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lundi 4 mai 2026

Misère de la déconstruction : Deleuze, Foucault, Derrida, « french theorists » au service du nihilo-mondialisme américain


SOURCE : Katehon 2017, par Yannick Jaffré

Si les États-Unis ont été le laboratoire social du post-modernisme, des Européens, Français à l'avant-garde, en furent les théoriciens. Comme souvent, les Américains font d'abord, pensent ensuite et, philosophiquement, presque jamais par eux-mêmes. Ainsi la dissolution du patriarcat, l’individualisme économico-juridique, le règne du consumérisme et le relativisme moral ont-ils été expérimentés aux États-Unis avec plus de spontanéité et de radicalité qu’en Europe. Mais la vague post-moderne a dû ses concepts au travail de philosophes français. Sans l'hégémonie américaine combinant puissance matérielle et mimétisme social, hard et soft power, l'anti-monde des quarante dernières années aurait bien sûr été impossible ; mais sans les élaborations, ou élucubrations, menées en Europe par certains penseurs, il n'aurait pas exercé la même séduction intellectuelle.

Des deux côtés de l'atlantique, cependant, cette hégémonie n'a jamais été complète. L'histoire n'a pas de fin, aucune époque n'est parfaitement synchronique, et toute domination trouve ses contrepoids. Contre le nihilisme post-moderne, le katekhon a bien opéré. - Par l'inertie des traditions culturelles et des structures familiales, par un patriotisme imprégné de religiosité et un populisme qui viennent de porter Trump au pouvoir en Amérique, par un mouvement de réaction contre la « moraline » droit-de-l'hommiste qui doit encore trouver en Europe sa traduction politique. Je suis de ceux qui considèrent que la configuration nihilo-mondialiste est morte, dans l'ordre de l'esprit comme dans celui de la matière. Mais le cadavre poursuit ses destructions, comme un zombie. Il faut donc encore en disperser les restes.

Il n'est pas utile en revanche d'entrer dans les subtilités, somme toute bien facultatives, de la déconstruction philosophique. La diversité interne de ses courants, réelle, n'est pas essentielle. Toutes ses variantes sont rassemblées sur la même ligne de front par leurs cibles communes : l'enracinement historique, la substantialité philosophique, la décence morale et, au strict plan politique, les nations dans leur identité et les États dans leur souveraineté. Somme toute, la déconstruction croise les deux principales idéologies soixante-huitardes : le post-marxisme et le libertarisme, qui ont rapidement surmonté leur antagonisme initial. La première peut être représentée par Toni Negri1 dont les « multitudes mondiales », qui succèdent aux classes nationales, ont pour première passion, plus que la lutte anti-capitaliste, de détruire « cette merde d’État-nation2 » (sic…). Quant à l'autre coulée répandue par mai 68, libertaire et « alterolatre », cosmopolite et « autophobe », elle débouche sur la « gauche morale » immigrationniste. C'est elle que j'aborde ici à travers ses maîtres à penser Deleuze, Foucault et Derrida.

Les Américains, qui leur ont offert chaires sur chaires, les ont regroupés avec quelques autres sous le label « French Theory ». Cette faveur renseigne sur leur compte. Si elles touchent par endroits à l’éternité des grandes œuvres d’art, les philosophies majeures restent en effet, pour une part décisive, filles de leur temps. Il n’est pas seulement permis, il est nécessaire de les apprécier d’après leurs patries d'élection. Cette « géolocalisation » devient même indispensable quand une philosophie prétend lutter contre ce qui domine son époque. On pourrait sous ce rapport s’amuser de la popularité intellectuelle dont jouissent les déconstructeurs chez ceux qu’aux États-Unis on appelle liberals : occupant l’aile gauche du parti démocrate, progressistes en matière de mœurs, laissant intacts les piliers du libéralisme économique, ils sont, autrement dit, des libéraux-libertaires. Acteurs majeurs du capitalisme post-moderne dans sa superstructure idéologique, et bénéficiaires de son infrastructure économique, ils ont fait des déconstructeurs français leurs serviteurs érudits - semblables à ces esclaves grecs qui, dans l'antiquité, chapitraient la jeunesse romaine décadente. A cette différence près que ceux-ci entretenaient les fondements de l'histoire européenne que ceux-là veulent terminer. Pour parler « années 1970 », ces philosophes ont été les « valets du capital » post-moderne.

Lus de Berkeley à Columbia, donc, Deleuze, Foucault et Derrida sont les plus célèbres figures de la French theory. Je vais brièvement entourer le foyer commun de leur pensée. Ayant fait litière de la sentence opportuniste d’Heidegger selon laquelle la biographie des penseurs compterait pour rien3, je dirai aussi quelques mots de leurs parcours politiques personnels.

Deleuze forge des concepts puissants, nietzschéens, animés par les forces de l’art et de la vie. Naturaliste, il croit en suivre les croissances dans le « biotope » politique. Ainsi propose-t-il, dans l’Abécédaire qui a tant contribué à populariser sa pensée, la notion de « devenir révolutionnaire ». Une situation devient à ce point insupportable, dit-il, qu’elle cesse dans une explosion de liberté qui déracine les « arbres » - métaphores de tous les ordres oppressifs. Sur cette terre retournée fourmillent alors des « rhizomes » qui désignent dans la botanique deleuzienne d’imprévisibles ramifications libertaires. Car la liberté pousserait là, dans des « flux », entre les « branches », indisciplinée, anarchique, avant que les arbres liberticides reprennent vite et comme fatalement racine. Deleuze constate avec placidité que les révolutions « tournent mal » sans vraiment dire pourquoi, l’oppression lui paraissant devoir « arriver » à la liberté dans une sorte de balancement cosmique.

On ne peut à l'évidence concevoir avec lui un éventuel rôle positif de l’État, ni la valeur de la substance, au sens stoïcien de ce qui dure, tandis qu’on est happé par des flux « désirants ». Flux dont le potentiel consommateur-destructeur habite l’angle mort de cette pensée. Et c’est sans injustice flagrante que le vocabulaire deleuzien du « nomadisme », de la « déterritorialisation » et donc des « flux », se retrouve aujourd’hui dans la langue du capitalisme financier apatride. Et c'est aussi sans surprise qu'il sert à dissoudre par l'immigration l'identité des peuples et, avec elle, leur souveraineté politique. Deleuze, rétif aux rigueurs de la dialectique hégelienne, méprise les points d’arrêts, de repos et de contrainte, autrement dit les institutions indispensables à la liberté collective. Il renvoie ainsi les moments négatifs politiquement nécessaires – coercition, institution, autorité - aux « passions tristes » spinozistes, aux « forces faibles » nietzschéennes, autrement dit aux pathologies de la soumission. Et sa pensée offre l'aspect d’une sorte d'anarcho-naturalisme artiste qui, par constitution, supporte très mal l'épreuve historique. Ne comprenant l'histoire européenne qu'à travers ses grandes œuvres culturelles, il l'ignore superbement comme destin civilisationnel. Pour ceux qui font de ce destin leur combat, Deleuze n'offre que des armes piégées.

Quant à son parcours personnel, on peut y reconnaître une certaine fidélité et une probité stoïcienne. Il a certes cultivé le fétichisme des marges dans le joyeux (?) désordre de l'université de Vincennes, esquivé ensuite les questions embarrassantes sur les conséquences sociales et existentielles du gauchisme, refusé, en somme, de regarder en face le soleil noir de Mai. Mais après avoir embrassé la veine vitaliste de 68, sans jamais y revenir, il n’a jamais personnellement couru après les bénéfices, narcissiques ou matériels, de l’avant-garde.

On lit chez Foucault une prose théorique parfois étincelante, ainsi dans les inoubliables ouvertures de ses deux œuvres maîtresses, Surveiller et punir et Les mots et les choses. On y apprend aussi beaucoup car un corpus de faits - historiques, scientifiques et esthétiques -, donne à chaque proposition essentielle un appui probatoire. Mais en dépit d’une telle volonté positiviste, le concept foucaldien de pouvoir glisse entre les doigts comme l’eau de Thalès : élément  universel imprégnant toute chose, il serait à ce point répandu dans les institutions, les discours et les pratiques quotidiennes, qu’il en devient impensable. Avec cette conséquence logique qu’on ne peut échapper à un pouvoir partout oppresseur qu’en se projetant le long de lignes de fuite extraordinaires. Cédant comme Deleuze à l’idolâtrie des marges cultivée par son époque, Foucault réserve ainsi l’expérience de la liberté aux déments, aux criminels, aux parricides, aux transsexuels. Dès lors en effet que l’État (et toutes les institutions qui en émanent) ne serait qu’un pur agent d’oppression, n’importe quoi, à la lettre - du maoïsme aux droits de l’homme en passant par la révolution iranienne -, devient contre lui une ressource envisageable. Ayant bien saisi pourtant le passage des sociétés hiérarchisées « verticales » aux sociétés de contrôle « horizontales », Foucault, tout à sa répugnance pour l’État, n’imagine pas de le mobiliser contre les nouvelles dominations. Quant aux « subjectivations » individuelles dont il entreprend l’histoire originale depuis les Grecs, éprouvant chez eux, sans qu’œuvre ici le hasard, une dilection particulière pour les cyniques, elles se logent aujourd’hui à merveille dans le nouveau capitalisme de consommation. Celui-ci absorbe tous les modes de vie alternatifs dès lors qu'ils ne touchent pas, à travers une pensée rigoureuse et substantielle, au cœur de son réacteur. Il accumule les bénéfices de sa propre critique en y employant une armée de serviteurs « impertinents » (dont la « rebellocratie  » du spectacle, selon l'expression de Philippe Murray, occupe au bout de la laisse la tête la plus avancée).

Honnies par le penseur, les institutions de la république ne furent pas si mauvaises mères pour l’universitaire. Il y menait jusqu’en 68 une belle carrière sans vagues, qu’il poursuivit ensuite au Collège de France. Il devient peu après Mai un « compagnon de route » des maoïstes spécialisé dans la question carcérale, avant d’abonder intellectuellement la Révolution islamique iranienne en même temps que, sans solution de continuité, les « nouveaux philosophes » (Deleuze, lui, avait eut le bon goût de les tenir sur-le-champ dans le mépris qui leur revient). Il achève avec eux sa trajectoire en rejoignant le droit-de-l’hommisme4 qui, envahissant le champ politique à partir de la fin des années 70, va former avec l’hédonisme le couple infernal des deux décennies suivantes. Les choses s’aggravent encore post-mortem puisque le principal légataire éditorial de Foucault, François Ewald, allait conseiller, en plus de la Fédération française des sociétés d’assurance, Denis Kessler l’ex-maoïste dirigeant du Medef. Je crois qu’il n’est plus à craindre qu’un jour contre son ambiance apparente, mais conformément à ses lames de fond, le foucaldisme devienne un libéralisme. C'est fait. De son vivant, Foucault avait adopté les uns après les autres les états de la critique institutionnelle, majoritaire, permise et sans risque. A telle enseigne qu’on peut soupçonner son positivisme revendiqué, qui devrait a priori loger sa déontologie dans le respect des faits, d’avoir abrité une sourde servilité au Fait hégémonique s’insinuant, honteuse ou inconsciente d’elle-même, sous la flamboyance des concepts et des poses. 

