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mardi 26 mai 2026

Nazi friendly en 1962

 

 Voici une carte de 1962 indiquant les pays dans lesquels des anciens nazis (membres du NSDAP) ou d'anciens diplomates du Troisième Reich ont été nommés ambassadeurs de l'Allemagne de l'Ouest. Par exemple, en URSS en 1962, l'ambassadeur de l'Allemagne de l'Ouest était un diplomate pendant le Troisième reich, Horst Greppel. 

Quid de la « défense atlantique » menacée ? Les explications d’Annie Lacroix-Riz

SOURCE https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/quid-de-la-defense-atlantique-menacee-les-explications-dannie-lacroix-riz/

Depuis plusieurs mois, un chœur déchirant de dirigeants « européens » (Royaume-Uni inclus) déplore l’atteinte irréversible portée à la défense « européenne » par un Président américain grossier menaçant de ruiner les excellentes relations européo-américaines et de les exposer à l’agression des Russes, après près de 80 ans d’alliance de défense fidèle et sûre. Le succès de cette campagne repose sur l’ignorance dans laquelle ont été tenues les populations sur la réalité de cette « Alliance » : à l’exception, partielle, du deuxième mandat présidentiel de De Gaulle, où celui-ci ordonna le retrait de la France de l’organisation militaire du Pacte atlantique. En fait, il a ainsi contesté aux États-Unis l’unique substance dudit Pacte : leurs bases aéronavales. Cette décision importante, mais incomplète ‑‑ de Gaulle ne dénonça pas le Pacte atlantique ‑‑, fut mise en cause dans les présidences suivantes, et Nicolas Sarkozy lui porta un coup fatal, l’effort étant poursuivi par ses successeurs[1]. Nucléaire en moins, nous explique-t-on. Voire…

La « stratégie périphérique » des États-Unis

Le « Pacte » signé le 4 avril 1949 consacrait le triomphe de la « stratégie périphérique » mise en œuvre par les États-Unis depuis la Première Guerre mondiale. Elle consistait à obtenir la maîtrise totale du continent européen, sans participation à l’essentiel des combats (tâche structurellement impossible à l’armée d’un pays qui n’avait jamais été soumis à attaque extérieure). Elle serait remplacée par une participation financière à « l’effort de guerre », via les crédits d’armements octroyés à un groupe de belligérants (qui passeraient l’près-guerre à les rembourser, soumis aux pressions y afférentes) pour vaincre l’autre groupe et lui imposer, via la défaite, un nouveau « compromis », plus favorable aux États-Unis. Dans les deux premières guerres mondiales, ce fut l’Allemagne, partenaire d’affaires majeur, mais rival trop gourmand. Les États-Unis rognèrent ses prétentions par soldats européens interposés avant de la « reconstruire » avec un flot de crédits américains ‑‑ largement et notoirement voués à son réarmement de « revanche ». Cette stratégie supposait absence militaire jusqu’à fixation définitive de l’issue du conflit, printemps-été 1918, été 1944, puis intervention militaire finale, avant fixation définitive des gains de l’« Allié » vainqueur financier, et total, des deux conflits.

Est explicite le bilan officiel des pertes des deux guerres mondiales, très faibles pour les États-Unis : Première Guerre mondiale, 117 000 dont 53 000 « morts au combat », surtout en France ; Deuxième Guerre mondiale : moins de 300 000 morts sur les fronts asiatique et européen, là encore, surtout en France (et Belgique). Dans les deux guerres, pertes civiles nulles. Les deux pays les plus touchés dans la Première, la Russie (1914-1917), plus d’1,8 million de morts militaires, 1,5 million de morts civils (record battu pour les deux catégories), environ 7 millions supplémentaires pour la guerre non déclarée de l’« Occident », dont le Japon, 1918-1920 ; la France, 1914-novembre 1918, respectivement 1,4 million et 300 000. 1941-1945, l’URSS, selon l’historien militaire américain David Glantz, 35 millions de morts, dont 20 millions de civils[2]. Ces chiffres dispensent de débats sur l’identité des vainqueurs militaires.

Et ses périls mortels pour les « Alliés »

La « stratégie périphérique », fondée, depuis la Deuxième Guerre mondiale, sur une supériorité aérienne écrasante, via les « bombardements stratégiques », fut au cœur des préparatifs de la suivante, dès 1942-1943. Il s’agissait d’arracher la maîtrise militaire du monde, contre l’ennemi, l’URSS, objectif présenté (évidemment sans désignation) par le général Henry Arnold, chef d’état-major de l’Air, en novembre 1943 : il est exclu de « tolérer des restrictions à notre capacité à faire stationner et opérer l’aviation militaire dans et au-dessus de certains territoires sous souveraineté étrangère »; la prochaine guerre aura « pour épine dorsale les bombardiers stratégiques américains »; « une armée internationale, instrument de la politique américaine », sera chargée des tâches subalternes – terrestres – ce qui « internationalisera et légitimera la puissance américaine ». La prochaine grande guerre se mènerait, du côté américain, plus radicalement que la précédente, pas contre l’Allemagne, mais contre le rival soviétique (22,4 millions de km2 depuis 1940-1941 puis 1945, et des ressources naturelles si tentantes).

