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vendredi 6 février 2026

Le musée de la maison Jorn à Albissola Marina, un poème de la spontanéité

 SOURCE https://www.finestresullarte.info/fr/carnets-de-voyage/804v_le-musee-de-la-maison-jorn-a-albissola-marina-un-poeme-de-la-spontaneite.php

Asger Jorn a vécu et travaillé pendant des années à Albissola Marina: la Casa Museo Jorn, qui fut sa maison, conserve la poésie de son art. Par Federico Giannini | 04/01/2018 

 La route qui part du village balnéaire et grimpe les collines derrière lui, entre palmiers, oliviers et murs de pierres sèches, menait dans les années 1950 à un terrain vague et à une ferme abandonnée, datant d'on ne sait quelle époque. Ces pentes ensoleillées qui s'élèvent depuis Albissola Marina ont été le lieu où deux papes, Sixte IV et Jules II, ont passé leur enfance: il est donc probable que même ce bâtiment mal conservé ait fait partie d'un domaine agricole appartenant à la famille della Rovere, qui était originaire de ce territoire.

De là-haut, on jouit d'un vaste panorama sur la mer. On voit toute la ville d'Albissola, mais le regard embrasse aussi le port de la ville voisine de Savone et, de l'autre côté, le petit promontoire qui sépare la ville de la céramique des communes voisines. Dans les années 1950, l'expansion des constructions commençait tout juste à mordre sur cette partie de la côte ligure, et la vue, comparée à celle d'aujourd'hui, rencontrait certainement moins d'obstacles. Mais le parfum des pins, le chant des cigales, la tranquillité reposante sont restés inchangés. Un environnement très propice à la réflexion d'un artiste: c'est ce qu'a dû penser le grand Asger Jorn (Vejrum, 1914 - Aarhus, 1973) lorsque, en 1957, il décida de s'installer dans cette vieille maison de pierre et de brique, dès que les conditions économiques lui permirent de déménager dans un lieu plus accueillant que ceux auxquels il avait été habitué depuis son arrivée en Italie.

Vue du jardin de Casa Jorn
La vue du jardin de Casa Jorn. Ph. Crédit Finestre sull'Arte


Asger Jorn
Asger Jorn. Avec l'aimable autorisation des Amis de Casa Jorn

Trois ans plus tôt, l'artiste avait accepté l'invitation d'Enrico Baj et de Sergio Dangelo, avec lesquels il entretenait une correspondance de longue date. Jorn a toujours manifesté une certaine hostilité à l'égard du fonctionnalisme: "l'impulsion artistique", écrivait-il dès 1943, "est le centre de notre imagination et de notre intuition. C'est elle qui unit nos réalités à nos potentialités, ce qui existe à ce qui n'existe pas, ce qui a été à ce qui vient mais n'est pas encore arrivé, le possible à l'impossible. C'est ce qui nous permet de nous élever au-dessus des questions de temps et d'espace. C'est quelque chose de fondamental dans notre nature, car cela renforce notre volonté de vivre et de créer". Sa polémique contre un style qu'il juge coupable de supprimer la créativité de l'artiste l'amène à fonder, en 1954, le Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste, dont l'objectif est de recréer l'esprit communautaire du Bauhaus de Gropius, de s'opposer aux dérives du groupe fondé à Weimar (et les dérives étaient considérées comme le très contesté "nouveau Bauhaus" de Max Bill), d'accorder confiance et importance à l'expression artistique de l'individu, et de s'élever contre l'excès de rationalité propre au fonctionnalisme. Baj rejoint le mouvement, et Jorn est enthousiaste à l'idée de s'installer en Italie: la Marina Albissola lui est suggérée par Baj, car plusieurs de ses amis, dont Lucio Fontana, la fréquentent, et l'artiste milanais, bien qu'il n'y soit jamais allé en personne, en a toujours entendu du bien.

Jorn, quant à lui, n'a pas d'endroit où loger. Au printemps 1954, lorsqu'il arrive à Albissola Marina avec sa compagne Matie et leurs enfants Olga, Martha, Ole et Bodil, il est d'abord l'hôte de Lucio Fontana dans sa propriété de Pozzo Garitta, la pittoresque petite place du centre historique d'Albissola, puis, l'été venu, il campe sur un terrain appartenant au marquis Faraggiana, dans le quartier de Grana, non loin d'Albisola Superiore. Littéralement: le logement du "Viking", comme Baj avait l'habitude de l'appeler, n'était rien d'autre qu'une tente de camping. Mais elle n'en était pas moins confortable: dans une lettre adressée à Piero Simondo en 1997, sa fille Martha (née Nieuwenhujis) se souvient que la tente était "presque aussi grande qu'un bungalow", spacieuse, du dernier modèle, de fabrication danoise, pouvant accueillir six personnes qui dormaient en grand à l'intérieur. Elle disposait même d'une véranda. Le logement d'hiver, en revanche, était le studio qu'Asger avait pris à Via Isola: "une pièce énorme", écrit encore Martha, "équipée d'une salle de bains, divisée en deux par un mur de bois, dans laquelle nous avons séjourné confortablement". L'atelier se trouve à proximité des fours où l'on fabrique les céramiques: l'artiste danois est venu à Albissola avec la ferme intention d'approfondir cette technique qu'il considère comme particulièrement adaptée à sa façon d'appréhender l'art.

