BESTIA SENZA PACE : ATELIER DE STIMULATIONS CRITIQUES
Article épinglé
jeudi 14 mai 2026
mardi 12 mai 2026
Contre les Français de Manuel Arroyo-Stephens
Á propos de Manuel Arroyo-Stephens, Contre les Français. De l'influence néfaste exercée par la culture française (éditions Exils, 2015)
Les coïncidences n'existent, en matière de lectures, pas davantage que
dans le reste de nos occupations. Tout est signe, puisque l'univers
n'est qu'une phrase immense, peut-être infinie. Venant de consacrer une
note à la charge de François Rastier contre Heidegger et les heideggériens,
quel n'a pas été mon amusement de constater que Manuel Arroyo-Stephens,
dans son libelle aussi drôle et savant que témoignant d'une parfaite,
donc fort méchante mauvaise foi, évoquait le Maître du Jargon ou plutôt,
son influence néfaste en France, ce pays qui est si étonnamment
perméable aux faux discours, des déclamations à prétentions
universalistes des révolutionnaires coupeurs de têtes aux longues
phrases larmoyantes de Renaud Camus et de Richard Millet,
qui eux aimeraient bien raccourcir quelques têtes de métèques s'ils
avaient le simple courage physique de leurs jivaresques et souchiennes
opinions : «Comment la France, avec son culte de la raison et de
l'humanisme, put-elle tomber dans le piège d'un charlatan qui
considérait la clarté comme le suicide de la philosophie ? Dire que cela
arriva au pays de Montaigne, de Descartes, de Pascal ! Que ce qui se
conçoit bien s'énonce clairement, que ce qu'on ne peut dire, il faut le
taire, que l'intelligibilité est la condition indispensable de la
recherche de la vérité, tout cela l'escroc de Fribourg, le personnage le
plus lâche qu'ait jamais cautionné la philosophie occidentale, n'en
avait cure. Il monta dans le train du nazisme quand cela l'arrangea et
garda un silence éternel sur les crimes de Hitler. Dans le fond, ils
avaient quelque chose de commun. Heidegger séduisit les philosophes
d'une bonne partie du monde tandis que Hitler séduisait les masses
allemandes» (1).
C'est au cours du XXe
siècle que Heidegger a fait plonger la culture française dans le
«marasme» (le titre du dernier chapitre du livre) et même «le culte du
néant, l'apothéose du bavardage et du charabia», au travers, ajoute
Manuel Arroyo-Stephens, de Heidegger, qualifié d'«imposteur», de
«théologien déguisé en philosophe» et de «protonazi et antisémite
répugnant, qui ne se gênait pas pour séduire ses élèves, fussent-elles
juives» (p. 125). Il est amusant de constater que l'auteur n'a pas de
mots assez durs contre l'esprit de clan qu'a favorisé l'existentialisme
par le truchement de Jean-Paul Sartre qui, pas plus que Martin
Heidegger, n'a les faveurs de Manuel Arroyo-Stephens : «Mêlant
habilement les ingrédients de la métaphysique, du socialisme
scientifique et de la psychanalyse, Jean-Paul Sartre créa son système
philosophique et fonda sa propre tribu, les existentialistes»,
prétentieux et intraitables moutons obéissant à la vertu si typiquement
française, donc condamnable, selon laquelle l'histoire de «la
littérature et de toute la création artistique répond en France à des
schémas récurrents qui se répètent de génération en génération depuis la
Renaissance et qui se forment toujours autour de mouvements et de
groupes». En effet, les Français, tout à la fois veaux et moutons,
donnent «plus d'importance à l'histoire de la littérature et aux écoles
littéraires qu'à la littérature elle-même», comme l'ont si bien compris
«André Breton et tous les chefs de file de par le monde» (p. 128).
Sartre, l'ordure Sartre qui, à la «grande surprise et admiration de ses
collègues qui commençaient à célébrer son esprit», «ne tarda pas à
expliquer qu'il avait vécu sous les Allemands dans une «clandestinité
ouverte»», magnifique euphémisme par lequel cette ordure, «l'ineffable
Sartre» (p. 134) donc, qualifia sa reptilienne faculté de résistance à
l'Allemand. «Ce qu'on appelle généreusement le système philosophique de
Jean-Paul Sartre», poursuit Manuel Arroyo-Stephens, «consistait en un
salmigondis d'idées prises chez Husserl et Heidegger, plus tard
assaisonnées de piment marxiste, bien agitées avec une phraséologie
hégélienne et le tout servi dans le meilleur jargon parisien» (p. 135).
Son «œuvre phare, aux dires des spécialistes, fut L’Être et le néant» et, ajoute l'auteur dans un de ces traits si chers à José Bergamín,
si «l'on s'en souvient encore aujourd'hui, c'est uniquement parce qu'il
possède très peu du premier et beaucoup trop du second» (p. 136) tout
comme, à en croire l'auteur, c'est parce que Mao Zedong, «cet affreux
poète», voulait obliger «un milliard de ses compatriotes à lire ses vers
infâmes, voire ses œuvres complètes», qu'il «a mené la guerre civile et
la révolution culturelle» (p. 138).
