SOURCE
|
|
|
SOURCE
|
|
|

L'ex-officier du Mossad qui dirigeait Libération est parti mais il a oublié ses bagages. Le quotidien, aidé par RSF de Ménard sans frontières, vient de publier un article infâme qui criminalise des journalistes assassinés à Gaza. La Hasbara, le propagande Israélienne se frotte les mains, rouges de sang.
J’ai des amis incurables qui continuent de lire « Libération ». Comme s’il s’agissait d’une feuille sérieuse. Quand, de leur point de vue, « Libé déconne encore », indignés ils téléphonent la nouvelle à leur cercle de potes. Et à moi aussi. Alors qu’on s’en fout puisqu’on sait que Sartre est mort et que ce « Libé-chéri » était naguère encore dirigé par un ancien officier du Mossad et qu’il est financé par Drahi, un supporter de Netanyahou. Il faut donc que le lanceur d’alerte, et idiot inutile, copie l’article -inique objet de son ressentiment- puis le balance sur WhatsApp pour que la boue arrive jusqu’à nos yeux. Mes yeux.
Disons que cette fois l’indigné n’a pas tort : Libé à « encore déconné ». Dans un article qui sent la sueur de la Hasbara, l’usine qui forge la propagande israélienne, papier alimenté aussi par les bas sentiments des publicistes de Reporters sans Frontières, le quotidien de Sartre nous régale d’une double titrée « Gaza journalistes ou combattants ? ». Le tout signé par Brice Le Borgne dont j’ai vérifié qu’il n’a traversé le boulevard périphérique que pour partir en vacances depuis Roissy. Pourtant cet omniscient, s’il fallait croire son article de bazar, sait tout des secrets de Gaza. Interrogé par le scrupuleux Le Borgne, RSF - pourtant tout aussi aveugle sur Gaza-, est formel : on a obtenu « La confirmation du rôle des reporters tués au sein de groupes armés implique qu’ils ne peuvent plus être considérés comme des journalistes ». Même pour une fanfare d’influenceurs inventée par l’exemplaires Robert Ménard, voilà qui fait fort : des fonctionnaires d’une association, RSF, financée par de l’argent américain et israélien, entendent nous dicter la loi. Celle du qui est journaliste. Ou pas. S’il ne s’agissait de confrères morts, on pourrait rire dans le cimetière. Celui creusé par « Libé-RSF ».
Comme l’article de monsieur Le Borgne se veut sérieux, soyons-le aussi. Cet immense arbitre de la profession, si j’ai bien compris, exclut du journalisme toute femme ou tout homme qui aurait un semblant de lien avec le sujet qu’il entend nous décrire. C’est sans doute ce que devant un Coca sans sucre, lors d’une conférence de rédaction, il nomme la « neutralité », « l’objectivité ». Et Le Borgne, prié de trier entre les mauvais et les bons morts biffe les noms de confrères assassinés au prétexte que le Hamas a déploré leur décès, publié une nécrologie. Je vous jure que ce justicier a vraiment fait ça. Puisque ce monsieur est aussi un scientifique vétilleux, il nous établit un nouveau bilan des « vrais » journalistes morts à Gaza. En renvoyant les faux vers l’enfer vert du Hamas. Pour savoir tout cela, être aussi riche en informations vérifiées, Le Borgne se base sur une usine à gaz nommée, par lui-même, « CheckNews ». Un truc inventé par « Libé » pour démêler le vrai (ce que dit l’ex-quotidien de July), du faux (ce que disent ceux qui ne sont pas d’accord avec le journal). Autrement dit, au risque de choir, ce publiciste se fait la courte échelle entre « Libé CheckNews » et « Libé menteur ordinaire ». Existait déjà le Cirque d’Hiver, voici donc celui d’été.
N’étant pas un ex officier du Mossad, mais plutôt une de leurs cibles, je n’ai pas la possibilité de suggérer un sujet d’article à Libération. Pourtant écrire une saga affirmant aujourd’hui qu’Albert Camus, Hubbert Beuve-Méry, Pierre Brossolette, Emmanuel d’Astier, Claude Bourdet, Georges Altam, Jean-Toussainy Desanti, Jean Guéhenno, Jean Paulhan, Jacques Decour, François Mauriac – pardon pour les anonymes mais je ne nomme que les célébrités- que ces hommes, ces journalistes résistants « n’étaient pas de vrais journalistes », j’attends devant l’imprimerie de Libération le numéro dénonçant ces salauds. J’attends aussi que « Libé » exige la mise à la porte du Panthéon ceux qui peuvent indûment s’y trouver.
En seconde semaine Libération et les collaborateurs de RSF (donc financés par les USA, l’Europe et Israël ) pourront nous régaler, cette fois par les journalistes ayant écrit et combattu en Espagne. Gorges Bernanos, André Malraux, Ernest Hemingway, George Orwell, Martha Gelhorn, Robert Capa, Gerda Taro, Herbert L. Matthews, Mikhail Kolsov, John Dos Passos, Louis Fischer, Jay Allen, Josephine Herbst, George Steer, Josephe Kessel, Elya Ehrenbourg sans compter les héros de la presse espagnole antifranquiste et des dizaines, là aussi « d’anonymes ». Voilà, pour le Brice de « Libé » des vies, des œuvres à passer au « newschecker ».
