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jeudi 12 février 2026

Epstein, Snowden et la NSA

 Source https://www.legrandsoir.info/epstein-snowden-et-la-nsa.html

Le lanceur d’alerte Edward Snowden a révélé en 2013 que la plus grande agence de renseignement états-unienne, la NSA, spécialisée dans le "SIGINT" (SIGnals INTelligence - renseignement électronique), avait pour fâcheuse tendance de récolter TOUTES les communications sous forme électronique (communications, courriels électroniques, conversations téléphoniques, etc) qui passent à sa portée, qui est vaste.

L’agence ne s’impose aucune limite et son mode opératoire peut se résumer à : "on intercepte absolument tout signal électronique, on le stocke, et on verra après si ça peut servir". C’est systématique, c’est tous azimuts, c’est indiscriminé et c’est global. Y compris sur le citoyens US et en l’absence de tout mandat de la justice. D’où le scandale (qui fit long feu).

Les "courriels Epstein" (à l’instar de tous les courriels), les conversation téléphoniques (à l’instar de toutes les conversations téléphoniques), sont donc déjà, et l’ont toujours été, entre les mains grapilleuses de la NSA.

Eu égard aux interlocuteurs impliqués, on peut même raisonnablement penser que l’univers Epstein d’inter-connexions était repéré, cartographié et sous une surveillance quelconque. Et que les communications étaient suffisamment chargées de mots-clés et d’indices pour attirer l’attention de la plus attardée des Intelligences Artificielles.

Il ne fait donc aucun doute dans mon esprit que les outils d’analyse de ces données - du moins pour les données non cryptées - ont forcément fait l’objet d’un "signalement" ou fait sonner une alarme quelque part. Après tout, c’est le métier de la NSA et le but de toute la manoeuvre.

Conclusion : bien avant et indépendamment de toute "enquête", la plus grande agence de renseignement des Etats-Unis savait déjà mais n’en fit rien. Juste pour dire l’ambiance. Et mettre en perspective le côté "nous existons pour vous protéger" des services de renseignement...

Car, à part son omniprésence, la NSA a quelque chose d’autre en commun avec Dieu : on peut facilement l’oublier lorsqu’on n’y pense pas.

Viktor Dedaj
Et Dieu dans tout ça ?

lundi 19 janvier 2026

Globalisation et privatisation de la guerre, l’évolution de la stratégie de défense américaine

SOURCE: https://www.institutschiller.org/Globalisation-et-privatisation-de-la-guerre-l-evolution-de-la-strategie-de

par Christophe Lavernhe

Cet article rend compte, entre autres, du travail de Nel Bonilla, doctorante, sur le thème de « l’Ouest et le reste » (West and the rest) [1]. Nel Bonilla est partie d’une lecture attentive de la littérature publiée par les organismes de pouvoir liés de près ou de loin à l’Alliance atlantique et à son moteur anglo-américain [2].
Ci-dessous, une courte vidéo mentionnée par Nel Bonilla dans son article. Elle a été réalisée par le Commandement allié transformation de l’OTAN sous les auspices de la division dite Clairvoyance stratégique dirigée par Florence Gaub.


De par sa nature intrinsèquement destructrice (par le pillage et la spéculation financière), le système politico-économique occidental n’est plus capable de surmonter les crises qu’il génère. Refusant à prendre les mesures de fond qui nous permettraient d’en sortir par le haut, nos « élites » paniquent. Dans le paradigme de compétition dont elles n’arrivent pas à s’extraire (je ne peux gagner que si tu perds), les fenêtres d’opportunité qui s’offrent encore à elles pour tenter de combler l’écart avec les pays des BRICS+++ sont en train de se refermer et l’avance de ces derniers devient irratrapable.

A cet égard, les Etats-Unis et l’Europe voient la Chine, en pleine effervescence créative, comme le défi ultime. Pour se prémunir d’une telle concurrence,

« les élites occidentales (…) ont choisi de militariser la concurrence elle-même, traitant le développement économique, les avancées technologiques et la coopération diplomatique des puissance non occidentales comme des problèmes militaires requérant des solutions militaires »

.

Sûr du soutien de l’Etat profond américain dont sa société est une pièce maitresse, Peter Thiel, patron avec Alex Karp de la firme Palentir (spécialiste du logiciel d’analyse de données à grande échelle) affirme ainsi que « la concurrence c’est fait pour les losers (les perdants) » [3]. Les patrons de la Tech américaine travaillent le gouvernement fédéral pour qu’ils les aident à imposer, par la force s’il le faut, un monopole mondial dans leur spécialité.

Cela dit, avec ou sans Palentir, la plupart des conflits actuellement en cours de par le monde sont le résultat d’une volonté de domination occidentale qui n’arrive plus à s’affirmer. L’Alliance atlantique, dominée par des pays va-t-en-guerre, désire pareillement passer en force sans en être capable. Les « losers » ne sont donc pas ceux qu’on croit. Et le fait qu’ils s’accrochent les rend terriblement dangereux.

On le constate à travers la volonté irréaliste et suicidaire de la part des Européens de doubler la mise face aux forces russes mais aussi celle des néo-conservateurs américains d’étendre l’Otan en Asie. Les deux nous mènent - à plus ou moins brève échéance - vers une guerre de haute intensité à partir de l’un de ces théâtres. C’est du moins ce que nous promettent les autorités civiles et militaires de notre pays, mais aussi celles du Royaume Uni, de l’Allemagne et de l’Otan pour ne citer qu’elles. La conflictualité « se déploie désormais dans tous les domaines et en amont du conflit ouvert » constatait déjà en 2017 la Revue Stratégique de défense et de sécurité nationale [4]. Une conflictualité à même de contrecarrer la pacification des relations internationales voulue par la majorité du Sud Planétaire.

Dans ce contexte et faute de pouvoir produire suffisamment d’armes, de munitions, de soutiens logistique pour neutraliser l’adversaire en cas de conflit de haute intensité, les Etats-Unis ont concocté une nouvelle doctrine qui consiste d’abord à se donner du temps.

Gagner du temps

A une domination qui ne peut plus se justifier par la prospérité, l’innovation ou le consentement, les capitales de l’Alliance atlantique opposent une coercition diffuse, jusqu’à avoir rattrapé leur retard (c’est du moins le but affiché).

Pour cela, il faut changer les caractéristiques de la guerre pensent-elles. « D’épisodique et régionale » la guerre doit devenir « trans-régionale et globale ». On y abandonne le principe « d’interventions ponctuelles et limitées » en faveur « d’un engagement simultané dans tous les domaines » [5] :

« Le système westphalien de conflits délimités entre états nations souverains fait place à un engagement permanent et partout (…) Les théâtres de guerre séparés deviennent, dans ce système « post-westphalien », les nœuds interconnectés d’un réseau de chantage planétaire ».

Parce qu’elles offrent la possibilité de maintenir des foyers de déstabilisation, les plaies héritées du passé sont maintenues ouvertes ou peuvent être réveillées n’importe quand au gré de déclarations hostiles, d’exercices militaires surprise ou d’incidents mis en scène. Concrètement on évite la résolution des conflits ainsi que l’illustre l’exemple tragique de ce qu’il se passe en Palestine ou en Ukraine. Mais aussi autour de Taiwan, au Vénézuela, dans de nombreux pays africains etc.

