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mercredi 24 juillet 2024

17 juin 1944, le défilé des vaincus à Moscou

 


La doctrine Hannibal: complotisme --> vérité

SOURCE: https://www.legrandsoir.info/voila-que-haaretz-fait-la-propagande-du-hamas.html

Caitlin Johnstone revient sur des événements marquants de la semaine, avec notamment des révélations sur le 7 octobre, le débat présidentiel entre Biden et Trump ou encore le nombre de morts à Gaza largement sous-estimé selon une prestigieuse revue médicale.

Un nouvel article du journal israélien Haaretz intitulé “Les FDI ont appliqué la directive Hannibal le 7 octobre pour empêcher le Hamas de prendre des soldats en otage” confirme ce que des journaux indépendants comme The Grayzone et Electronic Intifada avaient révélé il y a longtemps tout en se faisant traiter de complotistes antisémites : le 7 octobre, un grand nombre de morts israéliens résultait d’une politique des forces de défense israéliennes consistant à tirer délibérément sur leurs propres soldats pour les empêcher d’être pris en otage par le Hamas.

Citant une “source très haut placée des FDI”, Haaretz rapporte que les troupes israéliennes qui ont répondu à l’attaque du Hamas ont été informées que “pas un seul véhicule ne peut retourner à Gaza” et que “la signification de ce message et le sort réservé à certaines personnes kidnappées étaient parfaitement clairs“.

Cette reconnaissance va à l’encontre de tout ce que les médias de l’Empire et les responsables occidentaux ont prétendu sur ces accusations depuis octobre. Le mois dernier encore, le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, a répondu au journaliste Sam Husseini comme s’il avait affaire à un fou furieux. Husseini l’avait interrogé sur la possible mise en œuvre de la directive Hannibal le 7 octobre. Comme le rappelle Max Blumenthal de Grayzone, même Haaretz l’avait traité de manipulateur en novembre pour avoir apporté des preuves que les tirs des FDI étaient à l’origine de nombreux décès israéliens lors de l’attaque.

Donc je suppose qu’à ce stade, on doit se demander ce qu’il en est. Les médias mainstream israéliens sont-ils désormais coupables de propager des théories du complots antisémites, négationnistes et diffamantes ? Ou bien reconnaître que cela s’est réellement produit n’est plus considéré comme une théorie du complot antisémite, négationniste et diffamante ?

Des documents israéliens révèlent les pressions exercées sur Washington pour orienter le discours américain sur Gaza

NOTE PERSONNELLE 

Des mois que les médias français ne disent plus rien des massacres de palestiniens, alors que les médias espagnols relatent les massacres quotidiens: 40, 60, 80 par jour. C'est-à-dire que des dizaines et parfois des centaines d'êtres humains sont exterminés quotidiennement depuis des mois et"ça passe" car le gouvernement israélien répond au massacre du 7 octobre (auquel il a contribué par sa doctrine Hannibal). On constate donc en Espagne une ingérence moindre. On peut même mettre à son balcon un drapeau palestinien pour protester contre ces massacres sans être apostasié d'"antisémite". Le lobby sioniste ni a pas la même puissance d'ingérence qu'en France, cependant on y retrouve le même schéma fasciste: la Fundación Hispanojudia a financé ainsi l'extrême-droite (Vox) ou l'extrême-centre (Ciudadanos, avec notamment Manuel Valls).

Les médias français suivent les consignes, celles exposées plus bas, des fondations israéliennes pour dicter aux législateurs étatsuniens une définition de l'"antisémitisme" visant à criminaliser la moindre critique faite contre ces massacres quotidiens.

Hier encore, ces médias adoubaient le massacreur en chef (Netanyahou, de son vrai nom: Mileikowsky) devant le Congrès des États-Unis ("il parle très bien anglais, sans accent" remarque Les Échos), après qu'il ait été applaudi durant trois minutes longues comme une rivière de sang. C'est qu'ils défendent nos valeurs, les mêmes que le massacreur: "la civilisation contre la barbarie", dit avec un super accent. Le massacreur ajoutant qu'il n'y aurait "quasiment aucun civil mort à Gaza" après avoir soutenu chez lui, il y a quelque mois, "qu'il n'y avait pas de civils innocents à Gaza". Les grands médias étatsuniens semblent faire comme les français: taire les massacres. Au vu de cette mascarade criminelle, Congrès peut donc continuer l'envoi de bombes et de munitions étatsuniennes.



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ARTICLE

SOURCE SECONDAIRE: https://www.les-crises.fr/exclusifs-des-documents-israeliens-revelent-les-pressions-exercees-sur-washington-pour-orienter-le-discours-americain-sur-gaza  

SOURCE PRIMAIRE : The Guardian, Lee Fang, Jack Poulson, 24-06-2024. Traduit par les lecteurs du site Les-Crises. 

Alors que la guerre de Gaza fait rage, sur les campus universitaires américains, des fondations israéliennes font pression pour modifier la définition de l’antisémitisme dans la législation américaine.

Amichai Chikli s’exprime à Cracovie, en Pologne, le 22 janvier 2024. Photographie : Omar Marques/Getty Images

En novembre dernier, quelques semaines seulement après le début de la guerre à Gaza, Amichai Chikli, 42 ans, impétueux ministre du Likoud au sein du gouvernement israélien, a été invité à la Knesset, le parlement israélien, pour expliquer aux législateurs ce qui pouvait être fait face à la montée des manifestations anti-guerre des jeunes aux États-Unis, en particulier dans les universités d’élite.

« Je l’ai déjà dit et je le répète, je pense que nous devrions, surtout aux États-Unis, passer à l’offensive », a déclaré Chikli.

Depuis, Chikli a mené une campagne ciblée pour contrer les critiques à l’encontre d’Israël. Le Guardian a découvert des preuves montrant comment Israël fait renaître une structure controversée dans le cadre d’une vaste campagne de relations publiques visant les campus universitaires américains afin de redéfinir l’antisémitisme dans la législation américaine.

Quelques secondes après la fin d’un signal d’alarme pendant son audition, Chikli a assuré que le budget prévoyait de nouveaux fonds destinés à une campagne de riposte, distincte des relations publiques plus traditionnelles et de la publicité financée par le gouvernement. Cette campagne compte 80 programmes déjà en cours pour des actions de sensibilisation « menées à la manière de Concert », a-t-il déclaré.