A peine trois ans se sont écoulés entre l'arrivée d'Asger Jorn en Ligurie et l'achat du terrain et de la maison sur la colline du Bruciati: le produit de la vente de ses œuvres ne lui a certes pas permis de vivre dans le luxe, mais il a eu la satisfaction d'avoir une maison à lui, et surtout de l'aménager comme il l'entendait. Et il s'est efforcé de faire de la maison elle-même une grande œuvre d'art. À Albissola Marina, Asger a noué une amitié forte et profonde, destinée à durer jusqu'à la fin de ses jours, avec un artisan local, Umberto Gambetta (mais pour tout le monde, simplement Berto), qui l'a aidé à restaurer la ruine. "Pendant des années, se souvient Martha, Berto a consacré tous ses moments libres à des restaurations et à des embellissements qui, en crescendo, ont transformé notre maison et son jardin en maison-musée". Berto, qui avait des compétences en maçonnerie, fut chargé par Asger de s'occuper des murs, des cloisons et des sols. L'artiste, quant à lui, a créé les céramiques qui allaient décorer les pièces. Tout devait être agréable, coloré, une maison dans laquelle il ferait bon vivre, travailler, recevoir amis et collègues pour de longues réflexions dans le jardin, peut-être autour d'un bon verre de vin. Un vin que Jorn lui-même, grand amateur (surtout de vins piémontais), produisait à partir des raisins que lui fournissaient Berto et sa femme Teresa. Cher Asger", lui écrit Berto dans une lettre datée du 24 janvier 1973, "ta lettre qui m'est parvenue aujourd'hui nous a attristés en nous apprenant que tu es à l'hôpital. Tu me dis que le vin et le minestrone te manquent beaucoup, pour le vin je t'ai envoyé un petit colis avec deux bouteilles de Barolo '64 et une de Barbera '67, qui j'espère seront bonnes et te feront plaisir, pour le minestrone rien à faire, nous t'attendrons à Albissola pour le manger ensemble, tu comprendras, chaud on dit que c'est meilleur".

Malheureusement, Asger ne reviendra jamais à Albissola: les tribulations infligées par le cancer du poumon ont eu raison de lui et il s'est éteint le 1er mai à Aarhus, au Danemark. Mais son amitié avec Berto avait déjà été éternisée par une œuvre particulièrement touchante. Adossé à l'annexe dans laquelle l'artiste voulait installer son atelier, on voit un four dont la hotte a été décorée par Asger d'une mosaïque réalisée selon la technique du rissêu ligure: typique des cours d'église et des jardins, elle exigeait que l'image soit composée avec des galets strictement noirs et blancs, récupérés dans les rivières ou sur le littoral. Sur le devant de la hotte se trouve l'un des nombreux personnages étranges qui peuplent la résidence. Sur le côté droit, Asger a composé l'inscription "BERTO / JORN". Une manière de sceller ce lien particulier entre le "foresto", comme on dit ici, et l'autochtone, entre l'artiste globe-trotter et le travailleur, entre le Viking au grand cœur et le Ligure qui a renversé les stéréotypes sur la méfiance des habitants de cette terre (ainsi que la quasi-totalité des habitants d'Albissola, qui n'ont jamais manqué de soutenir l'artiste venu de loin). Mais aussi une manière de "signer" la grande œuvre d'art qu'est la Casa Jorn.

Maison Jorn à Albissola Marina
Casa Jorn à Albissola Marina. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Extérieur de la maison Jorn
Extérieur de Casa Jorn. Ph. Crédit Amis de Casa Jorn


L'entrée du musée
L'entrée du musée. Ph. Crédit: Fenêtres sur l'art


Asger Jorn et Berto Gambetta
Asger Jorn et Berto Gambetta. Courtesy Amici di Casa Jorn


Le four à mosaïque
Le four en mosaïque. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


La signature de Berto et Jorn
La signature de Berto et Jorn. Ph. Crédit Finestre sull'Arte

Une maison qui est devenue la Casa Museo Jorn, dirigée avec compétence, passion et perspicacité par Luca Bochicchio. C'est l'artiste lui-même qui a voulu que la maison devienne un musée. Son testament prévoyait qu'après sa mort, la maison devait être mise à la disposition de Berto et Teresa, à titre gratuit et à vie. Après leur décès, la maison, déjà donnée à la municipalité d'Albissola Marina, serait transformée en musée. Et c'est ce qui s'est passé: après une restauration longue et complexe, qui a commencé au début des années 2000 et s'est achevée en 2014, année du centenaire de la naissance d'Asger Jorn, elle a été ouverte au public le 3 mai.

