Si
les États-Unis ont été le laboratoire social du post-modernisme, des
Européens, Français à l'avant-garde, en furent les théoriciens. Comme
souvent, les Américains font d'abord, pensent ensuite et,
philosophiquement, presque jamais par eux-mêmes. Ainsi la dissolution du
patriarcat, l’individualisme économico-juridique, le règne du
consumérisme et le relativisme moral ont-ils été expérimentés aux
États-Unis avec plus de spontanéité et de radicalité qu’en Europe. Mais
la vague post-moderne a dû ses concepts au travail de philosophes
français. Sans l'hégémonie américaine combinant puissance matérielle et
mimétisme social, hard et soft power, l'anti-monde des quarante
dernières années aurait bien sûr été impossible ; mais sans les
élaborations, ou élucubrations, menées en Europe par certains penseurs,
il n'aurait pas exercé la même séduction intellectuelle.
Des deux côtés de l'atlantique, cependant, cette hégémonie n'a jamais
été complète. L'histoire n'a pas de fin, aucune époque n'est
parfaitement synchronique, et toute domination trouve ses contrepoids.
Contre le nihilisme post-moderne, le katekhon a bien opéré. - Par
l'inertie des traditions culturelles et des structures familiales, par
un patriotisme imprégné de religiosité et un populisme qui viennent de
porter Trump au pouvoir en Amérique, par un mouvement de réaction contre
la « moraline » droit-de-l'hommiste qui doit encore trouver en Europe
sa traduction politique. Je suis de ceux qui considèrent que la
configuration nihilo-mondialiste est morte, dans l'ordre de l'esprit
comme dans celui de la matière. Mais le cadavre poursuit ses
destructions, comme un zombie. Il faut donc encore en disperser les
restes.
Il n'est pas utile en revanche d'entrer dans les subtilités, somme
toute bien facultatives, de la déconstruction philosophique. La
diversité interne de ses courants, réelle, n'est pas essentielle. Toutes
ses variantes sont rassemblées sur la même ligne de front par leurs
cibles communes : l'enracinement historique, la substantialité
philosophique, la décence morale et, au strict plan politique, les
nations dans leur identité et les États dans leur souveraineté. Somme
toute, la déconstruction croise les deux principales idéologies
soixante-huitardes : le post-marxisme et le libertarisme, qui ont
rapidement surmonté leur antagonisme initial. La première peut être
représentée par Toni Negri1 dont les « multitudes mondiales », qui
succèdent aux classes nationales, ont pour première passion, plus que la
lutte anti-capitaliste, de détruire « cette merde d’État-nation2 »
(sic…). Quant à l'autre coulée répandue par mai 68, libertaire et «
alterolatre », cosmopolite et « autophobe », elle débouche sur la «
gauche morale » immigrationniste. C'est elle que j'aborde ici à travers
ses maîtres à penser Deleuze, Foucault et Derrida.
Les Américains, qui leur ont offert chaires sur chaires, les ont
regroupés avec quelques autres sous le label « French Theory ». Cette
faveur renseigne sur leur compte. Si elles touchent par endroits à
l’éternité des grandes œuvres d’art, les philosophies majeures restent
en effet, pour une part décisive, filles de leur temps. Il n’est pas
seulement permis, il est nécessaire de les apprécier d’après leurs
patries d'élection. Cette « géolocalisation » devient même indispensable
quand une philosophie prétend lutter contre ce qui domine son époque.
On pourrait sous ce rapport s’amuser de la popularité intellectuelle
dont jouissent les déconstructeurs chez ceux qu’aux États-Unis on
appelle liberals : occupant l’aile gauche du parti démocrate,
progressistes en matière de mœurs, laissant intacts les piliers du
libéralisme économique, ils sont, autrement dit, des
libéraux-libertaires. Acteurs majeurs du capitalisme post-moderne dans
sa superstructure idéologique, et bénéficiaires de son infrastructure
économique, ils ont fait des déconstructeurs français leurs serviteurs
érudits - semblables à ces esclaves grecs qui, dans l'antiquité,
chapitraient la jeunesse romaine décadente. A cette différence près que
ceux-ci entretenaient les fondements de l'histoire européenne que
ceux-là veulent terminer. Pour parler « années 1970 », ces philosophes
ont été les « valets du capital » post-moderne.
Lus de Berkeley à Columbia, donc, Deleuze, Foucault et Derrida sont
les plus célèbres figures de la French theory. Je vais brièvement
entourer le foyer commun de leur pensée. Ayant fait litière de la
sentence opportuniste d’Heidegger selon laquelle la biographie des
penseurs compterait pour rien3, je dirai aussi quelques mots de leurs
parcours politiques personnels.
Deleuze forge des concepts puissants, nietzschéens, animés par les
forces de l’art et de la vie. Naturaliste, il croit en suivre les
croissances dans le « biotope » politique. Ainsi propose-t-il, dans
l’Abécédaire qui a tant contribué à populariser sa pensée, la notion de «
devenir révolutionnaire ». Une situation devient à ce point
insupportable, dit-il, qu’elle cesse dans une explosion de liberté qui
déracine les « arbres » - métaphores de tous les ordres oppressifs. Sur
cette terre retournée fourmillent alors des « rhizomes » qui désignent
dans la botanique deleuzienne d’imprévisibles ramifications libertaires.
Car la liberté pousserait là, dans des « flux », entre les « branches
», indisciplinée, anarchique, avant que les arbres liberticides
reprennent vite et comme fatalement racine. Deleuze constate avec
placidité que les révolutions « tournent mal » sans vraiment dire
pourquoi, l’oppression lui paraissant devoir « arriver » à la liberté
dans une sorte de balancement cosmique.
On ne peut à l'évidence concevoir avec lui un éventuel rôle positif de
l’État, ni la valeur de la substance, au sens stoïcien de ce qui dure,
tandis qu’on est happé par des flux « désirants ». Flux dont le
potentiel consommateur-destructeur habite l’angle mort de cette pensée.
Et c’est sans injustice flagrante que le vocabulaire deleuzien du «
nomadisme », de la « déterritorialisation » et donc des « flux », se
retrouve aujourd’hui dans la langue du capitalisme financier apatride.
Et c'est aussi sans surprise qu'il sert à dissoudre par l'immigration
l'identité des peuples et, avec elle, leur souveraineté politique.
Deleuze, rétif aux rigueurs de la dialectique hégelienne, méprise les
points d’arrêts, de repos et de contrainte, autrement dit les
institutions indispensables à la liberté collective. Il renvoie ainsi
les moments négatifs politiquement nécessaires – coercition,
institution, autorité - aux « passions tristes » spinozistes, aux «
forces faibles » nietzschéennes, autrement dit aux pathologies de la
soumission. Et sa pensée offre l'aspect d’une sorte
d'anarcho-naturalisme artiste qui, par constitution, supporte très mal
l'épreuve historique. Ne comprenant l'histoire européenne qu'à travers
ses grandes œuvres culturelles, il l'ignore superbement comme destin
civilisationnel. Pour ceux qui font de ce destin leur combat, Deleuze
n'offre que des armes piégées.
Quant à son parcours personnel, on peut y reconnaître une certaine
fidélité et une probité stoïcienne. Il a certes cultivé le fétichisme
des marges dans le joyeux (?) désordre de l'université de Vincennes,
esquivé ensuite les questions embarrassantes sur les conséquences
sociales et existentielles du gauchisme, refusé, en somme, de regarder
en face le soleil noir de Mai. Mais après avoir embrassé la veine
vitaliste de 68, sans jamais y revenir, il n’a jamais personnellement
couru après les bénéfices, narcissiques ou matériels, de l’avant-garde.
On lit chez Foucault une prose théorique parfois étincelante, ainsi
dans les inoubliables ouvertures de ses deux œuvres maîtresses,
Surveiller et punir et Les mots et les choses. On y apprend aussi
beaucoup car un corpus de faits - historiques, scientifiques et
esthétiques -, donne à chaque proposition essentielle un appui
probatoire. Mais en dépit d’une telle volonté positiviste, le concept
foucaldien de pouvoir glisse entre les doigts comme l’eau de Thalès :
élément universel imprégnant toute chose, il serait à ce point répandu
dans les institutions, les discours et les pratiques quotidiennes, qu’il
en devient impensable. Avec cette conséquence logique qu’on ne peut
échapper à un pouvoir partout oppresseur qu’en se projetant le long de
lignes de fuite extraordinaires. Cédant comme Deleuze à l’idolâtrie des
marges cultivée par son époque, Foucault réserve ainsi l’expérience de
la liberté aux déments, aux criminels, aux parricides, aux transsexuels.
Dès lors en effet que l’État (et toutes les institutions qui en
émanent) ne serait qu’un pur agent d’oppression, n’importe quoi, à la
lettre - du maoïsme aux droits de l’homme en passant par la révolution
iranienne -, devient contre lui une ressource envisageable. Ayant bien
saisi pourtant le passage des sociétés hiérarchisées « verticales » aux
sociétés de contrôle « horizontales », Foucault, tout à sa répugnance
pour l’État, n’imagine pas de le mobiliser contre les nouvelles
dominations. Quant aux « subjectivations » individuelles dont il
entreprend l’histoire originale depuis les Grecs, éprouvant chez eux,
sans qu’œuvre ici le hasard, une dilection particulière pour les
cyniques, elles se logent aujourd’hui à merveille dans le nouveau
capitalisme de consommation. Celui-ci absorbe tous les modes de vie
alternatifs dès lors qu'ils ne touchent pas, à travers une pensée
rigoureuse et substantielle, au cœur de son réacteur. Il accumule les
bénéfices de sa propre critique en y employant une armée de serviteurs «
impertinents » (dont la « rebellocratie » du spectacle, selon
l'expression de Philippe Murray, occupe au bout de la laisse la tête la
plus avancée).
Honnies par le penseur, les institutions de la république ne furent pas
si mauvaises mères pour l’universitaire. Il y menait jusqu’en 68 une
belle carrière sans vagues, qu’il poursuivit ensuite au Collège de
France. Il devient peu après Mai un « compagnon de route » des maoïstes
spécialisé dans la question carcérale, avant d’abonder
intellectuellement la Révolution islamique iranienne en même temps que,
sans solution de continuité, les « nouveaux philosophes » (Deleuze, lui,
avait eut le bon goût de les tenir sur-le-champ dans le mépris qui leur
revient). Il achève avec eux sa trajectoire en rejoignant le
droit-de-l’hommisme4 qui, envahissant le champ politique à partir de la
fin des années 70, va former avec l’hédonisme le couple infernal des
deux décennies suivantes. Les choses s’aggravent encore post-mortem
puisque le principal légataire éditorial de Foucault, François Ewald,
allait conseiller, en plus de la Fédération française des sociétés
d’assurance, Denis Kessler l’ex-maoïste dirigeant du Medef. Je crois
qu’il n’est plus à craindre qu’un jour contre son ambiance apparente,
mais conformément à ses lames de fond, le foucaldisme devienne un
libéralisme. C'est fait. De son vivant, Foucault avait adopté les uns
après les autres les états de la critique institutionnelle, majoritaire,
permise et sans risque. A telle enseigne qu’on peut soupçonner son
positivisme revendiqué, qui devrait a priori loger sa déontologie dans
le respect des faits, d’avoir abrité une sourde servilité au Fait
hégémonique s’insinuant, honteuse ou inconsciente d’elle-même, sous la
flamboyance des concepts et des poses.
