ATELIER DE STIMULATIONS CRITIQUES

Article épinglé

jeudi 12 septembre 2024

Le récit du « jour de la Victoire » des Russes (ou l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale rarement évoquée en Occident)

 SOURCE SECONDAIRE: https://brigittebouzonnie.substack.com/p/le-recit-du-jour-de-la-victoire

Article rédigé 11 mai 2018 par Michael Jabara Carley pour le site Réseau Voltaire

Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Montréal, Michael, Jabara Carley raconte ici le rôle de l'Union soviétique contre le nazisme. Puis il analyse la manière dont cette histoire a été volontairement déformée par les Anglo-Saxons et est malhonnêtement enseignée dans le monde occidental (l'Hégémon).

 Chaque année, le 9 mai, la Fédération de Russie commémore un événement historique majeur : le jour de la Victoire. Ce même jour de l’année 1945, le maréchal Georgy Konstantinovich Youkov, commandant du 1er front biélorusse, qui avait pris d’assaut Berlin, recevait l’acte de reddition inconditionnelle des Allemands. Au final, la Grande Guerre patriotique aura duré 1418 jours, d’un niveau inimaginable de violence, de destruction et de brutalité. De Stalingrad et du Caucase septentrional en passant par le Nord-Ouest de la périphérie de Moscou aux frontières occidentales de l’Union Soviétique, à Sébastopol au sud et jusqu’à Léningrad et la frontière finnoise au nord : le pays a été ravagé. On estime à 17 millions les pertes civiles — hommes, femmes et enfants — bien qu’il soit impossible de déterminer le chiffre exact. De nombreuses villes et villages ont été détruits ; des familles entières ont disparues sans personne pour se souvenir de leurs membres ou les regretter.



La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

Plus de dix millions de soldats russes ont péri dans les combats visant à repousser le terrible envahisseur nazi et dans l’offensive finale conduisant à l’occupation de Berlin à la fin d’avril 1945. Les soldats de l’Armée Rouge morts au combat, ont été abandonnés sans sépulture — ou dans des fosses anonymes — lors de la marche vers l’Ouest, faute de temps. La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

La Grande Guerre patriotique a débuté le 22 juin 1940 à 3h30 du matin, quand la Wehrmacht a envahi l’Union Soviétique sur le front qui s’étend de la mer Baltique à la mer Noire avec 3,2 millions de soldats, répartis en 150 divisions, accompagnés par 3 350 tanks, 7 184 pièces d’artillerie, 600 000 camions et 2 000 avions de guerre. Les armées finnoises, italiennes, roumaines, hongroises, espagnoles, et slovaques, entre autres, ont rejoint l’armée allemande. Le Haut Commandement allemand a estimé que l’opération « Barberousse » aboutirait à la capitulation de l’Union Soviétique dans un délai de 4 à 6 semaines. À l’ouest, les états majors états-uniens et britanniques validaient ces prédictions. De surcroit, quelle armée pouvait se targuer d’avoir défait la Wehrmacht ? L’Allemagne nazie était un colosse invincible. La Pologne avait été balayée en quelques jours. La tentative franco-anglaise visant à défendre la Norvège avait été un fiasco. Quand la Wehrmacht a attaqué à l’ouest, la Belgique se hâta de quitter la zone de combat. La France a rendu les armes en quelques semaines. L’armée britannique a été éconduite de Dunkerque, nue, sans armes ni véhicules. Au printemps 1941, La Yougoslavie et la Grèce ont été éliminé à moindre coût pour les Allemands.



Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat.

L’armée allemande a balayé toute résistance en Europe jusqu’à ce qu’elle atteigne la frontière soviétique. L’Armée Rouge a été prise par surprise, partiellement mobilisée, car le dictateur soviétique Joseph Staline n’a pas pris au sérieux les avertissements de ses propres services de Renseignement, ou ne voulait pas provoquer l’Allemagne hitlérienne. Au final, ce fut une catastrophe. Mais contrairement à la Pologne ou à la France, l’Union Soviétique ne s’est pas rendue au bout de 4 à 6 semaines. Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat. Les États baltes étaient perdus. Smolensk est tombée, puis Kiev : défaite la plus cuisante de toute la guerre. Léningrad était encerclée. Un vieil homme a demandé aux soldats « D’où vous retranchez-vous ? » Le chaos régnait partout. Mais, dans des lieux comme la forteresse de Brest-Litovsk, ainsi que dans des centaines de bois, de champs, de jonctions routières, de villes et de villages anonymes, l’Armée Rouge s’est battue jusqu’au bout. Elle a réussi à éviter l’encerclement et a pu rejoindre ses propres lignes ou bien disparaître dans les forêts ou les marais de Biélorussie et du nord de l’Ukraine, s’organisant en unités de résistance pouvant mener des raids contre l’arrière-garde allemande. À la fin de 1941, les pertes militaires soviétiques s’élevaient à 3 millions (la majorité étant des prisonniers de guerre, tués par des mains allemandes) ; 177 divisions ont été anéanties. Pourtant, L’Armée Rouge continuait de se battre, faisant même reculer les Allemands à Ielnia, au sud-est de Smolensk, à la fin du mois d’août. La Wehrmacht a pu ressentir la morsure d’une Armée Rouge ébranlée mais pas abattue. Les forces allemandes recensaient, en moyenne, dans leurs rangs, 7 000 victimes par jour : une nouveauté pour eux.



A certains endrois comme la forteresse de Litovsk, les soldats de l’Armée Rouge se sont battus jusqu’au dernier.

Sur les traces de la Wehrmacht, les escadrons de la mort SS (Einsatzgruppen) éliminaient les Juifs, les Tziganes, les communistes, les prisonniers de guerre soviétiques ou n’importe quel individu se trouvant sur leur chemin. Ils ont bénéficié de l’assistance de collaborateurs nazis, baltes et ukrainiens, pour ces crimes de masse. Les femmes et enfants soviétiques étaient dépouillés de leurs vêtements et alignés sur le peloton d’exécution. En plein hiver, les soldats allemands abattaient les villageois ou les forçaient à sortir de leur maison, tout de haillons vêtus, leur confisquant leur foyer, vêtements d’hiver et nourriture.

À l’ouest, ceux qui avaient prédit une débâcle russe, les sempiternels soviétophobes, n’eurent pas l’air malin et durent revoir leurs prévisions. L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France. Bien que la résistance soviétique bénéficiait du soutien du citoyen anglais, le gouvernement britannique, lui, ne fut pratiquement d’aucune aide. Certains membres de l’exécutif étaient même réticents à considérer l’Union Soviétique comme un allié. Churchill a interdit à la BBC de diffuser le dimanche soir, l’hymne national soviétique, l’Internationale, en compagnie des autres hymnes alliées.



L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France.

L’Armée Rouge tout en battant en retraite continuait désespérément de se battre. Ce n’était pas une guerre ordinaire, mais un combat d’une violence exceptionnelle contre un envahisseur cruel, pour la défense de sa maison, de sa famille, de son pays, et de sa vie elle-même. En novembre, l’Armée Rouge, largua un pamphlet au dessus des lignes allemandes citant Carl von Clausewitz, le stratège militaire prussien : « Il est impossible d’occuper la Russie ou de la conquérir ». Bien que tentative d’intimiditation, vu les circonstances ; cette assertion n’était pas moins vraie. Finalement, aux portes de Moscou, en décembre 1941, l’Armée Rouge, sous le commandement de Gueorgui Joukov repoussa une Wehrmacht épuisée, environ trois cents kilomètres plus au sud. Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat. « Barberousse » était trop ambitieux, l’offensive éclair (blitzkrieg) avait échoué, et la Wehrmacht subissait son premier échec sur le plan stratégique. À Londres, Churchill accepta, à contrecœur, de laisser jouer l’hymne soviétique par la BBC.



Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat.

En 1942, l’Armée Rouge continuait de subir des défaites et d’énormes pertes, dans la mesure où elle était livrée à elle-même. Cependant, en novembre de cette année, à Stalingrad, sur la Volga, l’Armée Rouge lança une contre offensive qui se conclut par une victoire historique et par la retraite de la Wehrmacht, en ce printemps 1942, à sa position d’origine ; exception faite pour le 6e corps d’armée allemande, pris au piège dans le chaudron de Stalingrad. Là, 22 divisions allemandes, parmi les meilleures, furent détruites. Stalingrad fut le Verdun de la Seconde Guerre mondiale. « Mais c’est un véritable enfer ! » ; « Non… C’est dix fois pire ! ». À la fin de la campagne hivernale de 1943, du côté de l’Axe, les pertes se démultipliaient : une centaine de divisions allemandes, italiennes, roumaines, hongroises étaient anéanties ou ravagées. Le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, reconnut que le conflit venait de basculer : la dernière heure de la grande Allemagne avait sonné.



Des femmes au front lors de la bataille de Stalingrad.

Février 1943. Pas une seule division britannique, états-unienne ou canadienne ne se bat en Europe contre la Wehrmacht, seize mois avant le débarquement en Normandie. Les Britanniques et les États-uniens combattaient alors 2 ou 3 divisions allemandes en Afrique du Nord : un divertissement comparé au front russe. L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht. En 1942, 80 % des divisions de l’Axe étaient engagées dans le combat contre l’Armée Rouge. Au début de 1943, il y avait 207 divisions allemandes postées sur le front est. Les Allemands jouant leur va tout, lancèrent une dernière offensive contre la « citadelle » de Koursk en juillet 1943. L’opération sera un échec. L’Armée Rouge lancera une contre offensive à travers l’Ukraine conduisant à la libération de Kiev en novembre. Plus au nord, Smolensk avait été libérée un mois auparavant.

L’état d’esprit des Soviétiques était admirable, ainsi que leur Armée Rouge. Le correspondant de guerre Vasilii Semenovich Grossman en a capturé l’essence dans son journal intime, Nuit, tempête de neige. Il écrit en 1942, « Les véhicules, l’artillerie, avancent en silence. Soudain, une voix rauque se fait entendre. "Hé, quel est le chemin pour se rendre à Berlin ?". Éclat de rire. »



L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht.

