Article épinglé

samedi 28 février 2026

Broadway by Light (William Klein, 1957)

 

Dérive au pays du spectacle par des frenchies jazzeux (toujours le jazz inspire et compose les strassenfilms de cette époque: John Cassavetes, Louis Malle, etc). 

La nuit de l'american dream : un lunapark fait de signes typographiques. 

Des lettres et des ampoules. Stroboscopie colorée, reflets, comme de gros pixels : la rue est encore la matrice. 

Phase d'accumulation primitive du capitalisme de l'attention. Cristallisation de l'origine.

 


 "Les Américains ont inventé le jazz pour se consoler de la mort, la star pour se consoler de la femme. Pour se consoler de la nuit, ils ont inventé Broadway.
Chaque soir, au centre de New York, un jour artificiel se lève. Son objet est d'annoncer des spectacles, de vanter des produits et les inventeurs de ces réclames seraient fort étonnés d'apprendre que le spectacle le plus fascinant, l'objet le plus précieux, c'est la rue transfigurée par leurs enseignes. Ce jour a ses habitants, ses ombres, ses mirages, ses cérémonies. Il a aussi son soleil..."
(Chris Marker)

"j'ai cherché à filmer la plus belle chose à New York, à savoir les lumières de Broadway, mais dans le même temps, ce que ces lumières nous vendent est stupide et effrayant. Ainsi, c'est un film beau à voir mais qui dénonce aussi des choses sérieuses." (William Klein) 

"Le premier film que j’ai vu où la couleur est absolument nécessaire." (Orson Welles) 

Synopsis de la Cinémathèque française ---> Une virée expérimentale dans les rues de Manhattan, où défilent publicités et enseignes lumineuses dans un court métrage avant-gardiste qui capture l'esprit pop et abstrait des néons de Broadway.


Générique

Réalisateur : William Klein
Scénariste : William Klein
Auteur du commentaire : Chris Marker
Société de production : Argos Films
Producteurs : Anatole Dauman, William Klein, Philippe Lifchitz
Distributeur d'origine : Argos Films
Directeur de la photographie : William Klein
Ingénieurs du son : Henri Colpi, Jasmine Chasney
Compositeur de la musique originale : Maurice Le Roux
Monteurs : Alain Resnais, William Klein, Léonide Azar
Conseiller technique : Alain Resnais

Terre Tunisienne (Raymond Vogel et Jean-Jacques Sirkis, 1950 - 1951)

 

 

Réquisitoire contre le colonialisme français en Tunisie. 


Après des plans sur le Tunis colonial, la première partie de Terre Tunisienne est consacrée à la situation agricole : spoliation des terres, contrôle de l'eau, paysans contraints au nomadisme, au travail journalier ou à l'émigration. Ceux qui se révoltent sont durement réprimés (6 morts sur le domaine de l'Infada).
La seconde partie du film dresse un bilan social, sanitaire et scolaire du pays : conditions de logement désastreuses (maisons de boue et de pierres, grottes et bidonvilles à Tunis), mendicité, travail des enfants, taux de scolarisation de 9%, rachitisme et tuberculose...
Le pillage économique du pays et l'exploitation de sa main-d'œuvre sont ensuite stigmatisés par des vues de dockers chargeant des bateaux de blé, de manœuvres pieds nus dans le sel, de carriers du trust Lafargue et de mineurs travaillant dans les mines de phosphate de l'extrême sud tunisien (trust de Cafsa).
La quatrième et dernière partie de Terre Tunisienne évoque le développement des luttes sociales, syndicales et anticoloniales depuis 1936, malgré la répression. Le film s'achève par les vues d'une manifestation à Tunis où percent nettement, sous les slogans anti-impérialistes et pacifistes, des revendications indépendantistes.

Terre tunisienne a été initié par quatre jeunes communistes. Né en Tunisie et y ayant grandi, Jean Beckouche étudie la médecine à Paris à la fin des années 1940 ; il milite au sein des « groupes de langues » qui rassemblent les étudiants venus des colonies. C'est lui qui propose à Serge Mallet, Jean-Jacques Sirkis et Raymond Vogel, trois de ses amis cinéastes, de réaliser un film afin de dénoncer les méfaits du colonialisme en Tunisie. En septembre 1950, le projet se concrétise et le tournage commence en Tunisie. Si Serge Mallet rentre assez rapidement en France, Raymond Vogel, Jean-Jacques Sirkis et Jean Beckouche restent deux mois sur place et enregistrent des images grâce à des soutiens locaux.
De retour en France, le film s’avère difficile à postproduire et c'est finalement grâce au concours financier d'étudiants tunisiens que Terre tunisienne peut être terminé.
Avec Afrique 50 (auquel Raymond Vogel a d'ailleurs participé), Terre tunisienne est l'un des tout premiers films anticoloniaux français. Réalisé en pleine guerre d’Indochine, le film prend un parti très engagé en plaidant pour l’indépendance de la Tunisie, qui est alors sous protectorat français.
La valeur documentaire de Terre tunisienne est particulièrement forte: le film donne à voir des images extrêmement rares pour l’époque, en particulier celles qui témoignent de la misère et des ravages du système colonial.