Le terme « Concert » désigne le lancement d’un programme tentaculaire controversé du gouvernement israélien, initialement connu sous le nom de Kela Shlomo, conçu pour mener ce qu’Israël appelle des « activités de sensibilisation à grande échelle » destinées principalement aux États-Unis et à l’Europe. Concert, désormais connu sous le nom de Voices of Israel [Les Voix d’Israël, NdT], collaborait auparavant avec des organismes menant campagne pour faire adopter des lois d’état dites « anti-BDS », [ BDS : boycott, désinvestissement, sanctions, NdT] destinées à pénalise les Américains participant à des boycotts ou manifestations non violentes contre d’Israël.

Son dernier épisode en date s’inscrit dans une stratégie musclée et parfois secrète du gouvernement israélien visant à contrer les manifestations d’étudiants, les organisations de défense des droits humains et d’autres voix dissidentes.

Les dernières activités de Voices ont été menées par l’intermédiaire d’organisations à but non lucratif et d’autres organismes qui, souvent, ne divulguent pas les informations relatives à leurs donateurs. D’octobre à mai, Chikli a supervisé des dépenses à hauteur d’au moins 32 millions de shekels, soit environ 8 millions d’euros, dédiés à la défense des intérêts du gouvernement afin de recadrer le débat public.

Rapidement, une victoire éclatante a été remportée par l’un des groupes de pression américains travaillant en étroite synergie avec le ministère de Chikli, l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy, ou ISGAP (Institut pour l’étude de l’antisémitisme mondial et de la politique).

En décembre, lors d’une audition au Congrès, largement suivie, concernant l’antisémitisme présumé des étudiants manifestant contre la guerre, plusieurs législateurs Républicains de la Chambre des représentants ont explicitement cité les recherches de l’ISGAP dans leurs questions aux présidents d’université. L’audition s’est terminée par la confrontation devenue virale de la représentante Elise Stefanik avec la présidente de l’université de Harvard de l’époque, Claudine Gay, qui s’est ensuite retirée de ses fonctions après une avalanche médiatique négative.

Lors d’un événement organisé le 7 avril au Palm Beach Country Club, l’ISGAP, qui aurait reçu la majorité de son financement en 2018 de l’agence israélienne qui dirigeait Concert, s’est félicité de son coup d’éclat en matière de relations publiques au Congrès

Elise Stefanik interroge des dirigeants d’université lors d’une audition sur l’antisémitisme à Washington le 5 décembre 2023. Photo : Ken Cedeno/Reuters

« Toutes ces auditions sont le fruit de notre rapport voulant que toutes ces universités, à commencer par Harvard, reçoivent beaucoup d’argent du Qatar », a fanfaronné Natan Sharansky, un ancien membre de la Knesset israélienne (MK) qui a occupé la fonction de Chikli et qui préside aujourd’hui l’ISGAP. Sharansky a déclaré aux partisans rassemblés que les remarques de Stefanik avaient été vues par un milliard de personnes.

L’ISGAP a continué à influencer les enquêtes du Congrès sur les universités qui prétendent que les manifestations contre le bilan d’Israël en matière de droits humains sont motivées par l’antisémitisme, et l’organisation s’est fortement impliquée dans la campagne visant à faire adopter de nouvelles lois qui redéfinissent l’antisémitisme pour y inclure certaines formes de discours critiques à l’égard de la nation d’Israël.

D’autres groupes américains liés à Voices ont lancé une série d’initiatives visant à renforcer le soutien à l’État d’Israël. L’un de ces groupes, officiellement qualifié de partenaire, le National Black Empowerment Council (NBEC), a publié une lettre ouverte de politiciens Démocrates Noirs s’engageant à être solidaires d’Israël. Un autre groupe, CyberWell, un groupe pro-israélien anti-désinformation dirigé par d’anciens responsables du renseignement militaire israélien et de Voices, s’est positionné comme « partenaire de confiance » officiel auprès des plateformes TikTok et Meta, pour aider les deux plateformes sociales à filtrer et à éditer des contenus. Un récent rapport de CyberWell a demandé à Meta de supprimer le slogan en vogue « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre. »

À l’aube de la guerre à Gaza, après les attaques terroristes du 7 octobre 2023 menées par le Hamas, la firme qui avait à l’origine été créée avec le soutien du ministère des Affaires stratégiques, aujourd’hui supprimé, a été relancée pour la troisième fois. Cette réorganisation a été révélée pour la première fois dans un document budgétaire peu remarqué publié par le gouvernement israélien le 1er novembre, qui indiquait que Voices aller geler toutes ses campagnes en cours afin de se consacrer au soutien aux activités liées à « gagner la guerre relative à la version israélienne de l’histoire. »

L’organisation est désormais placée sous l’administration de Chikli, ministre israélien des Affaires de la diaspora.

« On peine à trouver un parallèle quant à l’influence d’un pays étranger sur le débat politique américain. » Eli Clifton, du Quincy Institute for Responsible Statecraft (Institut Quincy pour Responsible Statecraft).

Haaretz et le New York Times ont récemment révélé que le ministère de Chikli s’était adjoint les services d’une société de relations publiques pour exercer secrètement des pressions sur les législateurs américains. Celle-ci s’est servi de centaines de faux comptes publiant des contenus pro-israéliens ou anti-musulmans sur X (anciennement Twitter), Facebook et Instagram. (Le ministère des Affaires de la diaspora a nié toute implication dans cette campagne, qui aurait versé environ 2 millions de dollars à une société israélienne pour les publications sur les réseaux sociaux).

Mais cette initiative n’est que l’une des nombreuses campagnes de ce type coordonnées par le ministère, qui n’a fait l’objet que d’une couverture médiatique limitée. Le ministère des Affaires de la diaspora et ses partenaires compilent des rapports hebdomadaires à partir d’informations fournies par des groupes d’étudiants américains pro-Israël, dont certains sont financés par des sources gouvernementales israéliennes.