Outre que cela consolide le lobby militaro-industriel occidental, la multiplication d’accrochages de basse intensité est censée épuiser l’adversaire non-occidental. La mobilisation vers la guerre permet également d’occulter le déclin de nos économies civiles, tout en préparant les conflits de haute intensité.

Mais chaque jour qui passe met ce scénario à mal. Ne serait-ce que parce qu’il active de multiples solidarités entre pays partageant le sentiment d’être menacés par cette doctrine de guerre tous azimuts.

Guerre tous azimuts

Selon la National Defense Strategy de 2018, le problème pour les Etats-Unis est désormais principalement de répondre aux menaces de ce qu’elle appelle les « puissances révisionnistes » (sous entendu toutes celles qui rejettent la suprématie occidentales), principalement la Russie et la Chine (et aussi la Corée du Nord et l’Iran). C’est sur le plan de la protection aérienne que les Etats-Unis ont le plus perdu. Leurs routes d’approvisionnement traditionnelles sont devenues vulnérables, et les bases statiques (800 bases américaines autour du globe) peuvent devenir des pièges mortels face aux dangers venus du ciel.

Les « trous » existants dans le « dôme de fer » israélien, constatés lors du dernier conflit avec l’Iran en juin 2025 en sont un exemple. Rappelons que le dôme de fer a été développé conjointement par Israël et l’armée américaine, pour défendre le territoire israélien, mais aussi comme terrain d’expérimentation mettant en oeuvre l’IA et les dernières technologies. Pour riposter, l’Iran a utilisé de puissants missiles balistiques qui sont venus saturer la défense du dôme de fer, provoquant des dégâts largement occultés par le narratif officiel israélien. Précisons que Téhéran disposerait d’un arsenal de 2 000 missiles balistiques.

Plus généralement, la vulnérabilité occidentale est liée à la « prolifération » des systèmes de défense anti-aérienne multi-couches, des tirs de précision dans la profondeur, des systèmes de guerre électronique et des moyens cyber offensifs et défensifs. Un nombre croissant de pays à qui les Etats-Unis ont affublé l’étiquette « adversaire » ou « ennemi » sont désormais en mesure de « contester » la liberté d’action dont les forces américaines ont pu bénéficier, remettant en cause l’aptitude à la manœuvre interarmées qui conditionne la domination américaine.

C’est dans cette atmosphère de contestation générale du primat américain que l’Army ne veut (ou plutôt ne peut) pas rester focalisée sur la conduite des « batailles ». Elle se prépare plutôt à mener toutes formes d’opérations dans le cadre d’une « compétition stratégique » de nature globale visant à mettre au pas le bloc révisionniste, où qu’il soit et quand il le faut. La persistance des foyers de tension soigneusement entretenus vise à dérouter l’adversaire, le faire douter dans un contexte d’éternels recommencements.

L’ambiguïté stratégique

Cette doctrine porte un nom : l’ambiguïté stratégique. Elle brouille les intentions de sorte que les adversaires doivent se préparer à tous les scénarios et défendre tous les fronts, tout le temps. L’effet de surprise lié à l’imprévisibilité peut aussi donner à des moyens limités un effet multiplicateur sur le terrain. La fait d’alléguer en flux continu de l’existence de menaces diverses contribue aussi à alimenter la psychose dans le public, ce qui le prépare à la guerre. En Europe, chaque jour qui passe égrène sont lot d’évènements allégués et montés en épingle, destinés à accroitre l’inquiétude : déraillement de train suspects en Pologne (sur les lignes ravitaillant l’Ukraine), incendies d’entrepôts logistiques au Royaume Uni et en Allemagne, coupure inexpliquées de câble sous-marins en Baltique, brouillages GPS affectant l’aviation civile etc.

Si l’ambiguïté stratégique relève plus du discours diplomatique ou de la communication d’informations vers le grand public (conditionnements, propagande), l’incertitude opérationnelle intervient avant et durant l’intervention armée.

Les Opérations multi-domaines (OMD)

Ce que les stratèges américains ont nommé Opérations Multi-Domaines (Multi Domain Operations, MDO) permet de prolonger l’incertitude sur le terrain, avant et durant l’intervention armée.

Le document rédigé en 2018 sur la stratégie nationale de défense le résume ainsi :

« Soyez (...) opérationnellement imprévisible... notre déploiement dynamique des forces, notre posture militaire et nos opérations doivent introduire un élément d’imprévisibilité pour les décideurs adverses... manœuvrez vos concurrents dans des positions défavorables, contrecarrez leurs efforts, éliminez leurs options tout en développant les vôtres ».

La Rand corporation affirme au même moment que « l’imprévisibilité opérationnelle, c’est rendre l’adversaire incertain sur la façon dont les Etats-Unis vont combattre ». La meilleure façon de faire précise la Rand est de mettre au point et d’expérimenter plusieurs méthodes d’action qui demanderont chacune une réplique adaptée, différente de toutes les autres, de la part de l’ennemi.

Des attaques multiples, menées en collaboration étroite entre les domaines terrestre, maritime, spatial, aérien, cybernétique et électromagnétique visent à coordonner les effets et provoquer des dilemmes chez l’adversaire. On y intègre aussi celui de l’information, l’espace extra-atmosphérique… et le cerveau humain qui, pour les stratèges de l’Otan, est devenu le nouveau domaine opérationnel. La Russie est par exemple accusée de mener une guerre permanente contre les esprits européens, pour briser la volonté de résistance.

Ces attaques impliquent aussi le recours à différents types d’acteurs, sortes de mercenaires (voire de groupes terroristes) il est question de forces « de substitution » ou auxiliaires locaux (aussi appelés proxys). Ces modalités d’opération entrent dans le cadre de stratégies dites « hybrides » ou de « zones grises ». Les limites traditionnelles de la notion de conflit s’estompent, instaurant une lutte d’influence dont les enjeux sont les « alliés et partenaires » (pays de l’Otan, de l’AUKUS [6]...) ainsi que « les Etats vulnérables de la ligne de partage » (Ukraine, Turquie, Inde...).

La France s’inscrit en plein dans ces « nouveaux modes de conflictualité », notre Président de la République reprend à son compte l’ambiguïté stratégique : « la frontière entre compétition et confrontation, qui nous permettait de distinguer le temps de paix du temps de crise ou de la guerre, est aujourd’hui profondément diluée (…) Elle laisse place à de multiples zones grises où, sous couvert d’asymétrie ou d’hybridité, se déploient des actions d’influence, de nuisance, voire d’intimidation, qui pourraient dégénérer » (extrait de son discours sur la stratégie de défense et de dissuasion le 7 février 2020).

Mais entre ce qui est visé et la réalité, l’écart est encore manifeste. Les OMD supposent acquises de nombreuses conditions qui ne sont que très rarement réunies. Les communications doivent notamment éviter les brouillages et rester fluides entre les différents domaines. En Ukraine par exemple, on peut observer que la guerre électronique menée par la Russie perturbe avec succès les réseaux ISR (Intelligence, surveillance, reconnaissance) locaux tout en brouillant le GPS, en dégradant les drones et en interférant avec les tirs guidés de précision.`

La guerre mosaïque

La guerre de demain telle qu’elle est pensée au Pentagone sera aussi faite par des unités de taille réduite (composant une mosaïque), assemblées en vue de combattre de manière fluide et décentralisée, sans structure préalablement définie. Les éléments individuels d’une mosaïque – des petits drones par exemple - sont vulnérables, mais ensemble, ils représentent un réel danger. Même si un adversaire parvient à neutraliser plusieurs pièces de la mosaïque, l’ensemble peut réagir instantanément selon les besoins pour obtenir l’effet global souhaité.