En France, afin de contourner la censure, la Coopérative de Production et de Diffusion du Film (C.P.D.F) diffusa parfois Terre Tunisienne sous le titre de Terre au soleil.

Réalisation : Jean-Jacques Sirkis, Raymond Vogel
Collaboration à la réalisation : Serge Mallet
Commentaire écrit par Jean Beckouche
Musique : Chevauchées des Walkyries de Wagner et airs de Jazz pour accompagner les images stipendiant le pouvoir colonial, musique arabe autrement. Lieux et monuments : Sfax, Tunis (banques, opéra, Hôtel de police, hospice, bidonville), ruines romaines de , domaine de l'Enfida, mines de potasse du sud Tunisien...
Personnalités : Le Bey Mohamed Pacha (V), l'archevêque de Carthage, le résident général Périlla (V), le syndicaliste Hassan Saadaoui (R et V).

L’Affaire Abdallah, un film de Pierre Carles

SYNOPSIS

Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s’est vu affubler de l’étiquette ‘’terroriste’’. À tort. Une incroyable fake news et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l’origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, ses convictions politiques intactes.

L’AFFAIRE

Si le nom de Georges Abdallah a défrayé la chronique à l’orée de la décennie 80, il a petit à petit disparu des unes de la presse française et internationale pour sombrer dans une sorte d’oubli qu’une poignée de soutiens s’évertuait inlassablement à combattre. Pour beaucoup alors, son nom se mêlait à ceux que le Proche Orient propulse au-devant de la scène pour quelques jours, puis rejette dans l’ombre.

De temps à autre, au détour d’un ouvrage, d’une polémique ou plus souvent d’une demande de libération, il se rappelait à notre souvenir, mais bien peu aurait su dire avec précision qui était ce prisonnier, d’où il venait, quels étaient les crimes qu’on lui attribuait, et à quelle mouvance politique il se rattachait.

C’est à l’occasion du génocide du peuple palestinien engagé à la suite des massacres du 7 octobre 2023 que nous est revenu l’existence, dans les geôles françaises, de l’un de ses défenseurs les plus déterminé, jeté là depuis des décennies, faisant de lui le plus ancien prisonnier de France pour des faits à caractère politique. Son image réapparaissait sur les drapeaux de quelques manifestants, son nom était à nouveau prononcé, synonyme d’acharnement étatique et d’injustice.

On se souvenait alors qu’en 1986, une première décision de justice le condamnait à 4 ans d’emprisonnement, mais qu’un nouveau procès, exigé en sous-main par les autorités américaines, le condamnait cette fois, à la surprise générale, à la perpétuité. Les gouvernements français successifs, toujours sous la pression des américains, ont, depuis 1999, rejeté 9 demandes de libération anticipée.
De quoi Georges Abdallah s’était-il rendu coupable qui le condamne à un traitement si particulier et à un tel acharnement des États français et étatsunien ?

 

Interview PIERRE CARLES

Comment avez-vous eu connaissance de « L’Affaire Abdallah » ?

J’ai eu l’occasion de croiser Georges Abdallah au parloir de la prison de Lannemezan, au milieu des années 2000 alors que je rendais visite à un autre prisonnier politique. Sans plus. Puis une douzaine d’années se sont écoulées lorsque Isabelle Vallade, membre du comité de soutien à Georges Abdallah, m’a alerté sur sa durée d’incarcération anormale, du moins en comparaison avec celle d’autres militants arrêtés et condamnés à la même époque que lui pour des crimes politiques comparables. Ayant fait une école de journalisme avant de devenir réalisateur de films documentaire, je me suis mis à enquêter sur cette histoire, notamment grâce à l’appui de legrandsoir.info , alors qu’aucun média mainstream ne s’y était collé jusque là. De ce travail d’investigation sont sortis un article paru dans le Monde diplomatique, une BD aux éditions Delcourt (dessin : Malo Kerfriden) et ce long-métrage.

Vous rassemblez de nombreux documents et archives. Combien de temps ont pris la préparation, le tournage et le montage du film ?