Par exemple, Hillel International, cofondateur du réseau Israel on Campus Coalition [ Coalition d’Israël sur les campus, NdT] qui est aussi l’un des plus grands groupes universitaires juifs au monde, a fait état d’un soutien financier et stratégique de Mosaic United, une organisation d’utilité publique soutenue par le ministère dirigé par Chikli. Ce partenariat de longue date est désormais mis à profit pour orienter le débat politique relatif à la guerre d’Israël. En février, le directeur général de Hillel, Adam Lehman, s’est présenté devant la Knesset pour exposer le partenariat stratégique avec Mosaic et le ministère des Affaires de la diaspora, qui, selon lui, a déjà produit des résultats.

“We are changing administrations. Just last week, MIT, the same president who was lambasted in front of Congress, took the step of fully suspending her Students for Justice in Palestine chapter for crossing lines, and for creating an unwelcoming environment for Jewish students,” said Lehman, referencing the president of the Massachusetts Institute of Technology, Sally Kornbluth.

« Nous assistons à un changement d’administration. Ne serait-ce que la semaine dernière, au MIT, cette même présidente qui avait été critiquée devant le Congrès a pris la décision de suspendre totalement sa section « Étudiants pour la justice en Palestine » pour avoir franchi les limites et créé un environnement peu accueillant pour les étudiants juifs », a déclaré Lehman, faisant référence à la présidente du Massachusetts Institute of Technology, Sally Kornbluth.

Hillel International, CyberWell, le NBEC, le ministère israélien des Affaires de la diaspora et Voices of Israel/Concert n’ont pas répondu à nos demandes de commentaire.

Le présent rapport d’enquête a passé en revue les récentes auditions gouvernementales, les déclarations d’entreprises israéliennes, les documents relatifs aux marchés publics et d’autres documents publics. Alors que les particuliers et les fondations financent surtout nombre des organisations qui défendent les intérêts d’Israël, très probablement sans directives étrangères, les documents indiquent une implication non négligeable du gouvernement israélien dans la politique américaine concernant la guerre à Gaza, la liberté d’expression sur les campus universitaires et la politique israélo-palestinienne.

« Il y a actuellement une obsession qui consiste à contrôler le discours américain sur les relations entre les États-Unis et Israël, même sur les campus universitaires, et ce, depuis Israël, et cela va jusqu’au Premier ministre Netanyahou », a déclaré Eli Clifton, conseiller principal à l’Institut Quincy pour Responsible Statecraft. « On peine à trouver un parallèle quant à l’influence d’un pays étranger sur le débat politique américain. »

Aucun des groupes identifiés dans cet article n’est enregistré au titre de la loi Foreign Agents Registration Act, Fara, sur l’enregistrement des agents étrangers. Cette loi oblige les groupes recevant un financement ou des directives depuis des pays étrangers à communiquer au ministère américain de la justice toute information publique..

Lara Friedman, présidente de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient, a déclaré : « Implicitement, on part du principe qu’il n’y a rien de bizarre à considérer les États-Unis comme une sorte de champ libre où Israël peut opérer, qu’il n’y a pas de limites. »

Une grande partie de ce que l’on savait déjà sur Concert a été initialement rapportée par Forward, un média juif américain, et Seventh Eye, un site d’information d’investigation indépendant basé en Israël. L’histoire de Concert remonte à 2017, lorsque le ministère des Affaires stratégiques a commencé à élaborer un programme visant à mener des campagnes secrètes destinées à faire basculer l’opinion publique. Les autorités ont alors imaginé un vecteur « extra-gouvernemental » pour « apporter une réponse rapide et concertée aux tentatives de ternir l’image d’Israël dans le monde entier. »

Avec Concert, le ministre de l’époque, Gilad Erdan, avait imaginé un « commando de relations publiques » capable de lancer secrètement sur les réseaux sociaux des campagnes à grande échelle de dénonciation de célébrités qui critiquaient le gouvernement israélien. Des documents internes obtenus par Seventh Eye ont montré que de nombreux bénéficiaires des fonds de Concert étaient des organisations sionistes chrétiennes américaines, telles que Christians United for Israel, Proclaiming Justice to the Nations et Israel Allies Foundation.

Gilad Erdan s’exprime à l’ONU à New York le 18 avril 2024. Photographie : Eduardo Muñoz/Reuters

L’un des plus grands bénéficiaires américains était l’ISGAP, qui aurait reçu au moins 445 000 dollars, un montant équivalent à 80 % de son revenu total en 2018, dans le cadre d’une promesse de don de 1,3 million de dollars à l’organisation. Le Dr Charles Small, directeur exécutif de l’ISGAP, a contesté ces chiffres lorsqu’il a été interrogé par Forward, bien qu’il ait tenu des propos contradictoires auprès d’un média canadien.

Small a précédemment affirmé que l’ISGAP n’avait pas besoin d’être enregistrée auprès de la Fara parce que son organisation bénéficiait de l’exemption académique prévue par la loi, qui permet aux organisations de recevoir des fonds étrangers tant qu’elles ne s’engagent pas dans des activités de lobbying politique. Pourtant, Yale, qui a déjà hébergé le groupe, a fermé le précurseur de l’ISGAP en 2011 en raison d’inquiétudes concernant sa rigueur scientifique.

L’année dernière, la générale de brigade Sima Vaknin-Gill, ancienne officière de renseignement et agente de liaison avec Concert au sein du gouvernement israélien, est devenu directrice générale de l’ISGAP.

En janvier, Vaknin-Gill et Small ont témoigné devant une commission de la Knesset qui débattait de la réponse appropriéeà apporter aux critiques à l’encontre d’Israël. Au cours de la déposition, plusieurs témoins ont évoqué la nécessité d’encourager les pays à adopter la définition de l’antisémitisme selon l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, qui assimile à l’antisémitisme les critiques acerbes d’Israël et l’antisionisme, y compris les affirmations selon lesquelles l’État d’Israël est une « entreprise raciste. »

De nombreuses critiques, tant à gauche qu’à droite, se sont élevées contre la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qui, selon elles, bafoue le Premier amendement en limitant la possibilité de critiquer une entité gouvernementale et brandit les considérations relatives à l’antisémitisme comme une arme pour pénaliser les personnes qui critiquent la politique israélienne.

Mais les intervenants ont clairement indiqué que la définition de l’IHRA devrait constituer une priorité stratégique pour l’État d’Israël.

