SOURCE https://nicolascinquini.blog/2026/05/08/la-france-soutient-al-qaeda-au-mali/
Le journaliste Georges Malbrunot a recueilli les confidences d’une source française anonyme, quand dans un article publié par RTL le 8 mai 2026, il confirme ce qu’affirme depuis longtemps les autorités du Mali.
Les forces françaises ne sont officiellement plus sur le sol malien, et pourtant elles continuent à opérer indirectement. Selon une source sécuritaire française, la France se repose notamment sur de nombreux militaires ukrainiens francophones passés par la Légion étrangère : des unités du renseignement militaire ukrainien, le GUR, opèrent ainsi au Mali en coordination avec les rebelles touaregs, lesquels ont débuté il y a deux semaines une conquête de plusieurs villes grâce à une alliance avec les djihadistes.
Les rebelles indépendantistes touaregs cherchent ainsi à affaiblir la junte au pouvoir à Bamako, tandis que la France et l’Ukraine veulent renverser les soutiens russes de la junte, les anciens de la milice Wagner (renommés l’Afrika Corps) qui ont tout fait pour chasser la France de l’Afrique. Un partage d’intérêts, alors même que les rebelles touaregs ont une ancienne relation avec les services de renseignements français au Sahel.
Ce n’est pas la première fois qu’il est question d’une alliance franco-ukrainienne sur ce plan : en début d’année dernière, le service de renseignements ukrainien avait proposé aux autorités françaises un plan détaillé pour déloger les juntes de la région du Sahel, et ainsi faire reculer l’ennemi russe. Mais Paris n’avait pas donné de suites à cette proposition, en raison notamment de l’aspect sécuritaire.
Le verrou est aujourd’hui levé, permettant un jeu de stratégies qui semble favoriser les djihadistes, ces derniers étant actuellement alliés aux indépendantistes touaregs, eux-mêmes aidés par ces forces ukrainiennes. Une sorte de hiérarchisation de l’ennemi afin d’atteindre un objectif commun, ici de renverser la junte au pouvoir et d’affaiblir les Russes et leurs alliés dans la région.
En limitant son aide opérationnelle à ces relais ukrainiens, la France évite ainsi une coopération directe avec les djihadistes liés à Al-Qaïda. Interrogé, le ministère des Armées est toutefois resté vague et a indiqué que si les militaires ukrainiens avaient quitté la Légion étrangère pour servir l’Ukraine de manière qu’ils jugent utile, la France n’a de son côté pas de commentaire à faire sur le sujet.
Plusieurs pays du Sahel avaient dénoncé l’an dernier ce jeu d’alliances, qui semble toutefois faire ses preuves dans la région, avec la reprise récemment de grandes villes – dont Kidal, reprise fin avril par les djihadistes alliés aux rebelles touaregs. De quoi faire des remous entre la junte au pouvoir et son allié russe, qu’elle accuse de l’avoir “trahi” alors que les mercenaires russes ont quitté le navire après avoir passé un accord quelques jours avant l’attaque.
La mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, tué fin avril dans une attaque kamikaze, a également marqué un autre coup de la Russie, puisque ce numéro deux de la junte, considéré comme l’homme de Moscou, avait été formé en Russie.
En réalité, les militaires russes de l’African Corps opèrent toujours au Mali et n’en déplaise à une presse bleu horizon revancharde, l’offensive que les djihadistes ont lancée vers le sud le 25 avril n’est pas parvenue à conquérir le pays. Car avec des attaques de SVBIED (suicide vehicle-borne improvised explosive device) à Kati, banlieue de Bamako, pour tuer le ministre de la défense et aussi le président Assimi Goïta -la seconde échoua- la prise du pouvoir central était bien l’objectif

Par pudeur, Malbrunot limite aux rebelles touaregs la portée du soutien franco-ukrainien. Le sujet mérite d’être approfondi

Fondé dans le nord du Mali le 30 novembre 2024, par la fusion d’organisations plus anciennes, le Front de libération de l’Azawad (FLA, 4000 hommes) est indépendantiste et aussi islamiste. Son chef est Alghabass Ag Intalla, un ancien d’Ansar Dine [Les Défenseurs de la religion], pas exactement un laïc

De fait, l’offensive était une opération conjointe du FLA et des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, 6000 hommes), branche malienne d’al Qaeda, dont le chef est Iyad Ag Ghali, également Touareg et fondateur d’Ansar Dine en 2012

Bashar Assad énonça autrefois
Le terrorisme n’est pas une carte qu’on sort et qu’on range dans sa poche. Comme un scorpion, il peut vous piquer à tout moment
Dix ans après la Syrie et la cruelle leçon de choses du 13 novembre 2015, la France perpétue de scabreux calculs stratégiques et soutient encore une fois des insurgés sunnites radicaux.
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commentaire du film documentaire Les ombres du Bataclan, mis à jour après la déposition devant la cour d’assises spéciale, le 17 septembre 2021, du commandant de la Brigade criminelle qui a coordonné les constatations sur la scène de crime de la salle de spectacle, celle, le 22 septembre, du commissaire X, qui y fut primo-intervenant, celle, le 6 octobre, de Jean-Marc, présent dans la fosse au début de l’attaque, celles, le 27 octobre, de plusieurs autres BACqueux
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En analysant 362 films à succès français des années 1970 au prisme des rapports de genre, Hélène Fiche dépeint un paysage cinématographique jusqu’ici peu commenté.
Il semble y avoir en ce moment en France un intérêt pour la deuxième vague féministe, c’est-à-dire celle des années 1970. En témoignent notamment la réédition commentée en 2024 de l’essai Le Féminisme ou la mort de Françoise d’Eaubonne , cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF), ou encore le regain d’attention pour la figure de l’avocate Gisèle Halimi, avec notamment un biopic en préparation (après l’année dernière Hors-la-loi de Pauline Bureau, consacré au procès de Bobigny en 1972, Gisèle, de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, est prévu pour 2026).