Les soldats n’étaient pas toujours braves. Parfois, ils désertaient. « Un chef de bataillon armés de deux revolvers se mit à hurler, "Où courez-vous comme ça, sales fils de ***. En avant marche, pour la Mère patrie, pour Jésus-Christ, bande d’enc*** ! Pour Staline, merdeux !..." » Ils retournèrent à leur poste. Ces types furent chanceux ; l’officier aurait pu les abattre. Ça arrivait parfois. Un soldat s’est porté volontaire pour exécuter un déserteur. « Avez-vous ressenti de la pitié pour lui ? » demanda Grossman. « Comment peut-on parler de pitié ?! » répondit le soldat. À Stalingrad, sept Ouzbeks ont été accusés d’auto-mutilation. Ils ont tous été exécutés. Grossman lit une lettre retrouvée dans la poche d’un soldat soviétique mort. « Tu me manques beaucoup. Viens me rendre visite, s’il te plait… À l’instant où j’écris ces mots, mes larmes coulent sur le papier. Papa, s’il te plait, viens me voir... »

Les femmes ont combattu aux côtés des hommes en tant que snipers, armurières, conductrice de tanks, pilotes, infirmières, dans les mouvements de résistance. Elles ont aussi apporté de l’aide aux armées postées en Russie. « Les villages sont devenus le royaume des femmes » écrit Grossman « Elles conduisaient des tracteurs, gardaient les entrepôts, les écuries… Les femmes assumaient une énorme charge de travail. Elles prenaient toutes sortes de responsabilités, expédiaient du pain, des avions, des armes et des munitions au front. » Quand les combats ont fait rage sur la Volga, elles n’ont pas reproché à leurs hommes d’avoir céder tant de terrain. « Un regard mais pas un mot » écrit Grossman, « … pas une pointe d’amertume. » Bien que parfois, dans les villages près du front, ce soit arrivé.



La fin de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps.

Pendant ce temps, les alliés occidentaux attaquèrent l’Italie. Staline a longtemps exigé un second front en France, mais Churchill s’y opposa. Il voulait attaquer l’Axe en son point faible, non pas pour aider l’Armée Rouge, mais pour contrecarrer son avancée dans les Balkans. L’idée était de traverser rapidement le nord de la péninsule italienne, puis les Balkans, afin de de stopper la progression de l’Armée Rouge. Cependant, Berlin se trouvait au nord-nord est. Le plan de Churchill était un fiasco ; les Alliés occidentaux ne sont pas entrés dans Rome avant juin 1944. Il y avait approximativement 20 divisions allemandes en Italie se battant contre des forces alliées plus conséquentes. À l’est, il restait encore plus deux cents divisions de l’Axe, soit dix fois plus qu’en Italie. Le 6 juin 1944, quand l’opération Overlord débuta en Normandie, l’Armée Rouge stationna sur les frontières polonaises et roumaines. Une quinzaine de jours après le débarquement en Normandie, l’Armée Rouge lança l’opération Bagration, une offensive massive qui aboutit à une percée en plein milieu de la ligne de front allemande à l’est et à une avancée de plus de 500 kilomètres vers l’ouest, pendant que les alliés occidentaux restaient bloqués dans la péninsule du Cotentin, en Normandie. L’Armée Rouge était irrésistible. La chute de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps. Quand le conflit prit fin en mai 1945, il s’avéra que l’Armée Rouge avait été responsable de 80 % des pertes de la Wehrmacht et plus si on considère la période qui précède le débarquement en Normandie. « Ceux qui n’ont pu vivre la rudesse de l’été 1941 » écrit Vasily Grossman, « ne pourront apprécier complétement la joie procurée par cette victoire ». Les troupes comme le peuple chantaient de nombreux hymnes pour garder le morale. Sviashchennaia voina, « sacrée guerre » était une des plus populaires. Les Russes se lèvent toujours lorsqu’ils l’entendent.

Une polémique persiste chez les historiens. Quel est le moment clé de la guerre en Europe ? Certains proposent le 22 juin 1941, le jour où la Wehrmacht a franchi la frontière soviétique. D’autres mettent le doigt sur les batailles de Moscou, Stalingrad ou Koursk. Durant la guerre, l’opinion publique occidentale semblait plus acquise à la cause de l’Armée Rouge que certains dirigeants occidentaux, comme Winston Churchill. Roosevelt, lui, qui était un dirigeant politique bien plus pragmatique, a volontiers reconnu le rôle prépondérant joué par les Soviétiques dans la guerre contre l’Allemagne nazie. L’Armée rouge, déclarait-il à un général dubitatif en 1942, a tué plus de soldats allemands et détruit plus de chars allemands que tout le reste de la coalition alliée réunie. Roosevelt savait que l’Union Soviétique était la clé de voûte de la grande coalition contre l’Allemagne nazie. J’appelle FDR (Franklin Delano Roosevelt) : le parrain de la « grande alliance ». Néanmoins, les principaux détracteurs de l’Union soviétique restaient tapis dans l’ombre attendant le bon moment pour refaire surface. Plus la victoire sur l’Allemagne nazie semblait assurée, plus les opposants à la grande alliance se faisaient entendre.

Les États-uniens peuvent être un peu « soupe au lait » lorsque l’on évoque le rôle essentiel joué par l’Armée rouge dans la destruction de la Wehrmacht. « Que faites-vous du prêt-bail ? » répondent-ils, « sans notre soutien logistique, l’Union soviétique n’aurait pas battu les Allemands. » En réalité, la plupart du matériel fourni dans le cadre du prêt-bail n’arriva en URSS qu’après Stalingrad. Les soldats de l’Armée Rouge, facétieux, aimaient appelés les boites de conserve, reçues par le biais du prêt-bail, « le deuxième front » dans la mesure où le vrai se faisait un peu tardif. En 1942, l’industrie soviétique produisait déjà bien plus d’armes que l’Allemagne nazie. Le T-34 était-il un char états-unien ou russe ? Staline a toujours su être reconnaissant envers le gouvernement US pour les Jeeps et les camions Studebaker. Ils ont accru la mobilité de l’Armée rouge. Vous avez fourni l’aluminium, aiment à répondre les Russes, nous avons fourni… le sang. Des rivières de sang...



Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht.

À peine la guerre fut-elle terminée que le Royaume-Uni et les États-Unis commencèrent à envisager une autre guerre, cette fois contre l’Union Soviétique. En mai 1945, le haut commandement britannique élabore le plan « unthinkable » (impensable), une offensive top-secrète, avec le renfort des prisonniers de guerre allemands, contre l’Armée Rouge. Les salauds ! Les ingrats ! En septembre 1945, les États-uniens envisagèrent l’utilisation de 204 bombes atomiques afin de rayer l’Union Soviétique de la carte. Le président Roosevelt venait de décéder en avril et en quelques semaines les États-uniens soviétophobes appliquaient déjà une politique diamétralement opposée. La Grande Alliance n’était qu’une trêve au milieu de la guerre Froide, qui avait pour origine la prise du pouvoir par les Bolcheviks en novembre 1917 ; cette dernière redevenait d’actualité en 1945 maintenant le conflit terminé.

À ce moment là, les gouvernements états-uniens et britanniques avaient toujours l’opinion publique contre eux. Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht. Il n’était pas possible d’adopter à nouveau, comme si de rien n’était, la stratégie éculée de la haine envers l’Union Soviétique sans faire oublier le rôle prépondérant de l’Armée Rouge dans la victoire commune contre l’Allemagne hitlérienne. Les Occidentaux ont donc ressorti le dossier sur le pacte de non-agression d’août 1939 entre Hitler et Staline en omettant volontairement de mentionner certains faits antécédents, comme l’opposition franco-anglaise à la proposition soviétique d’un traité de sécurité collective contre l’Allemagne nazie et, surtout, la trahison envers la Tchécoslovaquie, livrée aux Allemands (Accords de Munich, 1938). Comme des cambrioleurs en pleine nuit, Londres et Washington s’attribuèrent le crédit de la victoire contre l’Allemagne nazie.

Déjà en décembre 1939, les Britanniques prévoyaient de publier un livre blanc attribuant la responsabilité de l’échec des négociations (printemps-été 1939) à Moscou en vue d’une alliance entre Anglais, Français et Soviétiques. Les Français se sont opposés à ce projet car le livre blanc risquait de permettre à l’opinion publique de prendre conscience du caractère effectif de la résistance soviétique contre le nazisme, ce qui n’a pas été le cas côté anglais ou français. Ainsi, le livre blanc a terminé sur une étagère. En 1948, Le département d’État états-unien a diffusé une série de documents attribuant la responsabilité de la Seconde Guerre mondiale à Hitler et Staline. Moscou a riposté en publiant à son tour des documents mettant en évidence les liens étroits entre le monde occidental et le régime nazi. Beaucoup d’énergie fut déployée pour que l’on se souvienne de l’Union Soviétique comme signataire du pacte de non-agression et non comme le principal responsable de la destruction de la Wehrmacht.



Les Occidentaux ont ressorti le dossier sur le pacte de non-aggression d’août 1939 entre Hitler et Staline.

Qui n’a pas vu un de ces films hollywoodiens dans lesquels le débarquement en Normandie est présenté comme un tournant de la guerre ? « Que serait-il advenu si le débarquement avait échoué ? » entend-on souvent « Oh…, pas grand-chose... » est la réponse qui convient. La guerre aurait duré plus longtemps, et l’Armée Rouge, venant de l’Est, aurait planté ses étendards sur les plages de Normandie. Puis, il y a les films qui présentent la campagne de bombardement de l’Allemagne par les alliés comme le facteur décisif dans la victoire de ces derniers. Dans les films hollywoodiens sur la Seconde Guerre mondiale, l’Armée Rouge est invisible. C’est comme si les États-uniens (et les Britanniques) se couronnaient de lauriers qu’ils ne méritaient pas.

J’aime posé cette question à mes étudiants lorsque l’on aborde la Seconde Guerre mondiale : qui a entendu parler de l’opération Overlord ? Tout le monde lève le main. Puis je demande : qui a entendu parler de l’opération Bagration ? Quasiment personne ne se manifeste. Je demande, facétieux, qui a gagné la guerre contre l’Allemagne nazie et la réponse est évidemment : « les Américains ». Seuls quelques étudiants, en général ceux qui ont eu d’autres cours avec moi, répondent : l’Union Soviétique.