Derrida, enfin. Il livre quelques puissants textes à l’époque de
L’écriture et la différence (1967) avant de se fortifier dans l’idée
qu’entre le concept et la métaphore, la philosophie et la littérature,
les frontières devaient s’effacer au profit de la notion d’« écriture »5
- qui ne peut chez lui, lecture faite, être confondue avec le style. Se
plaçant dans le sillage de Heidegger, Derrida entend « dé(cons)truire »
l’équation fondamentale du projet philosophique grec : la saisie de
l’être des choses par la pensée rationnelle. S’il n’y a pas lieu de
soustraire ce projet à la critique, qui est un de ses gestes essentiels,
elle n’en épuise sans doute pas toutes les virtualités. On pourrait au
risque de passer pour un humble naïf s’attarder un instant, quels
dégoût, mélancolie ou consternation que nous inspire le devenir de
l’Occident contemporain, sur les plus hautes réalisations du Logos. Il
serait donc pour Derrida à déconstruire d’urgence ou, plus subtilement,
il connaîtrait une déconstruction interne que la pensée devrait
recueillir. Mais alors que Heidegger entendait pour ce faire une Voix «
gréco-allemande » plus ancienne que les calculs de la rationalité
technicienne, Derrida reçoit son inspiration là, près de lui-même, dans
la lettre hébraïque. Et il fait glisser, après Lévinas et tant d'autres
intellectuels juifs, la philosophie d’Athènes à Jérusalem. Elle s'y perd
sans retour. Dès lors que le monde est supposé échapper au logos qui
s’efforce de l’éclairer, qu’il se renferme désormais dans une écriture
indéfiniment déchiffrable, on prend en effet le chemin du désert
théologique.
Derrida, adoptant assez naturellement le ton de l’Ecclésiaste
rabaissant les vains édifices humains, renvoie ainsi les grandes
philosophies à leurs impensés, leur logique consciente à ce qu’elle
refoule, leurs intentions rationnelles à une lettre qui, « disséminante »
et « différante », les déborde parce que l’infini travaille en elle6.
Il passe au rouleau compresseur kabbalistique les distinctions sur
lesquelles repose la pensée occidentale (cause et effet, substance et
accident, sujet et objet, etc.) avec un acharnement formel qui exprime
une sorte de haine froide. Dans une telle atmosphère de confusion, on
marche à rebours de l’esprit du logos avec ses déterminations
habitables. Rien ici ne paraît pouvoir subsister, durer, s’établir ou
s’affirmer sinon, peut-être, la figure du philosophe prophète qui semble
posséder, lui et lui seul, la consistance du particulier et le
magistère de l’universel. Il juge en effet sans bienveillance, en
brandissant une Loi aussi absolue que retirée du commun, les œuvres
politiques, les cultures et les mondes particuliers des peuples (moins
Israël...) qui veulent être quelqu’un dans l’histoire. Restent alors,
pour tout solde, un empêchement de pensée et une théologie judaïque de
contrebande.
Quand Deleuze s’installe avec ses concepts vivants dans une affirmation
sans dialectique, Derrida administre au sens une correction infinie
qui, n’affirmant jamais que l’imperfection du monde, porte en chaire un
maître de l’obscurité. On passe donc, d’un French theorist à l’autre, du
refus libertaire de la dialectique à son engloutissement dans les eaux
glacées d’une théocratie négative. Pour un résultat somme toute
équivalent : partageant les mêmes hostilités - métaphysique contre la
substance, politique contre la nation-, ils ligotent la philosophie au
cosmopolitisme des droits de l'homme.
Derrida s’est montré publiquement plus discret que Foucault. Jouissant
dans l’université française d’une marginalité confortable, il empile les
chaires américaines, soutient les dissidents tchèques, rentre en 1995
au comité de soutien à Lionel Jospin, duquel il s’éloigne en 2002 parce
qu’il juge sa politique d’immigration impitoyable... Il accomplit en
définitive le parcours sans faute d’une grande conscience de gauche
pétitionnaire – Antigone séfarade d’amphithéâtre contre les méchants
Créon d’État - qui ne se risque sur le champ de bataille qu'abrité sous
le Paraclet du droit naturel cosmopolitique.
A moins de croire à la stratégie du cheval de Troie, douteuse en
général, il faut bien se rendre à l’évidence : ces pensées sont à tel
point aspirées par les pôles du monde capitaliste « post-moderne », qui
mêle hédonisme et juridisme, qu’elles sont impropres à en combattre les
toxines. Pire, elles les répandent. Émasculant intellectuellement la
capacité politique des peuples, la déconstruction méprise l’État et la
Nation - l’acteur du pouvoir et sa source légitime – au profit de
résistances introuvables. Par la Nature chez Deleuze, par les Faits avec
Foucault, par la Loi aux termes de Derrida, on finit par perdre la
mesure dans les choses, l’autorité des faits vacille et l’esprit des
lois devient impensable. En pourchassant avec les gauchistes sa
configuration patriarcale, nationale et industrielle, ils ont prêté
leurs amples pensées à l’ennemi capitaliste qui, disais-je, passait avec
eux au stade puéril, mondial et consumériste. A travers leurs cas
particuliers le magistère de 68 est en cause, avec son « héritage
impossible7 ».
Les French theorists déconstruisent, critiquent ou subvertissent les
catégories de la tradition philosophique occidentale. Mais le poids des
choses contrarie sans cesse leur prétention avant-gardiste de dépasser
par la pensée ce qui, dans cette tradition, abrite les conditions d’un
monde habitable. Même quand ils l’abordent plus humblement, la logique
même de leur pensée leur fait maltraiter l’histoire. « Post-modernes »,
ils ne cherchent dans leur époque, et donc n’y trouvent, que des dates
de péremption, frissonnant de plaisir à chaque acte de décès qu’ils
croient pouvoir prononcer. En réalité, complaisamment postés partout où
le « vieux monde » est déjà mort, ils ne conjurent que des menaces
révolues en s'aveuglant avec métier sur les dangers présents.
Qu’on me comprenne bien : je ne pointe pas ici le retard sur le Temps
des intellectuels en question. Non, je suis tout au contraire frappé par
leur collusion avec le capitalisme dont ils semblent instruire la
critique. S’ils étaient « inactuels » ou « intempestifs », ils
joueraient du marteau nietzschéen. S’ils surmontaient leur époque, ils
suivraient le totem des philosophes selon Hegel, « chouettes de Minerve
prenant leur envol au crépuscule ». Bref, s’ils pensaient leur époque en
s’écartant d’elle, pour la subvertir, la surmonter ou la dépasser, ils
rempliraient le rôle moderne auquel ils prétendent. Mais, épousant la
trajectoire du 68 des élites, ils sont passés d’une révolution
libertaire parlant marxiste au « droit de l’hommisme » antiraciste
millésimé « années 80 ». Via, donc, les universités américaines. Mais
ils subissent aujourd'hui, le temps de leur splendeur passé, le retour
d'une logique implacable : à force d’ignorer les permanences au fond des
choses pour se précipiter à l’avant-garde de la critique de la
domination, on est irrémédiablement condamné à épouser les formes que la
domination prescrit à sa critique.
C'est au fond le vieux Jacques Duclos qui avait raison. Dans un
opuscule paru dès l'été 19688, le dirigeant stalinien mettait en garde
contre les descendants de Bakounine jetant des pierres au quartier
latin. Ces gauchistes, avertissait-il, propagent un désastreux «
amorphisme » révolutionnaire : leur haine des formes, des mœurs et des
institutions, les condamne à définir la liberté comme une pure négation
ou, ce qui revient au même, comme un pur plastique. « Détruire c’est
créer » disait ainsi Bakounine, l’éternel adolescent.
Aux aurores de la modernité, Descartes avait pressenti les audaces
terribles qui s’ouvraient devant la volonté infinie, illimitée et
prométhéenne à laquelle la science nouvelle faisait découvrir sa
puissance. Puissance qui pourrait s’exercer non seulement contre une
tradition intellectuelle imparfaite mais aussi, et c’était la crainte de
Descartes, contre tous les ordres moraux et politiques. Ainsi ne
cesse-t-il dans le Discours de la méthode de mettre en garde contre une
extension « démocratique » du doute radical qu’il pratique dans le
domaine de la connaissance pure. De la grandeur inquiète de ces
commencements, nous sommes passés au gauchisme de consommation «
post-soixante-huitard ». S’il recule dans le passé, il continue
d’irradier notre présent comme une strate géologique recouverte mais
encore active.
Depuis quarante ans, la liberté moderne échoue ainsi sur une plage
artificielle qui, après 68, a recouvert les durs, les vertueux pavés «
gaullo-communistes ».
Un haïssable petit « moi » s'y agite, formant des pâtés capricieux,
qui exige, revenu à la maison, de consommer sans ranger sa chambre.
Bientôt père en rollers chantonnant Vincent Delerm, il n’hésite pas à
porter des dreads-locks qui, bien acceptées dans son « job », aggravent
son cas devant l’Éternel juge de tous les styles. Il prend avec l’âge
l'aspect d’un vieux poupon arrogant et vagissant, réclamant l'air
méchant de jouir encore et encore, et qui, gênant, tout le monde,
ressemble trait pour trait à Dany Cohn-Bendit... Mais Cohn-Bendit va
mourir bientôt, son monde est en phase terminale, et la déconstruction
restera dans l'histoire de la pensée européenne comme le symptôme d'une
dépression passagère. Le réalisme politique, la décence éthique et la
consistance philosophique ont commencé leur insurrection. Mais c'est une
autre histoire. Elle s'ouvre devant nous.
Dans une analyse fouillé G Rockhill rappelle que la lutte des classes
se conduit aussi politiquement sur le terrain intellectuelle. Montrant,
date et fait à l’appui comment la CIA est intervenu de façon massive,
notamment financière pour occuper la sphère intellectuel.
Cet article montre églament l’importance du combat linguistique et culturel, que nombre d’intellectuels de très bonne foi considèrent comme une fantaisie ou pire parfois comme une marotte « nationaliste »
On présume souvent que les intellectuels ont peu ou pas de
pouvoir politique. Perchés au sommet d’une tour d’ivoire privilégiée,
déconnectés du monde réel, mêlés à des débats académiques dénués de sens
sur des détails infimes, ou flottant dans les nuées absconses de
théories abstraites, les intellectuels sont souvent dépeints comme non
seulement coupés de la réalité politique, mais comme incapables d’avoir
un impact significatif sur elle. Ce n’est pas ce que pense la CIA.
En fait, l’agence responsable de coups d’État, d’assassinats ciblés
et de manipulations clandestines des gouvernements étrangers ne croit
pas seulement au pouvoir de la théorie, mais elle a consacré des
ressources importantes pour qu’un groupe d’agents secrets étudient ce
que certains considèrent comme la théorie la plus complexe et absconse
jamais produite. En effet, dans un article de recherche intrigant écrit en 1985, et récemment publié avec des retouches mineures en raison du Freedom of Information Act, la CIA révèle que ses agents ont étudié la très complexe, avant-gardiste et internationale French theory, [ou théorie de la déconstruction, NdT] adossée aux noms de Michel Foucault, Jacques Lacan et Roland Barthes.
L’image d’espions américains se réunissant dans des cafés parisiens
pour étudier assidûment et comparer leurs notes sur les écrits des
grands prêtres de l’intelligentsia française choquera ceux qui présument
que ce groupe d’intellectuels est constitué de sommités dont la
sophistication éthérée ne pourrait jamais être saisie par un filet aussi
grossier, ou qui, au contraire, les considèrent comme des charlatans
colportant une rhétorique incompréhensible sans impact sur le monde réel
ou presque. Cependant, cela ne devrait pas surprendre ceux qui
connaissent l’investissement de la CIA, ancien et permanent, dans la
guerre culturelle mondiale, y compris par le soutien à ses formes les
plus avant-gardistes, qui a été bien documenté par des chercheurs comme
Frances Stonor Saunders, Giles Scott-Smith, Hugh Wilford (et j’ai
moi-même apporté ma propre contribution dans Radical History & the Politics of Art).