Chaque « allié » des États-Unis leur fournirait donc des bases aériennes et navales d’attaque, comme celles qu’avaient dû leur lâcher les Anglais, de l’été 1940 à 1941, pression aux « crédits » aidant (de Terre-Neuve, Caraïbes, 1940, Groenland, Islande, 1941, etc.). L’ouvrage incontournable de Michael Sherry sur ces plans doit être traduit[3]. La moisson, gigantesque, de la Deuxième Guerre mondiale (« Empire » français inclus, depuis l’invasion de l’Afrique du Nord de novembre 1942), grossit encore après mai 1945. La liste, confirmée ou allongée après la guerre par tous les cédants, dont la France, fut codifiée quand Washington imposa à ses « alliés » son Pacte, conclu pour 50 ans, et renouvelable (il l’a été en 1999). Ces dirigeants de pays essorillés par les règles américaines de Bretton Woods sur le règne sans partage du dollar étaient d’autant plus dociles que l’emprunteur et « protecteur » les protégeait de leur peuple radicalisé par la Crise puis la guerre : 1947-1948 le démontra en France (mai 1947) puis en Italie (mai 1947 et avril 1948). Aucun risque de changement intérieur ne résisterait à la « protection » américaine. Le Pacte atlantique était surtout « une Sainte-Alliance », comme l’écrivit, en mars 1948 (un an avant la signature), le secrétaire général du Quai d’Orsay, Jean Chauvel. Il le demeure.

Sur le plan militaire, c’est autre chose. Contrairement à la légende, les signataires n’avaient pas « peur » des intentions belliqueuses de l’URSS : mise à genoux par la guerre, ruinée, privée de « réparations » (comme les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, dont elle-même), elle ne les avait jamais menacés du moindre conflit et ne risquait pas d’y prendre goût[4]. Chacun savait, en haut lieu, que cet après-guerre reproduirait à tous égards les précédents, guerres suivantes comprises. Le combat contre l’URSS impliquait prompt réarmement de l’Allemagne, entamé dès mars 1945 : sur les 27 divisions de la Wehrmacht encore à l’Ouest, 26 s’affairaient à évacuer par les ports du Nord troupes et matériel vers les « bons » ennemis ; les « 170 divisions sur le front de l’Est » combattirent jusqu’au 9 mai inclus (libération de Prague), révélation de 1969 de Gabriel Kolko (non traduit[5]). Pourquoi donc les « Alliés » occidentaux conservèrent-ils ces excellents combattants?

C’était clair avant la constitution de la RFA confiée au vieux pangermaniste Adenauer entouré de pairs ex-nazis. On ne parlait plus, dès 1948, que du réarmement imminent : comment se passer du « potentiel militaire que représentent en Allemagne de nombreuses générations bien aguerries » contre les « armées russes », écrivit l’ambassadeur de France à Washington, Henri Bonnet, en mars 1949. Le « potentiel » fut dirigé par les chefs de la Wehrmacht nazifiée jusqu’à l’os, qui formèrent l’armature « européenne » des exécutants de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord, fondée en 1950). Tout fut mis en place quand Washington eut arraché, via la capitulation française, sous Mendès France puis Edgar Faure, le principe officiel du « réarmement allemand » (octobre 1954-mai 1955). Y compris les crédits en dollars « liés » aux achats gigantesques d’armements américains « intégrés », de complète actualité « européenne ».

Au débat de ratification américain de mai 1949, Clarence Cannon, président démocrate de la commission des crédits de la Chambre des Représentants, avait brutalement décrit les périls de l’adhésion, réduisant à néant le fameux « article 5 » du Pacte, celui aujourd’hui brandi sans répit, de « défense », États-Unis en tête, de tout « allié » attaqué : « concertation » des alliés à ce sujet ne vaudrait pas « engagement » américain contre « l’agresseur ». Quand Washington attaquerait « l’ennemi », les Européens devraient juste fournir ce que les adversaires du Pacte atlantique qualifiaient de « chair à canon » et laisser à disposition des États-Unis leurs bases permanentes.

Cannon leur assignait deux missions : 1° « apporter leur contribution en envoyant les jeunes gens nécessaires pour occuper le territoire ennemi après que nous l’aurons démoralisé et anéanti par nos attaques aériennes », sans préjudice, pour les nations maritimes, de leur contribution navale ; 2° offrir à l’Amérique la libre disposition, « sur leur territoire, des bases aériennes pour des bombardements stratégiques. Grâce au Pacte de l’Atlantique, nous aurons des Alliés qui ont des troupes et des navires et qui devraient aussi avoir l’occasion de remplir leurs obligations de puissances contractantes. » La grande presse (New York Times et Washington Post en tête) tenta aussitôt d’éteindre l’incendie, en qualifiant ces propos d’« intrusion inepte et stupide, d’élucubration, de délire irresponsable », etc. – qu’exploiterait « la presse communiste du monde entier ».

Les bombardements américains sur la France (1942-1944) avaient causé 75 000 morts civils. Le souvenir en restait vif et une (petite) partie des Français, était informée par L’Humanité de ce qui attendait la population en cas de conflit (le Quai d’Orsay, inquiet, avait dès 1947 organisé un service spécialisé de réponse aux « mensonges et exagérations » du journal). Même les lecteurs du Monde de Beuve-Méry glanèrent des informations, de 1948 à 1951. Le catholique Étienne Gilson, fâché contre la très longue « neutralité américaine » (pro-allemande) de l’avant-guerre et des premières années de la Deuxième, y traita des périls liés à la perte de souveraineté sur les bases américaines. Le tandem serait surpris du ton actuel du Monde. Le silence retomba vite, Humanité exceptée pendant plusieurs décennies.

L’actualité de la chose éclate et s’impose… Le Pacte atlantique consiste surtout, depuis sa signature, en bases cédées par les signataires, violant la souveraineté des cédants, point de départ d’agression contre d’autres puissances les exposant à des représailles du pays attaqué. Sans engagement aucun du cessionnaire à « protection ». La guerre contre l’Iran, conduite à partir de bases américaines d’Europe et du Golfe vient de le démontrer.

Annie Lacroix-Riz – historienne


Aux origines du carcan européen (1900-1960) Annie Lacroix-Riz

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9int%C3%A9gration_de_la_France_dans_le_commandement_int%C3%A9gr%C3%A9_

de_l%27OTAN, « source » souvent contestable, fournit ici des citations utiles.

