Article épinglé

Affichage des articles dont le libellé est WWIII. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est WWIII. Afficher tous les articles

mardi 26 mai 2026

Quid de la « défense atlantique » menacée ? Les explications d’Annie Lacroix-Riz

SOURCE https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/quid-de-la-defense-atlantique-menacee-les-explications-dannie-lacroix-riz/

Depuis plusieurs mois, un chœur déchirant de dirigeants « européens » (Royaume-Uni inclus) déplore l’atteinte irréversible portée à la défense « européenne » par un Président américain grossier menaçant de ruiner les excellentes relations européo-américaines et de les exposer à l’agression des Russes, après près de 80 ans d’alliance de défense fidèle et sûre. Le succès de cette campagne repose sur l’ignorance dans laquelle ont été tenues les populations sur la réalité de cette « Alliance » : à l’exception, partielle, du deuxième mandat présidentiel de De Gaulle, où celui-ci ordonna le retrait de la France de l’organisation militaire du Pacte atlantique. En fait, il a ainsi contesté aux États-Unis l’unique substance dudit Pacte : leurs bases aéronavales. Cette décision importante, mais incomplète ‑‑ de Gaulle ne dénonça pas le Pacte atlantique ‑‑, fut mise en cause dans les présidences suivantes, et Nicolas Sarkozy lui porta un coup fatal, l’effort étant poursuivi par ses successeurs[1]. Nucléaire en moins, nous explique-t-on. Voire…

La « stratégie périphérique » des États-Unis

Le « Pacte » signé le 4 avril 1949 consacrait le triomphe de la « stratégie périphérique » mise en œuvre par les États-Unis depuis la Première Guerre mondiale. Elle consistait à obtenir la maîtrise totale du continent européen, sans participation à l’essentiel des combats (tâche structurellement impossible à l’armée d’un pays qui n’avait jamais été soumis à attaque extérieure). Elle serait remplacée par une participation financière à « l’effort de guerre », via les crédits d’armements octroyés à un groupe de belligérants (qui passeraient l’près-guerre à les rembourser, soumis aux pressions y afférentes) pour vaincre l’autre groupe et lui imposer, via la défaite, un nouveau « compromis », plus favorable aux États-Unis. Dans les deux premières guerres mondiales, ce fut l’Allemagne, partenaire d’affaires majeur, mais rival trop gourmand. Les États-Unis rognèrent ses prétentions par soldats européens interposés avant de la « reconstruire » avec un flot de crédits américains ‑‑ largement et notoirement voués à son réarmement de « revanche ». Cette stratégie supposait absence militaire jusqu’à fixation définitive de l’issue du conflit, printemps-été 1918, été 1944, puis intervention militaire finale, avant fixation définitive des gains de l’« Allié » vainqueur financier, et total, des deux conflits.

Est explicite le bilan officiel des pertes des deux guerres mondiales, très faibles pour les États-Unis : Première Guerre mondiale, 117 000 dont 53 000 « morts au combat », surtout en France ; Deuxième Guerre mondiale : moins de 300 000 morts sur les fronts asiatique et européen, là encore, surtout en France (et Belgique). Dans les deux guerres, pertes civiles nulles. Les deux pays les plus touchés dans la Première, la Russie (1914-1917), plus d’1,8 million de morts militaires, 1,5 million de morts civils (record battu pour les deux catégories), environ 7 millions supplémentaires pour la guerre non déclarée de l’« Occident », dont le Japon, 1918-1920 ; la France, 1914-novembre 1918, respectivement 1,4 million et 300 000. 1941-1945, l’URSS, selon l’historien militaire américain David Glantz, 35 millions de morts, dont 20 millions de civils[2]. Ces chiffres dispensent de débats sur l’identité des vainqueurs militaires.

Et ses périls mortels pour les « Alliés »

La « stratégie périphérique », fondée, depuis la Deuxième Guerre mondiale, sur une supériorité aérienne écrasante, via les « bombardements stratégiques », fut au cœur des préparatifs de la suivante, dès 1942-1943. Il s’agissait d’arracher la maîtrise militaire du monde, contre l’ennemi, l’URSS, objectif présenté (évidemment sans désignation) par le général Henry Arnold, chef d’état-major de l’Air, en novembre 1943 : il est exclu de « tolérer des restrictions à notre capacité à faire stationner et opérer l’aviation militaire dans et au-dessus de certains territoires sous souveraineté étrangère »; la prochaine guerre aura « pour épine dorsale les bombardiers stratégiques américains »; « une armée internationale, instrument de la politique américaine », sera chargée des tâches subalternes – terrestres – ce qui « internationalisera et légitimera la puissance américaine ». La prochaine grande guerre se mènerait, du côté américain, plus radicalement que la précédente, pas contre l’Allemagne, mais contre le rival soviétique (22,4 millions de km2 depuis 1940-1941 puis 1945, et des ressources naturelles si tentantes).

Chaque « allié » des États-Unis leur fournirait donc des bases aériennes et navales d’attaque, comme celles qu’avaient dû leur lâcher les Anglais, de l’été 1940 à 1941, pression aux « crédits » aidant (de Terre-Neuve, Caraïbes, 1940, Groenland, Islande, 1941, etc.). L’ouvrage incontournable de Michael Sherry sur ces plans doit être traduit[3]. La moisson, gigantesque, de la Deuxième Guerre mondiale (« Empire » français inclus, depuis l’invasion de l’Afrique du Nord de novembre 1942), grossit encore après mai 1945. La liste, confirmée ou allongée après la guerre par tous les cédants, dont la France, fut codifiée quand Washington imposa à ses « alliés » son Pacte, conclu pour 50 ans, et renouvelable (il l’a été en 1999). Ces dirigeants de pays essorillés par les règles américaines de Bretton Woods sur le règne sans partage du dollar étaient d’autant plus dociles que l’emprunteur et « protecteur » les protégeait de leur peuple radicalisé par la Crise puis la guerre : 1947-1948 le démontra en France (mai 1947) puis en Italie (mai 1947 et avril 1948). Aucun risque de changement intérieur ne résisterait à la « protection » américaine. Le Pacte atlantique était surtout « une Sainte-Alliance », comme l’écrivit, en mars 1948 (un an avant la signature), le secrétaire général du Quai d’Orsay, Jean Chauvel. Il le demeure.

Sur le plan militaire, c’est autre chose. Contrairement à la légende, les signataires n’avaient pas « peur » des intentions belliqueuses de l’URSS : mise à genoux par la guerre, ruinée, privée de « réparations » (comme les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, dont elle-même), elle ne les avait jamais menacés du moindre conflit et ne risquait pas d’y prendre goût[4]. Chacun savait, en haut lieu, que cet après-guerre reproduirait à tous égards les précédents, guerres suivantes comprises. Le combat contre l’URSS impliquait prompt réarmement de l’Allemagne, entamé dès mars 1945 : sur les 27 divisions de la Wehrmacht encore à l’Ouest, 26 s’affairaient à évacuer par les ports du Nord troupes et matériel vers les « bons » ennemis ; les « 170 divisions sur le front de l’Est » combattirent jusqu’au 9 mai inclus (libération de Prague), révélation de 1969 de Gabriel Kolko (non traduit[5]). Pourquoi donc les « Alliés » occidentaux conservèrent-ils ces excellents combattants?

C’était clair avant la constitution de la RFA confiée au vieux pangermaniste Adenauer entouré de pairs ex-nazis. On ne parlait plus, dès 1948, que du réarmement imminent : comment se passer du « potentiel militaire que représentent en Allemagne de nombreuses générations bien aguerries » contre les « armées russes », écrivit l’ambassadeur de France à Washington, Henri Bonnet, en mars 1949. Le « potentiel » fut dirigé par les chefs de la Wehrmacht nazifiée jusqu’à l’os, qui formèrent l’armature « européenne » des exécutants de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord, fondée en 1950). Tout fut mis en place quand Washington eut arraché, via la capitulation française, sous Mendès France puis Edgar Faure, le principe officiel du « réarmement allemand » (octobre 1954-mai 1955). Y compris les crédits en dollars « liés » aux achats gigantesques d’armements américains « intégrés », de complète actualité « européenne ».

Au débat de ratification américain de mai 1949, Clarence Cannon, président démocrate de la commission des crédits de la Chambre des Représentants, avait brutalement décrit les périls de l’adhésion, réduisant à néant le fameux « article 5 » du Pacte, celui aujourd’hui brandi sans répit, de « défense », États-Unis en tête, de tout « allié » attaqué : « concertation » des alliés à ce sujet ne vaudrait pas « engagement » américain contre « l’agresseur ». Quand Washington attaquerait « l’ennemi », les Européens devraient juste fournir ce que les adversaires du Pacte atlantique qualifiaient de « chair à canon » et laisser à disposition des États-Unis leurs bases permanentes.

Cannon leur assignait deux missions : 1° « apporter leur contribution en envoyant les jeunes gens nécessaires pour occuper le territoire ennemi après que nous l’aurons démoralisé et anéanti par nos attaques aériennes », sans préjudice, pour les nations maritimes, de leur contribution navale ; 2° offrir à l’Amérique la libre disposition, « sur leur territoire, des bases aériennes pour des bombardements stratégiques. Grâce au Pacte de l’Atlantique, nous aurons des Alliés qui ont des troupes et des navires et qui devraient aussi avoir l’occasion de remplir leurs obligations de puissances contractantes. » La grande presse (New York Times et Washington Post en tête) tenta aussitôt d’éteindre l’incendie, en qualifiant ces propos d’« intrusion inepte et stupide, d’élucubration, de délire irresponsable », etc. – qu’exploiterait « la presse communiste du monde entier ».

Les bombardements américains sur la France (1942-1944) avaient causé 75 000 morts civils. Le souvenir en restait vif et une (petite) partie des Français, était informée par L’Humanité de ce qui attendait la population en cas de conflit (le Quai d’Orsay, inquiet, avait dès 1947 organisé un service spécialisé de réponse aux « mensonges et exagérations » du journal). Même les lecteurs du Monde de Beuve-Méry glanèrent des informations, de 1948 à 1951. Le catholique Étienne Gilson, fâché contre la très longue « neutralité américaine » (pro-allemande) de l’avant-guerre et des premières années de la Deuxième, y traita des périls liés à la perte de souveraineté sur les bases américaines. Le tandem serait surpris du ton actuel du Monde. Le silence retomba vite, Humanité exceptée pendant plusieurs décennies.

L’actualité de la chose éclate et s’impose… Le Pacte atlantique consiste surtout, depuis sa signature, en bases cédées par les signataires, violant la souveraineté des cédants, point de départ d’agression contre d’autres puissances les exposant à des représailles du pays attaqué. Sans engagement aucun du cessionnaire à « protection ». La guerre contre l’Iran, conduite à partir de bases américaines d’Europe et du Golfe vient de le démontrer.

Annie Lacroix-Riz – historienne


Aux origines du carcan européen (1900-1960) Annie Lacroix-Riz

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9int%C3%A9gration_de_la_France_dans_le_commandement_int%C3%A9gr%C3%A9_

de_l%27OTAN, « source » souvent contestable, fournit ici des citations utiles.