Thomas W. Braden, l’ancien superviseur des actions culturelles à la
CIA, a expliqué avec franchise la puissance de l’offensive
intellectuelle de l’Agence dans un compte rendu à destination de ses membres, publié en 1967 :
Je
me souviens de l’immense joie que j’ai ressentie lorsque le Boston
Symphony Orchestra [qui avait reçu l’appui de la CIA] a recueilli plus
d’éloges pour les États-Unis à Paris que John Foster Dulles ou Dwight D.
Eisenhower n’aurait pu en obtenir en une centaine de discours.
En aucune façon, il ne s’agissait d’une petite opération à la marge. En fait, comme Wilford l’a fort justement décrit, le Congrès pour la liberté de la culture (CCF),
dont le siège social se trouvait à Paris et qui s’est par la suite
avéré une organisation de façade de la CIA dans la partie culturelle de
la guerre froide, était l’un des plus importants mécènes dans l’histoire
universelle. Il soutenait une incroyable gamme d’activités artistiques
et intellectuelles. Il avait des bureaux dans 35 pays, publiait des
dizaines de magazines de prestige, était impliqué dans l’industrie du
livre, organisait des conférences internationales de haut niveau ainsi
que des expositions d’art, coordonnait des spectacles et des concerts et
contribuait largement au financement de divers prix et bourses
culturels, ainsi que d’organismes de soutien comme la Fondation Farfield.
L’ »Appareil »
parisien : l’agent de la CIA et chef du CCF Michael Josselson (au
centre) dans un déjeuner de travail avec John Clinton Hunt et Melvin
Lasky (à droite)
La CIA comprend que la culture et la théorie sont des armes cruciales
dans l’arsenal global qu’elle déploie pour protéger les intérêts
étasuniens dans le monde entier. Le rapport de recherche de 1985,
récemment publié, intitulé « France : Defection of the Leftist Intellectuals » (Défection des intellectuels de gauche en France)
examine, sans aucun doute pour la manipuler, l’intelligentsia française
et son rôle fondamental dans l’orientation des tendances qui à leur
tour génèrent les orientations politiques. Le rapport suggère qu’il a
existé un équilibre idéologique relatif entre la gauche et la droite
dans l’histoire intellectuelle française, puis souligne le monopole de
la gauche dans l’immédiat après-guerre (auquel, nous le savons, l’Agence
était farouchement opposée) en raison du rôle clé des communistes dans
la résistance au fascisme et de leur victoire finale. Bien que la
droite, selon les mots de la CIA, ait été massivement discréditée en
raison de sa contribution directe aux camps nazis, ainsi que de son
programme globalement xénophobe, anti-égalitaire et fasciste, les agents
secrets anonymes qui ont rédigé le plan d’étude constatent avec un vif
plaisir son retour intellectuel depuis le début des années 1970 environ.
Plus précisément, les soldats camouflés de la culture applaudissent
ce qu’ils considèrent comme un double mouvement qui contribue à ce que
les cercles intellectuels détournent leurs critiques des États-Unis vers
l’URSS. A gauche, il existait une désaffection intellectuelle
croissante envers le stalinisme et le marxisme, un retrait progressif
des intellectuels radicaux du débat public, et un mouvement théorique de
prise de distance envers le socialisme et le Parti socialiste. Plus
loin, à droite, les opportunistes idéologiques appelés Nouveaux philosophes ainsi que les intellectuels de la Nouvelle droite avaient lancé une campagne médiatique de critique du marxisme.
Tandis que d’autres tentacules de la CIA étaient impliqués dans le
renversement de dirigeants démocratiquement élus, fournissant des
informations et des financements à des dictateurs fascistes, soutenant
les escadrons de la mort, l’état-major culturel parisien recueillait des
données sur la manière dont le glissement du monde intellectuel vers la
droite pourrait directement bénéficier à la politique étrangère
américaine. Les intellectuels de gauche de l’après-guerre avaient
ouvertement critiqué l’impérialisme américain. L’influence médiatique de
Jean-Paul Sartre en tant que critique marxiste, et son action notable,
en tant que fondateur de Libération, dans le dévoilement du dirigeant de
la CIA à Paris ainsi que de dizaines d’agents infiltrés, étaient
surveillées de près par l’Agence et considérées comme un très grave
problème.
Par contraste, l’atmosphère anti-soviétique et anti-marxiste de l’ère
néolibérale en cours d’émergence détournait l’attention du public et
fournissait une excellente couverture pour les sales guerres de la CIA
en rendant « très difficile pour quiconque de mobiliser parmi les
élites intellectuelles une opposition significative à la politique des
États-Unis en Amérique centrale, par exemple. » Greg Grandin, un des meilleurs historiens de l’Amérique latine, a parfaitement résumé cette situation dans The Last Colonial Massacre :
En
plus des interventions visiblement désastreuses et mortelles au
Guatemala en 1954, en République dominicaine en 1965, au Chili en 1973
et au Salvador et au Nicaragua au cours des années 1980, les États-Unis
ont attribué des ressources financières stables et discrètes, et leur
soutien moral aux États terroristes contre-insurgés. […] Mais l’énormité
des crimes de Staline assure que ces histoires sordides, qu’elles
soient convaincantes, approfondies, ou accablantes, ne perturbent pas le
fondement d’une vision du monde où le les États-Unis jouent un rôle
exemplaire dans la défense de ce que nous appelons aujourd’hui
démocratie.
C’est dans ce contexte que les mandarins masqués saluent et
soutiennent la critique implacable qu’une nouvelle génération de
penseurs anti-marxistes comme Bernard-Henri Levy, André Glucksmann et
Jean-François Revel lancent contre « la dernière clique d’intellectuels communistes » composée,
selon les agents anonymes, de Sartre, Barthes, Lacan et Louis
Althusser. Étant donné que ces anti-marxistes avaient penché à gauche
dans leur jeunesse, ils fournissaient un modèle parfait auquel adosser
des récits trompeurs qui confondent une prétendue prise de conscience
politique personnelle avec la marche progressiste du temps, comme si la
vie individuelle et l’histoire étaient simplement une question de
maturité qui consiste à admettre que l’aspiration à une profonde
transformation sociale vers l’égalité est une chose du passé, à
l’échelle personnelle et à l’échelle historique. Ce fatalisme
condescendant et omniscient ne sert pas seulement à discréditer les
nouveaux mouvements, en particulier ceux dirigés par des jeunes, mais il
interprète également les succès relatifs de la répression
contre-révolutionnaire comme le progrès naturel de l’histoire.
Le
philosophe français anti-marxiste Raymond Aron (à gauche) et sa femme
Suzanne en vacances avec l’agent infiltré de la CIA Michael Josselson et
Denis de Rougemont (à droite)
Même les théoriciens qui n’étaient pas aussi opposés au marxisme que
ces réactionnaires ont apporté une contribution significative à une
atmosphère de désillusion envers l’égalitarisme transformateur, de prise
de distance envers la mobilisation sociale et d’« enquête critique » dépourvue
de point de vue politique radical. Ceci est extrêmement important pour
comprendre la stratégie globale de la CIA dans ses tentatives puissantes
et profondes de démanteler la gauche culturelle en Europe et ailleurs :
reconnaissant qu’il était peu probable qu’on puisse l’abolir
entièrement, la CIA a cherché à déplacer la culture de gauche d’une
politique anti-capitaliste et résolument transformatrice vers une
position réformiste de centre-gauche moins ouvertement critique des
politiques étrangères et nationales étasuniennes. En fait, comme
Saunders l’a démontré en détail, dans l’après-guerre l’Agence a
influencé le Congrès maccarthyste pour qu’il soutienne et assure une
promotion directe des projets de gauche qui permettaient d’attirer les
producteurs et les consommateurs culturels à l’écart d’une gauche
résolument égalitaire. En isolant et en discréditant cette dernière, la
CIA aspirait aussi à fragmenter la gauche en général, laissant à ce qui
restait du centre gauche un pouvoir et un soutien public minimaux en
plus d’être potentiellement discrédité en raison de sa complicité avec
la politique de droite, une question qui continue de tourmenter les
partis institutionnalisés contemporains de gauche.
C’est dans cette lumière que nous devons comprendre le penchant de la
CIA pour les récits de conversion et son profond intérêt pour les « marxistes repentis », un leitmotiv qui traverse le rapport de recherche sur la Déconstruction française. « Encore plus efficaces pour saper le marxisme », écrivent les taupes, «
il y a ces intellectuels qui, comme de vrais croyants, se sont mis en
tête d’appliquer la théorie marxiste aux sciences sociales, et qui ont
fini par repenser et rejeter l’ensemble du corpus théorique. » Les
agents citent en particulier la puissante contribution de l’École des
Annales d’historiographie et le structuralisme (en particulier Claude
Lévi-Strauss et Foucault) à la « démolition critique de l’influence marxiste dans les sciences sociales ». Foucault, identifié comme « le penseur le plus profond et le plus influent en France »,
est particulièrement applaudi pour ses éloges à l’endroit des
intellectuels de la Nouvelle droite pour avoir rappelé aux philosophes
que des « conséquences sanglantes » ont « découlé de la théorie sociale rationaliste des Lumières du XVIIIème siècle et de l’ère révolutionnaire ».
Bien sûr, ce serait une erreur de juger la théorie ou la pratique
politique d’un penseur sur une seule position ou un seul résultat, mais
le gauchisme anti-révolutionnaire de Foucault et sa perpétuation du
chantage au Goulag (c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle les
mouvements radicaux conquérants visant une transformation sociale et
culturelle profonde ne font que ressusciter les traditions les plus
dangereuses), sont parfaitement alignés avec les stratégies globales de
guerre psychologique de l’Agence.
L’interprétation de la French theory par la CIA devrait nous
faire réfléchir, dans ce cas, à reconsidérer le vernis radical chic qui
a accompagné en grande partie sa réception anglophone. Selon une
conception étapiste d’une histoire progressiste (généralement aveugle à
sa téléologie implicite), l’œuvre de figures comme Foucault, Derrida et
d’autres théoriciens français d’avant-garde est souvent intuitivement
associée à une forme de critique radicale et sophistiquée qui dépasse
sans doute de loin tout ce que l’on trouve dans les traditions
socialistes, marxistes ou anarchistes. Il est certainement vrai, et
mérite d’être souligné que la réception anglophone de la French theory,
comme John McCumber l’a souligné à juste titre, a eu d’importantes
implications politiques en tant que pôle de résistance aux fausses
neutralités politiques, aux formalismes techniques rassurants de la
logique et du langage, ou au conformisme idéologique direct opérant dans
la tradition philosophique anglo-américaine et soutenu par McCarthy.
Cependant, les pratiques théoriques des philosophes qui ont tourné le
dos à ce que Cornelius Castoriadis nommait
la tradition de la critique radicale, (c’est-à-dire la résistance
capitaliste et anti-impérialiste) ont certainement contribué à la mise à
l’écart idéologique de la matrice de transformation sociale. Selon la
CIA elle-même, la French theory post-marxiste a directement
contribué au programme culturel de l’Agence consistant à entraîner la
gauche vers la droite, tout en discréditant l’anti-impérialisme et
l’anti-capitalisme, créant ainsi un environnement intellectuel dans
lequel les projets impériaux pourraient être poursuivis sans l’entrave
d’un examen critique sérieux des cercles intellectuels.
Comme nous le savons grâce aux recherches sur le programme de guerre
psychologique de la CIA, l’organisation n’a pas seulement cherché à
contraindre des individus, mais elle a toujours voulu comprendre et
transformer les institutions de production et de distribution
culturelles. En effet, son étude sur la Déconstruction met en évidence
le rôle structurel des universités, des maisons d’édition et des médias
dans la formation et la consolidation d’un ethos politique collectif.
