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vendredi 3 avril 2026

UNE “NEP” AUX CARACTERISTIQUES CHINOISES ?

 Source https://www.librairie-tropiques.fr/2026/04/une-nep-aux-caracteristiques-chinoises.html

Notes pour une recherche

Bruno Guigue


     Les succès de la Chine contemporaine ne cessent d’interroger nos conceptions habituelles. Savons-nous seulement quels sont les ressorts de cette modernisation réussie, et quelles perspectives elle offre pour l’avenir du socialisme ? Une des questions fondamentales qu’il convient de se poser à propos de la Chine contemporaine est la suivante : de quelle nature est la formation sociale chinoise actuelle ? Qu’est-ce qui la spécifie en regard d’autres formations sociales ?
     Poser cette question centrale a pour vertu d’ouvrir deux pistes de réflexion, sur lesquelles ces quelques notes ont pour seule ambition d’ouvrir le débat et de stimuler les recherches.

    La  première piste de réflexion est la suivante : quels sont les modes de production qui figurent dans cette formation sociale, et comment s’articulent-ils ?
     
Quelle signification faut-il accorder à l’existence d’un secteur capitaliste en Chine ?
     Autrement, dit, quel est le mode de production dominant autour duquel se déploie la structure propre à cette formation sociale ?

     La deuxième piste de réflexion est la suivante : quelle est la genèse historique de cette formation sociale originale ? Quelles sont les étapes qu’elle a franchies pour parvenir au stade actuel ? Cette genèse historique présente-t-elle des similitudes avec la Nouvelle politique économique (NEP) menée par le pouvoir soviétique de 1921 à 1928 ? A-t-elle l’aspect d’une trajectoire linéaire, ou au contraire d’un processus itératif, marqué par des accélérations, mais aussi des retours en arrière ? 
     Il y a aussi une troisième piste de réflexion, qui est celle des perspectives ouvertes par l’accomplissement historique dont témoigne la Chine depuis 1949 : au-delà du “stade primaire du socialisme”, quels sont les objectifs propres aux étapes suivantes de cette modernisation ? La transition socialiste doit-elle encore être pensée, comme le veut la théorie marxiste classique, dans l’horizon du communisme ? Trop importante pour être traitée ici, cette piste de réflexion fera l’objet d’un travail ultérieur.
Reprenons donc les deux premières pistes de réflexion et tentons d’y cheminer autant que faire se peut, de manière nécessairement partielle et provisoire.

     Pour commencer, partons d’une observation que chacun peut faire : la Chine est une formation sociale singulière que la plupart des commentateurs, fussent-ils “sinologues”, peinent généralement à décrire ou à nommer. Le plus souvent, cette difficulté est imputable à des biais idéologiques aisés à deviner, mais elle traduit aussi parfois l’absence d’instruments intellectuels adéquats. C’est pourquoi, afin de traiter la question de façon rationnelle, il me semble indispensable de s’appuyer sur l’analyse marxiste des différents modes de production, de leur succession dans l’histoire et de leur combinaison au sein d’une formation sociale donnée.
     La question est en effet de savoir en quoi consiste précisément la formation sociale chinoise contemporaine, telle qu’elle se présente à l’observateur en 2026, et sur quelle base matérielle elle repose, avec les caractéristiques historiques qui sont les siennes. Or, dans ce travail d’analyse, il faut évidemment se déprendre d’un certain nombre de travers intellectuels dans lesquelles tombent de nombreux commentateurs.


     Le principal travers consiste à refuser de voir dans la formation sociale chinoise une formation complexe, hybride, caractérisée par la transition inachevée d’un mode d’organisation sociale à un autre. Certains observateurs, généralement hostiles à la République populaire de Chine, ont tendance à essentialiser le modèle chinois en recourant à des notions simplistes ou inadéquates. Ils définissent la formation sociale chinoise, par exemple, en la subsumant sous le concept commode de “capitalisme d’État ” ou de “socialo-capitalisme”, quand ils ne réduisent pas la Chine contemporaine à un mélange funeste de “capitalisme sauvage” et de “dictature totalitaire”. Autant de qualifications hâtives et caricaturales qui ne peuvent manquer d’induire en erreur, car elles omettent un fait essentiel : l’existence de rapports sociaux de type capitaliste en Chine n’implique nullement le caractère capitaliste de la société chinoise.

 

Capitalisme et capitalistes


     Dans certains milieux, on disait autrefois de l’URSS qu’elle était caractérisée par un “capitalisme sans capitalistes”, dans la mesure où elle apparaissait comme le modèle achevé d’un capitalisme d’État dans lequel l’appropriation privée des moyens de production était bannie au profit d’un robuste dirigisme étatique. Au nom du “prolétariat” ou du “peuple tout entier”, une nouvelle classe dominante, après avoir investi le pouvoir d’État, aurait saisi les rênes de l’économie et de la société. Sous couvert de socialisme, les rapports sociaux capitalistes auraient été reconduits au profit de cette nouvelle couche dominante, la “bureaucratie soviétique”. On ne se prononcera pas ici sur cette qualification, qui est sans doute partiellement erronée et fort discutable d’un point de vue historique. Ce qui est certain, c’est qu’elle ne correspond nullement à la situation de la formation sociale chinoise actuelle, qui se caractérise au contraire par la présence de capitalistes, mais sans capitalisme.
     Afin de faire la lumière sur ce paradoxe apparent, tournons-nous donc vers l’analyse marxiste des modes de production et des formations sociales. Rappelons qu’un mode de production, c’est l’ensemble constitué par les forces productives (la force de travail et les instruments de production) et les rapports de production, c’est-à-dire les rapports sociaux noués par les individus dans la sphère productive. Un mode de production, comme son nom l’indique, désigne une manière de produire les biens matériels indispensables à l’existence des individus qui vivent dans une formation sociale donnée. Sans entrer dans le détail de la théorie marxiste, il suffit de retenir à ce stade que le mode de production constitue la base matérielle de l’existence des hommes et qu’il qualifie la formation sociale déterminée dans laquelle cette base matérielle joue un rôle déterminant.


     Or c’est ici qu’une précision s’impose : l’articulation entre la formation sociale et le mode de production implique aussi que, dans toute formation sociale, il n’existe pas un seul mode de production : la plupart du temps, il en existe au moins deux, et parfois beaucoup plus. Parmi ces modes de production, l’un d’entre eux est dit “dominant” et les autres “dominés”. Ces derniers sont soit des survivances du passé de l’ancienne formation sociale, soit des modes de production en train de naître dans le présent même de la formation sociale. Cette précision est importante, car cette pluralité des modes de production, inséparable de la prédominance d’un mode de production sur les autres, permet de rendre compte de la complexité des faits observables dans toute formation sociale concrète. Et c’est aussi cette pluralité inégale des modes de production qui permet de déceler les tendances contradictoires qui s’affrontent dans la formation sociale considérée et qui constituent, pour cette raison, le moteur de son histoire.
     Revenons maintenant à la formation sociale chinoise contemporaine et à ce qui nous intéresse ici, à savoir sa composition organique, c’est-à-dire l’articulation spécifique entre les modes de production qui concourent à son existence historique.
     Pour tenter de la déceler, il faut d’abord procéder à une photographie, nécessairement descriptive dans un premier temps, de cette pluralité concrète qui caractérise la formation sociale chinoise actuelle.
     Mais avant de présenter cet inventaire des modes de production à l’œuvre en Chine, il faut bien préciser un point qui me semble essentiel.
     Comme tout le monde, les Chinois vivent dans une société déterminée, une “formation sociale” concrète, caractérisée par la prédominance d’un mode de production déterminé. Mais quel
     est ce mode de production ? Car il ne suffit pas qu’une formation sociale existe pour qu’elle possède son propre mode de production. Une formation sociale capitaliste, comme les États-Unis par exemple, se caractérise par un mode de production dominant, le mode de production capitaliste. Mais une société socialiste comme la société chinoise, en revanche, possède-t-elle pour autant un mode de production socialiste ? Si cette expression n’existe pas chez Marx, Engels et Lénine, c’est parce qu’aux yeux de la théorie marxiste une formation sociale peut être en transition entre deux modes de production, sans avoir un mode de production exclusif. Durant cette période transitoire, qui peut être extrêmement longue, les éléments de la société future ont tendance à prendre le dessus sur les éléments de la société passée, modifiant peu à peu la composition organique de la formation sociale. Et cette situation n’a rien d’anormal : elle est l’effet direct du développement des forces productives et des luttes de classes qui traversent toute formation sociale.


     Ce point étant éclairci, faisons l’inventaire des modes de production de la formation sociale chinoise.


     Quels sont, précisément, ces modes de production dont la combinaison fournit son ossature matérielle à la formation sociale chinoise contemporaine ?


     1. Premièrement, le mode de production socialisé, c’est-à-dire le mode de production caractérisé par l’existence d’unités de production économique dont la propriété du capital est une propriété publique.
     Ces unités de production sont principalement les grandes entreprises d’État qui détiennent, en Chine, les secteurs-clés de l’industrie comme la sidérurgie, l’énergie (le charbon, le gaz, l’électricité, le pétrole et le nucléaire), mais aussi les infrastructures de transport et l’industrie de l’armement. Particulièrement intensifs en capital, ces secteurs stratégiques sont la propriété exclusive de la puissance publique qui les contrôle à travers un réseau de 325 000 entreprises publiques disséminées sur l’ensemble du territoire aux niveaux national, régional et local. Mais à l’intérieur de ce vaste secteur public largement décentralisé, c’est surtout par le truchement de 97 très grandes entreprises que l’État central détient l’essentiel du capital industriel, soit 55 % des actifs de toutes les entreprises, publiques et privées, du pays.
     Appartiennent aussi à ce vaste secteur public les innombrables établissements bancaires qui contrôlent 80 % des actifs de cette catégorie dans l’ensemble du pays. En Chine, c’est le réseau des banques publiques, et non les institutions financières privées, qui assure de manière prépondérante le financement de l’économie. Cette prédominance du secteur public est fondamentale : elle affranchit la sphère financière de la rapacité des actionnaires privés et l’ordonne aux impératifs du développement planifié de l’économie. Loin de cette domination des intérêts privés qui caractérise les pays capitalistes, la socialisation de la finance redouble celle de la production et consolide l’ossature publique de la structure sociale. Aussi l’activité boursière est-elle peu développée en Chine : la somme des capitalisations boursières chinoises sur les places de Shanghai et Hong Kong demeure largement inférieure à celle de leurs homologues occidentales, alors même que l’économie chinoise calculée en PPA occupe la première place mondiale. Que la part de la Chine dans la sphère productive soit inversement proportionnelle à sa part dans la sphère spéculative n’est donc pas le fait du hasard, mais un effet de structure.
     Il résulte des deux points précédents que le mode de production dominant, au sein de la formation sociale chinoise, ne peut être que le mode de production socialisé. Cette prédominance revêt trois aspects. Elle est d’abord quantitative : la puissance publique contrôle l’essentiel du capital industriel et du capital financier. Mais elle est également qualitative : en occupant les hauteurs stratégiques de l’économie, l’État les met au service du développement global. En déliant les secteurs-clé de l’exigence de rentabilité à court terme, la planification étatique oriente l’activité économique dans une direction conforme à l’intérêt général. Cette prédominance du secteur public en amont de la chaîne de valeur influe notamment sur la formation des prix : elle rend possible une politique de bas coût des intrants qui sont fournis à l’ensemble de l’économie. Ce qui explique la capacité du secteur productif à satisfaire les besoins de la population sur le marché intérieur (il suffit de vivre en Chine pour y mesurer l’absence de tensions inflationnistes), mais aussi la compétitivité internationale de l’économie chinoise, laquelle a constitué l’un des moteurs de son développement au cours des vingt dernières années.

