BESTIA SENZA PACE : ATELIER DE STIMULATIONS CRITIQUES
Article épinglé
mardi 5 mai 2026
lundi 4 mai 2026
Misère de la déconstruction : Deleuze, Foucault, Derrida, « french theorists » au service du nihilo-mondialisme américain
Si les États-Unis ont été le laboratoire social du post-modernisme, des Européens, Français à l'avant-garde, en furent les théoriciens. Comme souvent, les Américains font d'abord, pensent ensuite et, philosophiquement, presque jamais par eux-mêmes. Ainsi la dissolution du patriarcat, l’individualisme économico-juridique, le règne du consumérisme et le relativisme moral ont-ils été expérimentés aux États-Unis avec plus de spontanéité et de radicalité qu’en Europe. Mais la vague post-moderne a dû ses concepts au travail de philosophes français. Sans l'hégémonie américaine combinant puissance matérielle et mimétisme social, hard et soft power, l'anti-monde des quarante dernières années aurait bien sûr été impossible ; mais sans les élaborations, ou élucubrations, menées en Europe par certains penseurs, il n'aurait pas exercé la même séduction intellectuelle.
Des deux côtés de l'atlantique, cependant, cette hégémonie n'a jamais été complète. L'histoire n'a pas de fin, aucune époque n'est parfaitement synchronique, et toute domination trouve ses contrepoids. Contre le nihilisme post-moderne, le katekhon a bien opéré. - Par l'inertie des traditions culturelles et des structures familiales, par un patriotisme imprégné de religiosité et un populisme qui viennent de porter Trump au pouvoir en Amérique, par un mouvement de réaction contre la « moraline » droit-de-l'hommiste qui doit encore trouver en Europe sa traduction politique. Je suis de ceux qui considèrent que la configuration nihilo-mondialiste est morte, dans l'ordre de l'esprit comme dans celui de la matière. Mais le cadavre poursuit ses destructions, comme un zombie. Il faut donc encore en disperser les restes.
Il n'est pas utile en revanche d'entrer dans les subtilités, somme toute bien facultatives, de la déconstruction philosophique. La diversité interne de ses courants, réelle, n'est pas essentielle. Toutes ses variantes sont rassemblées sur la même ligne de front par leurs cibles communes : l'enracinement historique, la substantialité philosophique, la décence morale et, au strict plan politique, les nations dans leur identité et les États dans leur souveraineté. Somme toute, la déconstruction croise les deux principales idéologies soixante-huitardes : le post-marxisme et le libertarisme, qui ont rapidement surmonté leur antagonisme initial. La première peut être représentée par Toni Negri1 dont les « multitudes mondiales », qui succèdent aux classes nationales, ont pour première passion, plus que la lutte anti-capitaliste, de détruire « cette merde d’État-nation2 » (sic…). Quant à l'autre coulée répandue par mai 68, libertaire et « alterolatre », cosmopolite et « autophobe », elle débouche sur la « gauche morale » immigrationniste. C'est elle que j'aborde ici à travers ses maîtres à penser Deleuze, Foucault et Derrida.
Les Américains, qui leur ont offert chaires sur chaires, les ont regroupés avec quelques autres sous le label « French Theory ». Cette faveur renseigne sur leur compte. Si elles touchent par endroits à l’éternité des grandes œuvres d’art, les philosophies majeures restent en effet, pour une part décisive, filles de leur temps. Il n’est pas seulement permis, il est nécessaire de les apprécier d’après leurs patries d'élection. Cette « géolocalisation » devient même indispensable quand une philosophie prétend lutter contre ce qui domine son époque. On pourrait sous ce rapport s’amuser de la popularité intellectuelle dont jouissent les déconstructeurs chez ceux qu’aux États-Unis on appelle liberals : occupant l’aile gauche du parti démocrate, progressistes en matière de mœurs, laissant intacts les piliers du libéralisme économique, ils sont, autrement dit, des libéraux-libertaires. Acteurs majeurs du capitalisme post-moderne dans sa superstructure idéologique, et bénéficiaires de son infrastructure économique, ils ont fait des déconstructeurs français leurs serviteurs érudits - semblables à ces esclaves grecs qui, dans l'antiquité, chapitraient la jeunesse romaine décadente. A cette différence près que ceux-ci entretenaient les fondements de l'histoire européenne que ceux-là veulent terminer. Pour parler « années 1970 », ces philosophes ont été les « valets du capital » post-moderne.
Lus de Berkeley à Columbia, donc, Deleuze, Foucault et Derrida sont les plus célèbres figures de la French theory. Je vais brièvement entourer le foyer commun de leur pensée. Ayant fait litière de la sentence opportuniste d’Heidegger selon laquelle la biographie des penseurs compterait pour rien3, je dirai aussi quelques mots de leurs parcours politiques personnels.
Deleuze forge des concepts puissants, nietzschéens, animés par les forces de l’art et de la vie. Naturaliste, il croit en suivre les croissances dans le « biotope » politique. Ainsi propose-t-il, dans l’Abécédaire qui a tant contribué à populariser sa pensée, la notion de « devenir révolutionnaire ». Une situation devient à ce point insupportable, dit-il, qu’elle cesse dans une explosion de liberté qui déracine les « arbres » - métaphores de tous les ordres oppressifs. Sur cette terre retournée fourmillent alors des « rhizomes » qui désignent dans la botanique deleuzienne d’imprévisibles ramifications libertaires. Car la liberté pousserait là, dans des « flux », entre les « branches », indisciplinée, anarchique, avant que les arbres liberticides reprennent vite et comme fatalement racine. Deleuze constate avec placidité que les révolutions « tournent mal » sans vraiment dire pourquoi, l’oppression lui paraissant devoir « arriver » à la liberté dans une sorte de balancement cosmique.
On ne peut à l'évidence concevoir avec lui un éventuel rôle positif de l’État, ni la valeur de la substance, au sens stoïcien de ce qui dure, tandis qu’on est happé par des flux « désirants ». Flux dont le potentiel consommateur-destructeur habite l’angle mort de cette pensée. Et c’est sans injustice flagrante que le vocabulaire deleuzien du « nomadisme », de la « déterritorialisation » et donc des « flux », se retrouve aujourd’hui dans la langue du capitalisme financier apatride. Et c'est aussi sans surprise qu'il sert à dissoudre par l'immigration l'identité des peuples et, avec elle, leur souveraineté politique. Deleuze, rétif aux rigueurs de la dialectique hégelienne, méprise les points d’arrêts, de repos et de contrainte, autrement dit les institutions indispensables à la liberté collective. Il renvoie ainsi les moments négatifs politiquement nécessaires – coercition, institution, autorité - aux « passions tristes » spinozistes, aux « forces faibles » nietzschéennes, autrement dit aux pathologies de la soumission. Et sa pensée offre l'aspect d’une sorte d'anarcho-naturalisme artiste qui, par constitution, supporte très mal l'épreuve historique. Ne comprenant l'histoire européenne qu'à travers ses grandes œuvres culturelles, il l'ignore superbement comme destin civilisationnel. Pour ceux qui font de ce destin leur combat, Deleuze n'offre que des armes piégées.
Quant à son parcours personnel, on peut y reconnaître une certaine fidélité et une probité stoïcienne. Il a certes cultivé le fétichisme des marges dans le joyeux (?) désordre de l'université de Vincennes, esquivé ensuite les questions embarrassantes sur les conséquences sociales et existentielles du gauchisme, refusé, en somme, de regarder en face le soleil noir de Mai. Mais après avoir embrassé la veine vitaliste de 68, sans jamais y revenir, il n’a jamais personnellement couru après les bénéfices, narcissiques ou matériels, de l’avant-garde.
On lit chez Foucault une prose théorique parfois étincelante, ainsi dans les inoubliables ouvertures de ses deux œuvres maîtresses, Surveiller et punir et Les mots et les choses. On y apprend aussi beaucoup car un corpus de faits - historiques, scientifiques et esthétiques -, donne à chaque proposition essentielle un appui probatoire. Mais en dépit d’une telle volonté positiviste, le concept foucaldien de pouvoir glisse entre les doigts comme l’eau de Thalès : élément universel imprégnant toute chose, il serait à ce point répandu dans les institutions, les discours et les pratiques quotidiennes, qu’il en devient impensable. Avec cette conséquence logique qu’on ne peut échapper à un pouvoir partout oppresseur qu’en se projetant le long de lignes de fuite extraordinaires. Cédant comme Deleuze à l’idolâtrie des marges cultivée par son époque, Foucault réserve ainsi l’expérience de la liberté aux déments, aux criminels, aux parricides, aux transsexuels. Dès lors en effet que l’État (et toutes les institutions qui en émanent) ne serait qu’un pur agent d’oppression, n’importe quoi, à la lettre - du maoïsme aux droits de l’homme en passant par la révolution iranienne -, devient contre lui une ressource envisageable. Ayant bien saisi pourtant le passage des sociétés hiérarchisées « verticales » aux sociétés de contrôle « horizontales », Foucault, tout à sa répugnance pour l’État, n’imagine pas de le mobiliser contre les nouvelles dominations. Quant aux « subjectivations » individuelles dont il entreprend l’histoire originale depuis les Grecs, éprouvant chez eux, sans qu’œuvre ici le hasard, une dilection particulière pour les cyniques, elles se logent aujourd’hui à merveille dans le nouveau capitalisme de consommation. Celui-ci absorbe tous les modes de vie alternatifs dès lors qu'ils ne touchent pas, à travers une pensée rigoureuse et substantielle, au cœur de son réacteur. Il accumule les bénéfices de sa propre critique en y employant une armée de serviteurs « impertinents » (dont la « rebellocratie » du spectacle, selon l'expression de Philippe Murray, occupe au bout de la laisse la tête la plus avancée).
Honnies par le penseur, les institutions de la république ne furent pas si mauvaises mères pour l’universitaire. Il y menait jusqu’en 68 une belle carrière sans vagues, qu’il poursuivit ensuite au Collège de France. Il devient peu après Mai un « compagnon de route » des maoïstes spécialisé dans la question carcérale, avant d’abonder intellectuellement la Révolution islamique iranienne en même temps que, sans solution de continuité, les « nouveaux philosophes » (Deleuze, lui, avait eut le bon goût de les tenir sur-le-champ dans le mépris qui leur revient). Il achève avec eux sa trajectoire en rejoignant le droit-de-l’hommisme4 qui, envahissant le champ politique à partir de la fin des années 70, va former avec l’hédonisme le couple infernal des deux décennies suivantes. Les choses s’aggravent encore post-mortem puisque le principal légataire éditorial de Foucault, François Ewald, allait conseiller, en plus de la Fédération française des sociétés d’assurance, Denis Kessler l’ex-maoïste dirigeant du Medef. Je crois qu’il n’est plus à craindre qu’un jour contre son ambiance apparente, mais conformément à ses lames de fond, le foucaldisme devienne un libéralisme. C'est fait. De son vivant, Foucault avait adopté les uns après les autres les états de la critique institutionnelle, majoritaire, permise et sans risque. A telle enseigne qu’on peut soupçonner son positivisme revendiqué, qui devrait a priori loger sa déontologie dans le respect des faits, d’avoir abrité une sourde servilité au Fait hégémonique s’insinuant, honteuse ou inconsciente d’elle-même, sous la flamboyance des concepts et des poses.
