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mercredi 23 septembre 2026

Le Vincennes de Jean-Michel Carré versus le Vincennes d'Arte

 

AFFICHE GHETTO EXPERIMENTAL.jpg

Cher(e)s ami(e)s,

LE GHETTO EXPÉRIMENTAL, ou l’Université pour quoi faire ? L’université de Vincennes de 1969 à 1972. 1h40.

Un film de Jean-Michel Carré et Adam Schmedes

Il y a plus de cinquante ans, nous étions là. Pas pour reconstituer Vincennes, pas pour en faire une légende, encore moins une comédie. Nous étions deux jeunes cinéastes, Adam Schmedes et moi-même, étudiants à l’IDHEC — aujourd’hui la FEMIS — avec une caméra au milieu de ceux qui tentaient d’inventer une autre université. Nous appartenions à la même génération que ceux que nous filmions et partagions avec eux les interrogations nées de 1968.

Enfoui dans le bois de Vincennes, le Centre universitaire expérimental avait été construit en quelques mois à la suite des révoltes de 1968. Première faculté ouverte aux non-bacheliers, elle faisait se côtoyer disciplines artistiques, sciences humaines et sciences dures. Elle remettait en cause les hiérarchies traditionnelles, les rapports entre enseignants et étudiants, et jusqu’à la fonction même de l’Université.

Vincennes était une question grandeur nature : pouvait-on inventer une autre manière d’apprendre, d’enseigner et de produire du savoir ?

C’est cette expérience que nous avons filmée.

Pendant plusieurs années, entre 1969 et 1972, nous avons suivi la vie quotidienne de Vincennes, ses assemblées générales, ses cours, ses affrontements, ses utopies, ses contradictions et ses échecs. Nous voulions comprendre ce qui se jouait derrière le tumulte politique : une remise en cause radicale de l’institution universitaire et, plus largement, des mécanismes par lesquels une société forme, sélectionne et veut reproduire ses élites.

Aujourd’hui, ARTE consacre à cette même histoire une série de fiction, Camarades. La fiction a tous les droits, y compris celui de transformer le réel. Mais elle fabrique aussi des souvenirs. Et lorsque, plus d’un demi-siècle après les événements, elle devient pour des milliers de spectateurs le principal moyen de connaître une époque, la question de ce qui a réellement eu lieu mérite d’être reposée.

Camarades choisit la comédie, des personnages et des groupes inventés, les Renseignements généraux, une prostituée infiltrée, les affrontements et le folklore politique de l’après-68. Pourquoi pas ? Mais Vincennes fut infiniment davantage que cela.

Avant de tourner, nous avions passé cinq mois sur place afin de comprendre le fonctionnement de l’université et nous faire accepter. Notre ambition n’était ni d’en faire l’éloge ni de démontrer une thèse préétablie. Nous voulions poser une question : L’Université, pour quoi faire ?

Le Ghetto expérimental demeure l’unique long métrage documentaire consacré à cette université en exercice. Et c’est dans ces images tournées à l’époque que les auteurs de Camarades sont venus chercher une part de la mémoire visuelle de Vincennes.

Un paradoxe mérite cependant d’être relevé : si quelques images du Ghetto expérimental peuvent aujourd’hui contribuer à raconter Vincennes dans une série de fiction coproduite par ARTE, le film lui-même a toujours été refusé à la diffusion par cette même chaîne !

C’est pourquoi j’ai souhaité aujourd’hui remettre Le Ghetto expérimental à la disposition du public grâce aux Mutins de Pangée. Non pour opposer le documentaire à la fiction, mais pour permettre une confrontation. D’un côté, le récit fabriqué aujourd’hui de cette époque. De l’autre, les visages, les paroles, les conflits, les enthousiasmes et les contradictions de ceux qui étaient réellement là.