[2] La Guerre germano-soviétique 1941-1945, mythes et réalités, Paris, Delga, 2022

[3] Preparing for the next war, American Plans for postwar defense, 1941-1945, New Haven, Yale University Press, 1977.

[4] Lacroix-Riz, « L’entrée de la Scandinavie dans le Pacte atlantique (1943-1949) : une indispensable “révision déchirante” », guerres mondiales et conflits contemporains, cinq articles (au lieu de deux contigus), étirés de 1988 à 1994 par Jean-Claude Allain (liste, https://historiographie.info/cv0420252025.pdf).

[5] The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy, 1943-1945, New York, Random House, 1969.

lundi 25 mai 2026

Las Fuerzas del Trabajo y las Fuerzas de la Cultura (Gustavo Bueno, 1978)

Publicado en la revista Argumentos (Madrid), nº 8, enero 1978, páginas 29-40.

Nuevas fuerzas de la cultura irrumpen en la lucha, Mundo Obrero, Madrid 30 de mayo de 1971

I Introducción

El concepto de «Fuerzas del Trabajo y de la Cultura», presentado por Santiago Carrillo en Nuevos enfoques a problemas de hoy, Praga, B. I., junio 1967, págs. 95-ss) y utilizado en un contexto más amplio en su obra madura Eurocomunismo y Estado (Barcelona, Grijalbo, 1977, págs. 121-129, &c.), discutido ampliamente en el seno del Partido Comunista de España (en Revolución y Cultura, nº 2, febrero 1970; nº 3, abril 1970, o nº 4, junio 1970; nº 6, febrero 1971; nº 8, julio 1971; nº 10-11, julio 1972, &c., encontramos testimonios de estos debates) así como también fuera de él (por ejemplo, desde posiciones «tradicionalistas», José María Galán en Cuestiones varias del carrillismo, Madrid, Futuro, 1976, págs. 31-39); presupuesto como concepto fundamental para la elaboración de la nueva línea política del Partido (por ejemplo, el informe firmado por Emilio Quirós, Nuevas características del Frente teórico y cultural, contenido en las Actas del VIII Congreso, Bucarest 1972) así como para la interpretación de los sucesos políticos cotidianos («Nuevas fuerzas de la cultura irrumpen en la lucha» es el título de la primera página del Mundo Obrero de 30 de mayo de 1971; «Fuerzas de la Cultura en Acción», M. O., 28 de marzo de 1974; &c.) e incorporado al Manifiesto Programa de 1974, es, sin embargo, considerado con cierto recelo por otros muchos comunistas. Estos, reconocen en él acaso más la condición de un «concepto coyuntural» (mimético –el Mayo francés, la Revolución Cultural China–, oportunista –el aprovechamiento del potencial de protesta universitaria de la última fase del franquismo–, &c.) que la de un «concepto científico» (en el artículo de Daniel Lacalle, «Sobre los trabajadores intelectuales», en Materiales, nº 4, julio-agosto 1977, el término «trabajadores intelectuales» aparece claramente como sustitutivo del término «fuerzas de la cultura»).

Las reflexiones que siguen están destinadas a profundizar, a propósito del concepto de «Fuerzas del Trabajo y de la Cultura», en la naturaleza dialéctica de los «conceptos fundamentales» de la concepción marxista, mediante un tratamiento filosófico de los mismos. Mi tesis (seguramente muy ortodoxa, por lo demás, al menos en un principio) podría resumirse de este modo: los conceptos fundamentales del marxismo constituyeron un sistema dialéctico, y, por tanto, la alteración o modificación de alguno de ellos no solamente repercute en el conjunto del sistema sino que, a la vez, el alcance de la modificación sólo puede ser medido desde el sistema entero.

ARTÍCULO COMPLETO 

vendredi 22 mai 2026

Sur les auberges de jeunesse, révolution culturelle oubliée


L'histoire et les origines des auberges de jeunesse (1976)

À défaut de retrouver le film Vive la vie de Jean Benoît-Lévy et Jean Epstein sur le mouvement "Ajiste" (association de la jeunesse pour les sports et les loisirs) et les auberges de jeunesse en 1937, voici des témoignages ultérieurs sur cette époque oubliée et fondatrice du mythe de la route, détournée par l'Otan culturelle pour y placer sa daube individualiste de contre-culture CIA.

Pierre OLLIER DE MARICHARD, étudiant à l'époque, parle de l'action de Léo Lagrange pendant le Front populaire. Denise CRESWEL, elle, revient sur le développement des auberges de jeunesse dans les années 1930 et l'ambiance qui y régnait. Des images d'archives ainsi qu'un enregistrement de la voix de Léo Lagrange illustrent les propos. 


 

dimanche 17 mai 2026

La depuración de jueces y fiscales en el primer franquismo

 FUENTE https://www.sinpermiso.info/textos/la-depuracion-de-jueces-y-fiscales-en-el-primer-franquismo

[Este artículo constituye la cuarta entrega de una serie de contribuciones de la profesora “Viola Díaz” sobre justicia y derechos que publicamos en Sin Permiso. El primer artículo puede leerse aquí, el segundo puede leerse aquí y el tercero aquíSP

Tras el golpe de estado franquista, se inició una depuración de todo el cuerpo de funcionarios, dirigida al castigo de aquellos que se habían comprometido con la II República, incluyendo a jueces y fiscales.

Debe explicitarse que la denominada “depuración administrativa”, constituida fundamentalmente por las sanciones pecuniarias o de tipo profesional, no fue, obviamente, tan grave como la pérdida de la vida o la prisión, pero causó en sus víctimas efectos devastadores, como la miseria, la marginación o el gravísimo deterioro de la salud mental.