Derrida, enfin. Il livre quelques puissants textes à l’époque de L’écriture et la différence (1967) avant de se fortifier dans l’idée qu’entre le concept et la métaphore, la philosophie et la littérature, les frontières devaient s’effacer au profit de la notion d’« écriture »5 - qui ne peut chez lui, lecture faite, être confondue avec le style. Se plaçant dans le sillage de Heidegger, Derrida entend « dé(cons)truire » l’équation fondamentale du projet philosophique grec : la saisie de l’être des choses par la pensée rationnelle. S’il n’y a pas lieu de soustraire ce projet à la critique, qui est un de ses gestes essentiels, elle n’en épuise sans doute pas toutes les virtualités. On pourrait au risque de passer pour un humble naïf s’attarder un instant, quels dégoût, mélancolie ou consternation que nous inspire le devenir de l’Occident contemporain, sur les plus hautes réalisations du Logos. Il serait donc pour Derrida à déconstruire d’urgence ou, plus subtilement, il connaîtrait une déconstruction interne que la pensée devrait recueillir. Mais alors que Heidegger entendait pour ce faire une Voix « gréco-allemande » plus ancienne que les calculs de la rationalité technicienne, Derrida reçoit son inspiration là, près de lui-même, dans la lettre hébraïque. Et il fait glisser, après Lévinas et tant d'autres intellectuels juifs, la philosophie d’Athènes à Jérusalem. Elle s'y perd sans retour. Dès lors que le monde est supposé échapper au logos qui s’efforce de l’éclairer, qu’il se renferme désormais dans une écriture indéfiniment déchiffrable, on prend en effet le chemin du désert théologique.
Derrida, adoptant assez naturellement le ton de l’Ecclésiaste rabaissant les vains édifices humains, renvoie ainsi les grandes philosophies à leurs impensés, leur logique consciente à ce qu’elle refoule, leurs intentions rationnelles à une lettre qui, « disséminante » et « différante », les déborde parce que l’infini travaille en elle6. Il passe au rouleau compresseur kabbalistique les distinctions sur lesquelles repose la pensée occidentale (cause et effet, substance et accident, sujet et objet, etc.) avec un acharnement formel qui exprime une sorte de haine froide. Dans une telle atmosphère de confusion, on marche à rebours de l’esprit du logos avec ses déterminations habitables. Rien ici ne paraît pouvoir subsister, durer, s’établir ou s’affirmer sinon, peut-être, la figure du philosophe prophète qui semble posséder, lui et lui seul, la consistance du particulier et le magistère de l’universel. Il juge en effet sans bienveillance, en brandissant une Loi aussi absolue que retirée du commun, les œuvres politiques, les cultures et les mondes particuliers des peuples (moins Israël...) qui veulent être quelqu’un dans l’histoire. Restent alors, pour tout solde, un empêchement de pensée et une théologie judaïque de contrebande.
Quand Deleuze s’installe avec ses concepts vivants dans une affirmation sans dialectique, Derrida administre au sens une correction infinie qui, n’affirmant jamais que l’imperfection du monde, porte en chaire un maître de l’obscurité. On passe donc, d’un French theorist à l’autre, du refus libertaire de la dialectique à son engloutissement dans les eaux glacées d’une théocratie négative. Pour un résultat somme toute équivalent : partageant les mêmes hostilités - métaphysique contre la substance, politique contre la nation-, ils ligotent la philosophie au cosmopolitisme des droits de l'homme.
Derrida s’est montré publiquement plus discret que Foucault. Jouissant dans l’université française d’une marginalité confortable, il empile les chaires américaines, soutient les dissidents tchèques, rentre en 1995 au comité de soutien à Lionel Jospin, duquel il s’éloigne en 2002 parce qu’il juge sa politique d’immigration impitoyable... Il accomplit en définitive le parcours sans faute d’une grande conscience de gauche pétitionnaire – Antigone séfarade d’amphithéâtre contre les méchants Créon d’État - qui ne se risque sur le champ de bataille qu'abrité sous le Paraclet du droit naturel cosmopolitique.
A moins de croire à la stratégie du cheval de Troie, douteuse en général, il faut bien se rendre à l’évidence : ces pensées sont à tel point aspirées par les pôles du monde capitaliste « post-moderne », qui mêle hédonisme et juridisme, qu’elles sont impropres à en combattre les toxines. Pire, elles les répandent. Émasculant intellectuellement la capacité politique des peuples, la déconstruction méprise l’État et la Nation - l’acteur du pouvoir et sa source légitime – au profit de résistances introuvables. Par la Nature chez Deleuze, par les Faits avec Foucault, par la Loi aux termes de Derrida, on finit par perdre la mesure dans les choses, l’autorité des faits vacille et l’esprit des lois devient impensable. En pourchassant avec les gauchistes sa configuration patriarcale, nationale et industrielle, ils ont prêté leurs amples pensées à l’ennemi capitaliste qui, disais-je, passait avec eux au stade puéril, mondial et consumériste. A travers leurs cas particuliers le magistère de 68 est en cause, avec son « héritage impossible7 ».
Les French theorists déconstruisent, critiquent ou subvertissent les catégories de la tradition philosophique occidentale. Mais le poids des choses contrarie sans cesse leur prétention avant-gardiste de dépasser par la pensée ce qui, dans cette tradition, abrite les conditions d’un monde habitable. Même quand ils l’abordent plus humblement, la logique même de leur pensée leur fait maltraiter l’histoire. « Post-modernes », ils ne cherchent dans leur époque, et donc n’y trouvent, que des dates de péremption, frissonnant de plaisir à chaque acte de décès qu’ils croient pouvoir prononcer. En réalité, complaisamment postés partout où le « vieux monde » est déjà mort, ils ne conjurent que des menaces révolues en s'aveuglant avec métier sur les dangers présents.
Qu’on me comprenne bien : je ne pointe pas ici le retard sur le Temps des intellectuels en question. Non, je suis tout au contraire frappé par leur collusion avec le capitalisme dont ils semblent instruire la critique. S’ils étaient « inactuels » ou « intempestifs », ils joueraient du marteau nietzschéen. S’ils surmontaient leur époque, ils suivraient le totem des philosophes selon Hegel, « chouettes de Minerve prenant leur envol au crépuscule ». Bref, s’ils pensaient leur époque en s’écartant d’elle, pour la subvertir, la surmonter ou la dépasser, ils rempliraient le rôle moderne auquel ils prétendent. Mais, épousant la trajectoire du 68 des élites, ils sont passés d’une révolution libertaire parlant marxiste au « droit de l’hommisme » antiraciste millésimé « années 80 ». Via, donc, les universités américaines. Mais ils subissent aujourd'hui, le temps de leur splendeur passé, le retour d'une logique implacable : à force d’ignorer les permanences au fond des choses pour se précipiter à l’avant-garde de la critique de la domination, on est irrémédiablement condamné à épouser les formes que la domination prescrit à sa critique.
C'est au fond le vieux Jacques Duclos qui avait raison. Dans un opuscule paru dès l'été 19688, le dirigeant stalinien mettait en garde contre les descendants de Bakounine jetant des pierres au quartier latin. Ces gauchistes, avertissait-il, propagent un désastreux « amorphisme » révolutionnaire : leur haine des formes, des mœurs et des institutions, les condamne à définir la liberté comme une pure négation ou, ce qui revient au même, comme un pur plastique. « Détruire c’est créer » disait ainsi Bakounine, l’éternel adolescent.
Aux aurores de la modernité, Descartes avait pressenti les audaces
terribles qui s’ouvraient devant la volonté infinie, illimitée et
prométhéenne à laquelle la science nouvelle faisait découvrir sa
puissance. Puissance qui pourrait s’exercer non seulement contre une
tradition intellectuelle imparfaite mais aussi, et c’était la crainte de
Descartes, contre tous les ordres moraux et politiques. Ainsi ne
cesse-t-il dans le Discours de la méthode de mettre en garde contre une
extension « démocratique » du doute radical qu’il pratique dans le
domaine de la connaissance pure. De la grandeur inquiète de ces
commencements, nous sommes passés au gauchisme de consommation «
post-soixante-huitard ». S’il recule dans le passé, il continue
d’irradier notre présent comme une strate géologique recouverte mais
encore active.
Depuis quarante ans, la liberté moderne échoue ainsi sur une plage
artificielle qui, après 68, a recouvert les durs, les vertueux pavés «
gaullo-communistes ».
Un haïssable petit « moi » s'y agite, formant des pâtés capricieux, qui exige, revenu à la maison, de consommer sans ranger sa chambre. Bientôt père en rollers chantonnant Vincent Delerm, il n’hésite pas à porter des dreads-locks qui, bien acceptées dans son « job », aggravent son cas devant l’Éternel juge de tous les styles. Il prend avec l’âge l'aspect d’un vieux poupon arrogant et vagissant, réclamant l'air méchant de jouir encore et encore, et qui, gênant, tout le monde, ressemble trait pour trait à Dany Cohn-Bendit... Mais Cohn-Bendit va mourir bientôt, son monde est en phase terminale, et la déconstruction restera dans l'histoire de la pensée européenne comme le symptôme d'une dépression passagère. Le réalisme politique, la décence éthique et la consistance philosophique ont commencé leur insurrection. Mais c'est une autre histoire. Elle s'ouvre devant nous.
Quand la CIA étudiait la French theory : sur le travail intellectuel de démembrement de la gauche culturelle

Dans une analyse fouillé G Rockhill rappelle que la lutte des classes se conduit aussi politiquement sur le terrain intellectuelle. Montrant, date et fait à l’appui comment la CIA est intervenu de façon massive, notamment financière pour occuper la sphère intellectuel.
Cet article montre églament l’importance du combat linguistique et culturel, que nombre d’intellectuels de très bonne foi considèrent comme une fantaisie ou pire parfois comme une marotte « nationaliste »
Par Gabriel Rockhill – Le 28 février 2017 – Source The Philosophical Salon
On présume souvent que les intellectuels ont peu ou pas de pouvoir politique. Perchés au sommet d’une tour d’ivoire privilégiée, déconnectés du monde réel, mêlés à des débats académiques dénués de sens sur des détails infimes, ou flottant dans les nuées absconses de théories abstraites, les intellectuels sont souvent dépeints comme non seulement coupés de la réalité politique, mais comme incapables d’avoir un impact significatif sur elle. Ce n’est pas ce que pense la CIA.
En fait, l’agence responsable de coups d’État, d’assassinats ciblés et de manipulations clandestines des gouvernements étrangers ne croit pas seulement au pouvoir de la théorie, mais elle a consacré des ressources importantes pour qu’un groupe d’agents secrets étudient ce que certains considèrent comme la théorie la plus complexe et absconse jamais produite. En effet, dans un article de recherche intrigant écrit en 1985, et récemment publié avec des retouches mineures en raison du Freedom of Information Act, la CIA révèle que ses agents ont étudié la très complexe, avant-gardiste et internationale French theory, [ou théorie de la déconstruction, NdT] adossée aux noms de Michel Foucault, Jacques Lacan et Roland Barthes.
L’image d’espions américains se réunissant dans des cafés parisiens pour étudier assidûment et comparer leurs notes sur les écrits des grands prêtres de l’intelligentsia française choquera ceux qui présument que ce groupe d’intellectuels est constitué de sommités dont la sophistication éthérée ne pourrait jamais être saisie par un filet aussi grossier, ou qui, au contraire, les considèrent comme des charlatans colportant une rhétorique incompréhensible sans impact sur le monde réel ou presque. Cependant, cela ne devrait pas surprendre ceux qui connaissent l’investissement de la CIA, ancien et permanent, dans la guerre culturelle mondiale, y compris par le soutien à ses formes les plus avant-gardistes, qui a été bien documenté par des chercheurs comme Frances Stonor Saunders, Giles Scott-Smith, Hugh Wilford (et j’ai moi-même apporté ma propre contribution dans Radical History & the Politics of Art).