Difficile pour la vérité de se frayer un chemin vers la lumière dans un monde occidental où les « fakes news » (mensonges) sont la norme. L’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le Parlement européen attribuent la responsabilité de la guerre à l’Union Soviétique, sous-entendant la Russie et le président Vladimir Poutine. Hitler est quasiment omis dans ce tohu-bohu d’accusations sans fondements. Soutiennent cette version malhonnête des faits historiques : les États baltes, la Pologne et l’Ukraine, vociférant leur haine de la Russie. Les Baltes et les Ukrainiens célèbrent aujourd’hui, comme gloire nationale, les collaborateurs nazis et leurs agissements. En Pologne, la pilule est dure à avaler pour certains ; ils se souviennent trop bien des collaborateurs nazis ukrainiens qui ont assassiné des dizaines de milliers de Polonais en Volhynie. Malheureusement, de tels souvenirs n’ont pas empêché les hooligans polonais de vandaliser les monuments aux morts de l’Armée Rouge, ainsi que de profaner les cimetières de guerre soviétiques. Les nationalistes polonais ne veulent pas se souvenir de l’Armée Rouge libérant la Pologne de l’Allemagne nazie.



Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses.

En Russie, cependant, la propagande mensongère des Occidentaux n’a aucun effet. L’Union Soviétique, ainsi que la Fédération de Russie, a produit ses propres films sur la Seconde Guerre mondiale, les plus récents sur la défense de la forteresse de Brest-Litovsk et de Sébastopol, et sur la bataille de Stalingrad. Le 9 mai, chaque Russe a une pensée pour les les millions de soldats qui se sont battus et ont perdu la vie ainsi que pour les millions de civils qui ont souffert et sont morts entre les mains de l’envahisseur nazi. Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses. « Traitez-les avec tact et respect » écrit Youkov dans ses mémoires : « C’est le moins que vous puissiez faire après ce qu’ils ont fait pour vous entre 1941 et 1945. » Lorsque je les observais en ce jour de commémoration, il y a quelques années, je me demandais comment ils ont pu composer avec la menace de mort permanente, la désolation et toutes ces épreuves.



Une marche des « immortels » à Moscou.

De nos jours, chaque année en ce 9 mai, le régiment des « immortels » défile. Les Russes, aux quatre coins du pays et à l’étranger, marchent ensemble en portant des photographies grand format de membres de leur famille, hommes ou femmes, qui se sont battus pendant la guerre. « Nous ne vous oublions pas » , ils semblent dire « et ne vous oublierons jamais. »

Michael Jabara Carley

Traduction Jean-Marc Chicot      Source Strategic Culture Foundation (Russie)

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AJOUTS PERSONNELS

 

Deux jour après le lancement de l'opération Barbarossa par les nazis allemands et leurs alliés européens, le 24 juin 1941, Harry s. Truman (futur président des USA), déclarait:

"Si nous voyons l'Allemagne gagner, nous devrions aider la Russie et, si la Russie est en train de gagner, nous devrions aider l'Allemagne, pour que le plus grand nombre périsse des deux côtés."



Si l'on veut comprendre, a minima, la guerre à l'Est, voir le film d'Elem KLIMOV, Requiem pour un massacre, de 1985. L'action se déroule sur le territoire de la Biélorussie soviétique en 1943. En France, on connait le massacre d'Oradour-sur-Glane, commis par la division SS Das Reich. Elle a opéré avec d'autres en Biélorussie, où il eut 600 villages massacrés de la sorte...600 Oradour-sur-Glane.

Labels: 9 mai 1945, Armée rouge, Europe, Grande guerre patriotique, Guerre froide, Hégémon, LES GUERRES DE L'HISTOIRE, manipulation, maréchal Joukov, Michael Jabara Carley, nazis, opération Barbarossa, URSS, WWII

mercredi 11 septembre 2024

The Incident (Larry Peerce, 1967)

 "Me chifla descubrir grandes pelis de las que no tenía ni puta idea. Y lo más alucinante es conocer a un inmenso director llamado Larry Peerce, que tras esta joya del cine no dejó de rodar mierda sin parar. Los protas conocidos son unos jovencísimos Martin Sheen y Beau Bridges. También sale la gran Thelma Ritter. La idea es magistral: reflejar el microcosmos de la clase obrera (los que no pueden pagarse un taxi de madrugada) dentro de un vagón del metro en el que entran dos delincuentes. Y toda la violencia y la mierda que lleva cada pasajero salta por los aires. Su tema: la cobardía. Está a la altura de '12 hombres sin piedad' y no la conoce ni dios. Comparado con esto Haneke es Mariano Ozores, menudo peliculón." 

Ivan REGUERA

 


(subtítulos en catalán)

Labels: 1967, Larry Peerce, prolétaires, USA

Le gouvernement britannique a manoeuvré secrètement pour discréditer John Pilger

 

Le légendaire correspondant étranger, décédé à l’âge de 84 ans, était surveillé et ciblé par une unité de propagande britannique secrète, comme le montrent des dossiers déclassifiés.

Source : Declassified UK, John McEvoy
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des dossiers récemment déclassifiés révèlent comment le gouvernement britannique a surveillé secrètement le journaliste australien John Pilger et a cherché à le discréditer en encourageant des contacts dans les médias à l’attaquer dans la presse.

John Pilger, décédé à Londres le 30 décembre dernier à l’âge de 84 ans, était surtout connu pour ses nombreux documentaires dénonçant les politiques des gouvernements américain, britannique et australien.

Son film, Stealing a Nation, montrait comment la Grande-Bretagne avait expulsé la population autochtone des îles Chagos pour faire place à une base militaire américaine, tandis que Death of a Nation exposait comment le génocide au Timor oriental s’était produit « avec la connivence de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de l’Australie. »

Un dossier secret

En 1975, l’unité secrète de propagande de la Guerre froide du Foreign Office, l’Information Research Department (IRD), a ouvert un dossier sur Pilger.

Cette année-là, Mme J. O’Connor Howe, fonctionnaire de l’IRD, se plaint que l’émission télévisée de Pilger diffusée au Royaume-Uni, A Nod and a Wink [Un hochement de tête et un clin d’oeil, NdT] a accordé « un traitement tout à fait sympathique aux piquets de Shrewsbury », lorsque plusieurs syndicalistes ont été injustement condamnés et emprisonnés.

Howe a ajouté : « Il faut espérer que John Pilger et ses semblables ne deviennent pas influents dans leur couverture de l’actualité. » Un autre fonctionnaire a répondu : « Les hochements de tête et les clins d’œil de Pilger doivent être surveillés de plus près. »

Bien que l’IRD ait été dissous en 1977, le dossier de Pilger a été transféré à l’organisation qui lui a succédé, la Special Production Unit (SPU), et le Foreign Office a continué à suivre ses activités au cours des années suivantes.

« Un travail à la hache »

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, Pilger s’est rendu en Asie du Sud-Est pour tourner Year Zero : The Silent Death of Cambodia [Année Zéro : la mort silencieuse du Cambodge, NdT et Cambodia : Year One [Cambodge : Année Une, NdT].

Ces documentaires couvrent la campagne secrète de bombardements de Washington sur le Cambodge pendant la guerre du Viêtnam et la responsabilité partielle des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans la brutalité du régime de Pol Pot.

Tout au long de cette période, le gouvernement britannique a surveillé les activités de Pilger et préparé des contre-mesures à son encontre.

Le cabinet du Premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher, a demandé en privé à l’ambassade britannique à Bangkok des « informations sur les antécédents journalistiques de Pilger. »

Il a spécifiquement demandé : « Des exemples de toute production éditoriale de Pilger sur le Vietnam/Cambodge au cours de la période 1968-78, et des exemples de son travail critiquant la politique intérieure du Royaume-Uni. »

En septembre 1980, Thomas J. Duggin, fonctionnaire de l’ambassade britannique à Bangkok, a noté que le travail de Pilger sur le Cambodge « mérite une réplique [réponse] avant que son film ne soit projeté – un sujet qui mérite peut-être l’attention de Peter Joy. »

Peter Joy n’était pas un diplomate ordinaire. Il était à la tête de la très secrète Special Editorial Unit (SEU) de l’IRD, qui planifiait et exécutait des opérations de « propagande noire » dans le monde entier contre ceux qui étaient considérés comme menaçant les intérêts de la Grande-Bretagne.

Dans ce cadre, la SEU travaillait en étroite collaboration avec le MI6 pour produire des rapports à partir de fausses sources et d’organisations fictives, et diffuser dans la presse des informations stratégiquement précieuses.

Ce que Duggin semblait suggérer, en d’autres termes, c’est que le Foreign Office avait secrètement inspiré une opération contre Pilger avant la sortie de son film.

Le dossier d’accusation

Le Foreign Office a ensuite établi un dossier d’accusation sur Pilger et a cherché un journaliste qui serait prêt à mener un « travail à la hache » sur lui.

Un tel article pourrait s’appuyer sur « les commentaires des deux ambassades de Bangkok [le Royaume-Uni et les États-Unis] pour contrer les impressions créées par le reportage de Pilger. »

L’ambassade a également obtenu des informations de « l’un des associés de Pilger » qui lui a parlé en privé « de ses motivations et de ses activités » dans la région. L’identité de cette personne n’est pas claire.

En fin de compte, « la réticence d’un journaliste » à mener à bien cette opération a fait échouer le plan du ministère des affaires étrangères visant à contrer les reportages de Pilger sur le Cambodge.

Il n’est toutefois pas certain que le Foreign Office ait réussi à inspirer d’autres attaques contre Pilger.

De nombreux documents du dossier de Pilger ont été retirés, certains devant rester classifiés jusqu’en 2041.

