Article épinglé

Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles

dimanche 1 mars 2026

Les Américains en Amérique (Raymond Vogel, 1950)

 


Dénonciation virulente de la présence et de l'influence américaine en France, des bases militaires au cinéma, en passant par le Coca-Cola et les journaux pour enfants, symboles de « gangstérisme », « de racisme ». Face à la civilisation américaine et à sa « politique de guerre » se dressent les travailleurs de la SNECMA, les mineurs de Auchel, les dockers, les consommateurs français « appréciant le bon vin », les militants communistes (jeunes vendeurs de l'Avant-Garde « militant contre les 18 mois », lecteur de L'Humanité éteignant son poste de radio...) et, enfin, les dirigeants du P.C.F. (Maurice Thorez au stade de Buffalo). L'éviction de Frédéric Joliot-Curie du haut-commissariat à l'énergie atomique, en avril 1950, est imputé à la politique américaine.

Ce court-métrage militant mêle des plans documentaires et des images fictionnelles (le VRP de Coca-Cola chassé du bistrot par les consommateurs français amateurs de vin). Les Américains en Amérique témoigne de l'anti américanisme du P.C.F. durant la période de guerre froide.

Lieux et monuments : Paris (Place de la Concorde, Arc de Triomphe), Fontainebleau, Mont-Valérien, port de Marseille, Auchel
Personnalités : Truman, Blum, Byrnes, Schuman, Queuille, Moch, Frédéric Joliot-Curie, Thorez...
Lieux, événements et personnes citées : France, Angleterre, URSS ; réarmement allemand, Pacte atlantique ; Bradley, Eisenhower, René Pleven.
Mots d'ordre: « les 18 mois c'est la guerre ».

samedi 28 février 2026

Terre Tunisienne (Raymond Vogel et Jean-Jacques Sirkis, 1950 - 1951)

 

 

Réquisitoire contre le colonialisme français en Tunisie. 


Après des plans sur le Tunis colonial, la première partie de Terre Tunisienne est consacrée à la situation agricole : spoliation des terres, contrôle de l'eau, paysans contraints au nomadisme, au travail journalier ou à l'émigration. Ceux qui se révoltent sont durement réprimés (6 morts sur le domaine de l'Infada).
La seconde partie du film dresse un bilan social, sanitaire et scolaire du pays : conditions de logement désastreuses (maisons de boue et de pierres, grottes et bidonvilles à Tunis), mendicité, travail des enfants, taux de scolarisation de 9%, rachitisme et tuberculose...
Le pillage économique du pays et l'exploitation de sa main-d'œuvre sont ensuite stigmatisés par des vues de dockers chargeant des bateaux de blé, de manœuvres pieds nus dans le sel, de carriers du trust Lafargue et de mineurs travaillant dans les mines de phosphate de l'extrême sud tunisien (trust de Cafsa).
La quatrième et dernière partie de Terre Tunisienne évoque le développement des luttes sociales, syndicales et anticoloniales depuis 1936, malgré la répression. Le film s'achève par les vues d'une manifestation à Tunis où percent nettement, sous les slogans anti-impérialistes et pacifistes, des revendications indépendantistes.

Terre tunisienne a été initié par quatre jeunes communistes. Né en Tunisie et y ayant grandi, Jean Beckouche étudie la médecine à Paris à la fin des années 1940 ; il milite au sein des « groupes de langues » qui rassemblent les étudiants venus des colonies. C'est lui qui propose à Serge Mallet, Jean-Jacques Sirkis et Raymond Vogel, trois de ses amis cinéastes, de réaliser un film afin de dénoncer les méfaits du colonialisme en Tunisie. En septembre 1950, le projet se concrétise et le tournage commence en Tunisie. Si Serge Mallet rentre assez rapidement en France, Raymond Vogel, Jean-Jacques Sirkis et Jean Beckouche restent deux mois sur place et enregistrent des images grâce à des soutiens locaux.
De retour en France, le film s’avère difficile à postproduire et c'est finalement grâce au concours financier d'étudiants tunisiens que Terre tunisienne peut être terminé.
Avec Afrique 50 (auquel Raymond Vogel a d'ailleurs participé), Terre tunisienne est l'un des tout premiers films anticoloniaux français. Réalisé en pleine guerre d’Indochine, le film prend un parti très engagé en plaidant pour l’indépendance de la Tunisie, qui est alors sous protectorat français.
La valeur documentaire de Terre tunisienne est particulièrement forte: le film donne à voir des images extrêmement rares pour l’époque, en particulier celles qui témoignent de la misère et des ravages du système colonial.

En France, afin de contourner la censure, la Coopérative de Production et de Diffusion du Film (C.P.D.F) diffusa parfois Terre Tunisienne sous le titre de Terre au soleil.

Réalisation : Jean-Jacques Sirkis, Raymond Vogel
Collaboration à la réalisation : Serge Mallet
Commentaire écrit par Jean Beckouche
Musique : Chevauchées des Walkyries de Wagner et airs de Jazz pour accompagner les images stipendiant le pouvoir colonial, musique arabe autrement. Lieux et monuments : Sfax, Tunis (banques, opéra, Hôtel de police, hospice, bidonville), ruines romaines de , domaine de l'Enfida, mines de potasse du sud Tunisien...
Personnalités : Le Bey Mohamed Pacha (V), l'archevêque de Carthage, le résident général Périlla (V), le syndicaliste Hassan Saadaoui (R et V).

jeudi 12 février 2026

Les sénateurs mahorais veulent autoriser la recherche et l'exploitation des ressources gazières du Canal du Mozambique

Source https://la1ere.franceinfo.fr/mayotte/les-senateurs-mahorais-veulent-autoriser-la-recherche-et-l-exploitation-des-ressources-gazieres-du-canal-du-mozambique

Plusieurs sénateurs ultramarins ont déposé une proposition de loi pour lever les interdictions de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Les parlementaires mettent en avant le pétrole guyanais et le potentiel gazier du Canal du Mozambique.

Par  Raphaël Cann Publié le 5 janvier 2026 

gisement de gaz naturel · ©Freepik
gisement de gaz naturel · ©Freepik

Les sénateurs se pencheront le 29 janvier prochain sur une proposition de loi visant à abroger les interdictions de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Le texte est porté par plusieurs sénateurs de la majorité présidentielle, le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, mais aussi par des parlementaires ultramarins, comme les mahorais Thani Mohamed Soilihi et Saïd Omar Oili.

Les élus veulent revenir sur des dispositions de loi Hulot, adoptée en décembre 2017, qui mettent fin à la recherche et à l'exploitation d'hydrocarbures dans le but de parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050. "Il s'agissait en fait d'une mesure uniquement symbolique prise pour faire de la France un exemple, le premier pays à s'interdire d'exploiter l'une de ses ressources naturelles dans l'espoir d'entraîner d'autres pays dans son sillage", expliquent les sénateurs. Lorsque cet objectif a été fixé, à l'occasion de l'Accord de Paris sur le climat en 2015, la France produisait l'équivalent de moins de 0,02 % de la production mondiale de pétrole et moins de 0,005 % de la production mondiale de gaz naturel.

Le Canal du Mozambique, la nouvelle mer du Nord

Le potentiel est pourtant là dans les Outre-mer. En Guyane, les campagnes exploratoires ont débuté en 2011 avant de s'interrompre. Depuis, les pays voisins ont augmenté leur production, la France a par exemple importé pour plus de 500 millions d'euros de pétrole de Guyana en 2023. Outre le département d'Amérique du Sud, "Mayotte et les îles Éparses situées dans le canal du Mozambique, régions à fort potentiel gazier, sont les principales concernées", précisent les sénateurs.