[2] La Guerre germano-soviétique 1941-1945, mythes et réalités, Paris, Delga, 2022

[3] Preparing for the next war, American Plans for postwar defense, 1941-1945, New Haven, Yale University Press, 1977.

[4] Lacroix-Riz, « L’entrée de la Scandinavie dans le Pacte atlantique (1943-1949) : une indispensable “révision déchirante” », guerres mondiales et conflits contemporains, cinq articles (au lieu de deux contigus), étirés de 1988 à 1994 par Jean-Claude Allain (liste, https://historiographie.info/cv0420252025.pdf).

[5] The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy, 1943-1945, New York, Random House, 1969.

mardi 12 mai 2026

Les États-Unis renforcent le blocus contre l'Iran [Étranglement économique]

 

Les États-Unis ont intensifié leur blocus contre l'Iran en frappant et en neutralisant trois navires commerciaux iraniens en l'espace de trois jours, à l'aide de canons de 20 mm peu coûteux et disponibles en grande quantité, ainsi que de missiles guidés standard. Cette escalade intervient alors que des informations indiquent que les États-Unis ont arraisonné plusieurs navires, refoulé des dizaines d'autres, tandis qu'un nombre presque équivalent a réussi à franchir le blocus américain. Ce renforcement du blocus par les États-Unis démontre à la fois leur capacité à neutraliser un grand nombre de navires à volonté, crée un effet dissuasif contre les navires iraniens qui tenteraient de forcer le blocus, et évite une escalade rapide et des fluctuations des prix du marché susceptibles de perturber la destruction contrôlée par Washington des exportations énergétiques du Moyen-Orient et d'accroître la dépendance énergétique de l'Asie envers les États-Unis.

Japon : de nouveaux missiles à longue portée rapprochent Washington et Pékin d’un éventuel conflit [Empire et division du travail : mise en place du 3e théâtre de guerre Chine/Japon]

À la veille du sommet Trump-Xi, Tokyo prend des mesures qui pourraient attiser les tensions entre les deux puissances.

Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

À l’approche du sommet américano-chinois le plus crucial depuis des années, le déploiement par le Japon de nouveaux missiles à longue portée provoque la Chine et augmente le risque que les États-Unis soient entraînés dans une spirale d’escalade en Asie de l’Est.

Le 31 mars, le Japon a déployé son premier missile de conception nationale à longue portée, de Type 25, à la base de Kengun, dans la préfecture de Kumamoto, au bord de la mer de Chine orientale. Avec une portée d’environ 965 km (contre les 195 km du précédent missile Type 12), le Type 25 est capable d’atteindre Shanghai. Si le Japon en déployait davantage dans les îles Ryūkyū, tout le littoral est de la Chine tomberait dans son rayon d’action.

Le même jour, le Japon a également déployé le « Hyper Velocity Gliding Projectile » (HVGP), sa première arme hypersonique, au Camp Fuji, une base américaine située près de Tokyo. Une semaine auparavant, le département d’État avait approuvé une vente d’équipements à hauteur de 340 millions de dollars à destination du Japon afin de soutenir le programme HVGP.

Le Japon prévoit de déployer davantage de ces deux systèmes d’armes au cours des prochaines années et se prépare à équiper ses destroyers de missiles Tomahawk de fabrication américaine. Il en résulte un renforcement de la capacité de frappe à longue portée du Japon, expansion à laquelle les États-Unis apportent un soutien concret.

Alors que le président Donald Trump s’apprête à se rendre à Pékin le mois prochain pour son sommet avec le président chinois Xi Jinping, la Maison Blanche devrait s’interroger : ces mesures renforcent-elles la sécurité en Asie de l’Est ou aggravent-elles un casse-tête sécuritaire susceptible d’entraîner les États-Unis dans une escalade non intentionnelle ? [la question elle est vite répondu! D'ailleurs après la Chine, Doni Trumpano se rend au Japon] 

Tensions entre le Japon et la Chine

Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a déclaré aux journalistes que ces déploiements renforçaient la capacité de dissuasion du Japon dans ce que Tokyo considère comme « le contexte sécuritaire le plus grave et le plus complexe de l’après-guerre. »

Cependant, du point de vue de Pékin, un missile capable d’atteindre le continent chinois s’apparente davantage à une option offensive de première frappe. Le ministère chinois des Affaires étrangères affirme que les missiles à longue portée du Japon « dépassent largement le cadre de la légitime défense » et met en garde contre le fait que le « néo-militarisme » du Japon « jette une ombre menaçante sur la paix et la stabilité régionales. »

Pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, la politique de sécurité du Japon a été façonnée par un engagement constitutionnel en faveur du pacifisme et par une structure militaire « exclusivement axée sur la défense. » Cette tradition pacifiste a été abandonnée en 2022, lorsque la Stratégie de sécurité nationale du Japon a préconisé le développement de « capacités de riposte » et le doublement des dépenses de défense pour les porter à 2 % du PIB.

Au Japon, certaines voix s’élèvent pour affirmer que réinterpréter la Constitution sans passer par un amendement officiel revient à contourner le processus démocratique. Le 8 avril, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Tokyo, tandis que des rassemblements similaires avaient lieu dans plus de 130 localités à travers le pays, pour protester contre la guerre en Iran et contre ce qu’ils considèrent comme un détricotage de la philosophie pacifiste de la Constitution japonaise. Mais la Première ministre Sanae Takaichi reste déterminée à poursuivre cette réorientation stratégique du pays.

Le Japon et la Chine continuent de traverser une crise diplomatique suite aux déclarations de Takaichi, qui a affirmé qu’un blocus chinois de Taïwan pourrait conduire à une intervention militaire japonaise. Cela marque une rupture avec des décennies de modération japonaise sur la question taïwanaise.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré que le Japon avait « franchi une ligne rouge. » Le ministère chinois de la Défense a averti que le Japon subirait une « défaite écrasante » s’il intervenait.

Takaichi a également fait part de sa volonté de renoncer à l’engagement pris par le Japon en 1967 de ne pas produire, posséder ni héberger d’armes nucléaires. Les responsables chinois font valoir que si le Japon venait à renoncer à son engagement de ne jamais se doter d’armes nucléaires, le rempart mondial contre la prolifération nucléaire s’en trouverait gravement affaibli. Ils ont raison de s’inquiéter, et Washington devrait en faire tout autant.

Dans le même temps, le Japon craint pour sa sécurité face à l’intensification des activités des navires de guerre chinois près de ses îles. En décembre dernier, des chasseurs chinois ont verrouillé leur radar de poursuite sur des jets militaires japonais près d’Okinawa, un geste signalant que le pilote se prépare à attaquer.

Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a qualifié les exercices militaires menés par la Chine et la Russie près de la mer du Japon à la fin du mois de « véritable démonstration de force à l’encontre de notre pays, ce qui constitue une grave menace pour notre sécurité nationale. »

On est là face à un dilemme de sécurité classique. Le Japon met en avant les activités chinoises près de ses îles. La Chine, quant à elle, souligne les déploiements de missiles japonais ainsi que les déclarations concernant Taïwan et les armes nucléaires. Les arguments défensifs avancés par chaque partie ne font que renforcer la perception que l’autre est une menace.

Les nouvelles capacités de frappe à longue portée du Japon ne font qu’augmenter le risque d’un incident. Fort de ces nouvelles capacités de riposte, le Japon pourrait se sentir obligé de lancer une attaque préventive s’il soupçonne qu’une attaque se prépare. Il suffirait d’une mauvaise interprétation des intentions de la Chine pour que le Japon passe soudainement à l’action, entraînant immédiatement les États-Unis, qui sont liés par traité à la défense du Japon.

Un meilleur cadre de dissuasion

Alors que les États-Unis soutiennent les capacités avancées du Japon en matière de missiles, ils s’impliquent de plus en plus dans la dynamique d’escalade qui règne dans la région. Ils ne devraient pas exiger que le Japon mette un terme à la modernisation de sa défense. Il est toutefois dans l’intérêt des États-Unis d’accompagner la nouvelle position du Japon avec prudence afin de réduire le risque d’escalade... [qu'ils gèrent en bons profiteurs de guerre]

Il serait plus judicieux pour les États-Unis d’encourager le Japon à se concentrer davantage sur le « déni conventionnel. » Il s’agit ici de faire la distinction entre les capacités permettant de contrecarrer toute agression chinoise à proximité des eaux japonaises et celles qui constituent une menace pour la Chine continentale. Les premières ont un effet dissuasif, tandis que les secondes représentent une provocation.

Pour renforcer sa position de déni, le Japon pourrait renforcer ses bases afin qu’elles résistent à une première frappe, étendre ses systèmes de défense aérienne et développer ses capacités de guerre sous-marine. Washington devrait encourager ces efforts, plutôt que de soutenir la stratégie de frappe à longue portée du Japon.

Cette logique stratégique va dans le sens des recommandations formulées par des responsables américains de la défense pour la région, Elbridge Colby par exemple [Il s’agit de Strategy of Denial, (la stratégie du déni) cet ouvrage est un examen critique de la politique US dans l’indo-Pacifique, NdT] : les États-Unis et leurs alliés, comme le Japon, devraient faire en sorte qu’il soit trop coûteux pour la Chine de tenter de s’emparer de territoires contestés, plutôt que de menacer de frapper la Chine continentale elle-même.

Le prochain sommet Trump-Xi constitue également une opportunité. L’ordre du jour de ce sommet devrait inclure une discussion sur la prévention d’un affrontement accidentel entre les forces japonaises et les forces chinoises, lequel entraînerait les États-Unis dans la guerre.

La période précédant le sommet est le moment idéal pour encourager le dialogue entre les forces armées tant japonaises que chinoises. Cela pourrait notamment passer par la réactivation de la ligne directe entre le Japon et la Chine mise en place en 2023, qui n’a été utilisée qu’une seule fois pour un appel protocolaire. Les canaux de dialogue permettent de désamorcer les incidents, par exemple lorsque des navires de guerre ou des avions de chasse s’approchent trop près les uns des autres, afin d’éviter que la situation ne dégénère.

Le fait que le Japon se dote de missiles à longue portée accroît le risque que les États-Unis se retrouvent davantage entraînés dans une politique de la corde raide au niveau régional. Des pourparlers directs entre le Japon et la Chine, ainsi qu’une approche plus judicieuse de la défense japonaise, contribueraient grandement à apaiser les tensions.

*

Pavel Devyatkin est chercheur associé au Quincy Institute et collaborateur principal à l’Arctic Institute.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Source : Responsible Statecraft, Pavel Devyatkin, 10-04-2026

lundi 11 mai 2026

Dos futuros en conflicto para la inteligencia artificial

 FUENTE https://observatoriocrisis.com/2026/05/10/dos-futuros-en-conflicto-para-la-inteligencia-artificial/

Un sistema crea una empresa (Palantir) que clasifica civilizaciones, arma genocidios y publica manifiestos racistas. El otro crea un laboratorio de investigación que distribuye gratuitamente un modelo de vanguardia.