« Je ne peux qu’éclater de rire »

Le Foreign Office a souvent parlé de Pilger en des termes enflammés. Son travail sur l’Asie du Sud-Est ressemblait à une « voix cynique du Kremlin », a déclaré un fonctionnaire du Foreign Office, tandis qu’un autre se plaignait : « Cela « ressemblait à un travail de relations publiques pour le compte de Hanoï et de Moscou. »

Avant son décès, Pilger a réagi à ces révélations : « Certains des documents me concernant remontent aux années 80 ; et c’était à l’époque où je faisais des reportages en Asie du Sud-Est, au Cambodge et au Viêtnam. »

« Mes reportages, qui étaient vraiment exclusifs, révélaient aux gens ce qu’ils ne savaient pas, exposaient beaucoup de choses, dénonçaient les tyrans, mais aussi ceux qui soutenaient secrètement les tyrans – c’est plutôt embarrassant. »

« Dans l’un de ces documents, j’ai été décrit comme étant pro-Kremlin. Je veux dire que lorsque je lis cela, des années plus tard, je ne peux qu’éclater de rire […] Mais nous ne devons jamais prendre cela à la légère. »

John Pilger a confié en privé à cet auteur qu’il était au courant d’une campagne du Foreign Office à son encontre, liée aux États-Unis, mais qu’il ne disposait que de peu de documents à l’appui.

« Les informations que j’ai diffusées et qui les ont piqués sont celles de leur implication dans les Khmers rouges et dans la guerre de Suharto au Timor oriental », a-t-il déclaré.

À propos de l’auteur

John McEvoy est un journaliste indépendant qui a écrit pour International History Review, The Canary, Tribune Magazine, Jacobin et Brasil Wire.

Source : Declassified UK, John McEvoy, 08-01-2024

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Labels: Grande-Bretagne, Jonh Pilger, manipulation, Otan culturelle

La Journaliste (Lev Koulechov, 1927)

AFFICHE DU FILM (CONÇU PAR ALEXANDRE RODCHENKO)


 

FRAGMENTS DU FILM..

Lev KOULECHOV
Лев КУЛЕШОВ
Lev KULESHOV
URSS, 1927, 66mn 
Noir et blanc, muet, fiction
La Journaliste

Votre connaissance

▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪

Журналистка

 An Acquaintance of Yours (The Journalist)

 Zhurnalistka

Sous titre russe : Ваша знакомая (Votre connaissance)
 
Réalisation : Lev KOULECHOV (Лев КУЛЕШОВ)
Scénario : Aleksandr KOURS (Александр КУРС)
Interprétation
Boris FERDINANDOV (Борис ФЕРДИНАНДОВ) ...Petrovski
Piotr GALADJEV (Пётр ГАЛАДЖЕВ) ...Secrétaire de rédaction
Aleksandra KHOKHLOVA (Александра ХОХЛОВА) ...Khokhlova, journaliste
 
Images : Konstantin KOUZNETSOV (Константин КУЗНЕЦОВ)
Décors : Vassili RAKHALS (Василий РАХАЛЬС), Aleksandr RODTCHENKO (Александр РОДЧЕНКО)
Production : Sovkino
Date de sortie en Russie : 25/10/1927
 

A noter :
La durée donnée est celle du film original, mais le film n'est pas conservé dans son intégralité.

Synopsis
L'action se déroule pendant la NEP (début des années 20), Khokhlova est une jeune fille reporter. Elle tombe amoureuse d'un homme marié qui se conduit avec elle de façon peu correcte.
Labels: 1927, Alexandre Rodtchenko, cinéma soviétique, culture rouge, Lev Koulechov, NEP, URSS

Divertissement militarisé : quand les blockbusters hollywoodiens se laissent séduire par le Pentagone

 

Des experts expliquent comment 2 500 films et émissions ont été instrumentalisés pour promouvoir la guerre.

Source : Responsible Statecraft, Hekmat Aboukhater
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

« Le moyen le plus facile d’instiller de la propagande dans l’esprit de la plupart des gens est de la faire passer par le biais d’un film de divertissement, parce qu’alors ils ne se rendent pas compte qu’ils sont soumis à de la propagande », expliquait Elmer Davis, un célèbre animateur de la chaîne CBS, qui venait d’être nommé directeur de l’Office of War Information (OWI), un programme du Pentagone créé le 13 juin 1942, six mois après Pearl Harbor [Le Bureau d’information de guerre (OWI) des États-Unis est un service fédéral des États-Unis créé peu après l’entrée du pays dans la Seconde Guerre mondiale et dissous peu après. Il est chargé de la propagande américaine sur trois fronts : intérieur, extérieur, militaire, NdT].

Plus tard, en 1953, alors que la Guerre froide battait son plein, le président Dwight D. Eisenhower a commenté le partenariat naissant entre Hollywood et le Pentagone en déclarant : « La main du gouvernement doit être habilement dissimulée et […] entièrement éliminée », ajoutant que ce partenariat devait « se faire par le biais d’accords avec une multitude d’entreprises privées du domaine du divertissement, de la dramaturgie, de la musique et autres. »

Ainsi, le président qui a inventé l’expression « complexe militaro-industriel » a été en fait l’un des premiers grands promoteurs de ce que l’on appellera plus tard le complexe militaro-divertissant ou l’industrie du militainment [spectacle de loisir militaire, NdT].

Aujourd’hui, cette industrie de la militarisation à grand spectacle est florissante. De Top Gun à la franchise Marvel, en passant par des émissions comme Extreme Makeover, le Pentagone a réussi à influencer les récits de plus de 2 500 films et émissions de télévision. Personne ne le sait mieux que Roger Stahl, directeur du département d’études en communication de l’université de Géorgie et auteur de Militainment Inc. Avec Matthew Alford, conférencier à l’université de Bath et candidat du Parti des travailleurs, Tom Secker, journaliste d’investigation, et d’autres, Stahl a réalisé « Theaters of War », un documentaire concis de 87 minutes dans lequel il dissèque méthodiquement notre industrie moderne du militainment, montrant le mastodonte qu’elle est devenue.

Responsible Statecraft s’est entretenu avec Stahl, Alford et Secker sur la façon dont nos écrans de télévision sont militarisés grâce à la supervision et au contrôle des scénarios, des accords de production hollywoodiens par le secteur du complexe militaro-divertissement [C’est la coopération entre les militaires et les industries du divertissement dans leur intérêt mutuel, en particulier dans des domaines tels que le cinéma, le multimédia, la réalité virtuelle et la réalité augmentée multisensorielle, NdT].

Ventes à la casse : Journées privilèges sur petit écran

« Des images et des histoires diffusées devant les Américains vont remplacer tout autre calcul concernant les dépenses des contribuables », a déclaré Stahl lorsqu’on lui a demandé quelle était pour le contribuable américain moyen la charge occasionnée par le prêt d’un système d’armement à un studio. Il a ajouté que « la question du coût est noyée sous […] la dimension émotionnelle. Et l’industrie du divertissement est là pour entretenir cet aspect émotionnel. »

Dans son documentaire, Stahl explique que par le biais de l’OWI auquel a succédé l’Entertainment Liaison Office, le ministère de la Défense conditionne le prêt de systèmes de défense au fait d’avoir un accès complet au scénario lors d’un nouveau film. Une fois le script vérifié et renvoyé annoté, avec des modifications de scénario voire même de l’intrigue, le studio peut soit accepter les modifications dans leur intégralité, soit perdre son accès aux jouets de l’armée. Cette relation biaisée est susceptible de déboucher sur une propagande éhontée.

À la moitié de « Theaters of War », les spectateurs voient apparaître ce qui semble être un spot publicitaire incrusté dans le film. Dans « The Fate of the Furious », le huitième volet de la franchise Fast & Furious, le rappeur et acteur Ludacris lit à haute voix un semblant de publicité de 30 mots vantant les mérites du char télécommandé Ripsaw de Textron Systems. Il s’avère que le texte de Ludacris n’a pas été écrit par un scénariste, mais par l’Entertainment Liaison Office. La scène s’est transformée en une publicité impossible à zapper, fournie au spectateur par l’armée américaine.

On retrouve des images de marketing dissimulé de ce type dans des centaines de superproductions, qu’il s’agisse de la franchise Transformers – l’un des personnages, Starscream, est un avion de chasse F-22 – ou des films Marvel, qui suscitent tant d’enthousiasme. Alors même que le public est soumis à d’évidentes publicités de vente, on constate que,dans certains cas, le Pentagone fait également la promotion de produits défectueux et inutiles.

L’avion de combat F-35 de Lockheed Martin a été qualifié de « champion poids lourd des armes futuristes mal conçues », coûtant aux contribuables américains plus de 2 000 milliards de dollars. Et pourtant, le documentaire « Secret access : Superpower 2011 » de History Channel brosse un tableau bien différent. Cette mini série présente le F-35 comme la seule voie possible pour maintenir la domination américaine sur le plan militaire, et dans « Man of Steel », Superman lui-même vole aux côtés d’une flottille de F-35 lors de sa bataille contre les impitoyables Kryptoniens. Selon Stahl, tout cela a été rendu possible grâce au Bureau de liaison pour le divertissement.

Tom Secker, journaliste d’investigation qualifié de « revendicateur vétilleux » par le Pentagone en raison de son barrage incessant en matière de FOIA [Freedom Of Information Act, loi d’accès à l’information, NdT], a fait part du contrat jusque-là inédit de l’accord de coopération pour la production de « Mission Impossible 7 : Dead Reckoning. »

En plus de permettre à l’équipe de Mission Impossible de tourner sur les bases militaires américaines des Émirats arabes unis, le contrat prévoit que le ministère de la Défense prête à l’équipe de production un V-22 Osprey fabriqué par Boeing, afin qu’il soit utilisé dans au moins deux scènes au cours desquelles l’avion sera filmé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

L’Osprey, surnommé le « faiseur de veuves », est un désastre qui a un coût de 120 milliards de dollars dont le déclassement est imminent, dans la mesure où il a déjà causé la mort de 62 membres des forces armées.

Selon Stahl, ces scènes sont intentionnellement conçues pour « forger un lien émotionnel entre le spectateur et les différents systèmes d’armes ». Un lien qui pourrait atténuer les effets d’un éventuel scénario au cours duquel le spectateur se rendrait compte de l’inutilité et du coût du F-35, de l’Osprey et d’autres systèmes tels que le programme LCS. [Littoral Combat Ships, programme de frégates, NdT]. Cela permet de « banaliser ces dépenses colossales », a-t-il ajouté.