« Le Mouvement de lutte contre l’antisémitisme s’est fait le champion de la définition de l’IHRA », a fait remarquer Vaknin-Gill, en faisant référence à un partenaire de financement occulte de l’ISGAP, de Concert et du ministère des Affaires de la diaspora, qui verse de l’argent sale. (Le Combat Antisemitism Movement est présidé par Sharansky ; Vaknin-Gill est membre du conseil d’administration). « Nous nous sommes recentrés sur le travail au niveau local, a déclaré Vaknin-Gill. Il nous a semblé beaucoup plus facile de travailler avec les maires et les États et de donner corps à la définition. »

En janvier, le gouverneur de Géorgie, Brian Kemp, a signé une loi révisant la législation géorgienne sur les crimes de haine afin d’y inclure la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, ce qui permet d’alourdir les peines d’emprisonnement pour certaines critiques à l’égard d’Israël. La Caroline du Sud et le Dakota du Sud ont fait de même en adoptant des lois similaires au cours des derniers mois. Un autre projet de loi connexe en Floride, HB 187, a été adopté par les deux chambres de la législature de l’État et attend la signature du gouverneur, Ron DeSantis. Des courriels obtenus dans le cadre d’une demande de documents montrent que Kennedy Starnes, un fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères, a correspondu avec la sénatrice de l’État, Lori Berman, au sujet de la législation.

Sima Vaknin-Gill à Tel Aviv en 2015. Photographie : Nir Elias/Reuters

Le Congrès est allé de l’avant en proposant une législation IHRA similaire. Le mois dernier, la Chambre des représentants a adopté un projet de loi qui intègre la définition de l’antisémitisme de l’IHRA dans les normes du ministère de l’Education. S’il est adopté par le Sénat et promulgué, une loi permettra au gouvernement fédéral de suspendre le financement des établissements d’enseignement supérieur ou d’engager des poursuites pour violation des droits civils à l’encontre des universités qui autorisent certaines critiques à l’encontre d’Israël.

Small a également témoigné lors de multiples auditions à la Knesset, informant les législateurs israéliens de la stratégie de l’ISGAP et de sa lutte pour infléchir le discours sur les campus universitaires.

« Il s’agit d’un moment unique où nous devons accroître notre pouvoir dans des proportions historiques par rapport à l’histoire du peuple juif », a déclaré Small lors de l’audition de janvier. « Et de l’État d’Israël. Il nous faut tous les outils dont ce dernier dispose. » Le mois précédent, il avait témoigné lors d’une autre audition à la Knesset, au cours de laquelle il avait affirmé que l’organisation étudiante Students for Justice in Palestine représentait les « forces armées » des Frères musulmans.

Le mois dernier, Small a rencontré des membres de la commission de surveillance de la Chambre des représentants lors d’une réunion d’information à huis clos sur la question, peu avant que les Républicains de la Chambre n’intensifient leur enquête sur les sources de financement des groupes pro-palestiniens sur les campus. L’ISGAP a également affirmé que le financement qatari du cursus médical de l’université de Cornell avait contribué à influencer les inquiétudes des étudiants concernant le nombre de civils tués par l’armée israélienne à Gaza.

Lors de la rencontre de Palm Beach en avril, Small a affirmé que « l’intersectionnalité est en fait un concept que nous pouvons utiliser » pour « combattre un milliard de musulmans et tous les libéraux du monde occidental », un concept qu’il a appelé « tai chi ». Small a proposé une ligne argumentaire affirmant que l’islam politique « veut tuer les juifs, soumettre les femmes et tuer tous les homosexuels.»

Ni le financement recherche étranger de l’ISGAP ni son site Internet ne révèlent les liens financiers antérieurs de l’organisation avec Israël. Les observateurs notent que les demandes d’exemption académique à Fara ne sont peut-être pas justifiées pour une organisation telle que l’ISGAP qui collabore avec le gouvernement israélien et mène des actions de lobbying auprès du Congrès.

« Bien qu’il existe plusieurs exemptions à l’enregistrement selon la loi Fara, presque toutes les exemptions sont caduques si une personne ou un groupe cherche à influencer la politique et l’opinion publique américaines sur proposition ou à la demande du gouvernement étranger », a déclaré Craig Holman, expert en règles de lobbying auprès de Public Citizen.

Bien que l’on ne connaisse pas toute l’étendue de l’influence du gouvernement israélien sur les institutions américaines, les débats de la Knesset offrent une fenêtre sur la stratégie israélienne et les interactions avec les groupes de pression américains.

La Knesset a organisé plusieurs auditions avec des organisations juives américaines pour envisager une coordination. Margarita Spichko, fonctionnaire du ministère des Affaires de la diaspora de Chikli, a déclaré en décembre que son bureau publiait un rapport hebdomadaire basé sur les informations recueillies auprès de partenaires aux États-Unis, y compris Hillel.

Hadas Lorber, qui travaillait alors en tant qu’assistante du conseil de sécurité nationale d’Israël, a indiqué au cours de la même audition que le bureau du Premier ministre avait rencontré régulièrement des groupes basés à Washington dans le cadre d’une « tentative honnête pour déterminer comment nous pouvons combattre l’antisémitisme, améliorer la législation présentée aux différents membres du Congrès, promouvoir aux États-Unis des lois qui lutteront contre l’antisémitisme et seront efficaces sur les campus ».

En mars, la Knesset a réuni les dirigeants des principaux groupes pro-israéliens du monde entier pour faire le point sur les activités liées à la guerre. Lors de l’audition, les législateurs ont pressé les groupes de défense d’expliquer comment ils s’opposaient aux manifestations sur les campus. Meir Holtz, président de Mosaic United, a indiqué lors de l’audition que le gouvernement israélien investirait cette année 48 millions de shekels, soit environ 12 millions d’euros, en faveur de son organisation pour la sensibilisation des campus.

Le mois dernier, Alon Lavi, représentant du ministère israélien des Affaires étrangères, a exhorté les membres de la Knesset à continuer de soutenir financièrement les campagnes liées à la politique américaine et au monde universitaire. Il a prévenu que l’État d’Israël ne pouvait pas prendre la tête de cette campagne et qu’il devait plutôt s’appuyer sur les organisations non gouvernementales et la société civile au sens large.