"Il est important de comprendre que la poésie n'est pas seulement quelque chose en dehors des besoins essentiels de la vie, mais que le pain et le vin sont poétiques, qu'une maison est un poème et qu'une ville est un ornement, un bijou précieux". Les mots d'Asger Jorn trouvent leur accomplissement dès les premiers pas qui mènent de la rue au jardin, puis à la maison. Dans chaque recoin de la maison, on respire la poésie. Les sols extérieurs sont recouverts de fragments de céramique apportés par Ceramiche Artistiche de Santa Margherita Ligure. Des fragments de formes, de tailles et de couleurs différentes, assemblés pour former l'une des mosaïques les plus étranges sur lesquelles on puisse marcher: ce qui, pour d'autres, est un déchet, est pour Asger Jorn une possibilité. Rien n'est jeté: des peintures d'artistes amateurs trouvées dans les marchés aux puces aux tuiles récupérées dans les manufactures de la moitié de la Ligurie, tout est bon pour créer une nouvelle œuvre d'art, conformément au principe de "revalorisation" (comme l'appelle l'universitaire Karen Kurcynski) qui animait la poétique d'Asger Jorn, intéressé par les expressions artistiques populaires car elles sont chargées de créativité spontanée, loin des académies et de l'avant-garde. "Jorn a créé pour lui et sa famille, écrit Luca Bochicchio, une architecture spontanée, dans laquelle la peinture, la sculpture, les arts appliqués et décoratifs fusionnent, créant un continuum avec les formes et les couleurs de la nature. C'est pourquoi chaque partie des murs, des sols et des bâtiments contient des traces d'interventions artistiques, souvent réalisées avec des matériaux et des objets recyclés: débris de verre, de marbre, de fours, de tuiles, de pierres de rivière, de coquillages, de vases anciens et, bien sûr, d'assiettes et de sculptures de Jorn et de ses amis". À l'extérieur de la maison, des monstres de toutes sortes sont placés sur les murs extérieurs avec des fonctions apotropaïques claires. Pour la plupart, il s'agit de figures qui se réfèrent à la mythologie nordique (mais pas seulement: dans le jardin se trouve également une petite grotte qui abrite, trois cent soixante-cinq jours par an, une crèche chrétienne en terre cuite): pour Jorn, le mythe est une manifestation intéressante de la créativité collective, et la tâche de l'artiste n'est pas de croire aux mythes (une action passive totalement inadaptée pour un artiste), mais de créer des mythes.

Un extrait de l'étage extérieur de la Casa Jorn
Un extrait du sol extérieur de la Casa Jorn. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Un des monstres sur les murs extérieurs
Un des monstres des murs extérieurs. Ph. Crédit Finestre sull'Arte


Le berceau
La crèche. Ph. Crédit Finestre sull'Arte

Le rez-de-chaussée de la maison est une sorte de manifeste visuel de ces concepts. Nous avons déjà parlé des monstres qui peuplent l'extérieur. À l'intérieur, la première pièce que le visiteur rencontre est la cuisine, l'une des pièces les plus utilisées par Jorn et ses invités. On y trouve des carreaux de céramique et des ustensiles de cuisine, tous issus d'ateliers locaux. Certains d'entre eux sont probablement des céramiques anciennes. Sur les murs figurent également les esquisses de deux œuvres monumentales: le Grand relief pour le lycée d'État d'Aarhus (1959) et le Grand monde pour la maison de la culture de Randers (1971). Un panneau illustre les phases de réalisation du Grand Relief. Pour Albissola Marina, il s'agissait d'un événement, compte tenu de la taille de l'œuvre (une sculpture colossale en céramique de trois mètres de haut et vingt-sept mètres de large) et des techniques peu orthodoxes utilisées par l'artiste pour la réaliser: une image célèbre le montre chevauchant sa Vespa blanche sur l'argile. Un geste qui entendait faire de la création artistique elle-même une sorte de performance, une action qui mettait en évidence le fait que l'acte même de créer est dicté par une pulsion. Les figures que le visiteur trouve dans la pièce suivante, une véranda qui relie le rez-de-chaussée au premier étage, répondent également à la même impulsion: semblables à celles qui peuplaient l'art de Jean Dubuffet, l'artiste malgré lui par excellence, elles sont composées de pierres et de fragments de céramique qui créent des personnages bizarres qui semblent sortis de l'esprit d'un enfant. Et avec les enfants, Jorn était particulièrement à l'aise.