Car il ne faut pas mollir cher caïd, il faut retirer de la liste tous ces confrères résistants en Espagne, résistants en France et qui, selon le tribunal de « RSF-Libé », ne méritent pas leur gloire. Manquerait plus que l’on appelle « journalistes » des types qui se mêlent de combattre la barbarie.
Jacques-Marie BOURGET
EN PRIME, POUR SOURIRE
FUENTE https://tarcoteca.blogspot.com/2026/08/pura-logica-si-eeuu-pierde-ucrania.html?
Técnicamente Ucrania, tanto como Rusia, son países europeos, y la Operación Militar Especial se inició en medio de una guerra civil, así que la guerra ya está aquí. Nos referinos a guerra dentro de los actuales países de la Unión Europea UE.
Analizar China con objetividad significaría admitir que el mercado no es una ley natural, que la planificación puede pertenecer al futuro, que el Estado puede ser algo más que el administrador de la rentabilidad privada y que la modernización se resiste a coincidir con la occidentalización.
Pasquale Liguori, escritor italiano
Una sensación particular me acompañó durante casi un mes de viaje por China, desde Pekín hasta Xi’an, desde Chengdu hasta el vertiginoso Chongqing, luego a Guilin y Yangshuo, a la modernidad de Shenzhen y la singular estratificación de Hong Kong, antes de regresar a la capital.
El asombro ante la inmensidad del país, la velocidad de sus trenes, la densidad de sus metrópolis y la tecnología ahora integrada en los gestos más cotidianos se desvanece rápidamente, como cualquier maravilla turística. Lo que permanece, y que sigue presente en mi mente día tras día, es más profundo: la impresión de viajar a través de una sociedad que trata el presente como un material aún maleable y considera el futuro como una construcción política y organizativa, un horizonte por conquistar.
Esta percepción surge de hechos muy concretos: desde la puntualidad del transporte hasta la limpieza de los espacios públicos, desde la calidad de la infraestructura capaz de atender a una vasta población hasta la continuidad de los servicios, desde el orden de las estaciones transitadas diariamente por multitudes de tamaño inconcebible hasta la capacidad de simplificar lo que, en nuestro país, parece complicarse año tras año.
Sin embargo, el punto crucial va más allá de la eficiencia. Sobre todo, más allá de la fórmula caricaturizada de eficiencia autoritaria con la que gran parte del discurso occidental cree haber resuelto ya todos los problemas. Lo que llama la atención, más bien, es la persistencia de una voluntad organizativa, el hecho de que, tras la materialidad de las cosas, sobreviva la idea de una dirección colectiva del desarrollo.
Aún más llamativa es la vegetación. Más allá de la abundante vegetación de Guilin y Yangshuo, donde el paisaje kárstico y los ríos parecen pertenecer a una imagen de China de siglos anteriores a la modernidad, la vegetación integrada en las grandes ciudades es sorprendente: a lo largo de las carreteras principales y en las laderas, dentro de la increíble superposición vertical de Chongqing, e incluso en la cibertecnológica Shenzhen, que la imaginación europea reduciría fácilmente a hormigón y electrónica. Deja de funcionar como mera ornamentación y se convierte en el signo material de esa «civilización ecológica» que lleva años formando parte del léxico institucional y constitucional chino, capaz de transformar el gigantesco problema ambiental generado por la industrialización en un nuevo escenario para el desarrollo.
Esto no significa fabricar una China imaginaria, libre de tensiones y conflictos. La cuestión radica en otra parte. Una sociedad puede estar plagada de enormes contradicciones y aun así conservar la capacidad política para abordarlas. Esto es quizás lo primero que los viajes hacen difícil de olvidar, especialmente para quienes provienen de una parte del mundo acostumbrada a tratar los problemas estructurales como fenómenos meteorológicos, eventos que deben soportarse, cuyos efectos se gestionan ajustando algún coeficiente, invocando el crecimiento y la benevolencia de los mercados.
Durante el viaje, llevé conmigo *China explicada a Occidente* , de Pino Arlacchi, un libro que elegí sin intención de usarlo como guía ni de buscar una confirmación mecánica de una tesis en el país. Ocurrió algo más profundo, porque esas páginas ampliaron las preguntas que planteaba el propio viaje, aportando profundidad histórica a impresiones que de otro modo habrían quedado en la superficie, y haciendo cada vez más difícil descartar como episódicas lo que se repetía ante nuestros ojos.
Arlacchi fue un auténtico compañero de viaje, capaz de enriquecer la experiencia sin convertirse en su centro. Mientras recorría una China marcadamente contemporánea, el libro me transportó siglos atrás y me demostró lo poco que se comprende este país si empezamos en 1949 o en 1978 con Deng Xiaoping.
En Xi’an, la profundidad histórica se vuelve casi tangible, pues el Ejército de Terracota rehúye la condición de reliquia monumental de una civilización desaparecida, del mismo modo que la Ciudad Prohibida se resiste a ser reducida al vestigio museístico de un orden borrado. En ambos casos, se percibe una continuidad incómoda, donde las gigantescas rupturas de la historia, incluida la revolución, reelaboran capas anteriores en lugar de borrarlas.