L’ouvrage Ce que le féminisme fait au cinéma de l’historienne Hélène Fiche apporte un éclairage inédit sur cette décennie en s’intéressant à l’influence des mouvements féministes sur le cinéma. Le parti pris de l’autrice est d’étudier les représentations genrées au sein des films français sortis entre 1969 et 1982 et ayant fait plus de 700 000 entrées en salle. Cela constitue au total un corpus de 362 films, dont la plupart étaient jusqu’ici ignorés de la recherche académique. À partir du constat paradoxal que « les personnages féminins initiant l’action » sont autant populaires au box-office que les « figures de “macho” ultra-viril », Fiche montre comment ce cinéma met en scène des rapports conflictuels entre femmes et hommes en regard des luttes sociales de l’époque.
De sa création en 1920 jusqu’au début des années 1980, le PCF a développé une intense activité cinématographique, sans équivalent dans les autres formations politiques, en impulsant la production, la réalisation et la distribution de centaines de films pour diffuser et défendre ses idées. Pour la première fois dans un documentaire, et à partir d’archives inédites, Pauline Gallinari et Maxime Grember nous racontent avec « Le Parti du cinéma » cette épopée politique et cinématographique.
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Loin des analyses superficielles des médias sur les relations transatlantiques, Annie Lacroix-Riz, historienne et professeure émérite d’histoire contemporaine (Paris-Cité), livre ici une analyse implacable de la dépendance française.
Elle démontre que la situation actuelle n'est pas le fruit d'une "brutalité" passagère d'une administration américaine, mais le résultat d'un processus historique long : le passage à la phase impérialiste hégémonique des États-Unis.
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"Le travail sur les archives originales permet de démontrer que rien n'est neuf. Nous sommes dans une période de relations de dépendance qui transforme l'ancien centre de la puissance coloniale en 'carpette' diplomatique."
00:00:00 : conférence
01:39:18 : Questions du public
Plusieurs sénateurs ultramarins ont déposé une proposition de loi pour lever les interdictions de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Les parlementaires mettent en avant le pétrole guyanais et le potentiel gazier du Canal du Mozambique.
Par Raphaël Cann Publié le 5 janvier 2026
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Les sénateurs se pencheront le 29 janvier prochain sur une proposition de loi visant à abroger les interdictions de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Le texte est porté par plusieurs sénateurs de la majorité présidentielle, le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, mais aussi par des parlementaires ultramarins, comme les mahorais Thani Mohamed Soilihi et Saïd Omar Oili.
Les élus veulent revenir sur des dispositions de loi Hulot, adoptée en décembre 2017, qui mettent fin à la recherche et à l'exploitation d'hydrocarbures dans le but de parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050. "Il s'agissait en fait d'une mesure uniquement symbolique prise pour faire de la France un exemple, le premier pays à s'interdire d'exploiter l'une de ses ressources naturelles dans l'espoir d'entraîner d'autres pays dans son sillage", expliquent les sénateurs. Lorsque cet objectif a été fixé, à l'occasion de l'Accord de Paris sur le climat en 2015, la France produisait l'équivalent de moins de 0,02 % de la production mondiale de pétrole et moins de 0,005 % de la production mondiale de gaz naturel.
Le potentiel est pourtant là dans les Outre-mer. En Guyane, les campagnes exploratoires ont débuté en 2011 avant de s'interrompre. Depuis, les pays voisins ont augmenté leur production, la France a par exemple importé pour plus de 500 millions d'euros de pétrole de Guyana en 2023. Outre le département d'Amérique du Sud, "Mayotte et les îles Éparses situées dans le canal du Mozambique, régions à fort potentiel gazier, sont les principales concernées", précisent les sénateurs.
Cette présence permet à la France de détenir une zone économique exclusive représentant près de la moitié des eaux du canal. "Les fonds du canal du Mozambique recèlent des milliards de mètres cubes de gaz, l’équivalent selon les experts des réserves de la mer du Nord ou du golfe Persique", explique le ministère des Armées français. Si les eaux malgaches et comoriennes restent relativement inexplorées, ces réserves sont déjà estimées à 500 milliards de mètres cubes pour la Tanzanie et le Mozambique. Maputo a déjà autorisé des projets d'exploitations portés par l'américain Exxon Mobil et l'italien ENI. Le français TotalEnergies a récemment annoncé son intention de reprendre son mégaprojet gazier, à plus de 20 milliards de dollars d'investissement, un chantier à l'arrêt depuis 2021 à cause d'attaques de milices djihadistes dans le nord du pays.
Une décennie après l'accord de Paris, les priorités des grandes puissances résident moins dans une réduction commune des gaz à effets de serre, mais plutôt dans des guerres d'influences pour l'exploitation de ces ressources. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a rebattu les cartes du commerce énergétique mondial, obligeant les Européens à trouver des alternatives au gaz russe. Dans le Canal du Mozambique, la France doit faire avec l'influence des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine ou de l'Inde. Moscou par exemple fournit dans la région "des services de sécurité et de communication en échange de ressources naturelles et/ou d’un soutien lors des votes au Conseil de sécurité des Nations unies", avait relevé en 2022 une étude de l’Institut français des relations internationale.
Cette méthode est-elle à l'œuvre à Madagascar ? Depuis le renversement du régime mi-octobre, les autorités de transition ont eu plusieurs contacts avec la Russie. Les 20 et 21 décembre, une importante délégation russe s'était rendue dans la Grande île avec une livraison de matériel militaire, des fusils et des lance-roquettes, destinée à la garde présidentielle malgache. Si ce rapprochement peut inquiéter, c'est parce que les îles Éparses restent un sujet sensible, Madagascar fait valoir depuis les années 70 sa souveraineté sur ces territoires et demande leur restitution par la France. La Russie avait déjà essayé par le passé de profiter des potentielles ressources gazières malgaches. En 2020, plusieurs négociations avaient été menées entre le ministère des Mines malgache et le géant russe Gazprom, sans succès.
Plusieurs ONG ont déjà fait savoir leurs inquiétudes sur l'impact de l'exploitation d'hydrocarbures pour la région. WWF appelait par exemple à "une gestion concertée de l'espace" maritime pour limiter les pressions sur les espaces naturels, et notamment les récifs coralliens. La protection de l'environnement et les accords internationaux sont pourtant deux concepts honnis par les États-Unis de Donald Trump. Le président américain a par exemple signé le 24 avril 2025 un décret autorisant l'exploitation minière des grands fonds marins, y compris dans les eaux internationales, au mépris du droit de la mer.