Dans le cadre des Opérations Multi-Domaines que l’on vient de décrire, les responsables de la DARPA américaine (Defense Advanced Research Projects Agency) mettent en avant ce concept de guerre mosaïque pour qualifier les nouvelles configurations rendues possibles par les progrès dans la communication entre machines :

« petits fragments en grand nombre, interopérables, faibles et fragiles pris isolément, les drones peuvent être agencés dans un contexte spécifique pour tuer. Un même drone peut être une fois un capteur, une autre fois une munition vagabonde, un leurre, ou un brouilleur. Chaque drone est autonome. Il a été doté de données communes à tous les autres drones et peut s’intégrer très rapidement à une configuration locale de force. Le commandement humain fournit les grandes lignes de l’intention ; les algorithmes assemblent des forces opérationnelles à partir de tout ce qui se trouve à proximité et en réseau. L’orchestration est instantanée et, idéalement, intraçable ».

Contrairement aux systèmes monolithiques et aux architectures rigides actuels, dont le développement prend des décennies au point où certains systèmes militaires deviennent obsolètes avant même d’être livrés, de tels systèmes sont moins coûteux et moins complexes fait valoir l’État Major. La guerre mosaïque utilise aussi l’interopérabilité entre machines et IA pour mettre en réseau des systèmes en partie habités (par l’homme) et en partie non habités :

« La guerre mosaïque nous est présentée comme l’archétype de la résilience : un force distribuée qui ne peut être décapitée, qui survit en se dispersant plus vite qu’elle ne peut être à son tour frappée. »

Il existe une hypothèse sous-jacente à cette guerre apparemment « joyeuse » que veulent mener les occidentaux au XXIeme siècle, c’est que nos adversaires, contrairement à nous, sont fragiles, centralisés et incapables de se recomposer de manière adaptative. Ici perce à nouveau « la vision civilisationnelle de supériorité qui sous-tend la vision stratégique globale du monde. ». Une vision qui amène de nombreux stratèges occidentaux à sous-estimer la capacité des nations apparemment moins avancées à surpasser leurs manœuvres.

Le réseau

A l’échelle globale, la guerre mosaïque repose sur un réseau unifié, véritable architecture planétaire. Sur le papier, il permet par exemple à « un capteur situé en Afrique de déclencher une frappe dans le Pacifique, tandis que l’analyse est effectuée en Allemagne et au Colorado. »

Sorte de meta-réseau, le cyberespace inclut l’informatique, Internet, les réseaux subsidiaires, les technologies numériques, en particulier lorsqu’il s’agit de contrôle, de communication ou de sécurité. Pas de drapeau, pas de bases dans le cyberespace. Ce qui demeure c’est le maillage de l’espace, avec la possibilité d’y fonctionner d’une façon décentralisée. Au sein de ce réseau qui stipule avant tout l’interopérabilité, la puissance coercitive circule.

Mais attention, celui qui accepte d’en être membre accepte la loi en vigueur. Cela se fait à travers l’alignement sur les normes qui régissent le fonctionnement des infrastructures, de la logistique, des finances et de la communication. Au plan militaire plus spécifiquement :

« Grâce à l’infrastructure numérique, les alliés intégreront leurs forces armées dans un système technologique dirigé par les États-Unis dont ils ne pourront se dissocier sans renoncer à leur propre capacité opérationnelle »

.

Cet embrigadement fait écho au chantage exercé auprès des acteurs économiques qui acceptent de commercer en dollars. Ils doivent se soumettre aux conditions américaines (extraterritorialité du droit, taxes, sanctions et interdits divers). Voilà une bonne dizaine d’années que les territoires du Sud planétaire ont entamé la longue marche pour se désengager du système dollar. Ils ont aussi très bien compris – Chine en tête – à quel point la mise en place d’une infrastructure réseau indépendante de l’Occident collectif est un élément vital.

Globalisation et privatisation de la guerre

Voilà un exemple de ce que cela donne sur le terrain, à Gaza en l’occurence. Les entreprises technologiques américaines (Palantir à nouveau, et Dataminr) sont intégrées au centre de coordination civilo militaire (CMCC) partenariat public/privé élaboré par les Américains :

« Elles contribuent au modèle sécuritaire baptisé « alternative safe communities », qui propose de regrouper des civils palestiniens dans des zones clôturées, surveillées et connectées aux systèmes prédictifs des firmes américaines. L’IA identifierait les « comportements à risque » en suivant téléphones, déplacements et traces numériques. Ces sociétés ne se contentent pas de fournir des outils. Elles co-écrivent, avec les Etats, l’architecture sécuritaire de l’après-guerre. Cette fusion entre l’appareil militaro diplomatique et l’industrie du big data pose une question fondamentale : que devient la liberté quand la puissance publique délègue à des société privées le pouvoir de surveiller, cibler et contrôler des populations entières ? » [7]

Plus généralement, à Gaza ou bien en Ukraine qui pilote réellement ? Ce ne sont pas les peuples, consultés ni sur l’état de belligérance (est-on en guerre ou non ?), ni sur l’emploi de nouvelles armes, ni sur l’apparition d’outils de contrôle redoutables, ou sur l’élargissement de l’Otan. Ce sont à peine les ministres, à la fois complices et dépassés par la complexité technique des dossiers.

L’obstacle sur lequel l’humanité bute à l’aube du deuxième quart du 21e siècle, c’est donc la prééminence de ces intérêts militaro-financiers privés qui se substituent au pouvoir souverain des peuples, reléguant les nations porteuses de l’intérêt général au rang d’annexes « juridico-policières ».

Dans ce type de contexte international, les enjeux diplomatiques, militaires, les règles d’attribution de marchés privés, la multiplication des acteurs (incluant les organismes internationaux, supranationaux et autres ONG..), rend le fonctionnement général difficilement déchiffrable pour la plupart des intervenants.

Ce n’est pas le cas pour les sociétés qui organisent les processus de délibération/décision. Elles imposent des pratiques managériales qui compartiment les problèmes et entretiennent l’opacité. A travers l’élaboration de structures qui permettent de concentrer le pouvoir de décision sans attirer l’attention, de fixer la rémunération des sous-traitants, d’attribuer les budgets de façon à rémunérer au mieux le secteur militaro-industriel, le tout dans une logique de maximisation du profit et de rétrocommissions à des fins politiques.

* * *

Plutôt que de rechercher des terrains d’entente et de négociation, les élites occidentales préfèrent donc « gérer » l’opposition orchestrée entre les deux blocs que nous venons de décrire. La guerre généralisée reste, à leurs yeux, le dernier recours. C’est leur façon de repousser l’écroulement inévitable du système financier occidental. Elles peuvent pour cela compter sur l’aide active des gouvernements qu’elles ont réussi à subvertir. Pour nous européens la subversion est emmenée par le trio Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Keir Starmer. Sous peine d’écroulement, nous devons sortir de cette logique de bloc, très vite.


