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mardi 26 mai 2026

Quid de la « défense atlantique » menacée ? Les explications d’Annie Lacroix-Riz

SOURCE https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/quid-de-la-defense-atlantique-menacee-les-explications-dannie-lacroix-riz/

Depuis plusieurs mois, un chœur déchirant de dirigeants « européens » (Royaume-Uni inclus) déplore l’atteinte irréversible portée à la défense « européenne » par un Président américain grossier menaçant de ruiner les excellentes relations européo-américaines et de les exposer à l’agression des Russes, après près de 80 ans d’alliance de défense fidèle et sûre. Le succès de cette campagne repose sur l’ignorance dans laquelle ont été tenues les populations sur la réalité de cette « Alliance » : à l’exception, partielle, du deuxième mandat présidentiel de De Gaulle, où celui-ci ordonna le retrait de la France de l’organisation militaire du Pacte atlantique. En fait, il a ainsi contesté aux États-Unis l’unique substance dudit Pacte : leurs bases aéronavales. Cette décision importante, mais incomplète ‑‑ de Gaulle ne dénonça pas le Pacte atlantique ‑‑, fut mise en cause dans les présidences suivantes, et Nicolas Sarkozy lui porta un coup fatal, l’effort étant poursuivi par ses successeurs[1]. Nucléaire en moins, nous explique-t-on. Voire…

La « stratégie périphérique » des États-Unis

Le « Pacte » signé le 4 avril 1949 consacrait le triomphe de la « stratégie périphérique » mise en œuvre par les États-Unis depuis la Première Guerre mondiale. Elle consistait à obtenir la maîtrise totale du continent européen, sans participation à l’essentiel des combats (tâche structurellement impossible à l’armée d’un pays qui n’avait jamais été soumis à attaque extérieure). Elle serait remplacée par une participation financière à « l’effort de guerre », via les crédits d’armements octroyés à un groupe de belligérants (qui passeraient l’près-guerre à les rembourser, soumis aux pressions y afférentes) pour vaincre l’autre groupe et lui imposer, via la défaite, un nouveau « compromis », plus favorable aux États-Unis. Dans les deux premières guerres mondiales, ce fut l’Allemagne, partenaire d’affaires majeur, mais rival trop gourmand. Les États-Unis rognèrent ses prétentions par soldats européens interposés avant de la « reconstruire » avec un flot de crédits américains ‑‑ largement et notoirement voués à son réarmement de « revanche ». Cette stratégie supposait absence militaire jusqu’à fixation définitive de l’issue du conflit, printemps-été 1918, été 1944, puis intervention militaire finale, avant fixation définitive des gains de l’« Allié » vainqueur financier, et total, des deux conflits.

Est explicite le bilan officiel des pertes des deux guerres mondiales, très faibles pour les États-Unis : Première Guerre mondiale, 117 000 dont 53 000 « morts au combat », surtout en France ; Deuxième Guerre mondiale : moins de 300 000 morts sur les fronts asiatique et européen, là encore, surtout en France (et Belgique). Dans les deux guerres, pertes civiles nulles. Les deux pays les plus touchés dans la Première, la Russie (1914-1917), plus d’1,8 million de morts militaires, 1,5 million de morts civils (record battu pour les deux catégories), environ 7 millions supplémentaires pour la guerre non déclarée de l’« Occident », dont le Japon, 1918-1920 ; la France, 1914-novembre 1918, respectivement 1,4 million et 300 000. 1941-1945, l’URSS, selon l’historien militaire américain David Glantz, 35 millions de morts, dont 20 millions de civils[2]. Ces chiffres dispensent de débats sur l’identité des vainqueurs militaires.

Et ses périls mortels pour les « Alliés »

La « stratégie périphérique », fondée, depuis la Deuxième Guerre mondiale, sur une supériorité aérienne écrasante, via les « bombardements stratégiques », fut au cœur des préparatifs de la suivante, dès 1942-1943. Il s’agissait d’arracher la maîtrise militaire du monde, contre l’ennemi, l’URSS, objectif présenté (évidemment sans désignation) par le général Henry Arnold, chef d’état-major de l’Air, en novembre 1943 : il est exclu de « tolérer des restrictions à notre capacité à faire stationner et opérer l’aviation militaire dans et au-dessus de certains territoires sous souveraineté étrangère »; la prochaine guerre aura « pour épine dorsale les bombardiers stratégiques américains »; « une armée internationale, instrument de la politique américaine », sera chargée des tâches subalternes – terrestres – ce qui « internationalisera et légitimera la puissance américaine ». La prochaine grande guerre se mènerait, du côté américain, plus radicalement que la précédente, pas contre l’Allemagne, mais contre le rival soviétique (22,4 millions de km2 depuis 1940-1941 puis 1945, et des ressources naturelles si tentantes).

Chaque « allié » des États-Unis leur fournirait donc des bases aériennes et navales d’attaque, comme celles qu’avaient dû leur lâcher les Anglais, de l’été 1940 à 1941, pression aux « crédits » aidant (de Terre-Neuve, Caraïbes, 1940, Groenland, Islande, 1941, etc.). L’ouvrage incontournable de Michael Sherry sur ces plans doit être traduit[3]. La moisson, gigantesque, de la Deuxième Guerre mondiale (« Empire » français inclus, depuis l’invasion de l’Afrique du Nord de novembre 1942), grossit encore après mai 1945. La liste, confirmée ou allongée après la guerre par tous les cédants, dont la France, fut codifiée quand Washington imposa à ses « alliés » son Pacte, conclu pour 50 ans, et renouvelable (il l’a été en 1999). Ces dirigeants de pays essorillés par les règles américaines de Bretton Woods sur le règne sans partage du dollar étaient d’autant plus dociles que l’emprunteur et « protecteur » les protégeait de leur peuple radicalisé par la Crise puis la guerre : 1947-1948 le démontra en France (mai 1947) puis en Italie (mai 1947 et avril 1948). Aucun risque de changement intérieur ne résisterait à la « protection » américaine. Le Pacte atlantique était surtout « une Sainte-Alliance », comme l’écrivit, en mars 1948 (un an avant la signature), le secrétaire général du Quai d’Orsay, Jean Chauvel. Il le demeure.

Sur le plan militaire, c’est autre chose. Contrairement à la légende, les signataires n’avaient pas « peur » des intentions belliqueuses de l’URSS : mise à genoux par la guerre, ruinée, privée de « réparations » (comme les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, dont elle-même), elle ne les avait jamais menacés du moindre conflit et ne risquait pas d’y prendre goût[4]. Chacun savait, en haut lieu, que cet après-guerre reproduirait à tous égards les précédents, guerres suivantes comprises. Le combat contre l’URSS impliquait prompt réarmement de l’Allemagne, entamé dès mars 1945 : sur les 27 divisions de la Wehrmacht encore à l’Ouest, 26 s’affairaient à évacuer par les ports du Nord troupes et matériel vers les « bons » ennemis ; les « 170 divisions sur le front de l’Est » combattirent jusqu’au 9 mai inclus (libération de Prague), révélation de 1969 de Gabriel Kolko (non traduit[5]). Pourquoi donc les « Alliés » occidentaux conservèrent-ils ces excellents combattants?

C’était clair avant la constitution de la RFA confiée au vieux pangermaniste Adenauer entouré de pairs ex-nazis. On ne parlait plus, dès 1948, que du réarmement imminent : comment se passer du « potentiel militaire que représentent en Allemagne de nombreuses générations bien aguerries » contre les « armées russes », écrivit l’ambassadeur de France à Washington, Henri Bonnet, en mars 1949. Le « potentiel » fut dirigé par les chefs de la Wehrmacht nazifiée jusqu’à l’os, qui formèrent l’armature « européenne » des exécutants de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord, fondée en 1950). Tout fut mis en place quand Washington eut arraché, via la capitulation française, sous Mendès France puis Edgar Faure, le principe officiel du « réarmement allemand » (octobre 1954-mai 1955). Y compris les crédits en dollars « liés » aux achats gigantesques d’armements américains « intégrés », de complète actualité « européenne ».

Au débat de ratification américain de mai 1949, Clarence Cannon, président démocrate de la commission des crédits de la Chambre des Représentants, avait brutalement décrit les périls de l’adhésion, réduisant à néant le fameux « article 5 » du Pacte, celui aujourd’hui brandi sans répit, de « défense », États-Unis en tête, de tout « allié » attaqué : « concertation » des alliés à ce sujet ne vaudrait pas « engagement » américain contre « l’agresseur ». Quand Washington attaquerait « l’ennemi », les Européens devraient juste fournir ce que les adversaires du Pacte atlantique qualifiaient de « chair à canon » et laisser à disposition des États-Unis leurs bases permanentes.

Cannon leur assignait deux missions : 1° « apporter leur contribution en envoyant les jeunes gens nécessaires pour occuper le territoire ennemi après que nous l’aurons démoralisé et anéanti par nos attaques aériennes », sans préjudice, pour les nations maritimes, de leur contribution navale ; 2° offrir à l’Amérique la libre disposition, « sur leur territoire, des bases aériennes pour des bombardements stratégiques. Grâce au Pacte de l’Atlantique, nous aurons des Alliés qui ont des troupes et des navires et qui devraient aussi avoir l’occasion de remplir leurs obligations de puissances contractantes. » La grande presse (New York Times et Washington Post en tête) tenta aussitôt d’éteindre l’incendie, en qualifiant ces propos d’« intrusion inepte et stupide, d’élucubration, de délire irresponsable », etc. – qu’exploiterait « la presse communiste du monde entier ».

