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mardi 12 mai 2026

Japon : de nouveaux missiles à longue portée rapprochent Washington et Pékin d’un éventuel conflit [Empire et division du travail : mise en place du 3e théâtre de guerre Chine/Japon]

À la veille du sommet Trump-Xi, Tokyo prend des mesures qui pourraient attiser les tensions entre les deux puissances.

Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

À l’approche du sommet américano-chinois le plus crucial depuis des années, le déploiement par le Japon de nouveaux missiles à longue portée provoque la Chine et augmente le risque que les États-Unis soient entraînés dans une spirale d’escalade en Asie de l’Est.

Le 31 mars, le Japon a déployé son premier missile de conception nationale à longue portée, de Type 25, à la base de Kengun, dans la préfecture de Kumamoto, au bord de la mer de Chine orientale. Avec une portée d’environ 965 km (contre les 195 km du précédent missile Type 12), le Type 25 est capable d’atteindre Shanghai. Si le Japon en déployait davantage dans les îles Ryūkyū, tout le littoral est de la Chine tomberait dans son rayon d’action.

Le même jour, le Japon a également déployé le « Hyper Velocity Gliding Projectile » (HVGP), sa première arme hypersonique, au Camp Fuji, une base américaine située près de Tokyo. Une semaine auparavant, le département d’État avait approuvé une vente d’équipements à hauteur de 340 millions de dollars à destination du Japon afin de soutenir le programme HVGP.

Le Japon prévoit de déployer davantage de ces deux systèmes d’armes au cours des prochaines années et se prépare à équiper ses destroyers de missiles Tomahawk de fabrication américaine. Il en résulte un renforcement de la capacité de frappe à longue portée du Japon, expansion à laquelle les États-Unis apportent un soutien concret.

Alors que le président Donald Trump s’apprête à se rendre à Pékin le mois prochain pour son sommet avec le président chinois Xi Jinping, la Maison Blanche devrait s’interroger : ces mesures renforcent-elles la sécurité en Asie de l’Est ou aggravent-elles un casse-tête sécuritaire susceptible d’entraîner les États-Unis dans une escalade non intentionnelle ? [la question elle est vite répondu! D'ailleurs après la Chine, Doni Trumpano se rend au Japon] 

Tensions entre le Japon et la Chine

Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a déclaré aux journalistes que ces déploiements renforçaient la capacité de dissuasion du Japon dans ce que Tokyo considère comme « le contexte sécuritaire le plus grave et le plus complexe de l’après-guerre. »

Cependant, du point de vue de Pékin, un missile capable d’atteindre le continent chinois s’apparente davantage à une option offensive de première frappe. Le ministère chinois des Affaires étrangères affirme que les missiles à longue portée du Japon « dépassent largement le cadre de la légitime défense » et met en garde contre le fait que le « néo-militarisme » du Japon « jette une ombre menaçante sur la paix et la stabilité régionales. »

Pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, la politique de sécurité du Japon a été façonnée par un engagement constitutionnel en faveur du pacifisme et par une structure militaire « exclusivement axée sur la défense. » Cette tradition pacifiste a été abandonnée en 2022, lorsque la Stratégie de sécurité nationale du Japon a préconisé le développement de « capacités de riposte » et le doublement des dépenses de défense pour les porter à 2 % du PIB.

Au Japon, certaines voix s’élèvent pour affirmer que réinterpréter la Constitution sans passer par un amendement officiel revient à contourner le processus démocratique. Le 8 avril, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Tokyo, tandis que des rassemblements similaires avaient lieu dans plus de 130 localités à travers le pays, pour protester contre la guerre en Iran et contre ce qu’ils considèrent comme un détricotage de la philosophie pacifiste de la Constitution japonaise. Mais la Première ministre Sanae Takaichi reste déterminée à poursuivre cette réorientation stratégique du pays.

Le Japon et la Chine continuent de traverser une crise diplomatique suite aux déclarations de Takaichi, qui a affirmé qu’un blocus chinois de Taïwan pourrait conduire à une intervention militaire japonaise. Cela marque une rupture avec des décennies de modération japonaise sur la question taïwanaise.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré que le Japon avait « franchi une ligne rouge. » Le ministère chinois de la Défense a averti que le Japon subirait une « défaite écrasante » s’il intervenait.