Dès ces quelques lignes, nous comprenons quels sont les principaux
travers (prétention que rien ne fonde, culte d'une raison asséchante
menant aux dictatures, goût invétéré de la rhétorique, impuissance
artistique qui s'ensuit) que Manuel Arroyo-Stephens prête aux Français,
même s'il semble se dédouaner, aux dernières lignes de son libelle,
d'avoir mené une charge aussi réjouissante que violente et, diront les
prudents, injuste et d'une incroyable mauvaise foi, en affirmant que
seul le complexe d'infériorité propre aux Espagnols (cf. p. 9), ainsi
que leur envie et leur jalousie (cf. p. 118) peuvent l'expliquer. Il
ajoute, malicieusement, qu'il a écrit «ce pamphlet à la manière des Français»
(p. 140, l'auteur souligne), façon polie de dire qu'il s'est peut-être
lui-même payé de mots, et que son écriture n'en est pas moins
critiquable que celle dans laquelle les Français ont fait triompher
partout dans le monde leur vanité et leur verbosité.
Né dans «un pays physiquement et moralement dévasté par la guerre civile
que le général Franco avait gagnée avec l'aide directe de Mussolini et
de Hitler», ainsi qu'avec, ne l'oublions pas, «la complicité lâche et
aveugle de l'Angleterre et de la France», Manuel Arroyo-Stephens déclare
qu'il a «vu les meilleures intelligences de [sa] génération abêties par
la Théorie, par la déliquescence et la délinquance intellectuelles, par
cet esprit auto-complaisant et stérile venu de France» (p. 9).
La vanité des Français a toujours été supérieure à leur talent, ce qui
est une évidence qu'il est bon de rappeler, car «ils se sont lancés très
tôt dans le commerce des idées et des modes, exploitant avec une
habileté et une avidité notoires ce que les économistes appellent une
rente de situation, et leur a fait croire, avec autant de prétention que
de vanité, qu'ils étaient le centre du monde» (p. 15).
Comment pardonner à un peuple qui a fait des contes de La Fontaine son épopée, au détriment de la Chanson de Roland
(p. 17) ? Si la raison, que les Français ont toujours préférée, à grand
tort, à l'intuition (cf. p. 113) est «la mort de l'art», si «Don
Quichotte doit perdre la raison pour trouver la vérité» et que personne,
«et surtout pas un Français, n'a pu créer de l'art avec de la raison»
(p. 37), comment ne pas moquer une nation composée de jardiniers royaux
dont le rêve pas même inavouable est «que les feuilles des arbres
tombent directement dans les corbeilles, tant ils veulent civiliser et
polir la nature» (p. 46) ?
Manuel Arroyo-Stephens se place du côté des Espagnols, autrement dit du
côté de la déraison, de la folie et de la passion, des feuilles qui
jamais ne tomberont directement dans les corbeilles : «Il fallait que
quelque chose fonctionne de travers en Europe pour que les Français,
avec si peu de mérite, parviennent à devenir le centre artistique du
continent. On a beau fouiller dans les dictionnaires, les manuels, les
livres d'histoire, on ne trouve pas un seul seul écrivain ou artiste
français qui puisse justifier cette hégémonie» au cours du XVIIe
siècle car, en «l'espace de quelques années disparaissent du paysage
artistique européen les grandes figures du baroque (Milton, Calderón, Le
Bernin, Rembrandt, Velázquez). Ce moment de vide, la France va le
remplir avec ses pauvres artistes maniérés, qui ne seront jamais que des
décorateurs de la grande pâtisserie versaillaise. Le seul peintre
français d'un certain mérite, Le Lorrain, vivait et travaillait à Rome,
et ne pointa jamais son nez en France» (p. 44).
Nous arrivons au foyer d'infection, Voltaire, «miroir concave où ses
compatriotes peuvent toujours se reconnaître» (p. 51), que l'auteur
peint en jaloux épique de Shakespeare, tout comme il raille les
prétentions à la belle langue, confortée par tout un appareillage de
règles, de normes et d'instituts et, mais l'auteur n'en touche hélas
mot, de prix dits littéraires, dont le plus navrant d'entre eux, le prix
Goncourt, est un inimitable mélange de putanat et de nullité, comme
nous avons pu le constater ne serait-ce que ces deux dernières années.
Revenons au texte de Manuel Arroyo-Stephens : «On n'a pas découvert
meilleur moyen pour donner de l'allure et de l'éclat aux artistes
médiocres que de les obliger à suivre des règles qui cachent leur manque
de talent : légiférer, en art, tue le créateur et produit des artisans.
Il n'y a donc pas mieux, pour en finir avec la créativité d'un artiste,
que de l'obliger à accepter des normes, des critères et des goûts
émanant de ces vénérables institutions nommées académies. Rien n'est
plus voisin de l'esprit français, conclut Manuel Arroyo-Stephens, que
l'esprit académique» (p. 67-8) qui, du moins durant le ridicule XVIIIe
siècle, peut se confondre assez facilement avec un concours de
«perruques poudrées et [de] mouches sur le visage», ou encore avec cet
«art du paysage en éventail», «le vicomte maniéré des défis et l'abbé
idiot des madrigaux», cet art «cérémonieux, mesuré, de la pavane» (p.
69) qui a donné un verbe pronominal qui, si mes souvenirs sont bons, a
quelque rapport étymologique avec le mot paon, jetant ainsi une lumière
non point crue mais elle-même artificielle et molle sur les habitudes
françaises.