Les bombardements américains sur la France (1942-1944) avaient causé 75 000 morts civils. Le souvenir en restait vif et une (petite) partie des Français, était informée par L’Humanité de ce qui attendait la population en cas de conflit (le Quai d’Orsay, inquiet, avait dès 1947 organisé un service spécialisé de réponse aux « mensonges et exagérations » du journal). Même les lecteurs du Monde de Beuve-Méry glanèrent des informations, de 1948 à 1951. Le catholique Étienne Gilson, fâché contre la très longue « neutralité américaine » (pro-allemande) de l’avant-guerre et des premières années de la Deuxième, y traita des périls liés à la perte de souveraineté sur les bases américaines. Le tandem serait surpris du ton actuel du Monde. Le silence retomba vite, Humanité exceptée pendant plusieurs décennies.

L’actualité de la chose éclate et s’impose… Le Pacte atlantique consiste surtout, depuis sa signature, en bases cédées par les signataires, violant la souveraineté des cédants, point de départ d’agression contre d’autres puissances les exposant à des représailles du pays attaqué. Sans engagement aucun du cessionnaire à « protection ». La guerre contre l’Iran, conduite à partir de bases américaines d’Europe et du Golfe vient de le démontrer.

Annie Lacroix-Riz – historienne


Aux origines du carcan européen (1900-1960) Annie Lacroix-Riz

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9int%C3%A9gration_de_la_France_dans_le_commandement_int%C3%A9gr%C3%A9_

de_l%27OTAN, « source » souvent contestable, fournit ici des citations utiles.

[2] La Guerre germano-soviétique 1941-1945, mythes et réalités, Paris, Delga, 2022

[3] Preparing for the next war, American Plans for postwar defense, 1941-1945, New Haven, Yale University Press, 1977.

[4] Lacroix-Riz, « L’entrée de la Scandinavie dans le Pacte atlantique (1943-1949) : une indispensable “révision déchirante” », guerres mondiales et conflits contemporains, cinq articles (au lieu de deux contigus), étirés de 1988 à 1994 par Jean-Claude Allain (liste, https://historiographie.info/cv0420252025.pdf).

[5] The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy, 1943-1945, New York, Random House, 1969.

dimanche 17 mai 2026

La depuración de jueces y fiscales en el primer franquismo

 FUENTE https://www.sinpermiso.info/textos/la-depuracion-de-jueces-y-fiscales-en-el-primer-franquismo

[Este artículo constituye la cuarta entrega de una serie de contribuciones de la profesora “Viola Díaz” sobre justicia y derechos que publicamos en Sin Permiso. El primer artículo puede leerse aquí, el segundo puede leerse aquí y el tercero aquíSP

Tras el golpe de estado franquista, se inició una depuración de todo el cuerpo de funcionarios, dirigida al castigo de aquellos que se habían comprometido con la II República, incluyendo a jueces y fiscales.

Debe explicitarse que la denominada “depuración administrativa”, constituida fundamentalmente por las sanciones pecuniarias o de tipo profesional, no fue, obviamente, tan grave como la pérdida de la vida o la prisión, pero causó en sus víctimas efectos devastadores, como la miseria, la marginación o el gravísimo deterioro de la salud mental.

La depuración en las carreras judiciales y fiscales ha sido especialmente estudiada por la profesora M. Lanero[i], una de las pocas expertas en la materia. 

Pues bien, como sabemos, los objetivos de la represión en la postguerra eran muy claros: la coerción mediante el terror, la desmovilización por su función ejemplarizante y la cohesión en torno al régimen de buena parte de la población, comprometiéndola en las tareas represivas y premiando a los más adictos con la promoción a puestos superiores. 

En tal contexto, la depuración de jueces y fiscales se encomendó, como en el del resto de funcionarios, a organismos de marcado carácter político, que deducían la condición de “desafecto” de hechos y conductas acaecidos en el periodo republicano. Los procedimientos se tramitaban sin ningún tipo de garantías -la carga de la prueba recaía en el acusado, cuya culpabilidad se presumía-, y finalizaban con sanciones impuestas con la mayor de las arbitrariedades.

Hemos de tener en cuenta que la depuración perseguía con igual ahínco tanto la separación del “desafecto” como la intimidación del “indiferente”, en la búsqueda de construcción de un perfil de funcionario que encajara a la perfección con el ideario fascista.

Por tanto, todas las acciones represivas fueron encaminadas a instaurar un nuevo orden moral, material y social, que pasaba por dejar sin efecto la legislación republicana y las decisiones jurisdiccionales que la habían aplicado.

La depuración de “retaguardia” fue llevada a cabo durante la contienda y pretendía eliminar rápidamente a cualquier sujeto que pudiera entorpecer la actuación de las nuevas autoridades, o dicho con sus propias palabras, aquel que demostrase una “actuación antipatriótica o contraria al Movimiento Nacional”.

Se iniciaba por una denuncia que podía ser interpuesta por las autoridades militares tras la absolución en un Consejo de Guerra, (quebrantando el principio esencial “non bis in ídem”), por el gobernador civil, por particulares, o, directamente, por otros miembros de la judicatura.

La instrucción de los expedientes se encargó a jueces y fiscales. Se incorporaban en él informes elaborados por diversas “autoridades” y testimonios de “personas relevantes del lugar” o profesionales del derecho. Una Comisión de justicia tomaba la primera decisión que firmaba el presidente de la denominada Junta técnica. Entre la denuncia y la imposición de la sanción solían transcurrir entre 3 meses y 1 año.

Para deducir la ideología política de los investigados, se investigó su círculo de amistades, sus relaciones y lecturas, su comportamiento social y sobre todo, su conducta privada y moralidad, destacando su práctica religiosa (o la ausencia de la misma). En ocasiones, las clases sociales dominantes activaron su venganza en el caso de jueces que habían sido sensibles con la población desfavorecida. Fue especialmente perseguido el haber dictado sentencias contra falangistas o haber aplicado normas de la legislación laboral, especialmente tuitiva de la población trabajadora.

En esta primera fase, fueron separados del servicio 26 funcionarios de las carreras judicial y fiscal al haber ostentado una clara identificación con los valores republicanos. Otros 24 fueron castigados con otras sanciones, al no dudarse de su adhesión a la “causa nacional”, pero considerarse que, en todo caso, su conducta fue “acomodaticia” con las autoridades del gobierno frentepopulista. 

Al acercarse el fin de la guerra, se promulgó en febrero de 1939 una ley que proporcionaba un marco global y sistemático para continuar con la depuración, que incluía un personal específico y permanente y una tipología de conductas y sanciones. Se iniciaba por una declaración jurada de la persona que delataba a los “izquierdistas”, proseguía con una investigación a cargo de jueces y magistrados que comprobaba los datos incluidos en la mencionada declaración y finalizaba con la propuesta de sanción.

Debe destacarse el nombre del Jefe de Depuración, el fiscal Romualdo Hernández, por ser figura clave al establecer las líneas homogéneas del proceso de depuración, y siendo posteriormente el encargado de la selección de las nuevas promociones de jueces desde los tribunales de oposición y ocupando también la inspección fiscal.

En esta etapa, las escasas garantías previas fueron prácticamente eliminadas y aumentó el grado de arbitrariedad. Al expediente se incorporaban los informes del alcalde, cura, guardia civil u organismos de Falange, y seguían resultando claves los datos referidos a la conducta personal del investigado.

La depuración perseguía de forma expeditiva la selección del personal admisible. La separación o la admisión operó así desde el prisma de la “reciclabilidad” para el nuevo régimen, siendo claves los antecedentes ideológicos y religiosos ya mencionados, y de forma secundaria, el compartir una visión tradicional de la profesión y la carrera. En definitiva, lo que claramente se pretendía era la coincidencia en la ideología conservadora, “de orden”, la “adhesión al movimiento”.

En cuanto al caso específico de los magistrados del Tribunal Supremo que permanecieron en su cargo en la zona republicana, solo tres de ellos fueron enjuiciados en un Consejo de Guerra y condenados a la pena de muerte: Francisco Berneguer de las Cagigas, Juan José González de la Calle y Franciso Javier Elola, que también fue Fiscal General del Estado.  

En homenaje a todos ellos, valga recordar la figura de este último, cuya trayectoria profesional puede resumirse en la frase con la que tomó posesión de su cargo: “Que me sentencie el pueblo, que es para mí el más alto tribunal, si no cumplo con mi deber”.

Casi un siglo después, la vocación democrática de tales palabras nos remueve la conciencia y el corazón: la función judicial solo puede llamarse como tal cuando se ejerce para proteger los derechos de la ciudadanía. Elola fue un jurista que combinó la precisión en la técnica con la sensibilidad social, impidiendo, por ejemplo, los desahucios de inquilinos que no podían afrontar la subida de la renta. Fue también un político que alertó siempre desde su tribuna sobre los peligros del corporativismo judicial. Ambas cuestiones de indudable relevancia en la actualidad.