La apasionada insistencia de Arlacchi en la larga tradición constitucional de China, en el papel del Estado y su tradición administrativa, en la selección de las clases dirigentes y el valor otorgado a la competencia, corre el riesgo de rigidizarse en una esencia inamovible de «ser China» si se la considera como una clave única. Sin embargo, resulta difícil negar que la China contemporánea nace de una singular combinación de esta larga historia, la pausa revolucionaria del siglo XX y la extraordinaria experimentación institucional y económica de las últimas décadas.
Quizás sea precisamente esta capacidad de integrar aquello que nuestro pensamiento se empeña en separar lo que hace que China sea tan difícil de interpretar en Occidente. Confucio y Mao coexisten con un Estado poderoso y una economía de mercado; una continuidad milenaria se entrelaza con la transformación tecnológica más rápida del planeta; la centralización política se acompaña de una experimentación local de vanguardia.
El vocabulario occidental siempre intenta encasillar el fenómeno en una alternativa: socialismo o capitalismo, mercado o planificación, democracia liberal o dictadura. China, sin embargo, escapa a esta encrucijada. Por lo tanto, cuando un objeto histórico se resiste a nuestras categorías, preferimos sospechar de él en lugar de cuestionar los prejuicios y la naturaleza de dichas categorías.
Así, la frase «socialismo con características chinas» se considera una estrategia propagandística. El mercado, la empresa privada y la inmensa riqueza parecen justificar un veredicto predeterminado: el capitalismo. Y el poder firmemente ostentado por el Partido Comunista actualiza dicho veredicto a capitalismo autoritario. Esta es una definición conveniente, sobre todo porque simplifica el análisis.
La cuestión fundamental, sin embargo, reside en el lugar que ocupa el mercado dentro de la estructura social china, la relación entre el capital privado y el poder político, el control del crédito y las principales infraestructuras, la tierra, la energía, las redes estratégicas y la dirección general de la inversión. En este punto, el problema se agrava, pues deja de girar en torno a la simple presencia del mercado y aborda la cuestión esencial: quién controla a quién.
Shenzhen ofrece el ejemplo más ilustrativo de todo este proceso. A primera vista, parece la prueba definitiva del éxito capitalista de China, una metrópolis vertiginosa construida sobre la base de la tecnología, la iniciativa empresarial y el consumo. Basta con cambiar ligeramente la perspectiva para que la imagen se transforme.
¿Qué decisión política dio origen a Shenzhen? ¿Qué interacción entre Estado, territorio, crédito, investigación, industria y capital permitió la construcción de una ciudad de tal magnitud en tan solo unas décadas? De repente, lo que parecía una victoria espontánea del mercado se revela como una de las operaciones de planificación y política industrial más gigantescas de la historia contemporánea.
El interés del caso chino reside precisamente en su capacidad para emplear diversas herramientas, subordinadas a una estrategia más amplia. El mercado se utiliza y se dirige, despojado de la soberanía política que el neoliberalismo occidental ha elevado a dogma. En nuestro país, el Estado comparece cada mañana ante el tribunal de los mercados, mientras que en China, el mercado opera dentro de un marco que el Estado aún reclama poder para modificar.
Tras décadas en las que se nos enseñó que la privatización significaba modernización, que la planificación pertenecía al museo de las ideologías y que la propiedad pública era inherentemente ineficiente, encontrarnos ante una sociedad capaz de explotar masivamente el mercado sin cederle el control produce un inevitable cortocircuito. Este cortocircuito se agrava al observar que esta misma sociedad ha construido, en poco más de cuarenta años, infraestructuras, cadenas tecnológicas y proyectos urbanos que, en nuestras latitudes, tardarían eras geológicas en completarse.
En nuestros viajes, esta densidad política del espacio reaparece constantemente, mientras que en las ciudades europeas se percibe cada vez con menos frecuencia. La transformación conserva su estatus de acción posible, y las ciudades se expanden, reforestan, conectan y reinventan para las próximas décadas por aquellos que, evidentemente, se imaginan habitándolas.
Así pues, la cuestión china ya no concierne solo a China. Nos concierne a todos: la transferencia de una enorme porción del poder real de la toma de decisiones políticas al complejo técnico-militar-financiero-industrial privado; la paradoja de sistemas que se autodenominan democracias mientras reducen la libertad a la selección periódica de quién administrará un marco de compatibilidad declarado intocable.
De ahí la escasez de representaciones occidentales de China. Los principales medios de comunicación rara vez parecen interesados en comprender la especificidad de esa formación social y, en cambio, se dedican a reducir cada fenómeno a la confirmación de un veredicto predeterminado, funcionando como portavoz ideológico del orden que lo produjo: uno de desregulación, financiarización y mercado elevado al principio superior de la racionalidad social.
Una China comprendida en su complejidad sería mucho más inquietante que una China demonizada, porque nos obligaría a cuestionar si la evolución occidental de las últimas décadas es realmente la única forma posible de modernidad. Es mucho más fácil explicar cada logro chino con la palabra «autoritarismo», como si una sola palabra bastara para producir un ferrocarril, una política industrial, una revolución energética o una metrópolis.
La teoría de la «triple revolución», propuesta por los marxistas chinos Cheng Enfu y Yang Jun, contribuyó a dar forma teórica a estas cuestiones. Según ellos, la historia de la República Popular se resiste a ser interpretada como una revolución inicial seguida de una larga normalización y, finalmente, una restauración capitalista.