Cette présence permet à la France de détenir une zone économique exclusive représentant près de la moitié des eaux du canal. "Les fonds du canal du Mozambique recèlent des milliards de mètres cubes de gaz, l’équivalent selon les experts des réserves de la mer du Nord ou du golfe Persique", explique le ministère des Armées français. Si les eaux malgaches et comoriennes restent relativement inexplorées, ces réserves sont déjà estimées à 500 milliards de mètres cubes pour la Tanzanie et le Mozambique. Maputo a déjà autorisé des projets d'exploitations portés par l'américain Exxon Mobil et l'italien ENI. Le français TotalEnergies a récemment annoncé son intention de reprendre son mégaprojet gazier, à plus de 20 milliards de dollars d'investissement, un chantier à l'arrêt depuis 2021 à cause d'attaques de milices djihadistes dans le nord du pays.

Guerres d'influence entre Français, Américains, Russes, Chinois et Indiens

Une décennie après l'accord de Paris, les priorités des grandes puissances résident moins dans une réduction commune des gaz à effets de serre, mais plutôt dans des guerres d'influences pour l'exploitation de ces ressources. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a rebattu les cartes du commerce énergétique mondial, obligeant les Européens à trouver des alternatives au gaz russe. Dans le Canal du Mozambique, la France doit faire avec l'influence des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine ou de l'Inde. Moscou par exemple fournit dans la région "des services de sécurité et de communication en échange de ressources naturelles et/ou d’un soutien lors des votes au Conseil de sécurité des Nations unies", avait relevé en 2022 une étude de l’Institut français des relations internationale.

Cette méthode est-elle à l'œuvre à Madagascar ? Depuis le renversement du régime mi-octobre, les autorités de transition ont eu plusieurs contacts avec la Russie. Les 20 et 21 décembre, une importante délégation russe s'était rendue dans la Grande île avec une livraison de matériel militaire, des fusils et des lance-roquettes, destinée à la garde présidentielle malgache. Si ce rapprochement peut inquiéter, c'est parce que les îles Éparses restent un sujet sensible, Madagascar fait valoir depuis les années 70 sa souveraineté sur ces territoires et demande leur restitution par la France. La Russie avait déjà essayé par le passé de profiter des potentielles ressources gazières malgaches. En 2020, plusieurs négociations avaient été menées entre le ministère des Mines malgache et le géant russe Gazprom, sans succès.

Respecter le climat à l'ère de Donald Trump

Plusieurs ONG ont déjà fait savoir leurs inquiétudes sur l'impact de l'exploitation d'hydrocarbures pour la région. WWF appelait par exemple à "une gestion concertée de l'espace" maritime pour limiter les pressions sur les espaces naturels, et notamment les récifs coralliens. La protection de l'environnement et les accords internationaux sont pourtant deux concepts honnis par les États-Unis de Donald Trump. Le président américain a par exemple signé le 24 avril 2025 un décret autorisant l'exploitation minière des grands fonds marins, y compris dans les eaux internationales, au mépris du droit de la mer.

 

mercredi 4 février 2026

L' Allemagne est sous contrôle étatsunien depuis plus d'un siècle



 Chapitres :  

00:00:00 Prêts de la Première Guerre mondiale et plan Dawes 

 00:10:46 La Banque des règlements internationaux et la Seconde Guerre mondiale  

00:21:27 Le plan Marshall et l’OTAN 

 00:25:55 L’occupation d’après-guerre et la création du BND  

00:31:00 La réunification et l’élargissement de l’OTAN  

00:35:22 BlackRock, Merz et l’intégration moderne  

00:39:11 Complot stratégique ou nature capitaliste ?  

00:42:04 Conclusion

 


Una amistad condenada: La conquista de Europa por los Estados Unidos. Primera Etapa: De la Primera a la Segunda Guerra Mundial (Spanish Edition)    Paperback – November 12, 2024


El ascenso del capitalismo estadounidense se presentó al mundo bajo la bandera de la libertad, la democracia y la prosperidad. No obstante, las prácticas del América first, que incluían genocidios, explotación laboral y saqueo bélico de bienes ajenos, no desaparecieron, sino que fueron modernizadas. La Primera Guerra Mundial se convirtió en el primer gran negocio global, en torno al cual los aliados fueron sometidos. Después de la guerra, las corporaciones estadounidenses invirtieron en Europa Occidental. Mussolini fue inundado de créditos. Empresas estadounidenses suministraron armamento a Franco y equiparon a la Wehrmacht alemana para una guerra contra Rusia. El nuevo banco central liderado por EE. UU. en Suiza blanqueó oro saqueado por los nazis. Se ignoró la persecución de los judíos. Con el lanzamiento de dos bombas atómicas sobre la población civil, comenzaron nuevas guerras contra nuevos enemigos, en sistemática violación del derecho internacional. Werner Rügemer (1941), Dr. en Filosofía, publicista e intervencionista político.Desde los años 1980, ha publicado sobre la decadencia político-moral de la sociedad estadounidense, el extremo contraste entre ricos y pobres, la interconexión entre el ejército, los servicios de inteligencia y la alta tecnología, así como la destrucción ambiental y los daños a la salud de los trabajadores migrantes en los sectores de salarios más bajos.

 

mardi 6 janvier 2026

DE CÓMO EUROPA SUBDESARROLLÓ A ÁFRICA por Walter Rodney

FUENTE: https://elsudamericano.wordpress.com/2025/12/22/de-como-europa-subdesarrollo-a-africa-por-walter-rodney/ 

*

LEER Y DESCARGAR: DE CÓMO EUROPA SUBDESARROLLÓ A ÁFRICA – Walter Rodney

El libro n.° 328 de nuestra Colección Socialismo y Libertad

*

Los largos recuentos heroicos de cómo Europa llega a «civilizar» a África son conocidos. La manera en que trae tu luz tecnológica, su pensamiento coherente, tu seguridad con la que de inmediato se reparte el continente haciendo caso omiso de lo que ahí encuentra: culturas, técnicas, organizaciones sociales y económicas.

Pero los pueblos se sublevan. Aprenden el lenguaje del colonizador y se levantan. Walter Rodney invita a los historiadores africanos jóvenes a seguirlo en el análisis de cómo Europa subdesarrolló a África. Esos historiadores formados en Europa necesitan volver los ojos a sus países y poner en duda una serie de premisas que tan sencillamente aceptaban. La vehemente descripción de Rodney de la historia de África muestra la correlación directa entre el desarrollo de Europa y el subdesarrollo del continente africano. Su claridad y solidez científica abren nuevas vías de investigación, y al lector latinoamericano le descubren fragmentos de su propia historia.

Walter Rodney fue profesor de Historia Africana en la Universidad de Dar el Salaam, Tanzania, en donde ensenó durante siete años, al cabo de los cuales volvió a su tierra natal, Guyana, para proseguir ahí con sus labores académicas; publicó varias obras y militó en la Alianza Popular de los Trabajadores. Fue detenido en 1979 y posteriormente liberado, cuando cae la dictadura neocolonial de Forbes Burham. El 13 de junio de 1980 fue asesinado junto con su hermano Donald.