Derrida, enfin. Il livre quelques puissants textes à l’époque de L’écriture et la différence (1967) avant de se fortifier dans l’idée qu’entre le concept et la métaphore, la philosophie et la littérature, les frontières devaient s’effacer au profit de la notion d’« écriture »5 - qui ne peut chez lui, lecture faite, être confondue avec le style. Se plaçant dans le sillage de Heidegger, Derrida entend « dé(cons)truire » l’équation fondamentale du projet philosophique grec : la saisie de l’être des choses par la pensée rationnelle. S’il n’y a pas lieu de soustraire ce projet à la critique, qui est un de ses gestes essentiels, elle n’en épuise sans doute pas toutes les virtualités. On pourrait au risque de passer pour un humble naïf s’attarder un instant, quels dégoût, mélancolie ou consternation que nous inspire le devenir de l’Occident contemporain, sur les plus hautes réalisations du Logos. Il serait donc pour Derrida à déconstruire d’urgence ou, plus subtilement, il connaîtrait une déconstruction interne que la pensée devrait recueillir. Mais alors que Heidegger entendait pour ce faire une Voix « gréco-allemande » plus ancienne que les calculs de la rationalité technicienne, Derrida reçoit son inspiration là, près de lui-même, dans la lettre hébraïque. Et il fait glisser, après Lévinas et tant d'autres intellectuels juifs, la philosophie d’Athènes à Jérusalem. Elle s'y perd sans retour. Dès lors que le monde est supposé échapper au logos qui s’efforce de l’éclairer, qu’il se renferme désormais dans une écriture indéfiniment déchiffrable, on prend en effet le chemin du désert théologique.

Derrida, adoptant assez naturellement le ton de l’Ecclésiaste rabaissant les vains édifices humains, renvoie ainsi les grandes philosophies à leurs impensés, leur logique consciente à ce qu’elle refoule, leurs intentions rationnelles à une lettre qui, « disséminante » et « différante », les déborde parce que l’infini travaille en elle6. Il passe au rouleau compresseur kabbalistique les distinctions sur lesquelles repose la pensée occidentale (cause et effet, substance et accident, sujet et objet, etc.) avec un acharnement formel qui exprime une sorte de haine froide. Dans une telle atmosphère de confusion, on marche à rebours de l’esprit du logos avec ses déterminations habitables. Rien ici ne paraît pouvoir subsister, durer, s’établir ou s’affirmer sinon, peut-être, la figure du philosophe prophète qui semble posséder, lui et lui seul, la consistance du particulier et le magistère de l’universel. Il juge en effet sans bienveillance, en brandissant une Loi aussi absolue que retirée du commun, les œuvres politiques, les cultures et les mondes particuliers des peuples (moins Israël...) qui veulent être quelqu’un dans l’histoire. Restent alors, pour tout solde, un empêchement de pensée et une théologie judaïque de contrebande.

Quand Deleuze s’installe avec ses concepts vivants dans une affirmation sans dialectique, Derrida administre au sens une correction infinie qui, n’affirmant jamais que l’imperfection du monde, porte en chaire un maître de l’obscurité. On passe donc, d’un French theorist à l’autre, du refus libertaire de la dialectique à son engloutissement dans les eaux glacées d’une théocratie négative. Pour un résultat somme toute équivalent : partageant les mêmes hostilités - métaphysique contre la substance, politique contre la nation-, ils ligotent la philosophie au cosmopolitisme des droits de l'homme.

Derrida s’est montré publiquement plus discret que Foucault. Jouissant dans l’université française d’une marginalité confortable, il empile les chaires américaines, soutient les dissidents tchèques, rentre en 1995 au comité de soutien à Lionel Jospin, duquel il s’éloigne en 2002 parce qu’il juge sa politique d’immigration impitoyable... Il accomplit en définitive le parcours sans faute d’une grande conscience de gauche pétitionnaire – Antigone séfarade d’amphithéâtre contre les méchants Créon d’État - qui ne se risque sur le champ de bataille qu'abrité sous le Paraclet du droit naturel cosmopolitique.

A moins de croire à la stratégie du cheval de Troie, douteuse en général, il faut bien se rendre à l’évidence : ces pensées sont à tel point aspirées par les pôles du monde capitaliste « post-moderne », qui mêle hédonisme et juridisme, qu’elles sont impropres à en combattre les toxines. Pire, elles les répandent. Émasculant intellectuellement la capacité politique des peuples, la déconstruction méprise l’État et la Nation - l’acteur du pouvoir et sa source légitime – au profit de résistances introuvables. Par la Nature chez Deleuze, par les Faits avec Foucault, par la Loi aux termes de Derrida, on finit par perdre la mesure dans les choses, l’autorité des faits vacille et l’esprit des lois devient impensable. En pourchassant avec les gauchistes sa configuration patriarcale, nationale et industrielle, ils ont prêté leurs amples pensées à l’ennemi capitaliste qui, disais-je, passait avec eux au stade puéril, mondial et consumériste. A travers leurs cas particuliers le magistère de 68 est en cause, avec son « héritage impossible7 ».

Les French theorists déconstruisent, critiquent ou subvertissent les catégories de la tradition philosophique occidentale. Mais le poids des choses contrarie sans cesse leur prétention avant-gardiste de dépasser par la pensée ce qui, dans cette tradition, abrite les conditions d’un monde habitable. Même quand ils l’abordent plus humblement, la logique même de leur pensée leur fait maltraiter l’histoire. « Post-modernes », ils ne cherchent dans leur époque, et donc n’y trouvent, que des dates de péremption, frissonnant de plaisir à chaque acte de décès qu’ils croient pouvoir prononcer. En réalité, complaisamment postés partout où le « vieux monde » est déjà mort, ils ne conjurent que des menaces révolues en s'aveuglant avec métier sur les dangers présents.

Qu’on me comprenne bien : je ne pointe pas ici le retard sur le Temps des intellectuels en question. Non, je suis tout au contraire frappé par leur collusion avec le capitalisme dont ils semblent instruire la critique. S’ils étaient « inactuels » ou « intempestifs », ils joueraient du marteau nietzschéen. S’ils surmontaient leur époque, ils suivraient le totem des philosophes selon Hegel, « chouettes de Minerve prenant leur envol au crépuscule ». Bref, s’ils pensaient leur époque en s’écartant d’elle, pour la subvertir, la surmonter ou la dépasser, ils rempliraient le rôle moderne auquel ils prétendent. Mais, épousant la trajectoire du 68 des élites, ils sont passés d’une révolution libertaire parlant marxiste au « droit de l’hommisme » antiraciste millésimé « années 80 ». Via, donc, les universités américaines. Mais ils subissent aujourd'hui, le temps de leur splendeur passé, le retour d'une logique implacable : à force d’ignorer les permanences au fond des choses pour se précipiter à l’avant-garde de la critique de la domination, on est irrémédiablement condamné à épouser les formes que la domination prescrit à sa critique.

C'est au fond le vieux Jacques Duclos qui avait raison. Dans un opuscule paru dès l'été 19688, le dirigeant stalinien mettait en garde contre les descendants de Bakounine jetant des pierres au quartier latin. Ces gauchistes, avertissait-il, propagent un désastreux « amorphisme » révolutionnaire : leur haine des formes, des mœurs et des institutions, les condamne à définir la liberté comme une pure négation ou, ce qui revient au même, comme un pur plastique. « Détruire c’est créer » disait ainsi Bakounine, l’éternel adolescent.

Aux aurores de la modernité, Descartes avait pressenti les audaces terribles qui s’ouvraient devant la volonté infinie, illimitée et prométhéenne à laquelle la science nouvelle faisait découvrir sa puissance. Puissance qui pourrait s’exercer non seulement contre une tradition intellectuelle imparfaite mais aussi, et c’était la crainte de Descartes, contre tous les ordres moraux et politiques. Ainsi ne cesse-t-il dans le Discours de la méthode de mettre en garde contre une extension « démocratique » du doute radical qu’il pratique dans le domaine de la connaissance pure. De la grandeur inquiète de ces commencements, nous sommes passés au gauchisme de consommation « post-soixante-huitard ». S’il recule dans le passé, il continue d’irradier notre présent comme une strate géologique recouverte mais encore active.
Depuis quarante ans, la liberté moderne échoue ainsi sur une plage artificielle qui, après 68, a recouvert les durs, les vertueux pavés « gaullo-communistes ».

Un haïssable petit « moi » s'y agite, formant des pâtés capricieux, qui exige, revenu à la maison, de consommer sans ranger sa chambre. Bientôt père en rollers chantonnant Vincent Delerm, il n’hésite pas à porter des dreads-locks qui, bien acceptées dans son « job », aggravent son cas devant l’Éternel juge de tous les styles. Il prend avec l’âge l'aspect d’un vieux poupon arrogant et vagissant, réclamant l'air méchant de jouir encore et encore, et qui, gênant, tout le monde, ressemble trait pour trait à Dany Cohn-Bendit... Mais Cohn-Bendit va mourir bientôt, son monde est en phase terminale, et la déconstruction restera dans l'histoire de la pensée européenne comme le symptôme d'une dépression passagère. Le réalisme politique, la décence éthique et la consistance philosophique ont commencé leur insurrection. Mais c'est une autre histoire. Elle s'ouvre devant nous.

vendredi 1 mai 2026

Carlos Semprún Maura sobre Guy Debord y Juan Goytisolo : "Paseo entre tumbas" (2004)

 FUENTE https://www.libertaddigital.com/opinion/ideas/paseo-entre-tumbas-1276229394.html

No entiendo por qué tantos paletos carpetovetónicos presumen de haberse cruzado en un pasillo con Guy Debord, sobre todo después de la muerte de éste. Debord fue un hábil estafador y un copista, no sólo en sus escritos, también en sus gesticulaciones. Creyó alzarse a la altura de André Breton a base de expulsiones, uno del grupo surrealista, el otro de la Internacional Situacionista. Pero el talento literario no se mide por ese rasero.

Su única aportación al postmodernismo, son sus confusas tesis sobre la sociedad "espectacular mercantil", que realizó magníficamente cuando, a principios de los años setenta, disolvió su Internacional Situacionista porque "sus ideas habiéndose encarnado en las masas, que las habían hecho suyas, la I.S. había logrado su objetivo revolucionario, y por lo tanto se autodisolvía para no convertirse en una burocracia más." (cito de memoria). Cuando no se tienen ideas fácil es convencerse de que todo el mundo las comparte. La verdad es mucho más rastrera, el señorito Debord se aburrió de su juguete y lo rompió.
 
Hasta ahora yo tenía la impresión de que el Premio Juan Rulfo era un premio discreto, pero se lo han dado este año a Juan Goytisolo, en el marco de la Feria del Libro de Guadalajara (México), que se parece a una continuación del Foro de Barcelona, y de pronto cobra mediática brillantez. En ese contexto publicitario y comercial, y en su discurso académico, Goytisolo afirma que "... nunca he tratado de trepar por el escalafón ni hacer carrera en el Parnaso", con cínica ingenuidad.
 
Hay varias maneras de se conformista y de recibir honores y mordidas, una de las más usuales es precisamente la de fingir rechazarlos, al mismo tiempo que se coleccionan medallitas y premios. Dárselas de diferente y de rebelde en el contexto de la Feria de Guadalajara (las palabras a veces tienen su sentido) es francamente ridículo. Como buen paleto, Goytisolo se las arregla para hablar de Debord, algo que no venía a cuento en esas circunstancias, si no considerara que el situacionista difunto está de moda y que citarle es por lo tanto chic. Nos cuenta que llega a París, ansioso por leer a Gide, Proust, Malraux, Sartre, Camus, y Debord le dice que son pura mierda, o algo así. Goytisolo acusa a "Franco y a su Iglesia", de haberle impedido conocer a esos y otros autores, pero, sin negar la censura franquista, yo conozco a muchos a quienes, viviendo en Barcelona por los mismos años que Goytisolo, se las arreglaron para leer esos y muchos más autores sin necesidad de entrevistarse con Debord en París. Si con admirable modestia confiesa haber abandonado su condición de niño bonito de Gallimard, para lanzarse a la periferia. (¿dónde está eso?), no es por su estatuto de "autor de moda", como indica que Debord le trató públicamente de Goytisalaud (salaud: canalla), sino por su papel de comisario político y delator, acerca de Sartre, antes de convertirse en perrito faldero de las catástrofes nacionales que fueron Fernando Claudín y Federico Sánchez. Además, yo creía que el propio Goytisolo se había arrepentido de ese sucio papel que desempeñó durante la época.
 