Proponen una continuidad más dinámica y fructífera, desde la revolución para la conquista del poder hasta la revolución de la reforma, que culmina en la revolución de la nueva fase histórica, donde la transformación de las formas económicas e institucionales coincide con la redefinición histórica del horizonte socialista, en lugar de su abandono.
La tesis exige un examen constante de las relaciones de propiedad, las condiciones laborales, la autonomía o subordinación del capital y el poder real de las instituciones públicas. Sin embargo, resulta mucho más fructífera que la fórmula simplista del «capitalismo de Estado», porque reactiva lo que el pensamiento occidental ya había descartado.
La cuestión crucial reside en la posibilidad de que una revolución continúe tras la toma del poder, modificando los instrumentos de su política económica sin disolverse, utilizando el mercado sin reconocer su soberanía, experimentando compromisos, retrocesos y aceleraciones, mientras sigue concibiéndose como una transformación a largo plazo. Estas son precisamente las preguntas que la izquierda occidental dejó de plantearse en el momento en que dejó de imaginar concretamente la transformación.
El caso italiano, visto desde la perspectiva china, adquiere características casi caricaturescas. Arlacchi señaló con cierta perfidia que una buena parte de nuestra clase política, sometida a los criterios de selección vigentes en China, tendría dificultades para gobernar incluso un pequeño centro urbano. Esta valoración me parece incluso indulgente, porque el problema italiano ahora supera la competencia: la capacidad de gestionar transformaciones complejas ha sido sustituida por el teatro de las redes sociales, el posicionamiento diario, los programas de entrevistas y las encuestas de opinión.
El resultado está a la vista de todos: un país envejecido, servicios públicos empobrecidos, investigación y universidades tratadas como gastos superfluos, salarios estancados durante treinta años, jóvenes que emigran y un debate público infinitamente más preocupado por controversias ridículas que por la cuestión de en qué se convertirá Italia dentro de veinte o treinta años. Vista desde la perspectiva china, esta irrelevancia se vuelve casi tangible.
Aún más llamativo es el contraste con la dirección que toma el espacio euroamericano. Ante el auge de una potencia económica, tecnológica y política que margina la centralidad occidental, la respuesta predominante evita cuidadosamente impulsar una nueva era de inversión social, científica e industrial, prefiriendo barreras, aranceles, sanciones, militarización y rearme.
Durante décadas, se nos ha dicho que los recursos para la sanidad, el bienestar y la educación deben racionalizarse hasta el límite de la escasez, y, ante las tentadoras oportunidades de negocio para los señores de la guerra, las restricciones presupuestarias se vuelven repentinamente flexibles.
Nos encontramos en un punto crítico de furia regresiva. Occidente, que forjó su grandeza con sangre y luego la presentó como la forma definitiva de modernidad política, reacciona ante la pérdida de centralidad rigidizando sus propias estructuras, levanta barreras tras predicar el libre mercado, impone aranceles arbitrariamente mientras acusa a otros de violar la competencia, invierte en rearme tras décadas de desmantelar la capacidad social del Estado y proclama derechos universales mientras convive con la destrucción de poblaciones enteras.
Nada de esto glorifica a China. Más bien, sirve para poner de relieve qué mundo sigue planificando el futuro y cuál se limita a defender, incluso de forma deficiente, sus privilegios del pasado. Una sociedad que, en medio de contradicciones y conflictos abiertos, continúa planificando infraestructuras, la transición energética, las ciudades y el desarrollo productivo con una visión generacional, se enfrenta a sociedades que han sustituido la planificación del futuro por la defensa cada vez más agresiva de una primacía heredada.
Me quedé con la sensación de haber encontrado un país que trata la historia como un terreno abierto y reconoce que la política posee un poder que hemos olvidado: el de elegir un rumbo y organizar el largo plazo. Arlacchi no me ofreció una explicación de China: hizo algo más útil, impidiendo que lo que vi se quedara en mera admiración, obligando a que cada impresión se midiera en función del largo plazo y desmantelando la pretensión de que Occidente ya posee todas las categorías necesarias para juzgar lo que sucede en otros lugares.
Analizar China con objetividad implicaría suspender, al menos por un momento, la costumbre de juzgar el mundo desde la perspectiva de un Occidente que considera universales sus categorías mientras pierde la capacidad de transformarse.
Significaría admitir que el mercado no es una ley natural, que la planificación puede pertenecer al futuro, que el Estado puede ser algo más que el administrador de la rentabilidad privada y que la modernización se resiste a coincidir con la occidentalización.
Sobre todo, nos exigiría aceptar la posibilidad de que nuestro sistema cultural y mediático oculte lo que realmente sucede: mientras debatíamos si la historia había terminado, uno de sus centros más antiguos regresaba para guiar su curso.