Cette note analyse les conséquences politiques de l’érosion des lieux de sociabilité en France. Elle s’appuie sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans.
Les résultats montrent que la fermeture des bars-tabacs contribue à la progression du vote d’extrême droite, dans un contexte de transformations plus larges des conditions d’existence locales — indépendamment de l’immigration, du chômage ou d’autres indicateurs économiques. Les effets sont très faibles à court terme, mais augmentent fortement dans le temps.
Symétriquement, l’ouverture de bars-tabacs est associée à une baisse du vote d’extrême droite, suggérant que ces dynamiques ne sont pas irréversibles.
Aucune autre fermeture commerciale ne produit un effet comparable. La spécificité des bars-tabacs tient à leur fonction de lieu de socialisation : leur disparition est associée à une progression durable du vote RN. Les effets sont trois fois plus forts dans les communes rurales, où ces établissements constituent souvent le dernier lieu de sociabilité.
Une analyse complémentaire des discours parlementaires montre que, depuis 2012, le RN a acquis une position dominante dans le cadrage du déclin territorial. Il mobilise un langage symbolique et affectif, là où les autres partis privilégient un registre plus technique.
Ces résultats révèlent un mécanisme distinct du déclin économique : l’érosion de l’infrastructure sociale qui rend la délibération possible. Lorsque les lieux de sociabilité disparaissent, la politique devient un face-à-face entre individus atomisés et récits médiatiques nationaux. Les discours offrant des réponses simples et une interprétation symbolique cohérente des transformations locales disposent alors d’un avantage structurel.
Hugo Subtil, Université de Zurich
Présenté ce mardi, un ouvrage du Cepii fait la synthèse de cinquante ans d'études académiques sur les effets de l'immigration sur les marchés du travail, en France notamment. Principale conclusion : un effet neutre sur les salaires et l'emploi des natifs du pays d'accueil, sauf pour les moins qualifiés.

Par Alain Ruello Publié le 27 janv. 2026
Quels sont les effets de l'immigration sur les marchés du travail des pays d'accueil ? Controversée, sensible et semée d'embûches, cette question traverse les sociétés occidentales depuis les grandes vagues d'industrialisation du XIXe siècle. Même si le débat public en France porte aujourd'hui plus sur le coût social et l'impact culturel que sur l'emploi, un ouvrage du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) apporte une réponse plutôt positive sur ce point, à contre-courant de certaines idées reçues.
Hasard du calendrier, cet ouvrage publié aux éditions Sciences Po a été présenté alors que le ministère de l'Intérieur dévoilait, ce mardi, les statistiques de l'immigration en 2025. Son intérêt ? Faire une synthèse de cinquante ans études académiques en la matière, a mis en avant l'un de ses coauteurs, Hillel Rapoport, professeur à l'Ecole d'économie de Paris notamment.
« Intuitivement, on pense qu'un afflux de travailleurs immigrés va provoquer une baisse des salaires et de l'emploi des natifs. Ce n'est pas ce qu'on trouve », a-t-il expliqué. Plusieurs raisons à cela.
D'abord parce que le marché du travail n'est pas un marché concurrentiel de pure offre et demande. Il est soumis à de nombreuses réglementations, sur les salaires par exemple comme en France. Les travailleurs, ensuite, ne sont pas interchangeables entre eux. Il existe des complémentarités, même au sein d'une même catégorie, celle des plus formés par exemple.
Les immigrés, qui plus est, ne s'installent pas dans un pays par hasard. « Ils vont là ou la situation est la plus prometteuse », toujours selon Hillel Rapoport. Dernière raison avancée, au-delà de leur statut de travailleur, ce sont aussi des consommateurs, voire des innovateurs ou des investisseurs.
« Le volume d'emplois d'une économie n'est pas fixe dans le temps et il est proportionnel à la population active », a ajouté Anthony Edo, chercheur au Cepii et autre coauteur de l'ouvrage. En clair, une hausse de la population active liée à l'immigration ne va pas obligatoirement se traduire par une dégradation du marché du travail. « Dans beaucoup de pays, la part des immigrés qui entreprennent est au moins égale à celle des natifs », a-t-il assuré.
De tout cela, il ressort que l'immigration fait grossir une économie sans dégrader le salaire moyen des natifs : l'impact sur les premiers d'une hausse de 1 % de la population active liée à l'immigration ne dépasse jamais + ou - 1 %. La concurrence sur le marché du travail avec les natifs reste faible. Elle joue surtout entre immigrés, au détriment de ceux arrivés avec les vagues précédentes, selon certaines études.
Attention, ont prévenu les deux chercheurs, ces résultats ne sont pas forcément transposables en cas de choc massif lié à des bouleversements géopolitiques, comme lorsque des centaines de milliers de Syriens se sont réfugiés en Turquie. Les auteurs se réfèrent aussi à une étude américaine de 1992 sur les rapatriés d'Algérie dans les années 1960 en France (environ 1 million entre 1962 et 1968). Dans ce cas, les effets sur le salaire et l'emploi des natifs ont été négatifs (hausse du taux de chômage de 0,3 point de pourcentage et baisse des salaires de 1,3 %), mais ils se sont estompés au bout de quelques années.
Le travail du Cepii confirme une récente étude de l'Insee sur la valeur ajoutée macroéconomique de l'immigration, en France notamment. Pour autant, un effet moyen proche de zéro (globalement neutre) ne va pas sans « effets redistributifs » avec des gagnants et des perdants. Tout dépend de la structure de qualification des deux populations.
« On sait par exemple que l'immigration va avoir tendance à réduire les salaires et l'emploi des natifs qui ont les mêmes niveaux de qualification. On sait aussi qu'elle va avoir tendance à les augmenter pour ceux qui ont des qualifications complémentaires à celles des immigrés », a illustré Anthony Edo.