En créant de telles scènes, dit Alford, « ils [le Pentagone] sont en mesure de montrer à quel point leurs nouveaux produits sont sexy, merveilleux, efficaces et pertinents ». Le public, quant à lui, sera moins enclin à voir le côté « brouillon, déplaisant et cruel » de ce secteur.

Promouvoir, blanchir et justifier les accords

Alors que le Pentagone expliquait autrefois les objectifs déclarés de son implication dans l’industrie du divertissement par la volonté de promouvoir « l’authenticité de la restitution des opérations militaires » et maintenir un « niveau de dignité acceptable » en ce qui concerne la présentation de l’armée, cette volonté s’est modifiée en 1988. En vertu des nouveaux objectifs, le partenariat vise à promouvoir « la perception par le public des forces armées américaines et du ministère de la défense », à améliorer « les programmes de recrutement et de soutien aux forces armées », ainsi qu’à respecter et à promouvoir « la politique du gouvernement américain ».

L’une des scènes les plus troublantes de « Theaters of War » est tirée du film de 2017 « The Long Road Home ». Dans une des scènes, un colonel affirme que l’opération de Sadr City menée en 2004 pendant la guerre d’Irak, qui a entraîné la mort de 22 militaires et de 940 Irakiens, était indispensable pour délivrer deux millions d’Irakiens de l’oppression d’un dictateur et pour leur offrir un « avenir meilleur. »

Cette affirmation ne tient pas compte d’une série de mensonges – comme l’existence d’armes de destruction massive ou les liens supposés de l’Irak avec Al-Qaida – qui ont conduit les États-Unis à fouler le sol irakien, pas plus qu’elle ne se demande si les États-Unis étaient dans l’obligation de protéger les populations contre les dictateurs du monde entier.

Cette scène et d’autres du même genre ont, selon Alford, un objectif implicite : « convaincre davantage les gens que les engagements militaires sont formidables » et qu’ils fonctionnent. Qu’il s’agisse du film Argo de Ben Afleck, qui banalise le rôle de la CIA dans l’éviction du Premier ministre iranien démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, en 1953, de Black Hawk Down, qui jette un voile de courage sur la débâcle désastreuse en Somalie, ou de Top Gun, qui, en 1986, redore l’image de l’armée après deux décennies d’une campagne calamiteuse au Viêtnam, toutes ces campagnes discrètes de militainment ont largement porté leurs fruits.

Plus récemment, dans la deuxième saison de Jack Ryan, l’adorable Jim de The Office fait appel à la CIA pour renverser un dictateur vénézuélien disposant de l’arme nucléaire, et ce, en espérant installer un populiste libéral magnanime. La saison a été diffusée à peu près au moment où Washington paradait avec Juan Guaido, le nouveau dirigeant du Venezuela.

Combien coûte l’industrie du militainment

En posant un diagnostic global du problème, Stahl a indiqué que le problème réside dans la « perception des intérêts du peuple américain », ajoutant qu’alors qu’ils se concentrent sur les subventions publiques et les programmes sociaux, ils sont « aveugles aux coûts de notre engagement militariste dans le monde » – un coût qui a été brièvement résumé à la fin du documentaire et qui atteint 8 000 milliards de dollars rien que pour la période post 11 septembre 2001.

Avec un sixième audit raté, un budget militaire qui frôle les 1 000 milliards de dollars et un nouveau système de missiles balistiques intercontinentaux, l’influence de l’industrie militaire est indéniablement inquiétante et plus présente que jamais.

Néanmoins, Theaters of War offre une lueur d’espoir : la transparence. Stahl, Alford, Secker et d’autres intervenants dans le film préconisent que chaque film ou spectacle avec lequel le Pentagone travaille soit accompagné d’un avertissement bien visible dès le début, et non enfoui dans le générique, précisant que le ministère de la Défense, la CIA ou toute autre agence gouvernementale a été impliquée dans la production. Les spectateurs sauront alors que ce qu’ils s’apprêtent à regarder est, au moins en partie, « un concept de propagande », comme le dit Elmer Davis.

Hekmat Aboukhater est collaborateur au programme « Démocratiser la politique étrangère » au Quincy Institute. Précédemment, Hekmat a travaillé au Département de la consolidation de la paix et des affaires politiques des Nations unies.

Source : Responsible Statecraft, Hekmat Aboukhater, 04-07-2024

Labels: film de guerre, Guerre froide, Hollywood, LES GUERRES DE L'HISTOIRE, MILITAINMENT, Otan culturelle

La OTAN está levantando una base aérea descomunal en Europa. Su ubicación es clave, y hace frontera con Ucrania


Mientras el asedio de Rusia a Ucrania continúa, la OTAN está construyendo una base que supera en mucho a la base aérea de Ramstein 

Miguel Jorge

La situación en Europa en clave militar está siendo, cuanto menos, convulsa. De hecho, la guerra de Ucrania y la incertidumbre de Trump parecían estar empujando al viejo continente a recuperar vestigios del pasado como la mili, o servicio militar obligatorio. Lo cierto es que Putin no está dando tregua en su cruzada con Ucrania y, mientras tanto, no muy lejos de allí, una pequeña población de Rumania se está convirtiendo en una base aérea descomunal.

Primero fue Ramstein. Durante la Guerra Fría, EEUU tenía fijada a la Unión Soviética desde sus bases en Alemania Occidental. Una de estas instalaciones, Ramstein, sigue siendo el centro neurálgico de la OTAN, con unos 50.000 efectivos con sus familias alojadas en la zona circundante de Renania.

Sin embargo, en poco tiempo dejará de ser el espacio principal de la armada aérea. En el transcurso de las próximas dos décadas, otra base en el este de Rumania superará a Ramstein (hasta un 17% más grande), absorbiendo miles de hectáreas de tierras agrícolas para convertirse en la base más grande e imponente de la OTAN en Europa.
Si China o Rusia cortan alguno de los cables submarinos, el internet caería: la OTAN tiene un plan para evitarlo

La base aérea MK. Conocida como la Base Aérea de Mihail Kogălniceanu (un político local), el enclave es una instalación militar ubicada en Rumania. Esta base ha ganado relevancia en los últimos años debido a su papel estratégico en la región, especialmente en el contexto de la OTAN y las relaciones militares entre Estados Unidos y Rumania.

Se encuentra cerca de la ciudad de Constanza, en la costa del Mar Negro, y ha sido utilizada tanto por las Fuerzas Armadas de Rumania como por fuerzas estadounidenses (desde 1999) y de la OTAN. Su ubicación es considerada clave debido a su proximidad a zonas de interés geopolítico, como el mismo Mar Negro y la región de Europa del Este. Además, también se ha utilizado como punto de tránsito para tropas y suministros, especialmente en el contexto de operaciones militares en el Medio Oriente y otras regiones cercanas.

El gran cambio. La transformación de esta base aérea en una especie de fortaleza de la OTAN, una que pueda albergar a 10.000 soldados y bombarderos estadounidenses con capacidad nuclear, se concibió inicialmente como una respuesta a los ataques rusos a Georgia en 2008 y Crimea en 2014, pero el proyecto ha adquirido si cabe mayor importancia desde la invasión total de Ucrania en 2022.

Todo lo necesario. Según le explicó hace unos días a Euronews Nicolae Crețu, el comandante de la base aérea, la instalación ampliada requeriría "hangares de mantenimiento, depósitos de combustible, municiones, equipos, materiales técnicos de aviación, simuladores, instalaciones de alimentación, alojamiento. Todo lo que se necesita para apoyar la operación y las misiones de una base de este tamaño", dijo.

Hablamos de un proyecto de 2.700 millones de dólares donde hay un portaaviones insumergible en el Mar Negro con una segunda pista que se construye en medio de una meseta montañosa y que será el centro de control del sudeste de Europa. De hecho, estos días se espera que un escuadrón de aviones de combate rumanos F-16 comprados a Noruega, así como drones MQ-9 Reaper, llegaran a la base.

Aumento de tropas y aviones. La OTAN anunció a principios de mes que siete aviones de combate F/A-18 Hornet de la Fuerza Aérea finlandesa también habían aterrizado en la base en junio para llevar a cabo "entrenamiento y misiones en el mundo real a lo largo del flanco oriental de la costa del Mar Negro".

"Durante dos meses, los aviones finlandeses se unirán a un destacamento Typhoon de la Real Fuerza Aérea y realizarán tareas de alerta de reacción rápida y volarán junto a ellos y los F-16 rumanos para asegurar colectivamente el espacio aéreo de la OTAN y dar seguridad a la población rumana", explicó el teniente general Rami Lindström, el primer comandante del destacamento finlandés en la base.

No solo eso. La presencia estadounidense en la base también está aumentando, según explicó a la BBC el teniente de vuelo Charlie Tagg, un piloto de la Real Fuerza Aérea del Reino Unido, que agregó que había "mucha más infraestructura, alojamiento, gente y equipo".

Tensión nuclear. Ocurrió en el mes de julio. Aparecieron sobre el cielo dos B-52 estadounidenses, la primera vez que se desplegaban bombarderos pesados ​​con capacidad nuclear en Rumania, escenificando otro punto de conflicto. La ruta de vuelo se acercó peligrosamente al espacio aéreo ruso. Hablamos de bombarderos con base en Luisiana que llegaron a Rumania a través del Ártico, tras descender desde el mar de Barents hasta el mar Negro.

En un momento dado, los B-52 rodearon lugares militares sensibles en la península de Kola, en Rusia, lo que hizo que la fuerza aérea rusa enviara aviones de combate MiG-29 y MiG-31. El Kremlin dijo luego que los B-52, escoltados por aviones de combate finlandeses, se vieron obligados a dar un giro en U, una afirmación que la fuerza aérea estadounidense negó.