Takaichi a également fait part de sa volonté de renoncer à l’engagement pris par le Japon en 1967 de ne pas produire, posséder ni héberger d’armes nucléaires. Les responsables chinois font valoir que si le Japon venait à renoncer à son engagement de ne jamais se doter d’armes nucléaires, le rempart mondial contre la prolifération nucléaire s’en trouverait gravement affaibli. Ils ont raison de s’inquiéter, et Washington devrait en faire tout autant.

Dans le même temps, le Japon craint pour sa sécurité face à l’intensification des activités des navires de guerre chinois près de ses îles. En décembre dernier, des chasseurs chinois ont verrouillé leur radar de poursuite sur des jets militaires japonais près d’Okinawa, un geste signalant que le pilote se prépare à attaquer.

Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a qualifié les exercices militaires menés par la Chine et la Russie près de la mer du Japon à la fin du mois de « véritable démonstration de force à l’encontre de notre pays, ce qui constitue une grave menace pour notre sécurité nationale. »

On est là face à un dilemme de sécurité classique. Le Japon met en avant les activités chinoises près de ses îles. La Chine, quant à elle, souligne les déploiements de missiles japonais ainsi que les déclarations concernant Taïwan et les armes nucléaires. Les arguments défensifs avancés par chaque partie ne font que renforcer la perception que l’autre est une menace.

Les nouvelles capacités de frappe à longue portée du Japon ne font qu’augmenter le risque d’un incident. Fort de ces nouvelles capacités de riposte, le Japon pourrait se sentir obligé de lancer une attaque préventive s’il soupçonne qu’une attaque se prépare. Il suffirait d’une mauvaise interprétation des intentions de la Chine pour que le Japon passe soudainement à l’action, entraînant immédiatement les États-Unis, qui sont liés par traité à la défense du Japon.

Un meilleur cadre de dissuasion

Alors que les États-Unis soutiennent les capacités avancées du Japon en matière de missiles, ils s’impliquent de plus en plus dans la dynamique d’escalade qui règne dans la région. Ils ne devraient pas exiger que le Japon mette un terme à la modernisation de sa défense. Il est toutefois dans l’intérêt des États-Unis d’accompagner la nouvelle position du Japon avec prudence afin de réduire le risque d’escalade... [qu'ils gèrent en bons profiteurs de guerre]

Il serait plus judicieux pour les États-Unis d’encourager le Japon à se concentrer davantage sur le « déni conventionnel. » Il s’agit ici de faire la distinction entre les capacités permettant de contrecarrer toute agression chinoise à proximité des eaux japonaises et celles qui constituent une menace pour la Chine continentale. Les premières ont un effet dissuasif, tandis que les secondes représentent une provocation.

Pour renforcer sa position de déni, le Japon pourrait renforcer ses bases afin qu’elles résistent à une première frappe, étendre ses systèmes de défense aérienne et développer ses capacités de guerre sous-marine. Washington devrait encourager ces efforts, plutôt que de soutenir la stratégie de frappe à longue portée du Japon.

Cette logique stratégique va dans le sens des recommandations formulées par des responsables américains de la défense pour la région, Elbridge Colby par exemple [Il s’agit de Strategy of Denial, (la stratégie du déni) cet ouvrage est un examen critique de la politique US dans l’indo-Pacifique, NdT] : les États-Unis et leurs alliés, comme le Japon, devraient faire en sorte qu’il soit trop coûteux pour la Chine de tenter de s’emparer de territoires contestés, plutôt que de menacer de frapper la Chine continentale elle-même.

Le prochain sommet Trump-Xi constitue également une opportunité. L’ordre du jour de ce sommet devrait inclure une discussion sur la prévention d’un affrontement accidentel entre les forces japonaises et les forces chinoises, lequel entraînerait les États-Unis dans la guerre.