Bappa Sinha, tecnólogo y analista del impacto social de la IA

Alex Karp, director ejecutivo de Palantir, publicó un manifiesto de 22 puntos el 19 de abril en el que declaraba que «el poder duro en este siglo se construirá sobre el software» y que ciertas culturas son «regresivas y dañinas». Cinco días después, el laboratorio chino de IA DeepSeek lanzó su tan esperado modelo V4: 1,6 billones de parámetros, código abierto bajo la licencia MIT, igualando a los modelos estadounidenses propietarios más caros a aproximadamente una trigésima parte del precio.

Dos acontecimientos. Con cinco días de diferencia. Dos visiones completamente opuestas sobre para qué sirve la inteligencia artificial, quién la controla y a qué intereses sirve.

Comencemos con el manifiesto. Extraído del libro de Karp, *La República Tecnológica: Poder Duro, Creencias Sutiles y el Futuro de Occidente* (escrito en colaboración con el director de Asuntos Corporativos de Palantir, Nicholas Zamiska), este documento de 22 puntos ha sido visto más de 32 millones de veces. En él se argumenta que Silicon Valley tiene una deuda con la nación, que las armas de IA son inevitables y que Occidente debe construirlas, que el servicio militar obligatorio debe reconsiderarse y que el pluralismo liberal no es más que una «tentación superficial».

Los puntos 21 y 22 revelan por completo la verdad. Afirman que «ciertas culturas, e incluso subculturas, han producido maravillas», mientras que «otras han demostrado ser mediocres, y peor aún, regresivas y perjudiciales». El punto 22 aboga por resistir «la superficial tentación de un pluralismo vacío y hueco», lamentando que Estados Unidos «durante el último medio siglo se haya resistido a definir las culturas nacionales en nombre de la inclusión». 

En pocas palabras, se trata de supremacismo racial y civilizacional en estado puro. Una empresa integrada en cadenas de exterminio imperiales jerarquiza a los pueblos del mundo y dicta a los gobiernos quiénes son considerados civilizados. La arrogancia colonial es inconfundible. Algunos la denominan tecnofascismo. Más de 200.000 personas en Gran Bretaña firmaron una petición exigiendo al gobierno la rescisión de sus contratos con Palantir. Miembros del Parlamento compararon el documento con los «desvaríos de un supervillano».

Y Palantir no se limita a publicar manifiestos. Está integrada operativamente en la maquinaria de la guerra imperial. Su plataforma Gotham proporciona sistemas de puntería basados en IA para el ejército ucraniano. El propio Karp se ha jactado  que el software de Palantir es «responsable de la mayor parte de la puntería en Ucrania», procesando imágenes de drones, imágenes satelitales e inteligencia de señales para generar opciones de ataque que mejoran con cada impacto. El sistema aprende de cada bomba lanzada. En enero de 2026, la compañía profundizó esta integración con la sala de datos Brave1 de Ucrania, alimentando con datos del campo de batalla en tiempo real los modelos de IA para la interceptación de drones.

Pero es el papel de Palantir en el genocidio de Gaza y la guerra ilegal estadounidense-israelí contra Irán lo que revela lo que realmente significa en la práctica el concepto de «poder duro basado en software». 

Palantir firmó una alianza formal con el ejército israelí en enero de 2024, tres meses después del inicio del ataque a Gaza, integrando comunicaciones interceptadas y datos satelitales para generar bases de datos de objetivos, es decir, listas de objetivos a eliminar. Mantiene una oficina permanente en el Centro de Coordinación Cívico-Militar, liderado por Estados Unidos, en el sur de Israel, proporcionando la arquitectura tecnológica para controlar la entrega de ayuda humanitaria a Gaza, un proceso que se ha utilizado sistemáticamente como arma para someter por hambre a una población civil asediada. 

Y en la guerra más amplia contra Irán, la misma maquinaria de la cadena de ataque alimentó los sistemas de selección de objetivos que bombardearon la escuela de niñas Shajareh Tayyebeh en Minab el 28 de febrero, causando la muerte de más de 170 niñas. Amnistía Internacional calificó el ataque de ilegal. La UNESCO lo consideró una grave violación del derecho humanitario. Cuando Karp escribe que las armas de IA son inevitables y que Occidente debe construirlas, está describiendo lo que su empresa ya hace, todos los días, en tiempo real.

Ahora bien, consideremos el contraste. El 24 de abril, DeepSeek lanzó la versión 4 bajo la licencia MIT. Cualquiera puede descargarla, modificarla e implementarla comercialmente. Su arquitectura es un sistema de mezcla de expertos con un total de 1,6 billones de parámetros (49 mil millones activados por consulta) y una ventana de contexto de un millón de tokens. 

El documento técnico presenta tres innovaciones: una arquitectura de atención híbrida, hiperconexiones con restricciones de variedad y el optimizador Muon, que reemplaza los métodos de entrenamiento estándar. El resultado: un 27 % menos de cálculo de inferencia y un 10 % menos de caché de memoria en comparación con su predecesor.

Los resultados hablan por sí solos. V4-Pro obtuvo 3206 puntos en Codeforces, superando los 3168 de GPT-5.4, la puntuación más alta en programación competitiva alcanzada por cualquier modelo en el momento de su lanzamiento. En SWE-bench Verified, la prueba de rendimiento estándar para la ingeniería de software en el mundo real, obtuvo una puntuación de 80,6, tan solo 0,2 puntos por debajo de Claude Opus 4.6. Lidera a todos los modelos de código abierto en matemáticas, ciencia y programación.

¿Y el precio? DeepSeek lo redujo aún más el 26 de abril. V4-Pro ahora cuesta: $0.435 por millón de tokens de entrada y $0.87 por millón de tokens de salida. Compárese con GPT-5.5, que cuesta $5.00 por entrada y $30.00 por salida, o Claude Opus 4.7, que cuesta $5.00 y $25.00. V4-Pro cuesta aproximadamente una trigésima parte de la tasa de salida de GPT-5.5. La variante más ligera, V4-Flash, cuesta $0.14 por entrada y $0.28 por salida, casi 100 veces más barata. Para un desarrollador en Lagos, Dhaka o São Paulo, estas no son cifras abstractas. Determinan si la IA de vanguardia es accesible o si está restringida por el muro de pago estadounidense.

Luego está la soberanía del hardware. V4 es el primer modelo de vanguardia chino diseñado para funcionar de forma nativa con chips Huawei Ascend y Cambricon de fabricación nacional, en lugar de Nvidia. Esto responde directamente a los controles de exportación de semiconductores de EE. UU., diseñados para impedir que China acceda a chips de IA avanzados. 

A los pocos días del lanzamiento de V4, ByteDance, Tencent y Alibaba se apresuraron a realizar pedidos de los procesadores Huawei Ascend 950PR. Huawei tiene previsto enviar 750.000 unidades este año. DeepSeek ha indicado que el precio de V4-Pro podría bajar aún más una vez que estos supernodos se envíen a gran escala en la segunda mitad de 2026. 

El régimen de sanciones de EE. UU., destinado a mantener el monopolio estadounidense sobre la computación de IA, ha acelerado, en cambio, el desarrollo de una plataforma de IA china totalmente autóctona, desde la fabricación de chips hasta la implementación de inferencias.

El modelo de negocio de Palantir se basa en sistemas propietarios y clasificados que se venden a gobiernos y fuerzas armadas a un precio exorbitante. La tecnología como arma de competencia entre civilizaciones, según sus propias palabras. 

DeepSeek publicó públicamente los pesos de su modelo, y su director ejecutivo y fundador, Liang Wenfeng, declaró que su visión es proporcionar IA de vanguardia gratuita para todos, con el fin de impulsar el progreso humano. 

Bajo el capitalismo, la IA de vanguardia queda confinada tras muros de pago de API y contratos clasificados, y se integra en cadenas de ataque. Bajo la planificación socialista, la misma tecnología se libera como un bien público.

El patrón histórico es conocido. En la década de 1960, el gobierno estadounidense adquirió el 60% de los circuitos integrados para la carrera espacial de empresas de Silicon Valley. Esa inversión pública generó fortunas privadas. Tras el estallido de la burbuja puntocom, y de nuevo tras la crisis financiera de 2008, los rescates bancarios y de fondos de inversión con dinero público canalizaron nuevo capital hacia el mismo ecosistema, creando empresas valoradas en billones de dólares a pesar de no producir nada físico. 

La riqueza generada dio origen a una clase de oligarcas tecnológicos que ahora buscan privatizar el mismo aparato estatal que los impulsó. Palantir, que pasó de la financiación inicial de la CIA a In-Q-Tel, se convirtió en una corporación de 280 mil millones de dólares que publica manifiestos sobre la guerra civilizacional. Inversión pública que crea monopolio privado; monopolio privado que luego se apodera del Estado. El manifiesto es esta clase exponiendo abiertamente su programa.

La trayectoria de China apunta en la dirección opuesta. La inversión estatal en la autosuficiencia de semiconductores y la investigación en IA, llevada a cabo bajo las hostiles sanciones estadounidenses, no ha creado otro ecosistema cerrado. Ha generado tecnología de código abierto disponible para todo el mundo. La lógica es sistémica: el Estado socialista absorbe los costos de la investigación, frena los monopolios y los incentivos para restringir el acceso al conocimiento mediante suscripciones de pago. La tecnología se libera. La gente la usa.

La IA se está convirtiendo rápidamente en la capa infraestructural de la producción económica. Para el Sur Global, la elección entre estos dos modelos definirá las condiciones de desarrollo durante décadas. La dependencia de los sistemas propietarios estadounidenses implica controles de exportación, restricciones de licencias, tecnología revocable a capricho de Washington y apropiación imperialista mediante superganancias monopólicas. 

Los modelos de código abierto que se ejecutan en chips libres de la jurisdicción de las sanciones estadounidenses ofrecen capacidad de IA soberana a precios que una universidad en Nairobi o un hospital en Kerala pueden permitirse, con total libertad para adaptarlos a los idiomas y condiciones locales. 

Los países que buscan la soberanía digital y de IA deberían prestar mucha atención. La alternativa es permanecer atrapados en un sistema donde la misma empresa que tacha a tu cultura de «mediocre» también desarrolla el software que genera las listas de objetivos a eliminar.

Un sistema crea una empresa que clasifica civilizaciones, arma genocidios y publica manifiestos al respecto. El otro crea un laboratorio de investigación que distribuye gratuitamente un modelo de vanguardia. ¿Quién controla la tecnología, quién se beneficia, quién paga el precio? Para la gente trabajadora de todo el mundo, estas preguntas definirán la próxima década.

 

samedi 9 mai 2026

Au cœur de la machine iranienne des réseaux sociaux

 

Dans une vidéo réalisée par une maison de production soutenue par le Corps des gardiens de la révolution islamique, un groupe de jeunes filles blondes portant des dossiers intitulés « Dossier Epstein » se joint aux écolières iraniennes tuées lors d’une frappe sur Minab. Elles regardent Trump et Netanyahou basculer du haut d’une falaise dans une rivière de feu en contrebas. Vidéo : Corps des gardiens de la révolution islamique.

ARTICLE EN INTÉGRALITÉ 

mercredi 29 avril 2026

Llegó la Amerikan Perestroika: El Imperio Estadounidense ha Colapsado e inaugura el Salvaje Oeste Mundial

FUENTE https://tarcoteca.blogspot.com/2026/04/llego-la-amerikan-perestroika-el.html?