*

Indice

Prólogo a la traducción al castellano
Prefacio

1.– Algunas cuestiones sobre el desarrollo

1.1 ¿Qué es el desarrollo?
1.2 ¿Qué es el subdesarrollo?
Breve guía de lectura

2.– Cómo se desarrolló África antes de la llegada de los europeos hasta el siglo XV

2.1 Una visión general
2.2 Algunos ejemplos concretos
Conclusión
Breve guía de lectura

3.– La contribución de África al desarrollo del capitalismo en Europa. El período precolonial

3.1 Cómo Europa llegó a ser el sector dominante del sistema mundial de comercio
3.2 La contribución de África a la economía y las creencias de la Europa capitalista temprana
Breve guía de lectura

4.– Europa y las raíces del subdesarrollo africano hasta 1885

4.1 El comercio europeo de esclavos como factor fundamental del subdesarrollo africano
4.2 El estancamiento tecnológico y la distorsión de la economía africana en la época precolonial
4.3 Ejemplos de desarrollo político militar continuado en África, de 1550 a 1885
Conclusión
4.4 La llegada del imperialismo y del colonialismo
Breve guía de lectura

5.– La contribución de África al desarrollo capitalista de Europa. El período colonial

5.1 La expatriación del excedente africano bajo el colonialismo
5.2 El fortalecimiento de los aspectos tecnológicos y militares del capitalismo
Breve guía de lectura

6.– El colonialismo como un sistema para subdesarrollar a África

6.1 Los supuestos beneficios del colonialismo en África
6.2 El carácter negativo de las repercusiones sociales, políticas y económicas
6.3 La educación para el subdesarrollo
6.4 Desarrollo por contradicción
Breve guía de lectura

L'hôpital français tourne grâce aux soignants étrangers qu’il précarise et déclasse

 

Ils font tourner les urgences, la gériatrie, les hôpitaux de campagne… et pourtant, ils restent cantonnés à des statuts bricolés. Entre lenteurs administratives et mépris institutionnel, les médecins étrangers vivent une précarité qui n’a rien d’un accident : c’est un système.

  • En France, les médecins étrangers sont devenus indispensables mais restent coincés dans des statuts précaires, mal payés et bourrés d’obstacles administratifs.
  • Beaucoup se retrouvent en situation d’irrégularité à cause des lenteurs des préfectures, ce qui crée un rapport de force où leur vulnérabilité devient un outil d’exploitation.
  • Cette précarité casse leur ancrage social : ils finissent par se sentir illégitimes pour s’engager plus. Certains directeurs d’hôpital assument clairement ce rapport de force.
  • Au final, l’État utilise ce système pour avoir une main-d’œuvre qualifiée mais subalternisée, maintenir la concurrence et favoriser le dumping social.

jeudi 25 décembre 2025

Camus ou la bonne conscience coloniale, en Algérie comme en Palestine.

 SOURCE/https://www.legrandsoir.info/camus-ou-la-bonne-conscience-coloniale-en-algerie-comme-en-palestine.html

Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2013), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus peut servir à neutraliser les horreurs du génocide en Palestine, comme elle sert à donner un visage humaniste à la colonisation française en Algérie.

L’Algérie était, comme l’est la Palestine, une colonie de peuplement, ce qui permet aux colons de s’imaginer que le pays qu’ils occupent est le leur. Camus s’imaginait algérien, et criait, comme les autres colons, son amour de l’Algérie ; c’est sans doute à partir de là qu’on a pensé qu’il était anti-colonialiste, comme le prétendent les critiques de droite et l’institution scolaire – mais Camus aimait l’Algérie sans les Algériens (comme O. Gloag, je désignerai par le terme d’Algérien, que les colons français s’étaient approprié, les indigènes que les colons appelaient « les Arabes » ou « les musulmans), et il la voulait partie intégrante de l’Empire français ; c’est ce que montre Gloag en étudiant précisément, dans leur contexte, les déclarations, mouvantes et souvent ambiguës, de Camus.

Dans les années 30, Camus est favorable à une réforme (légère) du statut des Arabes : était-il donc favorable à la cause de l’indépendance ? Nullement : il craignait que la cruauté du système et l’humiliation systématique des Algériens ne favorisent le mouvement indépendantiste, et estimait, comme le Prince Salina du Guépard, qu’il fallait changer quelque chose pour que tout reste comme avant. Mais les colons bloquèrent toute proposition de la métropole pour améliorer le statut des Algériens. Déçu par son incapacité à influencer les colons, Camus se met en retrait, mais les événements historiques l’obligeront à intervenir de nouveau.

A la fin de la IIe Guerre Mondiale, à partir justement du 8 mai 1945, ce seront les massacres de Sétif et Guelma. Du fait des violences des colons, les manifestations des Algériens devinrent des émeutes, qui provoquèrent la mort de 102 pieds-noirs (curieusement, Wikipédia annonce d’abord 1165 morts, chiffre donné par les autorités à l’époque, et ne rectifie qu’en fin d’article, sous la rubrique « bataille de chiffres »). Le soulèvement du Nord-Constantinois fut écrasé par l’armée : 41 tonnes de bombes déversées sur les villages, et 10000 morts (estimation française), 17000 (estimation américaine), ou 45000 (estimation algérienne) – bref, conclut Wikipédia, entre 3000 et 30000 morts chez les Algériens ! On ne se soucie guère de compter les morts arabes, que ce soit en Algérie ou à Gaza. On remarque aussi le même type d’équivalence que celui pratiqué par les Israéliens, de façon plus drastique : 100 morts arabes pour 1 mort français, 10000, 20000, 30000 ... morts palestiniens pour un mort juif.

Comment réagit Camus, qui était en Algérie pendant les massacres ? Dans un article, il parle de « désirs désordonnés de puissance et d’expansion »... chez les Algériens (!), et d’une nécessité de justice et d’humanité chez les Français : aucune condamnation des massacres des colons et de l’armée, seulement des propos lénifiants, mais en fait cyniques, qui constituent une véritable insulte à l’égard des Algériens. Les événements, dit-il encore, laissent, chez « les masses arabes un sentiment de crainte et d’hostilité », mais, chez les colons, « un ressentiment profond et indigné » : on appréciera la différence de force de ces termes, dont on peut conclure que ce sont les colons qui ont été traumatisés ; par contre, Camus stigmatise la « haine » qui anime les Algériens, et appelle donc les autorités à lancer une sorte de Kulturkampf, pour conquérir les coeurs des Algériens.

Quel est le point commun entre Eugène Sue (Les Mystères de Paris, 1842), Alexandre Dumas (Le Comte de Monte Cristo 1844 ), Victor Hugo (Les Misérables 1862) et Camus ? Ils expédient en Algérie les gêneurs, criminels (tel Thénardier), ou repentis ayant besoin d’expiation, se réhabiliter ou donner un sens à leur vie en faisant le coup de feu contre les indigènes ou, au mieux, en leur expliquant les bienfaits de la colonisation : « à l’heure où tant de jeunes Français cherchent une voie et une raison de vivre, on trouvera peut-être quelques milliers d’entre eux pour comprendre qu’une terre les attend, où ils pourront à la fois servir l’homme et leur pays ». Camus compte sur eux pour renforcer la position des Européens face aux Algériens, de même qu’Israel, depuis son installation, incite le plus possible d’Occidentaux à s’installer en Palestine pour contrer la démographie palestinienne. L’Algérie, comme la Palestine, apparaît comme une Terre Promise vierge qui n’attend pour s’éveiller et parvenir à la civilisation que l’arrivée des Occidentaux. Le ton onctueux, patelin, papelard de Camus est insupportable.

Mais Camus ne soutient pas seulement le colonialisme en Algérie (pour lequel il pourrait faire valoir des raisons sentimentales) : le 8 mai 1954, après Dien Bien Phu, il compare ses sentiments à ceux qu’il éprouvait lors de l’invasion allemande : « Comme en 40, sentiment partagé de honte et de fureur », sentiment provoqué (précisons-le) par l’abandon par la France des braves soldats massacrés par les Vietnamiens.