Manuel Arroyo-Stephens balaie l'histoire de notre pays depuis ses
premières gestes littéraires, que ce dernier n'a selon ses dires pas
suffisamment portées aux pinacles, lui préférant des fadaises poudrées ou
étriquées, et caractérise la Révolution comme la matrice fournissant
«le masque, la rhétorique et les méthodes abominables dont les
absolutistes de toutes obédiences ont fait un usage si éloquent et
sanglant tout au long des deux derniers siècles» (p. 79), Napoléon en
étant lui aussi pour ses frais, la «tête pleine de grammaire et de
syllogismes» (p. 83), occupé jusqu'à ses derniers jours en exil,
«pendant que ses généraux s'amusaient à vendre aux enchères des biens si
mal acquis» en Espagne, «au lieu de demander chaque jour pardon pour
ses crimes», «à lire... une grammaire !» (p. 93).
Il n'y a pas à louvoyer, car les Français, «fanatiques de l'abstraction,
malades de la logique», sont «capables de sacrifier quiconque pour un
de leurs syllogismes» (p. 96), mais ne comprennent absolument rien aux
véritables génies, comme Goya : «Certainement la violence de Goya, comme
celle de Picasso, un siècle plus tard, aura aveuglé non seulement
Mérimée, mais toute la peinture française. Ceux qui l'admirèrent, le
copièrent et se laissèrent influencer par lui, comme Géricault et
Delacroix, restèrent dans le geste, dans la pure rhétorique. Ils ne
comprenaient pas la violence intérieure, radicale, le monde beaucoup
plus complexe d'un peintre qui avait fait la sourde oreille à la
peinture banale et académique en provenance de France. Les Français, y
compris les révolutionnaires modernes, étaient, même s'ils croyaient le
contraire, trop empreints du classicisme qu'ils avaient chevillé à
l'âme, et le romantisme récemment acquis leur était en réalité étranger
et lointain. Il n'était tout au plus qu'une réaction anticlassique. Cela
faisait déjà trop longtemps qu'entre Ronsard et Rabelais, l'esprit
français avait choisi le mauvais chemin» (pp. 98-9), c'est-à-dire
Ronsard dans l'esprit de Manuel Arroyo-Stephens.
Ainsi, si le «romantisme allemand» dans sa totalité «se résume à une
lutte titanesque pour se libérer du joug français», c'est encore une
fois vers la peinture espagnole que l'auteur tourne son regard pour en
affirmer la supériorité sur la française, supériorité découlant du fait
que les peintres espagnols, eux, n'ont pas renoncé à la passion : «Quand
ils [les Français] se trouvent face à la peinture espagnole et se
mettent à l'admirer, alors qu'au fond elle leur reste incompréhensible,
ils surréagissent et en perdent la mesure. Là où ils étaient habitués à
chercher l'harmonie, ils se retrouvent face à une violence inusitée; là
où ils cherchent la beauté idéale, ils tombent sur le réalisme le plus
cru; éduqués à comprendre la séparation et la hiérarchie des genres
picturaux, ils trouvent mélangés le sublime et le grotesque; au lieu
d'un projet d'ensemble et d'une utilisation exubérante de la couleur, au
lieu d'un dessin harmonieux et correct des postures, ils tombent sur un
mouvement impulsif et incontrôlé. Habitués à peindre les morts comme
s'ils étaient en train de rêver, ils se retrouvent face aux cadavres de
Goya, masses de chair inerte, véritables cadavres» (p. 101). L'auteur va
plus loin, car il ne supporte décidément pas la prétention française,
d'autant plus appuyée qu'elle ne se fonde, à ses yeux, sur rien de
valable, et cela en quelque domaine artistique que ce soit. C'est ainsi
que le célèbre tableau de Goya intitulé Le 3 mai fusille de manière allégorique «toute la peinture française du XVIIIe siècle», tandis qu'un siècle plus tard, un autre Espagnol, Pablo Picasso, fusillera à son tour «la peinture française du XXe siècle» (p. 102) avec ses Demoiselles d'Avignon.
J'ai plus d'une fois souri en lisant Manuel Arroyo-Stephens, me souvenant de ma lecture, franchement ennuyée, des Salons
de Diderot, comme lorsqu'il écrit par exemple : «Que pouvait-on voir
dans la peinture indigeste de Watteau, de Fragonard, de Boucher, de
Chardin, dans leurs coloris sensuels et charmants, dans leur bucolisme
glouton, entre colonnes et plantes grimpantes, dans leurs figurines de
porcelaine exhibant tantôt leur cheville, tantôt leur petit cul, que
pouvait-on regarder de ce monde coloré, vain et frivole après avoir
contemplé les morts de Goya ?» (p. 103). La réponse est évident et
décidément seul un Philippe Sollers, inutile commentateur de tout, peut
nous bassiner avec les fadaises pralinées d'un peintre aussi
inintéressant que Watteau.