 El Imperio Americano Colapsó exactamente el 28 de Febrero de 2026, iniciando su periodo de Reforma Profunda, la Amerikan Perestroika


Sea por el motivo que sea, conscientes o no, causa justa o injusta, instigación de Israel o proyecto hegemónico nacional, error de calculo... con el Ataque a Irán y el bloqueo del suministro de los países del Golfo Pérsico, Estados Unidos inaugura a lo grande un Ciclo Económico de décadas, si no definitivo, caracterizado por la energía cara, lo cual trastocará todo su plantel de aliados, rivales y hasta su producción interna. Ya no hay nada que hacer, ahora solo se puede gestionar daños.

Como EEUU ha colapsado y entrado en franca decadencia energética (aparte del resto de decadencias), intenta destruir los sistemas energéticos del resto de países Alemania, Australia, Irán, Hungría, Malasia, Rumanía...  Sabe  que está cayendo en una sima sin fondo, a la que seguirá la Trampa de la Deuda. EEUU quiere que el resto de países estén igual o peor que él si cabe (patada en la escalera). No solo es que él no puede proveerse a sí mismo de energía barata, es que no podría proveer a los demás países aunque quisiera.


Desde ya, podemos observar cómo la vieja arquitectura geopolítica previa al 28 feb se disuelve delante de nuestros ojos, conforme cambian los flujos y cantidades de energía. OTAN, ONU, Petromonarquías, OMC, FMI, G7..., son solo palabras que no significan nada. Lo que antes era rentable ahora deja de serlo. Lo que se movía hacia un lado, lo hará hacia el otro; o incluso no lo hará. Y lo que no pueda conseguir por contrato, lo conseguirá por las armas. Bienvenidos al Salvaje Oeste del S.XXI

Estados Unidos es perfectamente consciente de esta situación, está cambiando de paradigma, y quiere cambiarlo para todos. El Nuevo Mundo de Estados Unidos va a ser también difícil para él, ya que tiene una economía totalmente dependiente de la energía barata y el petróleo, pero cree que lo aguantará mejor que el resto. Y ya ha hecho sus apuestas: Armas, Petróleo y Monopolio.

Las cuentas


EEUU tiene el 4% de la población mundial, produce 2 billones $ en exportaciones (no sabemos si mercancías físicas, pero si como beneficios económicos), y consume el 21% de petróleo, aunque produce el 20% mundial. Su otrora 'barata' sociedad se basaba en el petróleo y la energía barata. Su economía en la deslocalización de la producción. China, con un 12% aproximadamente de la población mundial, consume el 19% de la energía, y exporta 3'3 billones $ anuales. A grosso modo, es el triple más eficiente. Esto nos da una idea del ajuste que debe realizar EEUU y lo que le va a pasar. Su sector primario ya no puede disponer de tanto del petróleo como antes. La agricultura podría subsistir, gracias a las grandes superficies. Pero la minería no. El sector industrial también es totalmente dependiente de la energía, aunque está en su mayor parte externalizado; sobre todo en China. La población se refugia en el sector servicios.

En sus previsiones, EEUU es prácticamente autosuficiente en hidrocarburos, por lo que la retirada del 10-15% mundial subsecuente a la Guerra de Irán no supone una gran diferencia en su previsión de consumo, máxime después de haber conquistado Venezuela. Lo que realmente supone es una retirada de aproximadamente un 20% del petróleo para el resto de países, empezando por los no productores. 

Unas cuentas, que no salen. Porque las previsiones de producción de hidrocarburos son negativas, a pesar de la tecnología del fracking desplegada desde 2016. No un poco, bastante más negativas. 


Plan sin fisuras: Far West para el Brand New World


Lo que viene

Al externo: 

¿Qué sucede cuando los países que son proveedores son los que tienen problemas?  Efectivamente, disminuye la cantidad relativa de producto y, por lo general aumentan precios y la escasez. Pero eso es solo el principio, porque al final, el precio cae.

Cuando el país sufre demasiado, se deteriora, se desmecaniza, pierde servicios, calidad de vida, poder adquisitivo, disminuye su consumo, y baja precios. Disminuye su competencia en el mercado industrial y aumenta en el mercado de las materias primas. Un efecto visto en los 80 como resultado de los créditos del FMI, en los 90 durante la caída de la URSS, en el S.XXI en el Ecuador post Correa, en la Argentina de Miley, Ucrania, y en todos los países sometidos a bloqueo o guerra: Irak, Afganistán, Libia, Siria, Venezuela, Cuba, Yemen... La lista es demasiado extensa como para nombrarla. Lo que EEUU no puede comprar a bajo precio, lo obtiene por las armas a bajo precio. 

Si bien Estados Unidos ahora ha estado bombardeando a las producciones energéticas mundiales, es de esperar que también quiera dañar los centros de producción de armas, principalmente Rusia, China, Europa, para convertirse en el monopolista principal. De todos modos, a pesar de que las armas es una cuestión estratégica nacional, y por tanto bien protegida, nadie dice que no puedan pasar a formar parte del accionariado o situarse en sus listas de  proveedores y financiadores; es decir, controlarlas tácitamente, como el caso de Europa y la OTAN.

Al interno

Está aplicando implacablemente la doctrina de la Producción a Escala y Digitalización. Una tendencia mundial propulsada por la tecnología, imparable, en que la producción de un bien o servicio es centralizado en un solo lugar mundial. Una tendencia que lleva indefectiblemente a la tercermundialización. Es decir, devaluación y disminución del consumo interno. El producto 'escalado' se convierte en un bien monopolizado. Tal vez esta es la palabra que no desean emplear, por eso la esconden entre la verborrea de la IA, tecnofascismo, criptobros, fakenews, etc. Pero la producción concentrada de un producto en manos de una empresa es lo que es, MONOPOLIO de toda la vida. Corporativismo de siempre.

Los monopolios de los que Estado Unidos quiere apoderarse son básicamente 3: energía, corredores y armas.

1 La energía, que por ser una materia prima está deslocalizada: los países productores deben ser sometidos, lo cual implica un Gran Ejército.

2 Los corredores de mercancías: los países controladores y los estrechos (incluida España) deben ser sometidos, lo cual implica un Gran Ejército.. 

Este es el punto donde se encaja el infame proyecto del Gran Israel, controlador regional de energía y corredores de mercancías. Una tarea encomendada por los sionistas financieros de Wall Street y la City, los verdaderos amos de EEUU, a los sionistas supremacistas de Israel, por medio de un Gran Ejército.

3 Las armas. Este es el bien industrial clave, llave del resto de la macabra arquitectura. Propulsada por la IA, las Light off industries, robots, toda la ilusión de Hollywood, alimentada con el producto barato de los países sometidos y financiada por los ya mencionados.

Planazo

Por medio de la energía barata y las armas abundantes controlarán los corredores que les dará acceso a mercancías más baratas aún, que se producirán en todo el mundo, siendo ellos, por su puesto, desde Wall Street, los intermediarios. Pretenden, por ejemplo, ser los suministradores de materias primas a China y vender los productos allí manufacturados con marca americana. A los propios americanos, no al resto. Ese es su plan. 

No quieren un comercio mundial ni de petroleo ni de armas. Quieren ser ellos los proveedores únicos de seguridad y defensa. El resto de productos realmente la dan igual, porque pueden extraerlos del mercado mundial. Un mercado controlado desde Wall Street y la City, y a la orden de Jerusalem. Pero estos dos mercancías, armas y petróleo, son fundamentales tanto para la vida como para la muerte, para la construcción y la destrucción. Los Estado Unidos no tienen las materias primas, ni las fábricas, ni siquiera infraestructuras; pero sí tienen los medios de destrucción que creen que le abrirán todas las puertas del paraíso de las mercancías. O al menos, así piensan. 

Dificultades insalvables

Sinceramente, no creemos que lo vayan a lograr. No van a hacerse con el Monopolio Mundial ni aunque tengan todo el dinero del mundo porque:
- Sus armas son malas, pocas y caras. Buenas para masacrar poblaciones, para hacer bloqueos, para hacer negocios espúrios, pero inútiles contra países. Lo mismo es aplicable a sus armas nucleares.
- Sus productos son malos, y tendentes a empeorar: sobrediseñados, obsolencestes o enshittificados.
- Sus gastos son excesivos, y tendente a aumentar. 
- Su rendimiento ridículo, como hemos visto en las cuentas al compararlo con China.
- Su robotización y digitalización es ineficiente, costosa, y lenta. 
- Han acabado con el talento, hundiendo su sistema educativo y su sistema de incentivos. Es decir, se han cargado su capacidad de innovación.
- Sus aliados son inconsistentes, volubles y volátiles.
- Sus acuerdos ya no son respetados, ellos mismos los primeros.
- A pesar de ser capaces de cooptar élites, sus adversarios son todos los ciudadanos, de todos los países, incluido el suyo, y de todas las condiciones; consecuencia del supremacismo. 
- A pesar de generar guerras delegadas, son incapaces de crear un bloque de aliados y evitar el surgimiento de bloques opositores.
- Falla su sistema de propaganda. "Inexplicablemente", después de saturar las redes con mentiras desde hace 40 años, pretenden que alguien les crea.

Conclusiones

Como cabía esperar, después del Colapso, Estados Unidos está practicando una reorganización interna de todo su sistema productivo, la cual implica una reorganización externa de su sistema de vasallaje.

Los problemas creados a raíz de la Guerra de Irán, en el resto de países, no se harán sentir inmediatamente en Estados Unidos. Podrán aguantar una temporada, tal vez un par de años. Pero el rebufo de la marejada les llegará como un tsunami.

El abandono del softpower, del consenso ideológico mundial, frente al belicismo abierto y la represión, supone un desplazamiento de capitales a estos sectores. Fomenta el salvaje Oeste, rivales fuertes capaces de usar las armas que legitimen intervenciones. Que permitan su infiltración. Pero también implica pérdida de influencia sobre élites extranjeras, dificultad en su cooptación, dificultades en su cooperación, y alianzas multinacionales opositoras. Al tiempo.

En pocas palabras, sus cálculos han fallado de nuevo, porque se han sobreestimado. Y seguirán fallando, porque, con sus niveles de consumo, bajo rendimiento y energía menguante, sus planes son, simplemente IMPOSIBLES. No son realistas. Su única posibilidad es de supervivencia como hegemón es su regionalización en el Fortress America y el Gran Israel y el inicio de reformas profundas.

A la reforma económico-monopolística iniciada, le seguirá una serie de reformas de todo tipo. 

Una vez que se reconfigure el mundo, vendrá un segundo Colapso, por la caída de la producción interna de carburantes. Por eso EEUU va a evitar por todos los medios que este nuevo mundo, estos bloques, acabe de reconfigurarse. Por eso iniciará más guerras regionales.

A este tsunami le seguirán otras varias réplicas, imposibles de determinar pero evidentes. 

Y finalmente, si sobreviven como sociedad, se atendrán al derecho internacional, que es lo que pide el resto de países y de la población de la tierra. Lo que tarden. Eso sí, el reguero de sangre y miseria que dejarán a su paso será épico. 

