Capture d’écran de la vidéo publiée par le président Donald Trump
sur Truth Social le 15 septembre 2025, montrant une frappe militaire
américaine contre un bateau dans la mer des Caraïbes. Capture d’écran : @realDonaldTrump/Truth Social
L’administration Trump a fait une série d’aveux surprenants
concernant les personnes qu’elle tue dans le cadre de sa guerre non
déclarée contre les trafiquants de drogue présumés dans la mer des
Caraïbes et l’océan Pacifique. Les responsables de l’administration
Trump ont reconnu jeudi, lors de briefings séparés destinés aux
législateurs et aux membres du personnel, qu’ils ne connaissaient pas
l’identité des victimes de leurs frappes et que le ministère de la
Guerre n’était pas en mesure de fournir les preuves nécessaires pour
détenir ou juger les survivants de ces attaques. Les victimes qui se
retrouvent dans l’eau sont désormais considérées comme des «
belligérants non privilégiés », une désignation obscure en droit
international humanitaire.
Depuis le 2 septembre, l’armée américaine attaque des bateaux dans
les Caraïbes et l’est de l’océan Pacifique, tuant plus de 60 civils.
L’administration Trump insiste sur le fait que ces assassinats sont
acceptables dans la mesure où les États-Unis sont engagés dans un «
conflit armé non international » avec des « organisations désignées
comme terroristes » (DTO pour Designated Terrorist Organizations). Deux
responsables gouvernementaux ont déclaré à The Intercept que
l’administration avait secrètement déclaré un « conflit armé non
international » plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant la
première attaque de ladite campagne.
Dans le cadre d’un War Powers Report [loi fédérale visant à limiter
le pouvoir du président américain d’engager les États-Unis dans un
conflit armé sans le consentement du Congrès américain, NdT], Trump a
justifié ces attaques, en vertu de l’autorité constitutionnelle que lui
confère l’article II en tant que commandant en chef des forces armées
américaines, et a affirmé agir conformément au droit inhérent des
États-Unis à la légitime défense en vertu du droit international. Le
bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice a également
rendu un avis classifié qui confère une couverture juridique à ces
frappes meurtrières..
Bien
qu'il existe des plaintes concrètes liant certaines entreprises
bananières en Équateur au trafic de cocaïne, parmi lesquelles Noboa
Trading, les enquêtes judiciaires n'ont pas avancé.
Il était président de la Colombie
depuis à peine un mois quand Alvaro Uribe Vélez s'est rendu à
Washington. Le mercredi 25 septembre 2002, il devait rencontrer son
homologue George Bush fils. On raconte que, la veille, on l’avait
conduit très discrètement au Département d’État et que, dans un salon à
part, on lui montra plusieurs cartons contenant des rapports de
renseignement et des mémorandums le liant aux narcotrafiquants du Cartel
de Medellín, ainsi qu’aux structures paramilitaires. Lorsqu’Uribe Vélez
fit comprendre qu’il avait saisi le message, on l’amena en un lieu où
l’attendaient des membres de sa délégation qui furent frappés par sa
pâleur. Le National Security Archive a rendu publics quelques-uns de ces
documents en juillet 2004.
Si, avant ce jour-là en Colombie, les
gringos exerçaient déjà un grand pouvoir, à partir de ce septembre le
pays s’est retrouvé à genoux, à leur merci, parce qu'Uribe devait
accepter tout ce que Washington lui demandait. Cependant que toute
l’horrible criminalité d’Uribe était tolérée, et même encouragée par
Washington. Il devint alors clair que le narcotrafic et sa cruauté
n’étaient pas un problème pour les États-Unis, du moment qu’ils
servaient leurs intérêts stratégiques.
Car Washington dispose
d’une arme très puissante pour atteindre ses objectifs sans recourir
directement aux armes : le chantage à l’information, presque toujours
personnelle, intime, toujours destinée à être utilisée contre ses alliés
ou ceux qui veulent cesser de l’être. Car contre ceux qu’il déclare
ennemis ou peu fiables, il s’autorise à inventer des histoires, même
sans preuves à présenter. Comme l’avait dit l’un des plus grands
idéologues de ce régime, Henry Kissinger : « Être l’ennemi des
États-Unis peut être dangereux, mais être leur ami est fatal. »
Bush
fils, puis Obama, vantèrent les mérites d’Uribe pour sa « coopération »
avec les États-Unis, tandis que la cocaïne entrait dans le pays comme
par une canalisation, tout en se félicitant d’une prétendue « lutte
conjointe contre le narcotrafic et le terrorisme ».