A lire aussi :


Notes

[2Les sources de la chercheuse sont les publications de think-tanks privés (tels la Rand Corporation, le CSIS, la Heritage Foundation), les médias qui en sont les relais (Wall Street Journal, Financial Times) et enfin les publications des organismes officiels au coeur de la bureaucratie permanente des Etats Unis et de l’Otan. Ces positions officielles reflètent souvent des politiques qui leur ont été soufflées par les lobbyistes, cabinets des conseil et autres agents d’influence extérieurs.

[3Si l’on prend l’exemple français, Palentir n’a effectivement aucun concurrent. Voilà dix ans que les autorités françaises ont choisi Palentir comme partenaire exclusif de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), au coeur des services de renseignement français, pour exploiter nos données les plus sensibles. Et l’on a appris le 15 décembre 2025 que le contrat qui lie la France à cette société va être renouvelé pour les trois prochaines années…

[5Selon le Plan de réseau unifié de l’armée 2.0 pour Army Unified Network Plan 2.0, ou AUNP, auquel fait écho l’Analyse prospective stratégique de l’OTAN pour 2023 établie par l’Otan.

[6Acronyme de l’anglais Australia, United Kingdom et United States

jeudi 25 décembre 2025

Camus ou la bonne conscience coloniale, en Algérie comme en Palestine.

 SOURCE/https://www.legrandsoir.info/camus-ou-la-bonne-conscience-coloniale-en-algerie-comme-en-palestine.html

Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2013), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus peut servir à neutraliser les horreurs du génocide en Palestine, comme elle sert à donner un visage humaniste à la colonisation française en Algérie.

L’Algérie était, comme l’est la Palestine, une colonie de peuplement, ce qui permet aux colons de s’imaginer que le pays qu’ils occupent est le leur. Camus s’imaginait algérien, et criait, comme les autres colons, son amour de l’Algérie ; c’est sans doute à partir de là qu’on a pensé qu’il était anti-colonialiste, comme le prétendent les critiques de droite et l’institution scolaire – mais Camus aimait l’Algérie sans les Algériens (comme O. Gloag, je désignerai par le terme d’Algérien, que les colons français s’étaient approprié, les indigènes que les colons appelaient « les Arabes » ou « les musulmans), et il la voulait partie intégrante de l’Empire français ; c’est ce que montre Gloag en étudiant précisément, dans leur contexte, les déclarations, mouvantes et souvent ambiguës, de Camus.

Dans les années 30, Camus est favorable à une réforme (légère) du statut des Arabes : était-il donc favorable à la cause de l’indépendance ? Nullement : il craignait que la cruauté du système et l’humiliation systématique des Algériens ne favorisent le mouvement indépendantiste, et estimait, comme le Prince Salina du Guépard, qu’il fallait changer quelque chose pour que tout reste comme avant. Mais les colons bloquèrent toute proposition de la métropole pour améliorer le statut des Algériens. Déçu par son incapacité à influencer les colons, Camus se met en retrait, mais les événements historiques l’obligeront à intervenir de nouveau.

A la fin de la IIe Guerre Mondiale, à partir justement du 8 mai 1945, ce seront les massacres de Sétif et Guelma. Du fait des violences des colons, les manifestations des Algériens devinrent des émeutes, qui provoquèrent la mort de 102 pieds-noirs (curieusement, Wikipédia annonce d’abord 1165 morts, chiffre donné par les autorités à l’époque, et ne rectifie qu’en fin d’article, sous la rubrique « bataille de chiffres »). Le soulèvement du Nord-Constantinois fut écrasé par l’armée : 41 tonnes de bombes déversées sur les villages, et 10000 morts (estimation française), 17000 (estimation américaine), ou 45000 (estimation algérienne) – bref, conclut Wikipédia, entre 3000 et 30000 morts chez les Algériens ! On ne se soucie guère de compter les morts arabes, que ce soit en Algérie ou à Gaza. On remarque aussi le même type d’équivalence que celui pratiqué par les Israéliens, de façon plus drastique : 100 morts arabes pour 1 mort français, 10000, 20000, 30000 ... morts palestiniens pour un mort juif.

Comment réagit Camus, qui était en Algérie pendant les massacres ? Dans un article, il parle de « désirs désordonnés de puissance et d’expansion »... chez les Algériens (!), et d’une nécessité de justice et d’humanité chez les Français : aucune condamnation des massacres des colons et de l’armée, seulement des propos lénifiants, mais en fait cyniques, qui constituent une véritable insulte à l’égard des Algériens. Les événements, dit-il encore, laissent, chez « les masses arabes un sentiment de crainte et d’hostilité », mais, chez les colons, « un ressentiment profond et indigné » : on appréciera la différence de force de ces termes, dont on peut conclure que ce sont les colons qui ont été traumatisés ; par contre, Camus stigmatise la « haine » qui anime les Algériens, et appelle donc les autorités à lancer une sorte de Kulturkampf, pour conquérir les coeurs des Algériens.

Quel est le point commun entre Eugène Sue (Les Mystères de Paris, 1842), Alexandre Dumas (Le Comte de Monte Cristo 1844 ), Victor Hugo (Les Misérables 1862) et Camus ? Ils expédient en Algérie les gêneurs, criminels (tel Thénardier), ou repentis ayant besoin d’expiation, se réhabiliter ou donner un sens à leur vie en faisant le coup de feu contre les indigènes ou, au mieux, en leur expliquant les bienfaits de la colonisation : « à l’heure où tant de jeunes Français cherchent une voie et une raison de vivre, on trouvera peut-être quelques milliers d’entre eux pour comprendre qu’une terre les attend, où ils pourront à la fois servir l’homme et leur pays ». Camus compte sur eux pour renforcer la position des Européens face aux Algériens, de même qu’Israel, depuis son installation, incite le plus possible d’Occidentaux à s’installer en Palestine pour contrer la démographie palestinienne. L’Algérie, comme la Palestine, apparaît comme une Terre Promise vierge qui n’attend pour s’éveiller et parvenir à la civilisation que l’arrivée des Occidentaux. Le ton onctueux, patelin, papelard de Camus est insupportable.

Mais Camus ne soutient pas seulement le colonialisme en Algérie (pour lequel il pourrait faire valoir des raisons sentimentales) : le 8 mai 1954, après Dien Bien Phu, il compare ses sentiments à ceux qu’il éprouvait lors de l’invasion allemande : « Comme en 40, sentiment partagé de honte et de fureur », sentiment provoqué (précisons-le) par l’abandon par la France des braves soldats massacrés par les Vietnamiens.

Malgré son humanisme abstrait et iréniste, Camus ne peut pas cacher son soutien au colonialisme. Chaque fois que, pendant la guerre d’Algérie, des intellectuels de gauche lui demanderont de s’associer à eux pour demander la grâce d’un condamné politique algérien, Camus refusera. Pourquoi alors s’obstine-t-on à essayer de le dédouaner ? Gloag nous donne la réponse : il est une « icône utile » qui permet de croire qu ‘on pouvait concilier humanisme bienveillant et colonialisme, et de mythifier l’histoire de France.

Mais il faut même parler, dans le cas de Camus, de racisme : une analyse honnête de L’Etranger et de La Peste ne laisse aucun doute. La lecture de ces deux romans, et surtout le deuxième, laisse une impression de malaise et même de dégoût que, lorsque je les lisais étant adolescente, j’étais incapable de m’expliquer ; avec plus de maturité, on comprend que ce dégoût est celui que suscite le racisme. Il faut revenir sur ces textes, armé des analyses et des mots de Gloag.