La période précédant le sommet est le moment idéal pour encourager le dialogue entre les forces armées tant japonaises que chinoises. Cela pourrait notamment passer par la réactivation de la ligne directe entre le Japon et la Chine mise en place en 2023, qui n’a été utilisée qu’une seule fois pour un appel protocolaire. Les canaux de dialogue permettent de désamorcer les incidents, par exemple lorsque des navires de guerre ou des avions de chasse s’approchent trop près les uns des autres, afin d’éviter que la situation ne dégénère.

Le fait que le Japon se dote de missiles à longue portée accroît le risque que les États-Unis se retrouvent davantage entraînés dans une politique de la corde raide au niveau régional. Des pourparlers directs entre le Japon et la Chine, ainsi qu’une approche plus judicieuse de la défense japonaise, contribueraient grandement à apaiser les tensions.

*

Pavel Devyatkin est chercheur associé au Quincy Institute et collaborateur principal à l’Arctic Institute.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin, 10-04-2026

vendredi 24 octobre 2025

El expreso Transiberiano (Eldor Urazbaev, 1977)

 


El 18 de octubre de 1977 tenía lugar el estreno de la película de aventuras "Транссибирский экспресс" (El expreso Transiberiano), largometraje dirigido por Eldor Urazbaev para los estudios Kazajfilm.
Protagonizada por Asanali Ashimov, Nonna Terentieva, Oleg Tabakov, Konstantin Grigoriev, Nataliya Arinbasarova y Oleg Vidov, entre otros, la película registró una asistencia a las salas de cine soviéticas de cerca de 24 millones de espectadores.
Segunda entrega de la tetralogía sobre el chekista Kasymjan Chadyarov, la serie se inauguró en  1970 con el drama dirigido por Shaken Aimanov "Конец атамана" (El final del atamán), tendría una tercera entrega en 1989 con "Маньчжурский вариант" (La variante manchú), y se cerraba en 2010 con "Кто вы, господин Ка?" (¿Quién es usted, señor Ka?), todas ellas protagonizadas por Asanali Ashimov en el papel del chekista.
Sinopsis - 1927. Agentes de seguridad soviéticos impiden el asesinato de Saito, un destacado empresario japonés, que viaja en el Transiberiano a Moscú para iniciar negociaciones comerciales con la Unión Soviética, frustrando así los planes de la inteligencia extranjera.

lundi 12 mai 2025

Mitos occidentales de la II guerra mundial (1931-1945) consisten en ignorar a China y minimizar a Rusia

 

WANG WEN, Decano de la Escuela de Liderazgo Global,
Universidad Renmin de China.

Con el 80º aniversario del fin de la Segunda Guerra Mundial, se ha hecho cada vez más visible cómo los roles vitales de China y Rusia en la derrota del fascismo se degradan y distorsionan en la narrativa occidental.

La memoria selectiva de Occidente distorsiona la percepción pública del pasado y confunde la política global actual. Cuatro mitos persistentes sobre la Segunda Guerra Mundial siguen moldeando la geopolítica moderna. 

Mito uno. La falacia de los seis años

Uno de los conceptos erróneos históricos más persistentes es el período de seis años que duró la Segunda Guerra Mundial, que limita su comienzo a la invasión de Polonia por parte de Alemania en 1939. Esta visión ignora la invasión de Etiopía por parte de Italia en 1935, la Guerra Civil Española (1936-1939) y la agresión a gran escala de Japón en Asia que comenzó en 1931 con la invasión de Manchuria, casi una década antes de que comenzara la guerra en Europa.

Los historiadores occidentales de pensamiento libre AJP Taylor y John Toland reconocieron que las brutales acciones de Japón en China fueron un precursor crucial de la Guerra del Pacífico. La agresión japonesa desafió el orden internacional posterior a la Primera Guerra Mundial y envalentonó a los regímenes fascistas, incluido el nazi en Alemania. Las matanzas y las atrocidades sistemáticas de Japón, como la Masacre de Nanjing, presentaban escalofriantes paralelismos con los crímenes nazis contra los judíos. Ciudades como Nanjing fueron sometidas a la destrucción y sus habitantes a ejecuciones masivas y violaciones. Estos hechos están profundamente arraigados en la memoria colectiva china.

