TEXTE ACCOMPAGNANT LA VIDEO : Gérard Guégan, protagoniste éditorial avisé dans les années 1968,
affirme en 1983 que la force des nouvelles formes d’écriture tient à la
nouvelle et explosive alchimie des mots et des images nés « de la
décrépitude des idéologies et sur le cadavre du gauchisme, disons au
milieu des années 1970 ».
Les Éditions Champ libre naissent de la
rencontre, en mai 1968, entre Gérard Lebovici, imprésario et producteur
de cinéma, ami de Truffaut, et Gérard Guégan, critique aux Cahiers du
cinéma et membre du groupe contestataire Prisu, en rupture avec le PCF
et avec le gauchisme. Le dessinateur Alain Le Saux les rejoint en tant
que directeur artistique et les premiers ouvrages sont publiés fin 1970.
La ligne éditoriale, conçue en opposition à celle des « Cahiers libres »
des Éditions Maspero, se veut plus libertaire et révolutionnaire, et
accueille une constellation des contestations les plus radicales.
Gérard
Guégan participe en 1974 à la relance de la maison d’édition Le
Sagittaire, qui a connu son heure de gloire avec les Surréalistes entre
1920 et 1940 et dont Claude Fasquelle est propriétaire du fonds. Vont
s’y retrouver, en plus de Alain Le Saux et de Raphaël Sorin, Annie Le
Brun et Olivier Cohen. Jusqu’en 1979, Gérard Guégan y publie une
cinquante d’ouvrages, dont "Les Déclassés" de Jean-François Bizot, le
journal "Un jeune homme chic", chronique punk d’Alain Pacadis, "Lâchez
tout" d’Annie Le Brun ou la revue "Subjectif", dans laquelle les
photomontages de Le Saux annoncent la « dictature graphique » de Bazooka
dans "Libération".
LIEN VIDEO: Rencontre Gérard Guégan à La Maison rouge, le 11/05/2017
La maison d'édition Champ Libre propose une offre politico-culturelle correspondant à une demande, celle des nouveaux lettrés issus des couches moyennes ascendantes durant les années 1960. Outre le contexte social et anticolonial, c'est pour se distinguer de cette masse que cette fraction s'agite, diffusant un mode de vie de bohème politisée, mais avec dans le viseur les mêmes intérêts : piloter la société, certes avec le flamboyance du susucre de la révolution (pour rentrer au bercail quand celui-ci aura fondu). D'une part, en se frottant aux centres du pouvoir culturel et symbolique avec lesquels elle partage un même territoire (afin de s'y substituer et finalement s'y fondre); d'autre part, en laissant de côté la masse des travailleurs dont les intérêts "sans envergure" ne l'intéresse pas (ce que reflète parfaitement cette vidéo par le récit, les intervenants et le public), coïncidant en cela dans une même stratégie unifiée de classe, celle de l'encadrement des gueux et du service oligarchique.