Le travail d’enquête et de recherche d’archives a démarré en 2018 et s’est étalé sur deux/trois ans. Le repérage au Liban s’est déroulé début 2020, juste avant l’épidémie de COVID. L’essentiel du tournage en France est intervenu, lui, entre 2021 et 2024, avec des tournages complémentaires en 2025 lors de la libération de Georges Abdallah. Je ne me suis toutefois pas consacré à plein temps, huit ans durant, à ce chantier. Durant cette période, nous avons fini de tourner et de monter un long-métrage consacré à l’histoire de la guérilla des FARC en Colombie, et réalisé des repérages en Algérie pour un projet de film, coécrit avec Nadja Harek, autour du dernier fugitif d’Action directe.

Vos interlocuteurs et interlocutrices ont-ils été faciles à convaincre ?

Ça dépend. Certaines personnes impliquées dans l’affaire Abdallah ne se sont pas empressées de répondre aux demandes d’interviews formulées par Clara Menais et Léa Gasquet, qui m’ont assisté sur la réalisation du film. C’est le cas de l’ex-garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, de l’ex-président de la République François Hollande... Il a fallu partir à la rencontre de ces protagonistes de l’affaire Abdallah, s’ingénier pour les interpeller dans des lieux publics afin d’avoir réponse ou non-réponse à certaines de nos questions. Nous avions du mal à accéder à eux jusqu’à ce que, à un moment donné, toutes ses personnalités débarquent à tour de rôle à Montpellier, qui pour une signature de livre, qui pour une conférence à la faculté, qui pour une inauguration de prison... Comme c’est aussi à Montpellier que se trouve une grande partie de l’équipe du film - la productrice Annie Gonzalez, la monteuse Florence Jacquet, le post-producteur Ludovic Raynaud, le chef opérateur Olivier Guérin, la camarade réalisatrice Nina Faure, ils venaient en quelque sorte à notre rencontre. Pour les autres personnes acceptant de témoigner dans le film - des journalistes, des juristes, des policiers, des militants, des militantes... - ce fut beaucoup plus facile. Et nous avons aussi réussi, ça j’en suis assez fier, à recueillir la parole de Georges Abdallah en prison, dans sa cellule.

Certains ont ils refusé de vous rencontrer ?

Oui, l’ancien ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas qui affirmait à la radio, en 2016, qu’Abdallah resterait incarcéré à vie, ou l’ex-patron de la DST Pierre de Bousquet de Florian qui nous a opposé le « secret défense » pour ne pas avoir à s’expliquer sur une forfaiture des services de contre-espionnage. Nous n’avons pas non plus réussi à interpeller Emmanuel Macron sur cette affaire. D’ailleurs, si des spectateurs ou spectatrices veulent s’en charger, ils/elles sont les bienvenus. Nous aurions bien voulu lui demander des explications sur l’absence de grâce présidentielle pour Georges Abdallah, alors que sa durée d’incarcération était absolument hors-normes. Pourquoi n’a-t-il rien fait ? Par crainte d’agacer les Américains ? Par peur de se mettre la droite et l’extrême-droite à dos en graciant un soi-disant « terroriste » ? Par crainte du « coût politique » d’une telle mesure ?

Personne dans le film, ni les militaires spécialistes de la défense, ni les journalistes, ni les avocats, ni même les politiques ne semblent croire sincèrement en la culpabilité de Georges Abdallah.

Certes mais il faut comprendre que Georges Abdallah estime que c’est un grand honneur pour lui d’avoir été accusé d’appartenir à un groupe armé ayant exécuté un militaire israélien et un militaire américain afin de combattre l’invasion de son pays - le Liban - par Israël avec l’appui des USA. Ces actes de résistances lui paraissent légitimes. Pour autant, lui et les FARL n’étaient pas responsables de la vague d’attentats terroristes survenue en 1986 à Paris bien que les médias et le pouvoir politique de l’époque affirmaient le contraire. Ça, personne ne le conteste aujourd’hui. Mais aucun média n’a fait de mea culpa. Cette fake news a petit à petit sombré dans l’oubli.

La nécessité de désigner un coupable des attentats de 1986 est-elle la seule raison de l’acharnement dont Georges Abdallah a été la victime ?

L’une des principales raisons de cette durée de détention hors-normes, ce sont les pressions exercées par les Etats-Unis sur la France. On voit que les ingérences américaines dans les affaires européennes ne datent pas d’aujourd’hui. Elles existaient déjà sous la présidence d’Obama ou même avant. En 2013, certains barons « socialistes » comme Laurent Fabius, Manuel Vals ou François Hollande ont prêté une oreille attentive aux désidératas américains, empêchant la libération d’Abdallah alors même qu’elle était accordée par les juges de l’application des peines, en première instance comme en appel.