Thomas W. Braden, l’ancien superviseur des actions culturelles à la CIA, a expliqué avec franchise la puissance de l’offensive intellectuelle de l’Agence dans un compte rendu à destination de ses membres, publié en 1967 :
Je me souviens de l’immense joie que j’ai ressentie lorsque le Boston Symphony Orchestra [qui avait reçu l’appui de la CIA] a recueilli plus d’éloges pour les États-Unis à Paris que John Foster Dulles ou Dwight D. Eisenhower n’aurait pu en obtenir en une centaine de discours.
En aucune façon, il ne s’agissait d’une petite opération à la marge. En fait, comme Wilford l’a fort justement décrit, le Congrès pour la liberté de la culture (CCF), dont le siège social se trouvait à Paris et qui s’est par la suite avéré une organisation de façade de la CIA dans la partie culturelle de la guerre froide, était l’un des plus importants mécènes dans l’histoire universelle. Il soutenait une incroyable gamme d’activités artistiques et intellectuelles. Il avait des bureaux dans 35 pays, publiait des dizaines de magazines de prestige, était impliqué dans l’industrie du livre, organisait des conférences internationales de haut niveau ainsi que des expositions d’art, coordonnait des spectacles et des concerts et contribuait largement au financement de divers prix et bourses culturels, ainsi que d’organismes de soutien comme la Fondation Farfield.
La CIA comprend que la culture et la théorie sont des armes cruciales dans l’arsenal global qu’elle déploie pour protéger les intérêts étasuniens dans le monde entier. Le rapport de recherche de 1985, récemment publié, intitulé « France : Defection of the Leftist Intellectuals » (Défection des intellectuels de gauche en France) examine, sans aucun doute pour la manipuler, l’intelligentsia française et son rôle fondamental dans l’orientation des tendances qui à leur tour génèrent les orientations politiques. Le rapport suggère qu’il a existé un équilibre idéologique relatif entre la gauche et la droite dans l’histoire intellectuelle française, puis souligne le monopole de la gauche dans l’immédiat après-guerre (auquel, nous le savons, l’Agence était farouchement opposée) en raison du rôle clé des communistes dans la résistance au fascisme et de leur victoire finale. Bien que la droite, selon les mots de la CIA, ait été massivement discréditée en raison de sa contribution directe aux camps nazis, ainsi que de son programme globalement xénophobe, anti-égalitaire et fasciste, les agents secrets anonymes qui ont rédigé le plan d’étude constatent avec un vif plaisir son retour intellectuel depuis le début des années 1970 environ.
Plus précisément, les soldats camouflés de la culture applaudissent ce qu’ils considèrent comme un double mouvement qui contribue à ce que les cercles intellectuels détournent leurs critiques des États-Unis vers l’URSS. A gauche, il existait une désaffection intellectuelle croissante envers le stalinisme et le marxisme, un retrait progressif des intellectuels radicaux du débat public, et un mouvement théorique de prise de distance envers le socialisme et le Parti socialiste. Plus loin, à droite, les opportunistes idéologiques appelés Nouveaux philosophes ainsi que les intellectuels de la Nouvelle droite avaient lancé une campagne médiatique de critique du marxisme.
Tandis que d’autres tentacules de la CIA étaient impliqués dans le renversement de dirigeants démocratiquement élus, fournissant des informations et des financements à des dictateurs fascistes, soutenant les escadrons de la mort, l’état-major culturel parisien recueillait des données sur la manière dont le glissement du monde intellectuel vers la droite pourrait directement bénéficier à la politique étrangère américaine. Les intellectuels de gauche de l’après-guerre avaient ouvertement critiqué l’impérialisme américain. L’influence médiatique de Jean-Paul Sartre en tant que critique marxiste, et son action notable, en tant que fondateur de Libération, dans le dévoilement du dirigeant de la CIA à Paris ainsi que de dizaines d’agents infiltrés, étaient surveillées de près par l’Agence et considérées comme un très grave problème.
Par contraste, l’atmosphère anti-soviétique et anti-marxiste de l’ère néolibérale en cours d’émergence détournait l’attention du public et fournissait une excellente couverture pour les sales guerres de la CIA en rendant « très difficile pour quiconque de mobiliser parmi les élites intellectuelles une opposition significative à la politique des États-Unis en Amérique centrale, par exemple. » Greg Grandin, un des meilleurs historiens de l’Amérique latine, a parfaitement résumé cette situation dans The Last Colonial Massacre :
En plus des interventions visiblement désastreuses et mortelles au Guatemala en 1954, en République dominicaine en 1965, au Chili en 1973 et au Salvador et au Nicaragua au cours des années 1980, les États-Unis ont attribué des ressources financières stables et discrètes, et leur soutien moral aux États terroristes contre-insurgés. […] Mais l’énormité des crimes de Staline assure que ces histoires sordides, qu’elles soient convaincantes, approfondies, ou accablantes, ne perturbent pas le fondement d’une vision du monde où le les États-Unis jouent un rôle exemplaire dans la défense de ce que nous appelons aujourd’hui démocratie.
C’est dans ce contexte que les mandarins masqués saluent et soutiennent la critique implacable qu’une nouvelle génération de penseurs anti-marxistes comme Bernard-Henri Levy, André Glucksmann et Jean-François Revel lancent contre « la dernière clique d’intellectuels communistes » composée, selon les agents anonymes, de Sartre, Barthes, Lacan et Louis Althusser. Étant donné que ces anti-marxistes avaient penché à gauche dans leur jeunesse, ils fournissaient un modèle parfait auquel adosser des récits trompeurs qui confondent une prétendue prise de conscience politique personnelle avec la marche progressiste du temps, comme si la vie individuelle et l’histoire étaient simplement une question de maturité qui consiste à admettre que l’aspiration à une profonde transformation sociale vers l’égalité est une chose du passé, à l’échelle personnelle et à l’échelle historique. Ce fatalisme condescendant et omniscient ne sert pas seulement à discréditer les nouveaux mouvements, en particulier ceux dirigés par des jeunes, mais il interprète également les succès relatifs de la répression contre-révolutionnaire comme le progrès naturel de l’histoire.
Même les théoriciens qui n’étaient pas aussi opposés au marxisme que ces réactionnaires ont apporté une contribution significative à une atmosphère de désillusion envers l’égalitarisme transformateur, de prise de distance envers la mobilisation sociale et d’« enquête critique » dépourvue de point de vue politique radical. Ceci est extrêmement important pour comprendre la stratégie globale de la CIA dans ses tentatives puissantes et profondes de démanteler la gauche culturelle en Europe et ailleurs : reconnaissant qu’il était peu probable qu’on puisse l’abolir entièrement, la CIA a cherché à déplacer la culture de gauche d’une politique anti-capitaliste et résolument transformatrice vers une position réformiste de centre-gauche moins ouvertement critique des politiques étrangères et nationales étasuniennes. En fait, comme Saunders l’a démontré en détail, dans l’après-guerre l’Agence a influencé le Congrès maccarthyste pour qu’il soutienne et assure une promotion directe des projets de gauche qui permettaient d’attirer les producteurs et les consommateurs culturels à l’écart d’une gauche résolument égalitaire. En isolant et en discréditant cette dernière, la CIA aspirait aussi à fragmenter la gauche en général, laissant à ce qui restait du centre gauche un pouvoir et un soutien public minimaux en plus d’être potentiellement discrédité en raison de sa complicité avec la politique de droite, une question qui continue de tourmenter les partis institutionnalisés contemporains de gauche.
C’est dans cette lumière que nous devons comprendre le penchant de la CIA pour les récits de conversion et son profond intérêt pour les « marxistes repentis », un leitmotiv qui traverse le rapport de recherche sur la Déconstruction française. « Encore plus efficaces pour saper le marxisme », écrivent les taupes, « il y a ces intellectuels qui, comme de vrais croyants, se sont mis en tête d’appliquer la théorie marxiste aux sciences sociales, et qui ont fini par repenser et rejeter l’ensemble du corpus théorique. » Les agents citent en particulier la puissante contribution de l’École des Annales d’historiographie et le structuralisme (en particulier Claude Lévi-Strauss et Foucault) à la « démolition critique de l’influence marxiste dans les sciences sociales ». Foucault, identifié comme « le penseur le plus profond et le plus influent en France », est particulièrement applaudi pour ses éloges à l’endroit des intellectuels de la Nouvelle droite pour avoir rappelé aux philosophes que des « conséquences sanglantes » ont « découlé de la théorie sociale rationaliste des Lumières du XVIIIème siècle et de l’ère révolutionnaire ». Bien sûr, ce serait une erreur de juger la théorie ou la pratique politique d’un penseur sur une seule position ou un seul résultat, mais le gauchisme anti-révolutionnaire de Foucault et sa perpétuation du chantage au Goulag (c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle les mouvements radicaux conquérants visant une transformation sociale et culturelle profonde ne font que ressusciter les traditions les plus dangereuses), sont parfaitement alignés avec les stratégies globales de guerre psychologique de l’Agence.
L’interprétation de la French theory par la CIA devrait nous faire réfléchir, dans ce cas, à reconsidérer le vernis radical chic qui a accompagné en grande partie sa réception anglophone. Selon une conception étapiste d’une histoire progressiste (généralement aveugle à sa téléologie implicite), l’œuvre de figures comme Foucault, Derrida et d’autres théoriciens français d’avant-garde est souvent intuitivement associée à une forme de critique radicale et sophistiquée qui dépasse sans doute de loin tout ce que l’on trouve dans les traditions socialistes, marxistes ou anarchistes. Il est certainement vrai, et mérite d’être souligné que la réception anglophone de la French theory, comme John McCumber l’a souligné à juste titre, a eu d’importantes implications politiques en tant que pôle de résistance aux fausses neutralités politiques, aux formalismes techniques rassurants de la logique et du langage, ou au conformisme idéologique direct opérant dans la tradition philosophique anglo-américaine et soutenu par McCarthy. Cependant, les pratiques théoriques des philosophes qui ont tourné le dos à ce que Cornelius Castoriadis nommait la tradition de la critique radicale, (c’est-à-dire la résistance capitaliste et anti-impérialiste) ont certainement contribué à la mise à l’écart idéologique de la matrice de transformation sociale. Selon la CIA elle-même, la French theory post-marxiste a directement contribué au programme culturel de l’Agence consistant à entraîner la gauche vers la droite, tout en discréditant l’anti-impérialisme et l’anti-capitalisme, créant ainsi un environnement intellectuel dans lequel les projets impériaux pourraient être poursuivis sans l’entrave d’un examen critique sérieux des cercles intellectuels.