Malgré son humanisme abstrait et iréniste, Camus ne peut pas cacher son soutien au colonialisme. Chaque fois que, pendant la guerre d’Algérie, des intellectuels de gauche lui demanderont de s’associer à eux pour demander la grâce d’un condamné politique algérien, Camus refusera. Pourquoi alors s’obstine-t-on à essayer de le dédouaner ? Gloag nous donne la réponse : il est une « icône utile » qui permet de croire qu ‘on pouvait concilier humanisme bienveillant et colonialisme, et de mythifier l’histoire de France.

Mais il faut même parler, dans le cas de Camus, de racisme : une analyse honnête de L’Etranger et de La Peste ne laisse aucun doute. La lecture de ces deux romans, et surtout le deuxième, laisse une impression de malaise et même de dégoût que, lorsque je les lisais étant adolescente, j’étais incapable de m’expliquer ; avec plus de maturité, on comprend que ce dégoût est celui que suscite le racisme. Il faut revenir sur ces textes, armé des analyses et des mots de Gloag.

L’aspect le plus frappant de L’Etranger, c’est « le déni de l’Arabe en tant qu’homme » ; ce déni « prend la forme d’une indifférence qui n’est pas expliquée mais plutôt offerte comme un fait presque neutre, comme une évidence indubitable ». Camus vide Alger de sa population arabe, à l’exception de quelques figurants qui ne sont là que pour les besoins de l’intrigue et qui disparaissent sans explication dès qu’ils ont joué leur rôle ; ils resteront tous anonymes. Mais le personnage du frère de la maîtresse de Raymond, souteneur et ami de Meursault, est traité de façon ignoble : c’est l’Arabe au couteau, il n’a pas d’autre caractéristique, et, fait étonnant, on ne lui accorde jamais le statut de victime ; tout se passe comme si c’était lui qui obligeait Meursault à le tuer d’un coup de pistolet : la lame accroche un rayon de soleil, qui éblouit Meursault, agression qui justifie le meurtre. Mais l’analyse de Gloag va plus loin : l’histoire du soleil qui, éblouissant Meursault, déclenche une réaction automatique, est une élaboration secondaire ; en réalité, Camus considère la nature algérienne comme sa propriété en tant que colon français, et ne peut pas supporter qu’un Arabe en jouisse, s’interposant entre la Nature et lui : la présence d’un Arabe sur une plage algérienne est pour lui une provocation inacceptable.

Cette provocation est d’autant plus grave, on peut dire existentielle, que Camus s’est aménagé une position de retrait lui permettant d’ignorer la réalité de l’Histoire en marche, c’est-à-dire la montée de l’indépendantisme et l’impossibilité du statu quo colonial : comme Meursault, il se réfugie dans la Nature immuable, qui efface la société et ses problèmes, avant tout, la présence des Arabes. Meursault tue donc l’Arabe parce qu’il menace son fantasme d’une Algérie française innocente par nature. La même analyse vaut pour les colons israéliens : il faut tuer les Palestiniens parce que leur présence est la négation de leur construction idéologique d’une Palestine vide, Terre Promise aux Juifs par Yahvé, et restée vierge jusqu’à leur arrivée.

Mais La Peste (1947) cache une réalité encore plus sombre. L’idée reçue, affirmée partout, qu’on assimile sans penser à la mettre en doute, c’est que la peste est une métaphore pour le fascisme : une fois les puissances fascistes vaincues, ça ne mange pas de pain, et le bourgeois conservateur peut les condamner en toute tranquillité. Mais l’absence des Arabes est ici aussi criante que dans L’étranger. Or, si Oran était une ville à majorité française, la population arabe s’accroissait rapidement : de 20 % en 1931, elle passera à 40 % en 1954 : il n’est pas difficile d’en déduire que la menace démographique ressentie par les colons s’exprime dans la présence et la prolifération des rats. Quand un journaliste vient l’interroger sur les conditions de vie des Arabes, le Docteur Rieux répond : pourquoi n’étudiez-vous pas plutôt le phénomène de la multiplication des rats ? On ne peut traduire plus clairement l’équivalence entre rats et Arabes et la substitution dans le roman de ceux-ci par ceux-là. Même obsession démographique chez les juifs d’Israel et même déshumanisation des Palestiniens : puisque c’est de la vermine, il est justifié de les exterminer.

La sortie du film L’étranger est donc un signe très inquiétant : il s’agit d’édulcorer l’entreprise coloniale, de dire que de toute façon il est temps de tourner la page (c’est dans cette optique qu’Ozon donne un nom posthume à l’Arabe assassiné), tout en idéalisant le personnage du colon, en donnant ses raisons. La colonisation de l’Algérie, une fois la conquête réalisée, a duré 84 ans ; le royaume chrétien de Jérusalem avait duré 88 ans ; le royaume juif de Jérusalem dure depuis 77 ans : les raisons du colonisateur l’emporteront-elles encore longtemps ?

Rosa Llorens

 

mardi 9 décembre 2025

Sultán Galiev, el precursor olvidado. Sobre el socialismo y la cuestión nacional

 FUENTE: https://versolibros.com/blogs/news/sultan-galiev-el-precursor-olvidado-sobre-el-socialismo-y-la-cuestion-nacional


Este artículo se publicó por primera vez en francés en Les Temps Modernes, nº 177, París, 1961, y constituyó un capítulo de la obra de M. Rodinson Marxism and the Muslim World, Zed Press, 1979.

Sultan Galiev, el precursor olvidado. Sobre el socialismo y la cuestión nacional

El libro en el que se basan estas reflexiones acaba de publicarse bajo los auspicios de la École Pratique des Hautes Études [I]. Se trata de un estudio concienzudo y detallado de un conjunto de cuestiones que, en general, han sido objeto de una atención mucho más seria en los países anglosajones que en Francia, donde la profecía política gratuita pasa con demasiada frecuencia por investigación científica. Un libro como este suele recibirse a priori con recelo en los círculos militantes, e incluso en otros lugares. Mi objetivo es ofrecer un contrapeso a este sectarismo tradicional.

Sultan-Galiev es una de las figuras que desempeñaron un papel importante en los primeros tiempos de la Internacional Comunista y de la Unión Soviética. La mayoría de los militantes socialistas solo lo conocen por una referencia de pasada hecha por Stalin [II], una referencia más bien emocional, solía pensarse. Tal vez tuviera razón. Haber despertado alguna emoción en Stalin puede considerarse un logro.

Mir Sayit Sultan-Galiev, ancido en 1900, era hijo de una maestra tártara. [Esta fecha es casi con toda seguridad errónea. Según otras fuentes, nació en un pueblo de Bashkiria en 1880]. Los tártaros eran una minoría musulmana dentro del Imperio zarista, pese que poseían un carácter propio. Había unos tres millones y medio de ellos repartidos por todo el Imperio, pero se concentraban en cierta medida en el «Gobierno» de Kazán, su centro político y cultural. Eran principalmente campesinos, y los pocos obreros industriales tártaros aún mantenían estrechos lazos con la vida rural. Pero también existía la burguesía  (algunos sectores eran industriales y muchos otros comerciantes) de la que habían surgido un «clero» musulmán e incluso una intelectualidad. Esta burguesía y estos intelectuales eran activos, dinámicos y ambiciosos. Muchos habían sido durante mucho tiempo «modernistas» en su actitud hacia el dogma musulmán, y «avanzados» en sus actitudes hacia el modo de vida musulmán tradicional. Sus actividades docentes les llevaron a menudo a penetrar e incluso establecerse en zonas habitadas por sus correligionarios menos evolucionados, como Asia Central, Siberia y el Cáucaso. Al hacerlo, introdujeron nuevas ideas y formas modernas, y en general agitaron las cosas. Se les puede ver desempeñando este papel en las traducciones de novelas kazakas y tadjikas publicadas por Aragón, por ejemplo [III]. Naturalmente, los janes reaccionarios veían todo esto con gran recelo.