Amenaza rusa. ¿Y qué opina Rusia de todo esto? “Cuanto más cerca estén de las fronteras de Rusia, más probabilidades hay de que sea uno de los primeros objetivos de los ataques de represalia”, advirtió Andrei Klimov, senador ruso y vicepresidente del comité de asuntos exteriores. De hecho, la ampliación por parte de Rumania de la base aérea MK, tan cerca de la frontera con Ucrania, ya ha sido denunciada por Rusia como un ejemplo flagrante de la agresión de la OTAN.

"Si a los rumanos les gusta, es asunto suyo, por supuesto, pero el club de suicidas de la OTAN arrastra a civiles comunes a aventuras que pueden acabar muy mal para sus familias y sus hijos", subrayó Klimov. No hay que olvidar que Putin justificó su invasión a Ucrania en parte diciendo que la OTAN se había estado expandiendo agresivamente cada vez más cerca de Rusia durante las últimas décadas, y que desde hace tiempo ha advertido contra una mayor expansión.

Respuesta de la OTAN. A las palabras de Putin, la OTAN no solo no ha hecho caso, sino que ha seguido avanzando hacia el este mientras Finlandia se unía a la OTAN en abril del año pasado y Suecia le seguía en marzo pasado. En este contexto, Putin lanzó nuevas amenazas a Occidente, prometiendo ir "hasta el final" en la guerra con Ucrania.

Fuente: https://www.xataka.com/magnet/otan-...

 

Labels: industrie de la tuerie de masse, OTAN, Roumanie, Russie, Ukraine, USA, WWIII

Le cinéma comme art anticipé: l'exemple de "Rigadin peintre cubiste" (Georges Monca, 1912)


 Rigadin peintre cubiste étend le cubisme à la vie quotidienne en créant des costumes cubistes "avant"  Picasso et Léger. Des anticipations artistiques on les voit également dans d'autres films fictionnels. Dans Le peintre néo-impressionniste d'Émile Cohl, film d'animation produisant des monochromes vert, bleu, jaune à partir de la satire d'Alphonse Allais, donc "avant" Malévitch ou Roctchenko. Ainsi que dans Aélita de Protazanov où Alexandre Exter expérimente des costumes de plexiglas grâce au contexte de science-fiction du sujet. Mais aussi chez Mallet-Stevens, qui exprime cette dimension expérimentale du cinéma grâce à son travail de décorateur de film en construisant des maquettes de bâtiments ou d'intérieur en taille réelle. L'expérience de Léger dans L'inhumaine est du même ordre: c'est sa première expérience de "peinture" dans l'espace, comme celle de Rodtchenko dans La journaliste de Kouléchov, banc d'essai de ses meubles transformables.

Le cinéma n'a aussi cessé d'anticiper la sortie du cinéma de la salle de cinéma, c'est en partie ce que fait l'Expanded Cinema et, définitivement, le cinéma supertemporel situationniste (dont De l'Espagne 95).

Labels: comédie, cubisme, De l'Espagne, François Albera, Guy Debord, Rigadin, supertemporalité situationniste

Roger Caillois et la passion des pierres, 1974


 

Labels: 1974, MINÉRAUX, Roger Caillois, surréalisme

lundi 9 septembre 2024

La Viena roja de Jean Numa Ducange

FUENTE: https://mondiplo.com/la-viena-roja

Tras la Primera Guerra Mundial, triunfa en Viena el llamado austromarxismo. Sin alinearse con el régimen soviético ni con la socialdemocracia alemana, esta corriente desarrolla una política social en fiscalidad, vivienda y cultura. Su enfoque influirá más tarde en un sector del Partido Socialista francés.

La política en Austria está atravesada por la fuerza de las corrientes conservadoras, el peso de la Iglesia católica y su desnazificación absolutamente insuficiente. No obstante, entre los años 1890 y 1934, fecha de la llegada al poder de los austrofascistas (1), se desarrolló en este país una de las corrientes marxistas más peculiares de su tiempo, que recuperó la cuestión del nacionalismo y de la “identidad nacional”. Su capital, Viena, no solo fue el hogar de la dinastía de los Habsburgo, sino que también acogió uno de los partidos obreros más poderosos del mundo.

 

Karl Marx Hof hacia 1930. En primer plano, la escultura Der Sämann (El sembrador), realizada en 1920 por Otto Hofner y situada en Heiligenstädter Straße 82-92/ 12. Februar Platz (imagen de la exposición Das Rote Wien 1919-1934, en el Wien Museum Musa 2019-2020)

En 1907, la socialdemocracia austríaca (SDAP) (2) lanzó una nueva revista teórica, Der Kampf (“La lucha”). Poco tenía que ver aquella “socialdemocracia” con lo que hoy consideramos como tal. Nació de los ideales de las revoluciones de 1848 y se arraigó con fuerza entre la clase obrera con el objetivo de acabar con el capitalismo. Otto Bauer, un joven militante de origen austrocheco y judío, desempeñó un papel fundamental. El vasto imperio austrohúngaro de principios del siglo XX era un amalgama de múltiples nacionalidades, entre las cuales se encontraba una fuerte minoría checa. Siguiendo los pasos de Karl Renner, otro socialdemócrata que sería canciller de Austria en 1918 y 1945, Bauer consideró que era necesario plantear la cuestión de la nación desde un punto de vista marxista. Ese mismo año, en 1907, publicó La cuestión de las nacionalidades y la socialdemocracia (3). Constatando que eran múltiples las nacionalidades que confluían en un solo lugar, propuso un modelo de “autonomía personal” según el cual cada individuo podría ver reconocidos sus derechos en todo el Imperio. Es decir, cada individuo, allá donde estuviera, podría gozar de derechos culturales que estarían reconocidos por una estructura supranacional. Esta audaz teoría desató un debate sobre qué puede constituir una “nación” desde un punto de vista socialista. ¿Podía seguir respetándose “el derecho de los pueblos a la autodeterminación”? Muchos internacionalistas creían que este derecho podría provocar que surgieran pequeños Estados y micronacionalismos, por lo que defendían el desarrollo de grandes entidades territoriales. Por otra parte, al no haber definido de forma precisa los límites de una nación, los austríacos recibieron críticas de los socialdemócratas rusos, entre los cuales sobresalió un tal Stalin, poco conocido por aquel entonces (4).

Más allá de la cuestión nacional, fueron muchos los teóricos que publicaron importantes aportes. La aparición del neologismo “austromarxista” demuestra que los austríacos estaban, efectivamente, en vías de construir una auténtica escuela de pensamiento. En 1910, Rudolf Hilferding publicó El capital financiero, una vasta obra que abordaba por primera vez la cuestión de la financiarización del capitalismo y sus consecuencias (5). Lenin recurrió a esta obra para formular su pensamiento sobre el imperialismo. En cuanto a Jean Jaurès, tomó nota minuciosamente de cara a un extenso informe sobre el imperialismo que habría presentado en agosto de 1914 en Viena para el Congreso de la Internacional Socialista.

Desfile de las juventudes socialistas (foto: revista Profil)

Pero Jaurès fue asesinado el 31 de julio y el congreso de Viena nunca pudo celebrarse. La guerra arruinó una de las grandes esperanzas del socialismo internacional. Cuatro años después, se barrió del mapa a los antiguos imperios de Europa. Austria quedó reducida al tamaño de una región francesa. El 12 de noviembre de 1918 se proclamó la República en Viena. Antes de la guerra, los austromarxistas querían democratizar el Imperio de los Habsburgo y transformarlo en una vasta república centroeuropea. Podría haber sido el origen de una especie de “Mitteleuropa” socialista, pero ya nunca fue posible. Durante un tiempo, los socialdemócratas albergaron la esperanza de unirse a Berlín. Soñaban con una gran República alemana democrática, que retomaría un revolucionario proyecto de 1848. No obstante, los aliados, especialmente Francia, impusieron estrechos límites territoriales a Austria.

A partir de entonces, la cuestión de las nacionalidades cambió de sentido. Los checos y los polacos, entre otros, tuvieron su propio Estado. Sin embargo, el “austromarxismo” aún tenía un ­brillante futuro por delante. En primer lugar, los austríacos intentaron fundar una nueva Internacional Socialista que no estuviera alineada ni con Moscú ni con la línea del SPD berlinés. Aunque fracasaron en su intento, durante los años 1920 siguieron defendiendo, con Otto Bauer, la idea de un “socialismo integral”. Este pretendía aunar, con el tiempo, lo mejor de la socialdemocracia y del comunismo. Se negaron tanto a condenar la experiencia soviética en bloque, como a alinearse con la socialdemocracia alemana en el poder, que había masacrado a los espartaquistas (los primeros comunistas alemanes) en enero de 1919. Los más ­izquierdistas de los austromarxistas, alrededor de Max Adler, apostaron por los consejos obreros que se habían desarrollado entre 1918 y 1919 en el centro de Europa, sobre todo en Viena (6). ­Veían en ellos el origen de una nueva democracia obrera. Esta dinámica político-teórica en torno a la socialdemocracia impidió el surgimiento de un partido comunista poderoso, a diferencia de lo que ocurrió en Alemania o en Francia. Se mantuvo como un pequeño grupo militante.

Estas particularidades ideológicas iban de la mano de una presencia del partido sin parangón en la Europa de la época. En los años veinte, casi uno de cada seis austríacos estaba en una asociación vinculada con el SDAP. En 1929, contaba con casi 720.000 miembros. El SDAP tenía una fuerte presencia en las grandes ­ciudades industriales, pero no era muy activo en el resto del país. La crisis económica y política redujo el numero de afiliados, ­pero en 1932 todavía sumaba cerca de 650.000, de los cuales más de la mitad eran trabajadores. La combatividad de estos últimos pasó a un primer plano (y provocó una sangrienta represión) en 1927 tras la absolución de los asesinos de activistas obreros en el pequeño pueblo de Schattendorf. Austria estaba en ese momento a las puertas de una guerra civil. Estos acontecimientos se reflejan en varias obras literarias importantes, como Los demonios de Heimito von Doderer o Masa y poder de Elias Canetti.