Comme nous le savons grâce aux recherches sur le programme de guerre psychologique de la CIA, l’organisation n’a pas seulement cherché à contraindre des individus, mais elle a toujours voulu comprendre et transformer les institutions de production et de distribution culturelles. En effet, son étude sur la Déconstruction met en évidence le rôle structurel des universités, des maisons d’édition et des médias dans la formation et la consolidation d’un ethos politique collectif. Dans des descriptions qui, comme le reste du document, devraient nous inviter à penser de manière critique à la situation académique actuelle dans le monde anglophone et au-delà, les auteurs du rapport mettent au premier plan les méthodes par lesquelles la précarisation du travail universitaire contribue à la démolition de la gauche radicale. Si la gauche la plus résolue ne peut pas se procurer les moyens matériels nécessaires à l’exécution de son travail, ou si nous sommes plus ou moins subtilement contraints de nous plier à une conformité pour trouver un emploi, publier nos écrits ou acquérir un auditoire, alors les conditions structurelles pour une communauté de gauche radicale sont affaiblies. La professionnalisation de l’enseignement supérieur est un autre outil utilisé à cette fin, puisqu’il vise à transformer les gens en rouages technoscientifiques de l’appareil capitaliste plutôt qu’en citoyens autonomes pourvus d’outils fiables en vue de la critique sociale. C’est pourquoi les mandarins théoriciens de la CIA font l’éloge des efforts déployés par le gouvernement français pour « pousser les étudiants à suivre des cursus de commerce et de technologie ». Ils soulignent également les contributions de grandes maisons d’édition comme Grasset, des médias ainsi que la vogue de la culture américaine pour faire avancer leur matrice post-socialiste et anti-égalitaire.
Quelles leçons pouvons-nous tirer du document, en particulier dans le contexte politique actuel d’une offensive permanente contre les cercles de l’intelligence critique ? Pour commencer, cette enquête devrait être un rappel convaincant que si certains présument que les intellectuels sont impuissants, et que leurs orientations politiques sont impuissantes, ce n’est pas ce que pense l’organisation qui a été l’un des plus puissants courtiers de puissance dans la politique mondiale contemporaine. La Central Intelligence Agency, comme son nom l’indique ironiquement, croit au pouvoir de l’intelligence et de la théorie, et nous devrions prendre cela très au sérieux. En présumant que le travail intellectuel a peu d’influence sur le « monde réel », ou n’en a pas, nous ne nous bornons pas à dénaturer les implications pratiques du travail théorique, nous courons aussi le risque de nous aveugler dangereusement sur des projets politiques pour lesquels nous pouvons facilement devenir les ambassadeurs involontaires. Même s’il est vrai que l’Etat-nation et l’appareil culturel français fournissent une matrice publique beaucoup plus efficace pour les intellectuels que ce que l’on trouve dans de nombreux autres pays, le souci de la CIA de cartographier et de manipuler la production théorique et culturelle partout ailleurs devrait tous nous réveiller.
Deuxièmement, les courtiers de pouvoir actuel ont un intérêt direct à cultiver des cercles intellectuels dont l’acuité critique aura été assombrie ou aveuglée en encourageant les institutions fondées sur les intérêts des affaires et de la techno-science, en assimilant la gauche à l’anti-scientifisme, en mettant en corrélation la science avec une neutralité politique prétendue (mais fausse), en assurant la promotion de médias qui saturent les ondes de pratiques conformistes, en tenant la gauche la plus déterminée à l’écart des grandes institutions universitaires et des projecteurs, et en discréditant tous les appels à une transformation égalitaire et écologique radicale. Idéalement, ils cherchent à nourrir une culture intellectuelle de gauche neutralisée, immobilisée, apathique et limitée au fatalisme, ou à la critique passive des mobilisations de la gauche radicale. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pourrions considérer l’opposition intellectuelle à la gauche radicale, qui prédomine dans l’université américaine, comme une position politique dangereuse : n’est-elle pas directement complice du programme impérialiste global de la CIA ?
Troisièmement, pour contrer cette offensive institutionnelle contre une culture de gauche affirmée, il est impératif de résister à la précarisation et à la professionnalisation de l’enseignement. Il est tout aussi important de créer des sphères publiques de débat réellement critique, offrant une matrice élargie à ceux qui reconnaissent qu’un autre monde est non seulement possible, mais est nécessaire. Nous devons aussi nous unir pour contribuer aux médias alternatifs, aux modèles d’éducation différents, aux contre-institutions et aux collectifs radicaux. Il est vital de favoriser précisément ce que les combattants secrets de la culture veulent détruire : une culture de gauche radicale et son vaste cadre institutionnel de soutien, un large ancrage public, une puissance médiatique conquérante et un pouvoir de mobilisation contagieux.
Enfin, les intellectuels du monde devraient s’unir pour reconnaître notre pouvoir et le saisir afin de faire tout ce que nous pouvons pour développer une critique systémique et radicale, égalitaire et écologiste, anti-capitaliste et anti-impérialiste. Les positions que l’on défend en cours ou en public sont importantes pour définir les termes du débat et tracer le champ des possibilités politiques. En opposition directe à la stratégie culturelle fragmentaire et polarisante de la CIA, par laquelle l’Agence a cherché à diviser et isoler la gauche anti-impérialiste et anti-capitaliste, tout en l’opposant à des positions réformistes, nous devrions fédérer et mobiliser en reconnaissant l’importance de travailler ensemble (dans toute la gauche, comme Keeanga-Yamahtta Taylor nous l’a rappelé récemment) pour cultiver les conditions d’une intelligentsia réellement critique. Plutôt que de proclamer ou de déplorer l’impuissance des intellectuels, nous devrions exploiter la capacité de dire les mots justes au pouvoir en travaillant ensemble et en mobilisant notre capacité à créer collectivement les institutions nécessaires à un monde de gauche culturelle. Car c’est seulement dans un tel monde, et dans les chambres d’écho de l’intelligence critique qu’il génère, que les vérités énoncées pourraient effectivement être entendues, et ainsi changer les structures mêmes du pouvoir.
Luces y sombras en el “Homenaje a Cataluña” (y II)
Paul Preston
Antes de que los sucesos de Barcelona en 1937 se produjeran, las tensiones políticas y sociales llevaban meses encrespándose. Cuando Orwell llegó a la Ciudad Condal a finales de diciembre de 1936 la Generalitat ya estaba tratando de recuperar los poderes que los grupos revolucionarios detentaban y que eran responsables del caos económico y de numerosas atrocidades. Con todo, Orwell se sintió sumamente estimulado por lo que vio de lo que quedaba de las transformaciones a raíz del mes de julio. Registró sus impresiones en uno de sus párrafos más famosos: “Era la primera vez que yo pisaba una ciudad donde estaban al mando los obreros. Habían requisado casi todos los edificios y los habían tapizado de banderas rojas o con la bandera roja y negra de los anarquistas; habían pintado la hoz y el martillo y las iniciales de los partidos revolucionarios en todas las paredes; habían saqueado casi todas las iglesias y quemado las imágenes. Aquí y allá había cuadrillas de obreros demoliendo sistemáticamente los templos. En todas las tiendas y cafés había una inscripción que advertía de que los habían colectivizado; incluso habían colectivizado a los limpiabotas que habían pintado sus cajones de rojo y negro (…) Y lo más extraño de todo era el aspecto de la gente. A juzgar por su apariencia exterior, aquella era una ciudad donde las clases acomodadas habían dejado de existir. A excepción de unas pocas mujeres y de algunos extranjeros, no había gente “bien vestida”. Casi todo el mundo llevaba tosca ropa de trabajo, monos azules o alguna variante del uniforme de la milicia. Era extraño y conmovedor. Había muchas cosas que se me escapaban y que en cierto modo no acababan de gustarme, pero en el acto comprendí que era una situación por la que valía la pena luchar”[37].

La alusión de Orwell a que nadie iba vestido que no fuera ropa de trabajo fue una exageración total. Las imágenes cinematográficas que se conservan del funeral de Buenaventura Durruti el 22 de noviembre de 1936 muestran que, entre las decenas de millares de asistentes, los hombres sin sombrero estaban en minoría y que la mayor parte llevaban chaqueta, corbata y sombreros[38]. En enero de 1937 Orwell no se dio cuenta de hasta qué punto la Generalitat estaba en conflicto con los anarquistas y el POUM. Tampoco era consciente de la escala de violencia gratuita que había ido pareja con la revolución social. En comparación el sociólogo austríaco Franz Borkenau, tras haber visto en agosto de 1936 la Barcelona revolucionaria, anotó en septiembre en su diario: “en contraste con agosto la ciudad está vacía y tranquila; la fiebre revolucionaria se marchita (…) En agosto era peligroso llevar un sombrero: a nadie le preocupa llevarlo hoy”[39].
El libro de Borkenau lo reseñó Orwell entusiásticamente en julio de 1937 cuando empezó a escribir Homenaje a Cataluña en donde se refirió afirmando que se trataba “con gran diferencia, es el mejor libro que ha aparecido hasta ahora sobre la guerra de España”[40]. En realidad, numerosas fuentes confirman la narración de Borkenau y sugieren que la de Orwell, en lo que se refiere a la atmósfera revolucionaria en enero de 1937, contiene un elemento de “wishful thinking”. Lo que él vio de su ausencia en la primavera tardía de 1937 lo achacó a la Generalitat o a los comunistas[41]. En realidad, no todos los trabajadores creían en la revolución. Lo cierto es que los sindicatos se habían visto inundados por nuevos adherentes que simplemente trataban de oscurecer sus opiniones políticas previas o buscaban acceso a las cocinas, alojamiento o tratamientos en hospitales colectivizados. Incluso para eludir el servicio militar. El número de miembros de la CNT ascendió de, aproximadamente, los 175.000 de antes de la guerra a cerca de un millón. No faltaron quienes se aprovecharon de la nueva situación para trabajar menos y obtener salarios más elevados. La Generalitat había aceptado pagar salarios por los días perdidos a causa de la revolución. Sin embargo, lo que se pensó sería una medida temporal se convirtió en permanente y toda una serie de consejos de fábrica continuaron recibiendo dinero sin producir nada. Los ruegos de muchos funcionarios sindicales en pos de trabajar más y hacer sacrificios se ignoraron con frecuencia. Se hizo normal no pagar las facturas de gas y electricidad. En la calle, las distinciones de clase volvieron a hacer acto de aparición. Como reacción a la apatía y el absenteísmo los líderes cenetistas mostraron mucha mayor simpatía en favor del control gubernamental[42].
La tensión creciente con que se topó Orwell cuando volvió a visitar Barcelona en abril de 1937 no era la consecuencia de la malevolencia comunista, sino que se había exacerbado exponencialmente por los sufrimientos económicos y sociales causados por la guerra. Hacia diciembre de 1936 la población de Cataluña se había incrementado por la llegada de 300.000 refugiados. Esto suponía un diez por ciento de la población de la región y probablemente un 40 por ciento de la población de la propia Barcelona. Tras la derrota republicana de Málaga en febrero de 1937 los números se dispararon. Las tensiones ocasionadas por la búsqueda de alojamiento y manutención de los nuevos llegados hicieron más amargos todavía los conflictos preexistentes. Hasta diciembre 1936, período en el cual la CNT había controlado los abastecimientos, la solución había estribado en requisicionar alimentos para los cual se impusieron precios artificialmente bajos. Esto provocó carencias e inflación ya que los agricultores resistieron acumulando subsistencias y vendiéndolas en el mercado negro.
A mitad de diciembre, el partido comunista catalán (el PSUC) que tenía un fuerte apoyo en las clases rurales y media urbana asumió el control de abastos y puso en práctica un enfoque más acorde con las reglas del mercado. Esto enfureció a los anarquistas, pero tampoco resolvió el problema. Cataluña necesitaba importar alimentos, pero carecía de divisas para pagarlos. Hubo motines de subsistencias en Barcelona al igual que choques armados entre la CNT-FAI y el PSUC para controlar las tiendas de ultramarinos[43]. El presidente de la Generalitat Lluís Companys se encontraba ya en una deriva de colisión con la CNT. Decidido a poner fin a los excesos anarquistas ya había reestablecido la policía convencional en octubre[44]. Es más, en el interés del esfuerzo de guerra Companys deseaba ardientemente controlar las actividades industriales.