Sous le
gouvernement du président Biden, les éloges furent adressés à Daniel
Noboa, puis continués sous Trump. Noboa, président de l’Équateur depuis
novembre 2023, est né à Miami et possède la double nationalité. Il a
poursuivi des études supérieures aux États-Unis de 2008 à 2022, avant de
revenir en Équateur pour se lancer en politique. Son père, Álvaro
Noboa, est l’homme le plus riche d’Équateur et candidat présidentiel à
cinq reprises. La fortune familiale provient principalement de la
production et de l’exportation de bananes, via l’entreprise Noboa
Trading.
En Équateur, grand producteur et exportateur mondial de
bananes, la plupart des entreprises qui les produisent et/ou les
exportent ont leur siège aux États-Unis. Certaines de ces
multinationales opèrent par le biais de filiales : UBESA, filiale de
Dole Food Company, principal exportateur ; Reybanpac, filiale de Holding
Favorita Fruit Company Ltd. ; Del Monte Fresh ; et Chiquita Brands
International.
Une autre grande entreprise est Noboa Trading,
équatorienne, détentrice de la marque Bonita Banana. Ce groupe contrôle
toute la chaîne : production, commercialisation, fabrication d’intrants
(comme les cartons d’emballage et les engrais) jusqu’à l’exportation.
Noboa Trading appartient majoritairement à Lanfranco Holding S.A., une
société offshore basée au Panama. Selon les documents révélés par les «
Pandora Papers », les véritables propriétaires et bénéficiaires de
Lanfranco sont Daniel Noboa, président de l’Équateur, et son frère Juan
(John) Noboa. Lanfranco Holding détient 51% des actions de Noboa
Trading. L’autre actionnaire est Inmobiliaria Zeus S.A., liée à d’autres
membres de la famille Noboa, dont le président lui-même.
Des
rapports journalistiques et des études, comme le rapport publié en 2025
par la Commission européenne, affirment que la plupart de la cocaïne
saisie en Europe provenait de cargaisons de bananes équatoriennes. Selon
la Commission, 57% des conteneurs quittant le port de Guayaquil,
principal port équatorien, transportaient de la drogue parmi les fruits.
Plus de la moitié de la cocaïne saisie en Équateur à destination de
l’Europe et des États-Unis provenait également de ce port, dissimulée de
cette manièr
Par exemple, la plus grande saisie de l’histoire de
l’Espagne, le 14 octobre 2024, concernait 13 tonnes de cocaïne camouflée
de cette manière, découvertes au port d’Algésiras. Le navire était
parti de Guayaquil.
L’Office des Nations Unies contre la drogue et
le crime (ONUDC) a rappelé, dans son Rapport mondial sur les drogues
2025, que la Colombie demeurait l’épicentre de la production de feuilles
de coca et de cocaïne. Il précise que la majeure partie du trafic (87%)
vers l’Amérique centrale, le Mexique, les États-Unis et l’Europe
transite par le Pacifique. En partie par la Colombie, mais
principalement depuis l’Équateur. Seuls 8% passeraient par la Caraïbe
colombienne.
Bien
qu'il existe des plaintes concrètes liant certaines entreprises
bananières en Équateur au trafic de cocaïne, parmi lesquelles Noboa
Trading, les enquêtes judiciaires n'ont pas avancé, car les procureurs
chargés de ces dossiers sont régulièrement démis de leurs fonctions. Le
nouveau venu doit alors tout reprendre presque à zéro.
Malgré
cela, et reprenant presque les éloges qui avaient été adressés en son
temps à Álvaro Uribe, le célèbre narco-paramilitaire, le 5 septembre
dernier, le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé depuis Quito que les
États-Unis sont l’un des grands alliés de l’Équateur en matière de
sécurité, de commerce et de coopération. La chancelière Gabriela
Sommerfeld a clairement déclaré que l’Équateur était prêt à s’aligner
sur les priorités de son principal partenaire : « Les objectifs que
s’est fixés le président Daniel Noboa sont exactement ceux du président
Trump.
