Source : https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/a-propos-du-caractere-satanique-du-reseau-epstein/
Par Georges Gastaud, auteur de « Lumières communes ».
« NOTRE » EPSTEIN et le LEUR – Avant d’écrire quoi
que ce soit sur l’ainsi-dit « dossier Epstein », donnons cette précision
indispensable: s’il a bien existé un personnage odieux portant ce nom
et dont la presse capitaliste se voit tardivement contrainte de parler (avant
la déclassification – caviardée du reste – de la « correspondance
Epstein », où donc étaient les « enquêtes d’investigation » diligentées
par les grands médias à ce effet ?), la décence impose de rappeler
ceci: jadis porté par un tout autre personnage historique que l’infâme
pédocriminel dont les médias font désormais leurs choux gras, le nom
d’EPSTEIN devrait être connu et vénéré, non seulement de tous les
communistes, mais de tous les humanistes que compte notre pays: comme me
l’a cent fois narré feu Léon Landini qui s’est beaucoup battu pour
faire connaître la geste occultée de ce héros modeste, Joseph Epstein était, avec Missak Manouchian,
le principal officier du groupe dit « de l’Affiche rouge » qui
dirigeait la guérilla urbaine en Région parisienne comme
Carmagnole-Liberté, le Bataillon F.T.P.-M.O.I. commandé par Roger
Landini, la menait dans le Lyonnais. Arrêté par la police « française »,
torturé par la Gestapo puis fusillé au Mont-Valérien, notre camarade
Joseph Epstein n’a pas parlé sous la torture et ce Polonais devenu
« Français de préférence » (comme dit le poème d’Aragon) aura été l’un
des plus grands officiers et stratège de la Résistance armée française.
Une Résistance impulsée notamment, à l’appel du PCF clandestin dirigé
par Duclos, Tillon et Frachon, par ces F.T.P.-M.O.I. que la France a
fini par honorer en « panthéonisant » Manouchian et ses compagnons
d’armes.
SATANISER UN RÉSEAU PÉDOCRIMINEL POUR MIEUX « DÉDIABOLISER » LE CAPITALISME ?
– Aux antipodes du martyr de la Liberté que fut le communiste Joseph
Epstein est donc le milliardaire violeur nord-américain hélas
homonyme qui, au moyen d’un réseau transatlantique mixant l’affairisme,
la dépravation et la symbiose décomplexée des politiciens bourgeois et
de la haute finance, a tranquillement sévi durant des décennies au cœur
de l’ « élite » euro-atlantique: celle-là même qui donne en permanence
au monde des leçons d’humanisme à coups d’ingérences politiques, de
blocus économiques… et des bombes au napalm larguées sur les peuples
insurgés. Confrontée à cette réalité déshonorante pour les siens,
l’idéologie bourgeoise toujours aux aguets pour disculper le capital et
les capitalistes met en œuvre deux sortes de subterfuge idéologique :
– tantôt ses médias s’évertuent à expliquer que, « contre toute
théorie du complot », le réseau criminel Epstein était politiquement
anodin, qu’il ne présentait aucun caractère « systémique » et ne
promouvait rien d’autre qu’un ensemble, certes peu ragoûtant, de
pratiques sexuelles exotiques n’impliquant qu’à la marge certains poids
lourds de la finance et de la politique: si quelqu’un peut gober une
telle fable, nous ne pouvons rien pour lui tant son atrophie de l’esprit
critique procède d’une surconsommation prolongée de produits culturels
bien-pensants.
– L’autre ligne de défense du capitalisme se présente comme une
« critique radicale » de l’Occident « corrompu » : propagée par les
milieux conspirationnistes liés à l’extrême droite, cette apologie
indirecte du capitalisme voit dans le méga-scandale Epstein la
« preuve » que le milieu oligarchique mondial est « sataniste », voire
directement « possédé » par Satan. Cette « explication » de type
moyenâgeux est aussi absurde que dangereuse:
MAINMISE DE « SATAN » SUR LE MONDE… OU POURRISSEMENT DU CAPITALISME « MODERNE »?
– la pseudo « explication » satanique est paralysante et démobilisatrice par sa forme même, car l’homme
ne peut pas grand chose contre une force surnaturelle contre laquelle
on ne peut que prier, prononcer des exorcismes, dresser des bûchers
inquisitoriaux, susciter des chasses aux sorcières, prôner le retour aux
mœurs puritaines (en apparence!) d’antan, bref, attendre la fin des
Temps en faisant pénitence. En attendant, votons donc pour l’extrême droite qui
promet une grande Purge morale (en dégommant au Kärcher, chemin
faisant, tout ce qui reste du communisme organisé, du syndicalisme
ouvrier rouge et de la militance laïque…). Voire en emboîtant le pas de
Trump, le Saint Homme qui a tant tardé, allez savoir pourquoi, à
permettre la publication, du reste très incomplète dit-on, des documents
liés à « l’affaire »…
– cette « explication » sataniste est nocive par son contenu même.