Los deseos de Companys con respecto a todas estas cuestiones se vieron apoyados firmemente por el PSUC que en los últimos meses de 1936 ya se agitaba para sacar al POUM del gobierno catalán. Al igual que el presidente de la Generalitat los dirigentes del PSUC creían que las llamadas poumistas en favor de un frente común revolucionario con la CNT perjudicaban al esfuerzo bélico. Además, el POUM era un objetivo a batir para los comunistas porque si bien sus teorías no eran estrictamente trotskistas era fácil presentarlas como tales. El 12 de diciembre de 1936 el secretario general del PSUC Joan Comorera provocó una crisis de gobierno exigiendo la sustitución del líder poumista Andreu Nin de su puesto de consejero de Justicia de la Generalitat. Comorera afirmó que el POUM, con sus críticas públicas del juicio y ejecución de los viejos bolcheviques Kamenev y Zinoviev lo que hacía era atacar al único aliado potente de la República, es decir, la Unión Soviética. Con ello se hacía culpable del delito de traición[45].
El cónsul general soviético en Barcelona, Vladimir Antonov-Ovseenko, dijo a Companys que la continuación de la ayuda soviética exigía la eliminación de los obstáculos que se interponían en el desarrollo de un esfuerzo de guerra continuado. Ante la inminencia de un suministro de armas y de una crisis de subsistencias en el horizonte, Companys se mostró de acuerdo y Nin fue separado del gobierno en una modificación del mismo que tuvo lugar el 16 de diciembre[46]. Companys puso a Comorera al frente de abastos como primera medida para retornar a un sistema de mercado. Era solamente una cuestión de tiempo el que se abriera con toda claridad un conflicto entre los comités cenetistas y el POUM por un lado y el partido de Companys por otro, la Esquerra Republicana de Catalunya[47].
Animado por Antonov-Ovseenko el PSUC denunció al POUM como nido de “espías fascistas” y “agentes trotskistas”, demandando su exterminación[48]. Sin embargo, la hostilidad a los izquierdistas anti-estalinistas no era solo una manifestación de la paranoia soviética. Existía una convicción creciente entre los republicanos, socialistas, comunistas y numerosos observadores extranjeros de que los anarquistas catalanes no estaban del todo comprometidos con el esfuerzo de guerra. Elementos de la CNT habían importado y almacenado armas en Barcelona en previsión del día en el que pudieran realizar su revolución[49]. A mitad de marzo varios centenares de anarquistas que se habían opuesto a la militarización de las milicias abandonaron el frente en Gelsa (Zaragoza) y se marcharon con sus armas a la capital de Cataluña. Inspirados por el extremista catalán, el separatista Jaume Balius Mir, se enfrentaron a la participación de los líderes de la CNT en el gobierno central, aspirando a crear una vanguardia revolucionaria. El 17 de marzo formaron un grupo denominado “los amigos de Durruti” y en unas cuantas semanas reclutaron a cinco mil cenetistas. Incluso el anarquista ministro de Justicia Juan García Oliver consideró que Balius estaba loco de atar. Orwell presenta, tranquilamente, a este grupo como si fuese muy pequeño y “abiertamente hostil” al POUM, a pesar del hecho de que la nueva organización había sido saludada por Andreu Nin con todo entusiasmo[50]. Aparte de ello los rusos, después de la caída de Málaga, y sobre todo el nuevo delegado de la Komintern, recién llegado, “Boris Stepanov”, creían que había habido sabotajes y traición. Inevitablemente esto hizo que a los “trotskistas” locales del POUM se los colocara bajo la luz de los focos.
Al usar de su influencia para insistir en la necesidad de abandonar los experimentos en la industria y especialmente entre los campesinos los soviéticos se hicieron eco de una oposición social muy vibrante y generada endógenamente contra la política del POUM y de la CNT, especialmente entre los campesinos con pequeñas parcelas que constituían uno de los apoyos del PSUC. Dada la crítica subversiva que el POUM dirigía contra el esfuerzo de guerra republicano y el despliegue de su milicia en uno de los frentes menos importantes resultó casi inevitable que sus unidades se vieran privadas de armamento. Orwell y otros se quejaron de que las unidades del POUM tenían que contentarse con uniformes zarrapastrosos, malos equipos y suministros insuficientes de alimentos y municiones. Sin embargo, tales quejas también se producían en frentes mucho más activos que el que Orwell conoció y eran la consecuencia de carencias reales y no de discriminaciones políticas.
Es más, Orwell aludió con satisfacción a que en Barcelona “los trabajadores habían conseguido armas y se negaron a devolverlas. (Incluso un año después se calculaba que los anarcosindicalistas catalanes tenían en su poder más de treinta mil fusiles)”. Más tarde admitió que, tras los hechos de mayo, “se requisaron un montón de armas en los reductos de la CNT, aunque no me cabe duda de que consiguieron esconder muchas”[51]. Además, Orwell en agosto de 1937 hizo una acusación grave de carácter general al afirmar que “un gobierno que envía a muchachos de quince años al frente con fusiles de cuarenta de antigüedad y conserva los hombres de más edad y las armas más nuevas en la retaguardia está, evidentemente, más asustado de la revolución que de los fascistas”. Una opinión similar la expresó también Ricardo Sanz, líder de la Columna Durruti después de noviembre de 1936[52]. No obstante, Diego Abad de Santillán, un prominente intelectual anarquista y consejero por la CNT de Economía en la Generalitat, escribió en 1940 que a pesar de lo furioso que estaba Durruti los grupos revolucionarios tenían 60.000 fusiles en Barcelona, dos veces la cantidad de los que disponían las columnas en el frente de Aragón. En la Ciudad Condal se negaron a entregarlos o a ir a luchar al frente[53].
Teniendo en cuenta el bajísimo nivel que Orwell ocupaba en la milicia del POUM inevitablemente no veía la gran escena en lo que se refería a abastos, el esfuerzo de guerra y la situación internacional. En Homenaje a Cataluña hizo toda una serie de comentarios muy ingenuos y que dieron el pego a sus posteriores lectores. En particular, aunque siempre se mostró muy dispuesto a criticar al PSUC, también vio con gafas de color de rosa el comportamiento de los anarquistas en general que le impidieron tomar conciencia de las lamentables consecuencias de las acciones de grupos militantes tales como los Amigos de Durruti. Nunca pareció darse cuenta de que una parte muy importante de los líderes de la CNT, habiendo aceptado participar en el gobierno republicano en noviembre de 1936, estaban muy dispuestos a aceptar la prioridad a dar al esfuerzo de guerra. Orwell, por el contrario, presenta la resistencia a perder el poder revolucionario como si fuera la opinión mayoritaria entre los militantes anarquistas y poumistas a nivel de milicianos, especialmente en Barcelona.
Orwell denigra también los esfuerzos de la Generalitat por recuperar sus poderes de entre las manos de los sindicatos revolucionarios sin ubicarlos en el contexto de la reacción internacional. Todavía menos los sitúa en el de la dislocación económica y social impuesta por la guerra. En paralelo a los conflictos por la carencia de alimentos y las colectivizaciones, otro tipo de violencia se generó cuando las fuerzas del orden trataron de reducir a los aproximadamente setecientos integrantes de las “patrullas de seguridad y control” que se crearon en los primeros días de la guerra. Bajo la dirección del exaltado faista Aurelio Fernández Sánchez los patrulleros armados los constituyeron una mezcla de militantes dispuesto a eliminar el antiguo orden burgués y los delincuentes de derecho común que habían sido puestos en libertad de las cárceles donde se encontraban. En su conjunto, actuaron de forma totalmente arbitraria, registrando y con frecuencia desvalijando domicilios, deteniendo a gente denunciada como derechistas y, no en último término, asesinándolos. Como resultado a principios de agosto de 1936 ya habían cometido numerosísimos delitos y más de quinientos paisanos habían muerto en Barcelona[54].
Orwell, tal vez desconocedor de lo que antecede, vio en las patrullas un éxito revolucionario muy significativo. “Además de la colectivización de la industria y del transporte, se produjo un intento de establecer un rudimentario gobierno de los trabajadores mediante la creación de comités locales, patrullas de trabajadores para reemplazar a las antiguas fuerzas policiales pro-capitalistas, milicias de trabajadores basadas en los sindicatos y demás”[55]. Cuando murieron más de treinta miembros de la Guardia Nacional Republicana (la antigua Guardia Civil) a principios de marzo la Generalitat disolvió el comité de defensa que controlaba la CNT y asumió el poder de disolver todos los comités locales de policía y de milicias. Los guardias de Asalto y de la GNR se fundieron en un único cuerpo de policía catalán a cuyos oficiales no se les permitió que fueran miembros de ningún partido político o sindicato. Diez días más tarde, el Gobierno central ordenó que todas las organizaciones proletarias, comités, patrullas y obreros entregasen sus armas. El proceso lo supervisó el consejero de Gobernación de la Generalitat Artemi Aiguader de la Esquerra[56].
Al tiempo en la frontera francesa estaban produciéndose choques cada vez más sangrientos entre los carabineros y los comités de la CNT en torno al control de los puestos aduaneros de los que estos se habían apoderado desde julio de 1936. Orwell describe esta situación en términos absolutamente erróneos en una larga sección de su obra y critica la determinación tanto del gobierno central como de la Generalitat en desmantelar la revolución. “En Puigcerdá, en la frontera francesa, enviaron a los carabineros a tomar la oficina de aduanas, que estaba en manos de los anarquistas, y Antonio Martín, conocido anarquista, había muerto”. Muy lejos de ser un ejemplo de admirable revolucionario, como insinúa Orwell, Antonio Martín Escudero, conocido como el “cojo de Málaga”, era un activista de la FAI y contrabandista que controlaba la zona de la frontera franco-catalana-pirenaica conocida como la Cerdaña. Allí, él y otros elementos de la FAI, llevaban a cabo numerosos actos de bandolerismo, cometían atrocidades contra el clero y extorsionaban sistemáticamente a todos los que querían pasar a Francia. Muchos fueron asesinados una vez que entregaron los objetos de valor que llevaban consigo. Tales patrullas fronterizas también facilitaban el contrabando de lo robado por las de la FAI en Barcelona, a veces en beneficio propio, en otras ocasiones para adquirir armas[57]. A finales de abril la situación llegó a un punto límite en la Cerdaña. El control de la frontera tenía una considerable importancia para los dirigentes de la FAI tanto desde el punto de vista de la ilimitada exportación de objetos de valor robados o requisados y para importar armamento con el fin de utilizarlo no en el frente sino en la retaguardia.

Martín imponía tributos a los pequeños pueblos de la Cerdaña y sus alcaldes estaban dispuestos a poner fin a un reino de terror. Finalmente, en abril empezaron a recibir alguna ayuda de Artemí Aiguader. Informado desde Barcelona de que había fuerzas que se conjuraban contra él en Bellver, Martín se puso al frente de un asalto contra dicho pueblo que realizaría un grupo sustancial de milicianos. Los habitantes, sin embargo, repelieron el ataque y en el tiroteo Martín y algunos de sus hombres resultaron muertos[58]. El incidente se comentó en los círculos anarquistas en unos términos en los que el capitán de bandoleros que era Martín se convirtió en un mártir no muerto en Bellver por los defensores del pueblo sino asesinado en Puigcerdá por fuerzas de la Generalitat. Esta es, presumiblemente, la base de la versión difundida por Orwell[59].