     J’ajouterai une remarque lexicale pour finir : contrairement à d’autres auteurs, j’emploie l’expression “mode de production socialisé”, et non “mode de production étatique” ou “mode de production socialiste”. Le terme “socialisé” indique clairement, en effet, que l’existence de ce mode de production résulte d’un processus (la révolution socialiste) et que sa caractéristique principale réside dans la propriété sociale (ou publique) du capital. En revanche, la notion de “mode de production étatique” me parait réductrice : l’État n’est pas le seul intervenant dans la gestion du secteur public, et les collectivités locales jouent un rôle essentiel dans un système qui est très décentralisé. Quant au “mode de production socialiste”, cette expression ne correspond pas à la réalité : la formation sociale chinoise étant une formation en transition, c’est cette transition qui est socialiste, et non tel ou tel des modes de production qui lui fournissent sa base matérielle. En somme, le mot “socialisme” ne peut pas désigner, à la fois, le tout et la partie.


     2. Deuxièmement, le mode de production capitaliste, lequel existe bel et bien dans la formation sociale chinoise, depuis qu’il a été réintroduit au début des années 1990 par les réformes de Deng Xiaoping.
     Ce secteur capitaliste joue un rôle important dans un certain nombre de domaines qui ont nécessité des capitaux, des compétences et des technologies indispensables à la modernisation du pays et dont ne disposait pas immédiatement la puissance publique. Au début des réformes, ces apports de capitaux privés provenaient surtout de la diaspora chinoise d’outre-mer, puis ils sont venus pour une part grandissante des capitalistes nationaux et des investisseurs extérieurs. Relèvent en effet du mode de production capitaliste les entreprises privées à capitaux étrangers qui se sont installées progressivement depuis les années 1990 sur le sol chinois. Ces investissements directs étrangers (IDE) ont été encouragés, de manière sélective, par les autorités du pays, afin d’y créer des emplois et de favoriser les transferts de technologies. C’est notamment grâce à cette ouverture internationale que l’économie chinoise a connu une nouvelle phase de son développement dans les années 2000.
     Loin de constituer le mode de production dominant, le mode de production capitaliste a donc été réintroduit en Chine sous le contrôle de l’État socialiste afin d’obtenir des capitaux et des technologies, mais aussi pour stimuler l’effort de modernisation des entreprises nationales sous l’aiguillon de la concurrence étrangère. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce pari de la modernisation sous la contrainte externe a été largement gagné. L’apport du capital privé a été judicieusement calculé par les autorités chinoises afin de doper la croissance endogène, sans mettre en péril la souveraineté économique du pays ni s’exposer aux extravagances du marché provoquées par les crises cycliques du capitalisme mondial. Appliquant le principe maoïste selon lequel il faut “chercher la vérité dans les faits”, les planificateurs chinois ont expérimenté les vertus d’un secteur capitaliste circonscrit au nécessaire et sévèrement rappelé à l’ordre lorsqu’il outrepassait ses prérogatives de force d’appoint.
     Au demeurant, les dizaines de Chinois richissimes qui ont été sanctionnés depuis quinze ans (y compris, dans un cas extrême, au moyen de l’exécution capitale), que ce soit pour leurs malversations financières, leurs interventions intempestives ou leur pratiques monopolistiques, témoignent des limites de l’influence du mode de production capitaliste en République populaire de Chine. On conviendra qu’il est difficile, dans ces conditions, d’inférer le caractère “capitaliste” de la formation sociale chinoise de la présence de “capitalistes” en son sein.
     Mais l’aspect le plus intéressant, dans cette réhabilitation sous conditions du capitalisme, concerne sans doute les transferts de compétences attendus par les responsables chinois. Après tout, c’est avec les hommes d’aujourd’hui qu’il faut construire le socialisme de demain, et dans un contexte de pénurie il faut savoir utiliser les ressources disponibles. Lorsque Mao Zedong, dans le cadre de la “démocratie nouvelle” (1949-1953), a classé la “bourgeoisie nationale” au rang des “classes révolutionnaires”, il songeait surtout à utiliser les compétences techniques de cette classe sociale instruite : des entrepreneurs privés sont ainsi devenus les directeurs de leur propre usine, désormais placée sous le contrôle des syndicats et mise au service de la révolution.

     A l’adresse de ceux qui jugent rédhibitoire d’un point de vue marxiste la participation des capitalistes à la transition socialiste, il faut citer ce que disait Lénine en avril 1921 dans sa brochure “Sur l’impôt en nature” à propos des “concessions” accordées au “capital privé” au nom d’un “capitalisme d’État” qu’il concevait comme “l’antichambre du socialisme” : “Nous payons un certain tribut au capitalisme mondial, nous lui payons une rançon”, et “nous ne devons pas craindre d’avouer que nous pouvons et devons encore beaucoup apprendre des capitalistes”. Certes, “cela peut sembler paradoxal : le capitalisme privé dans le rôle d’auxiliaire du socialisme ? Mais cela n’a rien d’un paradoxe, c’est un fait économique, absolument incontestable”. La vérité, c’est que “le capitalisme est un mal par rapport au socialisme, mais qu’il est un bien par rapport au Moyen Age, par rapport à la petite production, par rapport au bureaucratisme qu’engendre l’éparpillement des petits producteurs”. Et puisque “nous ne sommes pas encore en mesure de réaliser le passage immédiat de la petite production au socialisme, le capitalisme est dans une certaine mesure inévitable, comme une conséquence naturelle de la petite production. Nous devons donc utiliser le capitalisme, (surtout en l’orientant dans la voie du capitalisme d’État) comme maillon intermédiaire, conduisant de la petite production au socialisme. Nous devons l’utiliser comme moyen, voie, procédé, modalité, permettant d’augmenter les forces productives”.


         3. Troisièmement, le mode de production familial qui est encore largement prépondérant dans l’agriculture chinoise.
     Ce mode de production a connu une histoire singulière : sous sa forme actuelle, il résulte des réformes des années 1980 consécutives au démantèlement des structures collectives créées dans les années 1950. Au lendemain de la victoire sur l’envahisseur japonais, en 1945, les terres appartenant aux propriétaires fonciers ont été redistribuées à la paysannerie pauvre, et cette redistribution massive a été entérinée par la grande loi agraire de 1950. Cette révolution paysanne a mis fin aux rapports sociaux de domination qui livraient la majorité des paysans à une exploitation féroce. Elle a généré une agriculture formée d’une multitude de petites exploitations familiales dont la productivité, trop faible, ne permettait pas un véritable décollage de la production agricole. C’est pourquoi Mao Zedong a lancé en 1953 la collectivisation des terres, achevée en 1957, qui a donné naissance aux fameuses “communes populaires” dans lesquelles les cultivateurs travaillaient, pour l’essentiel de leur temps de travail, au profit de la collectivité.
     Avec la modernisation des équipements, la généralisation de l’usage des engrais, la sélection de plus en plus rigoureuse des semences, les conditions techniques de la production ont progressivement changé. Le collectivisme intransigeant des communes populaires a été peu à peu atténué et les paysans ont pu cultiver un lopin individuel. Après la “Révolution culturelle” (achevée en 1976), les autorités ont décidé, dans le cadre des nouvelles réformes, de rétablir le système de l’exploitation familiale afin de stimuler la productivité de ces unités autonomes de production que constitueraient désormais les fermes familiales. L’agriculture chinoise telle qu’elle existe aujourd’hui est donc le résultat combiné de trois processus historiques : une redistribution égalitaire des parcelles entre les familles paysannes (acquise en 1950 et renouvelée en 1984 après la dissolution des communes populaires), une succession de progrès techniques due aux investissements réalisés durant la période maoïste, et enfin une libéralisation des marchés agricoles dans le cadre des réformes de Deng Xiaoping. Le mode de production dominant dans l’agriculture chinoise est donc le mode production familial, la famille paysanne étant liée contractuellement avec les collectivités locales (au nom de l’État), et bénéficiant d’un droit héréditaire et exclusif à l’exploitation d’une parcelle attribuée en fonction du nombre d’habitants.
     Lorsque les enfants ne veulent pas reprendre l’exploitation agricole de leurs parents, l’usage de la terre peut être loué à d’autres cultivateurs, ce qui explique la taille très variable des exploitations existantes. Mais la terre ne peut pas être vendue, puisqu’elle appartient à l’État qui en est le propriétaire ultime, et ce sont les collectivités locales qui en organisent l’attribution en fonction des besoins, agricoles et non agricoles. Au total, ce système donne aux exploitants une grande autonomie de gestion, et le contrat avec l’État leur garantit de surcroît un véritable droit à la terre. La famille paysanne, en vertu de la loi, est l’attributaire exclusive d’une parcelle qui lui fournit l’essentiel de sa subsistance et lui permet de commercialiser librement ses produits sur le marché. Notons cependant que ce mode de production familial ne va pas sans une contradiction entre la propriété publique de la terre, favorable au maintien d’une agriculture parcellaire de petite dimension, et la propriété privée de la production, obéissant aux lois du marché et à ses contraintes de compétitivité. Ajoutons à ce tableau que l’agriculture chinoise, pas plus que les autres secteurs, n’est chimiquement pure : elle comprend aussi des éléments empruntés à d’autres modes de production lorsqu’elle recourt au travail salarié ou requiert des investissements importants dans les secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui est le cas de certaines productions commerciales.