L'exemple des Etats-Unis dans les années 1990 montre que l'immigration, alors faiblement qualifiée, a joué négativement pour les Américains de même niveau, positivement pour les autres. « Ce qu'on l'a observé après avoir recensé des dizaines d'études, c'est que les natifs les moins qualifiés sont tout de même les plus vulnérables », toujours selon le chercheur. Le constat vaut pour la France avec les ouvriers moins qualifiés. « Ces effets redistributifs ne doivent pas être négligés car ils peuvent être très importants politiquement », a insisté Hillel Rapoport.
De tout cela, ce dernier en déduit qu'un pays doit penser l'immigration comme un levier de stratégie de croissance, et non pas sous le seul angle démographique. « Sinon il y aura un coût comme le montrera ce qui se passe aux Etats-Unis », anticipe-t-il, en référence à la politique d'expulsion massive de l'administration Trump. Et Anthony Edo de citer une étude sur les effets plutôt négatifs sur l'économie américaine du renvoi de plus 400.000 travailleurs en situation régulière entre 2008 et 2012.
Alain Ruello
Ils font tourner les urgences, la gériatrie, les hôpitaux de campagne… et pourtant, ils restent cantonnés à des statuts bricolés. Entre lenteurs administratives et mépris institutionnel, les médecins étrangers vivent une précarité qui n’a rien d’un accident : c’est un système.
Tiré de "l'affaire Ben Barka", quand un homme d'état et opposant marocain est embarqué par la police française, remis au général Oufkir, interrogé et liquidé sur le territoire français. La justice française condamnera ce dernier par contumace aux travaux forcés à perpétuité.
Le piège pour l'attirer à Paris fut une fausse émission de télé consacrée au tiers-monde, dont il était l'une des figures principales.
Disparu le 29 octobre 1965, il croyait profiter de l'émission en vue de la Conférence tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à La Havane à propos de laquelle il affirmait dans une conférence de presse, « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d'Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ».
LE SPECTACLE AU SERVICE DU SPECTACLE
Yves Boisset est mort le 31 mars 2025
https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/mort-dyves-boisset-dira-ras-183169.html
Le sommet co-organisé le 24 juin par Pierre-Édouard Stérin via le projet Périclès et Vincent Bolloré via JD News réunit beaucoup d’habitués des grands raouts de l’union des droites. S’y ajoutent quelques nouveaux venus qui en profitent pour faire leur « coming out » en faveur de l’extrême droite. Derrière la défense des « libertés », il s’agit surtout d’attaquer le service public, l’impôt et l’écologie. Les think tanks et instituts partenaires du réseau Atlas sont présents en masse.
Publié le 20 juin 2025 , par Anne-Sophie Simpere

Sponsorisé par le fonds Périclès de Pierre-Édouard Stérin et JDNews de Vincent Bolloré, le Sommet des libertés qui aura lieu le 24 juin au Casino de Paris se présente comme un « éveil libéral ». L’événement annonce des élus de droite et de gauche, mais on y trouve presque uniquement des personnalités d’extrême droite (Marion Maréchal, Sarah Knafo pour Reconquête, Jordan Bardella pour le RN) et de la droite de la droite (Éric Ciotti et quelques LR), à l’exception de Charles de Courson (groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires). Ainsi que des intervenants des médias de la Bollosphère (CNews, Europe1) et d’autres qui se déclarent plus effrayés par la gauche que l’extrême droite [1].
Alors quand, dans les éléments de langage fournis aux influenceurs, il est affirmé que « ce n’est pas un événement partisan », mais « un espace de convergence », on peut se dire qu’on a affaire à un énième raout pour tenter d’unir les droites les plus radicales – le grand rêve d’Alexandre Pesey, directeur fondateur de l’Institut de formation politique (IFP). À l’image de la Convention de la droite organisée par Marion Maréchal et Éric Zemmour, en 2019, où on retrouvait déjà l’IFP et Contribuables associés (de nouveau co-organisateurs avec le JDD et Périclès de ce Sommet des libertés), ou encore Olivier Babeau de l’institut Sapiens (le quatrième co-organisateur, dont nous avions notamment parlé dans notre enquête sur le lobbying contre la Convention citoyenne climat).
En 2019, la soirée avait surtout fait parler d’elle en raison des discours identitaires et haineux tenus par plusieurs intervenants, dont Éric Zemmour lui-même, qui s’était vu condamné pour ses propos. Est-ce pour cette raison que l’événement de 2025 semble moins mettre en avant les enjeux « civilisationnels » ? Le mot d’ordre est, sur le principe, bien plus acceptable, puisqu’il s’agit de défendre les libertés. Qui serait contre ?
Bien sûr, vu les profils des intervenants, il ne s’agira pas de protéger la liberté de franchir des frontières, celle de faire grève ou encore de choisir ou non d’avoir des enfants (Aziliz le Corre, pasionaria de la natalité qui sera l’une des intervenantes du 24 juin, n’est pas fan des « childfree »). Le slogan du sommet semble être « trop d’État tue les libertés ». Sous prétexte de libertés, il s’agit surtout de couper dans les régulations et dans les dépenses publiques, à la manière du DOGE du milliardaire Elon Musk aux États-Unis, ou de la tronçonneuse du président Javier Milei, soutenu par les partenaires du réseau Atlas en Argentine.
Sans aucune surprise, donc, on retrouvera dans le sommet parisien l’investisseur immobilier Romain Dominati, soutien de ce même Javier Milei, ainsi qu’une bonne partie des partenaires ou anciens partenaires du réseau Atlas en France : Contribuables associés, l’Iref, l’IFP, l’institut Coppet… Ou encore le Cercle Droit et Libertés, fondé par des conservateurs qui sont allés chercher l’inspiration dans les cercles de l’ultradroite américaine. Le programme du Sommet des libertés permet également de confirmer que le secteur des cryptomonnaies va se ranger derrières les libertariens et les droites radicales : Plan B network et How to bitcoin soutiennent l’événement. Un rapprochement qui, là encore, fait écho à la façon dont l’univers des bitcoins s’est rangé derrière Donald Trump aux États-Unis pour échapper aux régulations financières.