Dans des descriptions qui, comme le reste du document, devraient nous
inviter à penser de manière critique à la situation académique actuelle
dans le monde anglophone et au-delà, les auteurs du rapport mettent au
premier plan les méthodes par lesquelles la précarisation du travail
universitaire contribue à la démolition de la gauche radicale. Si la
gauche la plus résolue ne peut pas se procurer les moyens matériels
nécessaires à l’exécution de son travail, ou si nous sommes plus ou
moins subtilement contraints de nous plier à une conformité pour trouver
un emploi, publier nos écrits ou acquérir un auditoire, alors les
conditions structurelles pour une communauté de gauche radicale sont
affaiblies. La professionnalisation de l’enseignement supérieur est un
autre outil utilisé à cette fin, puisqu’il vise à transformer les gens
en rouages technoscientifiques de l’appareil capitaliste plutôt qu’en
citoyens autonomes pourvus d’outils fiables en vue de la critique
sociale. C’est pourquoi les mandarins théoriciens de la CIA font l’éloge
des efforts déployés par le gouvernement français pour « pousser les étudiants à suivre des cursus de commerce et de technologie ».
Ils soulignent également les contributions de grandes maisons d’édition
comme Grasset, des médias ainsi que la vogue de la culture américaine
pour faire avancer leur matrice post-socialiste et anti-égalitaire.
Quelles leçons pouvons-nous tirer du document, en particulier dans le
contexte politique actuel d’une offensive permanente contre les cercles
de l’intelligence critique ? Pour commencer, cette enquête devrait être
un rappel convaincant que si certains présument que les intellectuels
sont impuissants, et que leurs orientations politiques sont
impuissantes, ce n’est pas ce que pense l’organisation qui a été l’un
des plus puissants courtiers de puissance dans la politique mondiale
contemporaine. La Central Intelligence Agency, comme son nom
l’indique ironiquement, croit au pouvoir de l’intelligence et de la
théorie, et nous devrions prendre cela très au sérieux. En présumant que
le travail intellectuel a peu d’influence sur le « monde réel »,
ou n’en a pas, nous ne nous bornons pas à dénaturer les implications
pratiques du travail théorique, nous courons aussi le risque de nous
aveugler dangereusement sur des projets politiques pour lesquels nous
pouvons facilement devenir les ambassadeurs involontaires. Même s’il est
vrai que l’Etat-nation et l’appareil culturel français fournissent une
matrice publique beaucoup plus efficace pour les intellectuels que ce
que l’on trouve dans de nombreux autres pays, le souci de la CIA de
cartographier et de manipuler la production théorique et culturelle
partout ailleurs devrait tous nous réveiller.
Deuxièmement, les courtiers de pouvoir actuel ont un intérêt direct à
cultiver des cercles intellectuels dont l’acuité critique aura été
assombrie ou aveuglée en encourageant les institutions fondées sur les
intérêts des affaires et de la techno-science, en assimilant la gauche à
l’anti-scientifisme, en mettant en corrélation la science avec une
neutralité politique prétendue (mais fausse), en assurant la promotion
de médias qui saturent les ondes de pratiques conformistes, en tenant la
gauche la plus déterminée à l’écart des grandes institutions
universitaires et des projecteurs, et en discréditant tous les appels à
une transformation égalitaire et écologique radicale. Idéalement, ils
cherchent à nourrir une culture intellectuelle de gauche neutralisée,
immobilisée, apathique et limitée au fatalisme, ou à la critique passive
des mobilisations de la gauche radicale. C’est l’une des raisons pour
lesquelles nous pourrions considérer l’opposition intellectuelle à la
gauche radicale, qui prédomine dans l’université américaine, comme une
position politique dangereuse : n’est-elle pas directement complice du
programme impérialiste global de la CIA ?
Troisièmement, pour contrer cette offensive institutionnelle contre
une culture de gauche affirmée, il est impératif de résister à la
précarisation et à la professionnalisation de l’enseignement. Il est
tout aussi important de créer des sphères publiques de débat réellement
critique, offrant une matrice élargie à ceux qui reconnaissent qu’un
autre monde est non seulement possible, mais est nécessaire. Nous devons
aussi nous unir pour contribuer aux médias alternatifs, aux modèles
d’éducation différents, aux contre-institutions et aux collectifs
radicaux. Il est vital de favoriser précisément ce que les combattants
secrets de la culture veulent détruire : une culture de gauche radicale
et son vaste cadre institutionnel de soutien, un large ancrage public,
une puissance médiatique conquérante et un pouvoir de mobilisation
contagieux.
Enfin, les intellectuels du monde devraient s’unir pour reconnaître
notre pouvoir et le saisir afin de faire tout ce que nous pouvons pour
développer une critique systémique et radicale, égalitaire et
écologiste, anti-capitaliste et anti-impérialiste. Les positions que
l’on défend en cours ou en public sont importantes pour définir les
termes du débat et tracer le champ des possibilités politiques. En
opposition directe à la stratégie culturelle fragmentaire et polarisante
de la CIA, par laquelle l’Agence a cherché à diviser et isoler la
gauche anti-impérialiste et anti-capitaliste, tout en l’opposant à des
positions réformistes, nous devrions fédérer et mobiliser en
reconnaissant l’importance de travailler ensemble (dans toute la gauche,
comme Keeanga-Yamahtta Taylor nous l’a rappelé récemment) pour cultiver
les conditions d’une intelligentsia réellement critique. Plutôt que de
proclamer ou de déplorer l’impuissance des intellectuels, nous devrions
exploiter la capacité de dire les mots justes au pouvoir en travaillant
ensemble et en mobilisant notre capacité à créer collectivement les
institutions nécessaires à un monde de gauche culturelle. Car c’est
seulement dans un tel monde, et dans les chambres d’écho de
l’intelligence critique qu’il génère, que les vérités énoncées
pourraient effectivement être entendues, et ainsi changer les structures
mêmes du pouvoir.
Antes de que los sucesos de Barcelona en
1937 se produjeran, las tensiones políticas y sociales llevaban meses
encrespándose. Cuando Orwell llegó a la Ciudad Condal a finales de
diciembre de 1936 la Generalitat ya estaba tratando de recuperar los
poderes que los grupos revolucionarios detentaban y que eran
responsables del caos económico y de numerosas atrocidades. Con todo,
Orwell se sintió sumamente estimulado por lo que vio de lo que quedaba
de las transformaciones a raíz del mes de julio. Registró sus
impresiones en uno de sus párrafos más famosos: “Era la primera vez
que yo pisaba una ciudad donde estaban al mando los obreros. Habían
requisado casi todos los edificios y los habían tapizado de banderas
rojas o con la bandera roja y negra de los anarquistas; habían pintado
la hoz y el martillo y las iniciales de los partidos revolucionarios en
todas las paredes; habían saqueado casi todas las iglesias y quemado las
imágenes. Aquí y allá había cuadrillas de obreros demoliendo
sistemáticamente los templos. En todas las tiendas y cafés había una
inscripción que advertía de que los habían colectivizado; incluso habían
colectivizado a los limpiabotas que habían pintado sus cajones de rojo y
negro (…) Y lo más extraño de todo era el aspecto de la gente. A juzgar
por su apariencia exterior, aquella era una ciudad donde las clases
acomodadas habían dejado de existir. A excepción de unas pocas mujeres y
de algunos extranjeros, no había gente “bien vestida”. Casi todo el
mundo llevaba tosca ropa de trabajo, monos azules o alguna variante del
uniforme de la milicia. Era extraño y conmovedor. Había muchas cosas que
se me escapaban y que en cierto modo no acababan de gustarme, pero en
el acto comprendí que era una situación por la que valía la pena luchar”[37].
Funeral de Durruti (imagen: reportaje del Sindicato Único de Espectáculos Públicos)
La alusión de Orwell a que nadie iba
vestido que no fuera ropa de trabajo fue una exageración total. Las
imágenes cinematográficas que se conservan del funeral de Buenaventura
Durruti el 22 de noviembre de 1936 muestran que, entre las decenas de
millares de asistentes, los hombres sin sombrero estaban en minoría y
que la mayor parte llevaban chaqueta, corbata y sombreros[38].
En enero de 1937 Orwell no se dio cuenta de hasta qué punto la
Generalitat estaba en conflicto con los anarquistas y el POUM. Tampoco
era consciente de la escala de violencia gratuita que había ido pareja
con la revolución social. En comparación el sociólogo austríaco Franz
Borkenau, tras haber visto en agosto de 1936 la Barcelona
revolucionaria, anotó en septiembre en su diario: “en contraste con
agosto la ciudad está vacía y tranquila; la fiebre revolucionaria se
marchita (…) En agosto era peligroso llevar un sombrero: a nadie le
preocupa llevarlo hoy”[39].
El libro de Borkenau lo reseñó Orwell entusiásticamente en julio de 1937 cuando empezó a escribir Homenaje a Cataluña en donde se refirió afirmando que se trataba “con gran diferencia, es el mejor libro que ha aparecido hasta ahora sobre la guerra de España”[40].
En realidad, numerosas fuentes confirman la narración de Borkenau y
sugieren que la de Orwell, en lo que se refiere a la atmósfera
revolucionaria en enero de 1937, contiene un elemento de “wishful thinking”. Lo que él vio de su ausencia en la primavera tardía de 1937 lo achacó a la Generalitat o a los comunistas[41].
En realidad, no todos los trabajadores creían en la revolución. Lo
cierto es que los sindicatos se habían visto inundados por nuevos
adherentes que simplemente trataban de oscurecer sus opiniones políticas
previas o buscaban acceso a las cocinas, alojamiento o tratamientos en
hospitales colectivizados. Incluso para eludir el servicio militar. El
número de miembros de la CNT ascendió de, aproximadamente, los 175.000
de antes de la guerra a cerca de un millón. No faltaron quienes se
aprovecharon de la nueva situación para trabajar menos y obtener
salarios más elevados. La Generalitat había aceptado pagar salarios por
los días perdidos a causa de la revolución. Sin embargo, lo que se pensó
sería una medida temporal se convirtió en permanente y toda una serie
de consejos de fábrica continuaron recibiendo dinero sin producir nada.
Los ruegos de muchos funcionarios sindicales en pos de trabajar más y
hacer sacrificios se ignoraron con frecuencia. Se hizo normal no pagar
las facturas de gas y electricidad. En la calle, las distinciones de
clase volvieron a hacer acto de aparición. Como reacción a la apatía y
el absenteísmo los líderes cenetistas mostraron mucha mayor simpatía en
favor del control gubernamental[42].
La tensión creciente con que se topó
Orwell cuando volvió a visitar Barcelona en abril de 1937 no era la
consecuencia de la malevolencia comunista, sino que se había exacerbado
exponencialmente por los sufrimientos económicos y sociales causados por
la guerra. Hacia diciembre de 1936 la población de Cataluña se había
incrementado por la llegada de 300.000 refugiados. Esto suponía un diez
por ciento de la población de la región y probablemente un 40 por ciento
de la población de la propia Barcelona. Tras la derrota republicana de
Málaga en febrero de 1937 los números se dispararon. Las tensiones
ocasionadas por la búsqueda de alojamiento y manutención de los nuevos
llegados hicieron más amargos todavía los conflictos preexistentes.
Hasta diciembre 1936, período en el cual la CNT había controlado los
abastecimientos, la solución había estribado en requisicionar alimentos
para los cual se impusieron precios artificialmente bajos. Esto provocó
carencias e inflación ya que los agricultores resistieron acumulando
subsistencias y vendiéndolas en el mercado negro.