En témoignent les céramiques accrochées à l'un des murs du salon de l'étage supérieur. Il s'agit d'assiettes fabriquées par les enfants d'Asger Jorn lorsqu'ils étaient encore enfants, en 1955, lors d'une expérience menée dans le cadre d'un congrès imaginiste du Bauhaus. Elles ont été placées dans l'une des pièces les plus importantes de la maison, car pour l'artiste danois, l'art produit par un enfant était quelque chose à prendre très au sérieux. L'artiste Aksel Jørgensen (Copenhague, 1883 - 1957), avec qui Jorn a beaucoup travaillé dans sa jeunesse, a écrit que "l'enfant n'est pas retenu ou entravé par des connaissances psychologiques, et personne ne lui demande de subordonner son besoin naturel de créer à ce type de connaissances. L'enfant est seul au milieu du monde et ne perçoit tout ce qui l'entoure qu'avec ses propres yeux et sans reflet. [L'enfant n'a pas de concept clair de l'existence physique du monde et vit donc selon ses propres pensées. Et Jorn, qui pensait de la même manière, écrivait qu'"un enfant qui aime les belles figures et les colle dans un livre avec l'inscription "ALBUM", donne à l'artiste plus d'espoir que n'importe quel critique d'art ou directeur de musée ne pourrait lui en donner". Il n'est donc pas surprenant que l'artiste danois se soit inspiré des gribouillis d'enfants pour la plupart de ses projets artistiques, ni que ses enfants aient participé à la décoration de la maison. Il pensait tout simplement que les enfants étaient capables de manifestations artistiques beaucoup plus spontanées et libres que les adultes, qui étaient contraints de respecter certains modèles en raison des connaissances acquises, des compétences mûries et des convictions esthétiques devenues conscientes.

Dans ses œuvres, il essayait autant que possible de travailler avec le même émerveillement qu'un enfant. Il essayait d'imaginer, et de faire imaginer, ceux qui observaient ses œuvres. Comme celles que l'on trouve dans les chambres à coucher. Luca Bochicchio les décrit ainsi: "Dans les peintures murales que nous voyons ici, nous pouvons voir la charge expressive, gestuelle et chromatique de la peinture de Jorn. Du chaos apparent des lignes, des taches et des coulures de couleur, semblent émerger des figures déformées que nous pouvons reconstruire ou interchanger dans notre esprit. Selon Jorn, l'art visuel, comme l'architecture, doit interagir avec le spectateur en stimulant son imagination et sa fantaisie. L'art public et l'art décoratif étaient encore plus importants pour Jorn, car ils pouvaient changer la perception de l'espace en influençant positivement la vie. Le style est typique des artistes du groupe Co.Br.A.: des lignes violentes, des couleurs fortes qui se mélangent, des formes indéfinies, mais jamais totalement détachées de la réalité. Selon la propre définition de Jorn: "unart abstrait qui ne croit pas à l'abstraction".

Nous quittons le bâtiment principal pour nous rendre à l'annexe. Dans le jardin se trouve un grand bassin qui, à l'origine, était destiné à recueillir l'eau de pluie: elle devait ensuite servir à irriguer les champs voisins. Des lys en fleurs mènent au bâtiment dans lequel Asger Jorn souhaitait installer son atelier. La plus petite pièce avait été aménagée en chambre de réflexion: l'artiste s'y retirait lorsqu'il souhaitait profiter d'un moment de calme en solitaire. Et lorsqu'il était absent, la petite pièce était attribuée à Berto et Teresa, qui pouvaient l'utiliser comme chambre à coucher. La plus grande pièce est plutôt une grande salle en mezzanine: c'est là que l'artiste peignait, et quelques photos sur les murs témoignent de l'utilisation de cette partie de la maison. La table sur laquelle Jorn posait ses toiles pour les faire sécher est toujours présente.

La cuisine de Casa Jorn
La cuisine de Casa Jorn. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Asger Jorn, Sans titre
Asger Jorn, Sans titre, cuisine (vers 1959-1960 ; déchets de four ; Albissola Marina, Casa Museo Jorn)


Extérieur de la véranda la nuit
Extérieur de la véranda la nuit. Ph. Crédit Amici di Casa Jorn


Détail de la véranda
Détail de la véranda. Crédit Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Asger Jorn, Sans titre
Asger Jorn, Sans titre, véranda (vers 1959-1960 ; rejets de four et techniques mixtes ; Albissola Marina, Casa Museo Jorn)


