobre contre l’occupant, Abetz, alors que Vichy désignait les otages requis (surtout communistes, puisés dans les prisons où ils croupissaient depuis septembre 1939), souligna pour Ribbentrop l’« intérêt politique » d’user du terme de « représailles » et de proscrire celui d’« exécutions » allemandes. Cette substitution sémantique aiderait à dénier tout caractère de résistance nationale à l’action communiste : « Les attentats visent à donner l’impression à la population française et au monde que le peuple français se dresse contre les autorités d’occupation et contre l’idée d’une collaboration avec l’Allemagne. La radio russe et la radio anglo-saxonne soulignent avec ostentation que les auteurs des attentats sont des Français. Il s’ensuit que notre intérêt politique est d’affirmer le contraire. Même quand il est prouvé clairement que les auteurs sont des Français, il est bon de ne pas mettre cette constatation en relief, mais de tenir compte de nos intérêts politiques, et de prétendre qu’il s’agit exclusivement de juifs et d’agents à la solde du service secret anglo-saxon et russe. […] Il serait donc bon dans les communiqués signalant les exécutions de ne pas parler de Français et de ne pas parler non plus d’otages, mais exclusivement de représailles contre des juifs, et des agents du Secret Service et des agents soviétiques. » [16]

      Sur les vingt-trois militants exécutés au Mont-Valérien en février 1944, les Allemands distinguèrent donc soigneusement, via les dix de l’Affiche rouge, sept juifs étrangers, auprès de trois de leurs autres bêtes noires:  un « communiste italien », un « Espagnol rouge », un « Arménien, chef de bande » (Manouchian).

Quelle légitimité le pouvoir macroniste, qui entend depuis 2017 en remontrer à la droite et à l’extrême droite en matière de sévérité migratoire, et plus généralement, accompagne un glissement réactionnaire constant sur tous les sujets, peut-il avoir à panthéoniser des figures de la résistance telle que les Manouchian?

      La présente présidence de la République souhaite entretenir sa réputation de « gauche », après le vote massif de l’électorat de celle-ci, au second tour de 2017 puis de 2022, consenti au nom de la lutte contre le Front ou le Rassemblement National. Cette ligne, soutenue par nombre d’universitaires en vue, s’est accompagnée d’initiatives se réclamant du souci de vérité historique – concomitantes de la restriction, depuis 2020, parfois spectaculaire, d’accès à des fonds d’archives jusqu’alors déclassifiés. Elles ont mis en avant des historiens se portant garants de la bonne foi présidentielle: sur la Guerre d’Algérie, sur le génocide rwandais. Denis Peschanski, ancien militant d’extrême gauche devenu élu socialiste, puis soutien indéfectible de M. Macron, a été nommé « conseiller historique » de la panthéonisation du couple Manouchian depuis son annonce de juin 2023. Il semble faire droit à l’identité communiste des Manouchian [17], dont l’opération en cours vide pourtant le contenu, sur fond général d’assaut gouvernemental anti-immigration.

      Le 23 novembre 2023, plusieurs intellectuels qu’on ne saurait qualifier d’opposants au président de la République s’étaient émus du choix exclusif du couple Manouchian, deux membres d’un groupe entier de « résistants internationalistes » qui, tous, avaient tant contribué « à la libération de la France et au rétablissement de la République »: « Missak Manouchian doit entrer au Panthéon avec tous ses camarades » [18]. On sait que l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) se voit accuser d’antisémitisme et pourchassée, depuis le 7 octobre 2023, pour refuser de confondre opposition à la guerre israélienne contre la Palestine et antisémitisme. Elle juge, le 17 février 2024, que « panthéoniser les Manouchian », en les isolant de leur « groupe combattant, traqué, arrêté et torturé par la police française avant d’être livré à la Gestapo » et refuser de célébrer les 23 pour ce qu’ils ont été, des résistants communistes français et étrangers, juifs et non juifs, dont le « combat s’inscrit dans nos luttes antiracistes, antifascistes et anticolonialistes d’aujourd’hui », constitue une « trahison » [19]

On se souvient que Nicolas Sarkozy, en 2007, avait également instrumentalisé la mémoire du résistant Guy Môquet suscitant un scandale chez un certain nombre d’intellectuels et d’historiens. Pour rappel, le président de la République de l’époque avait annoncé que sa « première décision de Président » serait de faire lire dans toutes les classes du pays, en début d’année scolaire, la lettre à ses parents du jeune résistant Guy Môquet avant son exécution. Un bon communiste est apparemment un communiste mort… Pourquoi une tel empressement chez les présidents néolibéraux à arracher les figures de la Résistance à leur famille politique ?