Fueron sin duda estas virtudes las que llevaron a los golpistas a acabar con su vida en un cruel fusilamiento en el Camp de la Bota en 1936[ii].

Para concluir nuestro texto, hemos de referir que, en conjunto, entre 1936 y 1944, fueron sometidos a depuración 368 jueces y magistrados de un total de 1000, esto es, el 37% de la carrera, resultando separados el 6%, admitidos con sanción el 8%, y admitidos sin sanción el 23%.

Por lo tanto, el grueso de la carrera, el 63%, no fue sometido a depuración.

Por su parte, de un colectivo de 235 fiscales, no fue depurado el 59%, mientras que fue separado el 12%. Admitidos con sanción el 10% y sin sanción, el 19%.

Estos datos confirman el hecho de que la mayoría de jueces y fiscales, como exponíamos en nuestro anterior artículo, fueron absolutamente reacios a admitir y aplicar la legislación republicana.

En cuanto a la minoría de jueces y fiscales leales con la II, la depuración fue extremadamente dura: se impusieron condenas de muerte, cárcel, multas e incautación de bienes. La exhaustiva investigación en la vida privada llevada a cabo en los procesos investigadores fue una constante que dejará su impronta durante toda la dictadura (un juez fue sancionado porque se constató que su esposa se asomó al balcón en bata). Como veremos, los valores religiosos, la “buena conducta” y la adhesión acrítica al régimen prevalecerían sin duda para la permanencia y la promoción en la carrera.    



[i] Por todos, ver Lanero, Mónica. La depuración de la magistratura y el ministerio fiscal en el franquismo (1936-1944). JUECES PARA LA DEMOCRACIA. Información y debate nº 65. Julio 2009.

[ii] Para una mayor aproximación a su trayectoria cabe consultar el ensayo “En memoria de Francisco Javier Elola’, editado por Tirant Lo Blanch

socióloga checa que imparte clases en la Universidad pública de Praga sobre Historia del Capitalismo. De origen desconocido, fue dada en adopción tras su nacimiento y separada desde entonces de su hermana gemela, una magistrada marxista famosa por sus opiniones heterodoxas, que ejerce su oficio en el Reino de España. Un giro del destino provocó un encuentro entre ellas en un seminario de Cine y Memoria en Colliure. Las entregas de Viola sobre los hábitos de los jueces y la propia genealogía de la institución judicial están basadas en las múltiples y fecundas conversaciones con su hermana. 

lundi 4 mai 2026

Luces y sombras en el “Homenaje a Cataluña” (y II)

 

Paul Preston

 

Antes de que los sucesos de Barcelona en 1937 se produjeran, las tensiones políticas y sociales llevaban meses encrespándose. Cuando Orwell llegó a la Ciudad Condal a finales de diciembre de 1936 la Generalitat ya estaba tratando de recuperar los poderes que los grupos revolucionarios detentaban y que eran responsables del caos económico y de numerosas atrocidades. Con todo, Orwell se sintió sumamente estimulado por lo que vio de lo que quedaba de las transformaciones a raíz del mes de julio. Registró sus impresiones en uno de sus párrafos más famosos: “Era la primera vez que yo pisaba una ciudad donde estaban al mando los obreros. Habían requisado casi todos los edificios y los habían tapizado de banderas rojas o con la bandera roja y negra de los anarquistas; habían pintado la hoz y el martillo y las iniciales de los partidos revolucionarios en todas las paredes; habían saqueado casi todas las iglesias y quemado las imágenes. Aquí y allá había cuadrillas de obreros demoliendo sistemáticamente los templos. En todas las tiendas y cafés había una inscripción que advertía de que los habían colectivizado; incluso habían colectivizado a los limpiabotas que habían pintado sus cajones de rojo y negro (…) Y lo más extraño de todo era el aspecto de la gente. A juzgar por su apariencia exterior, aquella era una ciudad donde las clases acomodadas habían dejado de existir. A excepción de unas pocas mujeres y de algunos extranjeros, no había gente “bien vestida”. Casi todo el mundo llevaba tosca ropa de trabajo, monos azules o alguna variante del uniforme de la milicia. Era extraño y conmovedor. Había muchas cosas que se me escapaban y que en cierto modo no acababan de gustarme, pero en el acto comprendí que era una situación por la que valía la pena luchar[37].

Funeral de Durruti
Funeral de Durruti (imagen: reportaje del Sindicato Único de Espectáculos Públicos)

La alusión de Orwell a que nadie iba vestido que no fuera ropa de trabajo fue una exageración total. Las imágenes cinematográficas que se conservan del funeral de Buenaventura Durruti el 22 de noviembre de 1936 muestran que, entre las decenas de millares de asistentes, los hombres sin sombrero estaban en minoría y que la mayor parte llevaban chaqueta, corbata y sombreros[38]. En enero de 1937 Orwell no se dio cuenta de hasta qué punto la Generalitat estaba en conflicto con los anarquistas y el POUM. Tampoco era consciente de la escala de violencia gratuita que había ido pareja con la revolución social. En comparación el sociólogo austríaco Franz Borkenau, tras haber visto en agosto de 1936 la Barcelona revolucionaria, anotó en septiembre en su diario: “en contraste con agosto la ciudad está vacía y tranquila; la fiebre revolucionaria se marchita (…) En agosto era peligroso llevar un sombrero: a nadie le preocupa llevarlo hoy[39].

El libro de Borkenau lo reseñó Orwell entusiásticamente en julio de 1937 cuando empezó a escribir Homenaje a Cataluña en donde se refirió afirmando que se trataba “con gran diferencia, es el mejor libro que ha aparecido hasta ahora sobre la guerra de España[40]. En realidad, numerosas fuentes confirman la narración de Borkenau y sugieren que la de Orwell, en lo que se refiere a la atmósfera revolucionaria en enero de 1937, contiene un elemento de “wishful thinking”. Lo que él vio de su ausencia en la primavera tardía de 1937 lo achacó a la Generalitat o a los comunistas[41]. En realidad, no todos los trabajadores creían en la revolución. Lo cierto es que los sindicatos se habían visto inundados por nuevos adherentes que simplemente trataban de oscurecer sus opiniones políticas previas o buscaban acceso a las cocinas, alojamiento o tratamientos en hospitales colectivizados. Incluso para eludir el servicio militar. El número de miembros de la CNT ascendió de, aproximadamente, los 175.000 de antes de la guerra a cerca de un millón. No faltaron quienes se aprovecharon de la nueva situación para trabajar menos y obtener salarios más elevados. La Generalitat había aceptado pagar salarios por los días perdidos a causa de la revolución. Sin embargo, lo que se pensó sería una medida temporal se convirtió en permanente y toda una serie de consejos de fábrica continuaron recibiendo dinero sin producir nada. Los ruegos de muchos funcionarios sindicales en pos de trabajar más y hacer sacrificios se ignoraron con frecuencia. Se hizo normal no pagar las facturas de gas y electricidad. En la calle, las distinciones de clase volvieron a hacer acto de aparición. Como reacción a la apatía y el absenteísmo los líderes cenetistas mostraron mucha mayor simpatía en favor del control gubernamental[42].

La tensión creciente con que se topó Orwell cuando volvió a visitar Barcelona en abril de 1937 no era la consecuencia de la malevolencia comunista, sino que se había exacerbado exponencialmente por los sufrimientos económicos y sociales causados por la guerra. Hacia diciembre de 1936 la población de Cataluña se había incrementado por la llegada de 300.000 refugiados. Esto suponía un diez por ciento de la población de la región y probablemente un 40 por ciento de la población de la propia Barcelona. Tras la derrota republicana de Málaga en febrero de 1937 los números se dispararon. Las tensiones ocasionadas por la búsqueda de alojamiento y manutención de los nuevos llegados hicieron más amargos todavía los conflictos preexistentes. Hasta diciembre 1936, período en el cual la CNT había controlado los abastecimientos, la solución había estribado en requisicionar alimentos para los cual se impusieron precios artificialmente bajos. Esto provocó carencias e inflación ya que los agricultores resistieron acumulando subsistencias y vendiéndolas en el mercado negro.

A mitad de diciembre, el partido comunista catalán (el PSUC) que tenía un fuerte apoyo en las clases rurales y media urbana asumió el control de abastos y puso en práctica un enfoque más acorde con las reglas del mercado. Esto enfureció a los anarquistas, pero tampoco resolvió el problema. Cataluña necesitaba importar alimentos, pero carecía de divisas para pagarlos. Hubo motines de subsistencias en Barcelona al igual que choques armados entre la CNT-FAI y el PSUC para controlar las tiendas de ultramarinos[43]. El presidente de la Generalitat Lluís Companys se encontraba ya en una deriva de colisión con la CNT. Decidido a poner fin a los excesos anarquistas ya había reestablecido la policía convencional en octubre[44]. Es más, en el interés del esfuerzo de guerra Companys deseaba ardientemente controlar las actividades industriales.