A mitad de diciembre, el partido
comunista catalán (el PSUC) que tenía un fuerte apoyo en las clases
rurales y media urbana asumió el control de abastos y puso en práctica
un enfoque más acorde con las reglas del mercado. Esto enfureció a los
anarquistas, pero tampoco resolvió el problema. Cataluña necesitaba
importar alimentos, pero carecía de divisas para pagarlos. Hubo motines
de subsistencias en Barcelona al igual que choques armados entre la
CNT-FAI y el PSUC para controlar las tiendas de ultramarinos[43].
El presidente de la Generalitat Lluís Companys se encontraba ya en una
deriva de colisión con la CNT. Decidido a poner fin a los excesos
anarquistas ya había reestablecido la policía convencional en octubre[44]. Es más, en el interés del esfuerzo de guerra Companys deseaba ardientemente controlar las actividades industriales.
Andreu Nin como consejero de Justicia de la Generalitat (foto: Fundación Andreu Nin)
Los deseos de Companys con respecto a
todas estas cuestiones se vieron apoyados firmemente por el PSUC que en
los últimos meses de 1936 ya se agitaba para sacar al POUM del gobierno
catalán. Al igual que el presidente de la Generalitat los dirigentes del
PSUC creían que las llamadas poumistas en favor de un frente común
revolucionario con la CNT perjudicaban al esfuerzo bélico. Además, el
POUM era un objetivo a batir para los comunistas porque si bien sus
teorías no eran estrictamente trotskistas era fácil presentarlas como
tales. El 12 de diciembre de 1936 el secretario general del PSUC Joan
Comorera provocó una crisis de gobierno exigiendo la sustitución del
líder poumista Andreu Nin de su puesto de consejero de Justicia de la
Generalitat. Comorera afirmó que el POUM, con sus críticas públicas del
juicio y ejecución de los viejos bolcheviques Kamenev y Zinoviev lo que
hacía era atacar al único aliado potente de la República, es decir, la
Unión Soviética. Con ello se hacía culpable del delito de traición[45].
El cónsul general soviético en
Barcelona, Vladimir Antonov-Ovseenko, dijo a Companys que la
continuación de la ayuda soviética exigía la eliminación de los
obstáculos que se interponían en el desarrollo de un esfuerzo de guerra
continuado. Ante la inminencia de un suministro de armas y de una crisis
de subsistencias en el horizonte, Companys se mostró de acuerdo y Nin
fue separado del gobierno en una modificación del mismo que tuvo lugar
el 16 de diciembre[46].
Companys puso a Comorera al frente de abastos como primera medida para
retornar a un sistema de mercado. Era solamente una cuestión de tiempo
el que se abriera con toda claridad un conflicto entre los comités
cenetistas y el POUM por un lado y el partido de Companys por otro, la
Esquerra Republicana de Catalunya[47].
Animado por Antonov-Ovseenko el PSUC
denunció al POUM como nido de “espías fascistas” y “agentes
trotskistas”, demandando su exterminación[48].
Sin embargo, la hostilidad a los izquierdistas anti-estalinistas no era
solo una manifestación de la paranoia soviética. Existía una convicción
creciente entre los republicanos, socialistas, comunistas y numerosos
observadores extranjeros de que los anarquistas catalanes no estaban del
todo comprometidos con el esfuerzo de guerra. Elementos de la CNT
habían importado y almacenado armas en Barcelona en previsión del día en
el que pudieran realizar su revolución[49].
A mitad de marzo varios centenares de anarquistas que se habían opuesto
a la militarización de las milicias abandonaron el frente en Gelsa
(Zaragoza) y se marcharon con sus armas a la capital de Cataluña.
Inspirados por el extremista catalán, el separatista Jaume Balius Mir,
se enfrentaron a la participación de los líderes de la CNT en el
gobierno central, aspirando a crear una vanguardia revolucionaria. El 17
de marzo formaron un grupo denominado “los amigos de Durruti” y en unas
cuantas semanas reclutaron a cinco mil cenetistas. Incluso el
anarquista ministro de Justicia Juan García Oliver consideró que Balius
estaba loco de atar. Orwell presenta, tranquilamente, a este grupo como
si fuese muy pequeño y “abiertamente hostil” al POUM, a pesar del hecho de que la nueva organización había sido saludada por Andreu Nin con todo entusiasmo[50].
Aparte de ello los rusos, después de la caída de Málaga, y sobre todo
el nuevo delegado de la Komintern, recién llegado, “Boris Stepanov”,
creían que había habido sabotajes y traición. Inevitablemente esto hizo
que a los “trotskistas” locales del POUM se los colocara bajo la luz de
los focos.
Al
usar de su influencia para insistir en la necesidad de abandonar los
experimentos en la industria y especialmente entre los campesinos los
soviéticos se hicieron eco de una oposición social muy vibrante y
generada endógenamente contra la política del POUM y de la CNT,
especialmente entre los campesinos con pequeñas parcelas que constituían
uno de los apoyos del PSUC. Dada la crítica subversiva que el POUM
dirigía contra el esfuerzo de guerra republicano y el despliegue de su
milicia en uno de los frentes menos importantes resultó casi inevitable
que sus unidades se vieran privadas de armamento. Orwell y otros se
quejaron de que las unidades del POUM tenían que contentarse con
uniformes zarrapastrosos, malos equipos y suministros insuficientes de
alimentos y municiones. Sin embargo, tales quejas también se producían
en frentes mucho más activos que el que Orwell conoció y eran la
consecuencia de carencias reales y no de discriminaciones políticas.
Es más, Orwell aludió con satisfacción a que en Barcelona “los
trabajadores habían conseguido armas y se negaron a devolverlas.
(Incluso un año después se calculaba que los anarcosindicalistas
catalanes tenían en su poder más de treinta mil fusiles)”. Más
tarde admitió que, tras los hechos de mayo, “se requisaron un montón de
armas en los reductos de la CNT, aunque no me cabe duda de que
consiguieron esconder muchas”[51]. Además, Orwell en agosto de 1937 hizo una acusación grave de carácter general al afirmar que “un
gobierno que envía a muchachos de quince años al frente con fusiles de
cuarenta de antigüedad y conserva los hombres de más edad y las armas
más nuevas en la retaguardia está, evidentemente, más asustado de la
revolución que de los fascistas”. Una opinión similar la expresó también Ricardo Sanz, líder de la Columna Durruti después de noviembre de 1936[52].
No obstante, Diego Abad de Santillán, un prominente intelectual
anarquista y consejero por la CNT de Economía en la Generalitat,
escribió en 1940 que a pesar de lo furioso que estaba Durruti los grupos
revolucionarios tenían 60.000 fusiles en Barcelona, dos veces la
cantidad de los que disponían las columnas en el frente de Aragón. En la
Ciudad Condal se negaron a entregarlos o a ir a luchar al frente[53].
Teniendo en cuenta el bajísimo
nivel que Orwell ocupaba en la milicia del POUM inevitablemente no veía
la gran escena en lo que se refería a abastos, el esfuerzo de guerra y
la situación internacional. En Homenaje a Cataluña hizo toda una serie
de comentarios muy ingenuos y que dieron el pego a sus posteriores
lectores. En particular, aunque siempre se mostró muy dispuesto a
criticar al PSUC, también vio con gafas de color de rosa el
comportamiento de los anarquistas en general que le impidieron tomar
conciencia de las lamentables consecuencias de las acciones de grupos
militantes tales como los Amigos de Durruti. Nunca pareció darse cuenta
de que una parte muy importante de los líderes de la CNT, habiendo
aceptado participar en el gobierno republicano en noviembre de 1936,
estaban muy dispuestos a aceptar la prioridad a dar al esfuerzo de
guerra. Orwell, por el contrario, presenta la resistencia a perder el
poder revolucionario como si fuera la opinión mayoritaria entre los
militantes anarquistas y poumistas a nivel de milicianos, especialmente
en Barcelona.
Orwell denigra también los esfuerzos de
la Generalitat por recuperar sus poderes de entre las manos de los
sindicatos revolucionarios sin ubicarlos en el contexto de la reacción
internacional. Todavía menos los sitúa en el de la dislocación económica
y social impuesta por la guerra. En paralelo a los conflictos por la
carencia de alimentos y las colectivizaciones, otro tipo de violencia se
generó cuando las fuerzas del orden trataron de reducir a los
aproximadamente setecientos integrantes de las “patrullas de seguridad y
control” que se crearon en los primeros días de la guerra. Bajo la
dirección del exaltado faista Aurelio Fernández Sánchez los patrulleros
armados los constituyeron una mezcla de militantes dispuesto a eliminar
el antiguo orden burgués y los delincuentes de derecho común que habían
sido puestos en libertad de las cárceles donde se encontraban. En su
conjunto, actuaron de forma totalmente arbitraria, registrando y con
frecuencia desvalijando domicilios, deteniendo a gente denunciada como
derechistas y, no en último término, asesinándolos. Como resultado a
principios de agosto de 1936 ya habían cometido numerosísimos delitos y
más de quinientos paisanos habían muerto en Barcelona[54].
Orwell, tal vez desconocedor de lo que antecede, vio en las patrullas un éxito revolucionario muy significativo. “Además
de la colectivización de la industria y del transporte, se produjo un
intento de establecer un rudimentario gobierno de los trabajadores
mediante la creación de comités locales, patrullas de trabajadores para
reemplazar a las antiguas fuerzas policiales pro-capitalistas, milicias
de trabajadores basadas en los sindicatos y demás”[55].
Cuando murieron más de treinta miembros de la Guardia Nacional
Republicana (la antigua Guardia Civil) a principios de marzo la
Generalitat disolvió el comité de defensa que controlaba la CNT y asumió
el poder de disolver todos los comités locales de policía y de
milicias. Los guardias de Asalto y de la GNR se fundieron en un único
cuerpo de policía catalán a cuyos oficiales no se les permitió que
fueran miembros de ningún partido político o sindicato. Diez días más
tarde, el Gobierno central ordenó que todas las organizaciones
proletarias, comités, patrullas y obreros entregasen sus armas. El
proceso lo supervisó el consejero de Gobernación de la Generalitat
Artemi Aiguader de la Esquerra[56].
Al tiempo en la frontera francesa
estaban produciéndose choques cada vez más sangrientos entre los
carabineros y los comités de la CNT en torno al control de los puestos
aduaneros de los que estos se habían apoderado desde julio de 1936.
Orwell describe esta situación en términos absolutamente erróneos en una
larga sección de su obra y critica la determinación tanto del gobierno
central como de la Generalitat en desmantelar la revolución. “En
Puigcerdá, en la frontera francesa, enviaron a los carabineros a tomar
la oficina de aduanas, que estaba en manos de los anarquistas, y Antonio
Martín, conocido anarquista, había muerto”. Muy lejos de ser un
ejemplo de admirable revolucionario, como insinúa Orwell, Antonio Martín
Escudero, conocido como el “cojo de Málaga”, era un activista de la FAI
y contrabandista que controlaba la zona de la frontera
franco-catalana-pirenaica conocida como la Cerdaña. Allí, él y otros
elementos de la FAI, llevaban a cabo numerosos actos de bandolerismo,
cometían atrocidades contra el clero y extorsionaban sistemáticamente a
todos los que querían pasar a Francia. Muchos fueron asesinados una vez
que entregaron los objetos de valor que llevaban consigo. Tales
patrullas fronterizas también facilitaban el contrabando de lo robado
por las de la FAI en Barcelona, a veces en beneficio propio, en otras
ocasiones para adquirir armas[57].
A finales de abril la situación llegó a un punto límite en la Cerdaña.
El control de la frontera tenía una considerable importancia para los
dirigentes de la FAI tanto desde el punto de vista de la ilimitada
exportación de objetos de valor robados o requisados y para importar
armamento con el fin de utilizarlo no en el frente sino en la
retaguardia.