Le salon de Casa Jorn
Le salon de la Casa Jorn. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Détail du salon avec, à droite, les assiettes des enfants
Détail du salon avec, à droite, les assiettes des enfants. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Les enfants d'Asger Jorn, assiette, deuxième expérience imaginiste du Bauhaus
Enfants d'Asger Jorn, assiette, deuxième expérience imaginiste du Bauhaus (1955 ; terre cuite peinte sous vernis, 29 x 26 cm ; Albissola Marina, Jorn House Museum)


Asger Jorn, peinture murale
Asger Jorn, peinture murale, chambre à coucher (années 1960 ; peinture acrylique ; Albissola Marina, Casa Museo Jorn)


Asger Jorn, peinture murale
Asger Jorn, peinture murale, chambre à coucher (années 1960 ; peinture acrylique ; Albissola Marina, Casa Museo Jorn)


La baignoire de jardin
La baignoire de jardin. Ph. Crédit Finestre Sull'Arte


Lys en fleur
Les lys en fleurs. Ph. Crédit Fenêtres sur l'art


Le groupe de réflexion
Le pensoir. Ph. Crédit Fenêtres sur l'art


Photo d'Asger Jorn dans son atelier, appuyé contre la table qu'il utilisait pour faire sécher les peintures.
Photo d'Asger Jorn dans son atelier, adossé à la table qu'il utilisait pour faire sécher ses peintures

Aujourd'hui, l'ancien atelier d'Asger Jorn est devenu un lieu d'expositions temporaires. En effet, des expositions sont également organisées à la Casa Jorn, aussi bien par des artistes confirmés que par des jeunes qui commencent à faire leur chemin dans le monde de l'art: l'Association des amis de la Casa Jorn, chargée de la mise en valeur du complexe, est composée de jeunes professionnels qui ont à cœur de maintenir la qualité des événements qui s'y déroulent. Des expositions, mais aussi des rencontres, des présentations de livres, des performances, des concerts. Ainsi qu'une collection permanente d'une centaine d'œuvres d'Asger Jorn (au cas où la maison ne serait pas une œuvre en soi) et un centre de recherche sur l 'art contemporain actif et vivant. Un musée créé grâce à une administration municipale attentive et à un groupe d'universitaires aux idées claires, capables de travailler sur un projet culturel de haut niveau, capable de satisfaire aussi bien les initiés que les visiteurs et les amateurs d'art. Tout cela dans l'esprit de ce grand artiste danois qui, un jour de mars 1954, est arrivé à Albissola Marina pour écrire une nouvelle et riche page de l'histoire de l'art. Une page qui, à Casa Jorn, peut être lue dans toute sa poésie ambitieuse et chaleureuse, délicate et énergique à la fois.

 

vendredi 25 octobre 2024

POÉTIQUE BÉTONNÉE DES RUINES ET ROCAILLES

 SOURCE: http://jmchesne.blogspot.com/

   Dès la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle on assiste à un mouvement de réappropriation de la campagne par la ville. C’est le début de la résidence secondaire qui touche toutes les couches de la société, même si certaines utopies rustiques sont imaginées par une élite intellectuelle et urbaine. Les faubourgs et les banlieues vont s’emplir de villas pittoresques, chalets rustiques, fausses grottes, guinguettes et kiosques en faux bois ou fausse pierre et c’est le triomphe de la rocaille.




   Cette invention romaine, redécouverte à la Renaissance, est de nouveau au goût du jour et réalisable grâce en partie au nouveau ciment «Portland». Ce matériau va permettre la reconnaissance d’une nouvelle activité originale, celle des rocailleurs. Ces artisans, modestes à l’origine, vont accéder à un autre statut qui leur permettra de signer leurs œuvres.
 

  
    Les annuaires professionnels en portent le témoignage avec les nouvelles rubriques de «rustiqueurs», «rocailleurs-paysagistes», «artistes-rocailleurs», «cimentiers-naturistes», «artistes en ciment»...  Je reproduis là quelques pages d’un  étonnant catalogue déniché par hasard chez un brocanteur où l'on découvre avec amusement qu'on pouvait commander pratiquement par correspondance une grotte ou une passerelle pour son jardin. Le trompe-l’œil redevenant  le critère du savoir-faire, on y retrouve au fil des pages toutes la gamme des décors paysagers de l'époque, le tout promut grâce à des formules chocs : "Des meubles rustiques en ciment et  fer !" ou bien ce "Belvédère rustique élevé sur trois arbres gigantesques, construit en ciment armé avec montée d'escalier en ciment et en  fer !" 



   Ce rêve d’exotisme n’est pas seulement naturaliste, c’est une échappée dans le temps avec ses faux temples, des fausses ruines, du faux gothique, mais aussi dans l’espace avec ses pagodes, chalets suisses, pyramides, le tout réalisé au mépris des spécificités locales. Le Midi semble privilégié (est-ce le manque de bois et la présence des maçons italiens ?), mais les «rocailleurs rustiques» sont partout. 
   