Cuando llegó la Revolución de Octubre, una parte importante de la intelectualidad tártara la apoyó pensando que el socialismo establecido por el nuevo régimen realizaría y profundizaría el programa del movimiento reformista. Naturalmente, apreciaban especialmente la orientación internacionalista del bolchevismo. Esperaban que condujera a la igualdad entre los grupos étnicos y pusiera fin a la gran dominación rusa, una dominación que los «blancos» volverían a imponer en caso de victoria.

Sultan-Galiev se afilió al Partido Bolchevique en noviembre de 1917 y, gracias a su talento como orador y organizador, pronto se convirtió en una figura relevante como representante de esta intelectualidad «colonial». Se convirtió en miembro y luego en presidente del «Comisariado Central Musulmán», un nuevo organismo afiliado al Narkomnats (Comisariado del Pueblo para las Nacionalidades), un comisariado presidido por un líder bolchevique todavía relativamente desconocido en aquella época, Joseph Stalin. Con la ayuda de amigos, Sultan Galiev creó el Partido Comunista Musulmán y reclutó unidades militares tártaras que desempeñaron un papel clave en la lucha contra Koltchak. A pesar de la oposición de los soviéticos y comunistas rusos locales, consiguió que el gobierno central le prometiera la creación de un gran Estado predominantemente musulmán, la República Tártaro-Bachkir, que tendría entre cinco y seis millones de habitantes y abarcaría las vastas zonas del Volga medio y los Urales meridionales.

Fue durante este periodo cuando desarrolló una serie de ideas que esperaba defender y hacer realidad. Consideraba a la sociedad musulmana, a excepción de unos pocos grandes terratenientes feudales y burgueses, como una unidad que había sido oprimida colectivamente por los rusos bajo el zarismo. Por tanto, no tenía sentido dividirla con diferentes luchas de clases creadas artificialmente. Como por el momento los musulmanes estaban sumidos en la pobreza y eran tan incultos como para proporcionar cuadros, no había que dudar en utilizar las cabezas disponibles: los intelectuales pequeñoburgueses e incluso el clero reformista, que habían dado alguna prueba de su fidelidad a la Revolución. En efecto, la revolución socialista debía adaptarse a una sociedad harto impregnada de tradiciones musulmanas. Sultan Galiev, ateo, recomendó, por tanto, que se tratara al Islam con suavidad, mediante una «desfanatización» y una secularización graduales. Los musulmanes de Rusia, y especialmente los más ilustrados de entre ellos, los tártaros, serían entonces capaces de desempeñar un tremendo papel histórico, pues a escala mundial la Revolución tendría que ser sobre todo una liberación de los pueblos coloniales. Por tanto, era de vital importancia contrarrestar la tendencia de la Komintern a concentrarse principalmente en Occidente. La revolución socialista comenzaría en Oriente. ¿Y quién podía llevar la antorcha de la cultura y del socialismo a Asia mejor que los musulmanes bolcheviques de Rusia?

Para evitar confusiones, debe decirse desde el principio que no se trataba de reivindicaciones religiosas ni clericales. En Rusia había varios grupos étnicos cuya religión era el Islam, que les había proporcionado una cultura y una tradición comunes, y que había influido del mismo modo en muchos aspectos importantes de su forma de vida. Existía, por tanto, una cierta unidad cultural indiscutible entre estos pueblos que iba más allá de sus particularidades étnicas, sobre todo porque estas no eran muy pronunciadas. Asimismo, la unidad cultural se había visto reforzada por su resistencia a los intentos de convertirlos al cristianismo y convertirlos en rusos, intento que no percibían como una lucha ideológica, sino como una agresión colonial contra su patrimonio cultural común.

Estas ideas preocupaban a los dirigentes bolcheviques. Stalin apoyó a Sultan Galiev contra quienes querían atizar la guerra de clases en los círculos musulmanes y romper todo contacto con los elementos no proletarios. Pero, a diferencia del tártaro, consideraba que la alianza de clases era sólo temporal. Una vez derrotados Koltchak y los checos, el apoyo de los musulmanes del Volga y los Urales, cuyos cuadros habían quedado inutilizados durante la lucha, perdió importancia. El Partido Comunista Musulmán perdió su autonomía y la idea de una alianza duradera entre la pequeña burguesía y el proletariado fue rechazada por el Congreso de los Pueblos Orientales celebrado en Bakú en septiembre de 1920. Se proclamó que la revolución nacional tenía que ser dirigida por el proletariado, es decir, el proletariado occidental, y que, como declaró un delegado del Congreso, «la salvación de Oriente solo reside en la victoria del proletariado» [IV]. Se abandonó el proyecto de un gran Estado musulmán. En su lugar, se crearon dos pequeñas repúblicas, una bachkir y otra tártara. La mayoría de los tártaros vivían fuera de esta última y su población sólo era tártara en un 51,6%. Sus ciudades eran casi un 80% rusas. Kazán, la capital, era un centro ruso.

Fue en esta etapa cuando Sultan Galiev, que seguía ocupando un cargo oficial importante, pasó a la oposición, en un intento de luchar contra las manifestaciones de lo que él llamaba "gran chovinismo ruso", y trató de infiltrar a sus partisanos tártaros en las organizaciones del Partido y en los soviets. Quería hacer de Kazán un centro de la cultura nacional tártara y un semillero revolucionario desde el que el "comunismo musulmán" se extendiera a todos los pueblos musulmanes de la Unión Soviética y, más allá, a todo el Oriente musulmán. Luchó contra los izquierdistas que defendían una política más antiburguesa y que contaban con el apoyo de los estametos rusos. También trabajó para que el tártaro, en lugar del ruso, fuera la lengua oficial de la administración.

Al toparse con la inquebrantable oposición del Gobierno Central y de los comunistas rusos, sobre todo después de que el X Congreso del Partido aprobara una clara resolución condenando la "desviación nacionalista", Sultan Galiev estableció contactos más o menos secretos con una serie de militantes descontentos. Quería crear un frente común contra los rusos, a los que acusaba de reanudar la política colonial zarista. ¿Hasta dónde llegó en la búsqueda de apoyo para este frente? Stalin le acusó de haber llegado incluso a contactar con los Basmatsh, las bandas de musulmanes insurgentes que libraban una lucha armada contra los bolcheviques de Turquestán. Pero no hay razón para tomar al pie de la letra las palabras de Stalin. Sea como fuere, en 1923 Stalin hizo detener y expulsar del Partido Comunista a Sultan Galiev. Fue liberado poco después, pero Kámenev lamentaría más tarde que él y Zinóviev hubieran dado su consentimiento a este «primer arresto de un miembro eminente del Partido por iniciativa de Stalin» [V].

Poco se sabe de la vida de Sultan Galiev después de 1923. Tal vez fue exiliado, detenido de nuevo y liberado. Trabajó en Moscú en las editoriales estatales. Pero continuó su lucha, al menos clandestinamente. Había creado toda una organización que atrajo a numerosos comunistas musulmanes, principalmente tártaros. Desarrolló sus ideas a la luz de la evolución de la situación, aunque desde la penumbra. En su opinión, la revolución socialista no resolvía el problema de la desigualdad entre los pueblos. El programa bolchevique consistía en sustituir la opresión de la burguesía europea por la opresión del proletariado europeo. En cualquier caso, el régimen soviético se estaba liquidando; la NEP estaba en pleno apogeo. O bien sería derrocado por la burguesía occidental o se convertiría en capitalismo de Estado y democracia burguesa. Cualquiera que fuera el resultado, los rusos como pueblo volverían a convertirse en opresores dominantes. El único remedio posible era asegurar la hegemonía del mundo colonial en desarrollo sobre las potencias europeas. Esto significaba crear una Internacional Colonial Comunista, que sería independiente de la III Internacional, y quizás incluso opuesta a ella. Rusia, como potencia industrial, tendría que quedar excluida. La difusión del comunismo en el Este, que esta nueva Internacional promovería, permitiría sacudirse la hegemonía rusa sobre el mundo comunista.

