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dimanche 1 mars 2026

Bagnolet, carrefour de l'Est parisien (Miroslav Sebestik, 1973)

 FILM ET TEXTE

Documentaire municipal réalisé en 1973 - deux ans après les élections municipales - par Miroslav Sebestik ayant pour sujet le développement rapide de Bagnolet et les problèmes urbanistiques, politiques et humains posés par ces transformations.
Des quartiers entiers se sont transformés, des milliers de logements ont été construits, le métro est arrivé. Bagnolet est en train de devenir le carrefour de l'est parisien. Ces transformations ne se sont pas faites sans problème : est-il agréable de vivre à Bagnolet ? Les loyers sont chers, les impôts sont lourds, qui est responsable ?
Le film tente de cerner les problèmes qui se posent aux habitants et de répondre à quelques grandes questions.
Des interviews de responsables (Jacqueline Chonavel, maire de Bagnolet) et d'habitants interrogés au hasard de la rue.

Le film est remarquable pour son ton décalé : toutes les interviews sont entrecoupées de brèves séquences fictionnelles burlesques (plan sur une cocotte minute, sur un couple s'embrassant fougueusement dans l'ascenseur, sur un brossage de dents méticuleux, etc)

Réalisation : Miroslav Sebestik
Production : UNICITE
Image : Gilberto Azevedo
Montage : Geneviève Louveau
Son : Alain Muslin
Personnalités : Jacqueline Chovanel, maire de Bagnolet, députée de la Seine Saint-Denis
 

Vivre mieux, changer la vie (Jean-Patrick Lebel, 1972)

 FILM ET TEXTE

Commandé par le P.C.F. à l'occasion de la campagne des élections législatives de début 1973, ce film présente le programme commun des partis de gauche (communistes, socialistes, radicaux de gauche) à travers l'expérience vécue d'un couple de travailleurs. A partir d'images de leur existence quotidienne, le film montre quelques aspects de ce qui pourrait changer concrètement avec le programme commun de gouvernement. Parallèlement, il trace l'itinéraire qui va de la réflexion sur la vie telle qu'elle est à l'action politique pour changer la vie. [Notule catalogue UNICITÉ]

Mise en scène sophistiquée visant à une présentation "attrayante" du programme commun. Didactisme, comique. Par exemple, certaines propositions du programme commun sont énoncées sur un mode dérisoire par tel personnage en position de "faire l'acteur" et ré énoncées par le même en position "d'être militant". Brechtisme.

A noter une balade poétique et décalée dans la Cité de la Grande Borne, construite par l'architecte Emile Aillaud. On y voit les courbes de la cité alors toute neuve, les jeux de couleurs, le dédale des rues intérieures, les sculptures et les mosaïques (comme ce portrait de Rimbaud) qui émaillent les rues de la "Cité des enfants", piétonne et poétique, voulue par l'architecte. « Qu’ont-ils à faire de Rimbaud, ces immigrés qui partent à pied prendre le train de Juvisy, à cinq heures du matin ? Rien, bien sûr, sinon que ce n’est pas Rimbaud qui les prive d’autobus ou de bureau de tabac. Je ne peux pas ouvrir un café à la Grande Borne pour que ce soit plus gai. La seule chose que je puisse faire, c’est, à tout hasard, d’offrir Rimbaud en plus de l’HLM. »
— Émile Aillaud, Désordre apparent, ordre caché, Éditions Fayard.

Lieux : Morsang-sur-Orge (91), La Grande Borne (Grigny, Viry-Châtillon, Fleury-Mérogis), Essonne

GÉNÉRIQUE:
Production, UNICITÉ
Assistant, Jacques FRAENKEL
Images, Jacques MIRONNEAU
Montage, Christianne LACK
Participation de D.LANFRERE, R.BOUILLETTE, C.ZINS, J.C BRISSON, M.F GUYONNEAU, B.ROCHUT, P.LERICHE, Jean-Pierre RIFFET, Lolita CHEREL, L.THOULUC
Avec Chantal MUTEL, Patrick LARZILLE, René LOYON et la famille DELBOUYS.
Texte off Albouy

dimanche 6 octobre 2024

mercredi 25 septembre 2024

Quand le 13º était rock, bananes, et chaines à vélo

 