Si l’affaire Epstein est avant tout révélatrice du « satanisme »
censément propre à nos élites, cela signifie que nos malheurs sociaux :
fascisation galopante et marche à l’État policier, euro-dissolution des
nations souveraines, paupérisation de groupes sociaux entiers,
écroulement des services publics, agonie du « produire en
France », enlèvement de présidents étrangers légitimes par les USA,
blocus affameurs infligés à des pays entiers, génocide écrasant la
Palestine, crises climatiques à répétition, régressions sociales sans
fin, marche à la guerre mondiale, etc., ne proviennent nullement de
l’exploitation capitaliste renforcée, de la contre-révolution qui a
détruit le camp socialiste, du repli des PC et des syndicats de classe
sous l’assaut redoublé des campagnes anticommunistes et antisoviétiques,
toutes choses que l’on peut fondamentalement combattre par la
résistance sociale, par la construction politique alternative, par la
reconstruction de l’Internationale Communiste et Ouvrière, par
l’alliance entre prolétaires du Nord et peuples opprimés du Sud, en un
mot, par la révolution sociale et par la lutte sur deux fronts à la
fois, contre la MAGA-fascisation trumpiste mondiale ET contre le bloc
pseudo-progressiste et non moins belliciste que conduisent les Harris, von der Leyen, Macron, Starmer et Cie. Car encore une fois, si le Diable est à la manœuvre, il n’y rien à faire, il suffit d’attendre passivement que Dieu règle son compte à Satan à travers l’ « Armageddon » final qui arrive à grand pas (au besoin on peut précipiter le Dies irae
au moyen de quelques frappes atomiques occidentales ciblant Pékin,
Moscou ou Téhéran). Si bien que le bloc obscurantiste soi-disant
anti-sataniste – qui n’est pas la solution mais une partie ténébreuse de
l’actuelle problématique mondiale contre-révolutionnaire – mène par
d’autres voies, celles du messianisme biblique (et/ou coranique, et/ou
« évangélique », choisissez votre variante!) au même résultat que le « mondialisme sataniste »: la guerre mondiale visant à préserver à n’importe quel prix l’hégémonie
planétaire menacée du grand capital occidental. Une « irrationalité »
que la raison dialectique peut fort bien traiter en revenant aux
fondamentaux d’une analyse de classes des processus géopolitiques… voire
en traitant l’idéologie « sataniste » comme un élément superstructurel
participant de l’idéologie bourgeoise de plus en plus contrainte à
l’irrationalisme et à ce que Lukàcs appelait « la destruction de la
raison ».
« DESTRUCTION DE LA RAISON » OU CONTRE-OFFENSIVE DES « LUMIÈRES » ? – Plus que jamais, une contre-offensive idéologique nationale et mondiale s’impose à tous ceux qui se réclament du combat social, de l’émancipation nationale et des nouvelles Lumières partagées qu’appellent
plus que jamais les les avancées de la science contemporaine,
mathématique, logique, physique, chimie, cosmologie, biologie,
anthropologie… Pour cela, il faut saisir que, non seulement « l’impérialisme est (depuis longtemps devenu) le stade suprême du capitalisme« , c’est-à-dire cette « réaction sur toute la ligne »
que Lénine a exhaustivement décrite dans sa célèbre brochure de 1916,
mais que, à l’époque de l’hégémonisme euro-occidental de plus en plus
contesté par les peuples, mais aussi du pourrissement économique, politique, moral et culturel du capitalisme-impérialisme-hégémonisme dont témoigne le regain des intégrismes religieux et de leur double inversé, l’hédonisme
dérégulé de certaines « élites » (les deux phénomènes faisant
polairement système comme le font l’électron et le noyau de l’atome), l’exterminisme dessine in fine la vérité suprême du capitalisme désormais
dépourvu de tout autre horizon que l’abrutissement techno-organisé de
la jeunesse, le saccage de l’environnement, voire le fascisme et la
guerre mondiale possiblement exterminatrice.
ENCORE ET TOUJOURS , « SOCIALISME OU BARBARIE »! – Ce n’est donc pas « Satan » qu’il faut exorciser, mais c’est
encore et toujours le
capitalisme-impérialiste-hégémoniste-exterministe-obsurantiste et de
plus en plus facho-nostalgique qu’il faut abattre pour lui
substituer un socialisme-communisme de nouvelle génération qui soit à la
fois porteur d’émancipation nationale, de progrès social, de transition
environnementale et de nouvelles avancées démocratiques.