On retrouve dans ce film un des sujets qui vous a fait connaître : une critique de la fabrique médiatique du mensonge. Comment le situer dans votre filmographie ?

Nous avons presque toujours en tête, lorsque nous nous lançons dans la réalisation de films, d’essayer de tenter de proposer d’autres points de vue que le discours dominant, d’autres sons de cloche que la musique ambiante si les choses qu’on nous a mis dans la tête s’avèrent fausses, mensongères. Et tout comme dans mon précédent long-métrage sur les rebelles colombiens des FARC, nous questionnons ici la figure du « terroriste », un vocable souvent utilisé par le pouvoir pour disqualifier toute forme de résistance radicale de nos jours. Ce mot est employé à tout va par le pouvoir politique, comme par les grands médias d’extrême-droite, de droite voire de gauche (ou se présentant comme de gauche), pour salir certaines formes de contestation du système.

Or, s’en prendre aux méga-bassines d’eau pour l’agro-industrie, comme à Sainte-Soline, ne relève pas, bien entendu, de l’ « éco-terrorisme ». De même que s’engager dans la lutte armée n’implique pas forcément le recours à des actions visant à assassiner et terroriser des civils telles qu’a pu le pratiquer Daesh. Les assassinats ciblés de militaires et diplomates réalisés par les FARL, le groupe armé d’Abdallah, sont des actions que l’on aurait probablement qualifiées de résistantes, après guerre. Maintenant, il ne s’agit pas de verser dans la contre-propagande, de travestir la réalité dans nos films, mais de proposer aux spectateurs et spectatrices des récits documentés bien plus proches de la vérité que ceux que cherchent à nous imposer les tenants du pouvoir économique (Arnault, Bolloré, Niel, Pinault...) et ceux du pouvoir politique (Hollande, Sarkozy, Macron...) souvent inféodés au pouvoir économique.

Le film a-t-il été financé sans difficulté ?

ARTE, France TV et Netflix ont refusé le projet. Mais, Annie Gonzalez, qui a produit la plupart de mes longs-métrages, a accompagné le projet pour qu’on puisse aller jusqu’au bout de la fabrication de ce long-métrage. Seul le cinéma indépendant peut aborder un sujet tabou comme celui-ci : l’injustice commise à l’égard d’un militant internationaliste, ex-membre d’un groupe armé communiste, accusé à tort de « terrorisme », comme ce fut le cas pour Missak et Mélinée Manouchian que l’on célèbre aujourd’hui. Internet, les réseaux sociaux et la télévision sont incapables de réaliser ce genre de travail. Soit ils pratiquent la censure ou l’autocensure, soit ils n’ont pas les moyens de mener à bien pareille enquête. La preuve : notre film est le seul travail d’investigation un tant soit peu sérieux mené sur l’affaire Abdallah. Et remercions chaleureusement les plus de 800 contributeurs et contributrices qui ont soutenu financièrement ce chantier.

Pierre CARLES

NOTE DU GRAND SOIR. Notre site a publié des nombreux articles sur George Ibrahim Aballah, sur la préparation de ce film et il a contribué à la levée des fonds par souscription.


LES DATES CLÉS

1978 - L’armée israélienne opère des incursions au sud Liban.

1982 - L’armée israélienne lance de nouvelles opérations au Liban, dans les camps palestiniens et jusqu’à Beyrouth ouest. Elles visent les foyers révolutionnaires palestiniens et des membres de l’OLP qui y ont trouvé refuge. Elles se soldent par 18 000 morts.
Favorable à la lutte armée contre Israël et ses alliés américains, Georges Abdallah rejoint les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises. En riposte aux ingérences et agressions israéliennes, les FARL prennent pour cible des militaires américains ou israéliens, surtout en France.

1982 - En janvier, Charles R. Ray, attaché militaire américain, est tué à Paris. En avril, Yacov Barsimantov, diplomate israélien agissant pour les services secrets, l’est à son tour.

24 octobre 1984 - Georges Abdallah est arrêté à Lyon, alors que, munit d’un faux passeport, il se réfugie dans un commissariat pour se protéger d’agents qu’il croit appartenir au Mossad. Sa véritable identité établie, assisté de son avocat Jean-Paul Mazurier, il est accusé de détention d’armes et de faux papiers et condamné à 4 ans de prison, ce qui ne satisfait pas du tout les autorités américaines. Avec une remise de peine, il aurait pu sortir en 1986.