         4. Quatrièmement, le mode de production individuel, incarné par des personnes physiques qui exercent une activité artisanale, tertiaire ou libérale, de manière quasiment indépendante (souvent dans un cadre familial) sans avoir le statut de salarié, ni celui de patron.
     Très nombreuses en Chine, ces petites entreprises individuelles (qui correspondent en gros au statut d’auto-entrepreneur tel que nous le connaissons) ne relèvent évidemment pas du secteur capitaliste : elles ignorent le plus souvent l’emploi de travailleurs salariés et reposent sur la valorisation d’un travail individuel ou familial. Et cela, même si leur activité se déploie dans un environnement qui est lui-même hybride, puisque le travailleur individuel doit côtoyer des entreprises privées de taille variable dont il dépend parfois et avec lesquelles il noue toutes sortes de rapports.
     Notons que cette très petite entreprise existait déjà durant l’époque maoïste, mais de façon résiduelle, dans les interstices d’une économie largement collectivisée. Avec les réformes, ce mode de production a connu un essor considérable dans les villes comme dans les campagnes. Favorisée par les nouvelles habitudes de consommation, elle a aussi été encouragée par les autorités, lorsqu’elles ont officiellement reconnu la liberté d’entreprendre et la propriété privée. L’appel à l’initiative individuelle et l’appât du gain ont stimulé le développement de toute une série d’activités légères, très faibles en capital, et reposant pour l’essentiel sur l’ardeur à la tâche du travailleur individuel ou du petit entrepreneur : petit commerce, restauration, transport de personnes, etc.


         5. Cinquièmement, le mode de production coopératif, qui s’est développé de manière exponentielle dans la phase de transition.
     L’exemple le plus emblématique de la puissance du secteur coopératif en Chine, c’est très certainement l’entreprise Huawei, dont le capital est détenu par les salariés, le fondateur de l’entreprise, ancien colonel de l’Armée populaire de libération, ne détenant lui-même que 1 % de ce capital. Naturellement, cette entreprise n’est pas cotée en bourse et elle est donc l’affaire de ses salariés-associés, manifestement recrutés sur des critères de compétence au vu des prouesses technologiques accomplies par cette entreprise de très haut niveau, qui dame le pion aux multinationales occidentales de la même catégorie. Mais la coopération a fait également un retour spectaculaire dans le monde agricole. Afin d’améliorer les performances du secteur, une loi votée en 2007 a prévu des financements publics pour faciliter la mise en place de “coopératives spécialisées”. Le système des petites parcelles éparpillées ayant révélé ses limites, la création de coopératives permet désormais de mutualiser les moyens et d’investir dans des techniques agricoles plus modernes, augmentant les surfaces cultivables et le rendement des exploitations. Aujourd’hui, on compte deux millions de coopératives, regroupant la moitié des familles paysannes. Singulière ironie de l’histoire, qui voit le retour en force d’un esprit coopératif que l’on croyait rangé au magasin des accessoires depuis le démantèlement des communes populaires et le partage des terres collectives.
     Il est particulièrement intéressant, à ce propos, de rappeler ce que Lénine, dans La Pravda du 26 mai 1923, disait des coopératives. “Il est certain que dans un État capitaliste, les coopératives sont des institutions capitalistes collectives. Sous le capitalisme privé, les entreprises coopératives se distinguent des entreprises capitalistes comme les entreprises collectives se distinguent des entreprises privées”. Or tout change avec la révolution socialiste. “Dans notre régime actuel, les entreprises coopératives se distinguent des entreprises capitalistes privées comme entreprises collectives, mais elles ne se distinguent pas des entreprises socialistes, si la terre où elles sont bâties et les moyens de production appartiennent à l’État, c’est-à-dire à la classe ouvrière. On oublie donc que grâce au caractère particulier de notre régime politique, la coopération acquiert chez nous une importance tout à fait exceptionnelle”. Quel est le rapport entre la coopération et le socialisme ? La réponse de Lénine est on ne peut plus claire. “Aujourd’hui, nous sommes en droit de dire que le simple développement de la coopération s’identifie au développement du socialisme”.


     Une NEP aux caractéristiques chinoises ?


     Cette photographie des modes de production en vigueur dans la formation sociale chinoise a le mérite de souligner son pluralisme constitutif : le système chinois actuel associe différents modes de production, différents régimes de propriété et différentes classes sociales. Loin de toute utopisme, il ne prétend pas avoir aboli la division interne de la société et les inégalités qui la traversent. Ce pluralisme assumé constitue-t-il une anomalie en regard de la transition socialiste ? Comme on l’a vu plus haut, toute formation sociale historiquement déterminée comprend plusieurs modes de production tout en ayant un mode de production dominant. Et dans le cas de la Chine contemporaine, formation de transition qui est encore au “stade primaire du socialisme”, c’est le mode de production socialisé qui est le mode de production dominant.
     Pour citer encore Lénine, on sait qu’il s’est livré devant ses camarades, dans une brochure de 1918 sur “L’économie actuelle de la Russie”, à un exercice analytique comparable. Décrivant la transition en cours dans la Russie des soviets, il rappelle que “le régime actuellement existant renferme des éléments, des parcelles, de petits morceaux de capitalisme et de socialisme”.
     Quels sont ces éléments relevant de “différents régimes de l’économie sociale” ? Le premier élément, dit-il, c’est “l’économie paysanne patriarcale”. Le deuxième élément, c’est “la petite production marchande”, cette catégorie comprenant “la plupart des paysans qui vendent du blé”. Le troisième élément, c’est “le capitalisme privé”. Le quatrième, c’est “le capitalisme d’État”. Le cinquième, “c’est le socialisme”.
     ”La Russie est si grande et si variée”, dit-il, “que toutes ces diverses formes économiques et sociales s’y entremêlent, et c’est ce qui fait l’originalité de la situation”.
     Parmi ces éléments, quels sont ceux qui prédominent ? “Dans un pays de petite paysannerie, poursuit Lénine, c’est l’élément petit bourgeois qui prédomine et ne peut pas ne pas prédominer”. La majorité des cultivateurs étant de “petits marchands”, le problème de la transition sera donc de faire prévaloir le socialisme, peu à peu, sur la petite production marchande.
     Mais cette transition, Lénine la conçoit comme un processus qui prendra beaucoup de temps, par étapes successives, sans forcer le mouvement au risque de faire échouer l’entreprise. Avec la nouvelle politique économique (NEP), la Russie soviétique a pris en 1921 la direction d’une transition de longue durée accompagnée d’une “révolution culturelle” (ce sont les mots de Lénine) destinée à élever le niveau de la population. “Nous n’avons jamais été des utopistes, et nous n’avons jamais pensé que nous allions construire la société communiste avec les mains bien propres de communistes proprets, qui doivent naître et s’éduquer dans la société communiste pure. Ce sont là des contes d’enfants. Nous devons bâtir le communisme avec les débris du capitalisme”. Car “le prolétariat n’est pas exempt des défauts et faiblesses de la société capitaliste. Il lutte pour le socialisme et en même temps, il combat ses propres insuffisances”. Certes, “nous élèverons la culture de la campagne, mais c’est là une affaire de longues, très longues années”.
     Pour conduire cette transition de longue durée, et compte tenu des circonstances, Lénine a la conviction qu’il faut d’abord recourir au capitalisme d’État. “Le socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organisée selon le dernier mot de la science moderne. Il est impossible sans une organisation méthodique réglée par l’État, et qui impose à des dizaines de millions d’hommes la stricte observation d’une norme unique dans la production et la répartition des produits. Nous marxistes, l’avons toujours dit”. En effet, “ce n’est pas sans raison que les maîtres du socialisme ont parlé de toute une période de transition du capitalisme au socialisme, ce n’est pas sans motif qu’ils ont insisté sur les longues douleurs de l’enfantement de la nouvelle société, cette dernière étant elle aussi une abstraction, incapable de devenir une réalité autrement qu’à la suite d’une série de tentatives concrètes, variées et imparfaites pour fonder tel ou tel État socialiste”. Or “le capitalisme de monopole de l’État est la préparation matérielle la plus complète du socialisme, l’antichambre du socialisme, l’échelon historique qu’aucun autre échelon intermédiaire ne sépare de l’échelon appelé socialisme”.


     Sous l’égide de l’État prolétarien, quelle est notre politique économique, demande Lénine en 1921, lorsqu’il lance la NEP ? Notre politique, c’est de “donner aux petits paysans, en échange du blé, tous les produits dont il ont besoin et que fournit la grosse industrie socialiste”. C’est pourquoi il ne faut pas “bloquer le développement des échanges privés non pratiqués par l’État, c’est-à-dire du commerce, c’est-à-dire du capitalisme”. Car c’est “un développement inévitable” lorsqu’il y a “des millions de petits producteurs”. Entraver ces échanges, ce serait “une sottise et un suicide pour le parti qui aurait essayé de le faire, une sottise, parce que cette politique est économiquement impossible, un suicide, parce que les partis qui essaient de pratiquer une politique de ce genre aboutissent à une faillite certaine”. Ce que nous devons faire, “ce n’est pas bloquer le développement du capitalisme, mais s’appliquer à l’orienter dans la voie du capitalisme d’État, chose économiquement possible, puisque le capitalisme d’État existe sous une forme ou sous une autre partout où il existe des éléments de commerce libre et de capitalisme en général”. C’est pourquoi “l’État prolétarien doit devenir un patron prudent, soigneux et habile, un négociant en gros consciencieux. Sinon il ne pourra pas mettre debout, économiquement, ce pays de petits paysans”. Il ne faut pas oublier, en effet, que “la misère et la ruine sont telles que nous ne pouvons pas rétablir d’emblée la grosse production socialiste, les grandes usines de l’État”. Nous devons donc aider “la petite industrie qui ne demande pas de machines et qui est à même d’apporter une aide immédiate à l’économie paysanne et de relever ses forces productives”. Et cela, même si, “à la faveur d’une certaine liberté du commerce, renaissent la petite bourgeoisie et le capitalisme”.