¿Guerra mundial? Económica, difusa, 2.0, pero, debido a la disuasión nuclear, no como las dos anteriores. Apostaríamos a que tomarán la forma de un Rosario de Guerras Civiles y delegadas.

¿Dónde quedamos nosotras? 

¿Hay sitio para el Pueblo entre tanto ricachón y ejército? ¿Hay sitio para las trabajadoras desposeídas? Cada una somos agentes de cambio; porque a nadie le gustará vivir en lo que se nos viene. Las élites dominantes han demostrado que no son capaces de gestionar ni un resfriado. Nuestro destino manifiesto es despojarlas de su poder, despojarlas de sus propiedades, hacernos con la producción, y repartirla fraternalmente entre el pueblo como iguales. No hay misterio, debemos hacer especularmente lo contrario que ellas hacen, medida por medida. Usar la red cooperativa resilente como respuesta a sus nodos monopolísticos dependientes. Nacionalización generalizada de expropiaciones, desconcentración de capitales privados y comunismo descentralizado. Quieren todo para ellos. Nosotras lo repartiremos todo.

Quieren sumisos soldados; ovejas para enviar a sus holocaustos y aquelarres. Les daremos beligerantes activistas; gatos salvajes con ganas de revolución. En este nuevo escenario en que los mantras neoliberales y neofascistas pierden su efecto sedante, es posible.
 
Salud!PHKl/tctca

dimanche 26 avril 2026

WWII y WWIII : Cómo algunas empresas estadounidenses colaboraron ( y colaboran) con los nazis (por que lo son)


 

El período de entreguerras fue una época muy turbulenta para muchas empresas, pero algunas aprovecharon la situación y cooperaron con los nazis. Entre ellas, compañías estadounidenses muy conocidas. Sputnik cuenta cómo los empresarios de EEUU prosperaron gracias a sus negocios con el bárbaro régimen hitleriano.

Quizá el ejemplo más conocido de una relación cálida entre un empresario norteamericano y la Alemania nazi es la historia de Henry Ford, el legendario fundador de la empresa homónima y padre de las cadenas de producción modernas que se usan hoy en día en cualquier producción en masa. Las relaciones entre Ford y el Reich no se limitaban a los negocios. Fue un hecho muy conocido que el creador de la famosa marca de automóviles era antisemita.
 

Los nazis valoraban la cooperación con Henry Ford, así que en su 75 cumpleaños, el 30 de julio de 1938, lo condecoraron con la Gran Cruz del Águila Alemana, un premio honorario que se otorgaba a extranjeros prominentes considerados simpatizantes del nazismo. Fue la orden más alta que un extranjero recibió del Tercer Reich. Sin embargo, es importante recalcar que en aquella época Ford no representaba a su empresa porque había entregado las riendas a su hijo.
 

La historia de su sentimiento antisemita se remota a su tiempo al frente de la empresa. Ford era conocido por sus declaraciones contra los judíos ya antes de que Adolf Hitler accediese al poder en Alemania. Expresó su punto de vista en las numerosas publicaciones que hizo a lo largo de muchos años. Luego, cuando surgió el monopolio del Partido Nacionalsocialista Obrero Alemán (NSDAP) en Alemania, el empresario estadounidense empezó a prestar ayuda financiera a la organización.

Según diferentes fuentes, Hitler sentía un respeto profundo por el genio económico de Henry Ford. Lo más curioso es el trabajo que realizó el subsidiario alemán de la empresa Ford para la Alemania nazi. Dicho subsidiario produjo una enorme cantidad de camiones para las necesidades de la Wehrmacht. Es de dominio público que los prisioneros del Reich fabricaban los vehículos.
 

Es incluso probable que los trabajos forzosos se aplicaran a la producción de automóviles en 1940, cuando el subsidiario fue plenamente controlado por la empresa matriz en EEUU. No obstante, al mismo tiempo el aporte de Ford a la industria de la Alemania nazi no fue tan profundo como el de otras corporaciones estadounidenses como, por ejemplo, General Motors.


Colaboración a lo grande
 

Con la Orden del Águila Alemana fue condecorado en agosto de 1938 un alto funcionario ejecutivo de General Motors, James Mooney, por su servicio distinguido por el Reich. Por lo que sin duda alguna el subsidiario de General Motors contribuyó significativamente a la construcción de la máquina de guerra nazi.
 

El ministro para el Armamento y la Producción Bélica, Albert Speer, declaró que la guerra relámpago contra Polonia en 1939 no habría sido posible sin la tecnología de General Motors. Estas mejoraban el rendimiento de los vehículos militares. Es más, la Alemania nazi no habría podido invadir la Unión Soviética tan rápidamente sin ella.

Durante la guerra la planta del subsidiario de General Motors, Opel Brandenburg, fabricaba camiones, repuestos para aeronaves militares, minas y detonadores para torpedos para la Alemania nazi. El presidente de General Motors durante más de treinta años, Alfred Sloan, justificó este hecho aludiendo a la nacionalización de los subsidiarios de las empresas extranjeras por los nazis después del inicio de la Segunda Guerra Mundial.
 

Sin embargo, en realidad Opel —el entonces subsidiario germano de GM— nunca fue nacionalizado en la práctica: los directores y la gestión del subsidiario designados por la matriz General Motors continuaron ostentando sus cargos durante toda la guerra. Tanto GM como Ford insisten en que tienen poca responsabilidad o ninguna por las acciones de sus subsidiarios alemanes, que para 1939 controlaban el 70% del mercado automovilístico alemán.
 

Con el inicio de la guerra sus plantas fueron rápidamente reestructuradas para cumplir con las necesidades de la Wehrmacht y otras partes integrales de la máquina bélica hitleriana.

Otro caso importante de cooperación entre una empresa norteamericana y los nazis es la colaboración entre IBM y NSDAP. La compañía ya cooperaba con Alemania cuando Hitler creó su primer campo de concentración en la ciudad bávara de Dachau. El negocio entre las dos partes tuvo que ver con el uso de las máquinas tabuladoras del subsidiario germano de la empresa, Dehomag, cuyo 90% pertenecía a IBM.
 

En abril de 1933 el Gobierno alemán anunció sus planes de realizar el censo de la población que para aquel entonces ya había sido aplazado en varias ocasiones. Este evento fue de importancia primordial para los nazis porque sirvió como mecanismo de identificación de judíos, gitanos y otros grupos étnicos no deseados por el régimen hitleriano.
 

El censo tuvo lugar ese mismo año con la ayuda de los servicios de tabulación prestados por IBM, y se realizó a través de su subsidiario alemán. Este resultó ser esencial para los esfuerzos nazis encaminados a aislar y exterminar a la minoría judía del país, según los especialistas que han investigado el tema.
 

Casos menos conocidos
 

Algunas compañías estadounidenses realizaron enormes inversiones en la economía alemana en la década de 1930, lo que ayudó a equipar a las Fuerzas Armadas del Reich con nuevas armas y vehículos. Diferentes empresas colaboraron con los nazis en el sector de la comunicación, en el energético y en el financiero. Los negocios con la Alemania hitleriana fueron un elemento importante que ayudó a que ciertos empresarios y sus corporaciones tuvieran éxito.
 

Entre los casos menos conocidos se encuentra el de la empresa norteamericana ITT, especializa en la producción de componentes para el transporte y para los mercados aeroespacial, energético e industrial. Durante la guerra ITT poseyó mediante su subsidiario C. Lorenz AG el 25% de Focke-Wulf, el fabricante germano de las aeronaves militares más exitosas de la Luftwaffe.
 

En la década de 1960 la empresa hasta ganó 27 millones de dólares en indemnizaciones por el daño causado a Focke-Wulf por los bombardeos de la aviación de los Aliados durante la Segunda Guerra Mundial.
 

Antes y durante los primeros años de la guerra el Gobierno nazi vendió una serie especial del Reichsmark —la divisa alemana de aquel entonces— a los ciudadanos estadounidenses de ascendencia germana. El estadounidense Chase National Bank y otros negocios de EEUU estuvieron involucrados en estas transacciones. Las acciones de Chase permitieron a los simpatizantes de los nazis en Estados Unidos adquirir los Reichsmarks con dólares a un precio reducido.
 

Los nazis fueron capaces de ofrecer los Reichsmarks por debajo de su valor nominal porque este dinero había sido robado de los que huyeron del régimen nazi, entre ellos, muchos judíos. Y este no fue el único caso de colaboración de la empresa con la Alemania hitleriana: Chase National Bank tomó parte en otras manipulaciones financieras de las que el Reich se benefició.
 

Las operaciones de The Coca-Cola Company en la Alemania nazi durante la guerra constituyen también un caso muy curioso. A causa de las dificultades que experimentaban los suministros de los ingredientes para la producción de Cola, el gerente del subsidiario de esta compañía estadounidense en Alemania, Max Keith, creó un nuevo producto que pasó a denominarse Fanta. Esta bebida es bien conocida en todo el mundo y cuenta con enorme popularidad hasta el día de hoy.
 

Fanta se estrenó en el mercado alemán en plena guerra, en 1941. Keith se esforzó para que el subsidiario germano de The Coca-Cola Company funcionara sin interrupciones en los años de guerra. Como consecuencia, la corporación obtuvo enormes ganancias y, además, después del conflicto armado empezó a vender sus bebidas refrescantes a los soldados norteamericanos estacionados en Europa.
 

La historia de la cooperación entre empresarios y empresas de EEUU con la Alemania de Hitler es especialmente vergonzosa porque algunas de ellas fueron directa e indirectamente culpables de prestar ayuda al Reich, quien al fin y al cabo invadió muchos países del Viejo Continente.
 

Además, después de la guerra el Gobierno de Estados Unidos se dedicó a dar empleo a los exnazis: reclutó a los científicos del Tercer Reich para usarlos en su beneficio. Dicho programa de reclutamiento recibió el nombre de Operación Paperclip.

mardi 21 avril 2026

Civilisation gréco-latine : Haaretz découvre les rois-philosophes en Iran

Ali Larijani a été tué dans un bombardement israélien le 17 mars 2026 à Téhéran, en compagnie de son fils, Morteza, de son adjoint, Alireza Bayat, ainsi que de plusieurs membres de sa garde rapprochée. Trois jours après la publication de cet article. Il aurait été trop enclin à trouver une solution négociée au conflit au goût de l'armée la plus morale du monde.

 Source secondaire https://www.les-crises.fr/un-dirigeant-impitoyable-un-brillant-philosophe-qui-etait-ali-larijani-l-homme-le-plus-puissant-d-iran/

Source primaire Haaretz, Gi’don Lev 14-03-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises 

Un dirigeant impitoyable, un brillant philosophe : qui était Ali Larijani, l’homme le plus puissant d’Iran ? Il a orchestré le massacre des manifestants en Iran. C’était également un philosophe qui a écrit des ouvrages sur Kant. Les écrits d’Ali Larijani, le plus haut responsable de la sécurité de la République islamique, révèlent une personnalité insaisissable et aux multiples facettes.