1986 - une série d’attentats à la bombe ensanglante Paris. Ils sont revendiqués par un certain Comité de Solidarité avec les Prisonniers Politiques Arabes et du Proche-Orient (CSPPA), qui réclame la libération des activistes des FARL, dont Georges Abdallah. Mais ce CSPPA est en fait le faux nez d’agents iraniens qui se vengent du soutien militaire français à l’Irak en guerre contre la république islamique.

Peu importe, même si Georges Abdallah en prison et ses frères au Liban clament leur innocence (les FARL ne pratiquent pas le terrorisme contre des civils), ils sont des accusés idéals. Inspirée par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua et son ministre délégué de la sécurité Robert Pandraud, la presse s’ingénie à en dresser les portraits, ceux de dangereux terroristes prêts à récidiver.

Dans une planque fréquentée par Georges Abdallah, on découvre des armes dont celle qui fut utilisée pour assassiner Charles Ray et Yacov Barsimantov. Même si le détenu se refuse à condamner des « actes de résistance » contre « l’oppression israélienne et américaine », il nie toujours avoir participé aux actions pour lesquelles il est en prison.

Février 1987 - Un nouveau procès à lieu. Les américains réclament que Georges Abdallah soit jugé aux assises. Il est condamné à la perpétuité pour complicité d’assassinat, condamnation confirmée bien que Jean-Paul Mazurier, son avocat, ait avoué avoir trahi son client en travaillant avec les services secrets français.

Le pourvoi demandé par son nouvel avocat, maître Verges, est rejeté par le ministre de la justice du gouvernement Chirac, Albin Chalandon. Une sévérité que ne démentiront aucun gouvernement pendant près de 40 années.

Bien qu’un condamné à perpétuité puisse demander une libération après 15 ans de prison, Georges Abdallah ne formule la première qu’en 2002. Alors qu’elle est jugée recevable (à la condition que le prévenu quitte le territoire), Dominique Perben, ministre de la justice du gouvernement Raffarin, fait appel de la décision. L’avocat de la famille de Charles R. Ray, maître Kiejman, obtient du directeur du cabinet du ministre qu’il intervienne directement dans cette affaire, à la demande expresse des autorités américaines. Les demandes de libération anticipée se suivent, sans succès.

2012 - Christiane Taubira, ministre de la justice, émet un avis favorable à une 8e demande de libération. Mais François Hollande et son ministre de l’intérieur Manuel Valls bloquent encore sa libération en refusant de signer l’arrêté d’expulsion qui devait l’accompagner. Côté américain, Hillary Clinton est à la manoeuvre, demandant à Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, d’empêcher cette libération.

Des rassemblements et manifestations de plus en plus importantes en faveur de la libération du militant communiste libanais pro-palestinien ont conduit la présidente du tribunal de l’application des peines à estimer que sa durée d’incarcération anormalement longue suscitait un véritable « trouble à l’ordre public ».

25 juillet 2025 - Georges Abdallah est libéré par la justice française et renvoyé au Liban au bout de 40 ans et 9 mois de détention.


PAROLES EXTRAITES DU FILM

« L’impérialisme judiciaire et politique américain s’impose à la France de monsieur Hollande et apparemment à la France de monsieur Macron. Georges Abdallah, il va prendre réclusion criminelle à perpétuité, officiellement pour avoir assassiné l’israélien et les deux américains, mais en réalité (...) il morfle pour les attentats. »
Alain Marsaud
Chef du service central de lutte anti-terroriste (1986-1989)

« Le Monde titre « la brigade criminelle a identifié les poseurs de bombes » On se dit : c’est la thèse officielle, donc nous, on la suit (...) On relaye. C’est vrai qu’à Libé, on a que cette piste-là. Et on relaie la thèse officielle »
Véronique Brocard
Journaliste à Libération en 1986.

« Je souris parce que c’est terrible et donc mon sourire est plus nerveux qu’autre chose. Je n’avais même pas de contacts avec les enquêteurs ».
Hervé Brusini
Journaliste à France TV (1983-2019)

« Je me suis dit qu’au fond, mettre en avant la piste Abdallah ne ferait pas de mal, même si ça ne faisait pas de bien. En réalité, nous n’avions aucune piste. »
Robert Pandraud
Ministre délégué à la sécurité (1986-1988)

« Georges Abdallah ??? ça ne me dit rien du tout. Je suis désolé. Est-ce que c’est l’Alzheimer précoce, mais ça ne me dit rien du tout... Abdallah ??? Non, je suis désolé, je n’ai aucun souvenir de ça. »
Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangère (2012-2016)