La metáfora dominante actual del espacio digital, «la nube», es en realidad una metáfora de la propiedad privada y de la exclusión del acceso público a los recursos materiales
John Bellamy Foster, profesor y sociólogo marxista estadounidense
1- Objetivos Generales de los juegos
2- Las Piezas
3- Marco - Reglas básicas de este juego
El marco es la forma particular de producción conforme a unas reglas; si lo cambias, cambias de sistema, y tienes otro juego. Con las mismas piezas se puede cambiar el juego tan solo con cambiar las reglas, porque desarrollas distintas estrategias para llegar a un objetivo. Varios juegos han dominado distintos momentos de la historia: nomadismo, tribalismo, esclavismo, servidumbre o capitalismo.4- Jugadores
Los jugadores también son consideradas como piezas. En este marco se deben dividirse conforme a la propia definición del juego, es decir, según su capacidad productiva y de obtención de beneficios (consumo).5- Tablero
1 Inicio de partida:
2 Medio juego
Si les États-Unis ont été le laboratoire social du post-modernisme, des Européens, Français à l'avant-garde, en furent les théoriciens. Comme souvent, les Américains font d'abord, pensent ensuite et, philosophiquement, presque jamais par eux-mêmes. Ainsi la dissolution du patriarcat, l’individualisme économico-juridique, le règne du consumérisme et le relativisme moral ont-ils été expérimentés aux États-Unis avec plus de spontanéité et de radicalité qu’en Europe. Mais la vague post-moderne a dû ses concepts au travail de philosophes français. Sans l'hégémonie américaine combinant puissance matérielle et mimétisme social, hard et soft power, l'anti-monde des quarante dernières années aurait bien sûr été impossible ; mais sans les élaborations, ou élucubrations, menées en Europe par certains penseurs, il n'aurait pas exercé la même séduction intellectuelle.
Des deux côtés de l'atlantique, cependant, cette hégémonie n'a jamais été complète. L'histoire n'a pas de fin, aucune époque n'est parfaitement synchronique, et toute domination trouve ses contrepoids. Contre le nihilisme post-moderne, le katekhon a bien opéré. - Par l'inertie des traditions culturelles et des structures familiales, par un patriotisme imprégné de religiosité et un populisme qui viennent de porter Trump au pouvoir en Amérique, par un mouvement de réaction contre la « moraline » droit-de-l'hommiste qui doit encore trouver en Europe sa traduction politique. Je suis de ceux qui considèrent que la configuration nihilo-mondialiste est morte, dans l'ordre de l'esprit comme dans celui de la matière. Mais le cadavre poursuit ses destructions, comme un zombie. Il faut donc encore en disperser les restes.
Il n'est pas utile en revanche d'entrer dans les subtilités, somme toute bien facultatives, de la déconstruction philosophique. La diversité interne de ses courants, réelle, n'est pas essentielle. Toutes ses variantes sont rassemblées sur la même ligne de front par leurs cibles communes : l'enracinement historique, la substantialité philosophique, la décence morale et, au strict plan politique, les nations dans leur identité et les États dans leur souveraineté. Somme toute, la déconstruction croise les deux principales idéologies soixante-huitardes : le post-marxisme et le libertarisme, qui ont rapidement surmonté leur antagonisme initial. La première peut être représentée par Toni Negri1 dont les « multitudes mondiales », qui succèdent aux classes nationales, ont pour première passion, plus que la lutte anti-capitaliste, de détruire « cette merde d’État-nation2 » (sic…). Quant à l'autre coulée répandue par mai 68, libertaire et « alterolatre », cosmopolite et « autophobe », elle débouche sur la « gauche morale » immigrationniste. C'est elle que j'aborde ici à travers ses maîtres à penser Deleuze, Foucault et Derrida.
Les Américains, qui leur ont offert chaires sur chaires, les ont regroupés avec quelques autres sous le label « French Theory ». Cette faveur renseigne sur leur compte. Si elles touchent par endroits à l’éternité des grandes œuvres d’art, les philosophies majeures restent en effet, pour une part décisive, filles de leur temps. Il n’est pas seulement permis, il est nécessaire de les apprécier d’après leurs patries d'élection. Cette « géolocalisation » devient même indispensable quand une philosophie prétend lutter contre ce qui domine son époque. On pourrait sous ce rapport s’amuser de la popularité intellectuelle dont jouissent les déconstructeurs chez ceux qu’aux États-Unis on appelle liberals : occupant l’aile gauche du parti démocrate, progressistes en matière de mœurs, laissant intacts les piliers du libéralisme économique, ils sont, autrement dit, des libéraux-libertaires. Acteurs majeurs du capitalisme post-moderne dans sa superstructure idéologique, et bénéficiaires de son infrastructure économique, ils ont fait des déconstructeurs français leurs serviteurs érudits - semblables à ces esclaves grecs qui, dans l'antiquité, chapitraient la jeunesse romaine décadente. A cette différence près que ceux-ci entretenaient les fondements de l'histoire européenne que ceux-là veulent terminer. Pour parler « années 1970 », ces philosophes ont été les « valets du capital » post-moderne.
Lus de Berkeley à Columbia, donc, Deleuze, Foucault et Derrida sont les plus célèbres figures de la French theory. Je vais brièvement entourer le foyer commun de leur pensée. Ayant fait litière de la sentence opportuniste d’Heidegger selon laquelle la biographie des penseurs compterait pour rien3, je dirai aussi quelques mots de leurs parcours politiques personnels.