      Le Président de 2007 avait gommé l’appartenance communiste et l’antinazisme constant de Guy Môquet avait disparu de la dernière lettre de Guy censée être lue en classe, deux phrases essentielles adressées à son père Prosper, déporté du « chemin de l’honneur », transféré depuis mars 1941 au bagne de Maison-Carrée en Algérie [20] : « A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. » Deux ans plus tard, en 2009, deux historiens spécialisés dans le combat anticommuniste et la réhabilitation de la police française publièrent du reste un brûlot célébré par les grands médias pour son souci de vérité historique: le jeune communiste de 16 ans n’aurait pas été arrêté, le 13 octobre 1940, pour Résistance mais pour appel à pactiser avec l’occupant nazi ‑thèse conforme au leitmotiv désormais inscrit dans les manuels d’histoire, unifiant nazisme, fascisme et communisme en un chapitre commun sur le « totalitarisme« .

 
Guy Môquet, figure de la résistance communiste française, fusillé à l’âge de 17 ans en octobre 1941

      La campagne de presse en cours souligne l’identité arménienne des Manouchian, choix conforme à la ligne officielle de soutien de l’État arménien. Elle est muette sur le fait que les résistants communistes étrangers, de toutes nationalités, ont compté parmi les plus éminents patriotes de France. Les pires xénophobes, qui dénoncent quotidiennement les « islamistes » et le « grand remplacement », antisémites patentés de naguère, et dont les prescriptions contre le « droit du sol » sont désormais partagées par l’État, se sont mués en champions (compromettants) des juifs. Ils ne disent rien de l’immense contribution des communistes étrangers à la Libération de la France, alors que les partis dits « nationaux », dont ils sont les héritiers directs, s’étaient roulés aux pieds de l’envahisseur.

      Notons aussi que le ralliement joyeux de grands notables juifs, tel le vénéré Serge Klarsfeld, aux bons sentiments philosémites de la droite, modérée ou extrême [21], n’est pas neuf. Les « métèques » étaient méprisés des notables juifs, qui les tenaient, tel le rabbin parisien Jacob Kaplan, très complaisant envers les Croix de Feu du très fasciste De la Rocque [22], pour responsable de la poussée antisémite des années 1930 en France. Le rôle d’Occupation de ces notables juifs français, via l’Union générale des israélites de France (UGIF), est une question historique strictement taboue en France : comme aux États-Unis quand, en 1959, Raul Hilberg, pour avoir osé démontrer dans La destruction des juifs d’Europe que les Judische Räte (Conseils juifs) avaient partout « accompagné » les déportations allemandes, vit sa thèse rejetée par les presses universitaires de Princeton conseillées par Hannah Arendt [23].

      Le silence officiel règne à nouveau sur la contribution déterminante de la police française au martyre des résistants communiste : pas un mot n’est prononcé, y compris par le « conseiller historique » présidentiel, pourtant spécialiste de Vichy, sur les Brigades spéciales de la Préfecture de police. Ces complices quotidiennes de la Gestapo de Knochen, qui disposait, elle, d’effectifs relativement faibles, liquidèrent tous les groupes FTP de Paris fin 1943 et livrèrent leurs militants suppliciés à l’occupant [24].

      Après des décennies de mise en pièces de la discipline historique en France, on prend, pour citer un autre poème d’Aragon, « les loups pour des chiens » [25], et inversement.

Propos recueillis par Aude Lancelin

 

[1] Voir, sources policières françaises à l’appui, le traitement amical du chef policier de Berlin, Boemelburg, futur second de Knochen, in De Munich à Vichy, Paris, Armand Colin, 2008, index Boemelburg ; sur la collaboration d’Occupation, Les élites françaises, 1940-1944, Paris, Armand Colin, 2016, chapitre 5, et index Bömelburg.

[2] La 23e, la juive roumaine Olga Bancic, fut, selon la pratique allemande courante depuis 1933 pour les femmes communistes, décapitée à la hache le 10 mai 1944 à Stuttgart.