Antonio Martín Escudero (foto: revista Ruta, de las Juventudes Libertarias)
Martín imponía tributos a los pequeños
pueblos de la Cerdaña y sus alcaldes estaban dispuestos a poner fin a un
reino de terror. Finalmente, en abril empezaron a recibir alguna ayuda
de Artemí Aiguader. Informado desde Barcelona de que había fuerzas que
se conjuraban contra él en Bellver, Martín se puso al frente de un
asalto contra dicho pueblo que realizaría un grupo sustancial de
milicianos. Los habitantes, sin embargo, repelieron el ataque y en el
tiroteo Martín y algunos de sus hombres resultaron muertos[58].
El incidente se comentó en los círculos anarquistas en unos términos en
los que el capitán de bandoleros que era Martín se convirtió en un
mártir no muerto en Bellver por los defensores del pueblo sino asesinado
en Puigcerdá por fuerzas de la Generalitat. Esta es, presumiblemente,
la base de la versión difundida por Orwell[59].
Mientras el novelista inglés estaba en
Aragón la tensión social en Barcelona fue intensificándose como
resultado del racionamiento, de las carencias, de la inflación, de la
especulación y del crecimiento del mercado negro. Hubo violentas
manifestaciones de masas por parte de mujeres que protestaban contra el
aumento de precios de los abastos y del combustible. La tensión fue en
crescendo a partir de la mitad de marzo cuando, en respuesta a la
disolución por la Generalitat de las patrullas y las órdenes de que las
organizaciones obreras entregaran sus armas, la CNT se retiró del
gobierno catalán. Uno de los choques subsiguientes fue el asesinato, el
25 de abril, de Roldán Cortada, miembro del PSUC y secretario de Rafael
Vidiella, consejero de Trabajo. El nivel de hostilidad persuadió a la
Generalitat a prohibir los desfiles tradicionales del 1º de mayo, algo
que los miembros de a pie de la CNT-FAI percibieron como una provocación
intolerable.
A principios de mayo explotó la crisis.
El catalizador inmediato fue la acción ordenada por Aiguader el día 3
contra la Telefónica controlada por la CNT. La operación la llevó a cabo
el comisario de policía Eusebio Rodríguez Salas, muy beligerante.
Aiguader siguió las instrucciones de Companys, humillado al enterarse de
que un operador anarquista había interrumpido una llamada por teléfono
del presidente Manuel Azaña. Evidentemente, el estado necesitaba
controlar el principal sistema de comunicaciones. Sin embargo, a
consecuencia del deterioro de la situación y del empleo de la fuerza por
parte de la policía a lo largo de los últimos meses, se produjo el
estallido de una lucha callejera, una pequeña guerra civil de baja
escala dentro de la guerra civil misma. Companys subestimó el grado de
resistencia que opondría la CNT a sus esfuerzos por reafirmar el poder
de las autoridades. En el centro de Barcelona se levantaron barricadas.
Apoyados por el POUM, elementos de la CNT, especialmente los Amigos de
Durruti, se enfrentaron a las fuerzas de la Generalitat y del PSUC[60].
La lucha puso al descubierto el dilema
central de la CNT. Los anarquistas podían ganar en Barcelona y en otras
ciudades catalanas solo al precio de un derramamiento de sangre que
implicaría en efecto la pérdida de la guerra por parte de la República.
Tendrían que retirar a sus tropas de Aragón y después combatir tanto al
gobierno central republicano como a los franquistas. En consecuencia, y
de acuerdo con la aprobación de los ministros anarquistas, el gobierno
de Valencia suministró los decisivos refuerzos policiales el 7 de mayo
que, finalmente, determinaron el resultado final. Lo hizo solo a cambio
de que la Generalitat renunciara al control autónomo del Ejército de
Cataluña y la responsabilidad en materia de orden público. Varios
centenares de anarquistas y poumistas fueron detenidos, aunque la
necesidad de poner en funcionamiento de nuevo las industrias de guerra
limitó la escala de la represión. Todo esto tuvo lugar cuando el País
Vasco iba cayendo en manos de Franco.
El POUM quedó expuesto a la hostilidad
de los comunistas. Andreu Nin y el resto de los dirigentes habían
superado a la CNT en el fervor militante de sus proclamas
revolucionarias durante la crisis. En la victoria los comunistas fueron
cualquier cosa menos magnánimos y no aceptarían nada que no fuera la
completa destrucción del POUM. Orwell notó que “se respiraba un aire particularmente enrarecido, reinaba un clima de sospecha, temor, incertidumbre y odio disimulado”. Nin fue asesinado por un grupo de agentes de la NKVD[61].
Tan pronto como los combates terminaron en Barcelona los comunistas
exigieron que el presidente del Gobierno Francisco Largo Caballero
disolviera el POUM y detuviera a sus dirigentes. Largo se negó, lo que
se percibió como una última prueba de su ya manifiesta incomprensión de
las necesidades del esfuerzo bélico. Por tanto, se forzó su dimisión y
fue sustituido por el doctor Juan Negrín. Con ello los logros
revolucionarios que todavía subsistían desde los primeros momentos de la
lucha fueron siendo desmantelados progresivamente. El esfuerzo de
guerra iría en la dirección deseada por los republicanos y los
socialistas moderados que se habían hecho cargo de las carteras claves
del Gobierno.
Gobierno de Largo Caballero en Valencia (foto: L. Vidal)
Es difícil evitar la conclusión de que
Orwell supiera poco de todo esto ya fuese durante su estancia en el
frente aragonés o durante su breve recalada en Barcelona. Cuando regresó
a Inglaterra estaba agotado. El novelista norteamericano John Dos
Passos, que se encontró accidentalmente con él en el hall del hotel
cuando estaba a punto de abandonar la capital catalana, describió a
Orwell en su narrativa novelada como “un inglés desgarbado con el
brazo en el cabestrillo y que vestía un uniforme deshilachado. Llevaba
una gorra arrugada a un lado de la cabeza, acomodada a una mata
abundante de pelo negro ondulado. Un rostro alargado con profundas
arrugas en las mejillas lo resaltaba un par de ojos oscuros
excepcionalmente atractivos. Tenían una mirada puesta en la lejanía como
si se tratara de los ojos de un marino”[62]. Dieciocho años después en una narración factual Dos Passos escribió en términos casi idénticos: “Su
faz tenía un aspecto tenso, como enfermo. Supongo que ya sufría de la
tuberculosis que terminó con él. Daba una impresión de agotamiento
extremo. No hablamos mucho, pero recuerdo el sentimiento de calma, de
alivio de la tensión que me embargó al hablar por fin con un hombre
honesto”[63].
Georges Kopp en 1937 (imagen: Porta de la Història)
Orwell y su mujer Eileen O´Shaughnessey
dejaron Barcelona a toda prisa, creyendo que la policía de seguridad
republicana les perseguía, aunque no se ha encontrado la menor evidencia
de que tal pudiera ser el caso. Es cierto que su celebridad junto con
su servicio en las milicias del POUM habían atraído la atención de la
NKVD. Orwell estaba sometido a vigilancia por David Crook, un miembro de
las Brigadas Internacionales que había llegado a Barcelona a principios
de mayo. Durante su convalecencia en Madrid, tras resultar herido en la
batalla del Jarama, a Crook se le había acercado el periodista
comunista francés Georges Soria. Luego le examinaron el residente de la
NKVD Lev Lazarevich Nikolsky (alias “Alexander Mijailovich Orlov”) y
Naum Markovich Belkin (alias “Alexander Belyaev”) el oficial de enlace y
consejero de la policía republicana y de los cuerpos de seguridad. A
Crook se le enseñaron algunas técnicas de vigilancia, supuestamente por
Ramón Mercader, el futuro asesino de Trotsky en México. “Después de
enlazar con la KGB se me sugirió que me disfrazara de periodista. Mi
trabajo real consistía en espiar a la gente que los estalinistas
llamaban trotskistas, incluyendo a George Orwell”. Para acercarse a
ellos se ordenó a Crook que debía “permanecer en el Hotel Continental
en la zona oriental de Las Ramblas, la principal avenida de Barcelona.
Era el centro en el que se reunían los británicos vinculados al PLI.
Entre ellos figuraban el representante oficial Johan McNair, George
Orwell y su mujer Eileen Blair y su amigo, el ingeniero belga comandante
George Kopp, un tanto corpulento y de mediana edad”[64].
Naum Eitingon alias Leonid Kotov (foto: es.topwar.ru)
Crook recibió sus instrucciones de la
estación de la NKVD y años después confesó que Orwell y los otros
militantes del Independent Labour Party tuvieron un ‘interés especial’.
Frecuentó las oficinas del ILP office en Barcelona y, durante la hora
de comer, llevaba carpetas al consulado soviético, que era también la
sede de la estación de la NKVD, para que las fotocopiasen antes de
devolver las originales a las oficinas del ILP. Por tanto, sus
controladores rusos disponían de las carpetas claves de las oficinas del
ILP. A la sazón, Naum Eitingon alias Leonid Kotov, quien después
dirigía la operación para asesinarle a Trotsky, fue el rezident
de la NKVD en Barcelona. Ya que era quien había reclutado a Mercader y
seguía siendo su controlador, es plausible que dirigía la operación
contra el ILP.[65]
David Crook en Madrid, 1937 (foto: davidcrook.net)
Un informe de la policía española sobre
Orwell y Eileen, posiblemente obra de Crook, se encuentra en los
archivos del Tribunal Especial de Espionaje y Alta Traición, creado en
junio de 1937 para regularizar las funciones policiales y de justicia
del Estado[66].
El informe está fechado el 13 de julio del mismo año y escrito en un
español rematadamente malo. En él se afirma que eran “agentes de enlace”
entre el PLI y el POUM. Da la impresión de haberse basado en las cartas
y papeles incautados cuando la policía rebuscó en las pertenencias de
Orwell que había dejado en el sanatorio Maurín en las afueras de
Barcelona en el que había pasado su convalecencia tras haber sido herido
y en el Hotel Continental donde se había quedado su esposa[67].
El material incautado durante el
registro fue a parar a manos de David Crook cuando su “detención” se
orquestó para darle credibilidad de cara a los prisioneros poumistas a
los que espiaba. Hay referencias a tal material en un informe sobre el
propio Crook en el que este afirmó que Eileen mantenía relaciones
íntimas con Kopp[68]. El expediente sobre los Blair en los archivos moscovitas contiene un inventario del material en esta cuestión[69].
Cuando Eileen contó a su marido acerca
de los registros, durante los cuales afortunadamente la policía no
encontró ni sus pasaportes ni su chequera, Orwell se escondió en
Barcelona con McNair y un joven camarada llamado Stafford Cottman. Los
servicios de seguridad republicanos detuvieron a militantes y
simpatizantes del partido. Durante este período Orwell hizo, con
retraso, algunas visitas turísticas que había demorado y vio la Sagrada
Familia que apostilló como “uno de los más horrendos edificios en todo el mundo”.
El 23 de junio, con Eileen, McNair y Cottman, tomó el tren en Barcelona
con destino a la frontera francesa por Port Bou. Los cuatro se apañaron
para entrar en Francia, llegando a la frontera antes que la lista
policial que reseñara los extranjeros sospechosos de trotskismo[70].
De hecho, el informe en los archivos moscovitas denunciando a Orwell
como trotskista está fechado el 13 de julio de 1937, tres semanas
después de llegar a Francia[71].