Desde la perspectiva china, esta larga y brutal lucha, conocida en China como la Guerra de Resistencia contra Japón y que se extendió desde 1931 hasta la rendición de Japón en 1945, sentó las bases para la victoria aliada. Sin embargo, Occidente ignora en gran medida esta perspectiva.

Mito dos. El papel central de Occidente

La idea de que los acontecimientos centrales de la Segunda Guerra Mundial se desarrollaron en Europa distorsiona aún más la verdad histórica. Estados Unidos y el Reino Unido llevan mucho tiempo destacando la importancia del desembarco de Normandía como un punto de inflexión crucial. Mientras tanto, el papel de la Unión Soviética en la derrota de la Alemania nazi —que costó millones de vidas— ha sido minimizado o ignorado en Occidente, especialmente en el contexto de la Guerra Fría.

El papel de la Unión Soviética en la derrota de las fuerzas nazis en el Frente Oriental es innegable. Antes de la apertura del Frente Occidental en 1944, la Unión Soviética ya había infligido importantes derrotas a Alemania, con un coste inmenso. Con 27 millones de bajas, la contribución de la Unión Soviética fue crucial para la victoria definitiva de los Aliados.

Mito tres. La resistencia a largo plazo de China

El papel de China en la Segunda Guerra Mundial suele descuidarse o minimizarse en las narrativas occidentales.

Sus bajas durante los diez años de la Guerra de Resistencia contra Japón ascendieron a más de 35 millones, pero a pesar del inmenso coste, China se presenta desde la perspectiva occidental como una víctima pasiva o un participante indirecto. Mientras tanto, las fuerzas chinas colaboraron con las potencias aliadas en el Sudeste Asiático. Colaborando con Estados Unidos en la campaña de la Carretera de Birmania, China contribuyó a la mayor contribución de los aliados en su esfuerzo bélico y debilitó la capacidad militar japonesa, permitiendo así que la Unión Soviética se centrara más en el frente europeo.

La resistencia militar china desempeñó un papel estratégico: al contener al ejército japonés, limitó la capacidad de Japón para combatir en otros frentes. China fue una fuerza crucial que ayudó a inclinar la balanza en el Pacífico. La resistencia china fue indispensable para agotar los recursos japoneses y debilitar su posición estratégica general, lo que sentó las bases para la derrota de las potencias del Eje.

Mito cuatro. La victimización de Japón

La representación de Japón como víctima de la Segunda Guerra Mundial, especialmente tras los bombardeos atómicos de Hiroshima y Nagasaki, es otro tema delicado para muchos en China. Esta narrativa tiende a minimizar el papel de Japón como agresor en Asia. La Masacre de Nanjing, en la que las tropas japonesas asesinaron a cientos de miles de civiles chinos, sigue siendo un tema controvertido en Occidente, con debates inmersos en las cifras de víctimas, el contexto histórico y las susceptibilidades políticas.

Muchos en China ven esto como un intento de reescribir la historia, especialmente cuando el sufrimiento de los civiles chinos se ve eclipsado por el hecho de que Japón es víctima de los bombardeos atómicos.

El desprecio por la abrumadora evidencia de los crímenes de guerra cometidos por Japón, incluidos los relatos de testigos oculares y las fotografías de las atrocidades y la esclavitud sexual, despierta ira en la sociedad china. 

La renuencia de los dirigentes japoneses a reconocer plenamente estos crímenes y a ofrecer disculpas oficiales y sin reservas, y la falta de voluntad de algunas figuras e instituciones políticas para afrontar este oscuro capítulo de la historia exacerban las tensiones e impiden una reconciliación genuina.

Reescribiendo la historia con cooperación internacional

Estos cuatro mitos, profundamente arraigados en la política de la Guerra Fría, reflejan los persistentes esfuerzos de Occidente por mantener su dominio global. Al enfatizar la contribución de Occidente y minimizar la de China y la Unión Soviética, estas narrativas contribuyen a consolidar el poder político e ideológico de Occidente.