Pero me equivoco, no fue Debord quien le abrió los ojos, fue Genet: "El ejemplo cercano del rigor ético y literario de Genet me salvó." Si se le puede conceder dotes literarias o talento o lo que sea a Genet, lo del rigor ético, no es sino otra estafa propagandística, porque reiteradamente Genet puso por las nubes el más despiadado y cruel terrorismo, y basta con releer sus textos, alguno publicado en Le Monde, para poder apostar, sin riesgo, que hubiera frenéticamente aplaudido a los atentados de Atocha. Si eso es rigor ético, ustedes me dirán en qué consiste el crimen contra la Humanidad.
 
Claro, que en Guadalajara, con tamboriles y trompetas mariachis, Goytisolo se ha atrevido a realizar un panegírico del terrorismo, ni siquiera enmascarado. En cambio demuestra un conformismo de sacristía, cuando, usando una de cal y otra de arena, lamenta tanto "la humillación y sufrimientos de los palestinos", como "los atentados terroristas (y) los bombardeos ciegos", tanto "la explosión mortífera de los trenes en la estación madrileña de Atocha", como "el horror del asedio a Sarajevo", etcétera. Declarando que todos son culpables es fácil convencerse de que no lo es ninguno, que la vida no es así de cruel. Desde luego que en las guerras se cometen atrocidades, pero si todas las guerras son injustas, las hay que lo son más. Ponernos todos en el mismo saco y tirarnos al río no te lava las manos ni te limpia de culpas. Por ejemplo, ¿todos los palestinos están "humillados", o hay palestinos en la OLP y en Hamás que son terroristas?, ¿por qué no te atreves a decir, como tu maestro Genet, que son héroes? Yo también me indigné por el asedio a Sarajevo, pongamos, pero no porque entre los asediados hubiera musulmanes, sino porque eran todos víctimas de la barbarie del ejército serbio. Pero también me indigné de la agresión soviética contra Afganistán, y que la derrota de la URSS era entonces el enemigo principal. La Historia no es una autopista recta, rodeada de flores, las malas sorpresas son frecuentes, y las guerras a veces innecesarias, como en Afganistán, o en Irak, o contra los nacionalcomunistas serbios.
 
Como buen turista, Goytisolo presume de sus viajes y nos enseñan sus fotos: "soy barcelonés, he sido parisiense, soy marraquechí, he sido neoyorquino, soy español, a menudo sin ganas, como dijo Cernuda, y desde las últimas elecciones honrado de serlo..."¡La repanocha! ¡Es español sólo cuando gana el PSOE! Y Zapatero le convierte en español con honra. Desde luego no tenemos la misma concepción del "españolísimo", yo soy español y lo fui con y contra Franco, y siempre he considerado que los gobiernos pasan y la nación permanece y evoluciona. Pero ¿por que considera que Zapatero le ha dado un pasaporte español y no únicamente un visado de turista? ¿Por que ha retirado nuestros pocos soldados de Irak, para enviarlos a Afganistán, o por que autoriza los matrimonios homosexuales? Pobre Goytisolo. Se agita, cuando puede regala un manuscrito suyo, como si de momia egipcia se tratara, a Hassan II, que no le recibe, quiere ser rebelde y no sale de los salones de la alta progresía, como audaz ruptura se declara homosexual, cuando no puede estar más a la moda, quiere ser diferente y resulta un clon, quiere abarcar el mundo y por muchas vueltas que le dé, no sale de su pueblo. No se trata de erratas, Don Juan, sino de pueblerinas sandeces.
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mercredi 29 avril 2026

Llegó la Amerikan Perestroika: El Imperio Estadounidense ha Colapsado e inaugura el Salvaje Oeste Mundial

FUENTE https://tarcoteca.blogspot.com/2026/04/llego-la-amerikan-perestroika-el.html?

 El Imperio Americano Colapsó exactamente el 28 de Febrero de 2026, iniciando su periodo de Reforma Profunda, la Amerikan Perestroika


Sea por el motivo que sea, conscientes o no, causa justa o injusta, instigación de Israel o proyecto hegemónico nacional, error de calculo... con el Ataque a Irán y el bloqueo del suministro de los países del Golfo Pérsico, Estados Unidos inaugura a lo grande un Ciclo Económico de décadas, si no definitivo, caracterizado por la energía cara, lo cual trastocará todo su plantel de aliados, rivales y hasta su producción interna. Ya no hay nada que hacer, ahora solo se puede gestionar daños.

Como EEUU ha colapsado y entrado en franca decadencia energética (aparte del resto de decadencias), intenta destruir los sistemas energéticos del resto de países Alemania, Australia, Irán, Hungría, Malasia, Rumanía...  Sabe  que está cayendo en una sima sin fondo, a la que seguirá la Trampa de la Deuda. EEUU quiere que el resto de países estén igual o peor que él si cabe (patada en la escalera). No solo es que él no puede proveerse a sí mismo de energía barata, es que no podría proveer a los demás países aunque quisiera.


Desde ya, podemos observar cómo la vieja arquitectura geopolítica previa al 28 feb se disuelve delante de nuestros ojos, conforme cambian los flujos y cantidades de energía. OTAN, ONU, Petromonarquías, OMC, FMI, G7..., son solo palabras que no significan nada. Lo que antes era rentable ahora deja de serlo. Lo que se movía hacia un lado, lo hará hacia el otro; o incluso no lo hará. Y lo que no pueda conseguir por contrato, lo conseguirá por las armas. Bienvenidos al Salvaje Oeste del S.XXI

Estados Unidos es perfectamente consciente de esta situación, está cambiando de paradigma, y quiere cambiarlo para todos. El Nuevo Mundo de Estados Unidos va a ser también difícil para él, ya que tiene una economía totalmente dependiente de la energía barata y el petróleo, pero cree que lo aguantará mejor que el resto. Y ya ha hecho sus apuestas: Armas, Petróleo y Monopolio.

Las cuentas


EEUU tiene el 4% de la población mundial, produce 2 billones $ en exportaciones (no sabemos si mercancías físicas, pero si como beneficios económicos), y consume el 21% de petróleo, aunque produce el 20% mundial. Su otrora 'barata' sociedad se basaba en el petróleo y la energía barata. Su economía en la deslocalización de la producción. China, con un 12% aproximadamente de la población mundial, consume el 19% de la energía, y exporta 3'3 billones $ anuales. A grosso modo, es el triple más eficiente. Esto nos da una idea del ajuste que debe realizar EEUU y lo que le va a pasar. Su sector primario ya no puede disponer de tanto del petróleo como antes. La agricultura podría subsistir, gracias a las grandes superficies. Pero la minería no. El sector industrial también es totalmente dependiente de la energía, aunque está en su mayor parte externalizado; sobre todo en China. La población se refugia en el sector servicios.

En sus previsiones, EEUU es prácticamente autosuficiente en hidrocarburos, por lo que la retirada del 10-15% mundial subsecuente a la Guerra de Irán no supone una gran diferencia en su previsión de consumo, máxime después de haber conquistado Venezuela. Lo que realmente supone es una retirada de aproximadamente un 20% del petróleo para el resto de países, empezando por los no productores. 

Unas cuentas, que no salen. Porque las previsiones de producción de hidrocarburos son negativas, a pesar de la tecnología del fracking desplegada desde 2016. No un poco, bastante más negativas. 


Plan sin fisuras: Far West para el Brand New World


Lo que viene

Al externo: 

¿Qué sucede cuando los países que son proveedores son los que tienen problemas?  Efectivamente, disminuye la cantidad relativa de producto y, por lo general aumentan precios y la escasez. Pero eso es solo el principio, porque al final, el precio cae.

Cuando el país sufre demasiado, se deteriora, se desmecaniza, pierde servicios, calidad de vida, poder adquisitivo, disminuye su consumo, y baja precios. Disminuye su competencia en el mercado industrial y aumenta en el mercado de las materias primas. Un efecto visto en los 80 como resultado de los créditos del FMI, en los 90 durante la caída de la URSS, en el S.XXI en el Ecuador post Correa, en la Argentina de Miley, Ucrania, y en todos los países sometidos a bloqueo o guerra: Irak, Afganistán, Libia, Siria, Venezuela, Cuba, Yemen... La lista es demasiado extensa como para nombrarla. Lo que EEUU no puede comprar a bajo precio, lo obtiene por las armas a bajo precio. 

Si bien Estados Unidos ahora ha estado bombardeando a las producciones energéticas mundiales, es de esperar que también quiera dañar los centros de producción de armas, principalmente Rusia, China, Europa, para convertirse en el monopolista principal. De todos modos, a pesar de que las armas es una cuestión estratégica nacional, y por tanto bien protegida, nadie dice que no puedan pasar a formar parte del accionariado o situarse en sus listas de  proveedores y financiadores; es decir, controlarlas tácitamente, como el caso de Europa y la OTAN.

Al interno

Está aplicando implacablemente la doctrina de la Producción a Escala y Digitalización. Una tendencia mundial propulsada por la tecnología, imparable, en que la producción de un bien o servicio es centralizado en un solo lugar mundial. Una tendencia que lleva indefectiblemente a la tercermundialización. Es decir, devaluación y disminución del consumo interno. El producto 'escalado' se convierte en un bien monopolizado. Tal vez esta es la palabra que no desean emplear, por eso la esconden entre la verborrea de la IA, tecnofascismo, criptobros, fakenews, etc. Pero la producción concentrada de un producto en manos de una empresa es lo que es, MONOPOLIO de toda la vida. Corporativismo de siempre.

Los monopolios de los que Estado Unidos quiere apoderarse son básicamente 3: energía, corredores y armas.

1 La energía, que por ser una materia prima está deslocalizada: los países productores deben ser sometidos, lo cual implica un Gran Ejército.

2 Los corredores de mercancías: los países controladores y los estrechos (incluida España) deben ser sometidos, lo cual implica un Gran Ejército.. 

Este es el punto donde se encaja el infame proyecto del Gran Israel, controlador regional de energía y corredores de mercancías. Una tarea encomendada por los sionistas financieros de Wall Street y la City, los verdaderos amos de EEUU, a los sionistas supremacistas de Israel, por medio de un Gran Ejército.

3 Las armas. Este es el bien industrial clave, llave del resto de la macabra arquitectura. Propulsada por la IA, las Light off industries, robots, toda la ilusión de Hollywood, alimentada con el producto barato de los países sometidos y financiada por los ya mencionados.

Planazo

Por medio de la energía barata y las armas abundantes controlarán los corredores que les dará acceso a mercancías más baratas aún, que se producirán en todo el mundo, siendo ellos, por su puesto, desde Wall Street, los intermediarios. Pretenden, por ejemplo, ser los suministradores de materias primas a China y vender los productos allí manufacturados con marca americana. A los propios americanos, no al resto. Ese es su plan. 

No quieren un comercio mundial ni de petroleo ni de armas. Quieren ser ellos los proveedores únicos de seguridad y defensa. El resto de productos realmente la dan igual, porque pueden extraerlos del mercado mundial. Un mercado controlado desde Wall Street y la City, y a la orden de Jerusalem. Pero estos dos mercancías, armas y petróleo, son fundamentales tanto para la vida como para la muerte, para la construcción y la destrucción. Los Estado Unidos no tienen las materias primas, ni las fábricas, ni siquiera infraestructuras; pero sí tienen los medios de destrucción que creen que le abrirán todas las puertas del paraíso de las mercancías. O al menos, así piensan. 