Ali Larijani

En juin 2009, des émeutes ont éclaté à l’université de Téhéran pour protester contre les résultats truqués de l’élection présidentielle qui s’était tenue au milieu du mois. Au moins 12 personnes ont été tuées. Ali Larijani, alors président du Parlement iranien, a immédiatement condamné la violence des forces de sécurité à l’encontre des étudiants. Il s’est même rendu sur plusieurs des sites où des étudiants avaient été attaqués et s’est interrogé sur la manière dont des jeunes avaient pu être agressés dans leurs dortoirs au milieu de la nuit. Il a déclaré que la loi devait être respectée et que le ministre de l’Intérieur devait assumer la responsabilité de ces événements.

Dix-sept ans plus tard. Lorsque des troubles ont éclaté en Iran en janvier, menaçant le régime peut-être plus que tout autre événement, l’ayatollah Ali Khamenei a contourné l’autorité du président et s’est tourné vers Larijani, alors à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale. Cette fois-ci, aucune hésitation.

Larijani est largement considéré comme l’architecte du succès de la répression brutale menée cette année, mise en œuvre avec une efficacité impitoyable. Selon diverses estimations, entre 7 000 et 36 500 civils ont été tués, ce qui a conduit les États-Unis à lui imposer des sanctions personnelles. Larijani a rejeté la responsabilité sur les manifestants eux-mêmes, affirmant qu’ils étaient des terroristes agissant sur les ordres d’Israël.

Après l’assassinat de Khamenei lors des frappes israélo-américaines au début de la guerre, Larijani est largement considéré comme l’homme le plus puissant d’Iran, celui qui détient l’autorité suprême en matière de sécurité nationale et de politique étrangère. Il n’a pas été choisi pour succéder au Guide suprême, non seulement parce qu’il n’est pas son fils, mais aussi parce qu’il n’est pas un religieux, condition indispensable pour occuper ce poste. Pourtant, c’est lui qui devrait guider le nouveau guide à chaque étape, alors que ce dernier prend ses fonctions dans une période particulièrement complexe.

Larijani affiche un parcours presque incroyable. En quarante ans, il a gravi les échelons pour occuper des postes clés dans tous les centres de pouvoir de la République islamique. Il a été officier supérieur des Gardiens de la révolution, ministre de la Culture, responsable de la propagande, président du Parlement, candidat à la présidence et, depuis l’année dernière, secrétaire du Conseil de sécurité (fonction qu’il avait déjà occupée il y a quelques années). Il incarne à lui seul l’essence même du régime iranien.

Larijani peut sembler n’être qu’un rouage impitoyable de plus dans la machine, du genre de ceux que les régimes sombres produisent à la chaîne. Mais il n’est pas seulement cela. Même s’il a occupé des fonctions gouvernementales pendant des décennies, il n’a jamais renoncé à ce qui semble être sa plus grande passion : la philosophie. Ce politicien au sang-froid est également philosophe, maître de conférences en philosophie à l’université de Téhéran et spécialiste de la pensée de Kant sur les mathématiques et les sciences ; il a écrit pas moins de six ouvrages de philosophie et de nombreux articles.

J’ai passé cette dernière semaine alors que la guerre fait rage, plongé dans les écrits de Larijani, autant que faire se peut, étant donné que l’Internet iranien était en grande partie coupé, les sites universitaires et même le site personnel de Larijani étant bloqués. J’ai découvert un esprit brillant qui parvient à concilier, comme peu d’autres, une vie contemplative et une vie d’action, ce qui n’est pas une mince affaire. Dans ses écrits, Larijani tente de défendre les prémisses fondamentales de sa vision religieuse extrême du monde en utilisant les règles de la philosophie occidentale, et il avance souvent des arguments qui invitent véritablement à la réflexion.

La lecture de son œuvre est une expérience déconcertante. D’un côté, se dessine le portrait d’un homme pragmatique qui n’hésite pas à adresser des critiques acerbes aux autorités de son pays, qui aspire à une société moderne et développée, et qui s’exprime dans des écrits portant sur la liberté d’expression et la démocratie. De l’autre, se détache clairement la figure d’un musulman « fondamentaliste », comme il se définit lui-même, qui prône la primauté de l’idéologie religieuse.

Larijani estime que la véritable guerre ne porte pas sur les biens matériels, mais sur l’esprit. Il met en lumière les maux du monde occidental et leur tend un miroir, un miroir qui peut parfois nous mettre au défi, et qui suscite parfois un profond dégoût.

Ali Larijani, âgé de 67 ans, est issu d’une famille qui a été décrite comme l’équivalent iranien de la famille Kennedy. Son père était un haut dignitaire chiite. Son frère aîné, le Dr Mohammad Javad Larijani, a été un proche conseiller de Khamenei en matière d’affaires étrangères. Mohammad Javad a étudié les mathématiques à l’université de Californie à Berkeley, a fondé un centre de physique théorique en Iran et a été le premier à obtenir l’autorisation d’introduire Internet dans son pays. Son deuxième frère, Sadiq Larijani, dirige le système judiciaire iranien depuis une décennie et occupe depuis 2018 le poste de président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, un puissant organe gouvernemental. Le plus jeune frère, Bagher Larijani, a précédemment occupé les fonctions de vice-ministre de la Santé et de recteur de l’Université des sciences médicales de Téhéran. Ali Larijani lui-même a épousé Farideh, fille du disciple le plus proche de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, Morteza Motahhari, l’un des principaux idéologues de la Révolution islamique.

« On voit l’empreinte de cette famille dans le système judiciaire, en politique et dans le domaine des sciences », explique à Haaretz le professeur Mehrzad Boroujerdi, spécialiste de l’Iran à l’Université des sciences et technologies du Missouri.

Il est intéressant de constater que les « Kennedy » iraniens ont tous un profil d’intellectuels. Même Sadiq, qui est un religieux, est diplômé en philosophie occidentale ; il a écrit des ouvrages sur la philosophie du langage, la philosophie morale et la philosophie analytique, et a traduit des travaux des philosophes Karl Popper et Geoffrey Warnock.

Ali Larijani a obtenu une licence en mathématiques et en informatique à l’Université technologique de Sharif, l’établissement le plus réputé dans ce domaine en Iran. Il s’est ensuite réorienté vers des études en master et doctorat de philosophie, et a consacré sa thèse à la philosophie des mathématiques d’Emmanuel Kant. Il a par la suite publié trois ouvrages sur Kant, ainsi que des livres sur la philosophie politique et la gouvernance, sans compter de nombreux articles universitaires parus dans des revues persanes.

Le choix de Kant par Larijani peut être examiné à la lumière du choc des civilisations dont est issu le dirigeant iranien. En 1979, pour la première fois dans la période moderne, une théocratie, système de gouvernement fondé sur les lois religieuses, a vu le jour. Les partisans de la révolution ont cherché à présenter l’islam comme une idéologie à part entière, à même d’offrir une alternative philosophique viable au monde moderne, et de nombreux intellectuels ont joué un rôle central pour définir la vision du monde de la République islamique.

Selon cette vision, la civilisation occidentale avait atteint son point de rupture, et était aux prises avec des problèmes tels que l’aliénation et la solitude. La seule solution, selon cette vision, consistait à abandonner l’égoïsme et l’humanisme occidentaux, à renoncer à son scepticisme et à déraciner l’arbre « pourri » de la modernité elle-même.

La tension entre ces deux facettes de sa vision du monde a accompagné Larijani tout au long de sa vie : d’un côté, c’est un pragmatique qui reconnaît l’importance de la science, de la technologie et de l’économie, et qui aspire à une société moderne ; de l’autre, c’est un fondamentaliste.

« L’Iran n’est pas seulement un État caricatural dirigé par les ayatollahs », explique Boroujerdi. « On y mène des débats approfondis sur des sujets intellectuels. Les Iraniens s’efforcent de comprendre la place de la tradition et ce qu’ils peuvent apprendre de l’Occident. Les diplômés universitaires sont tenus de lire les textes fondamentaux de la philosophie occidentale. »

« En Iran, on considère qu’il faut connaître la philosophie occidentale pour comprendre et faire progresser la philosophie islamique », explique le professeur, ajoutant que même le chef de la révolution de 1979, « Khomeini lui-même, a étudié Platon et Aristote. Sa conception du chef religieux est une variante du roi-philosophe de Platon. »

Pour autant, la décision de Larijani de centrer ses recherches spécifiquement sur Kant ne va pas de soi. La pensée critique de Kant est annonciatrice des Lumières, et sa philosophie est associée à la laïcité et s’oppose clairement au fondamentalisme. Kant est le philosophe le plus important du mouvement auquel s’est opposée la Révolution islamique. Larijani a choisi de se pencher sur son œuvre et d’obtenir en quelque sorte son aval.

« Larijani a suivi une formation de mathématicien, et chez Kant, il existe un lien entre les mathématiques, la morale et la théologie », explique Ofra Rechter, du département de philosophie de l’université de Tel Aviv. « Seuls quelques chercheurs ont abordé ce lien. Dans l’un de ses premiers textes, qui n’intéresse que les philosophes des mathématiques, Kant a répondu à la question de savoir si la certitude en théologie est possible au même titre qu’en mathématiques. Il a soutenu que oui. »

Un exemple intéressant du travail de Larijani est un article dans lequel il s’interroge sur la nature de la démonstration mathématique : qu’est-ce qui fait qu’une suite d’arguments constitue une « démonstration », et quel est le lien entre l’intuition et la démonstration mathématique dans la philosophie de Kant ?

« Dans son article, Larijani cherche à montrer que la différence entre un argument philosophique et une démonstration mathématique ne réside pas dans l’argument lui-même, mais dans les hypothèses, c’est-à-dire dans les axiomes à partir desquels on procède », explique le Dr Rechter. « Il prend part à un débat d’interprétation et franchit une nouvelle étape. Il part d’une affirmation communément admise et tente de démontrer qu’il en découle l’affirmation que les chercheurs qui la défendent souhaitent rejeter, à savoir que l’intuition joue également un rôle dans la reconnaissance des axiomes mathématiques. »

À partir de là, Larijani aborde l’une des questions centrales de la philosophie des sciences, connue sous le nom de « problème de la démarcation », dans le but de clarifier quelle devrait être la relation appropriée entre les institutions religieuses et la recherche universitaire. Ce problème trouve son origine dans la difficulté de distinguer sans ambiguïté les théories scientifiques des théories non scientifiques, y compris dans le cas de certaines descriptions religieuses qui, selon les philosophes, devraient être soumises à la critique scientifique. La solution acceptée étant que seules les affirmations fondées sur l’observation empirique sont scientifiques, et que par conséquent les affirmations métaphysiques (celles qui traitent de la nature de la réalité, de l’existence de Dieu et du lien entre le corps et l’âme) sont intrinsèquement des absurdités dénuées de sens. Le philosophe autrichien de renom Karl Popper a proposé une autre réponse : le critère permettant de déterminer le statut scientifique d’une théorie réside dans sa capacité à pouvoir être vérifiée, mais aussi réfutée.