« Il nous faut former des coalitions avec des éléments à l’intérieur qui veulent nous aider, et une partie de cela consiste à mobiliser les responsables, la direction de l’université, la direction des étudiants, les maires, les députés à l’échelon local dans les États et les villes », a déclaré Lavi.

L’un des législateurs présents à l’audition, le député Meir Cohen, ne s’est pas laissé impressionner. « Je n’ai pas l’impression que nous soyons dans l’urgence », a déclaré Cohen, précisant que les projets de budget du ministère ne représentaient pas grand-chose.

« Si vous le permettez, Représentant Cohen, je suis tout à fait d’accord avec vous », a répondu Ron Brummer, un représentant du ministère des Affaires de la diaspora qui travaille en étroite collaboration avec Chikli. « Nous avons besoin de 300 millions de shekels, pas de 30 millions de shekels. »

Cet article a été modifié le 3 juillet 2024 pour inclure une réponse de CyberWell reçue après la publication.

Manifiesto comunista: lectura y debate con Txema García e Iñaki Gil de San Vicente (11/11)



 

 

Gustave Hommel, dit Fred, un ancien de Chez Moineau en 1965

Témoignage, à défaut d'un reportage tourné à l'époque, sur cette période encore bouillonnante de l'après-guerre des années 50-55 avec l'apparition de ceux qui, autour de la clientèle bigarrée du café Moineau du 22 rue du Four, cité dans l'interview, ont constitué l'Internationale lettriste, matrice de la future Internationale situationniste et que Jean-Michel Mension (le comparse de l'épisode du triporteur) a décrit dans son ouvrage de 1997 chez Allia, La Tribu : Guy Debord, Jean-Louis Brau, Serge Berna, Gil J Wolman, Mohamed Dahou, Éliane Papaï, Michèle Bernstein, Ivan Chtcheglov, Patrick Straram et tant d'autres, Auguste Hommel, alias Fred, par ailleurs immortalisé par le photographe Ed Van der Elsken dans son ouvrage Love on the Left Bank, le plus souvent en compagnie de Mension, faisant plutôt figure de comparse à l'allure de pré-punk ainsi que les identifiera en 1993 Greil Markus dans son ouvrage, sorti en 1998 toujours chez Allia, Lipstick Traces, une histoire secrète du XXème siècle.

 
 

Fred Hommel (1931-1993) Fred Hommel est né en 1931 à Paris. Dès ses dix-huit ans il a vécu dans le milieu de Saint-Germain des Prés où il a rencontré de nombreux artistes du monde entier. Boris Vian était un grand ami qui l’a influencé et encouragé. Un jour un peintre chilien, Luis Moyano, lui met un pinceau dans la main et lui dit : « Fais de la peinture au lieu de traîner dans la rue ». Et Fred s’exécute. Sa pensée était marquée par la guerre. Il a vécu à Paris pendant toute la Deuxième Guerre Mondiale. Ensuite il s’est engagé dans la guerre de Corée pour échapper à l’atmosphère de l’après-guerre et à l’abandon de son père. Fils unique d’une mère aide-soignante exilée de sa Corse natale, il arrête l’école avant le certificat d’étude et s’engage comme volontaire dans le conflit qui oppose les forces de l’ONU à la Corée du nord. Il en est revenu antimilitariste refusant alors l’ordre et le cadre. C’est au retour de Corée, pour prendre distance des horreurs qu’il avait vécues qu’il s’est jeté dans la folie de Saint-Germain. 

Extrait de La Tribu : "Il y avait donc des gens que je connaissais déjà, une espèce de type immense qui venait un peu à la Pergola, retour de Corée – où il n’avait pas tiré un coup de feu, d’ailleurs. Il était chauffeur d’un général. Un type infâme, très gentil, qui deviendra l’un de mes très proche copains. On l’appelait Fred, il s’appelait Auguste Hommel : plus tard il s’est mis à peindre et a bien vendu, paraît-il,
aux États-Unis. Il est mort récemment, une armoire à glace. Je l’appelais mon ours:" 

 
 

Rue Mouffetard, 1959


 

Algérie - Réné Vautier (extraits)

 


Quand la CIA infiltrait la culture (Hans Rüdiger MINOW, 2006)


 

lundi 22 juillet 2024

Léo Malet et le XIIIº arrondissement (Brouillard au pont de Tolbiac)

 

 Brouillard au pont de Tolbiac est un roman policier français de Léo Malet, paru en 1956 aux Éditions Robert Laffont. C'est le neuvième des Nouveaux Mystères de Paris, série ayant pour héros Nestor Burma. Adaptation en bandes dessinées en 1982 par jacques Tardi.

Guy Debord et les gars de l'Internationale lettriste dérivaient tout particulièrement dans le 13e arrondissement, riches en ambiances et je dirais même en "ailleurs" par son caractère excentré et ferroviaire-industriel: par ses chemins et voies ferrées qui mènent à l'Italie et l'Espagne, mais qui sont aussi le début de la croissance psychogéographique du Continent Contrescarpe vers le Sud, pour "construire l'Hacienda".

Debord a-t'il lu le polar de Léo Malet de 1956? Il a toujours lu des polars pour les ambiances notamment, ou encore d'autres "mystères" de Paris comme les vagabondages de Jean-Paul Clébert dans Paris insolite de 1952...

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En 1987, Léo Malet (1909-1996) parlait de son quartier du XIIIe arrondissement

Reportage chez Léo Malet. A travers des images du quartier du 13ème arrondissement, Léo Malet parle du quartier du quai de la gare, de la rue Watt, du pont de Tolbiac et du parcours de Nestor Burma.

 https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/pac01005640/leo-malet-son-quartier-du-13e-arrondissement

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Reconstruction photographique des dessins de Tardi pour Brouillard au Pont de Tolbiac (texte et images de Thierry Depeyrot)


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Léo Malet est né à Montpellier le 7 mars 1909. Nous célébrons donc cette année le centenaire de sa naissance. En deux ans de temps, son père, ouvrier de commerce, sa mère, couturière, ainsi que son frère meurent tous de la tuberculose alors qu’il n’avait que 3 ans. Il est alors élevé par son grand-père tonnelier qui, en dépit de sa condition ouvrière, lui donne le goût de la littérature, du théâtre... et du socialisme. A 8 ans, il écrit ses premiers romans. A 16 ans, en 1925, lassé de son emploi dans une banque, il arrive à Paris et vit de petits boulots, voir de rapines. Il écrit également des poésies et des articles dans des revues anarchistes, doctrine à laquelle il adhère à ce moment là.