     Chacun connaît l’issue historique de la NEP et le tournant adopté par la politique soviétique à partir de 1929 : la mise en œuvre du premier plan quinquennal, l’industrialisation accélérée et la collectivisation de l’agriculture. Mais ce qu’un tel détour par Lénine et la NEP permet de comprendre, c’est que la transition socialiste, quelles que soient les circonstances, doit toujours composer avec la pluralité des modes de production. Et ce qu’illustre la voie chinoise vers le socialisme, c’est précisément l’acceptation de cette réalité objective. Avec la “démocratie nouvelle” théorisée en 1940, Mao Zedong avait déjà pris acte de la réalité concrète de la formation sociale chinoise dont le parti communiste parvenu au pouvoir assumerait désormais le pesant héritage. “Le prolétariat, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale” constituent, aux yeux de Mao, les “quatre classes révolutionnaires” avec lesquelles la Chine nouvelle fondée en 1949 va s’engager sur la voie du socialisme. Mais cette orientation initiale sera sérieusement révisée à partir du premier plan quinquennal (1953-1957), lorsque lui succédera la “construction des bases du socialisme”. Avec la collectivisation de l’agriculture et la création d’une puissante industrie d’État, la formation sociale chinoise se dote d’un mode de production socialisé qui deviendra, au cours de la période maoïste, son mode de production quasi exclusif. Société collectiviste, égalitaire et frugale, la Chine de Mao expérimente une forme de socialisme inédit, dont le point culminant sera atteint durant la Révolution culturelle (1966-1976).
     La question de savoir si cette “révolution dans la révolution” a été condamnée par ses propres excès est une question que les communistes chinois ont tranchée en 1981 en la qualifiant de “déviation gauchiste”. Ce qui est sûr c’est que la politique nouvelle, celle des “quatre modernisations” qui sera engagée à partir de 1978, marque un changement de cap économique dont les effets se font sentir jusqu’à aujourd’hui. Tandis que l’État socialiste conserve le contrôle des principaux moyens de production, l’agriculture est restituée à l’exploitation familiale et les activités tertiaires confiées au secteur privé. Loin de constituer le mode de production exclusif, le mode de production socialisé, celui des entreprises d’État, fournit l’ossature de l’économie. À l’intérieur d’un vaste secteur privé émerge une nouvelle couche sociale qui n’est pas sans ressembler à la “bourgeoisie nationale” des années 1949-1953, la principale différence résidant dans le fait que cette néobourgeoisie se voit légitimée dans ses prérogatives, puisque la propriété privée et l’initiative individuelle sont désormais consacrées par la loi et même par la Constitution. 
     Il en résulte une composition organique originale, où le mode de production socialisé domine, de toute sa hauteur, les autres modes de production, lesquels se voient attribuer différents segments de l’activité économique et sociale. D’une certaine façon, on peut donc interpréter “la réforme et l’ouverture” engagées depuis les années 1980 comme une sorte de “NEP aux caractéristiques chinoises”, puisqu’on y retrouve à peu près les mêmes ingrédients : le monopole du pouvoir exercé par le parti communiste, la direction planifiée de l’économie par l’État socialiste, la prédominance du mode de production socialisé, la coexistence avec d’autres modes de production comme l’agriculture familiale, la petite production marchande et une forme de capitalisme tolérée dans les limites de la transition socialiste. Remarquons toutefois que la ressemblance s’arrête à cette description empirique des différents modes de production. Car le processus historique qui lui a donné naissance est évidemment très différent. Dans la Russie des soviets, la NEP visait à développer les forces productives en libéralisant le commerce et en stimulant la production agricole. Au lendemain, de la période dramatique du “communisme de guerre”, qui avait vu l’État prolétarien naissant imposer des prélèvements sur la production de manière autoritaire, il s'agissait de desserrer l’étreinte créée par la guerre civile : pour libérer l’activité productive, il fallait accepter, durant une certaine période, le développement du capitalisme et la permanence de la petite production marchande.


     En Chine , “la réforme et l’ouverture” avaient pour vocation, comme la NEP de Lénine, de stimuler le développement des forces productives en libérant d’abord les énergies de la paysannerie, puis celles du secteur privé renaissant dans les villes. Et dans les deux cas, la pluralité restaurée des modes de production s’est accompagnée de la prédominance du mode de production socialisé. Mais dans le cas de la Russie soviétique, l’arriération économique était imputable à l’état de délabrement de l’économie russe, légué par le régime tsariste. En Chine, l’état d’arriération de l’économie était dû, selon les dirigeants chinois, à la stagnation provoquée par la “Révolution culturelle”. Ainsi, non seulement les prémisses historiques des deux périodes ne sont pas les mêmes, mais la situation est diamétralement opposée. Pour les bolcheviks au pouvoir, en 1921, la NEP vient réparer les dégâts causés par la guerre civile et préparer la collectivisation à venir. Pour les communistes chinois, en 1978, “la réforme et l’ouverture” viennent réparer les errements d’une collectivisation excessive. Lorsque les Chinois s’engagent dans les réformes, ce n’est pas un répit rendu nécessaire par la régression économique, mais le début d’une nouvelle phase historique : après avoir fait l’expérience d’un collectivisme rigide, le parti communiste chinois comprend qu’il faut changer de méthode pour parvenir au socialisme.
     C’est la raison pour laquelle la politique adoptée par les Chinois en 1978, à l’opposé de la NEP, s’inscrit délibérément dans une temporalité extrêmement longue. Lorsque le PCC adopte la théorie du “stade primaire du socialisme”, en 1987, il sait que cette orientation sera valable pour les décennies à venir, et Deng Xiaoping parlera de 2049 comme d’un horizon raisonnable pour l’achèvement de la modernisation socialiste.

 


     La “NEP aux caractéristiques chinoises”, par conséquent, risque fort d'être autre chose qu’une simple parenthèse ou qu’un simple répit. Tout indique au contraire que la composition organique de cette formation sociale qu’est la Chine contemporaine a atteint un point d’équilibre et que, pour les dirigeants chinois, la prédominance du mode de production socialisé garantit que le pays ne déviera pas de la voie socialiste. Il n’y a aucune raison d’envisager de faire disparaître les autres modes de production, des lors que cette pluralité organique, sous le régime socialiste, a permis le développement spectaculaire de l’économie chinoise au cours des vingt dernières années. Si “la pratique est le seul critère de la vérité” (Mao), il faut mettre les idées à l’épreuve de la pratique pour vérifier si ce sont des idées justes. Or la pratique a montré qu’une économie mixte régulée par un État planificateur permettait d’atteindre un niveau de développement jamais atteint et manifestait son éclatante supériorité sur les autres modèles de développement.


     Lorsque Deng Xiaoping a lancé les réformes, il les avait justifiées en disant que “nous avons 20 à 30 ans de retard sur les pays avancés en matière de développement de la science et de la technologie”, qu’il fallait “absolument combler ce retard”, et c’est pourquoi il fallait “stimuler la croissance des forces productives et conduire à l’amélioration de la vie matérielle et culturelle du peuple chinois”. Le modèle socialiste et le modèle capitaliste doivent être jugés sur leurs résultats, et non en fonction d’idées abstraites. “Si le taux de croissance des forces productives dans un pays socialiste est inférieur à celui des pays capitalistes sur une longue période historique, comment pouvons-nous parler de la supériorité du système socialiste ?” Les succès de la modernisation chinoise chinois depuis le lancement des réformes sont la vérification pratique que cette orientation était adéquate. Comment le nier ? Du point de vue matérialiste des réalisations concrètes, le système adopté par la Chine sous l’égide de Deng Xiaoping et consolidé sous la direction de Xi Jinping a fait la preuve de sa solidité et de son efficacité. Il a conjugué une très forte croissance économique et une remarquable stabilité sociale. Les Chinois vivent de mieux en mieux, dans un pays qui a éradiqué la misère et l’analphabétisme. “Le capitalisme se développe depuis plusieurs centaines d’années, rappelait Deng Xiaoping. Depuis combien de temps construisons-nous le socialisme ? Si nous pouvons faire de la Chine un pays modérément développé dans les cent ans suivant la fondation de la République populaire, ce sera une réalisation extraordinaire”.

 

Bruno Guigue

 

jeudi 5 mars 2026

El Ataque a Irán es el último paso antes del Gran Israel y la subyugación china

 FUENTE https://follow.it/mail?t=l43tk52sgu4ger2knnpxuz32pf5g2qseoe3fgstfiqwwq3rznrza

 

El 28 de febrero 2026 Estados Unidos e Israel atacan Irán. Lo que está detrás del ataque de Estados Unidos a Irán no es un cambio de régimen cualquiera, es la reconstrucción del Gran Israel, un plan paralizado por Irán durante muchos décadas, sino siglos, y la subyugación de China, en un mismo movimiento, mediante el desarme de Irán. 


Todos pierden: Europa, EEUU, Irán, China...¿Alguien gana? Wall Street ¿Por qué victoria de Wall Street? Porque afianza a Israel en su condición de estado necesario intermediario y gestor entre Este y Oeste en el centro de gravedad del mundo, y le permite avanzar en su proyecto del Gran Israel. Porque Wall Street y el Gran Israel son lo mismo.

¿Por qué Irán? 6 puntos de interés

Irán es una Potencia regional, ya que dispone de estados vasallos, pero su soberanía no deja de estar sometida a la sanción de las Grandes Potencias (EEUU, Rusia y China). En su órbita actualmente entran Líbano, Yemen y una gran panoplia de ejércitos guerrilleros, así como facciones en Líbano, Irak y Siria.
  
Tiene 2 puntos de interés geoestratégicos globales:
- Control del estrecho de Ormuz, y los flujos petroleros. 
- Productor petrolero de primer orden.

Tiene 4 puntos de interés geoestratégicos particulares para las potencias:

1 Eje China-Rusia: Nodo de la Ruta de la Seda china, entre el eje este-oeste Pekín-Suez con el eje Norte-Sur Teherán-Moscú. Es decir, es una gran vía de suministros Rusia-China.
Sin embargo, este puesto privilegiado no reporta los beneficios económicos previsibles a Irán, no evita las sanciones, ni permite la libre comercialización petrolera ni la modernización del país, no evita la infiltración y tráfico de drogas, no permite su modernización ni rearme en la cantidad suficiente como para disuadir un ataque sio-euro-estadounidense, no finaliza el conflicto baluco ni kurdo.

2 Rusia: Irán estabiliza militarmente su flanco sur, incluido Mar Negro y Cáucaso, impidiendo revueltas y alzamientos que deriven en golpes de estado e intervenciones militares.
Sin embargo, esta estabilización no evita la infiltración de EEUU en los propios gobiernos de Georgia, Kazajistán y Armenia, la infiltración estadounidense vía Afganistán, la infiltración turca vía Turkmenistán. No para el flujo de drogas proveniente de la misma región ni permite la expansión de sus productos no militares.

3 China: Irán controla y suministra petróleo, controla rutas de materias primas provenientes de África. 
Sin embargo, estas materias primas China también las obtiene sobre todo comerciando con la India y su ruta, el Collar de Perlas. La India no está sancionada por USA-UE-Sion, y posee una gran flota en el Índico, lo cual le permite superar a Irán como socio comercial. Y se han abierto nuevas vías con Moscú, tanto terrestres como las del Ártico, incluidos numerosos oleoductos.

4 Eje Estados Unidos-UE-Israel: obtienen petróleo barato de Irán por vías alternativas y frenan su desarrollo gracias a las sanciones, lo que además permite mantener el precio bajo.
Sin embargo, Irán envía el petróleo a los mercados asiáticos, permite el suministro a China y promueve su hegemonía industrial. Irán sigue armando estados vasallos (Yemen) y guerras delegadas (Siria, Líbano), evitando la eclosión del Gran Israel. EEUU ya no quieren una gestión autónoma del petróleo de Irán, ni el desarrollo económico del país. Para EEUU controlar Irán significa desarmarla, mande quien mande. La única garantía para Occidente es una Irán desarmada.