Notre manière de filmer faisait elle-même partie de cette interrogation. Au début du film, quelques courts passages font disparaître entièrement l’image. L’écran devient noir et le texte prend sa place. Aujourd’hui, dans un univers audiovisuel où quelques secondes sans image sont souvent considérées comme rédhibitoires, ce choix peut sembler presque inconcevable. Il correspondait pourtant à une idée simple : refuser que le spectateur soit continuellement emporté par le spectacle des images et lui laisser parfois le temps de penser ce qu’il venait de voir.

La première partie tente d’expliquer les nouveaux fondements et les nouvelles pratiques de cette université. La seconde s’intéresse aux disciplines artistiques et aux nouvelles manières de transmettre le savoir. La troisième partie allait plus loin encore. Vincennes abritait alors une extraordinaire diversité politique : de son unique monarchiste aux catholiques, communistes, anarchistes, trotskistes, maoïstes, féministes du Mouvement de libération des femmes et bien d’autres courants.

Nous avons choisi de ne pas réaliser nous-mêmes le portrait de ces organisations. Nous avons proposé à chacune de décider entièrement de ce qu’elle voulait montrer d’elle-même. Nous mettions à leur disposition la caméra, le son et notre jeune savoir-faire. Nous devenions, en quelque sorte, les techniciens de leur propre représentation. Cette méthode ne prétendait pas produire une vérité objective. Elle permettait de conserver la trace de la manière dont chacune de ces forces politiques voulait alors se présenter au monde.

À côté du Vincennes réinventé aujourd’hui, il nous paraît important qu’il puisse également être revu tel qu’il vivait face à notre caméra. Non comme un monument commémoratif, mais comme le témoin d’une expérience, d’une époque, d’une tentative et d’une question qui n’a pas vieilli : L’Université, pour quoi faire ?

Les bâtiments de Vincennes ont été détruits. L’Université s’est déplacée à Saint-Denis.

Beaucoup de ceux que nous avions filmés ont disparu.

Reste le film. Et la possibilité, aujourd’hui, de regarder ce que fut cette expérience — et se demander ce qu’il en reste.

Jean-Michel Carré, auteur-réalisateur-producteur, Films Grain de Sable

Lien : https://www.cinemutins.com/films/2098-le-ghetto-experimental-ou-l-universite-pour-quoi-faire  à partir d’aujourd’hui mercredi 23 septembre 2026. Pour mes autres films ce sera peu à peu dans les semaines à venir sur Ciné Mutin. Bon visionnage.


mercredi 15 octobre 2025

Chine - Tibet: le film de Jean-Michel Carré que Arte ne veut pas diffuser

 SOURCE: https://www.librairie-tropiques.fr/2025/09/pinpin-au-tibet.html

 
 
Arte, une chaîne enchaînée à la sinophobie

par André Lacroix

On nous annonce la diffusion sur Arte, le mardi 5 mars 2024, d’un documentaire d’1 h 30, déjà visible sur Youtube, intitulé « le Tibet face à la Chine, le dernier souffle ? », réalisé par François Reinhardt (1), qui ne cache même pas son intention de refléter le point de vue revanchard des exilés tibétains, sans la moindre considération pour les 6 millions de Tibétains restés au Tibet qui voient leurs conditions de vie s’améliorer d’année en année.

Pourquoi cette diffusion en mars 2024 ?

      Le 27 septembre 2023, en préouverture du Festival des Écrans de Chine à Paris, le réalisateur Jean-Michel Carré, auteur d’une quarantaine de films et couronné par une vingtaine de prix (dont Cannes, Berlin, ainsi qu’une nomination aux Emmy Awards), y projetait son dernier opus : « Tibet, un autre regard », fruit de nombreux contacts sur le terrain et d’une impressionnante collection d’archives. (2)

      La RTBF avait programmé pour le 11 novembre 2023 la diffusion de ce documentaire (en version raccourcie). Mais cette diffusion n’a jamais eu lieu. Arte non plus n’a jamais diffusé le documentaire. Pourquoi ce silence ? Comment expliquer la déprogrammation de la RTBF et la non-diffusion d’Arte ? Seule explication possible : des pressions auxquelles Arte, et par ricochet la RTBF, n’ont pas eu le cran de résister.