PIERRE CARLES

Il est né en 1962 à Bordeaux (France). Après des études d’animation socio-culturelle et de journalisme, il travaille comme caméraman d’actualité à FR3 Région avant d’intégrer l’équipe de l’émission L’Assiette anglaise (Antenne 2). Il tourne ses premiers courts-métrages documentaires pour Brut (ARTE) et Strip Tease (France 3). En 1998, il réalise Pas vu pas pris, un film de critique des médias, puis La Sociologie est un sport de combat (2001), le seul portrait filmé du sociologue Pierre Bourdieu. Depuis 27 ans, il a réalisé ou coréalisé une dizaine de longs-métrages, portant un regard critique sur le salariat, documentant la décroissance, abordant la question du recours à la lutte armée, faisant découvrir la politique non-orthodoxe du président équatorien Rafael Correa, narrant l’improbable candidature à la Présidentielle de l’ancien berger Jean Lassalle, racontant la sortie du maquis des guérilléras et guérilléros des FARC...

Il est l’auteur d’une dizaine de longs-métrages documentaire depuis Pas vu pas pris (1998), sélectionné à l’ACID Cannes et au Festival de Locarno. Il a réalisé Enfin pris ? (2003), Attention danger travail (2003, co-réalisé avec Christophe Coello et Stéphane Goxe), Volem rien foutre al païs (2007, idem), Fin de concession (2010), Choron, dernière (2010, coréalisé avec Eric Martin), On revient de loin (2016, coréalisé avec Nina Faure), Un berger et deux perchés à l’Elysée (2018, coréalisé avec Philippe Lespinasse)... Dernier film sorti sur le grand écran : Guérilla des FARC, l’avenir a une histoire (2024), tourné sur une période de 10 ans, en Colombie et à Cuba.

législatives 2024: Enregistrement de Fabien Roussel qui détaille son plan de ralliement avec la droite


 

"Nous avons déjà subi trop de trahisons. Nous voulons prendre devant vous ce serment d'être unis jusqu'à la victoire." 

Fabien ROUSSEL, 10 juin 2024

La grande lutte des mineurs (1948)


 La longue et âpre grève des mineurs français de novembre et décembre 1948. Après une évocation de la dureté de la profession, ce film d'agitation décrit le déclenchement de la grève, son déroulement, et s'achève par un appel à la solidarité.

Un discours véhément, une bande son extrêmement travaillée, des images d'affrontements et un montage remarquable stigmatisent les agissements des C.R.S. (« CRS=SS »), la présence de l'armée dans les corons et les responsabilités du gouvernement soumis aux intérêts américains.

À rebours, ce film collectif exalte l'héroïsme des mineurs, la solidarité et l'internationalisme prolétariens. Le nom du ministre socialiste Jules Moch est prononcé "moche", (sans doute pour la rime avec le mot "boche" également utilisé). Séquence montrant les bus des municipalités communistes de la région parisienne venant chercher les enfants de mineurs (bus de Bezons, Villejuif, Stains, Dugny, Gentilly, Issy-Les-Moulineaux, Villeneuve-Saint-Georges).
Le commentaire précise que l'on propose aux mineurs étrangers « un dilemme machiavélique » : « le travail de briseur de grève, ou la reconduite à la frontière » (« Pour les espagnols, c'est la mort »).
Un des plans finaux, symbolique, plusieurs fois repris dans d'autres films militants, montre une vieille femme blanche et un travailleur noir en train de manifester côte à côte, au son de L'Internationale.

La grande lutte des mineurs, marqué par la guerre froide, fut conçu pour susciter une solidarité active en faveur des mineurs en lutte (dons en nature et en argent, accueil des enfant de grévistes). Il fut interdit par la censure, suite à l'arrêté du 6 décembre 1948 qui soumettait les films non-commerciaux à une censure préalable, ce qui permettait l'interdiction de la plupart des films militants alors produits par le P.C.F. et la C.G.T.. Si cet arrêté visait en priorité "La grande lutte des mineurs", il fut ensuite utilisé couramment utilisé pour interdire les films militants produits durant la guerre froide. Pour éviter (en vain) la censure du film, Louis Daquin assuma la paternité de sa réalisation et Roger Vailland celle de son commentaire. René Vautier, alors assistant-stagiaire, ne put réellement participer au tournage du film puisqu'il fut appréhendé par les C.R.S. sur le port de Dunkerque.