Este eje occidental propone la reorganización y asegurar los suministros, principalmente energéticos, por medio del control de los pozos petrolíferos, sus corredores comerciales, los hub de intercambio y el control de los puertos. Una que otorgue el control sobre materias primas que van hacia China, y sobre las  manufacturas provenientes de China. 

Si el proceso de producción de un bien se divide en suministro, producción y venta, las cañoneras EEUU controlarían el suministro y venta, importándoles poco cómo lo produzca China. De hecho, como vemos, así vertebrado, China y USA serían economías complementarias. Es decir, podrían llegar a un acuerdo de reparto de porcentajes, USA pondría los barcos (made in China) y China sería de nuevo un Protectorado, como en los tiempos de la guerra de los Boxer y el Siglo de la Humillación.

¿Qué es el Gran Israel?

El Gran Israel es el proyecto Geopolítico Anglo-euro-sionista para asegurar el dominio de Oriente Medio, sus rutas de mercancías, corredores, y asegurar el control del petróleo. 

La materialización fáctica del Gran Israel se formalizaría uniendo territorios, con Israel como núcleo. Absorbería totalmente a Jordania, que ya es un país vasallo, partes de la fragmentada Siria (sur). Y partes de países aun por fragmentar: Irak (la oeste), partes de Egipto (Suez, Sinaí y Negeb) y Arabia (norte). Se completaría la construcción del Canal/corredor Ben-Gurión, que uniría el Golfo Pérsico-Mar Mediterráneo vía Kuwait-Gaza. Para este proyecto, el único elemento discordante sería Irán, ya que el resto de países ya están alineados de uno u otro modo.

 ¿A quién más le interesa la creación del Gran Israel?

- Los kurdos de Irán, Irak y Siria sueñan con su independencia; como los Baluchis de Irán.
- Los turcos que sueñan su expansión al formar la Gran Turquía, un proyecto imperial. Que choca, pero no contradice en esencia, al Gran Israel. Potenciado convenientemente, las reclamaciones de este producto de nicromancia (resurrección del fenecido imperio Otomano) reclamaría numerosas regiones autónomos rusas. Porque el objetivo es desmembrar, balcanizar, a la Federación Rusa; como ya se desmembró a la URSS en 15 regiones autónomas en 1991. Este el Gran Juego del control de las potencias por el corazón de la tierra.
- Los emiratíes que ven en la ruptura de Arabia Saudita una forma de coger peso regional e influencia internacional. Todos creados y mantenidos en el poder por Gran Bretaña y la City. Las élites del Reino Unido se siguen riendo de los conflictos y problemas creados entre sus títeres.

Otros países no son ni siquiera pueblos per sé, son las uniones temporales de territorios con pueblos, y amalgamas creadas por el Imperio Británico durante su furia colonialista, gobernados actualmente por EEUU, y que obedecen órdenes sin rechistar:
- El propio Israel es un protectorado angloamericano venido a más, confeccionado con población europea indoctrinada de judaísmo revisionista; 
- Jordania, dictadura monárquica impuesta en 1921 por el Imperio Británico; 
- O Egipto, otra dictadura militar gobernada por el General Al-Sisi dede  2014, sostenida por el Reino Unido y EEUU. El día que estos decreten la cesión de territorios, su orden se cumplirá.

Realineamiento: ¿Qué prefiere EEUU, cambio de Política o Cambio de Régimen en Irán? Ni lo uno ni lo otro, Irán Desarmado

La pregunta del millón no es si se puede hacer un cambio que reoriente los flujos, sino ¿Cuál sería la garantía del cambio? ¿Cómo hacerlo permanente? Opciones: Realineamiento, sustitución o desarme. No hay más.

Con el régimen actual de 1979
EEUU ya mantiene bajo control a Irán de múltiples manera: económicamente mediante sanciones, políticamente mediante vetos, militarmente mediante aislamiento e intervención directa. EEUU es un actor principal en la vida política de este país, y está presente a diario desde que fue

 

samedi 28 février 2026

La guerre des semi-conducteurs : le dernier point de bascule avant le monde nouveau

Nous publions ci-dessous un gros travail de recherche mené par notre camarade Silco. Ce travail constitue une première prospection d’un sujet extrêmement vaste et complexe, et est destiné à alimenter l’analyse politique des communistes et autres militants progressistes. Le comité de rédaction de la JDM peut avoir quelque désaccord sur tel ou tel point secondaire, mais l’analyse fournie, documentée et sourcée, constitue une ressource très précieuse sur laquelle les militants pourront s’appuyer pour analyser le monde, traiter d’autres sujets liés directement ou indirectement au sujet de cet article, voir enrichir et développer les bases de réflexion et de travail posées ici. Il s’agit donc d’un article non pas simplement à lire, mais à étudier.

Par Silco – JDM

Plan de l’article :

  1. Introduction
  2. Un semi-conducteur ?
  3. Taïwan
  4. Géostratégie du secteur
  5. Développements
  6. Issue
  7. Conclusion
  8. Sources

ARTICLE EN INTEGRALITE 

dimanche 15 février 2026

Cómo Chongqing impulsa a China a través de las nuevas rutas de la seda


En la gran traducción del día les traemos el último artículo del gran geopolítico brasileño Pepe Escobar. 

La potencia del suroeste de China en Sichuan es única en su clase en lo que respecta a las megaciudades.

Situada en la confluencia de dos ríos, uno de ellos el imponente Yangtsé, rodeada de montañas y, de hecho, incrustada en ellas, la gran área alberga al menos a 32 millones de personas, y la cifra sigue aumentando.

Es un centro industrial, científico y de conectividad, eléctrico, dinámico, gastronómicamente muy atractivo y que siempre muestra un método serio en medio de un caos aparentemente inmanejable. Chongqing explota en una miríada de niveles superpuestos, imágenes, sonidos y sabores que van mucho más allá de su caracterización cyberpunk.

En la vida real, caleidoscópica, Chongqing es en realidad post-cyberpunk. Una broma local dice que esta no es una megaciudad en 4D o 5D: en realidad es 9D, como todos esos sabores superpuestos que chocan en una cena perfecta de Sichuan.

Chongqing puede estar en Sichuan, pero es una de las cuatro megaciudades administradas directamente por el Gobierno central de Pekín, siendo las otras tres la propia Pekín, Shanghái y Tianjin.

Todo lo relacionado con Chongqing tiende a ser más grande que la vida, como si rompiera con los paradigmas establecidos. En lo que respecta a los corredores de conectividad de primera línea, uno de los temas recurrentes de la geopolítica y la geoeconomía del siglo XXI, Chongqing vuelve a destacar de una manera que muy pocas personas fuera de China pueden siquiera imaginar.

Y eso nos lleva a un lugar muy especial en las afueras industriales de Chongqing, que marca lo que en efecto es la Zona Cero (o el Km Cero, como se define localmente) de las Nuevas Rutas de la Seda, o Iniciativa del Cinturón y Ruta de la Seda (BRI, en inglés), el marco general de la política exterior de China en el siglo XXI, lanzado por primera vez por el presidente Xi Jinping en 2013 en Astana y luego en Yakarta.

 ARTICULO COMPLETO

dimanche 1 février 2026

China refuta a tese do Tecnofeudalismo de Varoufakis

FONTE: 

Nesta pequena cápsula desmontamos desde o marxismo e o materialismo histórico a tese do Tecnofeudalismo, formulada por Yanis Varoufakis, que nos últimos anos ganhou ampla difusão entre a progressia occidental. Segundo ela, o capitalismo teria morrido e sido substituído por uma nova forma de feudalismo digital, no qual as grandes plataformas tecnológicas funcionam como feudos, e nós, usuários, trabalhadores e pequenos produtores, somos outra vez como servos que pagam tributos aos novos senhores feudais, os Bezos, Zuckerberg ou Musk.

A tese contém uma intuição correta e poderosa. Contudo, do ponto de vista do materialismo dialético, ela é completamente insuficiente, parcial e mesmo contraproducente para a classe trabalhadora tomar consciência da teoria correta que explica o funcionamento do capitalismo e a sua superação. Este artigo procura conservar integralmente as ideias apresentadas numa análise original dum vídeo do canal marxista Frases de Marx, mostrando que o tecnofeudalismo não é nenhuma lei tecnológica inevitável, mas o resultado histórico concreto de determinadas relações entre capital, Estado e produção, sem sair do modo de produção capitalista.

O caso da China desempenha aqui um papel central, pois demonstra empiricamente que a mesma tecnologia digital e o seu avance pode gerar resultados sociais e políticos radicalmente distintos.

1. A tese de Varoufakis: do capitalismo ao tecnofeudalismo

1.1. Capitalismo clássico e concorrência produtiva

No capitalismo clássico analisado por Marx no século XIX, a concorrência entre capitais dava-se fundamentalmente no terreno da produção. Empresas como Ford e General Motors competiam fabricando automóveis. Vencia quem conseguisse produzir mercadorias melhores e mais baratas.

A exploração capitalista manifestava-se através da apropriação direta da mais-valia: o trabalhador produzia valor através do seu trabalho vivo, e o capitalista apropriava-se diretamente desse valor excedente. Havia exploração, mas havia também produção real de valor.

1.2. As plataformas digitais e a ruptura do modelo produtivo

As grandes plataformas digitais atuais — Amazon, Google, Facebook/Meta — não funcionam segundo essa lógica. Elas praticamente não produzem bens materiais. Não fabricam mercadorias no sentido clássico. Ainda assim, são as empresas mais valorizadas do mundo.

O que fam, então? Controlam os territórios digitais onde ocorre o comércio, a comunicação e a vida social contemporânea. São donas do espaço no qual todos somos obrigados a circular.

1.3. A analogia feudal

Aqui Varoufakis acerta parcialmente ao estabelecer uma analogia com o feudalismo medieval. O senhor feudal não produzia trigo nem fabricava ferramentas. Era dono da terra. Quem quisesse produzir precisava usar essa terra e pagar tributo.

O mesmo ocorre hoje em ocidente em versão digital. Para vender online é necessário passar pola Amazon e pagar comissões que variam entre 15% e 45%. Não porque a Amazon crie valor ou melhore o produto, mas simplesmente porque controla o território do mercado.

Estamos perante uma forma de extração de renda, não de criação de valor. Eis o núcleo da tese do tecnofeudalismo.