Hoy, a medida que la política global evoluciona hacia la multipolaridad, es crucial corregir estos errores históricos. Corregirlos requiere una sólida cooperación académica internacional, así como una comprensión más matizada por parte de los académicos occidentales de las contribuciones de China y la Unión Soviética a la victoria en la Segunda Guerra Mundial.

Esto podría ayudar a prevenir malentendidos en el futuro y promover una narrativa histórica global más precisa. El 80.º aniversario del fin de la Segunda Guerra Mundial ofrece una excelente oportunidad para honrar el papel de todas las naciones vencedoras —no solo las occidentales— en la derrota del fascismo.

samedi 21 septembre 2024

Las raíces comunistas de Hayao Miyazaki

 

Studio Ghibli no es el Disney japonés, sino el anti-Disney. Ideado por animadores con raíces en el movimiento comunista japonés, sus películas celebran el trabajo creativo y la solidaridad humana contra el capitalismo y la guerra.

Las raíces de uno de los estudios de animación más exitosos de las últimas décadas se encuentran en el sindicato de Toei Doga, el departamento de animación de una de las mayores corporaciones cinematográficas de Japón. A mediados de la década de 1960, las condiciones de trabajo en la industria eran brutales, con equipos de animadores produciendo cientos de dibujos diarios para series animadas de televisión como Astro Boy. Los plazos eran ajustados y la calidad, irrelevante: al menos un animador murió trabajando. Dos de los delegados sindicales más destacados de Toei eran los jóvenes animadores Hayao Miyazaki e Isao Takahata. Existe una fotografía de un joven Miyazaki, megáfono en mano, dirigiendo una huelga. Veinte años después, Miyazaki y Takahata formarían juntos su propio estudio: Studio Ghibli.

Ghibli pretendía ser todo lo que los estudios existentes no eran, aunque siguiera dedicándose a crear entretenimiento popular. Sus fluidas y ricas animaciones describirían abiertamente los peligros de la destrucción medioambiental, la guerra y el capitalismo, pero de alguna manera flotarían —como su héroe el «cerdo rojo» Porco Rosso— por debajo del radar político. Miyazaki no pudo evitar declarar: «Debo decir que odio las obras de Disney», incluso cuando en 1996 Ghibli firmó un acuerdo de distribución en el extranjero con el consorcio multinacional. Las películas de Ghibli nunca son propagandísticas, pero a su manera relajada han encarnado un tipo muy particular de ecosocialismo. Miyazaki y Takahata se cuentan entre los pocos cineastas marxistas que el artesano y pensador socialista William Morris habría reconocido como espíritus afines.

Al mismo tiempo, la política de Ghibli nunca ha sido un secreto. En 1995, el director de Patlabor y Ghost in the Shell, Mamoru Oshii, cuyos orígenes se sitúan en la nueva izquierda libertaria, describió a Takahata como un «estalinista», a Miyazaki como «un poco trotskista» y al estudio Ghibli como «el Kremlin». El sindicato Toei, como muchos sindicatos en los años 60, estaba dirigido en gran medida por el Partido Comunista Japonés, y aunque Miyazaki ha declarado que nunca fue miembro orgánico, no cabe duda de que él y Takahata eran, al menos, compañeros de ruta del partido.

En sus películas se pueden encontrar algunas astutas referencias a ello. El as del aire de Porco Rosso (1992), por ejemplo, se niega a alistarse en las fuerzas aéreas de Benito Mussolini, exclamando: «Mejor un cerdo que un fascista» y, en una escena, su amante Gina canta el himno de la Comuna de París «Le Temps des Cerises». Pero la política de Ghibli aflora sobre todo en sus obras relacionadas con el campo, en Japón y en otros lugares, que aparece como sueño y pesadilla a la vez.

Ghibli tiene su sede en Tokio, la metrópolis más grande del mundo, y quizá sea precisamente la ausencia de un campo cercano lo que la convierte en el centro de atención de la obra del estudio. En Mi vecino Totoro (1988), las criaturas de un bosque fantástico y transfigurado ayudan a consolar a dos niños de la ciudad cuya madre está siendo tratada de una enfermedad crónica.