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Andreu Nin como consejero de Justicia de la Generalitat (foto: Fundación Andreu Nin)

Los deseos de Companys con respecto a todas estas cuestiones se vieron apoyados firmemente por el PSUC que en los últimos meses de 1936 ya se agitaba para sacar al POUM del gobierno catalán. Al igual que el presidente de la Generalitat los dirigentes del PSUC creían que las llamadas poumistas en favor de un frente común revolucionario con la CNT perjudicaban al esfuerzo bélico. Además, el POUM era un objetivo a batir para los comunistas porque si bien sus teorías no eran estrictamente trotskistas era fácil presentarlas como tales. El 12 de diciembre de 1936 el secretario general del PSUC Joan Comorera provocó una crisis de gobierno exigiendo la sustitución del líder poumista Andreu Nin de su puesto de consejero de Justicia de la Generalitat. Comorera afirmó que el POUM, con sus críticas públicas del juicio y ejecución de los viejos bolcheviques Kamenev y Zinoviev lo que hacía era atacar al único aliado potente de la República, es decir, la Unión Soviética. Con ello se hacía culpable del delito de traición[45].

El cónsul general soviético en Barcelona, Vladimir Antonov-Ovseenko, dijo a Companys que la continuación de la ayuda soviética exigía la eliminación de los obstáculos que se interponían en el desarrollo de un esfuerzo de guerra continuado. Ante la inminencia de un suministro de armas y de una crisis de subsistencias en el horizonte, Companys se mostró de acuerdo y Nin fue separado del gobierno en una modificación del mismo que tuvo lugar el 16 de diciembre[46]. Companys puso a Comorera al frente de abastos como primera medida para retornar a un sistema de mercado. Era solamente una cuestión de tiempo el que se abriera con toda claridad un conflicto entre los comités cenetistas y el POUM por un lado y el partido de Companys por otro, la Esquerra Republicana de Catalunya[47].

Animado por Antonov-Ovseenko el PSUC denunció al POUM como nido de “espías fascistas” y “agentes trotskistas”, demandando su exterminación[48]. Sin embargo, la hostilidad a los izquierdistas anti-estalinistas no era solo una manifestación de la paranoia soviética. Existía una convicción creciente entre los republicanos, socialistas, comunistas y numerosos observadores extranjeros de que los anarquistas catalanes no estaban del todo comprometidos con el esfuerzo de guerra. Elementos de la CNT habían importado y almacenado armas en Barcelona en previsión del día en el que pudieran realizar su revolución[49]. A mitad de marzo varios centenares de anarquistas que se habían opuesto a la militarización de las milicias abandonaron el frente en Gelsa (Zaragoza) y se marcharon con sus armas a la capital de Cataluña. Inspirados por el extremista catalán, el separatista Jaume Balius Mir, se enfrentaron a la participación de los líderes de la CNT en el gobierno central, aspirando a crear una vanguardia revolucionaria. El 17 de marzo formaron un grupo denominado “los amigos de Durruti” y en unas cuantas semanas reclutaron a cinco mil cenetistas. Incluso el anarquista ministro de Justicia Juan García Oliver consideró que Balius estaba loco de atar. Orwell presenta, tranquilamente, a este grupo como si fuese muy pequeño y “abiertamente hostil” al POUM, a pesar del hecho de que la nueva organización había sido saludada por Andreu Nin con todo entusiasmo[50]. Aparte de ello los rusos, después de la caída de Málaga, y sobre todo el nuevo delegado de la Komintern, recién llegado, “Boris Stepanov”, creían que había habido sabotajes y traición. Inevitablemente esto hizo que a los “trotskistas” locales del POUM se los colocara bajo la luz de los focos.

 

Al usar de su influencia para insistir en la necesidad de abandonar los experimentos en la industria y especialmente entre los campesinos los soviéticos se hicieron eco de una oposición social muy vibrante y generada endógenamente contra la política del POUM y de la CNT, especialmente entre los campesinos con pequeñas parcelas que constituían uno de los apoyos del PSUC. Dada la crítica subversiva que el POUM dirigía contra el esfuerzo de guerra republicano y el despliegue de su milicia en uno de los frentes menos importantes resultó casi inevitable que sus unidades se vieran privadas de armamento. Orwell y otros se quejaron de que las unidades del POUM tenían que contentarse con uniformes zarrapastrosos, malos equipos y suministros insuficientes de alimentos y municiones. Sin embargo, tales quejas también se producían en frentes mucho más activos que el que Orwell conoció y eran la consecuencia de carencias reales y no de discriminaciones políticas.

Es más, Orwell aludió con satisfacción a que en Barcelona “los trabajadores habían conseguido armas y se negaron a devolverlas. (Incluso un año después se calculaba que los anarcosindicalistas catalanes tenían en su poder más de treinta mil fusiles)”. Más tarde admitió que, tras los hechos de mayo, “se requisaron un montón de armas en los reductos de la CNT, aunque no me cabe duda de que consiguieron esconder muchas”[51]. Además, Orwell en agosto de 1937 hizo una acusación grave de carácter general al afirmar que “un gobierno que envía a muchachos de quince años al frente con fusiles de cuarenta de antigüedad y conserva los hombres de más edad y las armas más nuevas en la retaguardia está, evidentemente, más asustado de la revolución que de los fascistas”. Una opinión similar la expresó también Ricardo Sanz, líder de la Columna Durruti después de noviembre de 1936[52]. No obstante, Diego Abad de Santillán, un prominente intelectual anarquista y consejero por la CNT de Economía en la Generalitat, escribió en 1940 que a pesar de lo furioso que estaba Durruti los grupos revolucionarios tenían 60.000 fusiles en Barcelona, dos veces la cantidad de los que disponían las columnas en el frente de Aragón. En la Ciudad Condal se negaron a entregarlos o a ir a luchar al frente[53].

Teniendo en cuenta el bajísimo nivel que Orwell ocupaba en la milicia del POUM inevitablemente no veía la gran escena en lo que se refería a abastos, el esfuerzo de guerra y la situación internacional. En Homenaje a Cataluña hizo toda una serie de comentarios muy ingenuos y que dieron el pego a sus posteriores lectores. En particular, aunque siempre se mostró muy dispuesto a criticar al PSUC, también vio con gafas de color de rosa el comportamiento de los anarquistas en general que le impidieron tomar conciencia de las lamentables consecuencias de las acciones de grupos militantes tales como los Amigos de Durruti. Nunca pareció darse cuenta de que una parte muy importante de los líderes de la CNT, habiendo aceptado participar en el gobierno republicano en noviembre de 1936, estaban muy dispuestos a aceptar la prioridad a dar al esfuerzo de guerra. Orwell, por el contrario, presenta la resistencia a perder el poder revolucionario como si fuera la opinión mayoritaria entre los militantes anarquistas y poumistas a nivel de milicianos, especialmente en Barcelona.

Orwell denigra también los esfuerzos de la Generalitat por recuperar sus poderes de entre las manos de los sindicatos revolucionarios sin ubicarlos en el contexto de la reacción internacional. Todavía menos los sitúa en el de la dislocación económica y social impuesta por la guerra. En paralelo a los conflictos por la carencia de alimentos y las colectivizaciones, otro tipo de violencia se generó cuando las fuerzas del orden trataron de reducir a los aproximadamente setecientos integrantes de las “patrullas de seguridad y control” que se crearon en los primeros días de la guerra. Bajo la dirección del exaltado faista Aurelio Fernández Sánchez los patrulleros armados los constituyeron una mezcla de militantes dispuesto a eliminar el antiguo orden burgués y los delincuentes de derecho común que habían sido puestos en libertad de las cárceles donde se encontraban. En su conjunto, actuaron de forma totalmente arbitraria, registrando y con frecuencia desvalijando domicilios, deteniendo a gente denunciada como derechistas y, no en último término, asesinándolos. Como resultado a principios de agosto de 1936 ya habían cometido numerosísimos delitos y más de quinientos paisanos habían muerto en Barcelona[54].

Orwell, tal vez desconocedor de lo que antecede, vio en las patrullas un éxito revolucionario muy significativo. “Además de la colectivización de la industria y del transporte, se produjo un intento de establecer un rudimentario gobierno de los trabajadores mediante la creación de comités locales, patrullas de trabajadores para reemplazar a las antiguas fuerzas policiales pro-capitalistas, milicias de trabajadores basadas en los sindicatos y demás[55]. Cuando murieron más de treinta miembros de la Guardia Nacional Republicana (la antigua Guardia Civil) a principios de marzo la Generalitat disolvió el comité de defensa que controlaba la CNT y asumió el poder de disolver todos los comités locales de policía y de milicias. Los guardias de Asalto y de la GNR se fundieron en un único cuerpo de policía catalán a cuyos oficiales no se les permitió que fueran miembros de ningún partido político o sindicato. Diez días más tarde, el Gobierno central ordenó que todas las organizaciones proletarias, comités, patrullas y obreros entregasen sus armas. El proceso lo supervisó el consejero de Gobernación de la Generalitat Artemi Aiguader de la Esquerra[56].