Deleuze forge des concepts puissants, nietzschéens, animés par les forces de l’art et de la vie. Naturaliste, il croit en suivre les croissances dans le « biotope » politique. Ainsi propose-t-il, dans l’Abécédaire qui a tant contribué à populariser sa pensée, la notion de « devenir révolutionnaire ». Une situation devient à ce point insupportable, dit-il, qu’elle cesse dans une explosion de liberté qui déracine les « arbres » - métaphores de tous les ordres oppressifs. Sur cette terre retournée fourmillent alors des « rhizomes » qui désignent dans la botanique deleuzienne d’imprévisibles ramifications libertaires. Car la liberté pousserait là, dans des « flux », entre les « branches », indisciplinée, anarchique, avant que les arbres liberticides reprennent vite et comme fatalement racine. Deleuze constate avec placidité que les révolutions « tournent mal » sans vraiment dire pourquoi, l’oppression lui paraissant devoir « arriver » à la liberté dans une sorte de balancement cosmique.
On ne peut à l'évidence concevoir avec lui un éventuel rôle positif de l’État, ni la valeur de la substance, au sens stoïcien de ce qui dure, tandis qu’on est happé par des flux « désirants ». Flux dont le potentiel consommateur-destructeur habite l’angle mort de cette pensée. Et c’est sans injustice flagrante que le vocabulaire deleuzien du « nomadisme », de la « déterritorialisation » et donc des « flux », se retrouve aujourd’hui dans la langue du capitalisme financier apatride. Et c'est aussi sans surprise qu'il sert à dissoudre par l'immigration l'identité des peuples et, avec elle, leur souveraineté politique. Deleuze, rétif aux rigueurs de la dialectique hégelienne, méprise les points d’arrêts, de repos et de contrainte, autrement dit les institutions indispensables à la liberté collective. Il renvoie ainsi les moments négatifs politiquement nécessaires – coercition, institution, autorité - aux « passions tristes » spinozistes, aux « forces faibles » nietzschéennes, autrement dit aux pathologies de la soumission. Et sa pensée offre l'aspect d’une sorte d'anarcho-naturalisme artiste qui, par constitution, supporte très mal l'épreuve historique. Ne comprenant l'histoire européenne qu'à travers ses grandes œuvres culturelles, il l'ignore superbement comme destin civilisationnel. Pour ceux qui font de ce destin leur combat, Deleuze n'offre que des armes piégées.
Quant à son parcours personnel, on peut y reconnaître une certaine fidélité et une probité stoïcienne. Il a certes cultivé le fétichisme des marges dans le joyeux (?) désordre de l'université de Vincennes, esquivé ensuite les questions embarrassantes sur les conséquences sociales et existentielles du gauchisme, refusé, en somme, de regarder en face le soleil noir de Mai. Mais après avoir embrassé la veine vitaliste de 68, sans jamais y revenir, il n’a jamais personnellement couru après les bénéfices, narcissiques ou matériels, de l’avant-garde.
On lit chez Foucault une prose théorique parfois étincelante, ainsi dans les inoubliables ouvertures de ses deux œuvres maîtresses, Surveiller et punir et Les mots et les choses. On y apprend aussi beaucoup car un corpus de faits - historiques, scientifiques et esthétiques -, donne à chaque proposition essentielle un appui probatoire. Mais en dépit d’une telle volonté positiviste, le concept foucaldien de pouvoir glisse entre les doigts comme l’eau de Thalès : élément universel imprégnant toute chose, il serait à ce point répandu dans les institutions, les discours et les pratiques quotidiennes, qu’il en devient impensable. Avec cette conséquence logique qu’on ne peut échapper à un pouvoir partout oppresseur qu’en se projetant le long de lignes de fuite extraordinaires. Cédant comme Deleuze à l’idolâtrie des marges cultivée par son époque, Foucault réserve ainsi l’expérience de la liberté aux déments, aux criminels, aux parricides, aux transsexuels. Dès lors en effet que l’État (et toutes les institutions qui en émanent) ne serait qu’un pur agent d’oppression, n’importe quoi, à la lettre - du maoïsme aux droits de l’homme en passant par la révolution iranienne -, devient contre lui une ressource envisageable. Ayant bien saisi pourtant le passage des sociétés hiérarchisées « verticales » aux sociétés de contrôle « horizontales », Foucault, tout à sa répugnance pour l’État, n’imagine pas de le mobiliser contre les nouvelles dominations. Quant aux « subjectivations » individuelles dont il entreprend l’histoire originale depuis les Grecs, éprouvant chez eux, sans qu’œuvre ici le hasard, une dilection particulière pour les cyniques, elles se logent aujourd’hui à merveille dans le nouveau capitalisme de consommation. Celui-ci absorbe tous les modes de vie alternatifs dès lors qu'ils ne touchent pas, à travers une pensée rigoureuse et substantielle, au cœur de son réacteur. Il accumule les bénéfices de sa propre critique en y employant une armée de serviteurs « impertinents » (dont la « rebellocratie » du spectacle, selon l'expression de Philippe Murray, occupe au bout de la laisse la tête la plus avancée).