[3] Les camps français d’internement (1938-1946), Doctorat d’État, histoire, université Paris I, 2000.

[4] La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950, Annie Lacroix-Riz, Armand Colin, poche, 2023.

[5] Note 83 DN/2-S Béthouart, Alger, 13 mai 1944, citée in Les élites françaises.

[6] Déclaration (traduite) de von Rundstedt, commandant en chef du secteur Ouest, sur « La position du commandant suprême du front de l’Ouest et le mouvement de la résistance en France durant les années 1942-1944 », 11 octobre 1945, W3, 359, AN, et note BP 5 des Renseignements généraux de la Sûreté nationale, 14 août 1944, F7, 15307, AN, cit. ibid., p. 357-358.

[7] Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Annie Lacroix-Riz, Armand Colin, 2013, chapitre 10.

[8] C. Barbier, Le maquis de Glières. Mythe et réalité, Paris, Perrin, 2014, ancien doctorant d’Olivier Wieviorka. Les associations d’anciens résistants des Glières » ont dénoncé une recherche délibérément tronquée contre une bataille qui a effectivement « eu lieu » : elle immobilisa « l’effectif de deux divisions » allemandes, en sus d’une masse de Français, officiels et auxiliaires (La Non-épuration, Annie Lacroix-Riz, chapitres 1-2).

[9] Après deux années d’exclusion pure et simple de ses militants (1921-1922) par les dirigeants de la CGT, tous membres du parti socialiste-SFIO, affolés par la certitude de perdre la direction de la centrale, Jean Bruhat, Marc Piolot, « 1917-1934 », Esquisse d’une histoire de la CGT, Paris, CGT, 1966 ; Bernard Georges et Denise Tintant, Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme, Paris, PUF, 1962, t. 1, chapitres X-XI et annexes ; les mêmes et Marie-Anne Renaud, Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français, Paris, PUF, 1979.

[10] Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas : les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Paris, Grasset, 1998.

[11] Dépêche Welczeck, Paris, 17 juin 1938, traduite par Annie Lacroix-Riz, Documents on German Foreign Policy, série D, vol. II, p. 416-417, cit. in Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Annie Lacroix-Riz, Armand Colin, réédition augmentée, en poche, 2024.

[12] Dépêche de Bonnet à Sarraut, 28 avril 1938, SDN 2173, MAE, cit. in De Munich à Vichy, p. 95-96 ; Vicky Caron, Uneasy asylum : France and the Jewish Refugee crisis, 1933-1942, Stanford, Stanford University Press, 1999, traduit, une rareté : L’Asile incertain. La crise des réfugiés juifs en France, 1933-1942, Paris, Tallandier, 2008.

[13] https://www.le-revers-de-la-medaille.fr/2021/08/25/pourquoi-les-policiers-de-la-prefecture-de-police-portent-une-fourragere-aux-couleurs-de-la-legion-dhonneur/, initiative cautionnée par Jean-Marc Berlière, désormais historien officiel de la police française (« biographie » de https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marc_Berli%C3%A8re).

[14] « Ils n’osèrent pas me contredire et je crus bien lire de la honte sur leur visage », 16 ans, résistant, Paris, Stock, 2024, p. 153. La honte fut fugace : sur la non-épuration spectaculaire de la police française, voir La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950, Annie Lacroix-Riz.

[15] Op. cit. aux notes 11-12.

[16] Rapport Abetz 2764, 7 décembre 1941, traduit par, W3, vol. 355, archives de Berlin, AN.

[17] https://recherche.pantheonsorbonne.fr/actualite/denis-peschanski-manouchian-ce-sont-tous-resistants-etrangers-qui-entrent-pantheon#:~:text=L’initiative%20%C2%AB%20Missak%20Manouchian%20au,pr%C3%A9sidentielle%20du%2018%20juin%202023

[18] Tribune du Monde, 23 novembre 2023.

[19] « Panthéoniser les Manouchian, c’est les trahir », communiqué, 17 février 2024.