Al tiempo en la frontera francesa estaban produciéndose choques cada vez más sangrientos entre los carabineros y los comités de la CNT en torno al control de los puestos aduaneros de los que estos se habían apoderado desde julio de 1936. Orwell describe esta situación en términos absolutamente erróneos en una larga sección de su obra y critica la determinación tanto del gobierno central como de la Generalitat en desmantelar la revolución. “En Puigcerdá, en la frontera francesa, enviaron a los carabineros a tomar la oficina de aduanas, que estaba en manos de los anarquistas, y Antonio Martín, conocido anarquista, había muerto”. Muy lejos de ser un ejemplo de admirable revolucionario, como insinúa Orwell, Antonio Martín Escudero, conocido como el “cojo de Málaga”, era un activista de la FAI y contrabandista que controlaba la zona de la frontera franco-catalana-pirenaica conocida como la Cerdaña. Allí, él y otros elementos de la FAI, llevaban a cabo numerosos actos de bandolerismo, cometían atrocidades contra el clero y extorsionaban sistemáticamente a todos los que querían pasar a Francia. Muchos fueron asesinados una vez que entregaron los objetos de valor que llevaban consigo. Tales patrullas fronterizas también facilitaban el contrabando de lo robado por las de la FAI en Barcelona, a veces en beneficio propio, en otras ocasiones para adquirir armas[57]. A finales de abril la situación llegó a un punto límite en la Cerdaña. El control de la frontera tenía una considerable importancia para los dirigentes de la FAI tanto desde el punto de vista de la ilimitada exportación de objetos de valor robados o requisados y para importar armamento con el fin de utilizarlo no en el frente sino en la retaguardia.

Antonio Martín Escudero
Antonio Martín Escudero (foto: revista Ruta, de las Juventudes Libertarias)

Martín imponía tributos a los pequeños pueblos de la Cerdaña y sus alcaldes estaban dispuestos a poner fin a un reino de terror. Finalmente, en abril empezaron a recibir alguna ayuda de Artemí Aiguader. Informado desde Barcelona de que había fuerzas que se conjuraban contra él en Bellver, Martín se puso al frente de un asalto contra dicho pueblo que realizaría un grupo sustancial de milicianos. Los habitantes, sin embargo, repelieron el ataque y en el tiroteo Martín y algunos de sus hombres resultaron muertos[58]. El incidente se comentó en los círculos anarquistas en unos términos en los que el capitán de bandoleros que era Martín se convirtió en un mártir no muerto en Bellver por los defensores del pueblo sino asesinado en Puigcerdá por fuerzas de la Generalitat. Esta es, presumiblemente, la base de la versión difundida por Orwell[59].

 

Mientras el novelista inglés estaba en Aragón la tensión social en Barcelona fue intensificándose como resultado del racionamiento, de las carencias, de la inflación, de la especulación y del crecimiento del mercado negro. Hubo violentas manifestaciones de masas por parte de mujeres que protestaban contra el aumento de precios de los abastos y del combustible. La tensión fue en crescendo a partir de la mitad de marzo cuando, en respuesta a la disolución por la Generalitat de las patrullas y las órdenes de que las organizaciones obreras entregaran sus armas, la CNT se retiró del gobierno catalán. Uno de los choques subsiguientes fue el asesinato, el 25 de abril, de Roldán Cortada, miembro del PSUC y secretario de Rafael Vidiella, consejero de Trabajo. El nivel de hostilidad persuadió a la Generalitat a prohibir los desfiles tradicionales del 1º de mayo, algo que los miembros de a pie de la CNT-FAI percibieron como una provocación intolerable.

A principios de mayo explotó la crisis. El catalizador inmediato fue la acción ordenada por Aiguader el día 3 contra la Telefónica controlada por la CNT. La operación la llevó a cabo el comisario de policía Eusebio Rodríguez Salas, muy beligerante. Aiguader siguió las instrucciones de Companys, humillado al enterarse de que un operador anarquista había interrumpido una llamada por teléfono del presidente Manuel Azaña. Evidentemente, el estado necesitaba controlar el principal sistema de comunicaciones. Sin embargo, a consecuencia del deterioro de la situación y del empleo de la fuerza por parte de la policía a lo largo de los últimos meses, se produjo el estallido de una lucha callejera, una pequeña guerra civil de baja escala dentro de la guerra civil misma. Companys subestimó el grado de resistencia que opondría la CNT a sus esfuerzos por reafirmar el poder de las autoridades. En el centro de Barcelona se levantaron barricadas. Apoyados por el POUM, elementos de la CNT, especialmente los Amigos de Durruti, se enfrentaron a las fuerzas de la Generalitat y del PSUC[60].

La lucha puso al descubierto el dilema central de la CNT. Los anarquistas podían ganar en Barcelona y en otras ciudades catalanas solo al precio de un derramamiento de sangre que implicaría en efecto la pérdida de la guerra por parte de la República. Tendrían que retirar a sus tropas de Aragón y después combatir tanto al gobierno central republicano como a los franquistas. En consecuencia, y de acuerdo con la aprobación de los ministros anarquistas, el gobierno de Valencia suministró los decisivos refuerzos policiales el 7 de mayo que, finalmente, determinaron el resultado final. Lo hizo solo a cambio de que la Generalitat renunciara al control autónomo del Ejército de Cataluña y la responsabilidad en materia de orden público. Varios centenares de anarquistas y poumistas fueron detenidos, aunque la necesidad de poner en funcionamiento de nuevo las industrias de guerra limitó la escala de la represión. Todo esto tuvo lugar cuando el País Vasco iba cayendo en manos de Franco.

El POUM quedó expuesto a la hostilidad de los comunistas. Andreu Nin y el resto de los dirigentes habían superado a la CNT en el fervor militante de sus proclamas revolucionarias durante la crisis. En la victoria los comunistas fueron cualquier cosa menos magnánimos y no aceptarían nada que no fuera la completa destrucción del POUM. Orwell notó que “se respiraba un aire particularmente enrarecido, reinaba un clima de sospecha, temor, incertidumbre y odio disimulado”. Nin fue asesinado por un grupo de agentes de la NKVD[61]. Tan pronto como los combates terminaron en Barcelona los comunistas exigieron que el presidente del Gobierno Francisco Largo Caballero disolviera el POUM y detuviera a sus dirigentes. Largo se negó, lo que se percibió como una última prueba de su ya manifiesta incomprensión de las necesidades del esfuerzo bélico.  Por tanto, se forzó su dimisión y fue sustituido por el doctor Juan Negrín. Con ello los logros revolucionarios que todavía subsistían desde los primeros momentos de la lucha fueron siendo desmantelados progresivamente. El esfuerzo de guerra iría en la dirección deseada por los republicanos y los socialistas moderados que se habían hecho cargo de las carteras claves del Gobierno.

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Gobierno de Largo Caballero en Valencia (foto: L. Vidal)

Es difícil evitar la conclusión de que Orwell supiera poco de todo esto ya fuese durante su estancia en el frente aragonés o durante su breve recalada en Barcelona. Cuando regresó a Inglaterra estaba agotado. El novelista norteamericano John Dos Passos, que se encontró accidentalmente con él en el hall del hotel cuando estaba a punto de abandonar la capital catalana, describió a Orwell en su narrativa novelada como “un inglés desgarbado con el brazo en el cabestrillo y que vestía un uniforme deshilachado. Llevaba una gorra arrugada a un lado de la cabeza, acomodada a una mata abundante de pelo negro ondulado. Un rostro alargado con profundas arrugas en las mejillas lo resaltaba un par de ojos oscuros excepcionalmente atractivos. Tenían una mirada puesta en la lejanía como si se tratara de los ojos de un marino[62]. Dieciocho años después en una narración factual Dos Passos escribió en términos casi idénticos: “Su faz tenía un aspecto tenso, como enfermo. Supongo que ya sufría de la tuberculosis que terminó con él. Daba una impresión de agotamiento extremo. No hablamos mucho, pero recuerdo el sentimiento de calma, de alivio de la tensión que me embargó al hablar por fin con un hombre honesto[63].

Georges Kopp en 1937 (imagen: Porta de la Història)

Orwell y su mujer Eileen O´Shaughnessey dejaron Barcelona a toda prisa, creyendo que la policía de seguridad republicana les perseguía, aunque no se ha encontrado la menor evidencia de que tal pudiera ser el caso. Es cierto que su celebridad junto con su servicio en las milicias del POUM habían atraído la atención de la NKVD. Orwell estaba sometido a vigilancia por David Crook, un miembro de las Brigadas Internacionales que había llegado a Barcelona a principios de mayo. Durante su convalecencia en Madrid, tras resultar herido en la batalla del Jarama, a Crook se le había acercado el periodista comunista francés Georges Soria. Luego le examinaron el residente de la NKVD Lev Lazarevich Nikolsky (alias “Alexander Mijailovich Orlov”) y Naum Markovich Belkin (alias “Alexander Belyaev”) el oficial de enlace y consejero de la policía republicana y de los cuerpos de seguridad. A Crook se le enseñaron algunas técnicas de vigilancia, supuestamente por Ramón Mercader, el futuro asesino de Trotsky en México. “Después de enlazar con la KGB se me sugirió que me disfrazara de periodista. Mi trabajo real consistía en espiar a la gente que los estalinistas llamaban trotskistas, incluyendo a George Orwell”. Para acercarse a ellos se ordenó a Crook que debía “permanecer en el Hotel Continental en la zona oriental de Las Ramblas, la principal avenida de Barcelona. Era el centro en el que se reunían los británicos vinculados al PLI. Entre ellos figuraban el representante oficial Johan McNair, George Orwell y su mujer Eileen Blair y su amigo, el ingeniero belga comandante George Kopp, un tanto corpulento y de mediana edad”[64].