Dificultades insalvables

Sinceramente, no creemos que lo vayan a lograr. No van a hacerse con el Monopolio Mundial ni aunque tengan todo el dinero del mundo porque:
- Sus armas son malas, pocas y caras. Buenas para masacrar poblaciones, para hacer bloqueos, para hacer negocios espúrios, pero inútiles contra países. Lo mismo es aplicable a sus armas nucleares.
- Sus productos son malos, y tendentes a empeorar: sobrediseñados, obsolencestes o enshittificados.
- Sus gastos son excesivos, y tendente a aumentar. 
- Su rendimiento ridículo, como hemos visto en las cuentas al compararlo con China.
- Su robotización y digitalización es ineficiente, costosa, y lenta. 
- Han acabado con el talento, hundiendo su sistema educativo y su sistema de incentivos. Es decir, se han cargado su capacidad de innovación.
- Sus aliados son inconsistentes, volubles y volátiles.
- Sus acuerdos ya no son respetados, ellos mismos los primeros.
- A pesar de ser capaces de cooptar élites, sus adversarios son todos los ciudadanos, de todos los países, incluido el suyo, y de todas las condiciones; consecuencia del supremacismo. 
- A pesar de generar guerras delegadas, son incapaces de crear un bloque de aliados y evitar el surgimiento de bloques opositores.
- Falla su sistema de propaganda. "Inexplicablemente", después de saturar las redes con mentiras desde hace 40 años, pretenden que alguien les crea.

Conclusiones

Como cabía esperar, después del Colapso, Estados Unidos está practicando una reorganización interna de todo su sistema productivo, la cual implica una reorganización externa de su sistema de vasallaje.

Los problemas creados a raíz de la Guerra de Irán, en el resto de países, no se harán sentir inmediatamente en Estados Unidos. Podrán aguantar una temporada, tal vez un par de años. Pero el rebufo de la marejada les llegará como un tsunami.

El abandono del softpower, del consenso ideológico mundial, frente al belicismo abierto y la represión, supone un desplazamiento de capitales a estos sectores. Fomenta el salvaje Oeste, rivales fuertes capaces de usar las armas que legitimen intervenciones. Que permitan su infiltración. Pero también implica pérdida de influencia sobre élites extranjeras, dificultad en su cooptación, dificultades en su cooperación, y alianzas multinacionales opositoras. Al tiempo.

En pocas palabras, sus cálculos han fallado de nuevo, porque se han sobreestimado. Y seguirán fallando, porque, con sus niveles de consumo, bajo rendimiento y energía menguante, sus planes son, simplemente IMPOSIBLES. No son realistas. Su única posibilidad es de supervivencia como hegemón es su regionalización en el Fortress America y el Gran Israel y el inicio de reformas profundas.

A la reforma económico-monopolística iniciada, le seguirá una serie de reformas de todo tipo. 

Una vez que se reconfigure el mundo, vendrá un segundo Colapso, por la caída de la producción interna de carburantes. Por eso EEUU va a evitar por todos los medios que este nuevo mundo, estos bloques, acabe de reconfigurarse. Por eso iniciará más guerras regionales.

A este tsunami le seguirán otras varias réplicas, imposibles de determinar pero evidentes. 

Y finalmente, si sobreviven como sociedad, se atendrán al derecho internacional, que es lo que pide el resto de países y de la población de la tierra. Lo que tarden. Eso sí, el reguero de sangre y miseria que dejarán a su paso será épico. 

¿Guerra mundial? Económica, difusa, 2.0, pero, debido a la disuasión nuclear, no como las dos anteriores. Apostaríamos a que tomarán la forma de un Rosario de Guerras Civiles y delegadas.

¿Dónde quedamos nosotras? 

¿Hay sitio para el Pueblo entre tanto ricachón y ejército? ¿Hay sitio para las trabajadoras desposeídas? Cada una somos agentes de cambio; porque a nadie le gustará vivir en lo que se nos viene. Las élites dominantes han demostrado que no son capaces de gestionar ni un resfriado. Nuestro destino manifiesto es despojarlas de su poder, despojarlas de sus propiedades, hacernos con la producción, y repartirla fraternalmente entre el pueblo como iguales. No hay misterio, debemos hacer especularmente lo contrario que ellas hacen, medida por medida. Usar la red cooperativa resilente como respuesta a sus nodos monopolísticos dependientes. Nacionalización generalizada de expropiaciones, desconcentración de capitales privados y comunismo descentralizado. Quieren todo para ellos. Nosotras lo repartiremos todo.

Quieren sumisos soldados; ovejas para enviar a sus holocaustos y aquelarres. Les daremos beligerantes activistas; gatos salvajes con ganas de revolución. En este nuevo escenario en que los mantras neoliberales y neofascistas pierden su efecto sedante, es posible.
 
Salud!PHKl/tctca

mardi 21 avril 2026

Civilisation gréco-latine : Haaretz découvre les rois-philosophes en Iran

Ali Larijani a été tué dans un bombardement israélien le 17 mars 2026 à Téhéran, en compagnie de son fils, Morteza, de son adjoint, Alireza Bayat, ainsi que de plusieurs membres de sa garde rapprochée. Trois jours après la publication de cet article. Il aurait été trop enclin à trouver une solution négociée au conflit au goût de l'armée la plus morale du monde.

 Source secondaire https://www.les-crises.fr/un-dirigeant-impitoyable-un-brillant-philosophe-qui-etait-ali-larijani-l-homme-le-plus-puissant-d-iran/

Source primaire Haaretz, Gi’don Lev 14-03-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises 

Un dirigeant impitoyable, un brillant philosophe : qui était Ali Larijani, l’homme le plus puissant d’Iran ? Il a orchestré le massacre des manifestants en Iran. C’était également un philosophe qui a écrit des ouvrages sur Kant. Les écrits d’Ali Larijani, le plus haut responsable de la sécurité de la République islamique, révèlent une personnalité insaisissable et aux multiples facettes.

Ali Larijani

En juin 2009, des émeutes ont éclaté à l’université de Téhéran pour protester contre les résultats truqués de l’élection présidentielle qui s’était tenue au milieu du mois. Au moins 12 personnes ont été tuées. Ali Larijani, alors président du Parlement iranien, a immédiatement condamné la violence des forces de sécurité à l’encontre des étudiants. Il s’est même rendu sur plusieurs des sites où des étudiants avaient été attaqués et s’est interrogé sur la manière dont des jeunes avaient pu être agressés dans leurs dortoirs au milieu de la nuit. Il a déclaré que la loi devait être respectée et que le ministre de l’Intérieur devait assumer la responsabilité de ces événements.

Dix-sept ans plus tard. Lorsque des troubles ont éclaté en Iran en janvier, menaçant le régime peut-être plus que tout autre événement, l’ayatollah Ali Khamenei a contourné l’autorité du président et s’est tourné vers Larijani, alors à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale. Cette fois-ci, aucune hésitation.

Larijani est largement considéré comme l’architecte du succès de la répression brutale menée cette année, mise en œuvre avec une efficacité impitoyable. Selon diverses estimations, entre 7 000 et 36 500 civils ont été tués, ce qui a conduit les États-Unis à lui imposer des sanctions personnelles. Larijani a rejeté la responsabilité sur les manifestants eux-mêmes, affirmant qu’ils étaient des terroristes agissant sur les ordres d’Israël.

Après l’assassinat de Khamenei lors des frappes israélo-américaines au début de la guerre, Larijani est largement considéré comme l’homme le plus puissant d’Iran, celui qui détient l’autorité suprême en matière de sécurité nationale et de politique étrangère. Il n’a pas été choisi pour succéder au Guide suprême, non seulement parce qu’il n’est pas son fils, mais aussi parce qu’il n’est pas un religieux, condition indispensable pour occuper ce poste. Pourtant, c’est lui qui devrait guider le nouveau guide à chaque étape, alors que ce dernier prend ses fonctions dans une période particulièrement complexe.

Larijani affiche un parcours presque incroyable. En quarante ans, il a gravi les échelons pour occuper des postes clés dans tous les centres de pouvoir de la République islamique. Il a été officier supérieur des Gardiens de la révolution, ministre de la Culture, responsable de la propagande, président du Parlement, candidat à la présidence et, depuis l’année dernière, secrétaire du Conseil de sécurité (fonction qu’il avait déjà occupée il y a quelques années). Il incarne à lui seul l’essence même du régime iranien.

Larijani peut sembler n’être qu’un rouage impitoyable de plus dans la machine, du genre de ceux que les régimes sombres produisent à la chaîne. Mais il n’est pas seulement cela. Même s’il a occupé des fonctions gouvernementales pendant des décennies, il n’a jamais renoncé à ce qui semble être sa plus grande passion : la philosophie. Ce politicien au sang-froid est également philosophe, maître de conférences en philosophie à l’université de Téhéran et spécialiste de la pensée de Kant sur les mathématiques et les sciences ; il a écrit pas moins de six ouvrages de philosophie et de nombreux articles.

J’ai passé cette dernière semaine alors que la guerre fait rage, plongé dans les écrits de Larijani, autant que faire se peut, étant donné que l’Internet iranien était en grande partie coupé, les sites universitaires et même le site personnel de Larijani étant bloqués. J’ai découvert un esprit brillant qui parvient à concilier, comme peu d’autres, une vie contemplative et une vie d’action, ce qui n’est pas une mince affaire. Dans ses écrits, Larijani tente de défendre les prémisses fondamentales de sa vision religieuse extrême du monde en utilisant les règles de la philosophie occidentale, et il avance souvent des arguments qui invitent véritablement à la réflexion.

La lecture de son œuvre est une expérience déconcertante. D’un côté, se dessine le portrait d’un homme pragmatique qui n’hésite pas à adresser des critiques acerbes aux autorités de son pays, qui aspire à une société moderne et développée, et qui s’exprime dans des écrits portant sur la liberté d’expression et la démocratie. De l’autre, se détache clairement la figure d’un musulman « fondamentaliste », comme il se définit lui-même, qui prône la primauté de l’idéologie religieuse.

Larijani estime que la véritable guerre ne porte pas sur les biens matériels, mais sur l’esprit. Il met en lumière les maux du monde occidental et leur tend un miroir, un miroir qui peut parfois nous mettre au défi, et qui suscite parfois un profond dégoût.

Ali Larijani, âgé de 67 ans, est issu d’une famille qui a été décrite comme l’équivalent iranien de la famille Kennedy. Son père était un haut dignitaire chiite. Son frère aîné, le Dr Mohammad Javad Larijani, a été un proche conseiller de Khamenei en matière d’affaires étrangères. Mohammad Javad a étudié les mathématiques à l’université de Californie à Berkeley, a fondé un centre de physique théorique en Iran et a été le premier à obtenir l’autorisation d’introduire Internet dans son pays. Son deuxième frère, Sadiq Larijani, dirige le système judiciaire iranien depuis une décennie et occupe depuis 2018 le poste de président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, un puissant organe gouvernemental. Le plus jeune frère, Bagher Larijani, a précédemment occupé les fonctions de vice-ministre de la Santé et de recteur de l’Université des sciences médicales de Téhéran. Ali Larijani lui-même a épousé Farideh, fille du disciple le plus proche de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, Morteza Motahhari, l’un des principaux idéologues de la Révolution islamique.

« On voit l’empreinte de cette famille dans le système judiciaire, en politique et dans le domaine des sciences », explique à Haaretz le professeur Mehrzad Boroujerdi, spécialiste de l’Iran à l’Université des sciences et technologies du Missouri.