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Il réside au gré des opportunités, notamment au foyer végétalien du 182 de la rue de Tolbiac où il côtoye divers marginaux refusant l’ordre établi, qu’il soit naturel (végétaliens) ou social (anarchistes, libertaires). Il débute comme chansonnier au cabaret La Vache Enragée à Montmartre, devenant alors le plus jeune chansonnier de la Butte, mais doit chercher un autre travail car son patron oublie souvent de le payer. Exerçant plusieurs métiers tels qu’employé de bureau, manoeuvre, journaliste, téléphoniste, figurant de cinéma, crieur de journaux, son existence parisienne est très malheureuse et précaire, subsistant avec peine, à tel point qu’il est arrêté et emprisonné brièvement à la prison de la petite Roquette pour avoir été trouvé endormi sous le pont de Sully. On comprend mieux alors le "compte" que Léo Malet avait à régler avec Paris, et plus particulièrement le 13e arrondissement. La vente de journaux à l’angle de la rue Sainte-Anne et de la rue des Petits-Champs lui assurera l’essentiel de ses revenus jusqu’en 1939. Il y situera plus tard le bureau de Nestor Burma.

C’est en 1942 qu’il publia La mort de Jim Licking, suivi en 1943 de 120, rue de la Gare qui marque la naissance de Nestor Burma, anti-héros type, tout le contraire d’un être infaillible et sans défaut. Nestor Burma peut se tromper, hésite souvent, est sensible, fidèle à ses amis et a de récurrents problèmes d’argent.

Léo Malet fut, en 1948, le premier lauréat du Grand Prix de la Littérature Policière.

En 1954 fut publié le premier ouvrage de ses Nouveaux Mystères de Paris, Le Soleil nait derrière le Louvre. Cette série lui vaudra le Grand Prix de l’Humour Noir en 1958. Chacun de la quinzaine d’opus de la série se déroule dans un arrondissement différent.

Ce poète surréaliste est décédé le 03 mars 1996.

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Léo Malet avait la dent dure envers le 13e arrondissement de Paris. Il y avait très mal vécu. Dans son roman policier, il fait dire à Nestor Burma : "C’est un sale quartier, un foutu coin, dis-je. Il ressemble aux autres, comme ça, et il a bien changé depuis mon temps, on dirait que ça s’est amélioré, mais c’est son climat. Pas partout, mais dans certaines rues, certains endroits, on y respire un sale air. Fous-en le camp, Belita. Va bazarder tes fleurs où tu voudras, mais fous le camp de ce coin. Il te broiera, comme il en a broyé d’autres. Ça pue trop la misère, la merde et le malheur...".

Ou encore : "C’était un sale quartier. Il collait à mes semelles comme la glu aux pattes de l’oiseau. Il était écrit que je l’arpenterais toujours en quête de quelque chose, d’un morceau de pain, d’un abri, d’un peu d’amour. Je le sillonnais à la recherche de Bélita. Elle n’était pas nécessairement revenue dans le coin. Il y avait même de fortes chances pour qu’elle soit allée ailleurs, mais moi, j’étais là. Et peut-être pas tellement à sa recherche. Peut-être simplement pour régler un vieux compte avec ce quartier".

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Plus loin, il ajoute : "Le XIIIe arrondissement fourmille de rues aux noms charmants et pittoresques, en général mensongers. Rue des Cinq-Diamants, il n’y a pas de diamants ; rue du Château-des-Rentiers, il y a surtout l’asile Nicolas-Flamel ; rue des Terres-au-Curé, je n’ai pas vu de prêtre ; et rue Croulebarbe, ne siège pas l’Académie Française. Quant à la ruelle des Reculettes... hum... et celle de l’Espérance...".

Alain Demouzon, dans son Château-des-Rentiers, ajoute à cette liste la clinique de maternité, "curieusement baptisée Jeanne d’Arc".

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Comme il l’écrivait dans ses « propos badins » préfaçant la bande dessinée de Jacques Tardi, Léo Malet avait cru écrire un roman contre le 13e arrondissement, avec lequel il avait un vieux compte à régler, et finalement, il a fait figure de défenseur de cet arrondissement en l’immortalisant. Comme il l’avouait lui-même, Léo Malet n’était pas du tout sensible au « neuvième art » mais il a tout de même eu un coup de coeur pour le coup de crayon de Jacques Tardi et c’est ainsi que son roman « Brouillard au pont de Tolbiac », sorti en 1956 chez Robert Laffont, s’est retrouvé adapté par l’un des grands maîtres de la bande dessinée. Tardi nous fait ainsi redécouvrir le 13e arrondissement des années 50.