Si les écrivains français sont peu ou prou des apôtres de la rhétorique
la plus creuse et sont parfaitement incapables, y compris mêmes
lorsqu'ils se rendent au bordel ou dans des pays exotiques, de se
libérer de leur grammaire (2), mais aussi de ces structures plus ou
moins étatiques comme la Société populaire républicaine des arts (3)
inventée par ce «Robespierre du pinceau» (p. 104) que fut David qui ne
peignit jamais, dans sa trop fameuse Mort de Marat qu'un
«Christ profane, très bien composé, très «bien peint», avec une lumière
abstraite, idéalisée, très seyante, qui sanctifie cet apôtre de la
guillotine», tableau dont la «rhétorique muette mais très parlante» est
destinée à «émouvoir les masses, en transformant en modèle de vertu un
délinquant peu ordinaire» (p. 105), nous devons aussi admettre qu'un
Flaubert, dont chaque paragraphe, nous dit malicieusement l'auteur, «lui
coûtait autant de sueur, de sang et de larmes qu'à Churchill de
défendre l'Angleterre» (p. 116), tout comme d'autres écrivains réalistes
parmi lesquels l'ignoble Zola, ne valent pas grand-chose comparés, par
exemple, à un Dostoïevski : «Visiblement, personne n'eut l'idée de
souffler à l'oreille de ces vaillants réalistes qu'un peu plus au nord
un certain Dostoïevski était en train de préparer le grand parricide du
siècle et que, quelque part dans l'Atlantique nord, le capitaine Achab
poursuivait une baleine. Mais quelqu'un peut-il s'imaginer Flaubert
décrivant le crime de Raskolnikov, ce personnage qui, au début du roman,
n'a pas mangé depuis deux jours, alors que le romancier français a
besoin de plusieurs pages pour décrire les huit étages de la pièce
montée du mariage de madame Bovary ? Flaubert aurait fait quelque chose
que le Russe ne perd pas une minute à faire : décrire la hache avec
laquelle est perpétré le grand crime. Il y aurait consacré peut-être un
chapitre, oubliant l'essentiel, qui est que la hache est juste le
prolongement du bras qui la brandit. Et que la seule chose importante
est ce qui se passe dans la tête qui actionne ce bras» (p. 122).
Saluons les éditions Exils pour avoir donné aux lecteurs francophones la
possibilité et, je crois, la chance, de pouvoir lire ce court ouvrage
de Manuel Arroyo-Stephens, libelle qui s'inscrit dans le sillage de ces
livres érudits et fantomatiques, profonds et justes, comme Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes de László Földényi.
Notes
(1) Manuel Arroyo-Stephens, Contre les Français. De l'influence néfaste exercée par la culture française
(traduit de l'espagnol par Philippe Thureau-Dangin, Éditions Exils,
2015), p. 126. Dans on édition originale, ce livre a été publié en 1980
sous le titre Contra los Franceses. O sobre la nefasta influencia. Libelo.
L'auteur, né en 1945 à Bilbao, avocat et économiste de formation, a
fondé durant les années 70 la librairie Turner à Madrid, devenue Turner
English Bookshop, qui lui valut quelques démêlés avec la police
franquiste, lui reprochant de vendre des livres interdits. Il devint
ensuite éditeur et publia l’œuvre complète du grand Basque José
Bergamín. C'est de façon anonyme qu'il publia son premier livre, Contre les Français.
Il vit aujourd'hui retiré de toute affaire éditoriale, partageant son
temps entre Berlin et la sierra de Guadarrama. Le peu que j'ai appris
sur cet homme me fait penser qu'il serait digne de figurer dans Bartleby et compagnie du très surestimé Vila-Matas ou, bien mieux, aurait pu servir comme modèle au personnage d'écrivain mystérieux de 2666
dont je n'ai pas besoin de préciser l'auteur. Ajoutons enfin que tout
éditeur digne de ce nom devrait immédiatement se jeter sur le dernier
ouvrage de Manuel Arroyo-Stephens, intitulé, bellement, Pisando ceniza, soit En marchant sur la cendre.
(2) Je note intégralement cet excellent passage d'une méchanceté féroce :
«Devenir bohèmes et maudits, fumer de l'opium, fréquenter les bordels,
faire des escapades dans des pays exotiques, et malgré tout, ne pas
pouvoir se libérer de leur grammaire ! Ah, ces vers aux inévitables
relents de colère adolescente ! Qu'ils avaient peu lu Milton, Dante et
Quevedo ! S'il voulait échapper à l'honneur douteux de finir à
l'Académie, un artiste honnête n'avait d'autre choix que de se réfugier
au bordel ou d'émigrer dans des pays exotiques (l'idéal, évidemment,
était de combiner les deux). Mais, dans les deux cas, on courait le
risque d'attraper des maladies infectieuses, tropicales ou d'un autre
genre. C'est cela qui alimenta et stimula le génie français, dans des
proportions que l'on n'a sans doute pas encore assez étudiées. On
imagine que les infections vénériennes furent plus stimulantes que les
tropicales. De là à insinuer que c'en fut fini du génie français le jour
où un Anglais découvrit la pénicilline, il n'y a qu'un pas.» (pp.115-6).
(3) Plus d'une fois l'auteur comparera le goût des Français pour des
organismes d’État censés favoriser l'exercice des arts avec des
structures plus ou moins staliniennes (cf. p. 105).
le massacre de Mỹ Lai (Vietnam, 1968) raconté par ses exécuteurs
p
Interviews with My Lai Veterans, un film de Joseph Strick, 1971
Nouvelles anciennes du Monde Libre pour "sauver" Diên Biên Phu (1954)

Éric Vuillard, Une sortie honorable, p. 135-137 :
Le 21 avril 1954, tandis que le corps expéditionnaire français est à l’agonie, le secrétaire d’État américain, John Foster Dulles, fit une visite éclair en France. Dulles et Bidault se retrouvèrent, quelques jours plus tard, au Quai d’Orsay pour une petite réception. Les voici assis côte à côte sur un canapé, devant une table laquée, posant pour Paris Match. Leurs mains miment une conversation sérieuse, Dulles semble dire à Bidault “Vous seriez au moins d’accord avec la version modeste de mon argumentaire” et Bidault, moue interloquée, mais conciliante, regarde en direction de la fenêtre. L’ambiance est détendue, les hommes se connaissent et semblent s’apprécier.