La depuración en las carreras judiciales y fiscales ha sido especialmente estudiada por la profesora M. Lanero[i], una de las pocas expertas en la materia. 

Pues bien, como sabemos, los objetivos de la represión en la postguerra eran muy claros: la coerción mediante el terror, la desmovilización por su función ejemplarizante y la cohesión en torno al régimen de buena parte de la población, comprometiéndola en las tareas represivas y premiando a los más adictos con la promoción a puestos superiores. 

En tal contexto, la depuración de jueces y fiscales se encomendó, como en el del resto de funcionarios, a organismos de marcado carácter político, que deducían la condición de “desafecto” de hechos y conductas acaecidos en el periodo republicano. Los procedimientos se tramitaban sin ningún tipo de garantías -la carga de la prueba recaía en el acusado, cuya culpabilidad se presumía-, y finalizaban con sanciones impuestas con la mayor de las arbitrariedades.

Hemos de tener en cuenta que la depuración perseguía con igual ahínco tanto la separación del “desafecto” como la intimidación del “indiferente”, en la búsqueda de construcción de un perfil de funcionario que encajara a la perfección con el ideario fascista.

Por tanto, todas las acciones represivas fueron encaminadas a instaurar un nuevo orden moral, material y social, que pasaba por dejar sin efecto la legislación republicana y las decisiones jurisdiccionales que la habían aplicado.

La depuración de “retaguardia” fue llevada a cabo durante la contienda y pretendía eliminar rápidamente a cualquier sujeto que pudiera entorpecer la actuación de las nuevas autoridades, o dicho con sus propias palabras, aquel que demostrase una “actuación antipatriótica o contraria al Movimiento Nacional”.

Se iniciaba por una denuncia que podía ser interpuesta por las autoridades militares tras la absolución en un Consejo de Guerra, (quebrantando el principio esencial “non bis in ídem”), por el gobernador civil, por particulares, o, directamente, por otros miembros de la judicatura.

La instrucción de los expedientes se encargó a jueces y fiscales. Se incorporaban en él informes elaborados por diversas “autoridades” y testimonios de “personas relevantes del lugar” o profesionales del derecho. Una Comisión de justicia tomaba la primera decisión que firmaba el presidente de la denominada Junta técnica. Entre la denuncia y la imposición de la sanción solían transcurrir entre 3 meses y 1 año.

Para deducir la ideología política de los investigados, se investigó su círculo de amistades, sus relaciones y lecturas, su comportamiento social y sobre todo, su conducta privada y moralidad, destacando su práctica religiosa (o la ausencia de la misma). En ocasiones, las clases sociales dominantes activaron su venganza en el caso de jueces que habían sido sensibles con la población desfavorecida. Fue especialmente perseguido el haber dictado sentencias contra falangistas o haber aplicado normas de la legislación laboral, especialmente tuitiva de la población trabajadora.

En esta primera fase, fueron separados del servicio 26 funcionarios de las carreras judicial y fiscal al haber ostentado una clara identificación con los valores republicanos. Otros 24 fueron castigados con otras sanciones, al no dudarse de su adhesión a la “causa nacional”, pero considerarse que, en todo caso, su conducta fue “acomodaticia” con las autoridades del gobierno frentepopulista. 

Al acercarse el fin de la guerra, se promulgó en febrero de 1939 una ley que proporcionaba un marco global y sistemático para continuar con la depuración, que incluía un personal específico y permanente y una tipología de conductas y sanciones. Se iniciaba por una declaración jurada de la persona que delataba a los “izquierdistas”, proseguía con una investigación a cargo de jueces y magistrados que comprobaba los datos incluidos en la mencionada declaración y finalizaba con la propuesta de sanción.

Debe destacarse el nombre del Jefe de Depuración, el fiscal Romualdo Hernández, por ser figura clave al establecer las líneas homogéneas del proceso de depuración, y siendo posteriormente el encargado de la selección de las nuevas promociones de jueces desde los tribunales de oposición y ocupando también la inspección fiscal.

En esta etapa, las escasas garantías previas fueron prácticamente eliminadas y aumentó el grado de arbitrariedad. Al expediente se incorporaban los informes del alcalde, cura, guardia civil u organismos de Falange, y seguían resultando claves los datos referidos a la conducta personal del investigado.

La depuración perseguía de forma expeditiva la selección del personal admisible. La separación o la admisión operó así desde el prisma de la “reciclabilidad” para el nuevo régimen, siendo claves los antecedentes ideológicos y religiosos ya mencionados, y de forma secundaria, el compartir una visión tradicional de la profesión y la carrera. En definitiva, lo que claramente se pretendía era la coincidencia en la ideología conservadora, “de orden”, la “adhesión al movimiento”.

En cuanto al caso específico de los magistrados del Tribunal Supremo que permanecieron en su cargo en la zona republicana, solo tres de ellos fueron enjuiciados en un Consejo de Guerra y condenados a la pena de muerte: Francisco Berneguer de las Cagigas, Juan José González de la Calle y Franciso Javier Elola, que también fue Fiscal General del Estado.  

En homenaje a todos ellos, valga recordar la figura de este último, cuya trayectoria profesional puede resumirse en la frase con la que tomó posesión de su cargo: “Que me sentencie el pueblo, que es para mí el más alto tribunal, si no cumplo con mi deber”.

Casi un siglo después, la vocación democrática de tales palabras nos remueve la conciencia y el corazón: la función judicial solo puede llamarse como tal cuando se ejerce para proteger los derechos de la ciudadanía. Elola fue un jurista que combinó la precisión en la técnica con la sensibilidad social, impidiendo, por ejemplo, los desahucios de inquilinos que no podían afrontar la subida de la renta. Fue también un político que alertó siempre desde su tribuna sobre los peligros del corporativismo judicial. Ambas cuestiones de indudable relevancia en la actualidad.