[20] Emprisonné depuis le 8 octobre 1939, Prosper Môquet fut, sous Daladier, comme tous les élus communistes traqués sous Daladier puis sous Reynaud, déchu de son mandat en janvier 1940 ; sous Paul Reynaud, il fut condamné comme ses pairs députés communistes, le 3 avril 1940, par un tribunal militaire de la République française, à cinq ans de prison, voir Florimond Bonte, Le Chemin de l’honneur – De la Chambre des députés aux prisons de France et au bagne d’Afrique, Paris, Éditions Hier et Aujourd’hui, 1949.

[21] Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, L’affaire Guy Môquet. Enquête sur une mystification officielle, Paris, Larousse, 2009. Parmi les recensions enthousiastes: https://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/03/l-affaire-guy-moquet-enquete-sur-une-mystification-officielle-de-jean-marc-berliere-et-franck-liaigre_1262145_3260.html.

[22] Toute la grande presse, audiovisuelle et écrite, du 9 novembre 2023, s’en est faite l’écho.

[23] Même sa fiche Wikipédia est explicite sur cette adhésion d’avant-guerre et sur sa complaisance pour Vichy. La mère d’Annie Lacroix-Riz, juive de Belleville, dont le père et une partie de la famille avaient été assassinés à Auschwitz, le détestait, tant pour son adhésion aux Croix de Feu que pour son discours permanent d’après-guerre sur « les martyrs de notre foi ».

[24] Hilberg n’a jamais pardonné à Hannah Arendt, la madone du « totalitarisme », qu’il jugeait sans foi ni loi, sa responsabilité dans le rejet par la Princeton University Press de sa grande thèse, futur succès d’édition planétaire. Consultée et gratifiée d’« un chèque » par le directeur de ces éditions, Gordon Hubel, « pour juger du manuscrit », elle avait argué, le 8 avril 1959, que trois autres historiens « avaient [déjà] épuisé le sujet ». Hubel s’était référé à cette grande historienne présumée des juifs pour refuser le texte. Après avoir, en 1961, couvert le procès Eichmann pour le New Yorker, Arendt en fit, quelques mois plus tard, un livre, Eichmann à Jérusalem, pompeusement sous-titré Rapport sur la banalité du mal, et sans aucune note. En 1964, où la notoriété d’Hilberg avait grandi, en parut une nouvelle édition, « revue et augmentée », toujours dépourvue de notes et annexes documentaires. Elle se référa alors, dans « un post-scriptum », à deux ouvrages, l’un, par l’importance cardinale duquel elle avait justifié son refus de 1959 du manuscrit d’Hilberg, et l’autre, qu’elle osa recommander « plus encore, La Destruction des juifs d’Europe de Raul Hilberg ». Hilberg, après avoir résumé « ce qu’avait accompli cet individu [Eichmann] avec un personnel réduit », et éreinté Arendt et ses sornettes, conclut qu’« il n’y avait aucune “banalité” dans ce “mal” », La politique de la mémoire, Paris, Gallimard, 1996.

[25] « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », Le Roman inachevé, Paris, Gallimard, 1956 (un an après « L’Affiche rouge »).

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mercredi 15 octobre 2025

Chine - Tibet: le film de Jean-Michel Carré que Arte ne veut pas diffuser

 SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2025/09/pinpin-au-tibet.html

 
 
Arte, une chaîne enchaînée à la sinophobie

par André Lacroix

On nous annonce la diffusion sur Arte, le mardi 5 mars 2024, d’un documentaire d’1 h 30, déjà visible sur Youtube, intitulé « le Tibet face à la Chine, le dernier souffle ? », réalisé par François Reinhardt (1), qui ne cache même pas son intention de refléter le point de vue revanchard des exilés tibétains, sans la moindre considération pour les 6 millions de Tibétains restés au Tibet qui voient leurs conditions de vie s’améliorer d’année en année.

Pourquoi cette diffusion en mars 2024 ?

      Le 27 septembre 2023, en préouverture du Festival des Écrans de Chine à Paris, le réalisateur Jean-Michel Carré, auteur d’une quarantaine de films et couronné par une vingtaine de prix (dont Cannes, Berlin, ainsi qu’une nomination aux Emmy Awards), y projetait son dernier opus : « Tibet, un autre regard », fruit de nombreux contacts sur le terrain et d’une impressionnante collection d’archives. (2)

      La RTBF avait programmé pour le 11 novembre 2023 la diffusion de ce documentaire (en version raccourcie). Mais cette diffusion n’a jamais eu lieu. Arte non plus n’a jamais diffusé le documentaire. Pourquoi ce silence ? Comment expliquer la déprogrammation de la RTBF et la non-diffusion d’Arte ? Seule explication possible : des pressions auxquelles Arte, et par ricochet la RTBF, n’ont pas eu le cran de résister.