On ignore si Bidault lui parla de Bergson, que Dulles admirait et dont il avait, jeune homme, suivi les cours lors d’une année qu’il dilapida à Parids ; mais ce fut, et de cela nous sommes certains, à l’occasion d’une ellipse régulière, qu’ils effectuaient pour la seconde fois en compagnie de deux ou trois secrétaires du Quai, que s’écartant soudain, formant un coude étrange, imprévu, Dulles, au plus incurvé de l’hyperbole, avec l’air le plus tortueux dont il était capable, se tourna brusquement vers Bidault :
“Et si je vous en donnais deux ?, lui lança-t-il.
-
- Deux quoi ?, répondit le ministre français, interloqué, incapable de faire le lien entre la conversation diplomatique somme toute assez classique qu’il menait à propos de Diên Biên Phu, et cette question à la tournure tout à fait saugrenue.
-
- “Deux bombes atomiques...”, précisa le secrétaire d’État américain.
Quelques instants plus tard, Maurice Schumann voit entrer Bidault blafard dans son bureau. Il est un peu surpris, Bidault est d’habitude très à cheval sur l’étiquette, et en tant que ministre, il a toujours exigé un strict respect des convenances. Mais ce jour- là, Bidault ouvre la porte sans frapper, traverse la pièce, trébuchant sur le tapis, et s’asseyant sur une simple chaise face à son secrétaire d’Etat, l’air accablé, bredouille :“Savez-vous ce que Dulles m’a dit ?” Schumann le regarde désorienté : “Il m’a proposé deux bombes atomiques pour sauver Diên Biên Phu.”
Les États-Unis renforcent le blocus contre l'Iran [Étranglement économique]
Japon : de nouveaux missiles à longue portée rapprochent Washington et Pékin d’un éventuel conflit [Empire et division du travail : mise en place du 3e théâtre de guerre Chine/Japon]
À la veille du sommet Trump-Xi, Tokyo prend des mesures qui pourraient attiser les tensions entre les deux puissances.
Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
À l’approche du sommet américano-chinois le plus crucial depuis des années, le déploiement par le Japon de nouveaux missiles à longue portée provoque la Chine et augmente le risque que les États-Unis soient entraînés dans une spirale d’escalade en Asie de l’Est.
Le 31 mars, le Japon a déployé son premier missile de conception nationale à longue portée, de Type 25, à la base de Kengun, dans la préfecture de Kumamoto, au bord de la mer de Chine orientale. Avec une portée d’environ 965 km (contre les 195 km du précédent missile Type 12), le Type 25 est capable d’atteindre Shanghai. Si le Japon en déployait davantage dans les îles Ryūkyū, tout le littoral est de la Chine tomberait dans son rayon d’action.
Le même jour, le Japon a également déployé le « Hyper Velocity Gliding Projectile » (HVGP), sa première arme hypersonique, au Camp Fuji, une base américaine située près de Tokyo. Une semaine auparavant, le département d’État avait approuvé une vente d’équipements à hauteur de 340 millions de dollars à destination du Japon afin de soutenir le programme HVGP.
Le Japon prévoit de déployer davantage de ces deux systèmes d’armes au cours des prochaines années et se prépare à équiper ses destroyers de missiles Tomahawk de fabrication américaine. Il en résulte un renforcement de la capacité de frappe à longue portée du Japon, expansion à laquelle les États-Unis apportent un soutien concret.
Alors que le président Donald Trump s’apprête à se rendre à Pékin le mois prochain pour son sommet avec le président chinois Xi Jinping, la Maison Blanche devrait s’interroger : ces mesures renforcent-elles la sécurité en Asie de l’Est ou aggravent-elles un casse-tête sécuritaire susceptible d’entraîner les États-Unis dans une escalade non intentionnelle ? [la question elle est vite répondu! D'ailleurs après la Chine, Doni Trumpano se rend au Japon]
Tensions entre le Japon et la Chine
Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a déclaré aux journalistes que ces déploiements renforçaient la capacité de dissuasion du Japon dans ce que Tokyo considère comme « le contexte sécuritaire le plus grave et le plus complexe de l’après-guerre. »
Cependant, du point de vue de Pékin, un missile capable d’atteindre le continent chinois s’apparente davantage à une option offensive de première frappe. Le ministère chinois des Affaires étrangères affirme que les missiles à longue portée du Japon « dépassent largement le cadre de la légitime défense » et met en garde contre le fait que le « néo-militarisme » du Japon « jette une ombre menaçante sur la paix et la stabilité régionales. »
Pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, la politique de sécurité du Japon a été façonnée par un engagement constitutionnel en faveur du pacifisme et par une structure militaire « exclusivement axée sur la défense. » Cette tradition pacifiste a été abandonnée en 2022, lorsque la Stratégie de sécurité nationale du Japon a préconisé le développement de « capacités de riposte » et le doublement des dépenses de défense pour les porter à 2 % du PIB.
Au Japon, certaines voix s’élèvent pour affirmer que réinterpréter la Constitution sans passer par un amendement officiel revient à contourner le processus démocratique. Le 8 avril, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Tokyo, tandis que des rassemblements similaires avaient lieu dans plus de 130 localités à travers le pays, pour protester contre la guerre en Iran et contre ce qu’ils considèrent comme un détricotage de la philosophie pacifiste de la Constitution japonaise. Mais la Première ministre Sanae Takaichi reste déterminée à poursuivre cette réorientation stratégique du pays.