Fueron sin duda estas virtudes las que llevaron a los golpistas a acabar con su vida en un cruel fusilamiento en el Camp de la Bota en 1936[ii].

Para concluir nuestro texto, hemos de referir que, en conjunto, entre 1936 y 1944, fueron sometidos a depuración 368 jueces y magistrados de un total de 1000, esto es, el 37% de la carrera, resultando separados el 6%, admitidos con sanción el 8%, y admitidos sin sanción el 23%.

Por lo tanto, el grueso de la carrera, el 63%, no fue sometido a depuración.

Por su parte, de un colectivo de 235 fiscales, no fue depurado el 59%, mientras que fue separado el 12%. Admitidos con sanción el 10% y sin sanción, el 19%.

Estos datos confirman el hecho de que la mayoría de jueces y fiscales, como exponíamos en nuestro anterior artículo, fueron absolutamente reacios a admitir y aplicar la legislación republicana.

En cuanto a la minoría de jueces y fiscales leales con la II, la depuración fue extremadamente dura: se impusieron condenas de muerte, cárcel, multas e incautación de bienes. La exhaustiva investigación en la vida privada llevada a cabo en los procesos investigadores fue una constante que dejará su impronta durante toda la dictadura (un juez fue sancionado porque se constató que su esposa se asomó al balcón en bata). Como veremos, los valores religiosos, la “buena conducta” y la adhesión acrítica al régimen prevalecerían sin duda para la permanencia y la promoción en la carrera.    



[i] Por todos, ver Lanero, Mónica. La depuración de la magistratura y el ministerio fiscal en el franquismo (1936-1944). JUECES PARA LA DEMOCRACIA. Información y debate nº 65. Julio 2009.

[ii] Para una mayor aproximación a su trayectoria cabe consultar el ensayo “En memoria de Francisco Javier Elola’, editado por Tirant Lo Blanch

socióloga checa que imparte clases en la Universidad pública de Praga sobre Historia del Capitalismo. De origen desconocido, fue dada en adopción tras su nacimiento y separada desde entonces de su hermana gemela, una magistrada marxista famosa por sus opiniones heterodoxas, que ejerce su oficio en el Reino de España. Un giro del destino provocó un encuentro entre ellas en un seminario de Cine y Memoria en Colliure. Las entregas de Viola sobre los hábitos de los jueces y la propia genealogía de la institución judicial están basadas en las múltiples y fecundas conversaciones con su hermana. 

mardi 12 mai 2026

Contre les Français de Manuel Arroyo-Stephens

 SOURCE https://www.juanasensio.com/archive/2016/02/01/contre-les-francais-de-manuel-arroyo-stephens-editions-exils.html

 Á propos de Manuel Arroyo-Stephens, Contre les Français. De l'influence néfaste exercée par la culture française (éditions Exils, 2015) 

Contre les Français : De l'influence néfaste exercée par la culture  française sur les pays voisins et notamment l'Espagne - Babelio

 

Les coïncidences n'existent, en matière de lectures, pas davantage que dans le reste de nos occupations. Tout est signe, puisque l'univers n'est qu'une phrase immense, peut-être infinie. Venant de consacrer une note à la charge de François Rastier contre Heidegger et les heideggériens, quel n'a pas été mon amusement de constater que Manuel Arroyo-Stephens, dans son libelle aussi drôle et savant que témoignant d'une parfaite, donc fort méchante mauvaise foi, évoquait le Maître du Jargon ou plutôt, son influence néfaste en France, ce pays qui est si étonnamment perméable aux faux discours, des déclamations à prétentions universalistes des révolutionnaires coupeurs de têtes aux longues phrases larmoyantes de Renaud Camus et de Richard Millet, qui eux aimeraient bien raccourcir quelques têtes de métèques s'ils avaient le simple courage physique de leurs jivaresques et souchiennes opinions : «Comment la France, avec son culte de la raison et de l'humanisme, put-elle tomber dans le piège d'un charlatan qui considérait la clarté comme le suicide de la philosophie ? Dire que cela arriva au pays de Montaigne, de Descartes, de Pascal ! Que ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, que ce qu'on ne peut dire, il faut le taire, que l'intelligibilité est la condition indispensable de la recherche de la vérité, tout cela l'escroc de Fribourg, le personnage le plus lâche qu'ait jamais cautionné la philosophie occidentale, n'en avait cure. Il monta dans le train du nazisme quand cela l'arrangea et garda un silence éternel sur les crimes de Hitler. Dans le fond, ils avaient quelque chose de commun. Heidegger séduisit les philosophes d'une bonne partie du monde tandis que Hitler séduisait les masses allemandes» (1).
 

C'est au cours du XXe siècle que Heidegger a fait plonger la culture française dans le «marasme» (le titre du dernier chapitre du livre) et même «le culte du néant, l'apothéose du bavardage et du charabia», au travers, ajoute Manuel Arroyo-Stephens, de Heidegger, qualifié d'«imposteur», de «théologien déguisé en philosophe» et de «protonazi et antisémite répugnant, qui ne se gênait pas pour séduire ses élèves, fussent-elles juives» (p. 125). Il est amusant de constater que l'auteur n'a pas de mots assez durs contre l'esprit de clan qu'a favorisé l'existentialisme par le truchement de Jean-Paul Sartre qui, pas plus que Martin Heidegger, n'a les faveurs de Manuel Arroyo-Stephens : «Mêlant habilement les ingrédients de la métaphysique, du socialisme scientifique et de la psychanalyse, Jean-Paul Sartre créa son système philosophique et fonda sa propre tribu, les existentialistes», prétentieux et intraitables moutons obéissant à la vertu si typiquement française, donc condamnable, selon laquelle l'histoire de «la littérature et de toute la création artistique répond en France à des schémas récurrents qui se répètent de génération en génération depuis la Renaissance et qui se forment toujours autour de mouvements et de groupes». En effet, les Français, tout à la fois veaux et moutons, donnent «plus d'importance à l'histoire de la littérature et aux écoles littéraires qu'à la littérature elle-même», comme l'ont si bien compris «André Breton et tous les chefs de file de par le monde» (p. 128).
 