Tras cruzar la frontera sin incidencias
Orwell y Eileen permanecieron en el pequeño puerto pesquero de Banyuls
para descansar de las traumáticas experiencias de Barcelona. En las
últimas páginas de Homenaje a Cataluña Orwell escribió acerca
de los tres días que allí pasaron. Ambos, “pensábamos, hablábamos y
soñábamos constantemente con España”. Aunque estaba amargado por lo que
había visto, Orwell alegó no haber acabado ni en la desilusión ni el
cinismo. “Es curioso, pera estas vivencias no han disminuido sino
aumentado mi fe en la decencia del ser humano. Y confío en que esta
narración no sea engañosa. Creo que en un asunto así es imposible ser
totalmente sincero. Es muy difícil estar seguro de nada que uno no haya
visto con sus propios ojos, y, ya sea consciente o inconscientemente,
todo el mundo escribe con parcialidad”[72].
Cyril Connolly retratado por Howard Coster en 1942 (foto: National Portrait Gallery)
No hay el menor indicio de que Orwell
abandonara completamente su compromiso con la República española. De
regreso a Londres, en julio de 1937, escribió: “Las Brigadas
Internacionales en cierto sentido están luchando por todos nosotros –
una línea muy fina de sufrimientos y, con frecuencia, de seres humanos
mal armados es lo que nos protege entre la barbarie y una, al menos,
comparativa decencia”[73]. El 28 de abril de 1938, dos días después de la publicación de Homenaje a Cataluña, escribió a Cyril Connolly: “Creo
que el juego ha terminado. Me gustaría estar allí. Lo horrendo es que
si la guerra está perdida conducirá simplemente a una intensificación de
la política que ocasionó que el Gobierno español se viera abandonado. Y
antes de que nos demos cuenta nos encontraremos en medio de otra guerra
para salvar la democracia”[74].
Por mucho que se ensalce el compromiso
de Orwell con la revolución y con la democracia existe evidencia en
alguno de sus escritos de que no estaba desprovisto de prejuicios un
tanto inquietantes. Un ejemplo es su comentario al ver en el comedor de
su hotel a “algunas familias de españoles acomodados que parecían
simpatizantes de los fascistas”. Aparte de ignorar la importancia que
los españoles de todas clases atribuyen a ir bien vestidos en público en
todo lo posible, la impresión que se desprende es que Orwell no era
consciente de que cualquiera del que remotamente se sospechara que era
un simpatizante fascista ya había sido “tratado” adecuadamente por las
patrullas de control. También se plantea la cuestión de a qué se
parecería un simpatizante de los fascistas[75].
Tres meses después de salir de España Orwell recibió una carta de Nancy Cunard. Le escribió por encargo de The Left Review
para indagar sobre las reacciones de los escritores en relación con el
conflicto en España. Sus respuestas terminaron publicándose en un
panfleto titulado Authors Take Sides on the Spanish War en
diciembre de 1937 por la editorial Lawrence and Wishart. En él, cinco
escribieron a favor de Franco, doce fueron neutrales y 127 se declararon
por la República. En una respuesta vitriólica a Nancy Cunard, Orwell le
pidió que “deje de enviarme estas estupideces” y señaló: “Yo no soy uno de tus mariquitas de moda como Auden y Spender”. Concluyó con una alusión totalmente gratuita a la fortuna familiar de Nancy Cunard: “sin
duda, tú conoces algo sobre la historia interna de la guerra y te has
unido deliberadamente a los grupitos que defienden la ‘democracia’ (es
decir, el capitalismo) con objeto de ayudar a aplastar a la clase obrera
española y así, indirectamente, defender tus sucios pequeños dividendos”[76].
Un comentario más general fue tanto o más ofensivo: “Decenas
de miles fueron a combatir allí, pero decenas de millones permanecieron
apáticos. En el primer año de la guerra, se cree que casi toda la
población británica suscribió los diversos fondos de ‘ayuda a España’
por valor de un cuarto de millón de libras, probablemente la mitad de lo
que gastarían en la semana en ir al cine”. Es evidente que Orwell
no sabía nada de los sacrificios hechos por los obreros y los parados en
Inglaterra para enviar alimentos, suministros médicos y ambulancias o
de la hospitalidad para acoger niños vascos[77].
De múltiples formas dinero, comida, ambulancias, apoyo médico y la
recepción ofrecida a los niños refugiados del País Vaso, la ayuda
humanitaria del público británico llegó a casi dos millones de libras.
En términos relativos significa una de las aportaciones caritativas más
importantes en toda la historia británica, con la mayor parte del dinero
en pequeñas cantidades donadas por individuos y organizaciones locales.
A pesar de la intensidad de la depresión económica, la gente corriente
hizo todo lo que pudo para ayudar a la República española[78].
Aunque es posible acusar a Orwell de
falta de honestidad y de ignorancia culpable en lo que escribió, hay un
tema que es difícil de mantener y es que en España estuvo trabajando
para los servicios de inteligencia británicos. Robert Stradling escribe:
“quizá convenga tener en consideración que exactamente esos
elementos en su CV (teórico) que encajaban a Blair para ocupar un puesto
directivo en las Brigadas Internacionales también le cualificaban para
que lo reclutaran los servicios secretos británicos“[79].
Esos elementos eran su educación en Eton y su servicio en la policía
colonial en Birmania. Sin embargo, la especulación se basa en gran
medida en la afirmación de Peter Davison de que una tercera persona le
había dicho que un miembro británico del SIM “mientras censuraba
cartas en España para tal servicio había leído varias de Orwell. Estas
cartas, afirmó, estaba escritas en colores diferentes y se creía que
Orwell enviaba secretamente información a Inglaterra que podía permitir
acusarle de espionaje“.
Cualquier información de que Orwell, a
quien se le creía trotskista, enviaba a Inglaterra subrepticiamente no
podía sino parecer sospechosa a los censores comunistas. Tal
especulación la rechaza Davison. Cabría plantear la cuestión de si hubo
alguna relación entre los lápices de colores de Orwell en España y su
colaboración en 1949 con el semi-secreto Information Research Department
del Foreign Office. Para este, Orwell compiló una lista de prominentes
intelectuales que él consideraba como compañeros de viaje de los
soviéticos, una lista en la que había también algunos comentarios
antisemitas y ¿homófobos?[80].
Existen muchos motivos para afirmar que Homenaje a Cataluña
no puede verse como una interpretación más o menos definitiva de la
derrota republicana. Además de muchos ejemplos de ignorancia y error, el
libro contiene también numerosas omisiones muy significativas. Orwell
no parece que fuese muy consciente de la salvaje represión franquista o
incluso de que le preocupara. En una reseña, de junio de 1938, despreció
Franco´s Rule. Back to the Middle Ages como “simplemente
una enorme lista de atrocidades cometidas en todos los territorios que
Franco ha conquistado. Hay largas listas de gente fusilada y
afirmaciones tales como que 23.000 fueron masacrados en la provincia de
Granada, etc, etc. Ojo, yo no digo que estos relatos no sean verdad.
Evidentemente carezco de medios para enjuiciarlos y puedo imaginar que
algunos son ciertos y otros no. Y, sin embargo, hay algo que me hace
sentirme incómodo cuando se publican libros de este tipo. No hay la
menor duda de que hay atrocidades, aun cuando al terminar la guerra es
por lo general imposible concretar más de unos cuantos casos aislados.
En las primeras semanas de una guerra, sobre todo una civil, es
inevitable que ocurran masacres de no combatientes, casos de incendios,
desvalijamientos y, probablemente, violaciones. Si esas cosas ocurren es
absolutamente correcto el que se lleve cuenta de ellas y que, además,
se las denuncie. Pero yo ya no estoy tan seguro acerca de los motivos de
la gente que se siente tan absorbida por el tema que se dediquen a
compilar libros enteros sobre historias de atrocidades”[81].
El anónimo volumen en cuestión fue publicado por la United Editorial
pro-comunista pero no por razones inconfesables. Tampoco consistió en “simplemente una lista enorme de atrocidades”. Fue más bien una colección de testimonios presenciales que han sido revalidados posteriormente por investigaciones locales.
Nancy Johnstone (foto: Planeta de Libros)
En un enfoque similar, en una reseña de las memorias de Nancy Johnstone, Hotel in Flight en diciembre de 1939 Orwell se hizo esta pregunta bastante frívola: “¿Creyeron
las masas del pueblo español realmente que incluso los atroces
sufrimientos de la última parte de la guerra eran preferibles a la
rendición? ¿O continuaron luchando, al menos en parte, porque la
totalidad de la opinión de izquierdas de Moscú a Nueva York seguía
impulsándolos?”[82]
De la misma manera que Orwell denigró a los trabajadores británicos que
donaron un dinero del que apenas estaban sobrados para apoyar a la
República española, el escritor denigró aquí a los millones de españoles
que continuaron luchando en defensa de una República que tanto les
había dado.
John Cornford (Cambridge 1915-Lopera 1936), foto: Alchetron.com
Para muchos millares de personas Homenaje a Cataluña
es el único libro que leerán sobre la guerra civil. Así, pues, no se
trata de demoler a Orwell sino más bien de hacer llegar a la conciencia
de todos que las opiniones en él expresadas son, con frecuencia,
incorrectas porque estuvieron basadas en información insuficiente y
prejuicios previos muy arraigados. El libro da la impresión de que los
sucesos más importantes de la guerra civil tuvieron lugar en el frente
aragonés y en Barcelona durante unos días en mayo de 1937. En lo que se
refiere a la significación del frente de Aragón el propio Orwell
descubrió su juego: “Aun así seguía sin pasar nada, y no daba la
impresión de las cosas fueran a cambiar. ¿Cuándo vamos a atacar? ¿Por
qué no atacamos? Eran preguntas que se repetían constantemente tanto los
ingleses como los españoles”[83].
Esta era una opinión que también repitió otro voluntario en el mismo
frente, John Cornford, quien se quejó de aburrimiento e inactividad en
lo que describió como “un sector tranquilo en un frente tranquilo”[84].
El fallo más importante del libro es la
noción subyacente de que la liquidación de la revolución estuvo en la
base de la derrota final de la República. La obra de Orwell, e incluso
más todavía la película de Loach, llevan a olvidar que la República fue
derrotada por Franco, Hitler, Mussolini y el interés mal entendido o la
pusilanimidad de los gobiernos británico, francés y norteamericano. Esto
no significa desconocer que los ricos testimonios oculares que contiene
la obra son muy valiosos como fuente histórica. El problema es que sus
juicios facilitaron su aprovechamiento ulterior como parte de una
determinada narrativa de la guerra fría. La ignorancia de Orwell de la
escena más amplia de la guerra civil puede, en último término,
excusarse. Lo que no puede excusarse es el tono omnisciente de su obra.
Incluso menos aun su aceptación de permitir la publicación de una
edición ulterior de su libro sin tener en cuenta sus diversos escritos
entre 1937 y 1942, en los que reconoció paladinamente la necesidad de un
esfuerzo de guerra unificado en España. Es como si el Orwell de Animal Farm, de 1984
y de la notoria lista de compañeros de viaje sospechosos hubiera
pensado que podía dejar la primera versión como otro clavo en el ataúd
del comunismo a pesar de su profunda distorsión de la situación
española.
[38] El Sindicato único de Espectáculos Públicos de la CNT-FAI produjo una película de diez minutos que puede verse en https://www.youtube.com/watch?v=1k4HzLpuF-0. Véase la introducción hablada de Julián Casanova en la colección de vídeos La guerra filmada (Madrid: Filmoteca española, 2009).
[39] Franz Borkenau, The Spanish Cockpit (Londres: Faber & Faber: 1937), pp. 169 y 174-176 (hay traducción española).
[40]Time and Tide,
31 de julio de 1937. Sobre el período que Borkenau pasó en España
véanse Jan Kurzke & Kate Mangan, “The Good Comrade” (manuscrito no
publicado, fondo de Jan Kurzke, archivos del Instituto Internacional de
Historia Social, Amsterdam), pp. 272s y 303-307.