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Naum Eitingon alias Leonid Kotov (foto: es.topwar.ru)

Crook recibió sus instrucciones de la estación de la NKVD y años después confesó que Orwell y los otros militantes del Independent Labour Party tuvieron un ‘interés especial’.  Frecuentó las oficinas del ILP office en Barcelona y, durante la hora de comer, llevaba carpetas al consulado soviético, que era también la sede de la estación de la NKVD,  para que las fotocopiasen antes de devolver las originales a las oficinas del ILP.  Por tanto, sus controladores rusos disponían de las carpetas claves de las oficinas del ILP. A la sazón, Naum Eitingon alias Leonid Kotov, quien después dirigía la operación para asesinarle a Trotsky, fue el rezident de la NKVD en Barcelona.  Ya que era quien había reclutado a Mercader y seguía siendo su controlador, es plausible que dirigía la operación contra el ILP.[65]

David Crook en Madrid, 1937 (foto: davidcrook.net)

Un informe de la policía española sobre Orwell y Eileen, posiblemente obra de Crook, se encuentra en los archivos del Tribunal Especial de Espionaje y Alta Traición, creado en junio de 1937 para regularizar las funciones policiales y de justicia del Estado[66].  El informe está fechado el 13 de julio del mismo año y escrito en un español rematadamente malo. En él se afirma que eran “agentes de enlace” entre el PLI y el POUM. Da la impresión de haberse basado en las cartas y papeles incautados cuando la policía rebuscó en las pertenencias de Orwell que había dejado en el sanatorio Maurín en las afueras de Barcelona en el que había pasado su convalecencia tras haber sido herido y en el Hotel Continental donde se había quedado su esposa[67].

El material incautado durante el registro fue a parar a manos de David Crook cuando su “detención” se orquestó para darle credibilidad de cara a los prisioneros poumistas a los que espiaba. Hay referencias a tal material en un informe sobre el propio Crook en el que este afirmó que Eileen mantenía relaciones íntimas con Kopp[68]. El expediente sobre los Blair en los archivos moscovitas contiene un inventario del material en esta cuestión[69].

Cuando Eileen contó a su marido acerca de los registros, durante los cuales afortunadamente la policía no encontró ni sus pasaportes ni su chequera, Orwell se escondió en Barcelona con McNair y un joven camarada llamado Stafford Cottman. Los servicios de seguridad republicanos detuvieron a militantes y simpatizantes del partido. Durante este período Orwell hizo, con retraso, algunas visitas turísticas que había demorado y vio la Sagrada Familia que apostilló como “uno de los más horrendos edificios en todo el mundo”. El 23 de junio, con Eileen, McNair y Cottman, tomó el tren en Barcelona con destino a la frontera francesa por Port Bou. Los cuatro se apañaron para entrar en Francia, llegando a la frontera antes que la lista policial que reseñara los extranjeros sospechosos de trotskismo[70]. De hecho, el informe en los archivos moscovitas denunciando a Orwell como trotskista está fechado el 13 de julio de 1937, tres semanas después de llegar a Francia[71].

Tras cruzar la frontera sin incidencias Orwell y Eileen permanecieron en el pequeño puerto pesquero de Banyuls para descansar de las traumáticas experiencias de Barcelona. En las últimas páginas de Homenaje a Cataluña Orwell escribió acerca de los tres días que allí pasaron. Ambos, “pensábamos, hablábamos y soñábamos constantemente con España”.  Aunque estaba amargado por lo que había visto, Orwell alegó no haber acabado ni en la desilusión ni el cinismo. “Es curioso, pera estas vivencias no han disminuido sino aumentado mi fe en la decencia del ser humano. Y confío en que esta narración no sea engañosa. Creo que en un asunto así es imposible ser totalmente sincero. Es muy difícil estar seguro de nada que uno no haya visto con sus propios ojos, y, ya sea consciente o inconscientemente, todo el mundo escribe con parcialidad[72].

Cyril Connolly retratado por Howard Coster en 1942 (foto: National Portrait Gallery)

No hay el menor indicio de que Orwell abandonara completamente su compromiso con la República española. De regreso a Londres, en julio de 1937, escribió: “Las Brigadas Internacionales en cierto sentido están luchando por todos nosotros – una línea muy fina de sufrimientos y, con frecuencia, de seres humanos mal armados es lo que nos protege entre la barbarie y una, al menos, comparativa decencia”[73]. El 28 de abril de 1938, dos días después de la publicación de Homenaje a Cataluña, escribió a Cyril Connolly: “Creo que el juego ha terminado. Me gustaría estar allí. Lo horrendo es que si la guerra está perdida conducirá simplemente a una intensificación de la política que ocasionó que el Gobierno español se viera abandonado. Y antes de que nos demos cuenta nos encontraremos en medio de otra guerra para salvar la democracia[74].

Por mucho que se ensalce el compromiso de Orwell con la revolución y con la democracia existe evidencia en alguno de sus escritos de que no estaba desprovisto de prejuicios un tanto inquietantes. Un ejemplo es su comentario al ver en el comedor de su hotel a “algunas familias de españoles acomodados que parecían simpatizantes de los fascistas”. Aparte de ignorar la importancia que los españoles de todas clases atribuyen a ir bien vestidos en público en todo lo posible, la impresión que se desprende es que Orwell no era consciente de que cualquiera del que remotamente se sospechara que era un simpatizante fascista ya había sido “tratado” adecuadamente por las patrullas de control. También se plantea la cuestión de a qué se parecería un simpatizante de los fascistas[75].

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Tres meses después de salir de España Orwell recibió una carta de Nancy Cunard. Le escribió por encargo de The Left Review para indagar sobre las reacciones de los escritores en relación con el conflicto en España. Sus respuestas terminaron publicándose en un panfleto titulado Authors Take Sides on the Spanish War en diciembre de 1937 por la editorial Lawrence and Wishart. En él, cinco escribieron a favor de Franco, doce fueron neutrales y 127 se declararon por la República. En una respuesta vitriólica a Nancy Cunard, Orwell le pidió que “deje de enviarme estas estupideces” y señaló: “Yo no soy uno de tus mariquitas de moda como Auden y Spender”. Concluyó con una alusión totalmente gratuita a la fortuna familiar de Nancy Cunard: “sin duda, tú conoces algo sobre la historia interna de la guerra y te has unido deliberadamente a los grupitos que defienden la ‘democracia’ (es decir, el capitalismo) con objeto de ayudar a aplastar a la clase obrera española y así, indirectamente, defender tus sucios pequeños dividendos[76].

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Un comentario más general fue tanto o más ofensivo: “Decenas de miles fueron a combatir allí, pero decenas de millones permanecieron apáticos. En el primer año de la guerra, se cree que casi toda la población británica suscribió los diversos fondos de ‘ayuda a España’ por valor de un cuarto de millón de libras, probablemente la mitad de lo que gastarían en la semana en ir al cine”. Es evidente que Orwell no sabía nada de los sacrificios hechos por los obreros y los parados en Inglaterra para enviar alimentos, suministros médicos y ambulancias o de la hospitalidad para acoger niños vascos[77]. De múltiples formas dinero, comida, ambulancias, apoyo médico y la recepción ofrecida a los niños refugiados del País Vaso, la ayuda humanitaria del público británico llegó a casi dos millones de libras. En términos relativos significa una de las aportaciones caritativas más importantes en toda la historia británica, con la mayor parte del dinero en pequeñas cantidades donadas por individuos y organizaciones locales. A pesar de la intensidad de la depresión económica, la gente corriente hizo todo lo que pudo para ayudar a la República española[78].

Aunque es posible acusar a Orwell de falta de honestidad y de ignorancia culpable en lo que escribió, hay un tema que es difícil de mantener y es que en España estuvo trabajando para los servicios de inteligencia británicos. Robert Stradling escribe: “quizá convenga tener en consideración que exactamente esos elementos en su CV (teórico) que encajaban a Blair para ocupar un puesto directivo en las Brigadas Internacionales también le cualificaban para que lo reclutaran los servicios secretos británicos[79]. Esos elementos eran su educación en Eton y su servicio en la policía colonial en Birmania. Sin embargo, la especulación se basa en gran medida en la afirmación de Peter Davison de que una tercera persona le había dicho que un miembro británico del SIM “mientras censuraba cartas en España para tal servicio había leído varias de Orwell. Estas cartas, afirmó, estaba escritas en colores diferentes y se creía que Orwell enviaba secretamente información a Inglaterra que podía permitir acusarle de espionaje“.

Cualquier información de que Orwell, a quien se le creía trotskista, enviaba a Inglaterra subrepticiamente no podía sino parecer sospechosa a los censores comunistas. Tal especulación la rechaza Davison. Cabría plantear la cuestión de si hubo alguna relación entre los lápices de colores de Orwell en España y su colaboración en 1949 con el semi-secreto Information Research Department del Foreign Office. Para este, Orwell compiló una lista de prominentes intelectuales que él consideraba como compañeros de viaje de los soviéticos, una lista en la que había también algunos comentarios antisemitas y ¿homófobos?[80].