Des organisations s’opposant aux politiques environnementales (en particulier le développement des énergies renouvelables) et la député LR Anne-Laure Blin, qui s’est faite épingler pour des propos climato-sceptiques, sont elles aussi de la partie. En résumé, toutes les chances que les libertés défendues par les intervenants soient celles de spéculer et de polluer.
Pour faire passer un tel agenda, rien de tel que les méthodes du réseau Atlas. Notamment l’« astroturfing », qui consiste à faire passer une campagne d’influence pour un mouvement populaire spontané. Un peu comme quand Contribuables associés, à l’image d’autres taxpayers associations créées partout dans le monde, se fait passer pour un mouvement de terrain de petits contribuables apolitiques, alors qu’il a été fondé de riches chefs d’entreprises et dirigé par des élus politiques (de droite, bien sûr).
Mais la médaille de l’astroturfing revient probablement à Alexandre jardin, autre intervenant annoncé du Sommet des libertés. L’écrivain né à Neuilly sur Seine, issu de la haute bourgeoisie et passé par la très élitiste Ecole alsacienne, qui fut successivement sarkozyste (2007), macroniste (2016), puis candidat malheureux à l’élection de 2017, s’est trouvé une nouvelle passion avec la lutte contre les normes environnementales, en particulier les Zones à faibles émissions (ZFE). Il s’est ainsi auto-érigé en défenseur de ceux qu’il appelle « les gueux , qui seraient privés du droit de circuler. Sans forcément avoir en tête que les segments les plus pauvres de la population ne possèdent pas de voiture et sont les premiers affectés par leurs émissions polluantes. Pas à une contradiction près, l’écrivain a succès a même écrit un livre « Les gueux », qu’il a présenté au Fouquet’s, lors d’une soirée à 150 euros l’entrée organisée par Aurhéa, « cercle privé d’élite » réunissant dirigeants, cadres dirigeants, professions libérales, entrepreneurs, banquiers d’affaires, avocats ou encore experts indépendants.
Il semble que peu de « gueux » soient dupes : la dernière pétition sur le site d’Alexandre Jardin dépasse péniblement les 2000 signatures. L’écrivain est pourtant invité à donner son avis sur les politiques énergétiques de la France dans de nombreux médias, du Parisien à RMC en passant par Le Figaro. Et bien sûr dans les médias du groupe Bolloré Cnews, Europe 1 et le JDD, dont les journalistes stars comme Christine Kelly, Louis De Raguenel ou Charlotte d’Ornellas seront également de la partie le 24 juin.
C’est bien l’alliance entre les organisations inspirée de la droite états-unienne, l’argent du fond Périclès de Pierre-Édouard Stérin et les plateformes médiatiques offertes par Vincent Bolloré qui peut faire craindre que ces mouvements réactionnaires, aussi faibles soient-ils en terme de fonds et d’assise populaire réelle, fassent chambre d’écho. Dans les pays qui semblent les inspirer – l’Argentine de Milei, les États-Unis de Trump, l’Italie de Meloni –, le droit de manifester et la liberté de la presse ont très rapidement été attaqués : la défense de ces « libertés »-là n’aura pas fait long feu.
[1] Voir par exemple Jean-Philippe Feldman, qui préfère RN au NFP.
Qui est Bernard Carayon, en première ligne pour défendre le projet de l’A69 et insulter ses opposants ? Du GUD à Pierre Fabre, du secret des affaires à l’union des droites, portrait d’un politicien brut de décoffrage, comme un poisson dans l’eau dans le cloaque politique et médiatique d’aujourd’hui.
Publié le 20 juin 2025 , par Barnabé Binctin
Sans surprise, il fut l’un des premiers à se féliciter de l’autorisation de la reprise des travaux sur le chantier de l’A69, décidée par le Cour administrative d’appel de Toulouse, le 28 mai dernier. « Le bon droit et le bon sens enfin réconciliés ! » a salué Bernard Carayon sur X, s’arrogeant au passage les mérites du projet – « J’avais lancé l’opération en 2010 ! » Un mois plus tôt, sur le même réseau, il se demandait pourtant : « Pour qui roule en France la juridiction administrative ? Pour les islamistes ? Les écoterroristes ? »
Le maire de Lavaur a la gâchette facile lorsqu’il s’agit de défendre le projet d’autoroute A69
C’est que le maire de Lavaur, une commune de 10 000 habitants dans le sud-ouest du Tarn, à une quarantaine de kilomètres de Toulouse, a la gâchette facile lorsqu’il s’agit de défendre le projet d’autoroute, dont il se fait volontiers le héraut sur les chaînes d’info en continu. « Décroissants archaïques », « bobos pacsés à l’ultragauche », ou encore « extrémistes pro-Hamas » : les opposants à l’A69 ont dû s’habituer aux outrances verbales de celui qui est par ailleurs avocat [1]. En novembre 2023, Bernard Carayon concluait ainsi une tribune publiée dans Le Figaro : « Les pieds dans la glaise, je dis aux rouges/verts : ‘no pasaran’ ».
Dans ce même tweet victorieux du 28 mai, Bernard Carayon interpelle le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, l’enjoignant « d’ assurer strictement la sécurité des ouvriers et des entreprises de notre chantier face aux #écoloterroristes ». La manœuvre est également politique, tout juste dix jours après la victoire de ce dernier à la présidence des Républicains. Car Bernard Carayon est aussi le champion d’une autre cause : l’union des droites. L’an passé, après avoir ardemment soutenu l’alliance avec l’extrême-droite aux législatives sous l’égide d’Éric Ciotti, il fut l’un des tous premiers à le rejoindre dans l’aventure politique de l’UDR (Union des Droites pour la République), suite à son départ de la présidence des Républicains. Le cordon sanitaire a toujours été un concept parfaitement étranger aux yeux de Bernard Carayon, et pour cause : c’est au GUD (Groupe Union Défense), organisation de jeunesse d’extrême-droite ultraviolente dont il dirigea la revue Vaincre, qu’il fit ses premières armes en politique.