Le Japon et la Chine continuent de traverser une crise diplomatique suite aux déclarations de Takaichi, qui a affirmé qu’un blocus chinois de Taïwan pourrait conduire à une intervention militaire japonaise. Cela marque une rupture avec des décennies de modération japonaise sur la question taïwanaise.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré que le Japon avait « franchi une ligne rouge. » Le ministère chinois de la Défense a averti que le Japon subirait une « défaite écrasante » s’il intervenait.
Takaichi a également fait part de sa volonté de renoncer à l’engagement pris par le Japon en 1967 de ne pas produire, posséder ni héberger d’armes nucléaires. Les responsables chinois font valoir que si le Japon venait à renoncer à son engagement de ne jamais se doter d’armes nucléaires, le rempart mondial contre la prolifération nucléaire s’en trouverait gravement affaibli. Ils ont raison de s’inquiéter, et Washington devrait en faire tout autant.
Dans le même temps, le Japon craint pour sa sécurité face à l’intensification des activités des navires de guerre chinois près de ses îles. En décembre dernier, des chasseurs chinois ont verrouillé leur radar de poursuite sur des jets militaires japonais près d’Okinawa, un geste signalant que le pilote se prépare à attaquer.
Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a qualifié les exercices militaires menés par la Chine et la Russie près de la mer du Japon à la fin du mois de « véritable démonstration de force à l’encontre de notre pays, ce qui constitue une grave menace pour notre sécurité nationale. »
On est là face à un dilemme de sécurité classique. Le Japon met en avant les activités chinoises près de ses îles. La Chine, quant à elle, souligne les déploiements de missiles japonais ainsi que les déclarations concernant Taïwan et les armes nucléaires. Les arguments défensifs avancés par chaque partie ne font que renforcer la perception que l’autre est une menace.
Les nouvelles capacités de frappe à longue portée du Japon ne font qu’augmenter le risque d’un incident. Fort de ces nouvelles capacités de riposte, le Japon pourrait se sentir obligé de lancer une attaque préventive s’il soupçonne qu’une attaque se prépare. Il suffirait d’une mauvaise interprétation des intentions de la Chine pour que le Japon passe soudainement à l’action, entraînant immédiatement les États-Unis, qui sont liés par traité à la défense du Japon.
Un meilleur cadre de dissuasion
Alors que les États-Unis soutiennent les capacités avancées du Japon en matière de missiles, ils s’impliquent de plus en plus dans la dynamique d’escalade qui règne dans la région. Ils ne devraient pas exiger que le Japon mette un terme à la modernisation de sa défense. Il est toutefois dans l’intérêt des États-Unis d’accompagner la nouvelle position du Japon avec prudence afin de réduire le risque d’escalade... [qu'ils gèrent en bons profiteurs de guerre]
Il serait plus judicieux pour les États-Unis d’encourager le Japon à se concentrer davantage sur le « déni conventionnel. » Il s’agit ici de faire la distinction entre les capacités permettant de contrecarrer toute agression chinoise à proximité des eaux japonaises et celles qui constituent une menace pour la Chine continentale. Les premières ont un effet dissuasif, tandis que les secondes représentent une provocation.
Pour renforcer sa position de déni, le Japon pourrait renforcer ses bases afin qu’elles résistent à une première frappe, étendre ses systèmes de défense aérienne et développer ses capacités de guerre sous-marine. Washington devrait encourager ces efforts, plutôt que de soutenir la stratégie de frappe à longue portée du Japon.
Cette logique stratégique va dans le sens des recommandations formulées par des responsables américains de la défense pour la région, Elbridge Colby par exemple [Il s’agit de Strategy of Denial, (la stratégie du déni) cet ouvrage est un examen critique de la politique US dans l’indo-Pacifique, NdT] : les États-Unis et leurs alliés, comme le Japon, devraient faire en sorte qu’il soit trop coûteux pour la Chine de tenter de s’emparer de territoires contestés, plutôt que de menacer de frapper la Chine continentale elle-même.
Le prochain sommet Trump-Xi constitue également une opportunité. L’ordre du jour de ce sommet devrait inclure une discussion sur la prévention d’un affrontement accidentel entre les forces japonaises et les forces chinoises, lequel entraînerait les États-Unis dans la guerre.
La période précédant le sommet est le moment idéal pour encourager le dialogue entre les forces armées tant japonaises que chinoises. Cela pourrait notamment passer par la réactivation de la ligne directe entre le Japon et la Chine mise en place en 2023, qui n’a été utilisée qu’une seule fois pour un appel protocolaire. Les canaux de dialogue permettent de désamorcer les incidents, par exemple lorsque des navires de guerre ou des avions de chasse s’approchent trop près les uns des autres, afin d’éviter que la situation ne dégénère.
Le fait que le Japon se dote de missiles à longue portée accroît le risque que les États-Unis se retrouvent davantage entraînés dans une politique de la corde raide au niveau régional. Des pourparlers directs entre le Japon et la Chine, ainsi qu’une approche plus judicieuse de la défense japonaise, contribueraient grandement à apaiser les tensions.
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Pavel Devyatkin est chercheur associé au Quincy Institute et collaborateur principal à l’Arctic Institute.
Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.
Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin, 10-04-2026
lundi 11 mai 2026
Dos futuros en conflicto para la inteligencia artificial
FUENTE https://observatoriocrisis.com/2026/05/10/dos-futuros-en-conflicto-para-la-inteligencia-artificial/
Un sistema crea una empresa (Palantir) que clasifica civilizaciones, arma genocidios y publica manifiestos racistas. El otro crea un laboratorio de investigación que distribuye gratuitamente un modelo de vanguardia.