Os limites históricos e teóricos da metáfora feudal

Apesar da utilidade descritiva da noção de tecnofeudalismo, é necessário introduzir aqui uma precisão conceitual importante. Do ponto de vista histórico rigoroso, chamar à forma atual de dominação digital um “feudalismo” constitui um exagero teórico.

No feudalismo propriamente dito, a terra era o meio de produção fundamental. Os camponeses encontravam-se juridicamente ligados a ela, e a relação com o senhor feudal era uma relação pessoal de dominação, sancionada por vínculos jurídicos e políticos diretos. A exploração não se dava através do mercado, mas através de obrigações extraeconómicas explícitas como trabalho forçado gratuito, rendas em espécie, tributos compulsórios e a submissão direta à autoridade jurídica e política do senhor feudal.

No capitalismo digital contemporâneo, por mais concentrado e assimétrico que seja o poder das plataformas, não existe uma relação de servidão jurídica direta. Os trabalhadores, produtores e consumidores continuam formalmente inseridos em relações de mercado, mediadas polo salário, polo contrato e pola concorrência. As Big Tech não dominam porque nos possuem juridicamente, mas porque controlam dados, infraestruturas e posições monopolistas estratégicas.

Nesse sentido, o tecnofeudalismo funciona sobretudo como uma metáfora crítica, útil para chamar a atenção para a concentração extrema de poder e para a dependência tecnológica crescente, mas problemática se tomada como categoria histórica ou económica literal. O risco é obscurecer a compreensão do fenómeno enquanto forma específica do próprio capitalismo, e não como um retorno real a um modo de produção pré-capitalista.

É precisamente por isso que a análise deve avançar além da metáfora e regressar às categorias centrais do materialismo histórico: relações de produção, formas de apropriação do valor, e articulação entre capital e Estado. Vejamos.

2. Extração de renda versus produção de valor

2.1. Diferença fundamental em relação ao capitalismo clássico

No capitalismo industrial, mesmo na exploração, havia produção de valor real. No tecnofeudalismo descrito por Varoufakis, os senhores feudais digitais não criam valor: limitam-se a extrair renda polo controle do acesso.

Bezos não ajuda o vendedor a produzir melhor; cobra tributos por permitir que ele venda. Zuckerberg não melhora a comunicação; cobra polo acesso à própria audiência.

2.2. O tecnofeudalismo como fenómeno localizado

Se o tecnofeudalismo fosse uma consequência automática da tecnologia digital, deveria manifestar-se em todos os países com plataformas digitais avançadas. Mas isso não acontece.

E aqui surge a pergunta decisiva que Varoufakis não colocou de forma suficiente: por que razão na China não existem Jeff Bezos todo-poderosos?

3. O caso chinês: plataformas sem senhores feudais privados

3.1. Plataformas gigantes, mesma tecnologia. O caso Jack Ma

A China alberga algumas das maiores plataformas digitais do mundo. A Alibaba supera a Amazon em volume de transações no comércio eletrónico, o WeChat conta com mais de mil milhões de utilizadores ativos e o Douyin domina amplamente o mercado de vídeo curto no país. A tecnologia empregada é equivalente à ocidental: infraestruturas digitais avançadas, algoritmos de recomendação semelhantes e modelos de plataforma comparáveis.

A diferença decisiva não reside, portanto, na técnica, mas na relação de poder. Em 2020, Jack Ma, fundador da Alibaba e então o homem mais rico da China, criticou publicamente a regulação financeira chinesa — um tipo de discurso habitual entre bilionários tecnológicos no Ocidente. A resposta do Estado foi imediata: Jack Ma desapareceu da vida pública durante meses, a Ant Group viu suspensa a maior IPO da história e foi forçada a reestruturar-se, e a Alibaba foi fragmentada e submetida a fortes sanções regulatórias.

Jack Ma permaneceu rico, mas perdeu qualquer autonomia política. Deixou de ser um “senhor” de coisa alguma. Uma intervenção desta magnitude seria impensável nos Estados Unidos ou na União Europeia.

3.2. A inversão da relação de poder

Na China, o Partido Comunista mantém o controlo material sobre os grandes empresários tecnológicos; no Ocidente, ocorre o inverso, são os magnatas das Big Tech a condicionarem diretamente o poder político. Quando uma empresa chinesa acumula poder excessivo ou ameaça objetivos sociais definidos polo Estado, é disciplinada, fragmentada ou reestruturada.

Um exemplo claro foi o setor da educação privada online, que movimentava dezenas de milhares de milhões de dólares. Em 2021, o Estado decidiu que a educação não podia ser um negócio lucrativo e proibiu a atividade com fins lucrativos, destruindo em poucos dias grande parte do valor bolsista do setor.

Estes casos mostram que, apesar da existência de plataformas privadas gigantescas e da exploração capitalista do trabalho, não emergem na China senhores feudais digitais autónomos. O capital tecnológico permanece subordinado ao poder político estatal, e não o contrário.

4. Regime dos dados. Quem controla os dados controla o poder: China versus Ocidente

No capitalismo digital ocidental, os dados pessoais constituem uma forma central de propriedade privada. As grandes plataformas apropriam-se integralmente das informações geradas pola atividade quotidiana dos utilizadores — comunicações, deslocações, hábitos de consumo — e transformam-nas em mercadoria. Estes dados são monetizados através de publicidade dirigida, vendidos a terceiros ou utilizados para moldar e antecipar comportamentos, convertendo os próprios utilizadores em matéria-prima do processo de acumulação.

Este regime de propriedade privada dos dados confere às Big Tech um poder económico e político extraordinário. Empresas como Google, Meta ou Amazon controlam volumes de informação superiores aos de muitos Estados, sem qualquer controlo público efetivo, o que lhes permite influenciar mercados, processos políticos e dinâmicas sociais de larga escala.

Na China, embora as plataformas também recolham dados em massa e participem na exploração capitalista, estes não constituem propriedade privada absoluta das empresas. O Estado mantém acesso legal e capacidade de intervenção direta sobre os fluxos de dados considerados estratégicos, enquadrando as plataformas como gestoras subordinadas de infraestruturas informacionais. Na prática, isto significa que os dados não pertencem exclusivamente às empresas: as plataformas são obrigadas a armazenar informação sensível em servidores localizados no território nacional, a partilhar dados com autoridades reguladoras e a integrar-se em sistemas públicos de supervisão, como ocorre com dados financeiros, logísticos, de mobilidade ou de comunicações.

Este modelo implica certos problemas de vigilância e controlo social, mas impede que os dados se convertam numa base autónoma de poder privado. Ao contrário do Ocidente, onde empresas como Google ou Meta controlam sozinhas infraestruturas informacionais globais, na China nenhuma plataforma pode transformar os dados num recurso político independente do Estado.

Assim, a diferença fundamental não reside na quantidade de dados recolhidos, mas na sua forma de propriedade e no tipo de poder que deles deriva: no Ocidente, os dados reforçam a autonomia política do capital tecnológico; na China, permanecem integrados numa estrutura de controlo estatal que limita a formação de feudos digitais privados.

5. Capital produtivo e capital fictício: a chave marxista

Em O Capital, Marx distingue claramente o capital produtivo do capital fictício. O primeiro investe em meios de produção e em trabalho vivo, transformando materialmente a realidade e gerando valor novo através da exploração da força de trabalho. Toda a riqueza social, por mais abstrata que pareça, assenta em última instância neste processo material de produção. Recomendamos aqui a leitura dos artigos de Capitalismo (I): Andrés Piqueras. Crises do Capitalismo. A fase terminal e Capitalismo (II): Trabalho Produtivo e Improdutivo, uma perspetiva marxista, com Andrés Piqueras analisando a diferença entre trabalho produtivo e improdutivo.

O capital fictício, polo contrário, apresenta-se como dinheiro que gera mais dinheiro sem passar pola produção: ações, títulos, derivados financeiros e valorização bolsista. Trata-se de uma forma fetichizada do capital, que não cria valor, mas representa direitos de apropriação sobre valor futuro ou redistribui valor produzido noutro lugar. Como Marx já assinalava, este capital parece autonomizar-se da produção, ocultando a sua dependência do trabalho vivo.

Desde os anos 1980, o Ocidente conheceu um processo profundo de financeirização. A economia deslocou-se da indústria para os mercados financeiros: Wall Street substituiu Detroit como centro dinâmico da acumulação. Hoje, uma parte crescente dos lucros corporativos nos Estados Unidos provém de atividades financeiras, enquanto a produção material foi deslocalizada para outras regiões do mundo.

As grandes plataformas digitais ajustam-se perfeitamente a este modelo financeirizado. Apesar de empregarem relativamente poucos trabalhadores e produzirem poucos bens materiais, concentram capitalizações bolsistas gigantescas, baseadas em expectativas futuras e no controlo de infraestruturas digitais. A sua força não reside na produção direta de valor, mas na capacidade de capturar rendas e atrair fluxos financeiros, evitando as contradições clássicas da produção industrial — sindicatos, greves, custos fixos elevados.

É neste contexto que o tecnofeudalismo emerge no Ocidente: não como superação do capitalismo, mas como expressão extrema do domínio do capital fictício sobre o capital produtivo.

6. Por que a China seguiu outro caminho

Ao contrário do Ocidente, a China nunca permitiu que o capital financeiro se autonomizasse e subordinasse o capital produtivo. Desde o início das reformas, a prioridade estratégica manteve-se na produção material: indústria, manufatura, infraestrutura, energia e tecnologia aplicada à produção. Ainda hoje, uma parte significativa do investimento total concentra-se em setores produtivos, e a indústria continua a desempenhar um papel central na criação de valor e no emprego.

Esta orientação materialista reflete-se na forma como as plataformas digitais são integradas na economia. As grandes empresas tecnológicas chinesas não substituem a produção por extração parasitária de renda, como ocorre no Ocidente, mas funcionam sobretudo como instrumentos de apoio à circulação, logística, pagamentos e organização da produção. Quando tentam autonomizar-se como capital financeiro ou impor modelos rentistas, são rapidamente disciplinadas.

A razão fundamental desta diferença reside no controlo estatal material. No sistema financeiro chinês, apesar de existir uma diversidade de bancos, os grandes bancos estatais dominam a maior parte dos ativos bancários: os seis maiores bancos comerciais estatais (ICBC, CCB, ABC, Bank of China, Postal Savings Bank e Bank of Communications) detinham cerca de 41,7 % dos ativos de todo o sistema bancário chinês no final de 2023, e o Estado permanece como acionista maioritário nestas instituições através do Ministério das Finanças, da Central Huijin Investment e outras holdings públicas.

Para além disso, o Estado controla sectores estratégicos fundamentais da economia através de empresas públicas e sociedades de economia mista que figuram entre as maiores do país, com as estatais a representar mais de 40 % do PIB e a manter participação dominante em sectores como energia, telecomunicações e infra-estrutura.