Honnies par le penseur, les institutions de la république ne furent pas si mauvaises mères pour l’universitaire. Il y menait jusqu’en 68 une belle carrière sans vagues, qu’il poursuivit ensuite au Collège de France. Il devient peu après Mai un « compagnon de route » des maoïstes spécialisé dans la question carcérale, avant d’abonder intellectuellement la Révolution islamique iranienne en même temps que, sans solution de continuité, les « nouveaux philosophes » (Deleuze, lui, avait eut le bon goût de les tenir sur-le-champ dans le mépris qui leur revient). Il achève avec eux sa trajectoire en rejoignant le droit-de-l’hommisme4 qui, envahissant le champ politique à partir de la fin des années 70, va former avec l’hédonisme le couple infernal des deux décennies suivantes. Les choses s’aggravent encore post-mortem puisque le principal légataire éditorial de Foucault, François Ewald, allait conseiller, en plus de la Fédération française des sociétés d’assurance, Denis Kessler l’ex-maoïste dirigeant du Medef. Je crois qu’il n’est plus à craindre qu’un jour contre son ambiance apparente, mais conformément à ses lames de fond, le foucaldisme devienne un libéralisme. C'est fait. De son vivant, Foucault avait adopté les uns après les autres les états de la critique institutionnelle, majoritaire, permise et sans risque. A telle enseigne qu’on peut soupçonner son positivisme revendiqué, qui devrait a priori loger sa déontologie dans le respect des faits, d’avoir abrité une sourde servilité au Fait hégémonique s’insinuant, honteuse ou inconsciente d’elle-même, sous la flamboyance des concepts et des poses.
Derrida, enfin. Il livre quelques puissants textes à l’époque de L’écriture et la différence (1967) avant de se fortifier dans l’idée qu’entre le concept et la métaphore, la philosophie et la littérature, les frontières devaient s’effacer au profit de la notion d’« écriture »5 - qui ne peut chez lui, lecture faite, être confondue avec le style. Se plaçant dans le sillage de Heidegger, Derrida entend « dé(cons)truire » l’équation fondamentale du projet philosophique grec : la saisie de l’être des choses par la pensée rationnelle. S’il n’y a pas lieu de soustraire ce projet à la critique, qui est un de ses gestes essentiels, elle n’en épuise sans doute pas toutes les virtualités. On pourrait au risque de passer pour un humble naïf s’attarder un instant, quels dégoût, mélancolie ou consternation que nous inspire le devenir de l’Occident contemporain, sur les plus hautes réalisations du Logos. Il serait donc pour Derrida à déconstruire d’urgence ou, plus subtilement, il connaîtrait une déconstruction interne que la pensée devrait recueillir. Mais alors que Heidegger entendait pour ce faire une Voix « gréco-allemande » plus ancienne que les calculs de la rationalité technicienne, Derrida reçoit son inspiration là, près de lui-même, dans la lettre hébraïque. Et il fait glisser, après Lévinas et tant d'autres intellectuels juifs, la philosophie d’Athènes à Jérusalem. Elle s'y perd sans retour. Dès lors que le monde est supposé échapper au logos qui s’efforce de l’éclairer, qu’il se renferme désormais dans une écriture indéfiniment déchiffrable, on prend en effet le chemin du désert théologique.
Derrida, adoptant assez naturellement le ton de l’Ecclésiaste rabaissant les vains édifices humains, renvoie ainsi les grandes philosophies à leurs impensés, leur logique consciente à ce qu’elle refoule, leurs intentions rationnelles à une lettre qui, « disséminante » et « différante », les déborde parce que l’infini travaille en elle6. Il passe au rouleau compresseur kabbalistique les distinctions sur lesquelles repose la pensée occidentale (cause et effet, substance et accident, sujet et objet, etc.) avec un acharnement formel qui exprime une sorte de haine froide. Dans une telle atmosphère de confusion, on marche à rebours de l’esprit du logos avec ses déterminations habitables. Rien ici ne paraît pouvoir subsister, durer, s’établir ou s’affirmer sinon, peut-être, la figure du philosophe prophète qui semble posséder, lui et lui seul, la consistance du particulier et le magistère de l’universel. Il juge en effet sans bienveillance, en brandissant une Loi aussi absolue que retirée du commun, les œuvres politiques, les cultures et les mondes particuliers des peuples (moins Israël...) qui veulent être quelqu’un dans l’histoire. Restent alors, pour tout solde, un empêchement de pensée et une théologie judaïque de contrebande.
Quand Deleuze s’installe avec ses concepts vivants dans une affirmation sans dialectique, Derrida administre au sens une correction infinie qui, n’affirmant jamais que l’imperfection du monde, porte en chaire un maître de l’obscurité. On passe donc, d’un French theorist à l’autre, du refus libertaire de la dialectique à son engloutissement dans les eaux glacées d’une théocratie négative. Pour un résultat somme toute équivalent : partageant les mêmes hostilités - métaphysique contre la substance, politique contre la nation-, ils ligotent la philosophie au cosmopolitisme des droits de l'homme.
Derrida s’est montré publiquement plus discret que Foucault. Jouissant dans l’université française d’une marginalité confortable, il empile les chaires américaines, soutient les dissidents tchèques, rentre en 1995 au comité de soutien à Lionel Jospin, duquel il s’éloigne en 2002 parce qu’il juge sa politique d’immigration impitoyable... Il accomplit en définitive le parcours sans faute d’une grande conscience de gauche pétitionnaire – Antigone séfarade d’amphithéâtre contre les méchants Créon d’État - qui ne se risque sur le champ de bataille qu'abrité sous le Paraclet du droit naturel cosmopolitique.