Et puisque la grande bourgeoisie actuelle devenue oligarchie sape la
rationalité et va jusqu’à renier les Révolutions française et américaine
(bourgeoises, certes, mais transitoirement démocratiques et
progressistes), l’heure vient d’engager une nouvelle marche vers les Lumières communes s’appuyant
à la fois sur les révoltes populaires inéluctables et sur l’avancée
sans précédent des sciences contemporaines. Là est le paradoxe d’une
société capitaliste historiquement obsolescente et tendanciellement
obscurantiste dont la crise généralisée ouvre contradictoirement à
l’humanité le chemin des Lumières pour tous ou bien celui de la déraison… Et du suicide de masse!
À PROPOS DE JOSEPH EPSTEIN – Note communiquée par Gilda Guibert, agrégée d’histoire.
Joseph Epstein, alias Colonel Gilles – Une des plus grandes figures de la Résistance Française
« Mort pour la France » – Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Joseph Epstein est sans aucun doute le plus méconnu des grands héros
de la Résistance française. Il en fut pourtant, reconnaissent de
nombreux témoins, un des plus grands stratèges militaires. Albert
Ouzoulias, chef d’état-major national des F.T.P., désignait le colonel
Gilles comme « Le plus grand officier de la Résistance armée française».
C’est en assumant le commandement en chef de tous les Francs-Tireurs
et Partisans Français (F.T.P.F) et des Francs-Tireurs et Partisans de
la Main-d’œuvre Immigrée, (F.T.P-M.O.I) de l’Ile-de-France, qu’Epstein
mit au point une tactique de guérilla urbaine qui s’avéra être des plus
efficaces contre les troupes d’occupation et les collaborateurs. Cette
tactique permit à tous ceux qui combattaient en ville et notamment aux
F.T.P-M.O.I, de porter les coups les plus spectaculaires et les plus
meurtriers à l’ennemi, qui considérait jusque là la France comme un
havre de paix et de plaisir pour le repos du guerrier allemand.
Un service très efficace, (mis en place suivant ses directives), assurait une réelle protection à ceux qui attaquaient l’ennemi.
Le respect de cette règle a permis de sauver la vie à de très
nombreux combattants FTP-MOI, c’est une des raisons pour laquelle 60 ans
après sa mort, les survivants de ces unités, continuent à se battre
pour qu’un hommage correspondant à la part qu’il a prise au sein de la
Résistance française lui soit rendu.
Comment cet homme que rien de destinait au métier des armes devint-il
ce grand chef de guerre ? Il convient pour le comprendre de remonter le
fil de sa courte vie.
Né le 16 octobre 1911 à Zamosc en Pologne dans une famille juive
aisée, petit-neveu du grand écrivain de langue yiddish, I. Peretz, le
jeune Epstein se heurte dès son plus jeune âge aux réalités politiques,
économiques et sociales de son pays.
La Pologne à peine reconstituée (1920) est confrontée à une crise
économique endémique qui ne cesse de s’aggraver. Les militaires y font
régner un régime des plus dictatoriaux et des plus répressifs, utilisant
notamment l’antisémitisme comme soupape de sécurité.
Le jeune Parti communiste polonais, quoique clandestin, lutte sur
tous les plans en faveur des conquêtes sociales, pour les libertés et
contre le racisme. Il porte les espoirs d’une grande partie de la
jeunesse juive. C’est ainsi que Joseph Epstein adhère aux Jeunesses
communistes dès l’âge de 14 ans. Militant actif et efficace, il n’en
poursuit pas moins de brillantes études et travaille afin d’obtenir un
licence de droit à la faculté de Varsovie, mais il est contraint à
l’exil à la suite d’une arrestation et d’une condamnation pour activité
subversive.
La Tchécoslovaquie lui refuse l’asile, il décide alors de venir en
France où il arrive en 1932. Il s’installe à Tours pour continuer ses
études et c’est là qu’il fait la connaissance de Paula, étudiante en
pharmacie, qui deviendra son épouse.
La montée du péril fasciste incite J. Epstein à poursuivre son combat
politique partout où il se trouve. Son militantisme lui attire de
nouveaux ennuis et le couple est contraint de partir à Bordeaux où enfin
Epstein peut terminer sa licence de droit.
Il n’aura pas le temps de commencer une carrière juridique, qu’en
Espagne éclate la guerre civile soutenue, côté franquiste, par Hitler et
Mussolini. J. Epstein est parmi les tout premiers volontaires à se
porter dès 1936 au secours de la République espagnole, avant même que ne
soient constituées les Brigades Internationales. Grièvement blessé à
Irun il est rapatrié en France où il consacre tout son temps à aider la
République espagnole.