Bappa Sinha, tecnólogo y analista del impacto social de la IA
Alex Karp, director ejecutivo de Palantir, publicó un manifiesto de 22 puntos el 19 de abril en el que declaraba que «el poder duro en este siglo se construirá sobre el software» y que ciertas culturas son «regresivas y dañinas». Cinco días después, el laboratorio chino de IA DeepSeek lanzó su tan esperado modelo V4: 1,6 billones de parámetros, código abierto bajo la licencia MIT, igualando a los modelos estadounidenses propietarios más caros a aproximadamente una trigésima parte del precio.
Dos acontecimientos. Con cinco días de diferencia. Dos visiones completamente opuestas sobre para qué sirve la inteligencia artificial, quién la controla y a qué intereses sirve.
Comencemos con el manifiesto. Extraído del libro de Karp, *La República Tecnológica: Poder Duro, Creencias Sutiles y el Futuro de Occidente* (escrito en colaboración con el director de Asuntos Corporativos de Palantir, Nicholas Zamiska), este documento de 22 puntos ha sido visto más de 32 millones de veces. En él se argumenta que Silicon Valley tiene una deuda con la nación, que las armas de IA son inevitables y que Occidente debe construirlas, que el servicio militar obligatorio debe reconsiderarse y que el pluralismo liberal no es más que una «tentación superficial».
Los puntos 21 y 22 revelan por completo la verdad. Afirman que «ciertas culturas, e incluso subculturas, han producido maravillas», mientras que «otras han demostrado ser mediocres, y peor aún, regresivas y perjudiciales». El punto 22 aboga por resistir «la superficial tentación de un pluralismo vacío y hueco», lamentando que Estados Unidos «durante el último medio siglo se haya resistido a definir las culturas nacionales en nombre de la inclusión».
En pocas palabras, se trata de supremacismo racial y civilizacional en estado puro. Una empresa integrada en cadenas de exterminio imperiales jerarquiza a los pueblos del mundo y dicta a los gobiernos quiénes son considerados civilizados. La arrogancia colonial es inconfundible. Algunos la denominan tecnofascismo. Más de 200.000 personas en Gran Bretaña firmaron una petición exigiendo al gobierno la rescisión de sus contratos con Palantir. Miembros del Parlamento compararon el documento con los «desvaríos de un supervillano».
Y Palantir no se limita a publicar manifiestos. Está integrada operativamente en la maquinaria de la guerra imperial. Su plataforma Gotham proporciona sistemas de puntería basados en IA para el ejército ucraniano. El propio Karp se ha jactado que el software de Palantir es «responsable de la mayor parte de la puntería en Ucrania», procesando imágenes de drones, imágenes satelitales e inteligencia de señales para generar opciones de ataque que mejoran con cada impacto. El sistema aprende de cada bomba lanzada. En enero de 2026, la compañía profundizó esta integración con la sala de datos Brave1 de Ucrania, alimentando con datos del campo de batalla en tiempo real los modelos de IA para la interceptación de drones.
Pero es el papel de Palantir en el genocidio de Gaza y la guerra ilegal estadounidense-israelí contra Irán lo que revela lo que realmente significa en la práctica el concepto de «poder duro basado en software».
Palantir firmó una alianza formal con el ejército israelí en enero de 2024, tres meses después del inicio del ataque a Gaza, integrando comunicaciones interceptadas y datos satelitales para generar bases de datos de objetivos, es decir, listas de objetivos a eliminar. Mantiene una oficina permanente en el Centro de Coordinación Cívico-Militar, liderado por Estados Unidos, en el sur de Israel, proporcionando la arquitectura tecnológica para controlar la entrega de ayuda humanitaria a Gaza, un proceso que se ha utilizado sistemáticamente como arma para someter por hambre a una población civil asediada.
Y en la guerra más amplia contra Irán, la misma maquinaria de la cadena de ataque alimentó los sistemas de selección de objetivos que bombardearon la escuela de niñas Shajareh Tayyebeh en Minab el 28 de febrero, causando la muerte de más de 170 niñas. Amnistía Internacional calificó el ataque de ilegal. La UNESCO lo consideró una grave violación del derecho humanitario. Cuando Karp escribe que las armas de IA son inevitables y que Occidente debe construirlas, está describiendo lo que su empresa ya hace, todos los días, en tiempo real.
Ahora bien, consideremos el contraste. El 24 de abril, DeepSeek lanzó la versión 4 bajo la licencia MIT. Cualquiera puede descargarla, modificarla e implementarla comercialmente. Su arquitectura es un sistema de mezcla de expertos con un total de 1,6 billones de parámetros (49 mil millones activados por consulta) y una ventana de contexto de un millón de tokens.
El documento técnico presenta tres innovaciones: una arquitectura de atención híbrida, hiperconexiones con restricciones de variedad y el optimizador Muon, que reemplaza los métodos de entrenamiento estándar. El resultado: un 27 % menos de cálculo de inferencia y un 10 % menos de caché de memoria en comparación con su predecesor.
Los resultados hablan por sí solos. V4-Pro obtuvo 3206 puntos en Codeforces, superando los 3168 de GPT-5.4, la puntuación más alta en programación competitiva alcanzada por cualquier modelo en el momento de su lanzamiento. En SWE-bench Verified, la prueba de rendimiento estándar para la ingeniería de software en el mundo real, obtuvo una puntuación de 80,6, tan solo 0,2 puntos por debajo de Claude Opus 4.6. Lidera a todos los modelos de código abierto en matemáticas, ciencia y programación.