[42] Albert Pérez Baró, Treinta meses de colectivismo en Cataluña (1936-1939) (Barcelona: Ariel, 1974), pp. 45-47; Michael Seidman, Workers against Work. Labor in Paris and Barcelona during the Popular Fronts (Berkeley, Calif.: University of California Press, 1991), pp. 160-171; Robert A. Stradling, History and Legend, pp. 57s; Michael Seidman, “The Unorwellian Barcelona”, European History Quarterly, vol. 20, nº 2, abril de 1990, pp. 163-180.
[43] Josep Maria Bricall, Política econòmica de la Generalitat (1936-1939). Evolució i formes de la producció industrial (Barcelona: Edicions 62, 1970), pp. 93-104; Helen Graham, The Spanish Republic at War 1936-1939 (Cambridge: Cambridge University Press, 2002), pp. 254-256; Pelai Pagês i Blanch, Cataluña en guerra y en revolución 1936-1939 (Sevilla: Ediciones Espuela de Plata, 2007), pp. 189-194.
[44] Josep Antoni Pozo González, La
Catalunya antifeixista. El govern Tarradellas enfront de la crisi
política i el conflicte social (setembre de 1936 – abril de 1937) (Barcelona: Edicions Dau, 2012), pp. 153-172; François Godicheau, La guerre d´Espagne. République et révolution en Catalogne (1936-1939) (París: Odile Jacob, 2004), pp. 138-145.
[45] Miquel Caminal, Joan Comorera, Guerra i revolució, (1936-1939), II (Barcelona: Editorial Empùries, 1984), pp. 62-72.
[46]
Burnett Bolloten, The Spanish Civil War: Revolution and
Counterrevolution (Hemel Hempstead: Harvester Wheatsheaf, 1991), p. 411
(en base a una entrevista con Miquel Serra Pàmies, directivo del PSUC).
Véase también David T. Cattell, Communism and the Spanish Civil War
(Berkeley, California: University of California Press, 1955), p. 109;
Rudolf Rocker, Extranjeros en España (Buenos Aires: Ediciones Imán,
1938), p. 91.
[47]
Sobre los orígenes sociales del conflicto en Barcelona véase Helen
Graham, “Against the State”: a genealogy of the Barcelona May Days
(1937)”, European History Quarterly, 29:4 (octubre de 1999), pp. 485-542.
[48] Ángel Viñas, El escudo de la República: el oro de España, la apuesta soviética y los hechos de mayo de 1937
(Barcelona: Crítica, 2007), pp. 488-493; los informes de los agentes de
la inteligencia soviética en España se reproducen en Ronald Radosh,
Mary R. Habeck & Grigory Sevostianov, eds., Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War (New Haven, Conn.: Yale University Press, 2001), pp. 131-133 y 178-184 (hay traducción española)
[49] Josep Sánchez Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados? Las divergencias republicanas y otras cuestiones (Barcelona: Flor del Viento, 2006), pp. 119-132.
[50] Agustín Guillamón, The Friends of Durruti Group: 1937-1939 (Edimburgo: AK Press, 1996), pp. 22-4 y 57s; Agustín Guillamón, Barricadas en Barcelona. La CNT de la victoria de julio de 1936 a la necesaria derrota de mayo de 1937 (Barcelona: Ediciones Espartaco Internacional, 2007), pp. 139-148; Juan García Oliver, El eco de los pasos (Barcelona: Ruedo Ibérico, 1978), pp. 420 y 443; Orwell sobre los amigos de Durruti, Homenaje, pp. 239, 242, 256.
[52] George Orwell, “Eye-witness in Barcelona”, Controversy, agosto de 1937, reimpreso en Orwell in Spain, pp. 234-241 (cita en la p. 238); Ricardo Sanz, Los que fuimos a Madrid. Columna Durruti, 26 División (Toulouse: Imprimerie Dulaurier, 1969), p. 151. Véase también Stradling, History and Legend, pp. 59s.
[53] Diego Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra. Una contribución a la historia de la tragedia española, 2ª edición (Madrid: G. del Toro, 1975), pp. 90s; Burnett Bolloten, The Spanish Civil War, pp. 865s.
[54] García Oliver, El eco de los pasos, pp. 181s, 209-212 y 231-233. Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra, pp. 80s y 93; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 88-92, 145; Francisco Lacruz, El alzamiento, la revolución y el terror en Barcelona (Barcelona: Librería Arysel, 1943) pp. 118-121 y 130s; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 8, 72-78, 94-100; Gregorio Rodríguez Fernández, El hábito y la cruz. Religiosas asesinadas en la guerra civil española (Madrid: EDIBESA, 2006) pp. 298-311; Francisco Gutiérrez Latorre, La República del crimen. Cataluña, prisionera 1936-1939 (Barcelona: Editorial Mare Nostrum, 1989) pp. 36s, 44-47; Joan Villarroya i Font, Revolució i guerra civil a Badalona 1936-1939 (Badalona: Mascaró de Proa, 1986), pp. 33-38; Josep M. Cuyàs Tolosa, Diari de guerra. Badalona, 1936-1939, dos vols (Badalona: Museu de Badalona, 2006), I, pp. 144, 206, 249; II, pp. 12-14, 37s, 58, 82, 353; Toni Oresanz, L´Òmnibus de la mort: Parada Falset (Badalona: Ara Llibres, 2008), pp. 135-140, 266-269; Jordi Piqué i Padró, La crisis de la reraguarda. Revolució i guerra civil a Tarragona (1936-1939) (Barcelona: Publicaciones de l´Abadía de Montserrat, 1998), pp. 157-154; Isidre Cunill, Los sicarios de la retaguardia (1936-1939). In odium fidei: la verdad del genocidio contra el clero en Catalunya (Barcelona: Styria, 2010), pp. 111-124.
[56] Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados?, pp. 115-117; Ferran Gallego, Barcelona, mayo de 1937 (Barcelona: Debate, 2007), pp. 340-349; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 108s; Graham, The Spanish Republic,
pp. 261s; Pierre Broué et Emile Témime, The Revolution and the Civil
War in Spain (Londres: Faber and Faber, 1972), pp. 281s (hay traducción
española).
[57] Pons Garlandí, Un republicà, pp. 68-70, 86-89, 95; Solé &Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 79-81; Rodríguez Fernández, pp. 298-311; Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España 1936-1939 (Madrid: BAC, 1961), pp 526-529.
[58] Joan Pons i Porta & Josep María Solé i Sabaté, Anarquia i Republica a la Cerdanya, 1936-1939. El “cojo de Málaga” i els fets de Bellver (Barcelona: Publicaciones de l´Abadia de Montserrat, 1982), pp. 490s; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 86-9, 150-4; Carles Gerhard, Comissari de la Generalitat a Montserrat (1936-1939) (Barcelona: Publicacions de la l’Abadia de Montserrat, 1982) pp. 490-1; Manuel Benavides, Guerra y revolución en Cataluña (México: Ediciones Roca, 1978), pp. 344, 351-362 y 371.
[59] Pons i Porta &Solé i Sabaté, pp. 142-154; José Peirats, La CNT en la revolución española, 2ª edición, 3 vols (París: Ruedo Ibérico, 1971), II, p. 138; César M. Lorenzo, Los anarquistas españoles y el poder (París: Ruedo Ibérico, 1972), pp. 90, 215. Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria/España, 1936-1939 (México: Editorial Lucha Obrera, 1948), p. 298.
[60] Caminal, Juan Comorera, p. 120; Gallego, Barcelona, pp. 379, 413, 430-449; Viñas, El escudo, pp. 495s; Benavides, Guerra y revolución, pp. 370-375.
[61] Paul Preston, The Spanish Holocaust. Inquisition and Extermination in Twentieth Century Spain (Londres: HarperCollins, 2012), pp. 411-414 (hay traducción española).
[62] John Dos Passos, Century´s Ebb: The Thirteenth Chronicle (Boston: Gambit, 1975), PP. 94-96 Y 98.
[63] Dos Passos, The Theme is Fredom (Nueva York: Dodd & Mead, 1956), p. 145.
[64] Boris Volodarsky, Stalin´s Agent: The Life and Death of Alexander Orlov (Oxford: Oxford University Press, 2015), pp. 216 y 294; David Crook, Hampstead Heath to Tian An Men. Autobiography (www.davidcrook.net.
Copyright Crook Family, 1991), pp. 3s, 89s, 97s. La afirmación, un
tanto inverosímil, respecto a Mercader procede de Gordon Bowker, George Orwell
(Londres: Little, Brown, 2003), p. 213. Sin embargo, otras fuentes
permiten pensar que, en aquel tiempo, Mercader prestaba servicio en una
unidad de primera línea -Luis Mercader & Germán Sánchez, Ramón
Mercader, mi hermano. Cincuenta años después (Madrid: Espasa-Calpe,
1990), p. 46; Volodarsky, Stalin´s Agent, p. 227.
[65]
Según Boris Volodarsky, ‘Soviet Intelligence Services in the Spanish
Civil War, 1936-1939’, tesis doctoral, London School of Economics, 2010,
p. 267, la operación mucho más grande para penetrar el POUM en la
primavera de 1937 fue dirigida personalmente por el rezident de la NKVD
Alexander Orlov y no le involucró a Eitingon. TNA: HW 15/10.
[66] Javier Cervera Gil, Contra el enemigo de la República… desde la ley (Madrid: Biblioteca Nueva, 2015), pp. 175s.
[67] Robert Low, “Archives show how Orwell´s 1937 held more terrors tan his 1984!, The Observer, 5 de noviembre de 1989. El documento se reproduce en Peter Davison, The Complete Works of George Orwell. Volume XI. Facing Unpleasant Facts 1937-1939 (Londres: Secker & Warburg, 1998), pp. 30s. Sobre las pesquisas de la policía véase Homenaje, pp. 198s.
[68]
Expediente de David Crook en el RGASPI (Archivo estatal ruso de
historia política y social),Moscú, archivo de las Brigadas
Internacionales, 545/6/120, pp. 79-95. Sobre la detención simulada véase
Crook, Autobiography, p. 101.
[69] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 22s.
[70]Homenaje, p. 203; McNair, Spanish Diary, pp. 24-27.
[71] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 24s.
[73] Orwell, reseña de The Spanish Cockpit, de Franz Borkenau, y de Volunteer in Spain, de John Sommerfield, en Time and Tide, 31 de julio de 1937, reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 51s.
[74] Reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 145s.
[77]Homenaje, pp. 232s; Hywel Francis, Miners Against Fascism: Wales and the Spanish Civil War, 2ª edición (Londres: Lawrence & Wishart, 2012), pp. 119-132; Jim Fyrth, The Signal Was Spain. The Aid Spain Movement in Britain 1936-1939 (Londres: Lawrence & Wishart, 1986), pp. 198-274; Alexander,p. 101.
[78] Emily Mason, Save Spain: British Support for the Spanish Republic within Civil Society in Britain, 1936-1939 (University of Essex, tesis doctoral, 2015), passim y pp. 1 y 165; Fyrth, The Signal, p. 216; Tom Buchanan, The Spanish Civil War and the British Labour Movement (Cambridge: Cambridge University Pres, 1991), pp. 137-165; Linda palfreeman, ¡Salud! British Volunteers in the Republican Medical Service during the Spanish Civil War, 1936– 1939 (Brighton: Sussex Academic Press/Cañada Blanch, 2012), pp. 6s y passim; Buchanan, pp. 93-113; Brian Shelmerdine, British Representations of the Spanish Civil War (Manchester: Manchester University Press, 2006), pp. 149-151.
[79] Stradling, “The Spies”, pp. 641, n. 12, 655; Davison, Fac ing Unpleasant Facts, p. 36.
[80]The New York Times, 29 de julio de 1988; The Guardian, 10 de julio de 2003; Timothy Garton-Ash, “Orwell´s List”, New York Review of Books, 25 de septiembre de 2003.