L’aspect le plus frappant de L’Etranger, c’est « le déni de l’Arabe en tant qu’homme » ; ce déni « prend la forme d’une indifférence qui n’est pas expliquée mais plutôt offerte comme un fait presque neutre, comme une évidence indubitable ». Camus vide Alger de sa population arabe, à l’exception de quelques figurants qui ne sont là que pour les besoins de l’intrigue et qui disparaissent sans explication dès qu’ils ont joué leur rôle ; ils resteront tous anonymes. Mais le personnage du frère de la maîtresse de Raymond, souteneur et ami de Meursault, est traité de façon ignoble : c’est l’Arabe au couteau, il n’a pas d’autre caractéristique, et, fait étonnant, on ne lui accorde jamais le statut de victime ; tout se passe comme si c’était lui qui obligeait Meursault à le tuer d’un coup de pistolet : la lame accroche un rayon de soleil, qui éblouit Meursault, agression qui justifie le meurtre. Mais l’analyse de Gloag va plus loin : l’histoire du soleil qui, éblouissant Meursault, déclenche une réaction automatique, est une élaboration secondaire ; en réalité, Camus considère la nature algérienne comme sa propriété en tant que colon français, et ne peut pas supporter qu’un Arabe en jouisse, s’interposant entre la Nature et lui : la présence d’un Arabe sur une plage algérienne est pour lui une provocation inacceptable.

Cette provocation est d’autant plus grave, on peut dire existentielle, que Camus s’est aménagé une position de retrait lui permettant d’ignorer la réalité de l’Histoire en marche, c’est-à-dire la montée de l’indépendantisme et l’impossibilité du statu quo colonial : comme Meursault, il se réfugie dans la Nature immuable, qui efface la société et ses problèmes, avant tout, la présence des Arabes. Meursault tue donc l’Arabe parce qu’il menace son fantasme d’une Algérie française innocente par nature. La même analyse vaut pour les colons israéliens : il faut tuer les Palestiniens parce que leur présence est la négation de leur construction idéologique d’une Palestine vide, Terre Promise aux Juifs par Yahvé, et restée vierge jusqu’à leur arrivée.

Mais La Peste (1947) cache une réalité encore plus sombre. L’idée reçue, affirmée partout, qu’on assimile sans penser à la mettre en doute, c’est que la peste est une métaphore pour le fascisme : une fois les puissances fascistes vaincues, ça ne mange pas de pain, et le bourgeois conservateur peut les condamner en toute tranquillité. Mais l’absence des Arabes est ici aussi criante que dans L’étranger. Or, si Oran était une ville à majorité française, la population arabe s’accroissait rapidement : de 20 % en 1931, elle passera à 40 % en 1954 : il n’est pas difficile d’en déduire que la menace démographique ressentie par les colons s’exprime dans la présence et la prolifération des rats. Quand un journaliste vient l’interroger sur les conditions de vie des Arabes, le Docteur Rieux répond : pourquoi n’étudiez-vous pas plutôt le phénomène de la multiplication des rats ? On ne peut traduire plus clairement l’équivalence entre rats et Arabes et la substitution dans le roman de ceux-ci par ceux-là. Même obsession démographique chez les juifs d’Israel et même déshumanisation des Palestiniens : puisque c’est de la vermine, il est justifié de les exterminer.

La sortie du film L’étranger est donc un signe très inquiétant : il s’agit d’édulcorer l’entreprise coloniale, de dire que de toute façon il est temps de tourner la page (c’est dans cette optique qu’Ozon donne un nom posthume à l’Arabe assassiné), tout en idéalisant le personnage du colon, en donnant ses raisons. La colonisation de l’Algérie, une fois la conquête réalisée, a duré 84 ans ; le royaume chrétien de Jérusalem avait duré 88 ans ; le royaume juif de Jérusalem dure depuis 77 ans : les raisons du colonisateur l’emporteront-elles encore longtemps ?

Rosa Llorens

 

L’UE persécute ses citoyens en Allemagne : la mort par les sanctions


 

mardi 21 octobre 2025

Qué buscan los pibes y pibas online (édifiant sur le cycle "civilisationnel" planétaire)

 

 
Esto no lo buscan

N. entró por primera vez a un bingo a los 16. “Yo conocí ese mundo con mi mamá, en lugares físicos. A ella le gusta jugar. No es de las personas obsesionadas que van todos los días al casino, pero le gusta”. Imaginaba que las sillas tapizadas de rojo y negro eran una ruleta humana. La alfombra verde, vieja, y las luces de neón azul eléctrico, del futuro. 

N. empezó a ver cada vez más publicidades de apuestas online durante los partidos  de su club, Independiente, y también en Tik Tok, donde muchos promocionan casinos. Pero la primera vez que apostó fue bastante antes, en el colegio. En sexto año las mesas eran de ocho personas. El único varón del grupo llegó con la propuesta, porque sus padres eran cajeros de un casino online. “Nosotras le pasábamos toda la plata,  él la mandaba y nos cargaban, sin DNI. Era plata que nos daban nuestros viejos. Me enganché. Aunque también perdía, yo miraba sólo cuando ganaba. Y así gastábamos las horas de colegio”. El tiempo se gastaba, como el dinero. 

Una vez ganaron 100 mil pesos. Los repartieron. Ella se anotó en el gimnasio: “Es plata fácil, entonces como que la querés disfrutar, no sé, celebrar que te vino de arriba. Imaginate en el colegio y todos en esa, era divertido. Casi siempre jugábamos Blackjack o ruleta, que te dan más adrenalina, son las que te aceleran el corazón”. 

Cuando terminó el colegio, N. empezó a trabajar para un banco como promotora en la calle: “Llegaba a casa quemada y me tiraba en la cama a jugar, y ahí ponía 5 mil, 10 mil. Y ganaba. Me llevaba 60 mil, 80 mil. Mi sueldo más los 80 mil en el mes era un montón de plata”. 

El 82,3 por ciento de lxs jóvenes de entre 12 y 19 años que en 2024 apostaba frecuentemente, según la Encuesta de Bienestar Digital de la Provincia de Buenos Aires, buscaba ganar dinero para uso personal. El  51,1 por ciento lo hacía para divertirse y el 20 por ciento por la adrenalina/emoción. “Así como te digo que yo juego, te digo que no banco que exista el casino online —dice N. — En los casinos berretas, no te piden identificación, y por eso mismo yo podía jugar”.  

En el sitio BET365, líder del rubro de apuestas online, el 70 por ciento de los usuarios son hombres y el 30 por ciento mujeres. A pesar de la notable diferencia  en la participación, para Ezequiel Passeron, director de Educomunicación de la Ong Faro Digital, que realizó un relevamiento sobre ludopatía juvenil en 2024: “Esto viene a desmitificar que la práctica de las apuestas sea algo exclusivo de los varones”.

En el mundo digital parece haber lugar para todxs. Pero los riesgos y costos de entrada y permanencia ¿son los mismos para varones y mujeres? .  