Il est intéressant de constater que les « Kennedy » iraniens ont tous un profil d’intellectuels. Même Sadiq, qui est un religieux, est diplômé en philosophie occidentale ; il a écrit des ouvrages sur la philosophie du langage, la philosophie morale et la philosophie analytique, et a traduit des travaux des philosophes Karl Popper et Geoffrey Warnock.

Ali Larijani a obtenu une licence en mathématiques et en informatique à l’Université technologique de Sharif, l’établissement le plus réputé dans ce domaine en Iran. Il s’est ensuite réorienté vers des études en master et doctorat de philosophie, et a consacré sa thèse à la philosophie des mathématiques d’Emmanuel Kant. Il a par la suite publié trois ouvrages sur Kant, ainsi que des livres sur la philosophie politique et la gouvernance, sans compter de nombreux articles universitaires parus dans des revues persanes.

Le choix de Kant par Larijani peut être examiné à la lumière du choc des civilisations dont est issu le dirigeant iranien. En 1979, pour la première fois dans la période moderne, une théocratie, système de gouvernement fondé sur les lois religieuses, a vu le jour. Les partisans de la révolution ont cherché à présenter l’islam comme une idéologie à part entière, à même d’offrir une alternative philosophique viable au monde moderne, et de nombreux intellectuels ont joué un rôle central pour définir la vision du monde de la République islamique.

Selon cette vision, la civilisation occidentale avait atteint son point de rupture, et était aux prises avec des problèmes tels que l’aliénation et la solitude. La seule solution, selon cette vision, consistait à abandonner l’égoïsme et l’humanisme occidentaux, à renoncer à son scepticisme et à déraciner l’arbre « pourri » de la modernité elle-même.

La tension entre ces deux facettes de sa vision du monde a accompagné Larijani tout au long de sa vie : d’un côté, c’est un pragmatique qui reconnaît l’importance de la science, de la technologie et de l’économie, et qui aspire à une société moderne ; de l’autre, c’est un fondamentaliste.

« L’Iran n’est pas seulement un État caricatural dirigé par les ayatollahs », explique Boroujerdi. « On y mène des débats approfondis sur des sujets intellectuels. Les Iraniens s’efforcent de comprendre la place de la tradition et ce qu’ils peuvent apprendre de l’Occident. Les diplômés universitaires sont tenus de lire les textes fondamentaux de la philosophie occidentale. »

« En Iran, on considère qu’il faut connaître la philosophie occidentale pour comprendre et faire progresser la philosophie islamique », explique le professeur, ajoutant que même le chef de la révolution de 1979, « Khomeini lui-même, a étudié Platon et Aristote. Sa conception du chef religieux est une variante du roi-philosophe de Platon. »

Pour autant, la décision de Larijani de centrer ses recherches spécifiquement sur Kant ne va pas de soi. La pensée critique de Kant est annonciatrice des Lumières, et sa philosophie est associée à la laïcité et s’oppose clairement au fondamentalisme. Kant est le philosophe le plus important du mouvement auquel s’est opposée la Révolution islamique. Larijani a choisi de se pencher sur son œuvre et d’obtenir en quelque sorte son aval.

« Larijani a suivi une formation de mathématicien, et chez Kant, il existe un lien entre les mathématiques, la morale et la théologie », explique Ofra Rechter, du département de philosophie de l’université de Tel Aviv. « Seuls quelques chercheurs ont abordé ce lien. Dans l’un de ses premiers textes, qui n’intéresse que les philosophes des mathématiques, Kant a répondu à la question de savoir si la certitude en théologie est possible au même titre qu’en mathématiques. Il a soutenu que oui. »

Un exemple intéressant du travail de Larijani est un article dans lequel il s’interroge sur la nature de la démonstration mathématique : qu’est-ce qui fait qu’une suite d’arguments constitue une « démonstration », et quel est le lien entre l’intuition et la démonstration mathématique dans la philosophie de Kant ?

« Dans son article, Larijani cherche à montrer que la différence entre un argument philosophique et une démonstration mathématique ne réside pas dans l’argument lui-même, mais dans les hypothèses, c’est-à-dire dans les axiomes à partir desquels on procède », explique le Dr Rechter. « Il prend part à un débat d’interprétation et franchit une nouvelle étape. Il part d’une affirmation communément admise et tente de démontrer qu’il en découle l’affirmation que les chercheurs qui la défendent souhaitent rejeter, à savoir que l’intuition joue également un rôle dans la reconnaissance des axiomes mathématiques. »

À partir de là, Larijani aborde l’une des questions centrales de la philosophie des sciences, connue sous le nom de « problème de la démarcation », dans le but de clarifier quelle devrait être la relation appropriée entre les institutions religieuses et la recherche universitaire. Ce problème trouve son origine dans la difficulté de distinguer sans ambiguïté les théories scientifiques des théories non scientifiques, y compris dans le cas de certaines descriptions religieuses qui, selon les philosophes, devraient être soumises à la critique scientifique. La solution acceptée étant que seules les affirmations fondées sur l’observation empirique sont scientifiques, et que par conséquent les affirmations métaphysiques (celles qui traitent de la nature de la réalité, de l’existence de Dieu et du lien entre le corps et l’âme) sont intrinsèquement des absurdités dénuées de sens. Le philosophe autrichien de renom Karl Popper a proposé une autre réponse : le critère permettant de déterminer le statut scientifique d’une théorie réside dans sa capacité à pouvoir être vérifiée, mais aussi réfutée.

Larijani s’est penché sur le « principe de réfutation » de Popper. Selon lui, ce principe n’implique pas que les théories non réfutables soient dénuées de sens. « La question posée par Popper n’était pas “Pourquoi y a-t-il un sens ou une importance ?” ni “Qu’est-ce qui est vrai ou acceptable ?” », a déclaré Larijani lors d’une de ses conférences, « mais plutôt de tracer la ligne de démarcation entre les systèmes théoriques des sciences empiriques et tous les autres systèmes. »

Selon Larijani, la métaphysique, tout comme la science, exprime à sa manière la quête humaine de la vérité. Il s’agit simplement de vérités relevant d’autres domaines. « L’accent mis sur le problème de la démarcation et sur la théorie de la méthode de Kant permet à Larijani de tenter de réconcilier les institutions religieuses et les universités, et ainsi de soustraire l’enseignement supérieur à l’emprise des institutions religieuses centralisées en Iran », explique Rechter. « En s’intéressant à la méthode de Kant et grâce à des recherches pointues et non dogmatiques, Larijani parvient à reprendre certains aspects complexes de la pensée de Kant et à les mettre au service d’une rhétorique qu’il pousse plus loin que ne le souhaitaient les religieux. « Il établit un lien entre les aspects les plus profonds et les plus abstraits de la philosophie de Kant d’une part, et les besoins les plus concrets de l’État d’autre part, afin, d’une part, de permettre la pérennité du monde religieux islamiste tel qu’il est, et, d’autre part, de freiner la centralisation de cette pensée religieuse. Les séminaires religieux enseigneront la religion, et les universités enseigneront ce qu’elles enseignent, et il y aura de l’humilité entre les différentes approches – c’est la seule façon pour que toutes puissent s’épanouir. »

Dans l’un de ses discours, Larijani a abordé sans détour la tension entre religion et science. La possibilité de réconcilier les deux ne réside pas, a-t-il déclaré, dans la recherche de points communs, mais dans la reconnaissance du fait que la vérité revêt de multiples facettes, comme le révèlent les recherches menées dans différents domaines. « C’est pourquoi nous devons reconnaître humblement le travail des autres, en comprenant que chaque domaine révèle une partie de la vérité. Et lorsque nous menons une recherche dans un domaine particulier de la vérité, nous ne devons pas transposer nos conclusions à d’autres domaines. Bon nombre de controverses naissent du fait que des conclusions propres à un domaine particulier s’immiscent dans d’autres domaines, sans toutefois respecter la méthodologie propre à ces derniers ».

La science et la religion relèvent peut-être de deux domaines de recherche distincts, mais elles s’opposent aussi. Et lorsqu’il y a conflit, le choix de Larijani est clair.

Larijani commence sa vie active dans le Corps des Gardiens de la Révolution dans les années 1980, pendant la guerre Iran-Irak, et a gravi les échelons au fil des ans jusqu’au grade de général de brigade. Il a également travaillé au centre de recherche de l’organisation, et il s’est alors attaché à élaborer un cadre théorique pour la doctrine du « Velayat-e Faqih » (tutelle du juriste islamique), qui constitue le pilier de la structure politique iranienne.

À partir de là, son ascension vers les plus hautes sphères du régime a été fulgurante. En 1992, il a été nommé ministre de la Culture, en remplacement du réformiste Mohammad Khatami. Larijani a occupé ce poste pendant deux ans, période durant laquelle il a renforcé la censure dans tous les domaines culturels du pays. Au cours de son mandat, des tentatives ont même été faites pour supprimer ou modifier des passages d’œuvres littéraires classiques iraniennes, sous prétexte qu’ils étaient provocateurs ou inappropriés.

Sa réussite à ce poste lui a valu d’être nommé, en 1994, à la tête de la Radiotélévision de la République islamique d’Iran, seule autorisée à diffuser des émissions de radio et de télévision dans le pays. Pendant onze ans, Larijani a contrôlé et considérablement développé la machine de propagande iranienne ; il a ouvert six stations de radio et cinq chaînes de télévision (seules deux chaînes existaient avant son arrivée au pouvoir). Parallèlement, il a réduit la diffusion de programmes étrangers et renforcé l’emprise du régime sur les émissions produites localement.

La philosophie de Kant est associée à la laïcité et s’oppose clairement au fondamentalisme. Il est le philosophe le plus éminent au sein du courant auquel s’est opposée la Révolution islamique. Larijani a choisi de s’en inspirer et d’obtenir en quelque sorte son aval.

On peut discerner sa manière de penser dans la façon dont il dirigeait l’appareil de propagande. Il affirmait, à juste titre, que les médias et l’art reposaient sur un fondement philosophique, façonné par leurs présupposés métaphysiques. « Si l’on examine la perspective occidentale à partir du XIXe siècle, on voit émerger une perspective entièrement centrée sur l’humanité », a-t-il déclaré un jour. « Tout dans le monde doit être organisé de manière à ce que les êtres humains puissent vivre heureux, et toute contrainte imposée aux êtres humains n’existe que pour prévenir tout préjudice. C’est ce type de pensée qui se reflète également à la télévision et au cinéma. »

Larijani a voulu modeler les médias iraniens selon les principes intellectuels de la République islamique. Selon lui, la seule raison d’être de l’art est de servir d’outil dans la quête de la vérité : « Les êtres humains existent pour découvrir la vérité. L’art fait appel à l’émotion et à la sensibilité, mais pas de manière arbitraire. L’art doit tendre vers la transcendance. » Il a également souligné la qualité des œuvres iraniennes. « Je ne veux pas généraliser, il existe aussi des œuvres majeures en Occident, mais généralement pas dans une telle mesure. À Hollywood, seule une petite fraction des films peut être considérée comme des oeuvres majeures. Les œuvres iraniennes se distinguent par leur orientation spirituelle et intellectuelle. »

Il avait également conscience du pouvoir de la culture et des médias pour faire évoluer la conscience collective. « La transformation culturelle obéit à sa propre méthodologie », faisait-il remarquer. « Les croyances doivent changer, et les êtres humains doivent modifier leur comportement, de leur plein gré. Le changement culturel ne peut être imposé par une pression sociale rigide. Une rigidité excessive entraîne un fort rejet. Si nous sommes confrontés à des problèmes sociaux et culturels, c’est par des moyens culturels qu’il faut les résoudre. »

Selon le magazine en ligne « Tehran Bureau », sous la direction de Larijani, l’autorité nationale de l’audiovisuel a consolidé la mainmise des extrémistes sur d’importantes institutions de l’État. Il a par exemple lancé une émission de télévision intitulée « Hoviyat » (« Identité »), dans laquelle les intellectuels progressistes et les détracteurs de la République islamique étaient violemment attaqués. Cette émission servait souvent de tribune pour poursuivre et emprisonner les opposants au régime. De plus, Larijani a fondé un quotidien qui s’en prenait aux réformistes.