Au-delà des effets de manche, les vitupérations de Bernard Carayon sur l’A69 reflètent aussi une autre facette du personnage : son engagement inconditionnel pour les grandes entreprises et pour discréditer leurs opposants. C’est lui qui, en 2012, alors député sous la bannière de l’UMP, porte haut et fort la reconnaissance d’un délit de secret des affaires, visant à engager la responsabilité pénale de toute personne divulguant des informations protégées « sans autorisation de l’entreprise ». Une sorte de « secret-entreprise », calqué sur le modèle du « secret-défense », pour faire régner l’omerta sur le monde économique (lire Secret des affaires. Adoptée à l’Assemblée nationale, la proposition de loi échoue à passer au Sénat, à la faveur de l’alternance politique. Mais la bombe à retardement est enclenchée : après être d’abord réapparue, en des termes similaires, dans un projet de loi d’Emmanuel Macron, alors hôte de Bercy en 2015, l’idée aboutit finalement en 2018 dans le cadre de la loi relative à la protection du secret des affaires. Celle-là même qui permet aujourd’hui de protéger les annexes du contrat de concession de l’A69 conclu entre l’État et Atosca, la société chargée de construire puis exploiter la future autoroute entre Toulouse et Castres.
Bernard Carayon aime se présenter comme le père fondateur de l’intelligence économique à la française
Bernard Carayon aime se présenter comme le père fondateur de l’intelligence économique à la française [2]. En 2003, à la demande du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, il s’était chargé d’un rapport sur le sujet, formulant 38 propositions – parmi lesquelles, déjà, un droit au secret des affaires. À la suite de quoi il lance, en 2005, la fondation Prometheus avec plusieurs grands groupes français parmi lesquels Areva, Safran, Dassault Aviation ou encore Thales. Qualifiée à sa création de « premier do-tank français » par son président-fondateur, avec l’objectif de « produire une pensée opérationnelle » pour aider l’État qui « manque de d’outils et de méthodes pour répondre à certains enjeux stratégiques », la fondation n’a pas laissé une trace indélébile dans l’Histoire. Elle semble en sommeil depuis plusieurs années. Son principal fait d’armes ? Un prétendu « baromètre de transparence des ONG », qui tentait de renverser le stigmate de l’opacité dont les grandes entreprises se trouvent régulièrement affublé. Une façon de « c’est-celui-qui-dit-qui-y-est » qui visait évidemment, en premier lieu, les associations environnementales ou défenseuses des libertés publiques. En 2009, le mouvement France Nature Environnement s’était ainsi vu octroyé la note de… 1/10.
« Ma jeunesse nationaliste [au sein du GUD] ? (…) Je me suis effectivement battu physiquement contre l’extrême-gauche, confiait récemment Benard Carayon, face caméra, à Paul-Marie Couteaux [3], ancien porte-parole de Marine Le Pen en 2012, reconverti directeur de la rédaction de Le Nouveau conservateur, une revue trimestrielle prônant l’union des droites [4]. Je n’ai ni remords ni regrets (...). L’Histoire nous a donné raison. »
Ma jeunesse nationaliste [au sein du GUD] ? Je n’ai ni remords ni regrets
La suite de son histoire à lui l’a mené dans le Tarn, sur les propres terres de sa famille de châtelain – Bernard Carayon de Lagayé, de son nom complet. En 1993, il est élu député pour la première fois, avec l’étiquette du RPR. Puis en 1995, il emporte la mairie de Lavaur, avec les mêmes couleurs mais aussi avec le concours de sympathisants lepénistes, inscrits sur sa propre liste [5]. Depuis, il y règne sans discontinuer, en cumulant régulièrement avec des mandats de conseiller général et de conseiller régional.
Désormais au sein du micro-parti de l’UDR, Bernard Carayon y croise peut-être la route de Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire ultra-conservateur qui se rêve en architecte de l’union des droites extrêmes. En février dernier, Le Monde révélait que le fondateur de SmartBox s’y montre « particulièrement influent », deux de ses proches étant à la manœuvre pour en écrire le programme économique. À l’automne, Éric Ciotti s’était par exemple fermement opposé aux hausses d’impôt exceptionnelles sur les bénéfices des grandes entreprises et les très hauts revenus. Ce qui ne fut certainement pas pour déplaire à Pierre-Édouard Stérin, exilé fiscal en Belgique.
Mais que peut bien en penser Bernard Carayon, lui qui n’a que le « patriotisme économique » à la bouche ? Et comment celui qui continue de se revendiquer haut et fort du gaullisme peut-il accepter une alliance avec le RN, un parti fondé entre autres par d’anciens SS ? Pour tenter de le comprendre, nous avons sollicité un entretien directement auprès de lui. Mais voilà, le contradictoire, de même que la transparence, reste un concept à géométrie variable, chez l’homme de droit.
L’ « Histoire », encore et toujours : Bernard Carayon n’aime rien moins qu’y faire référence, pour ponctuer ses interventions avec grandiloquence. Comme lorsqu’il contestait les chiffres officiels d’une des « Manif’ pour tous » à laquelle il participait, en mai 2013, par le biais d’une réinterprétation pour le moins audacieuse : « À la Libération, il y aura beaucoup de tondu(e)s ! #Boycottonslesmédiascomplices » À l’époque, le tweet avait scandalisé jusque dans les propres rangs de l’UMP. Comme si sa propre famille politique découvrait les états de service d’un homme passé par le Club de l’Horloge – groupe de réflexion qui a servi d’incubateur aux idées d’extrême-droite [6] – dans les années 80, avant de cheminer longtemps aux côtés de Charles Pasqua puis de rejoindre un temps le micro-mouvement de la Droite Populaire, aux côtés de Thierry Mariani, au tournant des années 2010.
Aujourd’hui, certains plaident la théorie de la brebis galeuse, aussi isolée qu’insignifiante : « Bernard Carayon ? C’est le Nicolas Dupont-Aignan du sud, avec le même résultat. Son influence est nulle, il n’a jamais incarné aucun courant. C’est du ’clapotis’ : un pet dans un bain, ça n’a jamais fait un jacuzzi », cingle Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé lorsque celui-ci présidait l’UMP. Mais en réalité, « la trajectoire de Bernard Carayon est caractéristique de ces anciens ’gudards’, tel Gérard Longuet, qui ont su se racheter une respectabilité en rejoignant les cabinets politiques de la droite chiraquienne [Bernard Carayon entra au cabinet de Chirac à la mairie de Paris en 1984, ndlr], tout en continuant à défendre une ligne très dure et prôner l’union avec l’extrême-droite », explique Erwan Lecoeur, politologue.