Trini tiene 26 años y desde los 21 trabaja como “modelo vivo” digital: en las fotos que sube a Patreon, una plataforma que funciona a base de suscripciones escalonadas, posa con flores en la boca; a veces desnuda, de espaldas sobre una chimenea, o bajo una escalera en una contorsión imposible. Alimentar las suscripciones mensuales de fotos requiere tiempo y marketing autogestivo. Tuvo que aprender sobre herramientas de promoción, manejo de redes, y gestión frente al baneo de cuentas: “Perdí muchos seguidores. Instagram, por ejemplo, es muy puritano. Da mucha bronca porque es material artístico y la vara es distinta para medir el material que suben diferentes tipos de perfiles”. Valora la autonomía, pero se le dificulta poner un límite al tiempo de trabajo: “De repente son las doce de la noche y estoy contestando un mensaje. Si hago un cálculo, yo creo que estoy mínimo tres horas trabajando con el celular, seis días de la semana”. Eso sin contar el sacarse las fotos, hablar con los fotógrafos y las horas de posar. “Quizás tengo sesiones online también, son dos horas la sesión, más una hora de armar y desarmar vestuario y decorado”, agrega. 

COMPLETO 

mercredi 15 octobre 2025

Archéologie des utopies capitalistes: Space Relations (Donald Barr, 1973)

 SOURCE: https://en.m.wikipedia.org/wiki/Space_Relations

Space Relations: A Slightly Gothic Interplanetary Tale is a space opera novel by Donald Barr, originally published on 17 September 1973 by Charterhouse and distributed by McKay.[2] It was reprinted by Fawcett Crest Books in February 1975.[3] It is one of only two novels Barr is known to have written, the other being A Planet in Arms.[4]

Space Relations
First edition
AuthorDonald Barr
Cover artistGuy Fleming
LanguageEnglish
GenreScience fiction
Set inFuture
Published17 September 1973
PublisherCharterhouse
Publication placeUnited States








In the future, humans have formed an intergalactic empire ruled by aristocrats. During a time of war with the Plith, an empire of ant-like alien bug people, ambassador John Craig, a formerly Liberal Earth man in his 30s, is dispatched to the strategically important planet Kossar, a human colony that was settled by the Carlyle Society as a place of exile for political extremists and now is ruled by an oligarchical high council of seven nobles, each of whom is in charge of a different domain with its own traditions. Their boredom and absolute power have driven them to madness, to the point that Kossar's entry into the empire has been stymied by the Man-Inhabited Planets Treaty's clause (written by Craig) against alliances with slave owning societies, due to its practice of kidnapping humans to become illegal playthings of the galaxy's super-rich.

Craig, who now is campaigning to bring Kossar into the empire, had previously been to the planet when the passenger ship on which he was travelling on a return trip from the Betelgeuse Conference was captured by space pirates. While en route to Kossar, one of the pirates awakened Craig and the other prisoners to rape a 15-year-old virginal redheaded female captive in front of them; the rapist's fellow pirates later hear of this and dock his pay as punishment for spoiling her market value. Craig then spent two years as a slave of the beautiful, sensual, and sadistic Lady Morgan Sidney, the only female member of the oligarchy, with whom he became romantically involved. Together, they lived in her castle, ruling over and engaging in sexual relations with those under their dominion, including an enslaved teenager at a clinic used to breed enslaved people. When Craig stumbles on hints of an alien invasion, he realizes he must escape to save humanity.

Craig is depicted as undisturbed by Lady Morgan's sadism. When he is ordered to sexually assault the enslaved teenager, he enjoys his participation in the act.[5]

Reception

In 1973, Kirkus Reviews described the novel as "a coruscatingly literate tale for grown-ups".[6]

In 2008, the novel was criticized by Pornokitsch for devoting too much attention to character development rather than world-building.[7] The review notes that the narrative is split in two, between the present-day official visitation of Craig to the planet Kossar, and his past experiences as Lady Morgan's slave.[7]

The novel's events are set during a war between intergalactic human empire and "sinister" bug people. The world of Kossar is human, but independent of the empire due to its ruling aristocracy's refusal to abolish the slave trade, which represents the very foundation of Kossar's class system and economy.[7] The review notes that the novel does not fully explore these premises. The war is used to explain why a "backwater world" like Kossar became important to the empire, but the conflict is merely referenced and not actually depicted. The novel also hints at the complex politics of both Earth and Kossar and their roots in Machiavellianism, but these politics remain largely unexplored.[7]

The main theme of the novel is the "torrid romance" between a slave and his owner (John Craig and Lady Morgan). This allows the author to explore the issues of slavery and domination. The reviewer notes however that neither character experiences growth or change through the novel's events. He found both main characters to be "fairly obnoxious".[7] While the author repeatedly reminds the readers that slavery is wrong, he tries to depict both Craig and Morgan as wise, talented, and heroic. The reviewer finds it hard to view them as heroes, since their actions are not heroic in nature. Throughout the novel, both main characters "freely kill, torture, seduce and make sweeping political decisions on behalf of thousands of people".[7]

Another flaw of the novel is its depiction of Craig as a poet. The prose of the novel is interrupted by the character's poetic compositions, including a number of sonnets. The reviewer sees this as a failed attempt to add depth to the character, and finds these interruptions to be irritating.[7]

The novel was described in a Vice article as "both comically amoral and insufferably pretentious. To be fair, these traits were common in 1970s sci-fi."[5] Becky Ferreira has described the novel as "highly unsettling", due to its depiction of rape of enslaved people, particularly teenage girls, and other coercive sex acts. The sex acts described are performed "for the dual purposes of entertainment and controlled procreation".[5] Ferreira found disgusting the novel's fixation on the sexualization of adolescents. She notes that the adult characters are subjected to infantilization. The novel's dialogue includes "casually unsettling observations". She cites as an example a character remarking that pederasty lacks "aesthetic appeal".[5] She views the novel as sexualizing minors and fetishizing rape.[5]

Space Relations saw increased public attention after Jeffrey Epstein, Barr's former employee, who he hired without teaching credential at a high school, died in jail, due to the similarities between the violent sexual depictions in Space Relations and Epstein's sex trafficking activities and obsessions, along with the crimes of his associate Ghislaine Maxwell. Sellers of the novel on eBay explicitly advertise its connection to Epstein in their descriptions of it.[5] It was also included as a key plot point in the season 4 finale of the legal drama The Good Fight.

References
 
Jared (May 20, 2008). "Underground Reading: Space Relations by Donald Barr". Pornokitsch. Retrieved February 14, 2020.
  • Space relations; a slightly Gothic interplanetary tale. (Book, 1973) [WorldCat.org]. OCLC 856626.
  • Donald Barr (1973), Space Relations, Charterhouse
  • Donald Barr (1975), Space Relations, Futura Publications
  • "AG Barr's father warns of 'dictatorship'...in outer space". Spectator USA. April 4, 2019. Retrieved February 14, 2020.
  • Becky Ferreira (August 16, 2019). "Epstein Truthers Are Obsessed With a Sci-Fi Book About Child Sex Slavery Written by Bill Barr's Dad". VICE. Retrieved February 14, 2020.
  • "Space Relations". kirkusreviews.com. Retrieved February 14, 2020.
  • dimanche 12 octobre 2025

    Technofascisme et Parti socialiste français : après Macron, une nouvelle créature?

     portrait de Julie Martinez sur fond d’Assemblée nationale

     
    La nouvelle porte-parole du PS est juriste de haut niveau chez le géant américain de la surveillance numérique, cofondé par une star du trumpisme. Et dirige aussi le think tank de Jacques Attali (France positive). Une triple vie qu’elle juge parfaitement cohérente, mais qui ne manque pas de contradictions. 
     