Sartre, l'ordure Sartre qui, à la «grande surprise et admiration de ses collègues qui commençaient à célébrer son esprit», «ne tarda pas à expliquer qu'il avait vécu sous les Allemands dans une «clandestinité ouverte»», magnifique euphémisme par lequel cette ordure, «l'ineffable Sartre» (p. 134) donc, qualifia sa reptilienne faculté de résistance à l'Allemand. «Ce qu'on appelle généreusement le système philosophique de Jean-Paul Sartre», poursuit Manuel Arroyo-Stephens, «consistait en un salmigondis d'idées prises chez Husserl et Heidegger, plus tard assaisonnées de piment marxiste, bien agitées avec une phraséologie hégélienne et le tout servi dans le meilleur jargon parisien» (p. 135). Son «œuvre phare, aux dires des spécialistes, fut L’Être et le néant» et, ajoute l'auteur dans un de ces traits si chers à José Bergamín, si «l'on s'en souvient encore aujourd'hui, c'est uniquement parce qu'il possède très peu du premier et beaucoup trop du second» (p. 136) tout comme, à en croire l'auteur, c'est parce que Mao Zedong, «cet affreux poète», voulait obliger «un milliard de ses compatriotes à lire ses vers infâmes, voire ses œuvres complètes», qu'il «a mené la guerre civile et la révolution culturelle» (p. 138).
Dès ces quelques lignes, nous comprenons quels sont les principaux travers (prétention que rien ne fonde, culte d'une raison asséchante menant aux dictatures, goût invétéré de la rhétorique, impuissance artistique qui s'ensuit) que Manuel Arroyo-Stephens prête aux Français, même s'il semble se dédouaner, aux dernières lignes de son libelle, d'avoir mené une charge aussi réjouissante que violente et, diront les prudents, injuste et d'une incroyable mauvaise foi, en affirmant que seul le complexe d'infériorité propre aux Espagnols (cf. p. 9), ainsi que leur envie et leur jalousie (cf. p. 118) peuvent l'expliquer. Il ajoute, malicieusement, qu'il a écrit «ce pamphlet à la manière des Français» (p. 140, l'auteur souligne), façon polie de dire qu'il s'est peut-être lui-même payé de mots, et que son écriture n'en est pas moins critiquable que celle dans laquelle les Français ont fait triompher partout dans le monde leur vanité et leur verbosité.
 

Né dans «un pays physiquement et moralement dévasté par la guerre civile que le général Franco avait gagnée avec l'aide directe de Mussolini et de Hitler», ainsi qu'avec, ne l'oublions pas, «la complicité lâche et aveugle de l'Angleterre et de la France», Manuel Arroyo-Stephens déclare qu'il a «vu les meilleures intelligences de [sa] génération abêties par la Théorie, par la déliquescence et la délinquance intellectuelles, par cet esprit auto-complaisant et stérile venu de France» (p. 9).
La vanité des Français a toujours été supérieure à leur talent, ce qui est une évidence qu'il est bon de rappeler, car «ils se sont lancés très tôt dans le commerce des idées et des modes, exploitant avec une habileté et une avidité notoires ce que les économistes appellent une rente de situation, et leur a fait croire, avec autant de prétention que de vanité, qu'ils étaient le centre du monde» (p. 15).
Comment pardonner à un peuple qui a fait des contes de La Fontaine son épopée, au détriment de la Chanson de Roland (p. 17) ? Si la raison, que les Français ont toujours préférée, à grand tort, à l'intuition (cf. p. 113) est «la mort de l'art», si «Don Quichotte doit perdre la raison pour trouver la vérité» et que personne, «et surtout pas un Français, n'a pu créer de l'art avec de la raison» (p. 37), comment ne pas moquer une nation composée de jardiniers royaux dont le rêve pas même inavouable est «que les feuilles des arbres tombent directement dans les corbeilles, tant ils veulent civiliser et polir la nature» (p. 46) ?
 

Manuel Arroyo-Stephens se place du côté des Espagnols, autrement dit du côté de la déraison, de la folie et de la passion, des feuilles qui jamais ne tomberont directement dans les corbeilles : «Il fallait que quelque chose fonctionne de travers en Europe pour que les Français, avec si peu de mérite, parviennent à devenir le centre artistique du continent. On a beau fouiller dans les dictionnaires, les manuels, les livres d'histoire, on ne trouve pas un seul seul écrivain ou artiste français qui puisse justifier cette hégémonie» au cours du XVIIe siècle car, en «l'espace de quelques années disparaissent du paysage artistique européen les grandes figures du baroque (Milton, Calderón, Le Bernin, Rembrandt, Velázquez). Ce moment de vide, la France va le remplir avec ses pauvres artistes maniérés, qui ne seront jamais que des décorateurs de la grande pâtisserie versaillaise. Le seul peintre français d'un certain mérite, Le Lorrain, vivait et travaillait à Rome, et ne pointa jamais son nez en France» (p. 44).
 