Franco's Rule

Existen muchos motivos para afirmar que Homenaje a Cataluña no puede verse como una interpretación más o menos definitiva de la derrota republicana. Además de muchos ejemplos de ignorancia y error, el libro contiene también numerosas omisiones muy significativas. Orwell no parece que fuese muy consciente de la salvaje represión franquista o incluso de que le preocupara. En una reseña, de junio de 1938, despreció Franco´s Rule. Back to the Middle Ages como “simplemente una enorme lista de atrocidades cometidas en todos los territorios que Franco ha conquistado. Hay largas listas de gente fusilada y afirmaciones tales como que 23.000 fueron masacrados en la provincia de Granada, etc, etc. Ojo, yo no digo que estos relatos no sean verdad. Evidentemente carezco de medios para enjuiciarlos y puedo imaginar que algunos son ciertos y otros no. Y, sin embargo, hay algo que me hace sentirme incómodo cuando se publican libros de este tipo. No hay la menor duda de que hay atrocidades, aun cuando al terminar la guerra es por lo general imposible concretar más de unos cuantos casos aislados. En las primeras semanas de una guerra, sobre todo una civil, es inevitable que ocurran masacres de no combatientes, casos de incendios, desvalijamientos y, probablemente, violaciones. Si esas cosas ocurren es absolutamente correcto el que se lleve cuenta de ellas y que, además, se las denuncie. Pero yo ya no estoy tan seguro acerca de los motivos de la gente que se siente tan absorbida por el tema que se dediquen a compilar libros enteros sobre historias de atrocidades[81]. El anónimo volumen en cuestión fue publicado por la United Editorial pro-comunista pero no por razones inconfesables. Tampoco consistió en “simplemente una lista enorme de atrocidades”. Fue más bien una colección de testimonios presenciales que han sido revalidados posteriormente por investigaciones locales.

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Nancy Johnstone (foto: Planeta de Libros)

En un enfoque similar, en una reseña de las memorias de Nancy Johnstone, Hotel in Flight en diciembre de 1939 Orwell se hizo esta pregunta bastante frívola: “¿Creyeron las masas del pueblo español realmente que incluso los atroces sufrimientos de la última parte de la guerra eran preferibles a la rendición? ¿O continuaron luchando, al menos en parte, porque la totalidad de la opinión de izquierdas de Moscú a Nueva York seguía impulsándolos?[82] De la misma manera que Orwell denigró a los trabajadores británicos que donaron un dinero del que apenas estaban sobrados para apoyar a la República española, el escritor denigró aquí a los millones de españoles que continuaron luchando en defensa de una República que tanto les había dado.

John Cornford (Cambridge 1915-Lopera 1936), foto: Alchetron.com

Para muchos millares de personas Homenaje a Cataluña es el único libro que leerán sobre la guerra civil. Así, pues, no se trata de demoler a Orwell sino más bien de hacer llegar a la conciencia de todos que las opiniones en él expresadas son, con frecuencia, incorrectas porque estuvieron basadas en información insuficiente y prejuicios previos muy arraigados. El libro da la impresión de que los sucesos más importantes de la guerra civil tuvieron lugar en el frente aragonés y en Barcelona durante unos días en mayo de 1937. En lo que se refiere a la significación del frente de Aragón el propio Orwell descubrió su juego: “Aun así seguía sin pasar nada, y no daba la impresión de las cosas fueran a cambiar. ¿Cuándo vamos a atacar? ¿Por qué no atacamos? Eran preguntas que se repetían constantemente tanto los ingleses como los españoles[83]. Esta era una opinión que también repitió otro voluntario en el mismo frente, John Cornford, quien se quejó de aburrimiento e inactividad en lo que describió como “un sector tranquilo en un frente tranquilo[84].

El fallo más importante del libro es la noción subyacente de que la liquidación de la revolución estuvo en la base de la derrota final de la República. La obra de Orwell, e incluso más todavía la película de Loach, llevan a olvidar que la República fue derrotada por Franco, Hitler, Mussolini y el interés mal entendido o la pusilanimidad de los gobiernos británico, francés y norteamericano. Esto no significa desconocer que los ricos testimonios oculares que contiene la obra son muy valiosos como fuente histórica. El problema es que sus juicios facilitaron su aprovechamiento ulterior como parte de una determinada narrativa de la guerra fría. La ignorancia de Orwell de la escena más amplia de la guerra civil puede, en último término, excusarse. Lo que no puede excusarse es el tono omnisciente de su obra. Incluso menos aun su aceptación de permitir la publicación de una edición ulterior de su libro sin tener en cuenta sus diversos escritos entre 1937 y 1942, en los que reconoció paladinamente la necesidad de un esfuerzo de guerra unificado en España. Es como si el Orwell de Animal Farm, de 1984 y de la notoria lista de compañeros de viaje sospechosos hubiera pensado que podía dejar la primera versión como otro clavo en el ataúd del comunismo a pesar de su profunda distorsión de la situación española.

 

[37] Homenaje, pp. 30s.

[38] El Sindicato único de Espectáculos Públicos de la CNT-FAI produjo una película de diez minutos que puede verse en https://www.youtube.com/watch?v=1k4HzLpuF-0. Véase la introducción hablada de Julián Casanova en la colección de vídeos La guerra filmada (Madrid: Filmoteca española, 2009).

[39] Franz Borkenau, The Spanish Cockpit (Londres: Faber & Faber: 1937), pp. 169 y 174-176 (hay traducción española).

[40] Time and Tide, 31 de julio de 1937. Sobre el período que Borkenau pasó en España véanse Jan Kurzke & Kate Mangan, “The Good Comrade” (manuscrito no publicado, fondo de Jan Kurzke, archivos del Instituto Internacional de Historia Social, Amsterdam), pp. 272s y 303-307.

[41] Homenaje, pp. 212 y 215.

[42] Albert Pérez Baró, Treinta meses de colectivismo en Cataluña (1936-1939) (Barcelona: Ariel, 1974), pp. 45-47; Michael Seidman, Workers against Work. Labor in Paris and Barcelona during the Popular Fronts (Berkeley, Calif.: University of California Press, 1991), pp. 160-171; Robert A. Stradling, History and Legend, pp. 57s; Michael Seidman, “The Unorwellian Barcelona”, European History Quarterly, vol. 20, nº 2, abril de 1990, pp. 163-180.

[43] Josep Maria Bricall, Política econòmica de la Generalitat (1936-1939). Evolució i formes de la producció industrial (Barcelona: Edicions 62, 1970), pp. 93-104; Helen Graham, The Spanish Republic at War 1936-1939 (Cambridge: Cambridge University Press, 2002), pp. 254-256; Pelai Pagês i Blanch, Cataluña en guerra y en revolución 1936-1939 (Sevilla: Ediciones Espuela de Plata, 2007), pp. 189-194.

[44] Josep Antoni Pozo González, La Catalunya antifeixista. El govern Tarradellas enfront de la crisi política i el conflicte social (setembre de 1936 – abril de 1937) (Barcelona: Edicions Dau, 2012), pp. 153-172; François Godicheau, La guerre d´Espagne. République et révolution en Catalogne (1936-1939) (París: Odile Jacob, 2004), pp. 138-145.

[45] Miquel Caminal, Joan Comorera, Guerra i revolució, (1936-1939), II (Barcelona: Editorial Empùries, 1984), pp. 62-72.

[46] Burnett Bolloten, The Spanish Civil War: Revolution and Counterrevolution (Hemel Hempstead: Harvester Wheatsheaf, 1991), p. 411 (en base a una entrevista con Miquel Serra Pàmies, directivo del PSUC). Véase también David T. Cattell, Communism and the Spanish Civil War (Berkeley, California: University of California Press, 1955), p. 109; Rudolf Rocker, Extranjeros en España (Buenos Aires: Ediciones Imán, 1938), p. 91.

[47] Sobre los orígenes sociales del conflicto en Barcelona véase Helen Graham, “Against the State”: a genealogy of the Barcelona May Days (1937)”, European History Quarterly, 29:4 (octubre de 1999), pp. 485-542.

[48] Ángel Viñas, El escudo de la República: el oro de España, la apuesta soviética y los hechos de mayo de 1937 (Barcelona: Crítica, 2007), pp. 488-493; los informes de los agentes de la inteligencia soviética en España se reproducen en Ronald Radosh, Mary R. Habeck & Grigory Sevostianov, eds., Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War (New Haven, Conn.: Yale University Press, 2001), pp. 131-133 y 178-184 (hay traducción española)

[49] Josep Sánchez Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados? Las divergencias republicanas y otras cuestiones (Barcelona: Flor del Viento, 2006), pp. 119-132.

[50] Agustín Guillamón, The Friends of Durruti Group: 1937-1939 (Edimburgo: AK Press, 1996), pp. 22-4 y 57s; Agustín Guillamón, Barricadas en Barcelona. La CNT de la victoria de julio de 1936 a la necesaria derrota de mayo de 1937 (Barcelona: Ediciones Espartaco Internacional, 2007), pp. 139-148; Juan García Oliver, El eco de los pasos (Barcelona: Ruedo Ibérico, 1978), pp. 420 y 443; Orwell sobre los amigos de Durruti, Homenaje, pp. 239, 242, 256.