Larijani s’est penché sur le « principe de réfutation » de Popper. Selon lui, ce principe n’implique pas que les théories non réfutables soient dénuées de sens. « La question posée par Popper n’était pas “Pourquoi y a-t-il un sens ou une importance ?” ni “Qu’est-ce qui est vrai ou acceptable ?” », a déclaré Larijani lors d’une de ses conférences, « mais plutôt de tracer la ligne de démarcation entre les systèmes théoriques des sciences empiriques et tous les autres systèmes. »

Selon Larijani, la métaphysique, tout comme la science, exprime à sa manière la quête humaine de la vérité. Il s’agit simplement de vérités relevant d’autres domaines. « L’accent mis sur le problème de la démarcation et sur la théorie de la méthode de Kant permet à Larijani de tenter de réconcilier les institutions religieuses et les universités, et ainsi de soustraire l’enseignement supérieur à l’emprise des institutions religieuses centralisées en Iran », explique Rechter. « En s’intéressant à la méthode de Kant et grâce à des recherches pointues et non dogmatiques, Larijani parvient à reprendre certains aspects complexes de la pensée de Kant et à les mettre au service d’une rhétorique qu’il pousse plus loin que ne le souhaitaient les religieux. « Il établit un lien entre les aspects les plus profonds et les plus abstraits de la philosophie de Kant d’une part, et les besoins les plus concrets de l’État d’autre part, afin, d’une part, de permettre la pérennité du monde religieux islamiste tel qu’il est, et, d’autre part, de freiner la centralisation de cette pensée religieuse. Les séminaires religieux enseigneront la religion, et les universités enseigneront ce qu’elles enseignent, et il y aura de l’humilité entre les différentes approches – c’est la seule façon pour que toutes puissent s’épanouir. »

Dans l’un de ses discours, Larijani a abordé sans détour la tension entre religion et science. La possibilité de réconcilier les deux ne réside pas, a-t-il déclaré, dans la recherche de points communs, mais dans la reconnaissance du fait que la vérité revêt de multiples facettes, comme le révèlent les recherches menées dans différents domaines. « C’est pourquoi nous devons reconnaître humblement le travail des autres, en comprenant que chaque domaine révèle une partie de la vérité. Et lorsque nous menons une recherche dans un domaine particulier de la vérité, nous ne devons pas transposer nos conclusions à d’autres domaines. Bon nombre de controverses naissent du fait que des conclusions propres à un domaine particulier s’immiscent dans d’autres domaines, sans toutefois respecter la méthodologie propre à ces derniers ».

La science et la religion relèvent peut-être de deux domaines de recherche distincts, mais elles s’opposent aussi. Et lorsqu’il y a conflit, le choix de Larijani est clair.

Larijani commence sa vie active dans le Corps des Gardiens de la Révolution dans les années 1980, pendant la guerre Iran-Irak, et a gravi les échelons au fil des ans jusqu’au grade de général de brigade. Il a également travaillé au centre de recherche de l’organisation, et il s’est alors attaché à élaborer un cadre théorique pour la doctrine du « Velayat-e Faqih » (tutelle du juriste islamique), qui constitue le pilier de la structure politique iranienne.

À partir de là, son ascension vers les plus hautes sphères du régime a été fulgurante. En 1992, il a été nommé ministre de la Culture, en remplacement du réformiste Mohammad Khatami. Larijani a occupé ce poste pendant deux ans, période durant laquelle il a renforcé la censure dans tous les domaines culturels du pays. Au cours de son mandat, des tentatives ont même été faites pour supprimer ou modifier des passages d’œuvres littéraires classiques iraniennes, sous prétexte qu’ils étaient provocateurs ou inappropriés.

Sa réussite à ce poste lui a valu d’être nommé, en 1994, à la tête de la Radiotélévision de la République islamique d’Iran, seule autorisée à diffuser des émissions de radio et de télévision dans le pays. Pendant onze ans, Larijani a contrôlé et considérablement développé la machine de propagande iranienne ; il a ouvert six stations de radio et cinq chaînes de télévision (seules deux chaînes existaient avant son arrivée au pouvoir). Parallèlement, il a réduit la diffusion de programmes étrangers et renforcé l’emprise du régime sur les émissions produites localement.

La philosophie de Kant est associée à la laïcité et s’oppose clairement au fondamentalisme. Il est le philosophe le plus éminent au sein du courant auquel s’est opposée la Révolution islamique. Larijani a choisi de s’en inspirer et d’obtenir en quelque sorte son aval.

On peut discerner sa manière de penser dans la façon dont il dirigeait l’appareil de propagande. Il affirmait, à juste titre, que les médias et l’art reposaient sur un fondement philosophique, façonné par leurs présupposés métaphysiques. « Si l’on examine la perspective occidentale à partir du XIXe siècle, on voit émerger une perspective entièrement centrée sur l’humanité », a-t-il déclaré un jour. « Tout dans le monde doit être organisé de manière à ce que les êtres humains puissent vivre heureux, et toute contrainte imposée aux êtres humains n’existe que pour prévenir tout préjudice. C’est ce type de pensée qui se reflète également à la télévision et au cinéma. »

Larijani a voulu modeler les médias iraniens selon les principes intellectuels de la République islamique. Selon lui, la seule raison d’être de l’art est de servir d’outil dans la quête de la vérité : « Les êtres humains existent pour découvrir la vérité. L’art fait appel à l’émotion et à la sensibilité, mais pas de manière arbitraire. L’art doit tendre vers la transcendance. » Il a également souligné la qualité des œuvres iraniennes. « Je ne veux pas généraliser, il existe aussi des œuvres majeures en Occident, mais généralement pas dans une telle mesure. À Hollywood, seule une petite fraction des films peut être considérée comme des oeuvres majeures. Les œuvres iraniennes se distinguent par leur orientation spirituelle et intellectuelle. »

Il avait également conscience du pouvoir de la culture et des médias pour faire évoluer la conscience collective. « La transformation culturelle obéit à sa propre méthodologie », faisait-il remarquer. « Les croyances doivent changer, et les êtres humains doivent modifier leur comportement, de leur plein gré. Le changement culturel ne peut être imposé par une pression sociale rigide. Une rigidité excessive entraîne un fort rejet. Si nous sommes confrontés à des problèmes sociaux et culturels, c’est par des moyens culturels qu’il faut les résoudre. »

Selon le magazine en ligne « Tehran Bureau », sous la direction de Larijani, l’autorité nationale de l’audiovisuel a consolidé la mainmise des extrémistes sur d’importantes institutions de l’État. Il a par exemple lancé une émission de télévision intitulée « Hoviyat » (« Identité »), dans laquelle les intellectuels progressistes et les détracteurs de la République islamique étaient violemment attaqués. Cette émission servait souvent de tribune pour poursuivre et emprisonner les opposants au régime. De plus, Larijani a fondé un quotidien qui s’en prenait aux réformistes.

Bien avant l’ère de l’intelligence artificielle, Larijani s’était déjà spécialisé dans les fausses informations. En 1997, il a donné son feu vert à la production d’un film qui montrait prétendument des partisans du réformiste Khatami, alors candidat à la présidence, en train de danser et de chanter le jour de l’assassinat de l’imam Hussein, la figure la plus sacrée d’Iran. Ces images étaient fausses.

Après avoir dirigé pendant plus d’une décennie le département de la propagande, Larijani a continué d’exercer les fonctions de conseiller personnel de Khamenei et de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, postes qu’il a occupés jusqu’en 2007 (il a repris cette dernière fonction en août dernier). Le Conseil est chargé de définir la politique de défense et de sécurité nationale, ainsi que de superviser les négociations relatives au programme nucléaire iranien. Larijani a donc été le négociateur en chef pour le programme nucléaire iranien et a joué un rôle clé dans l’élaboration de la position de l’Iran sur l’accord nucléaire de 2015. Il a fait preuve d’une approche pragmatique, soutenant la diplomatie pour réduire les sanctions, mais sans compromettre la sécurité de l’Iran.

En 2005, Larijani s’est présenté à l’élection présidentielle, mais a été battu par Mahmoud Ahmadinejad. Dans le cadre de sa campagne, Larijani a critiqué la direction réformiste dirigée par Khatami, affirmant qu’elle avait négligé l’économie. « Soixante-quinze pour cent des revendications du peuple iranien sont d’ordre économique », a-t-il déclaré. « Seuls 5 % sont d’ordre culturel ou politique. »

Jack Straw, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, a rencontré Larijani et Ahmadinejad en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à cette époque. Il se souvient de Larijani comme d’une personnalité plus raffinée que le président. Alors qu’Ahmadinejad portait des vêtements datant du début des années 1980, Larijani est arrivé vêtu d’un polo Ralph Lauren soigneusement repassé, a écrit Straw dans ses mémoires.

Dans l’ouvrage qu’il a publié la même année, « Alliance avec le peuple », Larijani a proposé « un nouvel Iran, un Iran qui cherche à mettre fin à une ère d’arriération et à réussir une renaissance scientifique et technologique, qui irait de pair avec une augmentation de la richesse nationale. C’est pourquoi l’économie doit devenir la priorité absolue à l’heure actuelle. » Il présente un plan de transformation menant à un « État moderne » et se concentre sur des questions telles que le progrès scientifique et technologique, la réforme religieuse, la lutte contre la corruption économique au sein des entités étatiques, s’attaquant à la fuite des cerveaux, mais également s’assurant de la « préservation de l’identité nationale iranienne dans le processus de mondialisation ».

La tension entre ces deux facettes de sa vision du monde a accompagné Larijani tout au long de sa vie : d’un côté, c’est un pragmatique qui reconnaît l’importance de la science, de la technologie et de l’économie, et qui aspire à une société moderne ; de l’autre, c’est un fondamentaliste.

Cette tension, soit dit en passant, se manifeste également au sein de sa famille. L’une de ses filles, médecin et chercheuse en cancérologie aux États-Unis, a publié une soixantaine d’articles dans des revues scientifiques ; elle a récemment été licenciée de son poste à l’université Emory en raison de l’influence considérable de son père en Iran. Il est donc évident que Larijani a élevé sa fille dans un esprit d’indépendance et de réussite personnelle. Mais lors d’une rare interview, son épouse Farideh a évoqué le point de vue de son mari sur la condition des femmes. Selon elle, même si Larijani estime que, certes les femmes peuvent parfois assumer certaines fonctions clés bien mieux que les hommes, en raison de leurs responsabilités liées à la gestion du foyer et à l’éducation des enfants, il est selon lui préférable qu’elles n’occupent pas de fonctions en dehors du foyer.

Dans ses propos sur la liberté humaine, Larijani a naturellement affirmé que tous les êtres humains, du simple fait d’être humains, ont droit à la liberté. « La nature humaine est telle qu’il faut être libre de penser. Par conséquent, la liberté de pensée est un droit. »

Mais voici que vient un grand « mais », qui revient en fait à légitimer le concept d’une police de la pensée. Sa thèse est simple : tout comme dans l’apprentissage, tout doit reposer sur un ordre logique, et par conséquent, toute pensée dépourvue de cohérence logique doit être rejetée et ne pas être diffusée dans la société, il en va de même pour l’éthique. « Tout ce qui peut élever spirituellement la société devrait jouir de liberté dans son domaine et englober une variété de goûts et d’inclinations », a déclaré Larijani, « tandis que tout ce qui conduit à la dégradation sociale devrait être considéré comme dépassant les limites de la liberté spirituelle. » Qui décide de ce qui conduit à l’élévation et de ce qui conduit à la dégradation ? Larijani, bien sûr.