A medida que el régimen ruso se fortalecía, se volvía cada vez menos tolerante con la disidencia. En varias ocasiones, los rusos se dieron cuenta de que se enfrentaban a una oposición tártara organizada. Entonces, Stalin la reprimió. En noviembre de 1928, Sultan Galiev fue detenido y condenado a diez años de trabajos forzados, que cumplió en Solovski. Fue puesto en libertad en 1939, pero se le perdió la pista en 1940.

Lecciones de una historia olvidada

Alexandre Bennigsen y Chantal Quelquejay merecen nuestra gratitud por haber revivido esta historia olvidada. Su tarea de cribar, escudriñar y organizar una enorme cantidad de documentos en tártaro y ruso ha sido tan ardua como importante. Es de esperar que podamos extraer algunas conclusiones de sus hallazgos.

La primera es que el análisis de la lucha política en torno al problema de las minorías musulmanas en la Unión Soviética demuestra claramente que puede haber contradicciones en un régimen socialista. Esto no es nuevo, por supuesto: el propio Mao Tse-tung lo ha dicho, aunque con el añadido bastante gratuito de que tales contradicciones solo pueden emerger como "no antagónicas". Pero eso no altera el hecho de que cada vez que alguien pone de relieve una de esas contradicciones a nivel práctico se hace todo lo posible por negarla o minimizarla. Naturalmente, los más dogmáticos no hacen ningún intento de analizar esas contradicciones, de explicarlas o de comprender sus causas y sus repercusiones. Por el contrario, cada fase de la política adoptada por los dirigentes comunistas se presenta como determinada por una sabiduría superior que sigue atentamente los giros de la coyuntura nacional e internacional, guiada por la brújula infalible de la doctrina marxista. Por supuesto, la realidad es bien distinta: cada decisión política es el resultado de luchas constantes entre tendencias opuestas y expresa el equilibrio de fuerzas entre ellas. El trasfondo social de estas luchas es probablemente muy diferente al de una sociedad de clases, pero el mecanismo es similar en su esencia. En otras palabras, la historia continúa y aún no hemos entrado en el reino intemporal de la ciudad santa. Mucha gente responderá que todo esto es bastante obvio, pero tal vez no capten todas las complicaciones que entraña.

La política soviética podría haber sido diferente, más orientada hacia Asia, por ejemplo. Algunas de las ideas del Sultan Galiev tal vez pudieran haberse puesto en práctica. Pero había obstáculos muy reales para alcanzar tal programa: la falta de cuadros musulmanes, la situación en el Este en aquel momento. Además, en el interior existía el peligro de cierta desviación nacionalista tártara, reforzada por el nocivo chovinismo tártaro. En el exterior, incluso si se hubieran aplicado las ideas de Sultan Galiev, que en parte compartían el comunista indio Manabendra Nath Roy y otros que las defendieron durante los primeros Congresos de la Comintern, los beneficios habrían sido probablemente escasos. Incluso Walter Z. Laqueur está de acuerdo con esta visión pesimista, y nadie podría sospechar que fuera indulgente con los dirigentes bolcheviques [VI]. Pero está claro que la elección de la orientación a este respecto también se vio influida por otras consideraciones: estaba el dogmatismo de los dirigentes, el hecho de que en ciertos periodos la idea de que el proletariado era la fuerza predominante en la revolución se aplicara mecánicamente y contra todo sentido común, incluso a zonas en las que el proletariado no existía. De hecho, en general, y hasta hace muy poco, los dirigentes comunistas han sido tan obtusos como los capitalistas en su enfoque del despertar de los pueblos coloniales. Y, aunque su falta de comprensión es excusable a muchos niveles, el hecho es que ha tenido muchas consecuencias desastrosas incluso desde su propio punto de vista.

El socialismo y la cuestión nacional

También está claro que el socialismo, entendiendo por tal la socialización de los medios de producción, no resuelve automáticamente todos los problemas. El estalinismo nos ha demostrado que el despotismo era posible en el socialismo y, por tanto, que existía un problema de poder político subyacente. Otros acontecimientos sugieren que el problema nacional tampoco desaparece necesariamente bajo el socialismo. El hecho de que el proletariado haya llevado a cabo la revolución social no lo convertirá en un santo», escribió Lenin en 1916. Pero los eventuales errores –y los intereses egoístas que empujan a uno a cabalgar sobre las espaldas de los demás– le llevarán inevitablemente a darse cuenta de la siguiente verdad. Al convertir el capitalismo en socialismo, el proletariado crea la posibilidad de abolir por completo la opresión nacional: esta posibilidad «solo» [«¡solo!»] se convertirá en un hecho cuando la democracia se haya establecido por completo en todos los ámbitos [VII].

El ejemplo de Sultan Galiev demuestra que entre 1920 y 1928 los tártaros desconfiaban mucho de los comunistas rusos y temían un neocolonialismo comunista ruso. Los dirigentes bolcheviques negaron que tal temor estuviera justificado. El propio Stalin declaró, en 1923, que «si Turquestán es efectivamente una colonia, como lo era bajo el zarismo, entonces los basmatsh tienen razón, y no nos corresponde a nosotros juzgar a Sultan Galiev, sino a él juzgarnos a nosotros, como el tipo de gente que tolera la existencia de una colonia en el marco del poder soviético» [VIII]. Pero las cosas no eran tan sencillas. La política soviética hacia las minorías musulmanas de la Unión Soviética ha sido, en general, extremadamente atenta. Los musulmanes han sido bien atendidos y sus zonas han sido industrializadas. Los cuadros autóctonos fueron promovidos gradualmente, y este proceso continúa. Los musulmanes están protegidos por exactamente las mismas leyes que los demás ciudadanos soviéticos, y en la práctica los «autóctonos» han disfrutado incluso de ciertos privilegios frente a los rusos. Pero esta evolución ha sido cuidadosamente controlada. Se mantiene un férreo control sobre todos los puestos clave. Además, la tendencia general de las costumbres estalinistas no favorecía la interpenetración entre comunidades. La situación no tiene nada en común con las situaciones coloniales de otros lugares. Pero los problemas nacionales persisten, como lo demostró claramente el comportamiento de muchos grupos minoritarios durante la Segunda Guerra Mundial, y como lo confirman muchos pequeños incidentes incluso hoy en día [IX]. Y, por cierto, tales sucesos atraerían menos la atención, y bien podrían ser menos distorsionados en el extranjero, si los soviéticos no pusieran tanto esfuerzo en encubrirlos y atacar a los «calumniadores» que se atreven a sugerir que no todo es absolutamente perfecto en estas áreas de la Unión Soviética.

Un precursor

Sultan Galiev no parece haber tenido verdaderos herederos espirituales en las zonas musulmanas de la Unión Soviética. No sabemos qué ocurriría hoy si se permitiera la aparición de grupos de presión política. Pero lo que se puede suponer sobre las aspiraciones de los pueblos de estas zonas muestra que tienen poco en común con Sultan Galiev. Sus reivindicaciones parecen mucho más «reformistas», mucho menos revolucionarias. Si pudieran, presionarían por ligeros cambios, sin cuestionar el derecho del régimen a gobernar. El papel de propagadores de la Revolución en Oriente parece tener poco atractivo para ellos. Es posible, por supuesto, que la tapadera del conformismo oficial oculte una realidad mucho más efervescente…

Pero es fuera de la Unión Soviética, en los llamados países subdesarrollados, donde la situación contemporánea hace pensar constantemente en las ideas del Sultan Galiev. ¿Hasta qué punto puede decirse que es un precursor de la nueva línea adoptada por la Unión Soviética desde 1954, una línea que respalda a la burguesía neutralista afroasiática? ¿En qué medida puede considerarse precursor del comunismo maoísta, que se concentra esencialmente en la lucha inmediata por la revolución socialista en las excolonias?