C’est le Nicolas Dupont-Aignan du sud, avec le même résultat. Son influence est nulle
À moins d’un an des prochaines élections municipales, Bernard Carayon se représentera-t-il à la mairie de Lavaur pour un sixième mandat consécutif ? Retentera-t-il sa chance à la députation en 2027 (ou avant) ? Quels que soient les desseins du père, la passation de témoin semble déjà assurée au sein de la famille Carayon. Parmi les quatre enfants, deux sont aujourd’hui engagés en politique : il y a Inès de Ragenuel, conseillère municipale d’opposition à Paris, élue sur la liste de Rachida Dati dans le 15ème arrondissement, et par ailleurs épouse de Louis de Raguenel, chroniqueur régulier de CNews, et ancien rédacteur en chef de Valeurs Actuelles, artisan en chef du virage radical entrepris par cet hebdomadaire d’extrême-droite. Et il y a Guilhem de Carayon, le benjamin de 26 ans. Défenseur d’une droite « décomplexée », il a d’abord été élu président des Jeunes Républicains en 2021, puis nommé porte-parole et vice-président de LR par Éric Ciotti en 2023. Avant de suivre ce dernier dans son rapprochement avec le Rassemblement national, en œuvrant personnellement à ficeler l’accord en vue des législatives 2024 : las, candidat dans la 3ème circonscription du Tarn sous la bannière LR-RN, Guilhem de Carayon échoue finalement de quelques voix à être élu au Palais-Bourbon, battu par le même candidat que son père en 2017.
Pierre Fabre avait également beaucoup donné à Lavaur, et à son maire Bernard Carayon
La carrière de Bernard Carayon doit également beaucoup à un homme, et pas n’importe lequel : le tarnais Pierre Fabre, fondateur du groupe pharmaceutique du même nom, l’un des patrons les plus notables du capitalisme français de la seconde moitié du XXème siècle. Au lendemain de sa mort en juillet 2013, à Lavaur où il résidait, Bernard Carayon s’était ainsi fendu d’une véritable oraison funèbre, dans le journal municipal. « Lavaur a perdu son meilleur ami, son plus fidèle et son plus désintéressé soutien (…), un modèle et un guide, merveilleusement attachant. » Non sans s’attribuer à nouveau, un peu plus loin, quelques mérites quant à sa prétendue philantropie : « Seul encore en France, il avait donné, il y a quelques années, à sa Fondation, l’essentiel de son capital, après que j’ai eu l’idée et fait voter à l’Assemblée nationale une loi, en 2005, l’y autorisant. » Surnommés les « amendements Pierre Fabre », ces textes sur-mesure ont ainsi permis à l’homme d’affaires, sans descendance, de transmettre 66 % de ses actions à la fondation, reconnue d’utilité publique, qui portait son nom. Jusqu’alors, aucune fondation de ce type ne pouvait détenir plus du tiers d’une société privée, afin d’éviter tout mélange des genres [7]. Un privilège rendu possible par Bernard Carayon, et qu’il justifiait ainsi, en 2013 : « Un homme qui donne 66 % de ses biens à la nation, c’est tellement inimaginable. »
De son vivant, Pierre Fabre avait également beaucoup donné à Lavaur, et à son maire Bernard Carayon – dont il a publié certains des livres par le biais des éditions Privat, propriété du groupe Sud Communications, fondé par l’industriel, qui a longtemps contrôlé l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. Et en premier lieu, l’impressionnant site du Cauquillou, qui abrite le siège administratif et commercial de la branche dermato-cosmétique de son groupe depuis 2000. Un complexe flambant neuf, au style futuriste [8], qui a fini par constituer comme « une petite ville à l’intérieur de la ville ». « On connaît tous quelqu’un qui y travaille », raconte une habitante. Une proximité qui concerne également les élus locaux, régulièrement confrontés à des situations de conflit d’intérêt : certains ont travaillé directement pour le groupe Pierre Fabre, ou leur conjoint, d’autres font appel pour leur campagne électorale aux services de l’imprimerie Art et caractères, également liée au groupe [9].
