Les sénateurs se pencheront le 29 janvier prochain sur une proposition de loi visant à abroger les interdictions de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Le texte est porté par plusieurs sénateurs de la majorité présidentielle, le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, mais aussi par des parlementaires ultramarins, comme les mahorais Thani Mohamed Soilihi et Saïd Omar Oili.

Les élus veulent revenir sur des dispositions de loi Hulot, adoptée en décembre 2017, qui mettent fin à la recherche et à l'exploitation d'hydrocarbures dans le but de parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050. "Il s'agissait en fait d'une mesure uniquement symbolique prise pour faire de la France un exemple, le premier pays à s'interdire d'exploiter l'une de ses ressources naturelles dans l'espoir d'entraîner d'autres pays dans son sillage", expliquent les sénateurs. Lorsque cet objectif a été fixé, à l'occasion de l'Accord de Paris sur le climat en 2015, la France produisait l'équivalent de moins de 0,02 % de la production mondiale de pétrole et moins de 0,005 % de la production mondiale de gaz naturel.

Le Canal du Mozambique, la nouvelle mer du Nord

Le potentiel est pourtant là dans les Outre-mer. En Guyane, les campagnes exploratoires ont débuté en 2011 avant de s'interrompre. Depuis, les pays voisins ont augmenté leur production, la France a par exemple importé pour plus de 500 millions d'euros de pétrole de Guyana en 2023. Outre le département d'Amérique du Sud, "Mayotte et les îles Éparses situées dans le canal du Mozambique, régions à fort potentiel gazier, sont les principales concernées", précisent les sénateurs.

Cette présence permet à la France de détenir une zone économique exclusive représentant près de la moitié des eaux du canal. "Les fonds du canal du Mozambique recèlent des milliards de mètres cubes de gaz, l’équivalent selon les experts des réserves de la mer du Nord ou du golfe Persique", explique le ministère des Armées français. Si les eaux malgaches et comoriennes restent relativement inexplorées, ces réserves sont déjà estimées à 500 milliards de mètres cubes pour la Tanzanie et le Mozambique. Maputo a déjà autorisé des projets d'exploitations portés par l'américain Exxon Mobil et l'italien ENI. Le français TotalEnergies a récemment annoncé son intention de reprendre son mégaprojet gazier, à plus de 20 milliards de dollars d'investissement, un chantier à l'arrêt depuis 2021 à cause d'attaques de milices djihadistes dans le nord du pays.

Guerres d'influence entre Français, Américains, Russes, Chinois et Indiens

Une décennie après l'accord de Paris, les priorités des grandes puissances résident moins dans une réduction commune des gaz à effets de serre, mais plutôt dans des guerres d'influences pour l'exploitation de ces ressources. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a rebattu les cartes du commerce énergétique mondial, obligeant les Européens à trouver des alternatives au gaz russe. Dans le Canal du Mozambique, la France doit faire avec l'influence des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine ou de l'Inde. Moscou par exemple fournit dans la région "des services de sécurité et de communication en échange de ressources naturelles et/ou d’un soutien lors des votes au Conseil de sécurité des Nations unies", avait relevé en 2022 une étude de l’Institut français des relations internationale.

Cette méthode est-elle à l'œuvre à Madagascar ? Depuis le renversement du régime mi-octobre, les autorités de transition ont eu plusieurs contacts avec la Russie. Les 20 et 21 décembre, une importante délégation russe s'était rendue dans la Grande île avec une livraison de matériel militaire, des fusils et des lance-roquettes, destinée à la garde présidentielle malgache. Si ce rapprochement peut inquiéter, c'est parce que les îles Éparses restent un sujet sensible, Madagascar fait valoir depuis les années 70 sa souveraineté sur ces territoires et demande leur restitution par la France. La Russie avait déjà essayé par le passé de profiter des potentielles ressources gazières malgaches. En 2020, plusieurs négociations avaient été menées entre le ministère des Mines malgache et le géant russe Gazprom, sans succès.

Respecter le climat à l'ère de Donald Trump

Plusieurs ONG ont déjà fait savoir leurs inquiétudes sur l'impact de l'exploitation d'hydrocarbures pour la région. WWF appelait par exemple à "une gestion concertée de l'espace" maritime pour limiter les pressions sur les espaces naturels, et notamment les récifs coralliens. La protection de l'environnement et les accords internationaux sont pourtant deux concepts honnis par les États-Unis de Donald Trump. Le président américain a par exemple signé le 24 avril 2025 un décret autorisant l'exploitation minière des grands fonds marins, y compris dans les eaux internationales, au mépris du droit de la mer.