Trabajos de construcción de viviendas sociales 
(imagen de la exposición Das Rote Wien 1919-1934, en el Wien Museum Musa 2019-2020)

La fuerza de este movimiento está estrechamente relacionada con el papel que tuvo en la capital. Desde 1919 y hasta febrero de 1934, los socialdemócratas gobernaron la ciudad sin interrupción. La “Viena Roja” se convirtió en un escaparate de sus logros a nivel internacional. Se introdujeron impuestos sobre el “lujo”, lo que permitió, principalmente, financiar un amplio proyecto de construcción de viviendas sociales. Su diseño, llevado a cabo por el ­arquitecto Adolf Loos, tuvo una gran influencia sobre Le Corbusier. Fuera de la Unión Soviética, era el único país en el que una gran capital desarrollaba una ambiciosa política socialista. El partido no solo apoyó la cultura como nunca antes se había hecho (cines, teatros, etc.), sino que también respaldó las actividades deportivas de la clase obrera. Viena fue pues un importante centro artístico e intelectual. Allí se desarrollaron múltiples corrientes, entre ellas el famoso Círculo de Viena (Wiener Kreis). Uno de sus fundadores, Otto Neurath, estaba estrechamente vinculado con el austromarxismo. Además, muchos intelectuales que no eran socialistas, como Sigmund Freud, apoyaron la política del municipio.

Sin embargo, todo esto se vino abajo en 1934. Viena era roja, pero el resto del país seguía dominado, en gran medida, por los socialcristianos (movimiento del que es heredero el actual partido conservador), mientras que los pangermanistas nazis estaban al acecho. En febrero de 1934, los socialcristianos se deshicieron por la fuerza de la socialdemocracia para construir un nuevo régimen corporativista semejante al de la Italia fascista. Muchos militantes obreros se armaron y lucharon en las calles de las grandes ciudades para resistir, pero los “austrofascistas” fueron capaces de superarlos. El poder que tuvo la socialdemocracia en Viena escondía otras realidades. Una gran parte del país odiaba que su capital estuviera en manos de los “rojos”. El antisemitismo visceral y el antimarxismo primario iban de la mano: se hablaba, sin pelos en la lengua, de Viena como una “creación judía” por parte del “austrobolchevismo”. La dirección del SDAP tardó mucho en reaccionar a estos ataques de la extrema derecha, que propició un clima de guerra civil desde finales de los años veinte.

El movimiento obrero fue aplastado en 1934 y rematado por el Anschluss nazi de 1938. Un sector se involucró en la resistencia. En 1945, los socialdemócratas volvieron al poder en la ciudad y mantuvieron una política que, al menos en materia de vivienda, se inspiró en sus predecesores. De 1970 a 1983, gobernaron Austria con Bruno Kreisky. Pese a que su política siguió siendo moderada en el plano social, en un contexto en el que la izquierda radical tenía cierto eco, reactivó las referencias al austromarxismo.

Postal conmemorativa de los mártires de febrero, dirigentes socialdemócratas ejecutados 
por el régimen de Dollfuss tras los hechos de febrero de 1934

En Francia, en el seno del nuevo Partido Socialista refundado en 1971, una corriente de izquierdas, el CERES (7), mostró un gran interés por Otto Bauer y su “socialismo integral”, ya que lo veían como precursor de una alternativa. Didier Motchane y ­Jean-Pierre Chevènement, sus líderes, soñaron con una tercera vía en un momento en que el modelo soviético parecía agotado y en el que muchos socialdemócratas eran anticomunistas. En Italia, el Partido Comunista Italiano publicó varios ensayos austromarxistas. Tras convertirse en ministro de François ­Mitterrand, Chevènement inauguró un coloquio en febrero de 1982 dedicado al austromarxismo (8). Sin embargo, este interés desapareció con las medidas de austeridad de 1983.

Desde entonces, a Viena –que sigue siendo socialdemócrata– se la suele conocer como “la mejor ciudad para vivir” (9). En algunos indicadores, especialmente el de la vivienda, no tiene rival. La actual alcaldesa de París, Anne Hidalgo, suele referirse, aunque vagamente, a la gestión de Viena. Las ambiciones de reconstrucción política de los años 1970 parecen quedar bien atrás.

En Graz, la segunda ciudad más grande de Austria, las elecciones municipales las ganó en septiembre de 2021 el Partido Comunista de Austria (KPÖ), aunque a nivel nacional sea muy minoritario. Su campaña se centró en el tema de la vivienda. Parece que ciertos estratos de la sociedad siguen recordando aquellos ideales que surgieron en la Viena Roja.

Notas

(1) El término “austrofascista” designa una doctrina y al régimen que la encarnaría: antimarxista y antinazi, inspirado en el fascismo de Mussolini y basado en el partido único.

(2) SDAP es el acrónimo del partido Sozialdemokratische Arbeiter Partei (Partido Obrero Socialdemócrata). En 1945 pasó a llamarse SPÖ.

(3) Otto Bauer, La cuestión de las nacionalidades y la socialdemocracia, Ediciones Akal, Madrid, 2020.

(4) Jean-Numa Ducange, Quand la gauche pensait la nation. Nationalités et socialismes à la Belle époque, Fayard, París, 2021.

(5) Rudolf Hilferding, Le capital financier: étude sur le développement récent du capitalisme, Éditions de Minuit, París, 1970.

(6) Hans Hautmann, Die österreichische Revolution. Schriften zur Arbeiterbewegung 1917 bis 1920, Promedia Verlag, Viena, 2018.

(7) Centro de estudios, investigación y educación socialista, fundado en 1966. Se integró en el Partido Socialista en 1971.

(8) “L’austro-marxisme: nostalgie et/ou renaissance?”, Austriaca, n.°15, 1982.


(9) https://www.eiu.com/n/campaigns/global-liveability-index-2021/

Jean-Numa Ducange

Université de Rouen Normandie



 

Labels: austromarxisme, Autriche, Jean Numa Ducange, Vienne

dimanche 8 septembre 2024

Sobre el lanzamiento del Partido Comunista Americano

 
 Archivo:American Communist Party Logo (Vector).svg
 
FUENTE: https://intervencionycoyuntura.org/sobre-el-lanzamiento-del-partido-comunista-americano/

agosto 14, 2024

Carlos L. Garrido

En todo el país, los estadounidenses normales de clase trabajadora se hacen una pregunta: ¿por qué? ¿Por qué me cuesta llegar a fin de mes? ¿Por qué el precio que pagué por los mismos comestibles hace un par de años se ha duplicado hoy, mientras que mi sueldo o salario se ha estancado? ¿Por qué me vi obligado a endeudarme por haberme enfermado, por atreverme a recibir una educación, por querer un hogar para mi familia? ¿Por qué los políticos en mis pantallas están tan interesados en librar una guerra contra medio mundo con el dinero de nuestros impuestos, pero tan reacios a invertir dinero en la gente y en la infraestructura decadente del país? ¿Por qué mi día está impregnado de estrés cuando dejo a mis hijos en la escuela, sin saber si pueden ser la próxima víctima de los horrendos tiroteos tan comunes en nuestro país? ¿Por qué a ninguna de las personas que gobiernan el país parece importarle las condiciones desesperadas y deterioradas de personas como mi familia, vecinos y compañeros de trabajo?

Pobre, endeudada y desesperada, la clase obrera estadounidense ha comenzado a cuestionar orgánicamente los supuestos del orden capitalista dominante. Si bien han sido alimentados generacionalmente con la idea de que Estados Unidos es el mejor país de la tierra, donde reinan la libertad, la democracia y la igualdad, hoy la desesperación que experimentan en su vida cotidiana ha hecho necesaria una reflexión crítica, por espontánea que sea. ¿Puede haber alguna igualdad real entre los de su clase y los que se benefician de su trabajo, su endeudamiento y su inestabilidad? ¿Puede haber alguna libertad para los hombres y mujeres encadenados de por vida a una deuda que tienen con un gran banco? ¿Puede haber libertad e igualdad para los millones de niños que se van a dormir hambrientos cada noche en Estados Unidos, o para los 600.000 sin hogar que deambulan en un país con 33 veces más casas vacías que personas sin hogar? ¿Puede haber democracia en un sistema en el que las personas que controlan las grandes corporaciones, los bancos y las empresas de inversión tienen poder sobre el Estado, utilizándolo para imponer su voluntad, es decir, la acumulación de capital, como el resultado final y el valor más supremo en todas las relaciones sociales?

Lo que ha surgido, entonces, es una grave crisis de legitimidad. La fe en las instituciones dominantes de la clase capitalista está disminuyendo rápidamente. Solo el 11 por ciento del público estadounidense confía en los medios de comunicación, las principales instituciones ideológicas de la clase dominante capitalista. A los políticos que defienden los intereses de los dueños del gran capital no les va mucho mejor, ya que sólo el 19 por ciento de los estadounidenses sostiene que sus representantes electos realmente los representan. Está claro para el pueblo estadounidense, aunque en una forma que todavía es abstracta y embrionaria, que los medios de comunicación simplemente están ahí para manipularlos para que consientan la agenda de la clase dominante: tergiversando los hechos, mintiendo y eliminando el contexto para invertir la realidad sobre los acontecimientos mundiales en curso. Es evidente para ellos que sus supuestos representantes son en realidad los representantes de sus explotadores, opresores y acreedores parásitos.

De este rechazo general y espontáneo del estado actual de las cosas han surgido diversas formas de disidencia en la clase obrera estadounidense. Algunos fueron movilizados por el movimiento de Bernie Sanders en 2016 y 2020, viendo en él el potencial de una verdadera revolución política (aunque no social) que pudiera garantizar los derechos básicos otorgados en las socialdemocracias, pero ausentes en nuestro país. En los mismos años, algunos fueron cautivados por Donald Trump y su llamado a Hacer que Estados Unidos Vuelva a Ser Grande (Make America Great Again – MAGA), que para muchas personas de clase trabajadora en el país significaba un esfuerzo por regresar a una época pasada, donde sus padres y abuelos podían asegurar comodidad en la vida y un alto nivel de vida con un trabajo normal de clase trabajadora. Otros han tomado diversas rutas apolíticas, mostrando antipatía frente a un escenario político en el que observan con razón que, como actualmente existe la situación, no tienen capacidad para cambiar nada.