En 1976-1977, alors que le mouvement Punk explose à Londres, un revival rockabilly occupe la scène des sous-cultures musicales. Autour des groupes Crazy Cavan, Riot Rockers, Matchbox, Cadillac ou Flying Saucers, les Teddy Boys font la chasse aux Punks lorsqu’ils les croisent sur leur route. En France, à la même époque et jusqu’au début des années 1980, les “Rebelles” s’affichent au Golf Drouot et déploient le drapeau sudiste (des États confédérés d’Amérique) dans les concerts de rockabilly et dans leurs cafés à la Bastille ou à Vincennes. En 1980, avec son following de jeunes loubards locaux, les anciens Béruriers (1978-1982) évoluait dans cette zone grise de la banlieue-est entre reprises rock massacrées et avant-gardisme musical punk rock minimaliste. No Future.

 

General Lee & Teddy Boys – Paris 13e – 1979, en trois parties :




Rebel Rock ! – 1980 :
 
Photos : Thomas Gilou, prise de vue et animation : Olivier Esmein, son : François Waledisch, montage : Marie-Ange Baratier, musique : Dakota Soviet, voix : Dale Andrew, production : CAD (maintenant : Amorce Films), réalisation : Thomas Gilou & Olivier Esmein.
 

En 1980, au milieu des tours du XIIIème arrondissement de Paris, une bande de jeunes s’adonnait à une mode spectaculaire et rétro issue des U.S.A. de la fin des années 50 : les Teddy Boys. Leur mode de vie délirant, raciste et folklorique recouvrait une réalité sociale : celle de la misère.


 


mardi 2 juillet 2024

"Défense inconditionnelle", Internationale situationniste, nº 6, août 1961

LA CRISE de la jeunesse, dans tous les pays modernes, est devenue un sujet de préoccupation officiel qui, à lui seul, mènerait le plus crédule à douter des chances de la société de la consommation dans sa tentative d’intégrer les gens. Dans le cas limite de la formation des bandes d’adolescents, il est facile de vérifier sur les cartes leur correspondance avec les emplacements des « grands ensembles » de logements, surtout dans des pays relativement retardataires comme la France ou l’Italie, où l’accès aux conditions de vie du capitalisme moderne, moins sensible, se trouve très nettement ressenti dès lors qu’il est multiplié par le facteur particulier du nouveau type d’habitat. Les bandes se constituent à partir du terrain vague, qui est le dernier point de fuite existant dans le « territoire aménagé », et que l’on peut considérer comme une représentation sommaire, à un stade primitif démuni de tout, de ces zones vides de l’occupation qui sont désignées dans notre programme d’urbanisme unitaire par un détournement de l’idée de « trou positif » en physique.

Plus profondément, et même en dehors du phénomène extrême des bandes, on assiste à l’échec total de l’encadrement de la jeunesse par la société. L’encadrement familial s’effondre heureusement, avec les raisons de vivre admises autrefois, avec la disparition du minimum de conventions communes entre les gens, et à plus forte raison entre les générations — les générations des aînés participant encore de fragments d’illusions passées, et surtout étant endormies par la routine du travail, les « responsabilités » acceptées, les habitudes qui se ramènent toutes à l’habitude de ne plus rien attendre de la vie. On peut considérer les bandes actuelles comme le produit d’un nouveau genre de dislocation des familles dans la paix et le haut statut de consommation ; en comparaison des bandes d’enfants errants de la guerre civile russe formées à partir de la destruction physique des parents, et de la famine. L’encadrement politique est réduit à presque rien, suivant le sort des formations de la politique traditionnelle. Un document sur la jeunesse, établi cette année à propos d’une Conférence Étudiante du P.S.U. constate qu’en France « l’époque où les mouvements de jeunes entraînaient derrière eux la masse de la jeunesse est bien révolue : il y a moins de 10 % des jeunes dans les mouvements, et ces 10 % font en majorité partie d’organisations plus ou moins ouvertement confessionnelles ». En effet, c’est naturellement dans la très faible part de la jeunesse encore soumise aux conformisme les plus rétrogrades, qui sont aussi les plus cohérents, que subsistent le maximum de possibilités de recrutement pour les éducateurs de toutes sortes. Ainsi, en Angleterre, le succès de snobisme de clubs de « Jeunesses Conservatrices » a troublé les bureaucrates travaillistes, qui s’emploient désormais à organiser des bals, sur le même modèle, avec le chic Labour. Il va de soit que la grosse artillerie de l’encadrement proprement culturel a fait long feu : le moment où l’augmentation constante de la scolarité mène la majorité de la jeunesse à accéder à une certaine dose de culture est aussi le moment où cette culture ne croit plus en elle-même ; ne dupe et n’intéresse plus personne.