Mientras el novelista inglés estaba en Aragón la tensión social en Barcelona fue intensificándose como resultado del racionamiento, de las carencias, de la inflación, de la especulación y del crecimiento del mercado negro. Hubo violentas manifestaciones de masas por parte de mujeres que protestaban contra el aumento de precios de los abastos y del combustible. La tensión fue en crescendo a partir de la mitad de marzo cuando, en respuesta a la disolución por la Generalitat de las patrullas y las órdenes de que las organizaciones obreras entregaran sus armas, la CNT se retiró del gobierno catalán. Uno de los choques subsiguientes fue el asesinato, el 25 de abril, de Roldán Cortada, miembro del PSUC y secretario de Rafael Vidiella, consejero de Trabajo. El nivel de hostilidad persuadió a la Generalitat a prohibir los desfiles tradicionales del 1º de mayo, algo que los miembros de a pie de la CNT-FAI percibieron como una provocación intolerable.
A principios de mayo explotó la crisis. El catalizador inmediato fue la acción ordenada por Aiguader el día 3 contra la Telefónica controlada por la CNT. La operación la llevó a cabo el comisario de policía Eusebio Rodríguez Salas, muy beligerante. Aiguader siguió las instrucciones de Companys, humillado al enterarse de que un operador anarquista había interrumpido una llamada por teléfono del presidente Manuel Azaña. Evidentemente, el estado necesitaba controlar el principal sistema de comunicaciones. Sin embargo, a consecuencia del deterioro de la situación y del empleo de la fuerza por parte de la policía a lo largo de los últimos meses, se produjo el estallido de una lucha callejera, una pequeña guerra civil de baja escala dentro de la guerra civil misma. Companys subestimó el grado de resistencia que opondría la CNT a sus esfuerzos por reafirmar el poder de las autoridades. En el centro de Barcelona se levantaron barricadas. Apoyados por el POUM, elementos de la CNT, especialmente los Amigos de Durruti, se enfrentaron a las fuerzas de la Generalitat y del PSUC[60].
La lucha puso al descubierto el dilema central de la CNT. Los anarquistas podían ganar en Barcelona y en otras ciudades catalanas solo al precio de un derramamiento de sangre que implicaría en efecto la pérdida de la guerra por parte de la República. Tendrían que retirar a sus tropas de Aragón y después combatir tanto al gobierno central republicano como a los franquistas. En consecuencia, y de acuerdo con la aprobación de los ministros anarquistas, el gobierno de Valencia suministró los decisivos refuerzos policiales el 7 de mayo que, finalmente, determinaron el resultado final. Lo hizo solo a cambio de que la Generalitat renunciara al control autónomo del Ejército de Cataluña y la responsabilidad en materia de orden público. Varios centenares de anarquistas y poumistas fueron detenidos, aunque la necesidad de poner en funcionamiento de nuevo las industrias de guerra limitó la escala de la represión. Todo esto tuvo lugar cuando el País Vasco iba cayendo en manos de Franco.
El POUM quedó expuesto a la hostilidad de los comunistas. Andreu Nin y el resto de los dirigentes habían superado a la CNT en el fervor militante de sus proclamas revolucionarias durante la crisis. En la victoria los comunistas fueron cualquier cosa menos magnánimos y no aceptarían nada que no fuera la completa destrucción del POUM. Orwell notó que “se respiraba un aire particularmente enrarecido, reinaba un clima de sospecha, temor, incertidumbre y odio disimulado”. Nin fue asesinado por un grupo de agentes de la NKVD[61]. Tan pronto como los combates terminaron en Barcelona los comunistas exigieron que el presidente del Gobierno Francisco Largo Caballero disolviera el POUM y detuviera a sus dirigentes. Largo se negó, lo que se percibió como una última prueba de su ya manifiesta incomprensión de las necesidades del esfuerzo bélico. Por tanto, se forzó su dimisión y fue sustituido por el doctor Juan Negrín. Con ello los logros revolucionarios que todavía subsistían desde los primeros momentos de la lucha fueron siendo desmantelados progresivamente. El esfuerzo de guerra iría en la dirección deseada por los republicanos y los socialistas moderados que se habían hecho cargo de las carteras claves del Gobierno.

Es difícil evitar la conclusión de que Orwell supiera poco de todo esto ya fuese durante su estancia en el frente aragonés o durante su breve recalada en Barcelona. Cuando regresó a Inglaterra estaba agotado. El novelista norteamericano John Dos Passos, que se encontró accidentalmente con él en el hall del hotel cuando estaba a punto de abandonar la capital catalana, describió a Orwell en su narrativa novelada como “un inglés desgarbado con el brazo en el cabestrillo y que vestía un uniforme deshilachado. Llevaba una gorra arrugada a un lado de la cabeza, acomodada a una mata abundante de pelo negro ondulado. Un rostro alargado con profundas arrugas en las mejillas lo resaltaba un par de ojos oscuros excepcionalmente atractivos. Tenían una mirada puesta en la lejanía como si se tratara de los ojos de un marino”[62]. Dieciocho años después en una narración factual Dos Passos escribió en términos casi idénticos: “Su faz tenía un aspecto tenso, como enfermo. Supongo que ya sufría de la tuberculosis que terminó con él. Daba una impresión de agotamiento extremo. No hablamos mucho, pero recuerdo el sentimiento de calma, de alivio de la tensión que me embargó al hablar por fin con un hombre honesto”[63].

Orwell y su mujer Eileen O´Shaughnessey dejaron Barcelona a toda prisa, creyendo que la policía de seguridad republicana les perseguía, aunque no se ha encontrado la menor evidencia de que tal pudiera ser el caso. Es cierto que su celebridad junto con su servicio en las milicias del POUM habían atraído la atención de la NKVD. Orwell estaba sometido a vigilancia por David Crook, un miembro de las Brigadas Internacionales que había llegado a Barcelona a principios de mayo. Durante su convalecencia en Madrid, tras resultar herido en la batalla del Jarama, a Crook se le había acercado el periodista comunista francés Georges Soria. Luego le examinaron el residente de la NKVD Lev Lazarevich Nikolsky (alias “Alexander Mijailovich Orlov”) y Naum Markovich Belkin (alias “Alexander Belyaev”) el oficial de enlace y consejero de la policía republicana y de los cuerpos de seguridad. A Crook se le enseñaron algunas técnicas de vigilancia, supuestamente por Ramón Mercader, el futuro asesino de Trotsky en México. “Después de enlazar con la KGB se me sugirió que me disfrazara de periodista. Mi trabajo real consistía en espiar a la gente que los estalinistas llamaban trotskistas, incluyendo a George Orwell”. Para acercarse a ellos se ordenó a Crook que debía “permanecer en el Hotel Continental en la zona oriental de Las Ramblas, la principal avenida de Barcelona. Era el centro en el que se reunían los británicos vinculados al PLI. Entre ellos figuraban el representante oficial Johan McNair, George Orwell y su mujer Eileen Blair y su amigo, el ingeniero belga comandante George Kopp, un tanto corpulento y de mediana edad”[64].

Crook recibió sus instrucciones de la estación de la NKVD y años después confesó que Orwell y los otros militantes del Independent Labour Party tuvieron un ‘interés especial’. Frecuentó las oficinas del ILP office en Barcelona y, durante la hora de comer, llevaba carpetas al consulado soviético, que era también la sede de la estación de la NKVD, para que las fotocopiasen antes de devolver las originales a las oficinas del ILP. Por tanto, sus controladores rusos disponían de las carpetas claves de las oficinas del ILP. A la sazón, Naum Eitingon alias Leonid Kotov, quien después dirigía la operación para asesinarle a Trotsky, fue el rezident de la NKVD en Barcelona. Ya que era quien había reclutado a Mercader y seguía siendo su controlador, es plausible que dirigía la operación contra el ILP.[65]

Un informe de la policía española sobre Orwell y Eileen, posiblemente obra de Crook, se encuentra en los archivos del Tribunal Especial de Espionaje y Alta Traición, creado en junio de 1937 para regularizar las funciones policiales y de justicia del Estado[66]. El informe está fechado el 13 de julio del mismo año y escrito en un español rematadamente malo. En él se afirma que eran “agentes de enlace” entre el PLI y el POUM. Da la impresión de haberse basado en las cartas y papeles incautados cuando la policía rebuscó en las pertenencias de Orwell que había dejado en el sanatorio Maurín en las afueras de Barcelona en el que había pasado su convalecencia tras haber sido herido y en el Hotel Continental donde se había quedado su esposa[67].
El material incautado durante el registro fue a parar a manos de David Crook cuando su “detención” se orquestó para darle credibilidad de cara a los prisioneros poumistas a los que espiaba. Hay referencias a tal material en un informe sobre el propio Crook en el que este afirmó que Eileen mantenía relaciones íntimas con Kopp[68]. El expediente sobre los Blair en los archivos moscovitas contiene un inventario del material en esta cuestión[69].
Cuando Eileen contó a su marido acerca de los registros, durante los cuales afortunadamente la policía no encontró ni sus pasaportes ni su chequera, Orwell se escondió en Barcelona con McNair y un joven camarada llamado Stafford Cottman. Los servicios de seguridad republicanos detuvieron a militantes y simpatizantes del partido. Durante este período Orwell hizo, con retraso, algunas visitas turísticas que había demorado y vio la Sagrada Familia que apostilló como “uno de los más horrendos edificios en todo el mundo”. El 23 de junio, con Eileen, McNair y Cottman, tomó el tren en Barcelona con destino a la frontera francesa por Port Bou. Los cuatro se apañaron para entrar en Francia, llegando a la frontera antes que la lista policial que reseñara los extranjeros sospechosos de trotskismo[70]. De hecho, el informe en los archivos moscovitas denunciando a Orwell como trotskista está fechado el 13 de julio de 1937, tres semanas después de llegar a Francia[71].
Tras cruzar la frontera sin incidencias Orwell y Eileen permanecieron en el pequeño puerto pesquero de Banyuls para descansar de las traumáticas experiencias de Barcelona. En las últimas páginas de Homenaje a Cataluña Orwell escribió acerca de los tres días que allí pasaron. Ambos, “pensábamos, hablábamos y soñábamos constantemente con España”. Aunque estaba amargado por lo que había visto, Orwell alegó no haber acabado ni en la desilusión ni el cinismo. “Es curioso, pera estas vivencias no han disminuido sino aumentado mi fe en la decencia del ser humano. Y confío en que esta narración no sea engañosa. Creo que en un asunto así es imposible ser totalmente sincero. Es muy difícil estar seguro de nada que uno no haya visto con sus propios ojos, y, ya sea consciente o inconscientemente, todo el mundo escribe con parcialidad”[72].

No hay el menor indicio de que Orwell abandonara completamente su compromiso con la República española. De regreso a Londres, en julio de 1937, escribió: “Las Brigadas Internacionales en cierto sentido están luchando por todos nosotros – una línea muy fina de sufrimientos y, con frecuencia, de seres humanos mal armados es lo que nos protege entre la barbarie y una, al menos, comparativa decencia”[73]. El 28 de abril de 1938, dos días después de la publicación de Homenaje a Cataluña, escribió a Cyril Connolly: “Creo que el juego ha terminado. Me gustaría estar allí. Lo horrendo es que si la guerra está perdida conducirá simplemente a una intensificación de la política que ocasionó que el Gobierno español se viera abandonado. Y antes de que nos demos cuenta nos encontraremos en medio de otra guerra para salvar la democracia”[74].