En janvier 1938, il repart en Espagne, refuse un poste politique et
devient commandant d’une batterie d’artillerie qui se distingue dans la
bataille de l’Ebre, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de l’armée.
Après la défaite des Républicains espagnols, il rentre en France. Il
est interné au camp de Gurs (Pyrénées orientales). Il s’en évade et
s’engage comme volontaire dans l’armée française en guerre.
Incorporé au 12e R.M.E. son unité est immédiatement
engagée dans les combats de la Somme et de l’Aisne. Il est fait
prisonnier début juin 1940. Il est enfermé dans un stalag près de
Leipzig d’où il s’évade et arrive à Paris le 25 décembre de la même
année.
Dès son retour, il reprend contact avec ses camarades du P.C.F. et
s’engage en Résistance. À la C.G.T. clandestine il est nommé responsable
des sabotages de l’économie de guerre. Remarqué pour son inlassable
activité, pour son courage et son esprit d’initiative, le Conseil
militaire du Front national le nomme en septembre 1942 commandant de la
principale région militaire de France, c’est-à-dire celle de la région
parisienne, ses deux adjoints sont Rol-Tanguy, commissaire politique et
Vallérand, commissaire technique.
Dès lors il va donner la mesure de ses capacités de stratège et de meneur d’hommes.
De septembre 1942 au 16 novembre 1943 date de son arrestation, Joseph
Epstein accumule les actions d’éclat et son bilan est exceptionnel.
Il met en place des détachements de F.T.P-M.O.I. qui étaient et
demeurent les figures emblématiques de la guérilla urbaine. Ces unités
sont souvent désignées par des spécialistes de l’histoire contemporaine
comme « Le fer de lance de la Résistance armée française ».
Le bilan prestigieux qu’il présente après quatorze mois de combat
(interrompu par son arrestation) parle de lui-même. C’est sous ses
directives que des hôtels, des restaurants, des cinémas réservés aux
troupes d’occupation et autres lieux de concentration de soldats
allemands sont attaqués à la bombe. Des voies ferrées, des garages, des
dépôts et des usines sont sabotés. Des formations militaires ou des
camions transportant des troupes sont attaqués à la grenade. Des
officiers supérieurs allemands sont exécutés, tels le docteur Ritter,
responsable en France du Service du travail obligatoire (S.T.O). etc.
Ce bilan aurait pu être beaucoup plus lourd, si les efforts de la
police, dite française (les sinistres Brigades spéciales), n’avaient
fini par réussir à démanteler totalement les groupes de F.T.P-M.O.I. de
la région parisienne.
Traqué et filé depuis des semaines, Manouchian responsable militaire
des FTP-MOI parisiens, avait rendez-vous le 16 novembre 1943 à Evry
Petit Bourg. (Grande banlieue parisienne) avec son chef hiérarchique
Joseph Epstein (colonel Gilles). Au moment de leur rencontre, ils furent
tous deux arrêtés par des inspecteurs de la police française.
Après son arrestation et celle de près d’une centaine de FTP-MOI, un
grand vide s’est installé, les opérations militaires et les attaques
contre les troupes d’occupation, qui avaient fait de Paris la vraie
capitale de la Résistance, ont pratiquement cessé.
Les policiers convaincus qu’Epstein occupait de hautes
responsabilités au sein de la Résistance l’ont immédiatement dissocié
des autres combattants de « L’Affiche Rouge ». Pendant des semaines et
des semaines il subit d’effroyables tortures (il eut la tête déformée et
écrasée par le casque de torture).
Bien qu’en liaison directe avec la direction nationale des F.T.P. pas
un mot ne sortit de sa bouche mutilée, aucun nom, même pas le sien par
crainte que la police ne découvrît sa femme Paula et son fils Georges.
S’il avait parlé, la police aurait pu remonter jusqu’à la direction
nationale des FTP (Tillon) risquant même d’arriver à celle du PCF
clandestin formée par Jacques Duclos et Benoît Frachon.
Malgré toutes ces tortures, il eut encore le courage d’accomplir un
dernier acte héroïque avant de mourir, en permettant l’évasion d’un de
ses compagnons d’internement sur le chemin du supplice. Il prépara même
sa propre évasion, mais celle-ci échoua, car le jour fixé Epstein fut
emmené au poteau d’exécution et fusillé le 11 avril 1944 au Mont-Valérien, un mois et demi après les fusillés de l’affiche rouge.
Il fut enterré à Ivry-sur-Seine, sous le nom de Joseph Andrei.
Il n’y a que quelques années qu’à la demande de mon père Léon Landini
le ministère des Anciens combattants fit apposer son véritable nom sur
sa tombe.
Et en février 2024, il entra enfin au Panthéon en compagnie de ses camarades de l’Affiche rouge.