      Jean-Michel Carré s’était déjà plaint de pressions subies en cours de réalisation de son film. Il faut écouter – ça ne dure que 3 min 49 l’interview qu’il a donnée à CGTN France le 01/03/2022 : https://www.facebook.com/watch/?v=481348356802595. Tant bien que mal, il a quand même réussi à ficeler son projet et à y intégrer tous les aspects importants de la « Question tibétaine », des réalités mal connues des Occidentaux biberonnés aux mantras de la tendance « Free Tibet ». Mais la simple présentation de certaines vérités historiques et de constatations sur le Tibet actuel a suffi à faire écumer de rage certain(e)s adeptes inconditionnel(le)s du dalaï-lama et de son entourage. Ainsi, après la projection du film à Paris, a-t-on entendu la sinologue Marie Holzman (arrivée en retard) accuser violemment le film d’être: « partial », « prochinois », « antiaméricain », de « ne pas donner la parole aux Tibétains » et de «  ridiculiser le dalaï-lama », toutes accusations fausses auxquelles Jean-Michel Carré n’a eu aucune peine à répondre calmement.

Arte soumise aux vents dominants

      Mais ce réquisitoire de Marie Holzman et consorts a dû faire mouche sur la rédaction d’Arte, toujours prête à prêter une oreille attentive aux contempteurs de la Chine et aux adorateurs du dalaï-lama. (3)

LaDepeche.fr

      Tout nous porte à croire – qu’on nous prouve le contraire ! – qu’Arte, dont le Conseil de surveillance est dirigé par un certain Bernard Henri-Lévy, s’est complaisamment inclinée devant les pressions des ennemi(e)s de la République populaire de Chine, obtenant ainsi le remplacement du documentaire exemplaire de Jean-Michel Carré « Tibet, un autre regard » par un ersatz partial, signé François Reinhardt « Le Tibet face à la Chine, le dernier souffle ? ».

Des sources clairement partisanes

      Notre intime conviction se base notamment sur la personnalité de celles et ceux auxquel(le)s Reinhardt adresse ses remerciements dans le générique de fin de son « documentaire » :

- Katia Buffetrille, co-autrice de Le Tibet est-il chinois ?, un ouvrage, prétendument scientifique, mais en réalité partisan, regorgeant d’omissions, de distorsions et d’interprétations abusives (4) ; elle est aussi co-autrice d’un article publié dans Libération, faisant preuve de révisionnisme, voire de négationnisme, à propos des liens entre les dignitaires tibétains amis du dalaï-lama et les explorateurs nazis au Tibet (5)

- Robert Barnett, un des fondateurs et ancien dirigeant du TIN (Tibet Information Network), qui a été longtemps financé par le NED (National Endowment for Democracy), branche civile de la CIA ;

- Jean-Pierre (?) Donnet, auteur de Tibet mort ou vif, un grand classique, vieux de trente ans, de la littérature de propagande « pro-tibétaine », qui a connu plusieurs rééditions et qui est toujours brandi par les adeptes d’un « Tibet libre » malgré ses partis-pris et ses indigences patentes (6) ; à noter ici un indice supplémentaire de la désinvolture des auteurs du « reportage », qui attribuent à Donnet un prénom qui n’est pas le sien : en fait, il s’agit de Pierre-Antoine Donnet ;

- Vincent Metten directeur des politiques européennes pour l’ICT (International Campaign for Tibet), en Belgique. Rappelons que l’ICT est une ONG enregistrée auprès du département de la Justice des États-Unis et possédant des bureaux à Washington, Amsterdam, Bruxelles et Berlin ; elle est financée par des dons privés et par … le NED ; Vincent Metten est un porte-parole, parmi d’autres, du Congrès des États-Unis (7) ;

- Mélanie Blondelle, chargée de politiques et de plaidoyer au sein de cette même ICT ;

- Marie Holzman, la passionaria antichinoise qui a témoigné publiquement son dévouement au culte du dalaï-lama.