Pero uno de los mundos oníricos rurales más políticamente reveladores de Ghibli aparece en la anterior El castillo en el cielo (1986), en la que un niño de un pueblo minero se encuentra explorando la destruida ciudadela flotante de una sociedad de alta tecnología caduca que se disputan unos aristócratas malévolos. Los paisajes de la película están directamente inspirados en la visita de Miyazaki y Takahata al sur de Gales en 1985. Con la intención de hacer una película sobre la Revolución Industrial, la pareja se embarcó en un viaje de investigación a los Valles, una zona de extraños paisajes rurales-industriales con casas adosadas intercaladas con montañas, minas y acerías.

Para cualquiera que conozca los Valles, la película es bastante inquietante, pero el sur de Gales les proporcionó algo más que inspiración visual. La casualidad quiso que estuvieran allí inmediatamente después de la huelga de mineros de 1984-85. Al año siguiente, Miyazaki expresó su admiración por el «verdadero sentido de la solidaridad» que encontró en los pueblos mineros, y la película está claramente inspirada en ello.

Al igual que su película anterior, la fábula ecológica postapocalíptica de 1984 Nausicaä del Valle del Viento, El castillo en el cielo es una afirmación de una visión particular de la naturaleza y una visión particular del trabajo. A Ghibli, a pesar de lo grotesco de algunas de sus películas, nunca le ha interesado ser provocador u ofensivo. Hablando en 1982 de su rechazo a la ola de cómics gekiga nihilistas posteriores a 1968, Miyazaki relató su decisión de que era «mejor expresar de forma honesta que lo que es bueno es bueno, lo que es bonito es bonito y lo que es hermoso es hermoso». Y el trabajo manual es una de las cosas que Miyazaki y Takahata constantemente presentan como algo bello.

Desde las fundiciones de El castillo en el cielo hasta las trabajadoras que ensamblan aviones en Porco Rosso, las películas de Ghibli están llenas de imágenes de gente haciendo cosas. Las películas pueden ser fácilmente caricaturizadas como antitecnológicas, dada la cantidad de destrucción ecológica que retratan, especialmente con películas más recientes como Ponyo (2008) que tratan explícitamente sobre el cambio climático.

Pero Studio Ghibli adhiere más a una distinción inspirada en Morris entre «trabajo útil» y «trabajo inútil», este último representado de forma especialmente memorable en el trabajo interminable, purgatorial y despóticamente organizado de El viaje de Chihiro (2001). En 1979, Miyazaki criticó los espectáculos de robots meka por los que Japón se estaba dando a conocer en el extranjero, debido al enfoque inevitablemente juvenil y alienado de la tecnología. Prefería que «el protagonista luchara por construir su propia máquina, la arreglara cuando se estropeara y tuviera que manejarla por sí mismo».


Eso es exactamente lo que hacen las personas en las películas de Ghibli, expresarse a través del trabajo que realizan con sus manos. Las películas de Miyazaki pueden registrar tanto una admiración por los logros del trabajo humano como un horror por sus consecuencias, como en Se levanta el viento (2013), una obra de época ambientada en los años 30 que es una amorosa descripción del desarrollo y la construcción del avión Mitsubishi A6M, así como una demostración de cómo llegó a ser utilizado por el imperialismo japonés.

Takahata siguió siendo marxista hasta su muerte en 2018, mientras que Miyazaki perdió la fe en la década de 1990, cuando completaba la versión manga de Nausicaä del Valle del Viento. En palabras de Miyazaki, «experimentó [lo que] algunas personas podrían considerar una venta política»; es decir, decidió «que el marxismo era un error». Subrayó que esto no tenía nada que ver con ningún acontecimiento político o personal, sino que era más bien un rechazo filosófico del romanticismo obrerista («las masas son capaces de hacer infinidad de estupideces», dijo) con un rechazo del «materialismo marxista» y del ethos del progreso material.