La actitud de Sultan Galiev y de los comunistas tártaros en 1918 derivaba de su rechazo a servir de mero apoyo a un movimiento proletario europeo, por muy justificado que estuviera. Querían que la Revolución fuera también su revolución y que siguiera un curso determinado por sus propias acciones, no por las de su hermano mayor, evitando ese movimiento un tanto paternal del proletariado ruso. Hay que tener en cuenta que uno de los métodos de intervención de este último, que más tarde se utilizaría en otros lugares, era la insistencia en que el apoyo autóctono procediera únicamente del proletariado. En los países en los que el proletariado era todavía embrionario, esto equivalía a designar arbitrariamente a los individuos con los que valía la pena hablar. La exigencia esencial de los tártaros de "llevar a cabo nuestra propia revolución" llegó en el momento equivocado. La dirección bolchevique ya estaba tomando un rumbo muy diferente: un cuidadoso control burocrático sobre todos los aspectos del movimiento de masas. Tanto los soviets como los sindicatos, en el interior, y los partidos aliados o comunistas, en el exterior, estaban sometidos a un control muy estricto.

Significativamente, el hombre del momento era Stalin, cuya belicosidad universal y mezquina se convertiría más tarde en algo patológico. El enfermo Lenin fue ignorado cuando advirtió que "el daño que puede causar la falta de unidad entre los aparatos estatales nacionales y el aparato estatal ruso no es nada comparado con el daño que resultará de un exceso de centralismo; esto nos perjudicará no sólo a nosotros, sino a toda la Internacional, y a los cientos de millones de asiáticos que pronto seguirán nuestros pasos e irrumpirán en la escena histórica" [X]. En teoría, el propósito de la Internacional era impulsar la marcha del mundo hacia el socialismo. Por lo tanto, su tarea parece haber sido desarrollar un nacionalismo marxista que luchara por la independencia nacional y la socialización en los países dependientes. El desarrollo social del Este en aquella época impedía cualquier empresa más ambiciosa. A pesar de todos sus errores, está claro que esa era la intuición básica del Sultan Galiev. El sistema estalinista hizo imposible que los Partidos Comunistas coloniales llevaran a cabo esta tarea. Esencialmente, la culpa de este fracaso la tuvo su rígida subordinación a la estrategia mundial de una Internacional centrada en el mundo europeo. Estos partidos comunistas coloniales dependían a veces incluso directamente de sus equivalentes europeos. No obstante, acabó surgiendo un nacionalismo marxista, arrastrado por la corriente de la historia. Pero no lo hizo en el marco de los partidos comunistas, y fue necesaria la imbecilidad anticomunista estadounidense para empujar a la izquierda marroquí y argelina, a Castro, a Sekou Toure y a Modibo Keita a los brazos de lo que quedaba de la III Internacional.

Hoy existe la Internacional Colonial reconocida por Sultan Galiev. Adopta la forma del bloque afroasiático, que empieza a extenderse a América Latina, y está unida contra la dominación blanca, como soñaba el comisario tártaro. Pero existen ciertas diferencias, aunque todavía no llegan a escisión, entre un ala marxista comprometida con el avance rápido hacia el socialismo y un ala burguesa partidaria de una transformación lenta o incluso de ningún cambio. También hay una serie de casos ambiguos que resultan especialmente interesantes.

Desde 1954, la Unión Soviética apoya a esta Internacional Colonial. Pero Jruschov sólo sigue aparente y parcialmente la línea del Sultan-Galiev. Los pueblos coloniales siguen siendo vistos solo como una fuerza de apoyo cuya función es ejercer presión sobre los adversarios blancos de la Unión Soviética, arrancarles concesiones, no destruirlos. La Unión Soviética no fomenta la socialización en el Tercer Mundo y probablemente ni siquiera la desea. Parece que las autoridades soviéticas están finalmente de acuerdo con Sultan Galiev en este punto, pero su motivo no es fortalecer la revolución; el objetivo es mucho más egoísta. El triunfo mundial del socialismo se sigue considerando esencialmente como el resultado de la evolución más o menos revolucionaria de los países industrialmente avanzados. Solo en China, donde la distancia y la astucia ancestral china facilitaron eludir la estrategia internacional estalinista, el nacionalismo marxista pudo salir triunfante en el marco de un Partido Comunista tradicional. En efecto, Mao Tse-Tung se contentó con aplicar las ideas defendidas por la Comintern durante sus fases de frente popular o nacional. Pero las aplicó de forma sistemática y coherente. Su victoria y las circunstancias subsiguientes, la hostilidad militante de las naciones blancas y la socialización de la sociedad china, le llevaron a tomar el timón de un nuevo tipo de comunismo colonial, que propuso como modelo para todo el mundo subdesarrollado ya en 1949. Desde entonces, los acontecimientos en China no han dejado de acercar las ideas de los nuevos dirigentes chinos a algunas de las de Sultan-Galiev. La primacía de la revolución colonial y el temor a que un neocolonialismo, o al menos un neopaternalismo, pudiera acabar surgiendo del seno del propio mundo socialista han sido temas constantemente reiterados.

Así, las ideas de Sultan Galiev han resurgido en las dos principales corrientes del comunismo mundial. Por supuesto, nadie cita a este condenado campeón de las oscuras luchas de ayer. Y, sin embargo, se le puede considerar como el primer profeta de la lucha colonial contra la hegemonía blanca dentro del propio socialismo, como el primero en pronosticar una ruptura entre el comunismo europeo de los rusos y el comunismo colonial. También podría celebrársele como el hombre que proclamó por primera vez la importancia del nacionalismo marxista en los países coloniales, y la relevancia internacional para el socialismo de aquellos movimientos nacionales que no prevén inmediatamente la guerra de clases y la total socialización. El propio Mao seguía adoptando esta posición en Yenan. El futuro emitirá sin duda su propio veredicto sobre este primer representante del Tercer Mundo dentro del movimiento comunista. Seguramente no dejará de reconocer su papel de profeta marginado.

[I] Alexandre Bennigsen y Chantal Quelquejay, Les Mouvements Nationaux chez les Musulmans de Russie, 1: Le 'Sultangalievisme' au Tartarstan, Mouton, La Haye, 1960 (Documents et Témoignages, 3).

[II] De hecho, a lo largo de uno de los discursos pronunciados en la IV Conferencia del Comité Central del Partido Comunista Ruso, ampliada a los militantes responsables de las repúblicas y regiones nacionales, del 9 al 12 de junio de 1923. Véase I.V. Stalin, Sotshineniya, Bk. V, Moscú, 1947, pp.301-312. Para detalles importantes de esta conferencia, que había sido convocada especialmente para condenar al sultán Galiev, que había sido arrestado a finales de abril o en algún momento de mayo, véase E.H. Carr, A History of Soviet Russia, Vol. IV, The Interregnum, Macmillan, Londres, 1960, pp.287-9; Bennigsen y Quelquejay expresan algunas reservas sobre el pasaje. En la obra oficial Istoriya Kommunistitsheskoy partii Sovietskogo soyuza, Bk. IV/I, Moscú, 1970, p.283, aparece una fotografía de los participantes en el congreso, que solo fue numerado IV para restarle importancia. El comentario que lo acompaña deja claro que la condena de Sultan-Galiev aún persiste en la ideología oficial, y de hecho se ve reforzada por consideraciones contemporáneas.