  Dans les jardins de plaisance le rocailleur dispose d’une relative liberté pour s’exprimer. Ainsi les rocailles apparaissent-elles comme un lieu privilégié pour découvrir les rêves entremêlés de ceux qui les produisent : des artisans nourris de culture populaire et la nouvelle bourgeoisie, à la fois romantique et ouverte aux conquêtes industrielles et coloniales. 


 
   La poésie et la nostalgie de ces grottes, de ces fausses ruines alimentent cette nouvelle forme d’art, à bien distinguer de l’Art Nouveau car il s’agit souvent d’œuvres d’autodidactes au service de nouvelles franges de citadins en quête de frissons exotiques et de rêves rustiques voulant apprivoiser une nature qui fait peur. 



   Par rapport à leur contemporain qu’était le facteur Cheval (dont on peut se demander s’il n’a pas lui-même suivi l’exemple de ces maçons) ou par rapport aux habitants paysagistes créateurs d’environnement dits Bruts, les rocailleurs étaient des inspirés à plein temps qui ont tenté grâce à des constructions destinées à d’autres, de préserver une part de création et de plaisir dans leur activité professionnelle.
   


   Je reproduis également quelques cartes qui montrent des édifices rustiques réalisés en bois ce qui les rendaient d’autant plus vulnérables. On imagine bien la complexité à bâtir en ciment dans des endroits reculés. Ici nous n’avons plus à faire à la poésie des ruines mais plutôt à l’attrait pour les cabanes, les habitations des forets et des champs et leurs «robinsonnades». Un bricolage rustique au service d’une vie naturelle idéalisée, plus symbolique que réelle. 


   Puis, la mode passant, on s’est pudiquement détourné de cette architecture produite par des artisans formés sur le tas. Beaucoup de rocailles ont été détruites, délaissées et abandonnées aux intempéries, à la végétation ou aux transformations. Les fausses ruines tombent en ruine à leur tour ; une sorte de mise en abyme du temps.  En ville et surtout dans les anciens parcs, on trouve encore parfois quelques traces de ces aménagements : un balcon, un petit pont ou une rambarde d’escalier ayant échappé à la destruction. Parfois, je me prends à rêver au retour de ces extravagances ; le désir d'habiter autrement et de l'utopie d'un imaginaire de vie cristallisés.
Toutes images et cartes postales : collection JM Chesné -  D.R.


jeudi 24 octobre 2024

René Gabriel, un designer avant la lettre

 SOURCE: https://explore.psl.eu/fr/le-magazine/focus/rene-gabriel-un-designer-avant-la-lettre

Une vie = une œuvre

Aucune image de l’homme ou de ses proches, pas de documents administratifs, de correspondance : les quelque 3 500 archives de René Gabriel, accessibles via la bibliothèque numérique de PSL, sont exclusivement des travaux préparatoires et des photographies de ses productions. La vie de cet artiste au parcours éclatant reste dans l’ombre.

René Gabriel, Publicité. Dessin à la mine de plomb et à la gouache
Publicité. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1940 (© René Gabriel. Droits réservés)

René Gabriel naît en 1890 à Maisons-Alfort, dans un milieu modeste. Il entre à l’École Germain Pilon en 1912 puis à l’École supérieure des Arts Décoratifs (aujourd’hui l’EnsAD, établissement associé de l’Université PSL), dont il sort diplômé en 1917. Désargenté, il gagne sa vie en montant des décors de spectacles et se lie alors d’amitié avec l’homme de théâtre Léon Chancerel.

Sigismond Chrome, dominotier

En 1919, René Gabriel s’établit dominotier, c’est-à-dire fabricant artisanal de papier peint, ouvrant une boutique rue de Solferino. Il refuse la mécanisation et travaille « à la planche ».

La publicité pour ses produits passe par un personnage imaginaire, « Sigismond Chrome », vieux dominotier inventé par Léon Chancerel et s’exprimant par sa plume. René Gabriel lui dessine un visage et met en page ses slogans, démarrant à cette occasion une activité durable de graphiste et d’illustrateur.

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Sigismond Chrome. Impression d’un dessin de René Gabriel, 1929 (© René Gabriel. Droits réservés)
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Table d’impression d’un dominotier. Dessin à l’encre, 1931 (© René Gabriel. Droits réservés)
Projet de céramique pour la Manufacture de Sèvres. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1927 (© René Gabriel. Droits réservés)
Projet de céramique pour la Manufacture de Sèvres. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1927 (© René Gabriel. Droits réservés)

Un créateur polyvalent

En 1919, René Gabriel crée également des meubles, qu’il présente au Salon d’Automne et au Salon des Artistes Décorateurs, le SAD ; il acquiert très vite succès et notoriété. À partir de 1924, il enseigne le dessin à l’École des Arts appliqués de la Ville de Paris.