A moins de croire à la stratégie du cheval de Troie, douteuse en général, il faut bien se rendre à l’évidence : ces pensées sont à tel point aspirées par les pôles du monde capitaliste « post-moderne », qui mêle hédonisme et juridisme, qu’elles sont impropres à en combattre les toxines. Pire, elles les répandent. Émasculant intellectuellement la capacité politique des peuples, la déconstruction méprise l’État et la Nation - l’acteur du pouvoir et sa source légitime – au profit de résistances introuvables. Par la Nature chez Deleuze, par les Faits avec Foucault, par la Loi aux termes de Derrida, on finit par perdre la mesure dans les choses, l’autorité des faits vacille et l’esprit des lois devient impensable. En pourchassant avec les gauchistes sa configuration patriarcale, nationale et industrielle, ils ont prêté leurs amples pensées à l’ennemi capitaliste qui, disais-je, passait avec eux au stade puéril, mondial et consumériste. A travers leurs cas particuliers le magistère de 68 est en cause, avec son « héritage impossible7 ».
Les French theorists déconstruisent, critiquent ou subvertissent les catégories de la tradition philosophique occidentale. Mais le poids des choses contrarie sans cesse leur prétention avant-gardiste de dépasser par la pensée ce qui, dans cette tradition, abrite les conditions d’un monde habitable. Même quand ils l’abordent plus humblement, la logique même de leur pensée leur fait maltraiter l’histoire. « Post-modernes », ils ne cherchent dans leur époque, et donc n’y trouvent, que des dates de péremption, frissonnant de plaisir à chaque acte de décès qu’ils croient pouvoir prononcer. En réalité, complaisamment postés partout où le « vieux monde » est déjà mort, ils ne conjurent que des menaces révolues en s'aveuglant avec métier sur les dangers présents.
Qu’on me comprenne bien : je ne pointe pas ici le retard sur le Temps des intellectuels en question. Non, je suis tout au contraire frappé par leur collusion avec le capitalisme dont ils semblent instruire la critique. S’ils étaient « inactuels » ou « intempestifs », ils joueraient du marteau nietzschéen. S’ils surmontaient leur époque, ils suivraient le totem des philosophes selon Hegel, « chouettes de Minerve prenant leur envol au crépuscule ». Bref, s’ils pensaient leur époque en s’écartant d’elle, pour la subvertir, la surmonter ou la dépasser, ils rempliraient le rôle moderne auquel ils prétendent. Mais, épousant la trajectoire du 68 des élites, ils sont passés d’une révolution libertaire parlant marxiste au « droit de l’hommisme » antiraciste millésimé « années 80 ». Via, donc, les universités américaines. Mais ils subissent aujourd'hui, le temps de leur splendeur passé, le retour d'une logique implacable : à force d’ignorer les permanences au fond des choses pour se précipiter à l’avant-garde de la critique de la domination, on est irrémédiablement condamné à épouser les formes que la domination prescrit à sa critique.
C'est au fond le vieux Jacques Duclos qui avait raison. Dans un opuscule paru dès l'été 19688, le dirigeant stalinien mettait en garde contre les descendants de Bakounine jetant des pierres au quartier latin. Ces gauchistes, avertissait-il, propagent un désastreux « amorphisme » révolutionnaire : leur haine des formes, des mœurs et des institutions, les condamne à définir la liberté comme une pure négation ou, ce qui revient au même, comme un pur plastique. « Détruire c’est créer » disait ainsi Bakounine, l’éternel adolescent.
Aux aurores de la modernité, Descartes avait pressenti les audaces
terribles qui s’ouvraient devant la volonté infinie, illimitée et
prométhéenne à laquelle la science nouvelle faisait découvrir sa
puissance. Puissance qui pourrait s’exercer non seulement contre une
tradition intellectuelle imparfaite mais aussi, et c’était la crainte de
Descartes, contre tous les ordres moraux et politiques. Ainsi ne
cesse-t-il dans le Discours de la méthode de mettre en garde contre une
extension « démocratique » du doute radical qu’il pratique dans le
domaine de la connaissance pure. De la grandeur inquiète de ces
commencements, nous sommes passés au gauchisme de consommation «
post-soixante-huitard ». S’il recule dans le passé, il continue
d’irradier notre présent comme une strate géologique recouverte mais
encore active.
Depuis quarante ans, la liberté moderne échoue ainsi sur une plage
artificielle qui, après 68, a recouvert les durs, les vertueux pavés «
gaullo-communistes ».
Un haïssable petit « moi » s'y agite, formant des pâtés capricieux, qui exige, revenu à la maison, de consommer sans ranger sa chambre. Bientôt père en rollers chantonnant Vincent Delerm, il n’hésite pas à porter des dreads-locks qui, bien acceptées dans son « job », aggravent son cas devant l’Éternel juge de tous les styles. Il prend avec l’âge l'aspect d’un vieux poupon arrogant et vagissant, réclamant l'air méchant de jouir encore et encore, et qui, gênant, tout le monde, ressemble trait pour trait à Dany Cohn-Bendit... Mais Cohn-Bendit va mourir bientôt, son monde est en phase terminale, et la déconstruction restera dans l'histoire de la pensée européenne comme le symptôme d'une dépression passagère. Le réalisme politique, la décence éthique et la consistance philosophique ont commencé leur insurrection. Mais c'est une autre histoire. Elle s'ouvre devant nous.