Il a tenu des propos similaires au sujet de la démocratie. « La démocratie n’est peut-être pas toujours la méthode idéale, mais c’est celle qui est la plus largement acceptée. C’est une voie méthodologique, une approche pragmatique pour guider la société vers la réussite. Une société réussit d’autant mieux lorsque son gouvernement bénéficie d’une large adhésion de la part de ses citoyens. Mais tout comme la liberté spirituelle de pensée a besoin d’un cadre, il en va de même pour la démocratie. Que signifie ce cadre ? C’est un cadre qui mène à un objectif, et cet objectif est le bien-être de la nation. »

C’est là que le raisonnement s’aventure dans des domaines métaphysiques qu’un libéral aurait beaucoup de mal à accepter. Dans la pensée métaphysique libérale, la société en tant que telle est dépourvue de tout caractère absolu : elle n’est qu’un ensemble d’individus liés par un contrat social. Le point de vue de Larijani est différent. Selon lui : « La société possède une identité existentielle distincte de celle de l’individu. Autrement dit, l’entrelacement des esprits des individus au sein d’une nation crée une âme collective indépendante. Si nous reconnaissons cette identité indépendante, nous devons également reconnaître ses droits. Selon la pensée islamique, cette âme collective poursuit un objectif : elle aspire à la prospérité et à la rédemption. »

Si tel est le cas, il faut alors mettre en place des cadres destinés à orienter la démocratie vers son objectif, conformément aux principes de l’islam. En d’autres termes, « la législation de l’État n’a de sens que lorsqu’elle est conforme à ces principes et à cet objectif ».

Larijani a occupé le poste de président du Parlement iranien pendant trois mandats consécutifs, entre 2008 et 2020, une fonction qui en a également fait une figure centrale du pouvoir législatif. Au cours de son mandat, il a veillé à ce que l’accord sur le nucléaire soit approuvé par le Parlement, mais a également durci la répression à l’encontre des personnalités qui tentaient de saper le régime. La combinaison de ces deux approches lui a valu la réputation d’un conservateur pragmatique.

Sa capacité à jouer sur les deux tableaux en a fait au sein de l’Iran la figure de proue de la médiation, capable de dégager un consensus même dans les situations difficiles. Cependant, cela lui a également valu les critiques des cercles purs et durs du régime. Lorsqu’il a tenté de se présenter à la présidence à deux reprises, en 2021 et en 2024, sa candidature a été invalidée en raison d’un mode de vie jugé insuffisamment pieux. Le professeur Lior Sternfeld, spécialiste de l’Iran à l’université Penn State, affirme que « Le discours politique de Larijani ne peut être facilement classé d’un côté ou de l’autre. Ses opinions sur certaines questions penchent davantage vers le centre politique que celles de Khamenei, par exemple. »

Même s’il n’a pas pu être élu président, son pouvoir politique n’a cessé de croître. En 2021, Larijani a été chargé de superviser les négociations avec la Chine concernant un accord de coopération stratégique d’une durée de 25 ans, évalué à plusieurs milliards de dollars. Au fil des ans, il s’est rendu à plusieurs reprises à Moscou en tant qu’émissaire du Guide suprême Khamenei et y a rencontré Vladimir Poutine, contribuant ainsi au maintien de liens étroits entre les deux pays. Il a également été l’envoyé de Khamenei à Damas et à Beyrouth. Depuis 2020, il siège également au Conseil de Discernement de l’intérêt supérieur du régime, un organe puissant qui supervise le parlement et a le pouvoir d’invalider des lois et de disqualifier des candidats aux élections (il avait déjà siégé au conseil entre 1997 et 2008).

Cependant, en parallèle, Larijani continue de critiquer vivement le gouvernement, depuis l’intérieur même du système. En 2024, il a publié l’ouvrage « Sagesse et discernement dans la gouvernance », dans lequel il souligne l’importance de la pensée logique dans la prise de décision administrative et politique, formule des critiques explicites à l’égard de la structure politique et évoque même la nécessité d’une nouvelle interprétation de la Constitution de la République islamique. L’une de ses propositions consiste à créer un conseil chargé de remédier aux failles structurelles de l’État qui, selon lui, comprennent : un déclin du capital social, une faible capacité de gestion, l’érosion de la cohésion nationale et un manque d’innovation. Son approche est très pragmatique et tournée vers les solutions.

Larijani estime que, certes, les femmes peuvent parfois assumer certaines fonctions clés bien mieux que les hommes, en raison de leurs responsabilités liées à la gestion du foyer et à l’éducation des enfants, mais qu’il est préférable qu’elles n’occupent pas de fonctions en dehors du foyer.

Mais Larijani rejette la solution la plus simple aux problèmes. Dans un article publié en juin 2024, il se demande pourquoi, alors qu’il existe un modèle efficace de gestion de la société sous la forme de la civilisation occidentale, il faudrait s’efforcer de mettre en place une société religieuse, quelque chose qui, comme il le reconnaît lui-même, n’a jamais été réalisé avec succès au cours de l’histoire.

« La réponse à cette question, répond Larijani, réside au cœur même de la différence entre ces deux perspectives : la société religieuse et la civilisation occidentale. Selon cette vision, la société religieuse est orientée vers la recherche de la vérité et fonctionne de manière rationnelle, tandis que la civilisation occidentale est orientée vers la recherche du plaisir et guidée par les émotions. »

L’année dernière, dans le sillage de la recrudescence des tensions avec les États-Unis et Israël au sujet du programme nucléaire, Larijani a de nouveau été appelé à occuper le poste de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale. Selon le Wall Street Journal, il était chargé de la réponse iranienne aux attaques israéliennes et américaines de juin dernier, ayant notamment pris la forme du lancement de centaines de missiles balistiques sur Israël.

Avec la mort de Khamenei au début de la guerre actuelle, Larijani s’est imposé comme la figure clé du régime. Il est chargé de coordonner les réponses militaires et politiques complexes à la menace qui pèse sur divers organes gouvernementaux, sans oublier les attaques contre les pays arabes voisins.

Son expérience à la tête de l’autorité nationale de l’audiovisuel lui est également utile aujourd’hui. Il publie des messages sur X et vise directement au cœur de la controverse qui agite l’opinion publique américaine. « Trump a succombé aux pitreries de Netanyahu et a entraîné le peuple américain dans une guerre injuste contre l’Iran », a-t-il écrit dans un post, ajoutant dans un autre : « Trump a trahi le slogan “America First” pour adopter celui d’“Israel First” ». Lors de ses apparitions publiques, Larijani affiche une position belliciste et promet que les États-Unis et Israël paieront un lourd tribut et « regretteront leurs agissements ». Cette semaine, il a même explicitement menacé Trump. « Le peuple iranien n’a pas peur de vos menaces », a-t-il écrit. « Prenez garde, sinon c’est vous qui serez éliminé. »

Dans son ouvrage « La République », Platon a décrit l’État idéal, une société qu’il a baptisée « Callipolis ». Selon lui, seule cette société idéale mettra fin aux « troubles des États ». Une seule chose distingue Callipolis de tous les autres États : le dirigeant de l’État est un philosophe. En d’autres termes, « le pouvoir politique et la philosophie se retrouvent ainsi entre les mêmes mains ».

Au cours de l’histoire, les exemples de tels « rois-philosophes » ont été rares. Alexandre le Grand, formé par Aristote, a accompli des exploits sans précédent, tandis que Marc Aurèle, auteur de l’œuvre immortelle « Méditations », est considéré comme l’un des meilleurs empereurs de l’histoire romaine. Frédéric le Grand, également considéré comme l’un des monarques les plus influents de l’histoire européenne et celui qui a fait de la Prusse une grande puissance, a rédigé des écrits philosophiques. Au XXe siècle, le professeur Tomáš Masaryk se distingue ; il était maître de conférences en philosophie et a été le premier président de la Tchécoslovaquie à partir de 1918. Mais à l’exception d’une poignée de cas, les philosophes ont presque entièrement quitté les cercles du pouvoir.

Et pourtant, dans le conflit actuel, il s’avère que l’un des acteurs principaux est un philosophe doté d’une grande influence politique. Il ne semble pas toutefois que l’objectif de ce philosophe soit de mettre fin aux « troubles des États », comme le disait Platon.

D’une part, il est évident que Larijani est passionné par la philosophie, qu’il est un homme réfléchi qui aspire rationnellement à une vie meilleure. Mais dans ses actes, il ressemble à une autre figure philosophique classique, non pas un roi-philosophe, mais un prince-philosophe, le type de souverain décrit par Machiavel, pour qui la valeur suprême réside dans la préservation de son pouvoir et de son règne, à tout prix.

Le philosophe Baruch Spinoza s’opposait à tout système politique reposant sur la vertu ou la sagesse d’un individu. Selon lui, un État ne devait pas dépendre de la sagesse d’une seule personne ; les institutions politiques devaient plutôt être conçues pour fonctionner efficacement même lorsque les individus agissent sous l’emprise de la passion, de la peur et de leurs intérêts personnels, et non pas uniquement en fonction de la raison. C’est pourquoi Callipolis ne repose pas sur un dirigeant brillant, mais sur des institutions et des lois qui organisent le pouvoir de manière rationnelle et garantissent un certain degré de liberté et de stabilité.

De son côté, Popper soutenait que la question importante en politique n’est pas « Qui doit gouverner ? », mais « Comment mettre en place des institutions permettant d’empêcher les dirigeants incompétents ou corrompus de causer trop de dégâts ? » L’idée du roi-philosophe s’inscrit, selon Popper, dans une tradition autoritaire de la philosophie politique. Plutôt qu’un gouvernement des sages, il mettait l’accent sur une structure démocratique impliquant la séparation des pouvoirs, le pouvoir de contrôle exercé par les citoyens et la possibilité de changer de gouvernement sans recourir à la violence.

Une structure aussi puissante que celle-là existe encore en Israël. Ses effets sont visibles dans les chiffres du PIB par rapport à l’Iran ou dans les rapports de force de la campagne militaire actuelle. Cette structure israélienne est en train d’être démantelée par des idéologues et des religieux juifs, convaincus de la justesse de leur démarche. C’est peut-être là l’élément le plus frappant dont j’ai pris conscience en lisant Larijani.

La critique que fait Larijani des fondements de la pensée occidentale, ainsi que son appel à transcender la modernité, ne doivent pas être écartées trop hâtivement et méritent d’être analysés. Mais en fin de compte, ses actes ont dépassé tout ce qui peut se justifier au nom d’une quelconque philosophie. « Larijani n’est pas le premier homme de lettres de l’histoire à être devenu un tyran brutal », déclare Sternfeld. « C’est un idéologue convaincu, et il a commis des actes meurtriers au nom de son idéologie. »

On serait tenté de voir en Larijani un héros tragique acculé au point de devoir ordonner un massacre. Mais lui-même rejetterait sans doute une telle description qui, à ses yeux, est occidentale, sentimentale et manque de courage. Il a renoncé au bien, au sens le plus profond du terme, au nom de la foi qui est la chose la plus importante dans sa vie. À l’instar d’Abraham, le père des croyants, qui était prêt à immoler son fils unique, qu’il aimait. Et pourtant, il y a un autre détail important dans cette histoire. Abraham n’a pas enfoncé le couteau.