Bien avant l’ère de l’intelligence artificielle, Larijani s’était déjà spécialisé dans les fausses informations. En 1997, il a donné son feu vert à la production d’un film qui montrait prétendument des partisans du réformiste Khatami, alors candidat à la présidence, en train de danser et de chanter le jour de l’assassinat de l’imam Hussein, la figure la plus sacrée d’Iran. Ces images étaient fausses.

Après avoir dirigé pendant plus d’une décennie le département de la propagande, Larijani a continué d’exercer les fonctions de conseiller personnel de Khamenei et de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, postes qu’il a occupés jusqu’en 2007 (il a repris cette dernière fonction en août dernier). Le Conseil est chargé de définir la politique de défense et de sécurité nationale, ainsi que de superviser les négociations relatives au programme nucléaire iranien. Larijani a donc été le négociateur en chef pour le programme nucléaire iranien et a joué un rôle clé dans l’élaboration de la position de l’Iran sur l’accord nucléaire de 2015. Il a fait preuve d’une approche pragmatique, soutenant la diplomatie pour réduire les sanctions, mais sans compromettre la sécurité de l’Iran.

En 2005, Larijani s’est présenté à l’élection présidentielle, mais a été battu par Mahmoud Ahmadinejad. Dans le cadre de sa campagne, Larijani a critiqué la direction réformiste dirigée par Khatami, affirmant qu’elle avait négligé l’économie. « Soixante-quinze pour cent des revendications du peuple iranien sont d’ordre économique », a-t-il déclaré. « Seuls 5 % sont d’ordre culturel ou politique. »

Jack Straw, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, a rencontré Larijani et Ahmadinejad en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à cette époque. Il se souvient de Larijani comme d’une personnalité plus raffinée que le président. Alors qu’Ahmadinejad portait des vêtements datant du début des années 1980, Larijani est arrivé vêtu d’un polo Ralph Lauren soigneusement repassé, a écrit Straw dans ses mémoires.

Dans l’ouvrage qu’il a publié la même année, « Alliance avec le peuple », Larijani a proposé « un nouvel Iran, un Iran qui cherche à mettre fin à une ère d’arriération et à réussir une renaissance scientifique et technologique, qui irait de pair avec une augmentation de la richesse nationale. C’est pourquoi l’économie doit devenir la priorité absolue à l’heure actuelle. » Il présente un plan de transformation menant à un « État moderne » et se concentre sur des questions telles que le progrès scientifique et technologique, la réforme religieuse, la lutte contre la corruption économique au sein des entités étatiques, s’attaquant à la fuite des cerveaux, mais également s’assurant de la « préservation de l’identité nationale iranienne dans le processus de mondialisation ».

La tension entre ces deux facettes de sa vision du monde a accompagné Larijani tout au long de sa vie : d’un côté, c’est un pragmatique qui reconnaît l’importance de la science, de la technologie et de l’économie, et qui aspire à une société moderne ; de l’autre, c’est un fondamentaliste.

Cette tension, soit dit en passant, se manifeste également au sein de sa famille. L’une de ses filles, médecin et chercheuse en cancérologie aux États-Unis, a publié une soixantaine d’articles dans des revues scientifiques ; elle a récemment été licenciée de son poste à l’université Emory en raison de l’influence considérable de son père en Iran. Il est donc évident que Larijani a élevé sa fille dans un esprit d’indépendance et de réussite personnelle. Mais lors d’une rare interview, son épouse Farideh a évoqué le point de vue de son mari sur la condition des femmes. Selon elle, même si Larijani estime que, certes les femmes peuvent parfois assumer certaines fonctions clés bien mieux que les hommes, en raison de leurs responsabilités liées à la gestion du foyer et à l’éducation des enfants, il est selon lui préférable qu’elles n’occupent pas de fonctions en dehors du foyer.

Dans ses propos sur la liberté humaine, Larijani a naturellement affirmé que tous les êtres humains, du simple fait d’être humains, ont droit à la liberté. « La nature humaine est telle qu’il faut être libre de penser. Par conséquent, la liberté de pensée est un droit. »

Mais voici que vient un grand « mais », qui revient en fait à légitimer le concept d’une police de la pensée. Sa thèse est simple : tout comme dans l’apprentissage, tout doit reposer sur un ordre logique, et par conséquent, toute pensée dépourvue de cohérence logique doit être rejetée et ne pas être diffusée dans la société, il en va de même pour l’éthique. « Tout ce qui peut élever spirituellement la société devrait jouir de liberté dans son domaine et englober une variété de goûts et d’inclinations », a déclaré Larijani, « tandis que tout ce qui conduit à la dégradation sociale devrait être considéré comme dépassant les limites de la liberté spirituelle. » Qui décide de ce qui conduit à l’élévation et de ce qui conduit à la dégradation ? Larijani, bien sûr.

Il a tenu des propos similaires au sujet de la démocratie. « La démocratie n’est peut-être pas toujours la méthode idéale, mais c’est celle qui est la plus largement acceptée. C’est une voie méthodologique, une approche pragmatique pour guider la société vers la réussite. Une société réussit d’autant mieux lorsque son gouvernement bénéficie d’une large adhésion de la part de ses citoyens. Mais tout comme la liberté spirituelle de pensée a besoin d’un cadre, il en va de même pour la démocratie. Que signifie ce cadre ? C’est un cadre qui mène à un objectif, et cet objectif est le bien-être de la nation. »

C’est là que le raisonnement s’aventure dans des domaines métaphysiques qu’un libéral aurait beaucoup de mal à accepter. Dans la pensée métaphysique libérale, la société en tant que telle est dépourvue de tout caractère absolu : elle n’est qu’un ensemble d’individus liés par un contrat social. Le point de vue de Larijani est différent. Selon lui : « La société possède une identité existentielle distincte de celle de l’individu. Autrement dit, l’entrelacement des esprits des individus au sein d’une nation crée une âme collective indépendante. Si nous reconnaissons cette identité indépendante, nous devons également reconnaître ses droits. Selon la pensée islamique, cette âme collective poursuit un objectif : elle aspire à la prospérité et à la rédemption. »

Si tel est le cas, il faut alors mettre en place des cadres destinés à orienter la démocratie vers son objectif, conformément aux principes de l’islam. En d’autres termes, « la législation de l’État n’a de sens que lorsqu’elle est conforme à ces principes et à cet objectif ».

Larijani a occupé le poste de président du Parlement iranien pendant trois mandats consécutifs, entre 2008 et 2020, une fonction qui en a également fait une figure centrale du pouvoir législatif. Au cours de son mandat, il a veillé à ce que l’accord sur le nucléaire soit approuvé par le Parlement, mais a également durci la répression à l’encontre des personnalités qui tentaient de saper le régime. La combinaison de ces deux approches lui a valu la réputation d’un conservateur pragmatique.

Sa capacité à jouer sur les deux tableaux en a fait au sein de l’Iran la figure de proue de la médiation, capable de dégager un consensus même dans les situations difficiles. Cependant, cela lui a également valu les critiques des cercles purs et durs du régime. Lorsqu’il a tenté de se présenter à la présidence à deux reprises, en 2021 et en 2024, sa candidature a été invalidée en raison d’un mode de vie jugé insuffisamment pieux. Le professeur Lior Sternfeld, spécialiste de l’Iran à l’université Penn State, affirme que « Le discours politique de Larijani ne peut être facilement classé d’un côté ou de l’autre. Ses opinions sur certaines questions penchent davantage vers le centre politique que celles de Khamenei, par exemple. »

Même s’il n’a pas pu être élu président, son pouvoir politique n’a cessé de croître. En 2021, Larijani a été chargé de superviser les négociations avec la Chine concernant un accord de coopération stratégique d’une durée de 25 ans, évalué à plusieurs milliards de dollars. Au fil des ans, il s’est rendu à plusieurs reprises à Moscou en tant qu’émissaire du Guide suprême Khamenei et y a rencontré Vladimir Poutine, contribuant ainsi au maintien de liens étroits entre les deux pays. Il a également été l’envoyé de Khamenei à Damas et à Beyrouth. Depuis 2020, il siège également au Conseil de Discernement de l’intérêt supérieur du régime, un organe puissant qui supervise le parlement et a le pouvoir d’invalider des lois et de disqualifier des candidats aux élections (il avait déjà siégé au conseil entre 1997 et 2008).

Cependant, en parallèle, Larijani continue de critiquer vivement le gouvernement, depuis l’intérieur même du système. En 2024, il a publié l’ouvrage « Sagesse et discernement dans la gouvernance », dans lequel il souligne l’importance de la pensée logique dans la prise de décision administrative et politique, formule des critiques explicites à l’égard de la structure politique et évoque même la nécessité d’une nouvelle interprétation de la Constitution de la République islamique. L’une de ses propositions consiste à créer un conseil chargé de remédier aux failles structurelles de l’État qui, selon lui, comprennent : un déclin du capital social, une faible capacité de gestion, l’érosion de la cohésion nationale et un manque d’innovation. Son approche est très pragmatique et tournée vers les solutions.

Larijani estime que, certes, les femmes peuvent parfois assumer certaines fonctions clés bien mieux que les hommes, en raison de leurs responsabilités liées à la gestion du foyer et à l’éducation des enfants, mais qu’il est préférable qu’elles n’occupent pas de fonctions en dehors du foyer.

Mais Larijani rejette la solution la plus simple aux problèmes. Dans un article publié en juin 2024, il se demande pourquoi, alors qu’il existe un modèle efficace de gestion de la société sous la forme de la civilisation occidentale, il faudrait s’efforcer de mettre en place une société religieuse, quelque chose qui, comme il le reconnaît lui-même, n’a jamais été réalisé avec succès au cours de l’histoire.

« La réponse à cette question, répond Larijani, réside au cœur même de la différence entre ces deux perspectives : la société religieuse et la civilisation occidentale. Selon cette vision, la société religieuse est orientée vers la recherche de la vérité et fonctionne de manière rationnelle, tandis que la civilisation occidentale est orientée vers la recherche du plaisir et guidée par les émotions. »

L’année dernière, dans le sillage de la recrudescence des tensions avec les États-Unis et Israël au sujet du programme nucléaire, Larijani a de nouveau été appelé à occuper le poste de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale. Selon le Wall Street Journal, il était chargé de la réponse iranienne aux attaques israéliennes et américaines de juin dernier, ayant notamment pris la forme du lancement de centaines de missiles balistiques sur Israël.

Avec la mort de Khamenei au début de la guerre actuelle, Larijani s’est imposé comme la figure clé du régime. Il est chargé de coordonner les réponses militaires et politiques complexes à la menace qui pèse sur divers organes gouvernementaux, sans oublier les attaques contre les pays arabes voisins.