     
    Portrait.

    Un curriculum vitae explosif en blazer sombre vient de franchir le seuil d’une bruyante brasserie de Clichy. Nulle conversation ne s’interrompt. Aux yeux du grand public, le visage parsemé de taches de rousseur de Julie Martinez est encore inconnu en ce début septembre. « C’est mon premier portrait », démarre la trentenaire avec un enthousiasme qui ne la quittera pas du repas. La nouvelle porte-parole du PS a l’optimisme de ceux qui n’ont encore jamais pris la foudre.

    De la petite dizaine d’étoiles montantes à qui les socialistes ont confié le soin de parler en leur nom, elle est la seule à ne pas avoir de mandat électoral. ARTICLE EN INTEGRALITE


     

    jeudi 31 juillet 2025

    « Les Reporters sans frontières » : qui sont-ils réellement ?

     

    Nombreux sont ceux qui ont entendu, un jour ou un autre, le nom tant imagé de l'organisation « Reporters sans frontières » qui inspire une confiance spontanée et qui ne pousse pas, d’une manière naturelle, à se poser la question : qui y a-t-il derrière une aussi belle étiquette, qui sont ces « reporters » ?

    De ce fait, rares sont ceux qui ont pris la peine de s’arrêter et de se pencher en détail sur l’essence et les pratiques de cette organisation journalistique qui prétend être constituée des grands défenseurs de la démocratie et de la liberté de parole des journalistes du monde entier, des nobles travailleurs de la plume totalement apolitiques, désintéressés et impartiaux dans leurs jugements et actions au-delà de toutes les frontières.

    Corrigeons cette erreur de l’injuste inattention de la part du grand public et de la plupart des médias : rendons hommage au travail des glorieux journalistes de RSF, en mettant en lumière un certain nombre d’éléments fort intéressants les concernant : ils le méritent grandement.

    Des éléments qui démontreront plus que clairement que l’ONG « Reporters sans frontières » possède un deuxième visage, le vrai, qui est bien plus intéressant que le premier, visible et si fièrement affiché.

     ARTICLE EN INTÉGRALITÉ: https://www.legrandsoir.info/les-reporters-sans-frontieres-qui-sont-ils-reellement-le-dossier.html

    lundi 21 juillet 2025

    Le zombisionisme, stade ultime de l'impérialisme?

    SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2025/07/bienveillance-occidentale-le-zombisionisme


    La forme zombie du sionisme
    augure-t-elle de celle que va prendre le libéralisme capitaliste
    au sein de l'occident collectif ?

    C'est en tout cas la leçon que tire Shir Ever, activiste de BDS, des récents évènements auxquels il a assisté en Palestine et qu'il a analysé et commenté avec beaucoup de perspicacité pour l'Intifada numérique :


     

    et pour contextualiser tout ça :

    L'enfer humanitaire 
    l'extermination des Palestiniens se fait passer pour de l'aide

    Israël et l'Amérique veulent placer « par bienveillance » la population de Gaza dans ce qui équivaut à un camp de concentration.
    Aide humanitaire de l'enfer : l'extermination des Palestiniens se fait passer pour de l'aide

    Pour consulter :

    Le rapport de Francesca Albanese   

       

    Le génocide en cours à Gaza et en Palestine est particulier, non pas à un, mais à deux égards. Comme on l'a souvent observé, il s'agit du premier génocide de l'histoire retransmis en direct. Aucun génocide n'avait jamais été commis sous les yeux du monde comme celui-ci. Deuxièmement, le génocide de Gaza sape et, de fait, dévaste des ordres moraux et juridiques entiers – ou du moins des revendications de longue date sur ceux-ci – d'une manière tout aussi inédite.

    Ces deux particularités sont liées : la seule façon pour le monde entier de tolérer le génocide à Gaza, compulsif depuis 8 décennies et explicite depuis près de trois ans, est de faire fi obstinément des normes fondamentales, écrites et tacites. Par exemple, presque aucun État – à l’exception du Yémen (sous le contrôle de facto du mouvement Ansar Allah ou des Houthis) – n’a même tenté de se conformer à ses obligations contraignantes et claires au titre de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948, à savoir « prévenir et punir » le crime de génocide. Personne parmi celles et ceux qui ont le pouvoir – seul ou avec d’autres – de le faire, ni au Moyen-Orient, ni au-delà, n’est venu sauver les victimes palestiniennes du génocide de Gaza de la seule manière efficace : en arrêtant leurs meurtriers israéliens par la force massive.

    Pourtant, la petite partie du monde, pourtant disproportionnellement influente, qui se définit comme l'Occident, est allée au-delà de la simple inaction. Car, que l'Occident soit une civilisation autrefois façonnée par le christianisme ou non, son véritable fondement est depuis longtemps l'hypocrisie. Et pendant le génocide de Gaza, le besoin compulsif de l'Occident de rationaliser même ses actes les plus vicieux en actes de vertu propagateurs de « valeurs » prétendument civilisationnelles, a conduit à un nouveau sommet de perversion morale et intellectuelle : précisément parce que l'Occident a non seulement abandonné les victimes palestiniennes, mais qu'il co-perpétue activement ce génocide avec Israël, ses élites – politiques, culturelles, médiatiques, policières et judiciaires – ont déployé un effort soutenu et obstiné pour modifier radicalement notre conception du bien et du mal, des normes juridiques spécifiques à notre compréhension intuitive et largement partagée des limites à ne jamais franchir.

    Mener, par exemple, une prétendue « guerre » en tuant ou en blessant –  souvent en les mutilant à vie  –  plus de 50 000 enfants  (en mai 2025). Une « guerre » dont nous recevons des témoignages fiables multiples et répétés les uns après les autres  selon lesquels nombre de ces enfants sont délibérément ciblés, notamment par des opérateurs de drones et des tireurs d'élite. Une « guerre » où la famine, la privation médicale et la propagation d'épidémies ont toutes été déployées de manière tout aussi délibérée.

    En effet, on nous demande – avec une grande insistance, c’est le moins qu’on puisse dire – de croire que cette forme d’« autodéfense » meurtrière et infanticide de masse est quelque chose dont on peut être fier, même par procuration : le maire de Berlin, Kai Wegner, par exemple – connu pour sa répression de tout signe de résistance au génocide israélien – vient de déclarer que la mairie continuerait à arborer le drapeau israélien .

    Dans le même esprit dépravé, les institutions occidentales infligent des châtiments – des brutalités policières aux guerres juridiques paralysantes , en passant par les sanctions internationales – non pas aux auteurs et complices du génocide de Gaza, en Israël et ailleurs, mais à ceux qui y résistent en solidarité avec ses victimes palestiniennes. Des manifestants , des journalistes de valeur et même un rapporteur spécial de l'ONU sont traités comme des criminels, voire des terroristes, pour avoir dénoncé le crime de génocide, comme – hier encore, semble-t-il – nous étions tous officiellement censés le faire. Mais le « plus jamais ça » s'est transformé en « définitivement, et aussi longtemps que les meurtriers le voudront, puisqu'ils sont Israéliens et nos amis ».

    C'est dans ce contexte de renversement de la morale, du droit et du sens, si complet que le terme galvaudé « orwellien » s'applique pour une fois réellement, que nous pouvons comprendre ce qui arrive aujourd'hui au concept d'action « humanitaire ».