      Jean-Michel Carré s’était déjà plaint de pressions subies en cours de réalisation de son film. Il faut écouter – ça ne dure que 3 min 49 l’interview qu’il a donnée à CGTN France le 01/03/2022 : https://www.facebook.com/watch/?v=481348356802595. Tant bien que mal, il a quand même réussi à ficeler son projet et à y intégrer tous les aspects importants de la « Question tibétaine », des réalités mal connues des Occidentaux biberonnés aux mantras de la tendance « Free Tibet ». Mais la simple présentation de certaines vérités historiques et de constatations sur le Tibet actuel a suffi à faire écumer de rage certain(e)s adeptes inconditionnel(le)s du dalaï-lama et de son entourage. Ainsi, après la projection du film à Paris, a-t-on entendu la sinologue Marie Holzman (arrivée en retard) accuser violemment le film d’être: « partial », « prochinois », « antiaméricain », de « ne pas donner la parole aux Tibétains » et de «  ridiculiser le dalaï-lama », toutes accusations fausses auxquelles Jean-Michel Carré n’a eu aucune peine à répondre calmement.

Arte soumise aux vents dominants

      Mais ce réquisitoire de Marie Holzman et consorts a dû faire mouche sur la rédaction d’Arte, toujours prête à prêter une oreille attentive aux contempteurs de la Chine et aux adorateurs du dalaï-lama. (3)

LaDepeche.fr

      Tout nous porte à croire – qu’on nous prouve le contraire ! – qu’Arte, dont le Conseil de surveillance est dirigé par un certain Bernard Henri-Lévy, s’est complaisamment inclinée devant les pressions des ennemi(e)s de la République populaire de Chine, obtenant ainsi le remplacement du documentaire exemplaire de Jean-Michel Carré « Tibet, un autre regard » par un ersatz partial, signé François Reinhardt « Le Tibet face à la Chine, le dernier souffle ? ».

Des sources clairement partisanes

      Notre intime conviction se base notamment sur la personnalité de celles et ceux auxquel(le)s Reinhardt adresse ses remerciements dans le générique de fin de son « documentaire » :

- Katia Buffetrille, co-autrice de Le Tibet est-il chinois ?, un ouvrage, prétendument scientifique, mais en réalité partisan, regorgeant d’omissions, de distorsions et d’interprétations abusives (4) ; elle est aussi co-autrice d’un article publié dans Libération, faisant preuve de révisionnisme, voire de négationnisme, à propos des liens entre les dignitaires tibétains amis du dalaï-lama et les explorateurs nazis au Tibet (5)

- Robert Barnett, un des fondateurs et ancien dirigeant du TIN (Tibet Information Network), qui a été longtemps financé par le NED (National Endowment for Democracy), branche civile de la CIA ;

- Jean-Pierre (?) Donnet, auteur de Tibet mort ou vif, un grand classique, vieux de trente ans, de la littérature de propagande « pro-tibétaine », qui a connu plusieurs rééditions et qui est toujours brandi par les adeptes d’un « Tibet libre » malgré ses partis-pris et ses indigences patentes (6) ; à noter ici un indice supplémentaire de la désinvolture des auteurs du « reportage », qui attribuent à Donnet un prénom qui n’est pas le sien : en fait, il s’agit de Pierre-Antoine Donnet ;

- Vincent Metten directeur des politiques européennes pour l’ICT (International Campaign for Tibet), en Belgique. Rappelons que l’ICT est une ONG enregistrée auprès du département de la Justice des États-Unis et possédant des bureaux à Washington, Amsterdam, Bruxelles et Berlin ; elle est financée par des dons privés et par … le NED ; Vincent Metten est un porte-parole, parmi d’autres, du Congrès des États-Unis (7) ;

- Mélanie Blondelle, chargée de politiques et de plaidoyer au sein de cette même ICT ;

- Marie Holzman, la passionaria antichinoise qui a témoigné publiquement son dévouement au culte du dalaï-lama.