Este domínio confere-lhe um poder real — e não meramente regulatório — para intervir sobre o capital privado. Ao controlar o acesso ao crédito, às licenças, às infraestruturas e aos mercados-chave, o Estado pode impor limites efetivos à acumulação privada excessiva.

Deste modo, embora a China utilize uma economia de mercado com exploração do trabalho e contradições próprias, não se desenvolve ali um tecnofeudalismo à maneira ocidental. O capital tecnológico permanece subordinado a uma estratégia produtiva e a um poder político estatal que não abdica do controlo dos meios fundamentais da acumulação.

7. Crítica dialética a Varoufakis

A análise de Varoufakis descreve com precisão um fenómeno real do capitalismo contemporâneo ocidental: a crescente centralidade das plataformas digitais, a transformação do lucro em renda e a subordinação de vastas camadas sociais a infraestruturas privadas. O erro não está no diagnóstico empírico parcial, mas na sua universalização teórica. Ao apresentar o tecnofeudalismo como uma nova etapa histórica inevitável, Varoufakis transforma um resultado político e histórico concreto numa suposta lei da tecnologia digital.

Do ponto de vista do materialismo dialético, esta inversão é problemática. As formas sociais não derivam diretamente da técnica, mas das relações materiais de poder, propriedade e produção. O mesmo desenvolvimento tecnológico gera resultados distintos consoante a correlação de forças entre capital, Estado e trabalho. O caso chinês demonstra empiricamente que não existe qualquer automatismo tecnológico que conduza do capitalismo ao feudalismo digital.

O tecnofeudalismo não é, portanto, a superação do capitalismo, mas uma forma específica da sua degeneração financeirizada, própria de sociedades em que o Estado foi politicamente derrotado polo capital financeiro e abdicou do controlo material dos meios estratégicos da acumulação. Ao deslocar o foco da análise das relações de classe e da luita política para a tecnologia em abstrato, a tese de Varoufakis obscurece o verdadeiro terreno da transformação social revolucionária.

Assim, longe de ajudar a compreender como superar o capitalismo, o conceito de tecnofeudalismo tende a naturalizar uma configuração histórica particular, a abstrair da história e a idealizar, desviando a atenção da tarefa central do marxismo: identificar as contradições materiais reais e organizar a sua superação consciente.

8. As contradições internas do tecnofeudalismo

O denominado por Varoufakis tecnofeudalismo, apresenta contradições internas profundas que colocam em causa a sua própria reprodução histórica. A extração sistemática de renda sem produção de valor novo tende a empobrecer a base produtiva da qual depende. Ao capturarem uma parte crescente do rendimento de produtores, trabalhadores e pequenos negócios, as plataformas digitais estrangulam a acumulação real, reduzindo investimento produtivo, salários e capacidade de consumo.

Este parasitismo manifesta-se empiricamente na precarização generalizada do trabalho de plataforma, na compressão das margens dos vendedores dependentes das Big Tech e na crescente concentração de riqueza. Nos Estados Unidos, por exemplo, as grandes plataformas tecnológicas concentram capitalizações bolsistas superiores ao PIB de muitos países, ao mesmo tempo que empregam relativamente poucos trabalhadores diretos, aprofundando a dissociação entre valorização financeira e produção material.

Ao minar salários, destruir pequenos produtores e subordinar vastos setores sociais a infraestruturas privadas, o tecnofeudalismo corrói as próprias condições da sua reprodução. A redução do poder de compra, o endividamento crónico e a instabilidade social tornam-se tendências estruturais, revelando um sistema que se autodestrói ao explorar em excesso a sua base material.

Estas contradições geram inevitavelmente resistência social. Trabalhadores de plataformas, pequenos vendedores e utilizadores partilham interesses objetivos contra a extração rentista das Big Tech. Como já indicava Marx, o capitalismo engendra o seu próprio contrário: a negatividade surge do interior do próprio processo, criando sujeitos e conflitos que apontam para a sua superação.

Por fim, o tecnofeudalismo agrava as contradições geopolíticas do capitalismo global. A concentração de infraestruturas digitais em poucas empresas sediadas em determinados países intensifica disputas entre Estados, fragmenta mercados e acelera processos de desglobalização tecnológica. Estas fissuras revelam que o tecnofeudalismo não constitui um novo equilíbrio estável, mas uma forma historicamente transitória, atravessada por tensões económicas, sociais e políticas crescentes.

Conclusão: para além do tecnofeudalismo

O tecnofeudalismo não é inevitável. Trata-se de uma forma histórica específica do capital financeiro digitalizado, própria do Ocidente capitalista e das suas democracias burguesas, nas quais o capital privado acumulou tal poder material que conseguiu subordinar o Estado e dominar sobre o poder político. Onde estas relações económicas se alteram, altera-se também o resultado.

A limitação fundamental da tese de Varoufakis não está na sua descrição do presente ocidental, mas na forma como tende a naturalizar essa configuração histórica, apresentando-a como uma nova etapa quase necessária do desenvolvimento tecnológico. Do ponto de vista do materialismo dialético, esta leitura inverte a relação entre técnica e poder: não é a tecnologia que produz automaticamente novas formas sociais, mas as relações de propriedade, de produção e de dominação política que determinam o uso social da técnica.

O caso chinês demonstra empiricamente que o desenvolvimento das plataformas digitais não conduz inevitavelmente à formação de feudos privados autónomos. Com a mesma tecnologia, surgem resultados distintos quando o capital financeiro permanece subordinado ao poder político e à primazia da produção material. O tecnofeudalismo revela-se, assim, não como uma superação do capitalismo, mas como uma forma específica da sua degeneração financeirizada, resultante de uma correlação de forças historicamente determinada.

O desafio histórico central não consiste apenas em diagnosticar esta forma de dominação, mas em identificar o sujeito e o terreno da sua superação. Nem a descrição crítica do tecnofeudalismo, nem a constatação de que ele não é inevitável, respondem por si mesmas à questão decisiva: como podem os explorados do capitalismo digital organizar-se para transformar materialmente estas relações económicas?

A resposta não passa por regulações tímidas nem por reformas social-democratas do capitalismo digital, como as que pretende o programa de Varoufakis, mas pola disputa do controlo material das infraestruturas construídas polo trabalho coletivo. A apropriação social das plataformas e a tomada dos meios de produção digitais constituem a única via coerente, desde o marxismo, para ir verdadeiramente para além do tecnofeudalismo.


Notas de fontes

  • 41,7 % dos ativos bancários controlados polos seis maiores bancos com maioria estatal no sistema bancário chinês — dados estruturais compilados pola OCDE.
  • Estatais representam cerca de 40 % do PIB e sectores estratégicos sob controle estatal segundo análises sobre a economia chinesa contemporânea. https://noticias.portaldaindustria.com.br/noticias/economia/estatais-representam-mais-de-40-do-pib-da-china/?utm_source=chatgpt.com

jeudi 29 janvier 2026

Dans les montagnes sauvages ( Yan Xueshu, 1986)

  SOURCE https://www.chinesemovies.com.fr/films_Yan_Xueshu_Ye_Shan.htm

Par Brigitte Duzan, 10 février 2017

 

Tourné par Yan Xueshu (颜学恕) au studio de Xi’an et sorti en septembre 1986, « Dans les montagnes sauvages » (《野山》) a obtenu six récompenses au 6ème festival du Coq d’or, dont les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur ;mais le film a aussi été couronné de la Montgolfière d’or au festival des Trois Continents à Nantes en 1986 et été présenté à la Berlinale en février 1987.

 

Adapté d’une nouvelle de

 

Affiche d’origine

Jia Pingwa (贾平凹), sur un scénario coécrit avec lui, c’est un très bon exemple de l’entente étroite qui peut exister entre un réalisateur et un écrivain, une symbiose qui leur permet de traduire l’œuvre adaptée en images en en préservant l’esprit. Il reste l’un des grands films chinois de la seconde moitié des années 1980, injustement méconnu.

 

La nouvelle de Jia Pingwa

 

Le contexte

 

Publiée en 1984, « Les familles du Val du Nid du Coq» (Jiwowa de renjia 《鸡窝洼人家》), fait partie de la série de nouvelles que Jia Pingwa a écrite après son premier succès, en 1978. Traitant de la vie rurale et des us et coutumes de sa région natale du Nord-Shaanxi, les premières sont publiées en 1980 et 1981 dans trois recueils et le font sortir de l’anonymat [1].

 

Affiche du festival des Trois Continents

 

En 1982, il participe à un atelier organisé à Xi’an par l’Association des écrivains pour les écrivains de la région. C’est pour lui un formidable stimulant. Cette seule année 1982, il publie une dizaine de nouvelles et il continue dans les années suivantes. Ses nouvelles sont marquées par un sentiment très fort de la terre et de la nature, mais un sentiment personnel, tiré de son expérience vécue, qui donne à ces textes un cachet d’authenticité. En même temps, il y retrace en filigrane l’histoire locale, et en particulier celle de la politique d’ouverture vue sous l’angle du développement de l’économie rurale.

 

C’est un caractère fondamental de ses écrits, y compris les grands romans qu’il publie à partir de 1988 et qui sont ses œuvres les plus célèbres, bien qu’encore très peu traduites Mais ses nouvelles du début des années 1980 en sont la matrice originelle, et la nouvelle « Les familles du Val du Nid du Coq» en particulier [2].

 

La nouvelle

 

Il s’agit d’une nouvelle « moyenne », assez longue, qui dépeint la vie de deux couples de paysans au début de la politique d’ouverture, au moment où sont supprimées les structures collectives de l’économie rurale et où les paysans retrouvent la liberté de cultiver individuellement, mais sont aussi incités à créer de nouvelles activités pour améliorer leurs revenus, comme c’est le cas de l’un des personnages principaux de l’histoire. En même temps, les mentalités sont encore corsetées et les esprits rétifs à l’innovation, ce qui crée des tensions dont la nouvelle fait le cœur de son intrigue.

 

Yan Xueshu avec Jia Pingwa

 

Du Yuan dans le rôle de Hehe

 

Elle brosse un tableau réaliste des conséquences sociales, dans les zones rurales, des réformes économiques lancées à la fin des années 1970, et des difficultés rencontrées par les paysans pendant cette période de transition. La nouvelle met en exergue un couple progressiste qui finit par réussir grâce à un esprit moderne et le désir de transformer les modes de vie et de culture traditionnels. Mais c’est aussi un tableau des conséquences de l’émancipation des esprits au niveau des

rapports humains, et en particulier d’une certaine libération des contraintes sociales sur les individus.