    Selon la définition fondamentale de l'Encyclopédie Britannica, un humanitaire est une « personne qui œuvre pour améliorer la vie d'autrui », par exemple en s'efforçant de mettre fin à la faim dans le monde. L'humanitarisme moderne ayant déjà deux siècles d'histoire, des historiens, comme Michael Barnett dans son « Empire de l'humanité », ont livré des récits plus complexes. Les critiques dénoncent depuis longtemps les limites, voire les failles, de l'humanitarisme. Pour le sociologue français Jean Baudrillard, c'est ce qui reste lorsqu'un humanisme plus optimiste s'effondre : une sorte de réponse d'urgence morose, signe que la situation mondiale a encore empiré.

    En particulier, durant les décennies d'orgueil américain de l'après-Guerre froide – appelées à tort « moment unipolaire » –, l'humanitarisme s'est souvent allié à l'impérialisme occidental. Lors de la guerre d'agression contre l'Irak qui a débuté en 2003, par exemple, les organisations humanitaires sont devenues les serviteurs des agresseurs, des envahisseurs et des occupants.

    Pourtant, quelle que soit votre vision de l'humanitarisme, il y a des choses que ce concept ne peut accepter que pour des actes complètement dérangés et infiniment pervers, comme le massacre de civils affamés et les camps de concentration. Et pourtant, à Gaza, ces deux pratiques ont été qualifiées d'humanitaires. La prétendue Fondation humanitaire pour Gaza, une organisation américano-israélienne douteuse, a promu un système où des miettes de nourriture servent d'appât pour des pièges mortels : des Palestiniens délibérément bloqués par Israël ont été attirés vers quatre zones de mort, déguisées en points de distribution d'aide.

    En savoir plus   Un État palestinien totalement indépendant constituerait une menace pour Israël, selon Netanyahu

    Au cours du dernier mois et demi, les forces israéliennes et les mercenaires occidentaux ont tué au moins 789 victimes et en ont blessé des milliers – dans ou à proximité de ces pièges sataniques. De toute évidence, tuer des personnes non armées à une telle échelle n'est pas un dommage collatéral, mais un acte délibéré. L'intention meurtrière derrière ce projet a désormais été confirmée par diverses sources , y compris israéliennes . Il n'est donc pas étonnant que 170 véritables organisations humanitaires et de défense des droits humains aient signé une protestation contre cette fausse aide et ce véritable projet de massacre.

    Et puis il y a le plan du camp de concentration : les dirigeants israéliens ont déjà chassé les habitants survivants de Gaza – l’un des endroits les plus densément peuplés de la planète avant même le génocide – dans une zone ne représentant que 20 % de la surface dévastée de Gaza.

    Mais cela ne leur suffit pas : en route vers ce qui semble être leur idée d’une solution finale à la question de Gaza, ils ont maintenant présenté un nouveau plan à leurs alliés américains, à savoir regrouper les survivants dans une zone encore plus restreinte. Ce camp de concentration de facto, ils le présentent comme une « ville humanitaire ». De là, les Palestiniens n’auraient que deux issues : la mort ou le départ de Gaza. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, veut nous vendre cela comme un « volontariat ». Ironie de l’histoire, les génocidaires israéliens rivalisent désormais non seulement avec les crimes des nazis, mais aussi avec les horribles abus de langage des Allemands.

    Où se trouve cette station de transit meurtrière, témoin d'un nettoyage ethnique ? Les ruines de Rafah. Vous vous souvenez peut-être de Rafah, autrefois une ville animée du sud de Gaza, comme du lieu que les alliés occidentaux d'Israël ont prétendu protéger , en quelque sorte, pendant un temps. Ces avertissements n'ont servi à rien, bien sûr. Rafah a été rasée, et la zone est désormais vouée à accueillir le camp de concentration qui mettra fin à tout cela.

    Ce projet est tellement scandaleux – mais c'est le mode opératoire habituel d'Israël – que même ses détracteurs peinent à en mesurer la perversité. Philippe Lazzarini, directeur de l'UNRWA – l'organisation de distribution d'aide humanitaire efficace qu'Israël a fermée pour poursuivre sa stratégie de famine, tuant près de 400 de ses employés locaux – a déclaré sur X que la « ville humanitaire » équivaudrait à une seconde Nakba et « créerait d'immenses camps de concentration pour les Palestiniens à la frontière avec l'Égypte ».

    En savoir plus    Le Hamas se dit prêt à « mettre fin complètement à la guerre » – AP

    La Nakba fut le nettoyage ethnique sioniste, entrecoupé de massacres, d'environ 750 000 Palestiniens en 1948. Mais Lazzarini se trompe s'il croit que la première Nakba a pris fin : pour les victimes palestiniennes de la violence israélienne, elle n'a fait qu'amorcer un processus continu de vol, d'apartheid et, souvent, de meurtres. Un processus qui a aujourd'hui abouti à un génocide, comme le reconnaissent de nombreux experts internationaux, dont l'éminent historien d'Oxford Avi Shlaim . Il ne s'agit pas d'une seconde Nakba, mais de la tentative israélienne d'achever la première.

    L'observation de Lazzarini selon laquelle le projet de ville humanitaire créerait des camps de concentration à la frontière avec l'Égypte est, bien sûr, tout aussi vraie dans une certaine mesure. Pourtant, Gaza tout entière est depuis longtemps ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelait (dès 2003) « le plus grand camp de concentration du monde ». Il ne s'agit pas d'être pédant. Ce que la protestation de Lazzarini – aussi bienvenue soit-elle – oublie, c'est que ce qu'Israël inflige actuellement aux Palestiniens crée un nouvel enfer au sein d'un enfer bien plus ancien.

    Mais Israël n'est pas le seul. L'Occident est, comme toujours, profondément impliqué. Laissons de côté le fait que les sionistes de l'entre-deux-guerres ont appris auprès des autorités du mandat britannique comment utiliser les camps de concentration contre les Palestiniens , ainsi que d'autres méthodes de répression brutale. Aujourd'hui aussi, diverses personnalités et agences occidentales se sont impliquées dans les projets israéliens de réinstallation qui sous-tendent le plan de ville humanitaire. La fondation de Tony Blair – en réalité une société de conseil et de trafic d'influence travaillant systématiquement pour le côté obscur partout où cela rapporte – et le prestigieux et puissant Boston Consulting Group ont tous deux été surpris en train de contribuer à la planification du nettoyage ethnique israélien. Et derrière cela se cache la volonté déclarée de nul autre que Donald Trump, le président des États-Unis , qui a depuis longtemps exprimé explicitement son souhait de voir Gaza reconstruite comme un vaste Trumpistan fastueux, sans Palestiniens.

    Depuis le début du génocide de Gaza, celui-ci a été à la fois un crime brutal et une tentative constante de redéfinir le bien et le mal, afin de le rendre nécessaire, justifiable, voire même une occasion légitime de tirer profit. Et les élites occidentales – à de trop rares exceptions près – ont rejoint Israël dans cette perversion absolue de l'éthique et de la raison fondamentales, tout comme dans les massacres. Si Israël et l'Occident ne sont pas enfin arrêtés, ils utiliseront le génocide de Gaza pour transformer une grande partie du monde en un enfer où tout ce que nous avons appris à mépriser chez les nazis deviendra la nouvelle norme.

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