C’est en étudiant attentivement les cases représentant les marches de l’escalier donnant sur le pont de Tolbiac, connaissant très bien le lieu, que je me suis aperçu de leur fidélité au modèle original. Je me suis alors dit que s’il s’était ainsi appliqué sur ce lieu, il n’y avait aucune raison qu’il n’en soit pas de même pour les autres décors de l’action. Me voilà donc parti, armé d’un appareil photo numérique, à la recherche des lieux traversés par Nestor Burma, avec pour seule aide les indications des phylactères, communément appelées "bulles", ou du polar d’origine. Je ne m’étais pas trompé : quasiment chaque case est une photographie fidèle d’un passé pas si lointain, nous permettant de juger l’évolution de ces quartiers populaires. Je me suis efforcé de respecter les angles de vues des cases pour mes photographies afin de les reproduire le plus fidèlement possible. J’ai d’ailleurs failli à plusieurs reprises me faire renverser par des voitures ou arrêter par la police en traversant les voies sur berges au niveau du pont d’Austerlitz afin d’y accéder... jusqu’à ce que je m’aperçoive que Tardi avait dessiné les piliers de l’autre coté du pont, beaucoup moins dangereux d’accès. Tout au long de cet exposé, vous pourrez apprécier le respect des détails auquel s’est livré le dessinateur, ce qui est à mes yeux la preuve la plus flagrante de son amour pour cet arrondissement. D’ailleurs, sûrement Tardi avait-il entrepris la démarche inverse pour ses dessins et peut-être aurions-nous pu le croiser au début des années 80, rue de Tolbiac, place d’Italie ou près de la Pitié-Salpétrière, un appareil photo à la main, argentique à cette époque, dressant le décor de ce qui deviendra à mes yeux, son chef-d’oeuvre. Pour ses dessins, Tardi a donc mixé ses photos prises au début des années 80 avec ses propres souvenirs pour nous faire revivre notre 13e tel qu’il se présentait dans les années 50. Pas de nostalgie excessive car, bien sûr, des taudis insalubres ont été démolis et le "progrès" a fait son apparition, mais parfois, la froideur de certains quartiers rénovés peut nous faire regretter la gouaille des marchands de quatre-saisons et la quasi-disparition des petits commerces ayant laissé la place à des banques et autres agences immobilières. Pour cette étude, j’ai reproduit photographiquement plus de 60 cases de l’album de Tardi. Je vous en livre une partie très représentative et vous incite vivement à découvrir vous-même le reste en vous procurant le roman et cet album BD aux éditions Casterman.

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La première case de la première planche de l’album nous montre un homme, le regard fou, marchant sur le pont de Tolbiac. Il est donc logique de débuter notre pérégrination par ce chef-d’oeuvre de la métallurgie construit entre 1879 et 1882 puis reconstruit en 1893 et qui traversait jusqu’en 1994, date de son démontage, les voies ferrées de la gare d’Austerlitz, très proche. Alors qu’il n’était pas exclu qu’il puisse un jour être remonté dans le quartier, ses éléments rouillent toujours, 15 ans plus tard, quelque part dans l’Eure. Bon, vous pourrez toujours dire que sa couleur bleue en fin de vie jurait un peu avec le paysage...

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Le respect des détails est vraiment impressionnant de réalisme. J’ai volontairement tiré mes photos en noir et blanc afin de ne pas en fausser le résultat. Même les luminaires ont gardé leur place. En haut de cet escalier, il y a la rue et le pont de Tolbiac.

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Ici, difficile d’avoir exactement le même angle de vue que le dessin de Tardi car il se tenait sur la rue Ulysse Trélat venant de la rue du Chevaleret et qui donnait en montant sur le pont de Tolbiac. La fenêtre visible en haut à droite a, depuis, été murée.

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La rue Ulysse Trélat a aujourd’hui disparu, en même temps que l’ancien viaduc. A l’époque, c’était la seule rue de Paris sans aucune numérotation car aucune habitation ne la bordait.

Cette carte centenaire de la rue Ulysse Trélat est une vue très rare.

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Léo Malet nous brosse vraiment un portrait très sombre, brumeux, inquiétant, étouffant et écrasant du 13e. Même la lumière ne parvient plus à nous parvenir. Il dit en effet dans le roman, en parlant du pont de Tolbiac : "De loin en loin, les globes électriques perçaient péniblement la brume de leur lumière fantomatique". Il fait également référence au "sale air" qu’a l’impression de respirer Burma. Ou encore cette citation : "Le brouillard qui envahissait la cour se plaqua sur nos épaules comme un linge mouillé". Les passages de ce genre sont légion dans le roman. Vous pourrez remarquer dans les images qui suivent la barre sombre récurrente qui revient souvent en haut des cases de la BD. Le brouillard, omnipésent, filtrant la lumière, rendant opaque toute perception, peut être perçu comme symbole de la réalité masquée, celui de l’illusion. Il pleut beaucoup dans Brouillard au pont de Tolbiac, ce qui participe pour beaucoup à l’ambiance morose.

Cette barre supérieure sombre qui revient dans beaucoup de cases peut également nous faire rappeller les conditions particulières dans lesquelles Léo Malet a écrit son roman. En effet, ce dernier, pressé par son éditeur, lui avait remis une bonne moitié de son roman inachevé afin de gagner du temps mais se retrouvait par là-même enfermé dans son histoire, sans la possibilité de revenir en arrière, ni de corriger d’éventuelles contradictions avec la fin du récit. Il s’est ainsi retrouvé lui-même enfermé dans son récit.

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Lorsqu’il arrive au carrefour Cantagrel-Watt-Chevaleret, Burma frémit à l’idée qu’il va emprunter l’une des rues les plus glauques et sordides du 13e, si ce n’est de tout Paris : la rue Watt.

Décidément, Léo Malet a bien choisi ses décors pour les crimes de ses romans. Ici, le carrefour n’a pas trop changé. Il est juste beaucoup plus fréquenté depuis que la rue Patay a été mise en sens unique.

Sur la droite, on reconnait le Théâtre du Lierre. Je me souviens d’une exposition de planches originales de Tardi dans ce lieu dans les années 90’. Jacques Toubon, alors maire du 13e, était à l’inauguration.

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Si ce n’était un raccourci pour atteindre les quais menant à Ivry, évitant ainsi de nombreux feux, je ne vois pas quel motif nous pousserait à emprunter cette rue longuement recouverte par les voies de chemin de fer de la gare de marchandises et de la ligne Paris-Orléans. J’ai également pris des photos sous le pont, à l’endroit exact où se tiennent Burma et Bélita, pour reproduire le lieu de la scène du crime et, croyez-moi, asthmatiques s’abstenir... L’obscurité lugubre, la poussière et les mauvaises odeurs y sont toujours reines.

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Ici, Burma emprunte la rue Cantagrel, où se tient un centre d’hébergement de l’Armée du Salut. Signe d’un arrondissement historiquement peu favorisé, le 13e est celui où l’on trouve le plus d’oeuvres de bienfaisance. La Mie de Pain, Le centre Nicolas Flamel, l’Armée du Salut en sont quelques exemples.

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Burma aborde ici la rue du Loiret. Le bâtiment que l’on voit au fond est une ancienne gare de la petite ceinture, devenue ultérieurement station Masséna du RER C, désaffectée depuis la mise en service de la ligne 14 du métro, Météor.