La société de la consommation et du temps libre est vécue comme une société du temps vide, comme consommation du vide. La violence qu’elle a produite, et qui entraîne déjà la police de nombreuses villes américaines à instituer un couvre-feu pour les moins de dix-huit ans, met si radicalement en cause l’usage de la vie qu’elle ne pourra être reconnue, défendue et sauvée, que par un mouvement révolutionnaire apportant explicitement un programme de revendications concernant cet usage de la vie dans tous ses aspects.

Il va devenir toujours plus difficile de dissimuler la redoutable réalité de la jeunesse derrière les pauvres équipes d’acteurs professionnels qui représentent sur la scène de la culture, la parodie expurgée de cette crise, sous les noms de « beatniks », « angry young men » ou, plus édulcoré encore, « nouvelle vague ». Ce qui était il y a seuleument dix ans le propre d’une « avant-garde », qui indignait tant les braves gens à Saint-Germain-des-Prés par exemple (mais alors ce n’était pas encore assez nettement dégagé de l’ancienne bohême artistique, c’étaient des anti-artistes qui risquaient d’être récupérés dans la culture), à présent est répandu partout. Le Journal du Dimanche du 14 mai sonne le glas de l’honnête province française, à propos de la rencontre fortuite de deux jeunes gens « transportant en pleine nuit, une lourde valise contenant plusieurs dizaines de bouteilles de vins fins volés », par une ronde de policiers, à Melun : « Les deux voleurs ont, en effet, avoués que le vin devait être consommé au cours d’une grande “surboum” dans l’appartement, la plupart du temps inoccupé, de la grand-mère de l’un d’eux. Ils ont précisé que ces surprises-parties où venaient uniquement des jeunes gens et des jeunes filles de 15 à 18 ans, étaient fort déshabillées. Ces réunions étaient même si licencieuses que huit jeunes gens et jeunes filles de la région de Melun qui y participaient ont été inculpés pour outrage aux bonnes mœurs, en même temps que pour vol et complicité. Trois jeunes gens, un garçon de 15 ans, une fille et un garçon âgés chacun de 17 ans, ont été écroués. Les cinq autres inculpés ont été laissés en liberté provisoire. »

Il est clair que les situationnistes soutiennent le refus global du petit éventail des conduites licites. L’I.S. s’est formée, largement, sur une expérience très poussée du vide de la vie quotidienne et la recherche d’un dépassement. Elle ne saurait dévier de cette ligne, et c’est en quoi tout succès officiel (au sens très large de ce mot : tout succès dans les mécanismes dominants de la culture) que rencontreraient ses thèses ou tel de ses membres devrait être considéré comme extrêmement suspect. Tout l’appareil de l’information et des sanctions étant aux mains de nos ennemis, la clandestinité du vécu, ce qui est aux conditions actuelles appelé scandale, n’est mise en lumière que dans certains détails de sa répression. L’I.S. se propose de lancer contre ce monde des scandales plus violents et plus complets, à partir de la liberté clandestine qui s’affirme un peu partout sous le pompeux édifice social du temps mort, malgré toutes les polices du vide climatisé. Nous connaissons la suite possible. L’ordre règne et ne gouverne pas.