Nous arrivons au foyer d'infection, Voltaire, «miroir concave où ses compatriotes peuvent toujours se reconnaître» (p. 51), que l'auteur peint en jaloux épique de Shakespeare, tout comme il raille les prétentions à la belle langue, confortée par tout un appareillage de règles, de normes et d'instituts et, mais l'auteur n'en touche hélas mot, de prix dits littéraires, dont le plus navrant d'entre eux, le prix Goncourt, est un inimitable mélange de putanat et de nullité, comme nous avons pu le constater ne serait-ce que ces deux dernières années. Revenons au texte de Manuel Arroyo-Stephens : «On n'a pas découvert meilleur moyen pour donner de l'allure et de l'éclat aux artistes médiocres que de les obliger à suivre des règles qui cachent leur manque de talent : légiférer, en art, tue le créateur et produit des artisans. Il n'y a donc pas mieux, pour en finir avec la créativité d'un artiste, que de l'obliger à accepter des normes, des critères et des goûts émanant de ces vénérables institutions nommées académies. Rien n'est plus voisin de l'esprit français, conclut Manuel Arroyo-Stephens, que l'esprit académique» (p. 67-8) qui, du moins durant le ridicule XVIIIe siècle, peut se confondre assez facilement avec un concours de «perruques poudrées et [de] mouches sur le visage», ou encore avec cet «art du paysage en éventail», «le vicomte maniéré des défis et l'abbé idiot des madrigaux», cet art «cérémonieux, mesuré, de la pavane» (p. 69) qui a donné un verbe pronominal qui, si mes souvenirs sont bons, a quelque rapport étymologique avec le mot paon, jetant ainsi une lumière non point crue mais elle-même artificielle et molle sur les habitudes françaises.
 

Manuel Arroyo-Stephens balaie l'histoire de notre pays depuis ses premières gestes littéraires, que ce dernier n'a selon ses dires pas suffisamment portées aux pinacles, lui préférant des fadaises poudrées ou étriquées, et caractérise la Révolution comme la matrice fournissant «le masque, la rhétorique et les méthodes abominables dont les absolutistes de toutes obédiences ont fait un usage si éloquent et sanglant tout au long des deux derniers siècles» (p. 79), Napoléon en étant lui aussi pour ses frais, la «tête pleine de grammaire et de syllogismes» (p. 83), occupé jusqu'à ses derniers jours en exil, «pendant que ses généraux s'amusaient à vendre aux enchères des biens si mal acquis» en Espagne, «au lieu de demander chaque jour pardon pour ses crimes», «à lire... une grammaire !» (p. 93).
 

Il n'y a pas à louvoyer, car les Français, «fanatiques de l'abstraction, malades de la logique», sont «capables de sacrifier quiconque pour un de leurs syllogismes» (p. 96), mais ne comprennent absolument rien aux véritables génies, comme Goya : «Certainement la violence de Goya, comme celle de Picasso, un siècle plus tard, aura aveuglé non seulement Mérimée, mais toute la peinture française. Ceux qui l'admirèrent, le copièrent et se laissèrent influencer par lui, comme Géricault et Delacroix, restèrent dans le geste, dans la pure rhétorique. Ils ne comprenaient pas la violence intérieure, radicale, le monde beaucoup plus complexe d'un peintre qui avait fait la sourde oreille à la peinture banale et académique en provenance de France. Les Français, y compris les révolutionnaires modernes, étaient, même s'ils croyaient le contraire, trop empreints du classicisme qu'ils avaient chevillé à l'âme, et le romantisme récemment acquis leur était en réalité étranger et lointain. Il n'était tout au plus qu'une réaction anticlassique. Cela faisait déjà trop longtemps qu'entre Ronsard et Rabelais, l'esprit français avait choisi le mauvais chemin» (pp. 98-9), c'est-à-dire Ronsard dans l'esprit de Manuel Arroyo-Stephens.
 

Ainsi, si le «romantisme allemand» dans sa totalité «se résume à une lutte titanesque pour se libérer du joug français», c'est encore une fois vers la peinture espagnole que l'auteur tourne son regard pour en affirmer la supériorité sur la française, supériorité découlant du fait que les peintres espagnols, eux, n'ont pas renoncé à la passion : «Quand ils [les Français] se trouvent face à la peinture espagnole et se mettent à l'admirer, alors qu'au fond elle leur reste incompréhensible, ils surréagissent et en perdent la mesure. Là où ils étaient habitués à chercher l'harmonie, ils se retrouvent face à une violence inusitée; là où ils cherchent la beauté idéale, ils tombent sur le réalisme le plus cru; éduqués à comprendre la séparation et la hiérarchie des genres picturaux, ils trouvent mélangés le sublime et le grotesque; au lieu d'un projet d'ensemble et d'une utilisation exubérante de la couleur, au lieu d'un dessin harmonieux et correct des postures, ils tombent sur un mouvement impulsif et incontrôlé. Habitués à peindre les morts comme s'ils étaient en train de rêver, ils se retrouvent face aux cadavres de Goya, masses de chair inerte, véritables cadavres» (p. 101). L'auteur va plus loin, car il ne supporte décidément pas la prétention française, d'autant plus appuyée qu'elle ne se fonde, à ses yeux, sur rien de valable, et cela en quelque domaine artistique que ce soit. C'est ainsi que le célèbre tableau de Goya intitulé Le 3 mai fusille de manière allégorique «toute la peinture française du XVIIIe siècle», tandis qu'un siècle plus tard, un autre Espagnol, Pablo Picasso, fusillera à son tour «la peinture française du XXe siècle» (p. 102) avec ses Demoiselles d'Avignon.
 

J'ai plus d'une fois souri en lisant Manuel Arroyo-Stephens, me souvenant de ma lecture, franchement ennuyée, des Salons de Diderot, comme lorsqu'il écrit par exemple : «Que pouvait-on voir dans la peinture indigeste de Watteau, de Fragonard, de Boucher, de Chardin, dans leurs coloris sensuels et charmants, dans leur bucolisme glouton, entre colonnes et plantes grimpantes, dans leurs figurines de porcelaine exhibant tantôt leur cheville, tantôt leur petit cul, que pouvait-on regarder de ce monde coloré, vain et frivole après avoir contemplé les morts de Goya ?» (p. 103). La réponse est évident et décidément seul un Philippe Sollers, inutile commentateur de tout, peut nous bassiner avec les fadaises pralinées d'un peintre aussi inintéressant que Watteau.
 