 

La nouvelle est originale dans le contexte de l’époque : elle ne critique ni ne dénonce les politiques et les excès de la période maoïste, et en particulier de la Révolution culturelle. Elle est ancrée sur le terrain, dans le présent, celui de la réforme. Et si elle se termine sur un ton optimiste, elle souligne avec réalisme les difficultés inhérentes dans la mise en œuvre de la moindre innovation.

 

L’histoire

 

Les personnages et leur situation réciproque sont brossés en quelques pages dans les premiers chapitres de la nouvelle, dans un style alerte et vif, qui donne tout de suite un rythme rapide au récit, comme si Jia Pingwa voulait aller droit à l’essentiel, mais sans sacrifier les détails nécessaires pour donner vie à ses personnages. Les données du chapitre introductif sont complétées aux chapitre deux et trois, où l’on apprend au passage comment s’est passée la réforme au village - redistribution des terres, tirage

 

Yue Hong (Guilan)

au sort des animaux, etc…- et comment se déroule la vie quotidienne avec ses routines. Bref, dans ces quelques premières pages, le cadre est planté. 

 

Xu Shouli (Qiurong)

 

Hehe (禾禾), divorcé, est venu vivre avec son chien dans l’une des ailes de la maison de son ami Huihui (回回) et de sa femme Yanfeng (烟峰). Si Hehe a divorcé, c’est qu’il a lassé sa femme Mairong (麦绒) en lançant projet sur projet pour tenter de sortir des ornières de la tradition, en échouant chaque fois. Dans leur village, Hehe est considéré comme un bon à rien, alors que Huihui est un élément solide, qui travaille dur, et le couple est le plus prospère de la vallée. Mais Hehe a un fils, laissé à sa mère, alors que le drame de Huihui et Yanfeng est qu’ils n’ont pas d’enfant. 

 

Ayant trouvé refuge dans la maison de son ami, Hehe se lance dans la fabrication de fromage de soja, mais l’affaire de tofu échoue encore, alors Hehe décide d’aller chercher du travail en ville et, avant de partir,

demande à Huihui de prendre soin de sa femme et de leur bébé.

 

Huihui le fait très gentiment, mais refuse d’investir dans l’élevage de vers à soie que Hehe veut lancer en revenant de la ville où il a vu des cultures de mûriers; c’est Yanfeng qui soutient ses initiatives et lui apporte les économies de sa dot pour commencer. Malheureusement, alors que tout marchait bien, les cocons, élevés en plein air, sont dévastés par des nuées d’oiseaux. En même temps, les rumeurs qui courent dans le village sur les relations entre Hehe et Yanfeng rendent Huihui furieux. Ils divorcent.

 

Travail traditionnel à la meule

 

Nouvelle machine

 

Finalement, les deux couples se reforment selon leurs affinités, Hehe et Yanfeng formant le couple dynamique du village, investissant dans un moulin électrique pour remplacer les vieilles meules et le louer à tout le village pour fabriquer de la farine, en permettant à Huihui et Mairong de développer de leur côté une affaire de nouilles.

 

« Petit à petit, on a de plus en plus de moyens » (慢慢扩大门路嘛), conclut Hehe à la fin… Et Yanfeng est mère à son

tour, comme si, en termes symboliques, suivre aveuglément la tradition était un facteur stérilisant. Comme le dit Hehe au début (chapitre 4), à Huihui qui lui demandait pourquoi il ne cultivait pas tranquillement ses trois mu de terre, suffisants pour nourrir trois bouches :  

那就只顾住一张嘴?” 

Alors il faudrait se contenter de manger à sa faim ?

 

Le message va cependant plus loin : au fur et à mesure que les conditions économiques s’améliorent et que les mentalités évoluent, la sexualité des gens se libère également, et les vieilles traditions s’estompent dans ce domaine-là aussi. Cependant, la nouvelle est contée d’un ton vif mais sec, sans allusions aux sentiments. Les relations humaines apparaissent de même nature que les relations économiques : naturelles. Et c’est l’entente au niveau

 

Guilan et Hehe

du mode de vie, traditionnel ou non, qui conditionne la redistribution des couples.

 

Tout en s’en tenant globalement à la même ligne narrative, le film apporte une note légèrement différente.

 

Le film de Yan Xueshu

 

Scénario : ligne narrative semblable

 

Le scénario a été co-écrit par Yan Xueshu et Jia Pingwa avec l’écrivain et scénariste Wei Yangqing (魏杨青), nom de plume Zhu Zi (竹子), lui aussi originaire du Shaanxi, scénariste du studio de Xi’an et rédacteur en chef de la revue du studio. 

 

Huihui et Qiurong

 

Yanfeng a été rebaptisée Guilan (桂兰), Mairong est devenue Qiurong (秋绒) et le nom de Huihui a été reorthographié (灰灰), mais le scénario reprend la narration de la nouvelle avec peu de changements. L’une des modifications, au début, tient à la suppression du chapitre introductif de la nouvelle qui montre Hehe échouant dans l’un de ses nombreuses tentatives de sortir de la routine (en l’occurrence le commerce de peaux de renards) ; en ce sens, la nouvelle permet de mieux

comprendre la séparation du couple Hehe-Mairong que le film qui commence alors que Hehe s’est déjà installé chez Huihui, ce qui oblige à expliquer pourquoi par une ligne de dialogues. Par ailleurs, dans le film, la dernière entreprise de Hehe, réussie cette fois, est l’élevage d’écureuils à des fins médicinales, ce qui n’existe pas dans la nouvelle. De même est ajoutée une séquence où Guilan émerveillée découvre les mille merveilles de la ville, séquence d’ailleurs un peu forcée qui rompt avec le naturel du reste du film.

 

L’essentiel de la nouvelle est cependant préservé : les deux couples illustrent les changements de mentalités liés aux changements socio-économiques suivant la politique d’ouverture ainsi que la résistance à ces changements. Et ces changements de mentalités ont des retombées en matière de sexualité : le capitalisme en marche, traduit en termes d’enrichissement personnel, et la libération des corps sont les deux faces de la même pièce, l’esprit entrepreneurial

 

Scène de Ye Shan

se traduisant aussi bien sur le plan affectif.

 

Mais différence de tonalité

 

Mais la mise en scène et la mise en image impliquent une différence de tonalité. La nouvelle décrit en termes froids, sans détails superflus, les rapports affectifs entre les personnages, sans même parler de sexualité ; le désir d’enfant semble même bien plus fort chez Huihui que son désir sexuel, et il n’est pas question d’amour à proprement parler entre Hehe et Guilan : leurs rapports intimes sont conditionnés par leur entente au niveau de la philosophie de la vie, le désir d’innover, d’aller de l’avant ; l’amour en est un aspect, en quelque sorte.

 

Le Vieux Puits

 

Dans le film, l’image change tout cela, car le désir passe par le regard et le geste. On voit Guilan tomber amoureuse de Hehe, comme on voit une entente réciproque se développer entre Huihui et Qiurong. Le film développe les séquences récurrentes de conflit entre Guilan et Hehe, qui ne s’apaise que lorsque Hehe a enfin réussi dans ses projets, comme si tous ses efforts étaient tendus dans ce but ultime, sans permettre à l’affectif de s’exprimer pendant ce temps.

 

Mais cette sexualité reste maîtrisée, sans débordements rabelaisiens et encore moins orgiastiques, comme dans « Le Sorgho rouge » (《红高粱》), par exemple, qui date de la même année.

 

Un film réaliste dans l’esprit de Shen Congwen

 

On est là à l’opposé de la violence symbolique de la cinquième génération, où le mélodrame rural prend des aspects de tragédie antique dépeignant la femme comme l’éternelle victime d’un système patriarcal oppressant. Ici, la femme est à l’égal de l’homme proche de la nature et rouage d’un système économique qu’elle contribue à faire avancer. Si l’homme se libère des contraintes du passé, la femme se libère avec lui, non seulement du poids de la tradition, mais aussi de la vulgate maoïste qui en avait fait une machine asexuée.

 

L’aspect naturel de cette émancipation est souligné par l’harmonie avec la nature qui ressort des images de la vie calme dans les montagnes – les monts Qinling (秦岭). On retrouve l’atmosphère d’un autre film de la même époque, également sorti en 1986, celui de Xie Fei (谢飞) « La jeune fille Xiaoxiao » (《湘女萧萧》), avec une utilisation semblable du paysage ; et à travers le film de Xie Fei, c’est l’univers de Shen Congwen (沈从文) que l’on retrouve ici [3].

 

Beauté du paysage sous la neige

 

Mais on retrouve aussi beaucoup de l’atmosphère d’un autre film de la même année : « Le Vieux Puits » (《老井》) de Wu Tianming (吴天明), où le thème de la sexualité est central au récit, bien que dans un sens différent, et dont les scènes "d’alcove" sont très semblables. C’est Wu Tianming qui a produit « Ye Shan », à Xi’an.

 

Par ailleurs, les scènes d’intérieur, et en particulier celles du début, montrant le travail, de nuit, avec une meule grinçante, rappelle les scènes correspondantes du « Village Hibiscus » (《芙蓉镇》) de Xie Jin (谢晋). On est donc dans une thématique et une esthétique liées directement à la troisième et à la quatrième génération.
 

Une image travaillée

 

Travail sur le cadrage

 

Yan Xueshu a choisi un langage cinématographique en lien avec son sujet : des plans longs, de vastes panoramiques du cadre montagneux, un cadrage précis, et des éclairages naturels qui renforcent le réalisme du film, soulignent et ponctuent la narration. Le film est esthétiquement très réussi.

 

Les acteurs, quant à eux, ne sont pas de grandes vedettes, mais ils sont justes et c’est aussi ce qui donne au film un ton très réaliste.

 

Yue Hong 岳红                Guilan 桂兰

Du Yuan 杜源                  Hehe 禾禾

Xin Ming 辛明                  Huihui 灰灰

Xu Shouli 徐守莉              Qiurong 秋绒

 

« Dans les montagnes sauvages » a été victime de l’enthousiasme pour la cinquième génération à l’étranger, et, en

 

Travail sur l’éclairage

Chine même, de sa perception comme illustration d’un langage cinématographique dépassé. On revoit aujourd’hui ce film d’un œil différent avec le recul du temps.  

 

le film non sous-titré

 

[Recherche réalisée pour la présentation du film à l’Institut Confucius de l’université Paris Diderot dans le cadre du cycle ‘De l’écrit à l’écran’ le 9 février 2017] 
 


[2] C’est l’un des premiers textes de Jia Pingwa traduits en français, sous le titre « Les montagnes sauvages », et publié avec « Les forteresses antiques » aux Editions en langues étrangères en 1990.

On peut lire le texte en ligne, en dix-huit chapitres : http://www.ty2016.net/book/jpa08/