¿Y el precio? DeepSeek lo redujo aún más el 26 de abril. V4-Pro ahora cuesta: $0.435 por millón de tokens de entrada y $0.87 por millón de tokens de salida. Compárese con GPT-5.5, que cuesta $5.00 por entrada y $30.00 por salida, o Claude Opus 4.7, que cuesta $5.00 y $25.00. V4-Pro cuesta aproximadamente una trigésima parte de la tasa de salida de GPT-5.5. La variante más ligera, V4-Flash, cuesta $0.14 por entrada y $0.28 por salida, casi 100 veces más barata. Para un desarrollador en Lagos, Dhaka o São Paulo, estas no son cifras abstractas. Determinan si la IA de vanguardia es accesible o si está restringida por el muro de pago estadounidense.
Luego está la soberanía del hardware. V4 es el primer modelo de vanguardia chino diseñado para funcionar de forma nativa con chips Huawei Ascend y Cambricon de fabricación nacional, en lugar de Nvidia. Esto responde directamente a los controles de exportación de semiconductores de EE. UU., diseñados para impedir que China acceda a chips de IA avanzados.
A los pocos días del lanzamiento de V4, ByteDance, Tencent y Alibaba se apresuraron a realizar pedidos de los procesadores Huawei Ascend 950PR. Huawei tiene previsto enviar 750.000 unidades este año. DeepSeek ha indicado que el precio de V4-Pro podría bajar aún más una vez que estos supernodos se envíen a gran escala en la segunda mitad de 2026.
El régimen de sanciones de EE. UU., destinado a mantener el monopolio estadounidense sobre la computación de IA, ha acelerado, en cambio, el desarrollo de una plataforma de IA china totalmente autóctona, desde la fabricación de chips hasta la implementación de inferencias.
El modelo de negocio de Palantir se basa en sistemas propietarios y clasificados que se venden a gobiernos y fuerzas armadas a un precio exorbitante. La tecnología como arma de competencia entre civilizaciones, según sus propias palabras.
DeepSeek publicó públicamente los pesos de su modelo, y su director ejecutivo y fundador, Liang Wenfeng, declaró que su visión es proporcionar IA de vanguardia gratuita para todos, con el fin de impulsar el progreso humano.
Bajo el capitalismo, la IA de vanguardia queda confinada tras muros de pago de API y contratos clasificados, y se integra en cadenas de ataque. Bajo la planificación socialista, la misma tecnología se libera como un bien público.
El patrón histórico es conocido. En la década de 1960, el gobierno estadounidense adquirió el 60% de los circuitos integrados para la carrera espacial de empresas de Silicon Valley. Esa inversión pública generó fortunas privadas. Tras el estallido de la burbuja puntocom, y de nuevo tras la crisis financiera de 2008, los rescates bancarios y de fondos de inversión con dinero público canalizaron nuevo capital hacia el mismo ecosistema, creando empresas valoradas en billones de dólares a pesar de no producir nada físico.
La riqueza generada dio origen a una clase de oligarcas tecnológicos que ahora buscan privatizar el mismo aparato estatal que los impulsó. Palantir, que pasó de la financiación inicial de la CIA a In-Q-Tel, se convirtió en una corporación de 280 mil millones de dólares que publica manifiestos sobre la guerra civilizacional. Inversión pública que crea monopolio privado; monopolio privado que luego se apodera del Estado. El manifiesto es esta clase exponiendo abiertamente su programa.
La trayectoria de China apunta en la dirección opuesta. La inversión estatal en la autosuficiencia de semiconductores y la investigación en IA, llevada a cabo bajo las hostiles sanciones estadounidenses, no ha creado otro ecosistema cerrado. Ha generado tecnología de código abierto disponible para todo el mundo. La lógica es sistémica: el Estado socialista absorbe los costos de la investigación, frena los monopolios y los incentivos para restringir el acceso al conocimiento mediante suscripciones de pago. La tecnología se libera. La gente la usa.
La IA se está convirtiendo rápidamente en la capa infraestructural de la producción económica. Para el Sur Global, la elección entre estos dos modelos definirá las condiciones de desarrollo durante décadas. La dependencia de los sistemas propietarios estadounidenses implica controles de exportación, restricciones de licencias, tecnología revocable a capricho de Washington y apropiación imperialista mediante superganancias monopólicas.
Los modelos de código abierto que se ejecutan en chips libres de la jurisdicción de las sanciones estadounidenses ofrecen capacidad de IA soberana a precios que una universidad en Nairobi o un hospital en Kerala pueden permitirse, con total libertad para adaptarlos a los idiomas y condiciones locales.
Los países que buscan la soberanía digital y de IA deberían prestar mucha atención. La alternativa es permanecer atrapados en un sistema donde la misma empresa que tacha a tu cultura de «mediocre» también desarrolla el software que genera las listas de objetivos a eliminar.
Un sistema crea una empresa que clasifica civilizaciones, arma genocidios y publica manifiestos al respecto. El otro crea un laboratorio de investigación que distribuye gratuitamente un modelo de vanguardia. ¿Quién controla la tecnología, quién se beneficia, quién paga el precio? Para la gente trabajadora de todo el mundo, estas preguntas definirán la próxima década.