Si les écrivains français sont peu ou prou des apôtres de la rhétorique la plus creuse et sont parfaitement incapables, y compris mêmes lorsqu'ils se rendent au bordel ou dans des pays exotiques, de se libérer de leur grammaire (2), mais aussi de ces structures plus ou moins étatiques comme la Société populaire républicaine des arts (3) inventée par ce «Robespierre du pinceau» (p. 104) que fut David qui ne peignit jamais, dans sa trop fameuse Mort de Marat qu'un «Christ profane, très bien composé, très «bien peint», avec une lumière abstraite, idéalisée, très seyante, qui sanctifie cet apôtre de la guillotine», tableau dont la «rhétorique muette mais très parlante» est destinée à «émouvoir les masses, en transformant en modèle de vertu un délinquant peu ordinaire» (p. 105), nous devons aussi admettre qu'un Flaubert, dont chaque paragraphe, nous dit malicieusement l'auteur, «lui coûtait autant de sueur, de sang et de larmes qu'à Churchill de défendre l'Angleterre» (p. 116), tout comme d'autres écrivains réalistes parmi lesquels l'ignoble Zola, ne valent pas grand-chose comparés, par exemple, à un Dostoïevski : «Visiblement, personne n'eut l'idée de souffler à l'oreille de ces vaillants réalistes qu'un peu plus au nord un certain Dostoïevski était en train de préparer le grand parricide du siècle et que, quelque part dans l'Atlantique nord, le capitaine Achab poursuivait une baleine. Mais quelqu'un peut-il s'imaginer Flaubert décrivant le crime de Raskolnikov, ce personnage qui, au début du roman, n'a pas mangé depuis deux jours, alors que le romancier français a besoin de plusieurs pages pour décrire les huit étages de la pièce montée du mariage de madame Bovary ? Flaubert aurait fait quelque chose que le Russe ne perd pas une minute à faire : décrire la hache avec laquelle est perpétré le grand crime. Il y aurait consacré peut-être un chapitre, oubliant l'essentiel, qui est que la hache est juste le prolongement du bras qui la brandit. Et que la seule chose importante est ce qui se passe dans la tête qui actionne ce bras» (p. 122).
 

Saluons les éditions Exils pour avoir donné aux lecteurs francophones la possibilité et, je crois, la chance, de pouvoir lire ce court ouvrage de Manuel Arroyo-Stephens, libelle qui s'inscrit dans le sillage de ces livres érudits et fantomatiques, profonds et justes, comme Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes de László Földényi.

Notes
(1) Manuel Arroyo-Stephens, Contre les Français. De l'influence néfaste exercée par la culture française (traduit de l'espagnol par Philippe Thureau-Dangin, Éditions Exils, 2015), p. 126. Dans on édition originale, ce livre a été publié en 1980 sous le titre Contra los Franceses. O sobre la nefasta influencia. Libelo. L'auteur, né en 1945 à Bilbao, avocat et économiste de formation, a fondé durant les années 70 la librairie Turner à Madrid, devenue Turner English Bookshop, qui lui valut quelques démêlés avec la police franquiste, lui reprochant de vendre des livres interdits. Il devint ensuite éditeur et publia l’œuvre complète du grand Basque José Bergamín. C'est de façon anonyme qu'il publia son premier livre, Contre les Français. Il vit aujourd'hui retiré de toute affaire éditoriale, partageant son temps entre Berlin et la sierra de Guadarrama. Le peu que j'ai appris sur cet homme me fait penser qu'il serait digne de figurer dans Bartleby et compagnie du très surestimé Vila-Matas ou, bien mieux, aurait pu servir comme modèle au personnage d'écrivain mystérieux de 2666 dont je n'ai pas besoin de préciser l'auteur. Ajoutons enfin que tout éditeur digne de ce nom devrait immédiatement se jeter sur le dernier ouvrage de Manuel Arroyo-Stephens, intitulé, bellement, Pisando ceniza, soit En marchant sur la cendre.
(2) Je note intégralement cet excellent passage d'une méchanceté féroce : «Devenir bohèmes et maudits, fumer de l'opium, fréquenter les bordels, faire des escapades dans des pays exotiques, et malgré tout, ne pas pouvoir se libérer de leur grammaire ! Ah, ces vers aux inévitables relents de colère adolescente ! Qu'ils avaient peu lu Milton, Dante et Quevedo ! S'il voulait échapper à l'honneur douteux de finir à l'Académie, un artiste honnête n'avait d'autre choix que de se réfugier au bordel ou d'émigrer dans des pays exotiques (l'idéal, évidemment, était de combiner les deux). Mais, dans les deux cas, on courait le risque d'attraper des maladies infectieuses, tropicales ou d'un autre genre. C'est cela qui alimenta et stimula le génie français, dans des proportions que l'on n'a sans doute pas encore assez étudiées. On imagine que les infections vénériennes furent plus stimulantes que les tropicales. De là à insinuer que c'en fut fini du génie français le jour où un Anglais découvrit la pénicilline, il n'y a qu'un pas.» (pp.115-6).
(3) Plus d'une fois l'auteur comparera le goût des Français pour des organismes d’État censés favoriser l'exercice des arts avec des structures plus ou moins staliniennes (cf. p. 105). 

le massacre de Mỹ Lai (Vietnam, 1968) raconté par ses exécuteurs

 

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  Interviews with My Lai Veterans, un film de Joseph Strick, 1971