El propio Miyazaki resumió su trayectoria política como «haber vuelto a ser un auténtico simplón». Quizá el hecho de ser copropietario de una empresa de gran éxito respaldada por Disney haya tenido algo que ver. Aunque se sabe que las condiciones de trabajo en Ghibli son mucho mejores que en la mayoría de las empresas de animación japonesas, sigue siendo una empresa capitalista, que gana millones con los productos de marca.

No obstante, Miyazaki y Studio Ghibli conservaron su repugnancia tanto por la guerra —quizá no haya película antibelicista más grande que La tumba de las luciérnagas, de Takahata (1988)— como por el imperialismo. La representación del fascismo japonés y alemán en Se levanta el viento provocó la ira de los nacionalistas japoneses, mientras que la feroz El increíble castillo vagabundo (2004), la última verdadera obra maestra de Miyazaki, canalizó la «rabia» del director ante la guerra de Irak, durante la cual se negó a visitar Estados Unidos. El castillo de esa película, una máquina orgánica que cambia de forma y responde, es una de las imágenes más poderosas de Miyazaki de una tecnología no alienada. Del mismo modo, Miyazaki se mantuvo, al menos filosóficamente, inconforme con el capitalismo: en El viaje de Chihiro abundan las imágenes espeluznantes de la explotación industrial y el dominio de clase disfrazadas de fantasía infantil.

Las sutilezas de la visión de Ghibli sobre el desarrollo pueden apreciarse mejor en algunas de sus películas más discretas. Dos películas de la década de 1990 están ambientadas en Tama New Town, una urbanización impulsada por el Estado que arrasó enormes extensiones de campo a las afueras de Tokio en la década de 1970: Pompoko y Susurros del corazónPompoko es una ecocrítica a la manera de Ghibli, en la que los tanuki, perros mapache considerados en el folclore japonés como animales normales y antropomórficos, conspiran para impedir la construcción de la nueva ciudad. Es una farsa maravillosa y una descripción más optimista de los revolucionarios no humanos que cualquier obra de George Orwell.

Pero la Tama imaginada es escenario del romance adolescente aparentemente ordinario de Susurros del corazón, publicada al año siguiente. En ella, una chica que vive en un bloque danchi —las viviendas sociales construidas en gran número en la ciudad de Tama— se enamora de un chico que vive en la parte alta de la colina, en una zona más antigua y acomodada de la ciudad. El antagonismo de clase y la atracción entre ambos, ayudados por un gato fantasma antropomórfico, se representa sin acritud, y el paisaje urbano se dibuja con cariño y precisión: una imagen de la propia modernidad japonesa como algo amable y humano. Quizá esto refleje el rechazo de Miyazaki a la lucha de clases, pero también forma parte de su rechazo al nihilismo de todo tipo. También aquí, en el paisaje moderno, lo bello es bello.

La película más dialéctica de Ghibli, y la más sutilmente marxiana, es Recuerdos del ayer (1991), de Takahata. En ella, Taeko, una mujer cercana a la treintena insatisfecha con su vida en Tokio, viaja a un pueblo para ayudar en la cosecha. Un joven agricultor la conduce por el paisaje, con sus ríos, campos, pantanos y bosques, todo ello animado con un detalle exuberante y meticuloso. Ella lo contempla todo asombrada, expresando su admiración por la «naturaleza». Una película de Disney lo dejaría ahí, pero no Ghibli. El granjero, sonriente pero con cierto desdén, insiste en que todo lo que ella ve es fruto del trabajo humano. Parafraseando al marxista del sur de Gales Raymond Williams en El campo y la ciudad, le dice que «la gente de ciudad ve los árboles y los ríos y agradece la “naturaleza”». Pero que «cada pedacito tiene su historia, no solo los campos y los arrozales. El tatarabuelo de alguien lo plantó o lo podó».

Al final de la película, Taeko decide quedarse en el pueblo, precisamente porque su experiencia allí ha sido la del trabajo en comunidad más que la de mera espectadora y contemplativa. Los mundos imaginarios de Studio Ghibli son paisajes de producción y espacios de solidaridad, y aquí, en su película más realista, hay una pequeña imagen de una verdadera utopía.

Traducido por Florencia Oroz

Fuente: Jacobin