Générique : La fédération des Travailleurs du sous-sol présente / La grande lutte des mineurs/ Réalisé bénévolement par les techniciens et les travailleurs de l'industrie du film (C.G.T.). RPC N° 56757
Réalisation attribué à Louis Daquin
Images : André Dumaître, Louis Félix
Montage et commentaire : Paula Neurisse, Fabienne Tzanck
Assistant stagiaire : René Vautier
Musique : ?, Internationale (son direct)
Commentaire : Roger Vaillant
Personnalités : Jules Moch
Lieux et monuments : Nord, Firminy
Lieux, évènements et personnes cités : Courrières, Petite Recelle, Liévin, Puits Renard ; Grèves de 1941, combats de 1944, Bataille du charbon, Résistance ; Daniel Meyer, Schumann, Lacoste, Jouhaux, Jean Jamsek (mineur tué le 7 octobre à Merlebach), Jules Moch.

NOTE : A six mois de distance Daquin tourne Le Point du jour, où la documentation est l'aspect préliminaire et La Grande lutte des mineurs, sur les grèves de l'automne 1948 et leur violente répression. «Ce n'était pas le metteur en scène qui y allait, c'était le militant. C'est par militantisme que je suis allé au documentaire» écrivait Daquin.

Extrait du commentaire : «La mine, paysages durs et sombres où la poussière noire recouvre tout. La mine, décor de roman, prétexte à belles images, source inépuisable d'effets faciles. Mais la mine qu'est-ce encore ? Surtout et avant tout des hommes.

Ces hommes descendant sous terre quand le soleil se lève,et ne remontant à la surface qu'avec l'ombre. Ces hommes meurent jeunes parce qu'ils sont imprégnés de cette poussière de charbon qui de mois en mois pénètre dans les poumons. Ces hommes, ce sont les mineurs à qui on a tout demandé et qui ont tout donné: les grèves héroïques de 41 qui entravèrent la guerre des nazis, les combats de 44 qui firent plus proche la victoire, et enfin l'extraordinaire période qui suivi la libération, la bataille du charbon. Alors qu'en 1919, il a fallu cinq années pour compenser la perte causée par la guerre, en 1945, moins de deux années suffirent à combler le retard. Les mineurs relèvent la France avec leurs piques, avec leurs bras, avec leur cœur.

Et cette période d'enthousiasme et de courage, c'est celle que choisit Daniel Mayer pour traiter les mineurs de «Rouffians», c'est celle que choisit Schumann pour leur reprocher de travailler le dimanche ! Quel respect brusquement pour les droits syndicaux !"

La guerre des semi-conducteurs : le dernier point de bascule avant le monde nouveau

Nous publions ci-dessous un gros travail de recherche mené par notre camarade Silco. Ce travail constitue une première prospection d’un sujet extrêmement vaste et complexe, et est destiné à alimenter l’analyse politique des communistes et autres militants progressistes. Le comité de rédaction de la JDM peut avoir quelque désaccord sur tel ou tel point secondaire, mais l’analyse fournie, documentée et sourcée, constitue une ressource très précieuse sur laquelle les militants pourront s’appuyer pour analyser le monde, traiter d’autres sujets liés directement ou indirectement au sujet de cet article, voir enrichir et développer les bases de réflexion et de travail posées ici. Il s’agit donc d’un article non pas simplement à lire, mais à étudier.

Par Silco – JDM

Plan de l’article :

  1. Introduction
  2. Un semi-conducteur ?
  3. Taïwan
  4. Géostratégie du secteur
  5. Développements
  6. Issue
  7. Conclusion
  8. Sources

ARTICLE EN INTEGRALITE 

Le Pentagone veut Terminator, Anthropic (IA Claude) résiste encore.

 