Et puis il y a le projet d’autoroute A69, encore elle, pour laquelle Pierre Fabre s’est engagé personnellement, plaidant sa cause au plus haut sommet de l’État jusqu’à sa mort. L’industriel a pu compter sur le relais précieux de Bernard Carayon tout au long de ses années à l’Assemblée nationale. Ce que le politologue Emmanuel Négrier, spécialiste de l’extrême-droite dans la région Occitanie, appelle « un député d’entreprise » : « Comme naguère le sénateur Louis Souvet, ancien cadre chez Peugeot, et d’autres, ce sont des élus qui profitent de la représentation nationale pour défendre des intérêts privés avec lesquels ils sont en totale connivence sur leur territoire. »
C’est peu dire que les questions de genre semblent tout particulièrement hérisser Bernard Carayon
Dans le Tarn, personne n’a véritablement été surpris par l’agressivité de Bernard Carayon au moment de promouvoir l’A69. « C’est très difficile de débattre avec lui, son bagout et sa prestance verbale lui donnent un air d’autorité dont il aime jouer pour se mettre en position de supériorité », témoigne ainsi Julien Lassalle, candidat du NFP aux dernières législatives, qui croise le fer avec Bernard Carayon au sein de la communauté de communes Tarn-Agout. Pauline Albouy-Pomponne, conseillère municipale d’opposition à Lavaur, connaît mieux que quiconque les oukases de l’édile local : « Sa technique, c’est d’intimider et de pilonner ses adversaires d’attaques personnelles pour les décourager. » Elle-même dit avoir déjà songé à porter plainte pour harcèlement devant l’accumulation de ces « petites humiliations du quotidien » dont le maire est coutumier, en conseil municipal comme sur les réseaux sociaux : « C’est le refus de prononcer mon nom complet en choisissant toujours celui du mon mari, c’est ce ton très paternaliste avec lequel il s’adresse à moi – en prenant toujours soin de dire Madame LE conseiller municipal... »
C’est peu dire que les questions de genre semblent tout particulièrement hérisser Bernard Carayon. Fin 2021, ce dernier avait ainsi fait voter une délibération modifiant le règlement intérieur de la ville, afin de proscrire l’utilisation de l’écriture inclusive – « cet usage loufoque, importé des États-Unis par la pseudo-culture woke » – dans le journal municipal ou les actes administratifs. Une opposante politique raconte la « misogynie ordinaire » : « Les remarques déplacées sont monnaie courante. Il a déjà essayé de m’expliquer que les inégalités hommes-femmes provenaient de l’acte sexuel : c’est la ‘géographie des corps’, selon lui, qui justifierait les rapports de domination… »
Bernard Carayon n’habite pas à Lavaur, mais à la capitale où se trouve son cabinet d’avocat, dans les quartiers chics du 7ème arrondissement. Ce qui occasionne forcément quelques aménagements : « Les conseils municipaux ne sont pas programmés, on les apprend toujours cinq jours à l’avance, c’est à son bon vouloir », témoigne Pauline Albouy-Pomponne. Et quand Bernard Carayon n’est pas présent à Lavaur, il peut toujours compter sur les caméras de vidéo-surveillance, dont il a parsemé les rues de la ville – plus de 80 selon les chiffres de l’opposition. « L’insécurité quotidienne est de plus en plus violente. N’oublions pas que Lavaur est proche de l’agglomération toulousaine, avec des bandes qui peuvent, via l’autoroute, accéder très rapidement chez nous », expliquait-il en 2015, afin de défendre l’armement de ses policiers municipaux.
En juin 2023, Bernard Carayon a mené campagne contre le projet d’installation d’un CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asiles, ndlr) dans la commune tarnaise de Réalmont. Face aux manifestations de Patria Albiges, un groupe néofasciste en plein essor à Albi, et devant la crainte d’un nouveau « scénario à la Saint-Brévin » [10], les pouvoirs publics flanchent et abandonnent le projet en annonçant répartir les réfugiés sur l’ensemble du territoire. Nouveau coup de semonce de Bernard Carayon qui se fend d’un courrier adressé à tous les maires du département pour les enjoindre à refuser l’arrivée de « dizaines de milliers de migrants (sic), séjournant jusqu’à présent, irrégulièrement ou non, dans la région parisienne ». Une position qu’il développa par ailleurs dans une chronique sur Boulevard Voltaire, un média d’extrême-droite où il a ses habitudes : « Il faut être macroniste ou mélenchoniste pour rêver de faire vivre aux autres les joyeusetés de la banlieue à la campagne. »
Les manifestations d'activisme fasciste – les campagnes d’affichage « On est chez nous » de Génération identitaire, les milices d’extrême-droite sur le barrage de Sivens puis sur des contre-manifestations pro-A69, l’émergence de Patria Albiges – ont fleuri dans le Tarn ces dernières années
Arrivée dans le Tarn il y a vingt ans, Bérengère Basset énumère toutes les manifestations d’activisme fasciste – les campagnes d’affichage « On est chez nous » de Génération identitaire, les milices d’extrême-droite sur le barrage de Sivens puis sur des contre-manifestations pro-A69, l’émergence de Patria Albiges – qui ont fleuri dans le département en quelques années. « Existe-t-il des liens directs entre Bernard Carayon et ces mouvements-là ? Impossible à dire pour le moment, témoigne la co-secrétaire départementale de Solidaires dans le Tarn, également membre de Vigilance syndicale antifasciste. Mais à travers ses discours, Bernard Carayon est l’un des principaux agents de l’extrême-droitisation des esprits. On le retrouve sur tous les grands combats symboliques, et il bénéficie de vrais relais médiatiques pour agiter la panique morale dans la population. On le laisse mener sa barque beaucoup trop tranquillement. » En 2022, le Tarn élisait ainsi pour la toute première fois un député RN, Frédéric Cabrolier. Celui-là même qui s’est opposé, en 2023, aux côtés de Bernard Carayon, à la tenue d’un concert à Albi du rappeur Médine, symbole tout-trouvé d’islamogauchisme.
« Si le RN développe une telle hégémonie dans des territoires où il était historiquement faible, c’est d’une part parce qu’il bénéficie d’une reconnaissance politique par le biais de nouvelles alliances institutionnelles, et d’autre part parce qu’il se voit légitimer dans ses thématiques. Et Bernard Carayon joue exactement sur ces deux tableaux », analyse le politologue Emmanuel Négrier. Ce dernier nuance cependant : « Il ne faut pas sur-estimer l’influence et le leadership personnels de Carayon dans la région, ni sur-estimer non plus sa propre cohérence idéologique. Il y a aussi une forme d’opportunisme, au moment où la droite s’effondre sur son territoire et où le RN y conquiert des voix. Bernard Carayon n’hésitera pas à pactiser selon ses propres intérêts, quand bien même il ne se trouve pas aligné avec toutes les positions de ses partenaires, notamment en matière de politiques économiques. »
Ce que le premier concerné reconnaissait lui-même, lorsqu’il appelait la droite à s’allier avec le bloc d’extrême-droite lors des dernières législatives : « Faudrait-il s’interdire de partager la plateforme du RN qui ressemble à s’y méprendre à nos propres idées, à l’exception de la question économique ? »
Au fond, sa ligne politique ne serait pas si difficile à comprendre, à en croire Gérard Onesta, ancien député européen écologiste, et tarnais d’origine : « Extrêmement ferme dans le verbe, et extrêmement souple quand il faut ramper pour obtenir quelque chose. » Si, sur la question économique, les droites extrêmes restent taraudées par des lignes contradictoires, ultralibérales, souverainistes ou populistes, elles savent s’unir, comme souvent, pour s’attaquer à leurs ennemis communs : les écologistes, les ONG, les défenseurs de l’état de droit. Sur ce point-là au moins, Bernard Carayon aura toujours été cohérent.