Por mucho que se ensalce el compromiso de Orwell con la revolución y con la democracia existe evidencia en alguno de sus escritos de que no estaba desprovisto de prejuicios un tanto inquietantes. Un ejemplo es su comentario al ver en el comedor de su hotel a “algunas familias de españoles acomodados que parecían simpatizantes de los fascistas”. Aparte de ignorar la importancia que los españoles de todas clases atribuyen a ir bien vestidos en público en todo lo posible, la impresión que se desprende es que Orwell no era consciente de que cualquiera del que remotamente se sospechara que era un simpatizante fascista ya había sido “tratado” adecuadamente por las patrullas de control. También se plantea la cuestión de a qué se parecería un simpatizante de los fascistas[75].

Tres meses después de salir de España Orwell recibió una carta de Nancy Cunard. Le escribió por encargo de The Left Review para indagar sobre las reacciones de los escritores en relación con el conflicto en España. Sus respuestas terminaron publicándose en un panfleto titulado Authors Take Sides on the Spanish War en diciembre de 1937 por la editorial Lawrence and Wishart. En él, cinco escribieron a favor de Franco, doce fueron neutrales y 127 se declararon por la República. En una respuesta vitriólica a Nancy Cunard, Orwell le pidió que “deje de enviarme estas estupideces” y señaló: “Yo no soy uno de tus mariquitas de moda como Auden y Spender”. Concluyó con una alusión totalmente gratuita a la fortuna familiar de Nancy Cunard: “sin duda, tú conoces algo sobre la historia interna de la guerra y te has unido deliberadamente a los grupitos que defienden la ‘democracia’ (es decir, el capitalismo) con objeto de ayudar a aplastar a la clase obrera española y así, indirectamente, defender tus sucios pequeños dividendos”[76].

Un comentario más general fue tanto o más ofensivo: “Decenas de miles fueron a combatir allí, pero decenas de millones permanecieron apáticos. En el primer año de la guerra, se cree que casi toda la población británica suscribió los diversos fondos de ‘ayuda a España’ por valor de un cuarto de millón de libras, probablemente la mitad de lo que gastarían en la semana en ir al cine”. Es evidente que Orwell no sabía nada de los sacrificios hechos por los obreros y los parados en Inglaterra para enviar alimentos, suministros médicos y ambulancias o de la hospitalidad para acoger niños vascos[77]. De múltiples formas dinero, comida, ambulancias, apoyo médico y la recepción ofrecida a los niños refugiados del País Vaso, la ayuda humanitaria del público británico llegó a casi dos millones de libras. En términos relativos significa una de las aportaciones caritativas más importantes en toda la historia británica, con la mayor parte del dinero en pequeñas cantidades donadas por individuos y organizaciones locales. A pesar de la intensidad de la depresión económica, la gente corriente hizo todo lo que pudo para ayudar a la República española[78].
Aunque es posible acusar a Orwell de falta de honestidad y de ignorancia culpable en lo que escribió, hay un tema que es difícil de mantener y es que en España estuvo trabajando para los servicios de inteligencia británicos. Robert Stradling escribe: “quizá convenga tener en consideración que exactamente esos elementos en su CV (teórico) que encajaban a Blair para ocupar un puesto directivo en las Brigadas Internacionales también le cualificaban para que lo reclutaran los servicios secretos británicos“[79]. Esos elementos eran su educación en Eton y su servicio en la policía colonial en Birmania. Sin embargo, la especulación se basa en gran medida en la afirmación de Peter Davison de que una tercera persona le había dicho que un miembro británico del SIM “mientras censuraba cartas en España para tal servicio había leído varias de Orwell. Estas cartas, afirmó, estaba escritas en colores diferentes y se creía que Orwell enviaba secretamente información a Inglaterra que podía permitir acusarle de espionaje“.
Cualquier información de que Orwell, a quien se le creía trotskista, enviaba a Inglaterra subrepticiamente no podía sino parecer sospechosa a los censores comunistas. Tal especulación la rechaza Davison. Cabría plantear la cuestión de si hubo alguna relación entre los lápices de colores de Orwell en España y su colaboración en 1949 con el semi-secreto Information Research Department del Foreign Office. Para este, Orwell compiló una lista de prominentes intelectuales que él consideraba como compañeros de viaje de los soviéticos, una lista en la que había también algunos comentarios antisemitas y ¿homófobos?[80].

Existen muchos motivos para afirmar que Homenaje a Cataluña no puede verse como una interpretación más o menos definitiva de la derrota republicana. Además de muchos ejemplos de ignorancia y error, el libro contiene también numerosas omisiones muy significativas. Orwell no parece que fuese muy consciente de la salvaje represión franquista o incluso de que le preocupara. En una reseña, de junio de 1938, despreció Franco´s Rule. Back to the Middle Ages como “simplemente una enorme lista de atrocidades cometidas en todos los territorios que Franco ha conquistado. Hay largas listas de gente fusilada y afirmaciones tales como que 23.000 fueron masacrados en la provincia de Granada, etc, etc. Ojo, yo no digo que estos relatos no sean verdad. Evidentemente carezco de medios para enjuiciarlos y puedo imaginar que algunos son ciertos y otros no. Y, sin embargo, hay algo que me hace sentirme incómodo cuando se publican libros de este tipo. No hay la menor duda de que hay atrocidades, aun cuando al terminar la guerra es por lo general imposible concretar más de unos cuantos casos aislados. En las primeras semanas de una guerra, sobre todo una civil, es inevitable que ocurran masacres de no combatientes, casos de incendios, desvalijamientos y, probablemente, violaciones. Si esas cosas ocurren es absolutamente correcto el que se lleve cuenta de ellas y que, además, se las denuncie. Pero yo ya no estoy tan seguro acerca de los motivos de la gente que se siente tan absorbida por el tema que se dediquen a compilar libros enteros sobre historias de atrocidades”[81]. El anónimo volumen en cuestión fue publicado por la United Editorial pro-comunista pero no por razones inconfesables. Tampoco consistió en “simplemente una lista enorme de atrocidades”. Fue más bien una colección de testimonios presenciales que han sido revalidados posteriormente por investigaciones locales.

En un enfoque similar, en una reseña de las memorias de Nancy Johnstone, Hotel in Flight en diciembre de 1939 Orwell se hizo esta pregunta bastante frívola: “¿Creyeron las masas del pueblo español realmente que incluso los atroces sufrimientos de la última parte de la guerra eran preferibles a la rendición? ¿O continuaron luchando, al menos en parte, porque la totalidad de la opinión de izquierdas de Moscú a Nueva York seguía impulsándolos?”[82] De la misma manera que Orwell denigró a los trabajadores británicos que donaron un dinero del que apenas estaban sobrados para apoyar a la República española, el escritor denigró aquí a los millones de españoles que continuaron luchando en defensa de una República que tanto les había dado.

Para muchos millares de personas Homenaje a Cataluña es el único libro que leerán sobre la guerra civil. Así, pues, no se trata de demoler a Orwell sino más bien de hacer llegar a la conciencia de todos que las opiniones en él expresadas son, con frecuencia, incorrectas porque estuvieron basadas en información insuficiente y prejuicios previos muy arraigados. El libro da la impresión de que los sucesos más importantes de la guerra civil tuvieron lugar en el frente aragonés y en Barcelona durante unos días en mayo de 1937. En lo que se refiere a la significación del frente de Aragón el propio Orwell descubrió su juego: “Aun así seguía sin pasar nada, y no daba la impresión de las cosas fueran a cambiar. ¿Cuándo vamos a atacar? ¿Por qué no atacamos? Eran preguntas que se repetían constantemente tanto los ingleses como los españoles”[83]. Esta era una opinión que también repitió otro voluntario en el mismo frente, John Cornford, quien se quejó de aburrimiento e inactividad en lo que describió como “un sector tranquilo en un frente tranquilo”[84].
El fallo más importante del libro es la noción subyacente de que la liquidación de la revolución estuvo en la base de la derrota final de la República. La obra de Orwell, e incluso más todavía la película de Loach, llevan a olvidar que la República fue derrotada por Franco, Hitler, Mussolini y el interés mal entendido o la pusilanimidad de los gobiernos británico, francés y norteamericano. Esto no significa desconocer que los ricos testimonios oculares que contiene la obra son muy valiosos como fuente histórica. El problema es que sus juicios facilitaron su aprovechamiento ulterior como parte de una determinada narrativa de la guerra fría. La ignorancia de Orwell de la escena más amplia de la guerra civil puede, en último término, excusarse. Lo que no puede excusarse es el tono omnisciente de su obra. Incluso menos aun su aceptación de permitir la publicación de una edición ulterior de su libro sin tener en cuenta sus diversos escritos entre 1937 y 1942, en los que reconoció paladinamente la necesidad de un esfuerzo de guerra unificado en España. Es como si el Orwell de Animal Farm, de 1984 y de la notoria lista de compañeros de viaje sospechosos hubiera pensado que podía dejar la primera versión como otro clavo en el ataúd del comunismo a pesar de su profunda distorsión de la situación española.
[37] Homenaje, pp. 30s.
[38] El Sindicato único de Espectáculos Públicos de la CNT-FAI produjo una película de diez minutos que puede verse en https://www.youtube.com/watch?v=1k4HzLpuF-0. Véase la introducción hablada de Julián Casanova en la colección de vídeos La guerra filmada (Madrid: Filmoteca española, 2009).
[39] Franz Borkenau, The Spanish Cockpit (Londres: Faber & Faber: 1937), pp. 169 y 174-176 (hay traducción española).
[40] Time and Tide, 31 de julio de 1937. Sobre el período que Borkenau pasó en España véanse Jan Kurzke & Kate Mangan, “The Good Comrade” (manuscrito no publicado, fondo de Jan Kurzke, archivos del Instituto Internacional de Historia Social, Amsterdam), pp. 272s y 303-307.
[41] Homenaje, pp. 212 y 215.
[42] Albert Pérez Baró, Treinta meses de colectivismo en Cataluña (1936-1939) (Barcelona: Ariel, 1974), pp. 45-47; Michael Seidman, Workers against Work. Labor in Paris and Barcelona during the Popular Fronts (Berkeley, Calif.: University of California Press, 1991), pp. 160-171; Robert A. Stradling, History and Legend, pp. 57s; Michael Seidman, “The Unorwellian Barcelona”, European History Quarterly, vol. 20, nº 2, abril de 1990, pp. 163-180.
[43] Josep Maria Bricall, Política econòmica de la Generalitat (1936-1939). Evolució i formes de la producció industrial (Barcelona: Edicions 62, 1970), pp. 93-104; Helen Graham, The Spanish Republic at War 1936-1939 (Cambridge: Cambridge University Press, 2002), pp. 254-256; Pelai Pagês i Blanch, Cataluña en guerra y en revolución 1936-1939 (Sevilla: Ediciones Espuela de Plata, 2007), pp. 189-194.
[44] Josep Antoni Pozo González, La Catalunya antifeixista. El govern Tarradellas enfront de la crisi política i el conflicte social (setembre de 1936 – abril de 1937) (Barcelona: Edicions Dau, 2012), pp. 153-172; François Godicheau, La guerre d´Espagne. République et révolution en Catalogne (1936-1939) (París: Odile Jacob, 2004), pp. 138-145.