L'affaire a éclaté publiquement en février 2026: le Pentagone menace de rompre son contrat de 200 millions de dollars avec Anthropic si l'entreprise refuse de lever ses restrictions sur l'utilisation militaire de Claude. Au cœur du conflit, deux lignes rouges qu'Anthropic refuse de franchir: la surveillance de masse de la population américaine et le développement d'armes entièrement autonomes, c'est-à-dire capables de tuer sans intervention humaine.
L'été dernier, le Pentagone avait signé des contrats allant jusqu'à 200 millions de dollars avec les quatre grands laboratoires d'IA américains (Anthropic, OpenAI, Google et xAI) pour adapter leurs modèles aux usages militaires. Claude est allé plus loin que les autres : il a été le premier modèle d'IA à être déployé sur les réseaux classifiés du Département de la Défense, notamment via le partenariat avec Palantir, le controversé contractant militaire spécialisé dans le traitement de données de surveillance.
Cependant, les négociations sur les conditions d'utilisation "à venir" ont déraillé. Le Pentagone exige que Claude puisse être utilisé pour toutes fins légales, sans qu'Anthropic puisse imposer des restrictions supplémentaires. OpenAI, Google et xAI ont déjà accepté ce principe pour leurs systèmes non-classifiés. Anthropic est le seul à résister.
La position du Pentagone ouvre concrètement la porte à des usages que la science-fiction a longtemps anticipés. Les armes létales autonomes (drones armés, systèmes de défense ou d'attaque pouvant identifier et éliminer des cibles sans qu'un soldat appuie sur la gâchette) représentent le scénario "Terminator" par excellence. Si un modèle d'IA aussi puissant que Claude, capable de raisonner, d'analyser des données complexes et de planifier des actions, venait à être intégré dans de tels systèmes sans garde-fous éthiques, les conséquences pourraient être catastrophiques : erreurs d'identification de cibles civiles, escalade incontrôlée de conflits, ou décisions létales prises en millisecondes sans possibilité de révision humaine.
Claude a déjà été utilisé, via Palantir, dans l'opération militaire de capture de Nicolás Maduro au Venezuela — une opération au cours de laquelle des coups de feu ont été tirés. Anthropic aurait cherché à savoir si son IA avait été impliquée, ce que le Pentagone a interprété comme une ingérence inacceptable. Cet épisode illustre parfaitement le glissement progressif vers des usages militaires que l'entreprise elle-même ne maîtrise plus.
L'autre ligne rouge, la surveillance de masse, est tout aussi inquiétante. Le cadre juridique américain actuel sur la surveillance (les lois FISA, etc.) n'a pas été conçu pour l'ère de l'IA. Comme le soulignent certains observateurs, "la législation sur la surveillance de masse ne prend pas en compte l'IA". Ce vide réglementaire pourrait permettre des usages qui, dans les faits, constitueraient une surveillance totale, même s'ils sont techniquement "légaux". Le CEO d'Anthropic, Dario Amodei, est allé jusqu'à qualifier la surveillance de masse facilitée par l'IA de "crime contre l'humanité" dans un essai publié début 2026.
Face au refus d'Anthropic, la réaction du Pentagone est musclée. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth envisagerait de désigner Anthropic comme "risque pour la chaîne d'approvisionnement", une mesure normalement réservée aux adversaires étrangers comme la Chine. Cette désignation forcerait tous les contractants militaires, y compris Palantir, à couper tout lien avec Anthropic. Un haut responsable du Pentagone a déclaré : "Nous allons nous assurer qu'ils paient le prix de nous avoir forcé la main."
Ce conflit n'est pas qu'un désaccord commercial. Il pose une question fondamentale : qui contrôle les garde-fous éthiques de l'IA militaire ? Si les entreprises privées sont les derniers remparts contre des usages destructeurs, leur résistance peut être brisée par pression économique ou politique. Et si elles cèdent, comme OpenAI, Google et xAI l'ont déjà fait pour les systèmes non-classifiés, c'est la voie qui s'ouvre vers une IA militarisée sans véritable supervision humaine.
Le scénario Terminator n'est plus de la fiction : c'est une négociation contractuelle en cours à Washington, et le rapport de force entre l'État et la population va devenir tel que toute notion de démocratie ne pourra que disparaitre.

Le cinéma populaire des années 1970 face au féminisme

 

 

En analysant 362 films à succès français des années 1970 au prisme des rapports de genre, Hélène Fiche dépeint un paysage cinématographique jusqu’ici peu commenté.

Il semble y avoir en ce moment en France un intérêt pour la deuxième vague féministe, c’est-à-dire celle des années 1970. En témoignent notamment la réédition commentée en 2024 de l’essai Le Féminisme ou la mort de Françoise d’Eaubonne   , cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF), ou encore le regain d’attention pour la figure de l’avocate Gisèle Halimi, avec notamment un biopic en préparation (après l’année dernière Hors-la-loi de Pauline Bureau, consacré au procès de Bobigny en 1972, Gisèle, de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, est prévu pour 2026).

L’ouvrage Ce que le féminisme fait au cinéma de l’historienne Hélène Fiche apporte un éclairage inédit sur cette décennie en s’intéressant à l’influence des mouvements féministes sur le cinéma. Le parti pris de l’autrice est d’étudier les représentations genrées au sein des films français sortis entre 1969 et 1982 et ayant fait plus de 700 000 entrées en salle. Cela constitue au total un corpus de 362 films, dont la plupart étaient jusqu’ici ignorés de la recherche académique. À partir du constat paradoxal que « les personnages féminins initiant l’action » sont autant populaires au box-office que les « figures de “macho” ultra-viril », Fiche montre comment ce cinéma met en scène des rapports conflictuels entre femmes et hommes en regard des luttes sociales de l’époque.

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CENSURE PARTOUT : "On est une colonie numérique américaine" - Fabrice Epelboin