[III] Por ejemplo, Sariddine Aini, Boukhara, traducido del tadjik por S. Borodine y P. Korotkine, Gallimard, París, 1956; Moukhtar Aouezov, La Jeunesse d'Abai, traducido del kazako por L. Sobolev y A. Vitez, Gallimard, París, 1959.

[IV] 
Premier Congrès des peuples de l'Orient, Bakou, 1920, Petrogrado, 1921, ed. francesa, citado por Bennigsen y Quelquejay, op. cit. p.140.

[V] 
Como le dijo una vez a Trotsky. Cf. L. Trotsky, Stalin, Hollis and Carter, Londres, 1947, p.417.

[VI]  Walter Z. Laqueur, The Soviet Union and the Middle East, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1959, p.22.

[VII] 
Resumen de una discusión sobre el derecho de las naciones a la autodeterminación" en V.I. Lenin, "Observaciones críticas sobre la cuestión nacional", Obras Completas, Vol. 20, pp.1-34 (4ª ed. rusa), (puntuación de Lenin). Para un análisis de cómo evolucionó la posición de Lenin, en qué se diferenciaba de la de Stalin y cómo se manifiesta el problema en la Unión Soviética hoy en día, véase H. Carrère d'Encausse, "Unité prolétarienne et diversité nationale, Lenine et la théorie de l'autodétermination" en Revue Française de Science Politique, Vol. XXI, No. 2, pp.221-255.

[VIII]
 Stalin, El marxismo y la cuestión nacional, varias ediciones.

[IX] 
Probablemente estaba minimizando el problema. Véase A. Bennigsen y C. Lemercier-Quelquejay, L'Islam en Union Soviétique, Payot, París, 1968, para un relato objetivo.

[X] 
Observaciones sobre «nacionalidades y autonomía»; véase Marxist Quarterly, octubre de 1956, p. 255. Los «aparatos nacionales» se refieren a los aparatos de los partidos comunistas no rusos de la Unión Soviética.

lundi 8 décembre 2025

Cuestión nacional, cuestión colonial y antiimperialismo en la tradición marxista: de la I Internacional a la Conferencia de Bakú (1864-1920)


https://doi.org/10.25058/20112742.n42.02

Javier García Fernández
https://orcid.org/0000-0001-7994-5477
Universidad de Granada, España
jgarciafer@ugr.es

Ramón Grosfoguel
https://orcid.org/0000-0001-9051-1573
Universidad de California, Berkeley, USA
grosfogu@berkeley.edu

Resumen:

El presente artículo elabora una revisión crítica del pensamiento marxista desde autores como Karl Marx, Friedrich Engels, Karl Kaustky, Eduard Bernstein, Otto Bauer, Iosef Stalin, Rosa Luxemburgo, Vladimir Ilich Lenin y Manabendra Nath Roy en torno a la cuestión nacional, colonial y antiimperialista. Pretendemos recoger una nueva genealogía crítica sobre la cuestión nacional dentro del marxismo que no ha sido reconocida por el llamado marxismo occidental hegemónico. Se trata de la relación entre la cuestión nacional, la cuestión colonial y la cuestión antiimperialista en la primera tradición marxista entre la I Internacional, la AIT y la III Internacional, el Komintern. Esta tradición incorpora reflexiones y análisis para pensar la cuestión del derecho de autodeterminación como uno de los elementos centrales del pensamiento marxista durante el último tercio del siglo XIX y las dos primeras décadas del siglo XX. La formulación del derecho de las naciones a la autodeterminación incorporó elementos de la llamada cuestión nacional, de la cuestión colonial y de la crítica marxista al imperialismo y es fundamental para comprender el desarrollo de la teoría marxista y del movimiento sociales desde la I Internacional (1864) a la Conferencia de Bakú (1920).

Palabras clave: cuestión nacional, cuestión colonial, antimperialismo, derecho de autodeterminación, marxismo.

ENLACE: https://www.redalyc.org/journal/396/39671964002/html/

vendredi 21 novembre 2025

El golpe de Estado de las plataformas digitales

 

En su nuevo libro “¿Capitalismo de la vigilancia o democracia? Una lucha a todo o nada en la era de la información” (Unsam Edita), Shoshana Zuboff profundiza su reflexión crítica sobre el ecosistema digital. Para hacerlo, desgrana la perspectiva de lo que llama un “campo unificado”, ciclo conceptual que empieza con una operación económica, sigue con un vector de gobernanza y termina en uno de daños sociales. Las plataformas como nueva forma de capitalismo sincronizado con políticas antidemocráticas que les permiten tener un control casi absoluto, desafiar a los Estados y, a través de la IA, generar servidumbre laboral en el sur global.

 

Cuando vinieron a llevarse los datos, guardé silencio porque me brindaban servicios. 
Cuando vinieron a pedir que no haya regulaciones para sus negocios, guardé silencio, porque ya sabían mucho de mí y de mis acciones. 
Cuando vinieron a manipular todo lo que puedo saber y querer, guardé silencio, porque ya no sabía qué era verdad y qué no. 
Cuando vinieron a gobernar todo, ya era tarde, porque no había gobierno a quien protestarle.

En esta versión libre del famoso poema escrito por el pastor luterano alemán Martin Niemöller en 1946 se puede cifrar algo de lo que Shoshana Zuboff, profesora emérita de la Escuela de Negocios y de la Facultad de Derecho de la Universidad de Harvard, quiere advertir en su último libro, ¿Capitalismo de la vigilancia o democracia? Una lucha a todo o nada en la era de la información, publicado por Unsam Edita.

Zuboff forma parte del campo de estudios críticos sobre plataformas e inteligencia artificial. El tema viene explotando editorialmente en Argentina con la salida reciente de libros centrales como The Stack de Benjamin Bratton (Interferencias), El ojo del amo de Matteo Pasquinelli (Fondo de Cultura Económica), Lo impensado de N. Katherine Hayles (Caja Negra), Metamorfosis de la inteligencia de Catherine Malabou (La Cebra), Los costos de la conexión de Nick Couldry y Ulises Mejias (Godot, 2023) Atlas de la Inteligencia Artificial de Kate Crawford (Fondo de Cultura Económica, 2022), Nanofundios de Agustín Berti (Cebra, 2022) y Tecnoceno de Flavia Costa (Taurus, 2021). Y más lejos en el tiempo, Capitalismo de plataformas de Nick Srnicek (Caja Negra, 2018), Los dueños de Internet de Natalia Zuazo (Debate, 2018) y el propio La era del capitalismo de la vigilancia de Zuboff (en 2019).

¿Capitalismo de la vigilancia o democracia?, el último libro de Shoshana Zuboff, es una actualización del esquema analítico compartido con el resto de las publicaciones. Este esquema plantea una tripartición entre datos, algoritmos y plataformas como “matriz social” de la inteligencia artificial y de los ecosistemas digitales que habitamos. En el caso de Zuboff, por un lado, se inscribe dentro de una caracterización de las plataformas en términos de nueva forma de capitalismo (como Srnicek con su “capitalismo de plataformas”); y, por el otro, se trata de un capitalismo sincronizado con una forma política antidemocrática. El capitalismo de la vigilancia, plantea Zuboff, nació exactamente con el siglo XXI y se puede rastrear en hechos clave. Con ellos, se desgrana su ambiciosa perspectiva de lo que llama el “campo unificado” de las cuatro etapas del orden institucional del capitalismo de la vigilancia, que conforma un “poder instrumentario”, “que conoce el comportamiento humano y le da forma, orientándolo hacia los fines de otros”. Este poder es tan peligroso como lo fue el “poder totalitario” apuntado por Niemöller.

ARTÍCULO COMPLETO