Son travail se diversifie encore au cours des années vingt puisqu’il dessine des céramiques et réalise des décors de théâtre.

De l’Art Déco à l’épure

Les premières créations de René Gabriel s’inscrivent dans le style « Art déco », qui donne une place importante à l’ornementation. Cependant, l’artiste s’oriente rapidement vers des formes simples et des matériaux peu coûteux.

Son importante participation à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs en 1925 témoigne d’un style moderne tranchant sur les décors surchargés qui dominent.

Cuisine. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1925
Cuisine. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1925 (© René Gabriel. Droits réservés)

La technique à visage humain

En 1929, René Gabriel revend sa boutique pour rejoindre l’entreprise Viacroze, qui édite et diffuse son mobilier et ses papiers peints.

Ceux-ci sont désormais produits mécaniquement : l’artiste prend le tournant de l’industrialisation mais il saura, tout au long de sa carrière, donner à la production industrielle un visage humain.

Son travail s’incarne d'ailleurs à nouveau dans un personnage : « l’Oncle Sébastien », vieillard imaginaire dont il dessine les traits en masque de théâtre et qui vante les produits Viacroze par la plume de Léon Chancerel.

Les Propos de l’Oncle Sébastien
Les Propos de l’Oncle Sébastien : gazette de bonne entente commerciale paraissant six fois l'an, éditée par Viacroze à l'intention des dépositaires et collaborateurs de la maison. Imprimé, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)
Bar avec comptoir courbe, chaises et tables en tube métallique
Bar avec comptoir courbe, chaises et tables en tube métallique. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1932 (© René Gabriel. Droits réservés)

Un modernisme social

Rene_Gabriel_meubles
Éléments RG : meubles avec liseré bleu. Dessin à la mine de plomb et au crayon de couleur, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Avec la crise des années trente, René Gabriel fait montre d'un souci accru d’économie et de gain de place, auquel s’ajoute l’objectif de la fabrication en série. Il conçoit des meubles composés de modules baptisés « éléments RG », dont les multiples assemblages et combinaisons possibles permettent d’optimiser de petits espaces. 

Car René Gabriel est un artiste socialement engagé ; à sa mort, Léon Chancerel soulignera dans son hommage funèbre que son ami a « voué sa vie à la création et à la diffusion d'un mobilier et d'un équipement susceptibles d'apporter le confort et la joie à ceux qui n'étaient pas des privilégiés de la fortune. »

Le mot « populaire » fait donc sens lorsque, en 1934, René Gabriel quitte Viacroze pour fonder les « Ateliers d’Art Populaire », à la même adresse que le centre d’art dramatique dirigé par Léon Chancerel.

Théâtre

René Gabriel s’est intéressé à l’espace théâtral assez tôt dans sa carrière, scénographiant dès 1927 des mises en scène de Louis Jouvet. Pour le théâtre, il invente des machineries sophistiquées, des scènes rondes ou rectilignes, des salles de spectacle, et même des costumes. Il réalise les programmes et les décors des « Comédiens Routiers », troupe fondée par Léon Chancerel au sein du mouvement scout, et travaille aussi pour le « Théâtre de l’Oncle Sébastien ».

Salle de théâtre avec scène surélevée. René Gabriel
Salle de théâtre avec scène surélevée. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Esprit d’enfance

Le Village des enfants : le « Théâtre municipal ». René Gabriel
Le Village des enfants : le « Théâtre municipal ». Dessin au crayon et à la gouache, 1937 (© René Gabriel. Droits réservés)

Car l’Oncle Sébastien, ancien porte-parole de Viacroze, s’est mué en effigie d’un théâtre pour enfants fondé par Chancerel. Le bonhomme est aussi devenu l’emblème d’une collection de livres pour la jeunesse, les « Albums de l’Oncle Sébastien », illustrés par René Gabriel.

Celui-ci n’a jamais eu d’enfant mais nombre de ses créations manifestent une proximité avec le monde de l’enfance, s’exprimant principalement dans ses papiers peints par des couleurs fraîches, des tracés clairs et des thèmes naïfs.

En 1937, René Gabriel construit le « Village des enfants » de l’Exposition internationale de Paris, décor rural de carton-pâte traversé d’une rivière, où les petits visiteurs peuvent déambuler.