Son expérience à la tête de l’autorité nationale de l’audiovisuel lui est également utile aujourd’hui. Il publie des messages sur X et vise directement au cœur de la controverse qui agite l’opinion publique américaine. « Trump a succombé aux pitreries de Netanyahu et a entraîné le peuple américain dans une guerre injuste contre l’Iran », a-t-il écrit dans un post, ajoutant dans un autre : « Trump a trahi le slogan “America First” pour adopter celui d’“Israel First” ». Lors de ses apparitions publiques, Larijani affiche une position belliciste et promet que les États-Unis et Israël paieront un lourd tribut et « regretteront leurs agissements ». Cette semaine, il a même explicitement menacé Trump. « Le peuple iranien n’a pas peur de vos menaces », a-t-il écrit. « Prenez garde, sinon c’est vous qui serez éliminé. »

Dans son ouvrage « La République », Platon a décrit l’État idéal, une société qu’il a baptisée « Callipolis ». Selon lui, seule cette société idéale mettra fin aux « troubles des États ». Une seule chose distingue Callipolis de tous les autres États : le dirigeant de l’État est un philosophe. En d’autres termes, « le pouvoir politique et la philosophie se retrouvent ainsi entre les mêmes mains ».

Au cours de l’histoire, les exemples de tels « rois-philosophes » ont été rares. Alexandre le Grand, formé par Aristote, a accompli des exploits sans précédent, tandis que Marc Aurèle, auteur de l’œuvre immortelle « Méditations », est considéré comme l’un des meilleurs empereurs de l’histoire romaine. Frédéric le Grand, également considéré comme l’un des monarques les plus influents de l’histoire européenne et celui qui a fait de la Prusse une grande puissance, a rédigé des écrits philosophiques. Au XXe siècle, le professeur Tomáš Masaryk se distingue ; il était maître de conférences en philosophie et a été le premier président de la Tchécoslovaquie à partir de 1918. Mais à l’exception d’une poignée de cas, les philosophes ont presque entièrement quitté les cercles du pouvoir.

Et pourtant, dans le conflit actuel, il s’avère que l’un des acteurs principaux est un philosophe doté d’une grande influence politique. Il ne semble pas toutefois que l’objectif de ce philosophe soit de mettre fin aux « troubles des États », comme le disait Platon.

D’une part, il est évident que Larijani est passionné par la philosophie, qu’il est un homme réfléchi qui aspire rationnellement à une vie meilleure. Mais dans ses actes, il ressemble à une autre figure philosophique classique, non pas un roi-philosophe, mais un prince-philosophe, le type de souverain décrit par Machiavel, pour qui la valeur suprême réside dans la préservation de son pouvoir et de son règne, à tout prix.

Le philosophe Baruch Spinoza s’opposait à tout système politique reposant sur la vertu ou la sagesse d’un individu. Selon lui, un État ne devait pas dépendre de la sagesse d’une seule personne ; les institutions politiques devaient plutôt être conçues pour fonctionner efficacement même lorsque les individus agissent sous l’emprise de la passion, de la peur et de leurs intérêts personnels, et non pas uniquement en fonction de la raison. C’est pourquoi Callipolis ne repose pas sur un dirigeant brillant, mais sur des institutions et des lois qui organisent le pouvoir de manière rationnelle et garantissent un certain degré de liberté et de stabilité.

De son côté, Popper soutenait que la question importante en politique n’est pas « Qui doit gouverner ? », mais « Comment mettre en place des institutions permettant d’empêcher les dirigeants incompétents ou corrompus de causer trop de dégâts ? » L’idée du roi-philosophe s’inscrit, selon Popper, dans une tradition autoritaire de la philosophie politique. Plutôt qu’un gouvernement des sages, il mettait l’accent sur une structure démocratique impliquant la séparation des pouvoirs, le pouvoir de contrôle exercé par les citoyens et la possibilité de changer de gouvernement sans recourir à la violence.

Une structure aussi puissante que celle-là existe encore en Israël. Ses effets sont visibles dans les chiffres du PIB par rapport à l’Iran ou dans les rapports de force de la campagne militaire actuelle. Cette structure israélienne est en train d’être démantelée par des idéologues et des religieux juifs, convaincus de la justesse de leur démarche. C’est peut-être là l’élément le plus frappant dont j’ai pris conscience en lisant Larijani.

La critique que fait Larijani des fondements de la pensée occidentale, ainsi que son appel à transcender la modernité, ne doivent pas être écartées trop hâtivement et méritent d’être analysés. Mais en fin de compte, ses actes ont dépassé tout ce qui peut se justifier au nom d’une quelconque philosophie. « Larijani n’est pas le premier homme de lettres de l’histoire à être devenu un tyran brutal », déclare Sternfeld. « C’est un idéologue convaincu, et il a commis des actes meurtriers au nom de son idéologie. »

On serait tenté de voir en Larijani un héros tragique acculé au point de devoir ordonner un massacre. Mais lui-même rejetterait sans doute une telle description qui, à ses yeux, est occidentale, sentimentale et manque de courage. Il a renoncé au bien, au sens le plus profond du terme, au nom de la foi qui est la chose la plus importante dans sa vie. À l’instar d’Abraham, le père des croyants, qui était prêt à immoler son fils unique, qu’il aimait. Et pourtant, il y a un autre détail important dans cette histoire. Abraham n’a pas enfoncé le couteau. 

mercredi 15 avril 2026

Las posibilidades estratégicas de EEUU tras la continuación de su derrota en la batalla de Irán

 Fuente https://observatoriocrisis.com/2026/04/15/las-posibilidades-estrategicas-de-eeuu-tras-la-continuacion-de-su-derrota-en-la-batalla-de-iran/

Andrés Piqueras, profesor senior de la Universidad Jaume I

Son muchas las especulaciones que se vienen dando sobre posibles estrategias, o falta de ellas, por parte del hegemón imperial, Estados Unidos, para intentar preservar su dominio mundial.  Desde quienes sostienen alegremente que en su enfrentamiento con Irán -que es de larga data pero se acentúa ahora- EE.UU. “ya perdió la guerra”, hasta los que nos hablan de la hecatombe nuclear que estaría cerniéndose sobre la formación persa y sobre buena parte de Asia en general.

Para hacer un correcto análisis materialista dialéctico debemos ir siempre más allá de lo concreto y parcial, hacia la concepción o la mirada holística, de conjunto, de totalidad. Eso en primer lugar. Además, es imprescindible dejar de lado cualquier personificación de las relaciones sociales, que centre los análisis en individuos o singularidades políticas como responsables de los procesos históricos. Mucho más necesario, aún, es descartar atribuciones del tipo de “locura”, “soberbia” o “egotismo”, para dar cuenta de decisiones estratégicas y, en general, de la realidad histórica.

No. Estados Unidos no se deja arrastrar a guerras por un genocida sionista, ni una base militar-política como es la entidad sionista ocupante de Palestina manda sobre la potencia imperial del Sistema capitalista sólo porque haya un supuesto “loco” al timón de mando. El rabo no mueve al perro, jamás.   

Esos tipos de pseudoanálisis no hacen más que distraer de las razones profundas de lo que sucede, y no son, por tanto, materialistas (no van a la raíz material de los procesos) ni dialécticos (no conciben la realidad en su totalidad ni las retroalimentaciones socio-económico-ecológicas de complejidad, retroversión, recursividad o diferente cualidad, entre otras, que se entrecruzan para dar forma a lo real y que se plasma en situaciones –históricas- concretas).

Vamos, pues, a ver algunas de las opciones que se pueden anticipar a partir de un análisis materialista dialéctico, y las contrastamos con las visiones que predominan sobre el actual escenario bélico en Asia central

La más “optimista” de esas perspectivas: Estados Unidos ha perdido la guerra porque no puede mantenerla.

Hay verosimilitud en ello si consideramos la “guerra” solamente como el enfrentamiento con Irán.  Acaba de salir un análisis de The Cradle que es preciso en ese punto: ENTRE LA GUERRA Y EL COLAPSO INDUSTRIAL: LA CRISIS DE DESGASTE ENTRE ESTADOS UNIDOS E ISRAEL. The Cradle. – Observatorio de Trabajador@s en Lucha     La clave la marcan probablemente las palabras con las que se cierra el artículo: 

“Esta guerra pone de manifiesto los límites del poder estadounidense-israelí y apunta a una nueva ecuación estratégica, en la que la resiliencia industrial supera a la potencia de fuego. La capacidad de mantener la producción, más que la de lanzar ataques de precisión, define cada vez más el poder militar en un conflicto prolongado.

En esa ecuación, Washington ya no es dominante”.

Ciertamente, pero si nuestra perspectiva es de totalidad, o al menos más global, las posibilidades de análisis se agrandan.

Como que siempre hay que ponerse en las opciones que tiene el enemigo (en este caso el enemigo de la Humanidad -Estados Unidos-), desde la más favorable a la más desfavorable al mismo, y sobre todo nunca subestimar su capacidad estratégica, pongámonos primero en la estrategia más sutil e inteligente que podría estar llevando a cabo el hegemón imperial en decadencia.

  1. Estrategia inteligente. Ganadora. El guion -sacado de su propia National Security Agency (NSA)[1]–  propone una “estrategia de fortaleza norteamericana” donde aparentes derrotas (una guerra perdida en Irán, fricción con aliados y colapso global), serían un diseño para cortar el flujo energético de Asia central (Estrecho de Ormuz), forzar a Europa y Asia oriental a depender del petróleo, fertilizantes y minerales detentados por Estados Unidos (gracias, aparte de los de su propio territorio, al control de los recursos de Canadá, Venezuela –y resto de continente americano-, más Groenlandia), y, así también, obligar a los tenedores de deuda estadounidense (Japón, China, Europa) a sostener el dólar por necesidad energética, pues necesitarían seguir consiguiendo todos esos recursos mediante el papel verde estadounidense. Al tiempo, EE.UU. se reindustrializaría militarmente, de manera cada vez más planificada.

“Ayudar” a cortar el Estrecho de Ormuz va encaminado a satisfacer todos esos objetivos.

Hay que reconocer que las repercusiones económicas de esa acción son ya graves y no harían sino acentuarse en los próximos meses. Consideremos, sencillamente, que sin diésel Europa colapsa. Su sector primario y el subsector del transporte no se pueden sostener. 

A partir de ahí se enciende la espiral del desastre.  Las propias aerolíneas ya han anunciado que tendrán interrupciones en mayo (https://www.20minutos.es/lainformacion/economia-y-finanzas/aerolineas-revelan-fecha-quedaran-sin-combustible-si-sigue-guerra-iran_6957025_0.html?utm_source=firefox-newtab-es-es), lo que quiere decir que de seguir ese sendero el turismo será también duramente golpeado.

En suma, potencias industriales como Japón, India y Europa, que dependen masivamente del petróleo de Asia central (entre el 50% y el 75%), enfrentan un colapso económico inminente.

La Excepción Estratégica: USA, con sus vastas reservas en EE. UU., Canadá y Venezuela, permanece inmune a este shock de suministro, convirtiéndose en el único proveedor viable. Al mismo tiempo, convierte la Deuda en un Arma para fortalecer al dólar, y por tanto a su Ejército.

Pero, entonces, ¿acentuar la Crisis para ganar entre perdedores es una estrategia?

Como tal sólo podría tener alguna lógica si pensamos que … “el capitalismo contemporáneo ha abandonado la búsqueda del equilibrio para erigir la crisis en su modo de funcionamiento primario (…) Los mercados, los Estados y las sociedades ya no se gobiernan hacia un ideal de equilibrio, sino manteniéndolos permanentemente descompensados. 

¿Por qué? Porque el equilibrio expondría la insolvencia estructural (…) Crecimiento y ganancias de productividad pertenecen en gran medida al pasado; los sistemas políticos se fragmentan deliberadamente, pues cualquier intento serio de estabilización exigiría impagos violentos, reestructuraciones profundas y, sobre todo, imaginación política auténtica. La crisis perpetua, en cambio, permite posponer la resolución indefinidamente, en perfecto estilo tecnocrático. 