[51] Homenaje, pp. 213 y 148.

[52] George Orwell, “Eye-witness in Barcelona”, Controversy, agosto de 1937, reimpreso en Orwell in Spain, pp. 234-241 (cita en la p. 238); Ricardo Sanz, Los que fuimos a Madrid. Columna Durruti, 26 División (Toulouse: Imprimerie Dulaurier, 1969), p. 151. Véase también Stradling, History and Legend, pp. 59s.

[53] Diego Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra. Una contribución a la historia de la tragedia española, 2ª edición (Madrid: G. del Toro, 1975), pp. 90s; Burnett Bolloten, The Spanish Civil War, pp. 865s.

[54] García Oliver, El eco de los pasos, pp. 181s, 209-212 y 231-233. Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra, pp. 80s y 93; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 88-92, 145; Francisco Lacruz, El alzamiento, la revolución y el terror en Barcelona (Barcelona: Librería Arysel, 1943) pp. 118-121 y 130s; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 8, 72-78, 94-100; Gregorio Rodríguez Fernández, El hábito y la cruz. Religiosas asesinadas en la guerra civil española (Madrid: EDIBESA, 2006) pp. 298-311; Francisco Gutiérrez Latorre, La República del crimen. Cataluña, prisionera 1936-1939 (Barcelona: Editorial Mare Nostrum, 1989) pp. 36s, 44-47; Joan Villarroya i Font, Revolució i guerra civil a Badalona 1936-1939 (Badalona: Mascaró de Proa, 1986), pp. 33-38; Josep M. Cuyàs Tolosa, Diari de guerra. Badalona, 1936-1939, dos vols (Badalona: Museu de Badalona, 2006), I, pp. 144, 206, 249; II, pp. 12-14, 37s, 58, 82, 353; Toni Oresanz, L´Òmnibus de la mort: Parada Falset (Badalona: Ara Llibres, 2008), pp. 135-140, 266-269; Jordi Piqué i Padró, La crisis de la reraguarda. Revolució i guerra civil a Tarragona (1936-1939) (Barcelona: Publicaciones de l´Abadía de Montserrat, 1998), pp. 157-154; Isidre Cunill, Los sicarios de la retaguardia (1936-1939). In odium fidei: la verdad del genocidio contra el clero en Catalunya (Barcelona: Styria, 2010), pp. 111-124.

[55] Homenaje, p. 213.

[56] Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados?, pp. 115-117; Ferran Gallego, Barcelona, mayo de 1937 (Barcelona: Debate, 2007), pp. 340-349; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 108s; Graham, The Spanish Republic, pp. 261s; Pierre Broué et Emile Témime, The Revolution and the Civil War in Spain (Londres: Faber and Faber, 1972), pp. 281s (hay traducción española).

[57] Pons Garlandí, Un republicà, pp. 68-70, 86-89, 95; Solé &Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 79-81; Rodríguez Fernández, pp. 298-311; Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España 1936-1939 (Madrid: BAC, 1961), pp 526-529.

[58] Joan Pons i Porta & Josep María Solé i Sabaté, Anarquia i Republica a la Cerdanya, 1936-1939. El “cojo de Málaga” i els fets de Bellver (Barcelona: Publicaciones de l´Abadia de Montserrat, 1982), pp. 490s; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 86-9, 150-4; Carles Gerhard, Comissari de la Generalitat a Montserrat (1936-1939) (Barcelona: Publicacions de la l’Abadia de Montserrat, 1982) pp. 490-1; Manuel Benavides, Guerra y revolución en Cataluña (México: Ediciones Roca, 1978), pp. 344, 351-362 y 371.

[59] Pons i Porta &Solé i Sabaté, pp. 142-154; José Peirats, La CNT en la revolución española, 2ª edición, 3 vols (París: Ruedo Ibérico, 1971), II, p. 138; César M. Lorenzo, Los anarquistas españoles y el poder (París: Ruedo Ibérico, 1972), pp. 90, 215. Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria/España, 1936-1939 (México: Editorial Lucha Obrera, 1948), p. 298.

[60] Caminal, Juan Comorera, p. 120; Gallego, Barcelona, pp. 379, 413, 430-449; Viñas, El escudo, pp. 495s; Benavides, Guerra y revolución, pp. 370-375.

[61] Paul Preston, The Spanish Holocaust. Inquisition and Extermination in Twentieth Century Spain (Londres: HarperCollins, 2012), pp. 411-414 (hay traducción española).

[62] John Dos Passos, Century´s Ebb: The Thirteenth Chronicle (Boston: Gambit, 1975), PP. 94-96 Y 98.

[63] Dos Passos, The Theme is Fredom (Nueva York: Dodd & Mead, 1956), p. 145.

[64] Boris Volodarsky, Stalin´s Agent: The Life and Death of Alexander Orlov (Oxford: Oxford University Press, 2015), pp. 216 y 294; David Crook, Hampstead Heath to Tian An Men. Autobiography (www.davidcrook.net. Copyright Crook Family, 1991), pp. 3s, 89s, 97s. La afirmación, un tanto inverosímil, respecto a Mercader procede de Gordon Bowker, George Orwell (Londres: Little, Brown, 2003), p. 213. Sin embargo, otras fuentes permiten pensar que, en aquel tiempo, Mercader prestaba servicio en una unidad de primera línea -Luis Mercader & Germán Sánchez, Ramón Mercader, mi hermano. Cincuenta años después (Madrid: Espasa-Calpe, 1990), p. 46; Volodarsky, Stalin´s Agent, p. 227.

[65] Según Boris Volodarsky, ‘Soviet Intelligence Services in the Spanish Civil War, 1936-1939’, tesis doctoral, London School of Economics, 2010, p. 267, la operación mucho más grande para penetrar el POUM en la primavera de 1937 fue dirigida personalmente por el rezident de la NKVD Alexander Orlov y no le involucró a Eitingon. TNA: HW 15/10.

[66] Javier Cervera Gil, Contra el enemigo de la República… desde la ley (Madrid: Biblioteca Nueva, 2015), pp. 175s.

[67] Robert Low, “Archives show how Orwell´s 1937 held more terrors tan his 1984!, The Observer, 5 de noviembre de 1989. El documento se reproduce en Peter Davison, The Complete Works of George Orwell. Volume XI. Facing Unpleasant Facts 1937-1939 (Londres: Secker & Warburg, 1998), pp. 30s. Sobre las pesquisas de la policía véase Homenaje, pp. 198s.

[68] Expediente de David Crook en el RGASPI (Archivo estatal ruso de historia política y social),Moscú, archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/120, pp. 79-95. Sobre la detención simulada véase Crook, Autobiography, p. 101.

[69] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 22s.

[70] Homenaje, p. 203; McNair, Spanish Diary, pp. 24-27.

[71] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 24s.

[72] Homenaje, pp. 204-206.

[73] Orwell, reseña de The Spanish Cockpit, de Franz Borkenau, y de Volunteer in Spain, de John Sommerfield, en Time and Tide, 31 de julio de 1937, reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 51s.

[74] Reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 145s.

[75] Homenaje, p. 139.

[76] Facing Unpleasant Facts, pp. 66-68.

[77] Homenaje, pp. 232s; Hywel Francis, Miners Against Fascism: Wales and the Spanish Civil War, 2ª edición (Londres: Lawrence & Wishart, 2012), pp. 119-132; Jim Fyrth, The Signal Was Spain. The Aid Spain Movement in Britain 1936-1939 (Londres: Lawrence & Wishart, 1986), pp. 198-274; Alexander,p. 101.

[78] Emily Mason, Save Spain: British Support for the Spanish Republic within Civil Society in Britain, 1936-1939 (University of Essex, tesis doctoral, 2015), passim y pp. 1 y 165; Fyrth, The Signal, p. 216; Tom Buchanan, The Spanish Civil War and the British Labour Movement (Cambridge: Cambridge University Pres, 1991), pp. 137-165; Linda palfreeman, ¡Salud! British Volunteers in the Republican Medical Service during the Spanish Civil War, 19361939 (Brighton: Sussex Academic Press/Cañada Blanch, 2012), pp. 6s y passim; Buchanan, pp. 93-113; Brian Shelmerdine, British Representations of the Spanish Civil War (Manchester: Manchester University Press, 2006), pp. 149-151.

[79] Stradling, “The Spies”, pp. 641, n. 12, 655; Davison, Fac ing Unpleasant Facts, p. 36.

[80] The New York Times, 29 de julio de 1988; The Guardian, 10 de julio de 2003; Timothy Garton-Ash, “Orwell´s List”, New York Review of Books, 25 de septiembre de 2003.

[81] Facing Unpleasant Facts, pp.  165-167.

[82] Facing Unpleasant Facts, pp. 415s.

[83] Homenaje, p. 76.

[84] Pat Sloan (ed.), John Cornford. A Memoir (Londres: Jonathan Cape, 1938), pp. 183, 195-209, 245.

Imagen destacada: patrulla de control de la CNT en la Plaça d’Espanya de Barcelona (foto: Arxiu Montserrat Tarradellas i Macià)


Traducción: Ángel Viñas

FUENTE: Hispania Nova, nº 16 (2018).