Le Village des enfants, avec présence d'enfants. Jean Collas
Le Village des enfants, avec présence d'enfants. Tirage photographique, 1937 (© photographie Jean Collas. © René Gabriel. Droits réservés)

La notoriété

Pavillon de la France, Groupe des matières premières pour la parfumerie, à l’exposition internationale de New York
Pavillon de la France, Groupe des matières premières pour la parfumerie, à l’exposition internationale de New York. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1939 (© René Gabriel. Droits réservés)

Au cours des années trente, René Gabriel expose régulièrement au Salon des Artistes Décorateurs (SAD) et, à partir de 1935, il participe chaque année au Salon des Arts Ménagers. L’Exposition internationale de 1937 à Paris, puis celle de New York en 1939, comprennent des pavillons, des halls et des stands entièrement aménagés et décorés par l’artiste.

Son modernisme sensible, encore marginal au milieu des années vingt, rencontre, une décennie plus tard, la tendance devenue majoritaire chez les décorateurs, convertis à l’épure mais rejetant le purisme froid d’une avant-garde radicale.

Pauvres et riches

En 1938, René Gabriel abandonne les Ateliers d’art populaire pour ouvrir son agence à Montparnasse. Maître incontesté du mobilier industriel de qualité, il fait distribuer ses meubles en bois blanc dans les grands magasins, tout en créant aussi de luxueux ensembles sur mesure pour une clientèle aisée.

Dès 1940, la guerre plonge dans le dénuement des milliers de sinistrés. En 1941, le Service des Constructions Provisoires commande pour eux du mobilier d’urgence. René Gabriel exécute alors un nombre considérable de dessins et de plans pour ce type d’équipements.

Chambre d’étudiant sous les combles. René Gabriel
Chambre d’étudiant sous les combles. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)
Bureau d’un dirigeant, mobilier en bois ciré. René Gabriel
Bureau d’un dirigeant, mobilier en bois ciré. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Consécration d’un visionnaire

Après la guerre, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) sollicite architectes et décorateurs pour redonner un cadre de vie aux plus démunis. Les meubles en série ont prouvé leur nécessité, ils connaissent un franc succès au SAD de 1946. René Gabriel est alors nommé président de la Société des Artistes Décorateurs. Le MRU fait appel à lui pour meubler les cités expérimentales construites après-guerre et, en 1947, il collabore avec Auguste Perret aux nouveaux appartements du Havre.

La même année, il devient chef d’atelier à l’École nationale des Arts décoratifs.

Mobilier pour sinistrés. © René Gabriel.
Mobilier pour sinistrés. Dessin à la mine de plomb sur calque, 1944 (© René Gabriel. Droits réservés)

Les dernières années de sa vie, René Gabriel travaille beaucoup pour l’hôtellerie, un univers aux contraintes familières de petits habitats temporaires meublés en série. En 1949, il supervise la section Hôtellerie du SAD et, la même année, il se voit décerner la Légion d’Honneur.

Postérité

Chambre avec mobilier combiné - René Gabriel
Chambre avec mobilier combiné, le tour de lit devenant table de travail. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

À la mort de René Gabriel, en 1950, ses idées avant-gardistes triomphent : les équipements modulaires sont devenus courants, les sobres meubles de la Reconstruction dégagent une esthétique intemporelle, prisée parce qu’indémodable.

Aujourd’hui, les intuitions de l’artiste se révèlent prémonitoires à travers le besoin croissant d’équipements pour la précarité et l’urgence, le rejet d’une technologie déshumanisante, ou encore la recherche d’une beauté dictée par les usages et portée par des matériaux simples – le credo des designers.

Retrouvez l'ensemble des archives de René Gabriel dans la bibliothèque numérique de PSL.

Focus conçu et rédigé par Catherine Geoffroy, chef du Pôle documentaire de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs

En savoir plus

CHAUVIN, Élisabeth, GENCEY, Pierre, Utopie domestique : intérieurs de la Reconstruction, 1945-1955. Paris : Éd. Piqpoq ; Ville du Havre , 2014

CHAUVIN, Élisabeth, GENCEY, Pierre, Appartements témoins de la reconstruction du Havre. Bonsecours : Éd. Points de vues ; Ville du Havre, 2007

FERRET, Céline, René Gabriel, architecte-décorateur. Mémoire de DEA, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 2002 [consultable à la bibliothèque de l’EnsAD]

GENCEY, Pierre, Jacques Hitier, modernité industrielle. Paris : Éd. Piqpoq , 2012

GENCEY, Pierre, Marcel Gascoin : design utile. Paris : Éd. Piqpoq ; Ville du Havre , 2011

Art utile, blog de Pierre Gencey 

L’appartement témoin d’Auguste Perret et René Gabriel au Havre

À voir aussi : les céramiques conçues par René Gabriel à la Manufacture de Sèvres et les meubles créés par l’artiste au Musée des Arts Décoratifs.

+ SUR BLOG "ART UTILE" : http://art-utile.blogspot.com/search/label/GABRIEL