En este marco, figuras como Trump constituyen más que aberraciones: son acelerantes funcionales del desorden: su volatilidad legitima medidas de emergencia, inyecciones de liquidez y reencuadres narrativos que mantienen vivo un sistema que solo sobrevive aplazando su colapso.     https://observatoriodetrabajad.com/2026/04/09/la-modulacion-del-caos-control-deuda-y-reorganizacion-a-traves-de-la-guerra-ernesto-cazal/

¿Qué podría salir mal, pues?

Pues que la cadena causal de esta hipótesis descansa en supuestos no demostrados: 

  1. Para empezar, que se tenga el control efectivo de los recursos de Venezuela, y que la coerción sobre Canadá y Groenlandia se traduzca en detentación real de sus recursos.  
  2. B) Que la viabilidad de sustituir rápidamente el suministro de Asia central no es ni mucho menos fácil. La infraestructura (upstream, midstream, refino y transporte marítimo/terrestre) no puede reconfigurarse a escala mundial en semanas; los crudos son heterogéneos y las refinerías están configuradas por gravedad y contenido de azufre. Los fertilizantes y nitrógeno -el amoníaco/urea- dependen del gas natural y capacidad de síntesis; el mercado es multi-origen (EE. UU., Canadá, Rusia, Asia central y otros), con cuellos de botella logísticos y regulatorios. La tenencia de bonos responde a balances externos, reservas y política monetaria; la energía incide, pero no determina mecánicamente la demanda de activos estadounidenses. La diversificación (oro, euro, francos, RMB) sigue sigue siendo una buena baza bajo escenarios de estrés. 

Hay, además, un riesgo de choque inverso: un cierre total de Ormuz dispararía precios, dañaría consumidores estadounidenses, presionaría aún más la inflación y podría forzar respuestas coordinadas (liberaciones de reservas estratégicas, racionamiento, sanciones, convoyes navales) que neutralizan la lógica de “dependencia unilateral”.

C) Para terminar, la analogía simplista con la transformación económica rusa, basada en una industrialización planificada, con soporte militar es, hoy por hoy, casi imposible de conseguir por Estados Unidos (porque ni tiene todavía esa urgencia ni sus grandes corporaciones permitirían la estatalización industrial).

Rusia en guerra reorientó producción hacia la defensa y absorbió sanciones con integración energética regional; EE. UU. opera en una arquitectura financiera abierta, con aliados y cadenas globales críticas que penalizan una “autarquía bélica”. Los costos políticos y económicos de “perder a propósito” son estructuralmente diferentes.

Hasta aquí el propio debate interno de la NSA estadounidense.

Vamos, a continuación, con la que podría ser una estrategia intermedia del hegemón decadente.

2. A Estados Unidos le interesa obstruir el flujo energético por Ormuz para ir afianzando su proyecto del IMEC (ver mapa), al tiempo que consolida su dominio de Asia occidental y central, gracias a la expansión de su entidad sionista.


proyecto IMEC quiere conectar Asia occidental y central –especialmente mediante una India alineada con EE.UU.- y sus recursos, con Europa, a través de formaciones estatales “aliadas” (subordinadas) a USA, la cual dispone a discreción de esos recursos y entorpece que otros puedan hacerlo libremente o tengan protagonismo en las redes infraestructurales de los flujos energéticos.

La expansión sionista del “Gran Israel” y la limpieza étnica de Palestina es parte imprescindible de ese plan. La agresión de década y media a Siria, más las realizadas o en curso contra Iraq, Yemen y Líbano, por tanto, también. Este plan se contempla dentro de la estrategia de medio plazo de sabotear la Nueva Ruta de la Seda china, obstaculizar su articulación de continentes o relegar su papel en ello y cortarle las fuentes de suministro al gigante asiático.  

En ese camino va la -descuidada para casi todo el mundo- acentuación de la cooperación militar que está teniendo lugar entre Estados Unidos y Malasia para terminar de cerrar el bloqueo del Estrecho de Malaca y ahogar la salida china al Índico (amén de toda la parafernalia bélica que USA apelotona en el Mar de China).

Pero para contrastar esta hipótesis estratégica se necesitan también algunas verificaciones. La propia NSA ofrece las siguientes (entre otras):

“Señales operativas a vigilar: movimientos en fletes y seguros marítimos del Golfo Pérsico, spreads de crudos por calidad, oferta de gas y amoníaco, posiciones de reservas estratégicas, cambios en compras de bonos, coordinación de la AIE/OPEP+, y posturas de OTAN/alianzas asiáticas. Mapear escenarios de disrupción en Ormuz (duración, alcance, respuesta multilateral) y sus impactos en precios, logística y seguridad de suministro para Europa/Asia. 

Distinguir supuestos no verificables de restricciones reales (soberanía de recursos, infraestructura, derecho internacional) (…) Construir un tablero de indicadores críticos (fletes marítimos, primas de seguro en el Golfo, salidas de crudo, capacidad de refino por tipo de crudo, precios de amoníaco/urea) con alertas umbral. 

Modelar sustitución parcial de volúmenes de Asia central con Norteamérica/Rusia bajo tres horizontes (30/90/180 días) y estimar costos logísticos/regulatorios. Preparar Q&A para stakeholders (clientes/autoridades) sobre resiliencia de suministro y planes de contingencia en caso de disrupciones en rutas críticas”.

Como vemos, nada fácil de llevar a cabo, menos aún en el corto plazo. Y tiempo es precisamente lo que no le sobra a Estados Unidos.

Ahora vamos a la suposición mejor para el mundo, en la que tantos insisten: la falta de una auténtica estrategia de los USA.

3. Estados Unidos se estrella en Asia central y no tiene plan B para su enfrentamiento con Irán (más allá de “ayudarle” a bloquear el Estrecho de Ormuz).

Esta es la más querida por casi todas las sociedades del planeta, y de tan deseada se traslada fácilmente a análisis hechos a la carrera, a declaraciones impactantes, a vídeos grabados con el “ya ganamos” o “ya perdimos” según de qué lado se mire –lo cual debería ser todavía más sospechoso-, a redes sociales que multiplican su efecto y, en general, a cierta algarabía triunfalista.

De ser así, efectivamente, EE.UU. comenzaría una vertiginosa carrera en su decadencia como potencia imperial hacia una de segundo orden, replegándose de Asia hacia su hemisferio occidental y deteriorando aceleradamente su situación económica y social.

Esta hipótesis se suele combinar, como advertimos, con la personificación de las relaciones sociales o el análisis de éstas a partir de personas. Personas a las que además se las define por categorías morales antes que estratégicas, cuando no por las de vesania directamente. 

A menudo leemos o escuchamos, pues, que todo esto es obra de dos locos sanguinarios (Trump-Netanyahu, por ejemplo).  Lo que oculta las relaciones de poder profundas tanto a escala estatal como global (sin menoscabo de que esos personajes sean en verdad siniestros asesinos genocidas).

El Poder Sionista Mundial (PSM) lo es por dominar una buena parte de la economía global y de la estructura de poder de la principal potencia capitalista, Estados Unidos. 

Es por ello que su entidad sionista en la Palestina ocupada puede gozar de absoluta impunidad para sus crímenes y desplegar el papel relevante que ahora mismo tiene en la región (un análisis de ello puede encontrarse, por ejemplo, en UNA APROXIMACIÓN A LAS CLAVES DEL PODER SIONISTA MUNDIAL – El blog de Andrés Piqueras y también en https://laotraandalucia.com/2026/04/10/la-crisis-del-imperialismo-se-intensifico-aun-mas-por-la-guerra-de-iran/).

Esa estructura de poder profunda no está “loca” ni juega a los dados. Tiene estrategias altamente inteligentes, controla buena parte de la política y economía del mundo, dirige en gran medida los Foros globales, maneja a sus anchas el control ciudadano, domina la guerra cognitiva casi a la perfección, entre otras muchas claves de Poder con mayúsculas, algunas de las cuales apenas imaginamos. 

Las figuras políticas que aparecen al frente de las acciones en curso o de las pantallas televisivas son apenas mejores o peores representantes de sus intereses. “Representantes” o delegados que, por cierto, tampoco están “locos”. Trump, como empresario sin escrúpulos, ha ganado alrededor de 40 mil millones de dólares en el primer año de su segundo mandato, tras provocar con sus declaraciones el alza o caída de las Bolsas o de los precios de unos u otros activos (información privilegiada por medio), por poner un ejemplo.

Así que no, el “Estado profundo” que domina nuestras políticas y economías, que impide que podamos comprarnos un piso o que nos tengamos que endeudar cada día más para vivir, que nos desesperemos en las colas de una seguridad social cada vez más desasistida, que el monedero dé apenas para ir al mercado y volver con la bolsa medio vacía, y que, por tanto, condiciona nuestros comportamientos sociales y nuestras posibilidades de vida, ese Poder en la sombra pero bien real no va a dejar de atacar Irán de unas u otras maneras, como parte de su Guerra Sistémica Permanente o Guerra Total contra el Mundo Emergente. Una guerra que lleva a cabo durante años a través de su principal potencia estatal.

Como tal esa potencia, EE.UU., sabe que la Batalla de Irán es una batalla decisiva contra el Mundo Emergente (China-Rusia sobre todo), para no ser relevada. En cuanto que parasitada, además, por ese PSM, como “lideresa” del modo de producción capitalista global que es, no la abandonará si no se la obliga a hacerlo. Y esa es una tarea titánica.

Eso no quiere decir tampoco que vaya a ganar la Batalla, ni mucho menos. Irán es mucho Irán.

Lo que sí que puede asegurarse casi con total certeza, pues, es que en cualquiera de los tres escenarios -más todo el abanico de opciones que hay entremedias de ellos-, la Batalla de Irán dentro de la Guerra Total continuará de una u otra manera, posiblemente de muy diferentes maneras. También con seguridad que las perdedoras serán buena parte de las sociedades del mundo, entre las que más las europeas. 

El desastre energético (y alimenticio –la fertilización de la tierra está en peligro-) que se cierne ya sobre ellas no hará sino agravarse dramáticamente con la continuación de la Guerra. Círculo vicioso: una Guerra que el propio modo de producción capitalista requiere (por eso es “Sistémica Permanente”) y que la potencia imperial necesita para mantenerse.

Pero ni el PSM ni su potencia imperial ni su brazo sionista son todopoderosos ni imbatibles. Antes bien, vienen mostrando que son prisioneros de sus propias contradicciones infraestructurales o ecológicas y estructurales o económicas, que les lleva a acciones cada vez más “atrevidas”, cuanto menos, sin cobertura de fondo. 

A poco que las contradicciones supraestructurales o políticas (dialécticamente todas están unidas, las separamos sólo para facilitar la explicación) también se agraven, sus pies se harán cada vez más de barro.

La resistencia y lucha de sociedades hechas pueblo (en cuanto que sociedad unida en el combate), como puede ser el caso de Irán, pero igualmente el de Cuba, Líbano, Yemen, Burkina Faso… (¿también todavía Venezuela?), puede, efectivamente, acelerar su derrumbe.

Lo cual no significa que estemos cerca de poder cantar victoria. La Guerra será dura y larga. Y la “opción Sansón”, la de las armas atómicas (la de derribar el templo antes que perder frente al enemigo), está siempre pendiente sobre nuestras cabezas, como una condena de muerte en suspenso. No lo olvidemos.

Las sociedades del mundo -y las europeas en concreto- tienen un gran desafío por delante para que los Poderes del Capital (PSM, USA, OTAN, Davos, G7…) no las destrocen, tanto si ganan como si pierden en esta Batalla. 

Su única opción pasa también por hacerse pueblo para la lucha.

Nota

[1] Es sumamente difícil poder dar las referencias de las citas de sus páginas, pues suele borrar los textos a las pocas horas de publicarlos (ver National Security Agency | Central Security Service).