La chancelière s’est aussi félicitée des accords conclus à
l’occasion de la visite du secrétaire d’État, qui prévoyaient 13,5
millions de dollars pour combattre les « menaces narcoterroristes », et 6
millions pour des drones destinés à renforcer la Marine. Déjà en
juillet, les Forces armées équatoriennes avaient reçu des équipements
technologiques d’une valeur de 8 millions de dollars pour le contrôle
frontalier terrestre et maritime, livrés par les États-Unis, afin de «
renforcer les capacités » militaires dans la lutte contre le
narcotrafic, selon le ministre de la Défense Gian Carlo Loffredo.
En
contrepartie de ces apports militaires, Sommerfeld a annoncé que
l’Équateur avait accédé à une demande clé de Rubio : accueillir des
migrants expulsés des États-Unis, en tant que « pays tiers sûr », comme «
geste de gratitude » envers son partenaire : « L’Équateur va soutenir
les États-Unis dans cette démarche, c’est un symbole, c’est important
pour notre allié. »
Lors de la conférence de presse, un
journaliste rappela à Rubio que le rapport de l’ONU sur les drogues
avait été clair : près de 90% de la cocaïne sort par le Pacifique,
principalement par le pays qu’il visitait, l’Équateur. Sans s’attarder,
le journaliste lui demanda pourquoi un quasi-blocus naval frappait le
Venezuela, alors que par ce pays ne transitait qu’à peine 5% de la
cocaïne, elle-même en provenance de Colombie. Il n’a pas eu le temps de
lui dire, et aucun autre journaliste n’a osé ajouter, que l’ONU
soulignait que le Venezuela n’était pas un acteur majeur de la
production ni du trafic de drogues dans la région, son territoire étant
reconnu libre de cultures illicites.
Et dans sa réponse, Marco
Rubio a laissé transparaître une certaine colère : « On dit que le
Venezuela n’est pas impliqué dans le trafic de drogues parce que l’ONU
l’affirme. Mais je me fiche de ce que dit l’ONU ! Parce que l’ONU ne
sait pas de quoi elle parle ! Maduro est inculpé par un grand jury du
district sud de New York. (…) Il n’y a aucun doute que Maduro est un
narcotrafiquant. » Ainsi balaya-t-il les rapports internationaux sur le
narcotrafic pour justifier des actions unilatérales, en l’occurrence
militaires, de son gouvernement
La vérité est que, jusqu’à
aujourd’hui, la justice américaine n’a présenté aucune preuve tangible
contre le président Maduro ni contre aucun haut dirigeant de cette
nation bolivarienne.
En 2025, le régime étasunien aurait fourni
environ 25 millions de dollars au gouvernement Noboa pour lutter contre
la principale route du trafic de cocaïne, que la BBC qualifiait déjà en
2021 « d’autoroute de cocaïne vers les États-Unis et l’Europe ».
Ces
25 millions devraient servir à combattre les mafias étrangères en
Equateur — italiennes, albanaises, colombiennes et mexicaines — qui,
chaque année, contrôlent davantage de territoire. Mais nul ne sait
comment de tonnes de cocaïne se retrouvent dissimulées dans les bananes
principalement, ainsi que dans des cargaisons de crevettes et d’autres
produits d’exportation.
Sans doute trop modestes pour ce travail
titanesque, ces 25 millions contrastent avec les dépenses colossales
engagées pour maintenir le siège militaire contre le Venezuela, qui
serait le grand centre du narcotrafic universel, selon Washington : 8
cuirassés, 2 400 missiles, près de 8 000 marines et même un sous-marin
nucléaire, qui coûtent au contribuable étasunien entre 7 et 10 millions
de dollars par jour. Ils sont stationnés depuis près d'un mois au large
des côtes bolivariennes, où leur seule prouesse fut de couler une petite
barque avec un missile. Faites le calcul.
En définitive, ces 25
millions de dollars, bien utilisés, seraient suffisants pour surveiller
de près les exportateurs de bananes, à commencer par l’entreprise de ce
grand « coopérateur », le président Noboa, ainsi salué par Marco Rubio
entre embrassades.
Et entre deux étreintes, Washington tient Noboa bien en main. Comme Uribe jadis. Pauvre Équateur.