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Après avoir traversé le passage souterrain de cette station désaffectée, nous arrivons sur le boulevard Masséna. Nous apercevons sur la droite les derniers vestiges de la ligne de la petite ceinture.

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En nous dirigeant vers Ivry, nous pouvons voir ce qui reste de l’ancienne usine d’air comprimé.

La grande cheminée, en haut, à gauche, en fait partie.

Cette usine avait été construite en 1891. Elle fournissait, entre autre, la pression nécessaire aux ascenseurs hydroliques ainsi qu’aux réseaux de transmission par pneumatique. La halle et la cheminée restants sont classés, depuis 1994, à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. La halle de la Sudac, aujourd’hui en réhabilitation, est destinée à accueillir une école d’architecture.

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Comme l’explique Franck Evrard dans son essai LE TREIZIEME AU NOIR (e-dite - 2004) dont je me suis beaucoup aidé pour cette étude, on peut s’étonner que tant d’auteurs de romans policiers aient choisi le 13e pour planter le décor de leur intrigue. Il donne à cela plusieurs raisons d’ordre historique, sociologique et géographique ; le 13e a mauvaise réputation. Bien avant Victor Hugo et ses Misérables, Rabelais déjà y plantait le décor de plusieurs scènes croustillantes. Le passé ouvrier miséreux du 13e aide également à se sentir "dans l’ambiance". Le grand nombre de crimes et délits célèbres, celui de la Bergère d’Ivry pour ne citer que celui là, qui avait, en son temps, défrayé la chronique, finit d’assoir cette réputation sulfureuse. Franck Evrard explique également ce choix du 13e par la situation géographique de l’arrondissement, au sud-est de Paris, et qui n’appartenait pas à la capitale il y a trois siècles.

Revendiquant sa différence par rapport aux beaux quartiers de Paris, sa culture ouvrière en marge de ceux-ci, le 13e présente donc une analogie avec le polar, longtemps considéré comme - je cite - "un divertissement mineur atypique, longtemps marginalisé dans le ghetto de la sous-littérature de gare".

Les auteurs de romans policiers s’y retrouvent donc largement. Je ne saurais trop vous encourager à lire cet ouvrage très riche en références du genre.

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L’été dernier, j’ai eu tout loisir de visiter le plus grand hôpital d’Europe afin d’y poursuivre mon jeu de piste. Je ne vais pas en faire ici le riche historique mais j’y reviendrai longuement dans un prochain numéro de la revue HISTOIRE & HISTOIRES... du 13e ainsi que sur les médecins qui en ont fait sa renommée, tels Philippe Pinel, Jean-Martin Charcot et autres Esquirol ou Jenner.

La carte postale ci-contre nous montre la statue de Charcot, et non Philippe Pinel comme j’ai pu l’indiquer dans le n°2 de la revue.

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Ici, nous voyons la voiture de Burma quitter la Pitié Salpétrière et emprunter le boulevard de l’Hôpital en direction de la Place d’Italie. Nous sommes au niveau du boulevard Saint-Marcel.

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Autrefois barrière de Fontainebleau, aujourd’hui place d’Italie. Elle a pris sa forme actuelle en 1864. La place d’Italie est à la jonction des quatre quartiers composant notre arrondissement, La Gare, Salpétrière, Maison-Blanche et Croulebarbe.

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Après la place, nous abordons l’avenue d’Italie, au niveau de la station de métro Tolbiac.

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Après 14-18, Paris doit réapprovisionner les Halles en produits frais. La Compagnie Ferroviaire de Paris-Orléans construit donc les "frigos", lieu où seront stockés directement par le rail les denrées fraîches. En 1921, la Gare Frigorifique de Paris-Ivry voit le jour. Les trains y pénétraient au coeur même du bâtiment pour livrer leur marchandise. La glace nécessaire était fabriquée sur place et un système de rails fixés au plafond acheminait les marchandises en relai du train. Le marché de Rungis ayant remplacé les Halles de Paris à la fin des années 60’, les Frigos cessent leur activité au même moment. Après une quinzaine d’année à l’abandon, la SNCF, propriétaire des lieux, louera une partie des surfaces et les années 80’ verront toute une population d’artistes s’y installer.

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Les Grands Moulins de Paris ont été construits entre 1919 et 1924. Le moulin est entré en service en 1921. J’ai un oncle qui y a travaillé comme électricien durant de nombreuses années. Il était devenu le plus grand moulin du monde. A sa fermeture, le 27 novembre 1996, on y écrasait plus de 1800 tonnes de blé par jour. Aujourd’hui reconstruit, le site accueille des UFR de Lettres et Sciences Humaines, la bibliothèque et autres services aux étudiants de l’Université Paris VII - Paris Diderot. La halle aux farines est devenue le pôle central d’enseignement et accueille également le restaurant univesitaire.

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Nous suivons Burma rue de Tolbiac, au niveau de la rue Bobillot. Nous apercevons l’église Sainte-Anne-de-la-Butte-aux-Cailles et sa célèbre "façade chocolat".

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Là, nous sommes juste au niveau de la librairie Jonas.

La rue de la Maison-Blanche se jette dans la rue de Tolbiac.

Pour parfaire la prise de vue, impossible d’attendre qu’un bus passe (le 62 existe toujours) car le trottoir a été modifié et l’angle de prise de vue aurait été trop large.

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Voici le cliché qui m’a valu une grosse montée d’adrénaline. En fait, je m’étais, dans un premier temps, trompé de coté pour la prise de vue et ai dû jouer les toréadors pour traverser les voies sur berges. Avant de m’apercevoir que les détails des dessins ne correspondaient pas... C’est beaucoup plus calme de l’autre coté de la Seine.

Edifié en 1904 pour le passage du métro, le viaduc d’Austerlitz a été effectivement mis en service en 1906, le 14 juillet très exactement. C’est le plus long des ponts de Paris entre appuis puisqu’il traverse la Seine sur 140 mètres, sans autre pilier intermédiaire.

Quel cabotin ce métropolitain !

Il s’est fait un malin plaisir à apparaître sur chacun des trois clichés...

C’est à la droite de ce viaduc que la Bièvre se jetait dans la Seine avant d’être détournée dans les égouts de la rive gauche, après son recouvrement en 1910.

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