[45] Miquel Caminal, Joan Comorera, Guerra i revolució, (1936-1939), II (Barcelona: Editorial Empùries, 1984), pp. 62-72.
[46] Burnett Bolloten, The Spanish Civil War: Revolution and Counterrevolution (Hemel Hempstead: Harvester Wheatsheaf, 1991), p. 411 (en base a una entrevista con Miquel Serra Pàmies, directivo del PSUC). Véase también David T. Cattell, Communism and the Spanish Civil War (Berkeley, California: University of California Press, 1955), p. 109; Rudolf Rocker, Extranjeros en España (Buenos Aires: Ediciones Imán, 1938), p. 91.
[47] Sobre los orígenes sociales del conflicto en Barcelona véase Helen Graham, “Against the State”: a genealogy of the Barcelona May Days (1937)”, European History Quarterly, 29:4 (octubre de 1999), pp. 485-542.
[48] Ángel Viñas, El escudo de la República: el oro de España, la apuesta soviética y los hechos de mayo de 1937 (Barcelona: Crítica, 2007), pp. 488-493; los informes de los agentes de la inteligencia soviética en España se reproducen en Ronald Radosh, Mary R. Habeck & Grigory Sevostianov, eds., Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War (New Haven, Conn.: Yale University Press, 2001), pp. 131-133 y 178-184 (hay traducción española)
[49] Josep Sánchez Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados? Las divergencias republicanas y otras cuestiones (Barcelona: Flor del Viento, 2006), pp. 119-132.
[50] Agustín Guillamón, The Friends of Durruti Group: 1937-1939 (Edimburgo: AK Press, 1996), pp. 22-4 y 57s; Agustín Guillamón, Barricadas en Barcelona. La CNT de la victoria de julio de 1936 a la necesaria derrota de mayo de 1937 (Barcelona: Ediciones Espartaco Internacional, 2007), pp. 139-148; Juan García Oliver, El eco de los pasos (Barcelona: Ruedo Ibérico, 1978), pp. 420 y 443; Orwell sobre los amigos de Durruti, Homenaje, pp. 239, 242, 256.
[51] Homenaje, pp. 213 y 148.
[52] George Orwell, “Eye-witness in Barcelona”, Controversy, agosto de 1937, reimpreso en Orwell in Spain, pp. 234-241 (cita en la p. 238); Ricardo Sanz, Los que fuimos a Madrid. Columna Durruti, 26 División (Toulouse: Imprimerie Dulaurier, 1969), p. 151. Véase también Stradling, History and Legend, pp. 59s.
[53] Diego Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra. Una contribución a la historia de la tragedia española, 2ª edición (Madrid: G. del Toro, 1975), pp. 90s; Burnett Bolloten, The Spanish Civil War, pp. 865s.
[54] García Oliver, El eco de los pasos, pp. 181s, 209-212 y 231-233. Abad de Santillán, Por qué perdimos la guerra, pp. 80s y 93; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 88-92, 145; Francisco Lacruz, El alzamiento, la revolución y el terror en Barcelona (Barcelona: Librería Arysel, 1943) pp. 118-121 y 130s; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 8, 72-78, 94-100; Gregorio Rodríguez Fernández, El hábito y la cruz. Religiosas asesinadas en la guerra civil española (Madrid: EDIBESA, 2006) pp. 298-311; Francisco Gutiérrez Latorre, La República del crimen. Cataluña, prisionera 1936-1939 (Barcelona: Editorial Mare Nostrum, 1989) pp. 36s, 44-47; Joan Villarroya i Font, Revolució i guerra civil a Badalona 1936-1939 (Badalona: Mascaró de Proa, 1986), pp. 33-38; Josep M. Cuyàs Tolosa, Diari de guerra. Badalona, 1936-1939, dos vols (Badalona: Museu de Badalona, 2006), I, pp. 144, 206, 249; II, pp. 12-14, 37s, 58, 82, 353; Toni Oresanz, L´Òmnibus de la mort: Parada Falset (Badalona: Ara Llibres, 2008), pp. 135-140, 266-269; Jordi Piqué i Padró, La crisis de la reraguarda. Revolució i guerra civil a Tarragona (1936-1939) (Barcelona: Publicaciones de l´Abadía de Montserrat, 1998), pp. 157-154; Isidre Cunill, Los sicarios de la retaguardia (1936-1939). In odium fidei: la verdad del genocidio contra el clero en Catalunya (Barcelona: Styria, 2010), pp. 111-124.
[55] Homenaje, p. 213.
[56] Cervelló, ¿Por qué hemos sido derrotados?, pp. 115-117; Ferran Gallego, Barcelona, mayo de 1937 (Barcelona: Debate, 2007), pp. 340-349; Solé & Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 108s; Graham, The Spanish Republic, pp. 261s; Pierre Broué et Emile Témime, The Revolution and the Civil War in Spain (Londres: Faber and Faber, 1972), pp. 281s (hay traducción española).
[57] Pons Garlandí, Un republicà, pp. 68-70, 86-89, 95; Solé &Villarroya, La repressió a la reraguarda, I, pp. 79-81; Rodríguez Fernández, pp. 298-311; Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España 1936-1939 (Madrid: BAC, 1961), pp 526-529.
[58] Joan Pons i Porta & Josep María Solé i Sabaté, Anarquia i Republica a la Cerdanya, 1936-1939. El “cojo de Málaga” i els fets de Bellver (Barcelona: Publicaciones de l´Abadia de Montserrat, 1982), pp. 490s; Pons Garlandí, Un republicà, pp. 86-9, 150-4; Carles Gerhard, Comissari de la Generalitat a Montserrat (1936-1939) (Barcelona: Publicacions de la l’Abadia de Montserrat, 1982) pp. 490-1; Manuel Benavides, Guerra y revolución en Cataluña (México: Ediciones Roca, 1978), pp. 344, 351-362 y 371.
[59] Pons i Porta &Solé i Sabaté, pp. 142-154; José Peirats, La CNT en la revolución española, 2ª edición, 3 vols (París: Ruedo Ibérico, 1971), II, p. 138; César M. Lorenzo, Los anarquistas españoles y el poder (París: Ruedo Ibérico, 1972), pp. 90, 215. Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria/España, 1936-1939 (México: Editorial Lucha Obrera, 1948), p. 298.
[60] Caminal, Juan Comorera, p. 120; Gallego, Barcelona, pp. 379, 413, 430-449; Viñas, El escudo, pp. 495s; Benavides, Guerra y revolución, pp. 370-375.
[61] Paul Preston, The Spanish Holocaust. Inquisition and Extermination in Twentieth Century Spain (Londres: HarperCollins, 2012), pp. 411-414 (hay traducción española).
[62] John Dos Passos, Century´s Ebb: The Thirteenth Chronicle (Boston: Gambit, 1975), PP. 94-96 Y 98.
[63] Dos Passos, The Theme is Fredom (Nueva York: Dodd & Mead, 1956), p. 145.
[64] Boris Volodarsky, Stalin´s Agent: The Life and Death of Alexander Orlov (Oxford: Oxford University Press, 2015), pp. 216 y 294; David Crook, Hampstead Heath to Tian An Men. Autobiography (www.davidcrook.net. Copyright Crook Family, 1991), pp. 3s, 89s, 97s. La afirmación, un tanto inverosímil, respecto a Mercader procede de Gordon Bowker, George Orwell (Londres: Little, Brown, 2003), p. 213. Sin embargo, otras fuentes permiten pensar que, en aquel tiempo, Mercader prestaba servicio en una unidad de primera línea -Luis Mercader & Germán Sánchez, Ramón Mercader, mi hermano. Cincuenta años después (Madrid: Espasa-Calpe, 1990), p. 46; Volodarsky, Stalin´s Agent, p. 227.
[65] Según Boris Volodarsky, ‘Soviet Intelligence Services in the Spanish Civil War, 1936-1939’, tesis doctoral, London School of Economics, 2010, p. 267, la operación mucho más grande para penetrar el POUM en la primavera de 1937 fue dirigida personalmente por el rezident de la NKVD Alexander Orlov y no le involucró a Eitingon. TNA: HW 15/10.
[66] Javier Cervera Gil, Contra el enemigo de la República… desde la ley (Madrid: Biblioteca Nueva, 2015), pp. 175s.
[67] Robert Low, “Archives show how Orwell´s 1937 held more terrors tan his 1984!, The Observer, 5 de noviembre de 1989. El documento se reproduce en Peter Davison, The Complete Works of George Orwell. Volume XI. Facing Unpleasant Facts 1937-1939 (Londres: Secker & Warburg, 1998), pp. 30s. Sobre las pesquisas de la policía véase Homenaje, pp. 198s.
[68] Expediente de David Crook en el RGASPI (Archivo estatal ruso de historia política y social),Moscú, archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/120, pp. 79-95. Sobre la detención simulada véase Crook, Autobiography, p. 101.
[69] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 22s.
[70] Homenaje, p. 203; McNair, Spanish Diary, pp. 24-27.
[71] Archivo de las Brigadas Internacionales, 545/6/107, pp. 24s.
[72] Homenaje, pp. 204-206.
[73] Orwell, reseña de The Spanish Cockpit, de Franz Borkenau, y de Volunteer in Spain, de John Sommerfield, en Time and Tide, 31 de julio de 1937, reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 51s.
[74] Reimpreso en Facing Unpleasant Facts, pp. 145s.
[75] Homenaje, p. 139.
[76] Facing Unpleasant Facts, pp. 66-68.
[77] Homenaje, pp. 232s; Hywel Francis, Miners Against Fascism: Wales and the Spanish Civil War, 2ª edición (Londres: Lawrence & Wishart, 2012), pp. 119-132; Jim Fyrth, The Signal Was Spain. The Aid Spain Movement in Britain 1936-1939 (Londres: Lawrence & Wishart, 1986), pp. 198-274; Alexander,p. 101.
[78] Emily Mason, Save Spain: British Support for the Spanish Republic within Civil Society in Britain, 1936-1939 (University of Essex, tesis doctoral, 2015), passim y pp. 1 y 165; Fyrth, The Signal, p. 216; Tom Buchanan, The Spanish Civil War and the British Labour Movement (Cambridge: Cambridge University Pres, 1991), pp. 137-165; Linda palfreeman, ¡Salud! British Volunteers in the Republican Medical Service during the Spanish Civil War, 1936– 1939 (Brighton: Sussex Academic Press/Cañada Blanch, 2012), pp. 6s y passim; Buchanan, pp. 93-113; Brian Shelmerdine, British Representations of the Spanish Civil War (Manchester: Manchester University Press, 2006), pp. 149-151.
[79] Stradling, “The Spies”, pp. 641, n. 12, 655; Davison, Fac ing Unpleasant Facts, p. 36.
[80] The New York Times, 29 de julio de 1988; The Guardian, 10 de julio de 2003; Timothy Garton-Ash, “Orwell´s List”, New York Review of Books, 25 de septiembre de 2003.
[81] Facing Unpleasant Facts, pp. 165-167.
[82] Facing Unpleasant Facts, pp. 415s.
[83] Homenaje, p. 76.
[84] Pat Sloan (ed.), John Cornford. A Memoir (Londres: Jonathan Cape, 1938), pp. 183, 195-209, 245.
Imagen destacada: patrulla de control de la CNT en la Plaça d’Espanya de Barcelona (foto: Arxiu Montserrat Tarradellas i Macià)
Traducción: Ángel Viñas
FUENTE: Hispania Nova, nº 16 (2018).