Si bien es cierto que otros están presentes, estos tres han sido los principales canales para que los trabajadores expresen su descontento con el orden gobernante. Muchos, muchos defectos están evidentemente presentes en cada ruta. Pero todos comparten un núcleo racional común: el rechazo al statu quo y, en los dos primeros, la fe y la voluntad de trabajar para cambiarlo. Sin embargo, tal como existe actualmente, un camino conduce a la parálisis frente a la tarea de construir algo nuevo, mientras que los otros dos han llevado a que los falsos profetas sean elevados como representantes de los intereses del pueblo, mientras que, en realidad, simplemente han expresado formas más novedosas y disfrazadas de mantener el mismo orden dominante. Estamos en un período en el que se hace evidente que las esperanzas de hace 8 años son huecas, que hay que buscar una nueva forma de enmarcar y articular el descontento.

Para nosotros, sólo un partido comunista puede estar a la altura de esta tarea. Un partido comunista es fundamentalmente el vehículo para que el destacamento más avanzado de la clase obrera gane la fe de la masa crítica y guíe sus luchas hasta la línea de meta: la conquista del poder político. Es el partido comunista el que tiene el potencial de dar a estas diferentes formas de disidencia cierta coherencia, unidad y dirección. La coherencia surge de la comprensión sistemática de los males a los que se enfrentan los individuos, males que no son fallos morales individuales, sino de carácter sistémico. La unidad se basa en esta coherencia, en la comprensión de nuestros intereses comunes y nuestra fuente compartida de descontento. Y la dirección surge de los dos anteriores: solo cuando podemos comprender coherentemente el orden social en el que se basan nuestros problemas, podemos ver que en sus propias contradicciones ya hay un camino hacia adelante. En la correcta comprensión del problema, encontramos las premisas a través de las cuales se puede buscar la solución. Cuando se comprende el sistema capitalista en decadencia que tenemos ante nosotros, también se comprende el hecho de que los trabajadores, los productores de todo el valor de la sociedad, tienen el poder, como clase, de construir un mundo nuevo a su imagen y semejanza. Una vez que se logre este reconocimiento de nuestra realidad fundamental compartida y se unifiquen las diversas formas de disidencia, entonces los pasos hacia adelante se mostrarán en el proceso de una lucha clara sobre su dirección.

Lamentablemente, el Partido Comunista histórico en nuestra nación se ha mostrado incapaz de estar a la altura de la tarea de la organización que lleva ese nombre. Ha buscado la colaboración de clases en una época en la que la lucha de clases es una realidad inminente. Se ha alineado, bajo los cínicos auspicios de ‘luchar contra el fascismo’, con el Partido Demócrata, mientras que dicha organización ha enviado cientos de miles de millones de dólares de los contribuyentes estadounidenses a los neonazis en Ucrania para una guerra de poder contra Rusia. Ha apoyado a este partido mientras que financia y apoy el sangriento genocidio de la entidad sionista en Palestina. Es un partido «comunista» que objetivamente ha apoyado el fascismo y la colaboración de clases bajo la justificación de luchar contra lo que precisamente apoyan. El fascismo, para ellos, es simplemente los conservadores sociales que no están de acuerdo con los valores sociales más liberales recientemente aceptados por las fuerzas de la hegemonía. Para ellos, la amenaza fascista emana de nuestros compañeros de trabajo conservadores y no del estado capitalista que utiliza a ambos partidos para financiar la guerra y el genocidio. Pero, debemos preguntarnos, ¿qué puede ser más fascista que apoyar, financiar y equipar un genocidio llevado a cabo por un estado de apartheid supremacista blanco?

El partido «comunista» EE.UU. escupe sobre el legado de Stalin, Dimitrov y los grandes luchadores antifascistas del movimiento comunista mundial cuando los cita irónicamente para apoyar al estado fascista estadounidense. Olvida que, como escribió Michael Parenti, «la amenaza fascista no proviene de la derecha cristiana ni de las milicias ni de este o aquel grupúsculo de cabezas rapadas, sino del propio Estado de seguridad nacional, el Estado policial dentro del Estado».[1] Estas son las fuerzas que imponen la «dictadura terrorista abierta de los elementos más reaccionarios, más chovinistas y más imperialistas del capital financiero», central para la comprensión marxista del fascismo, elaborada en la brillante obra de Georgi Dimitrov.[2] El partido «comunista» de EE.UU. opera, por lo tanto, con una comprensión idealista y antimarxista del fascismo cuando ignora el papel del fascismo como forma de gobierno capitalista en períodos de crisis. Reduce el fascismo a un problema de ideas en la mente, y es incapaz de ver cómo, como una forma de gobierno capitalista en crisis, ha estado presente aquí en ambos partidos todo el tiempo. El entendimiento básico de la dialéctica espuria de demócratas y republicanos, del interminable y performativo tira y afloja que se utiliza para enmascarar la continuidad del estado imperialista y servir a su reproducción continua, se les escapa por completo a estos «comunistas». Es un partido “comunista” que se pone del lado de los capitalistas, imperialistas y fascistas. Al hacerlo, en realidad no luchan contra la «amenaza fascista» que tan a menudo invocan, sino que la refuerzan. Alimentan el espectáculo de la politiquería estadounidense; se convierten en cómplices de sus operaciones.

Pero los errores en las líneas del partido son enmendables cuando se mantiene el método operativo de un partido comunista. El centralismo democrático, cuando está realmente presente, le da al partido el potencial para rectificar, para mejorar su comprensión de la situación y sus fallas. Permite que los deslizamientos hacia el socialchovinismo, el oportunismo y el ultraizquierdismo (tan evidentes en el cpUSA) sean corregidos. Pero también en este caso, el Partido «Comunista» de los Estados Unidos ha violado completamente sus obligaciones. Amplia evidencia ha demostrado que en la 32ª Convención Nacional se frustró la democracia y se tiró por la ventana el centralismo democrático.[3] Y cuando valientes cuadros trataron de rectificar esta usurpación del partido, este golpe a la organización histórica de la clase obrera estadounidense por parte de una pequeña camarilla de burócratas de por vida, se pusieron de pie por medios constitucionales para compartir una petición que solicitaba la consulta democrática frustrada en la convención, todos los verdaderos comunistas fueron purgados, a veces con varios clubes enteros siendo expulsados también. Las pruebas han sido documentadas y se han hecho públicas. Como se hizo evidente, la camarilla dirigente del Partido Comunista de los Estados Unidos de América, entonces, ha destruido completamente la democracia del partido para defender su apoyo a la colaboración de clases con un partido que apoya a los nazis y lleva a cabo guerras genocidas contra pueblos nativos.

Pero por mucho que traten de sujetar el desarrollo de las luchas de clases, no llegaran a detener el movimiento de la historia, del cual estas luchas son el corazón. Una organización de la clase obrera, basada no en profesionales y burócratas de la clase media, sino en la clase obrera misma, guiada por el marxismo-leninismo y no por el fetiche de la pureza, estaba destinada a surgir. El 7 de julio de 2024 nació esta organización. Su nacimiento, como señaló el presidente ejecutivo Haz Al-Din, fue en sí mismo un triunfo de hecho, no sólo de palabra.[4] Reunió a un amplio grupo de diferentes fuerzas comunistas, derivadas de las que fueron purgadas inconstitucionalmente por el Partido Comunista de los Estados Unidos, para llevar adelante la lucha juntos, para reconstituir el Partido Comunista Estadounidense que nuestro pueblo necesita tan desesperadamente. No está unido por doctrinas abstractas y puras, sino por la ciencia viva del marxismo-leninismo, que ve la verdad en los hechos, en los resultados prácticos y en los logros organizativos. Nuestro estándar de éxito no será la construcción de una teoría desarrollada a partir de las ideas abstractas más puras. Nuestro estándar de éxito será nuestra capacidad de cumplir el papel que la historia ha asignado al Partido Comunista Americano: proporcionar la coherencia, la unidad y la dirección que puedan sacar a nuestro pueblo de las crisis perpetuas que han impregnado nuestro decadente y salvaje modo de vida capitalista, y establecer en su lugar una sociedad de, por, y para el pueblo trabajador – ósea, una sociedad socialista.

 

Carlos L. Garrido es un profesor de filosofía cubanoamericano. Es el director del Instituto Midwestern Marx y el secretario de Educación del Partido Comunista Americano. Es autor de muchos libros, entre ellos El fetiche de la pureza y la crisis del marxismo occidental  (2023), Por qué necesitamos el marxismo estadounidense (2024), El marxismo y la visión dialéctica materialista del mundo  (2022), y los próximos Sobre Losurdo y el marxismo occidental (2024) y Hegel, marxismo y dialéctica (2025). Ha escrito para docenas de publicaciones académicas y populares en todo el mundo y dirige varios programas de transmisión en vivo para el Instituto Midwestern Marx en YouTube. Puedes suscribirte a su Substack de Filosofía en Crisis  AQUÍ.

 

[1] Michael Parenti, América asediada (San Francisco: City Lights Books, 1998), 119.

[2] Georgi Dimitrov, Contra el fascismo y la guerra (Nueva York: International Publishers, 1986), 2.

[3] Nuestro Instituto tiene una lista de reproducción completa que habla sobre la 32ª Convención Nacional y entrevista a alrededor de una docena de miembros purgados. Puedes ver los seis videos de esa lista de reproducción aquí:

https://www.youtube.com/watch?v=wk7JuLxXsW8&list=PLxhlh6ux6zSnGUbwuHGusdJTTyYkNie_C&pp=gAQBiAQB

[4] Primer discurso al público del Presidente Ejecutivo Haz Al-Din:

https://x.com/ACPMain/status/1815807197806248215

Copyright © 2024 Intervención y Coyuntura 
Labels: American communist party, Carlos L Garrido, communisme, USA

samedi 7 septembre 2024

Feministas e antiimperialistas en antiimperialistas.com

Labels: anti-impérialisme, antiimperialistas.com, féminisme

vendredi 6 septembre 2024

Catherine RIBEIRO (1941 - 2024)

Catherine Ribeiro (France Info) | Npa29Catherine Ribeiro (France Info) | Npa29

 

Catherine Ribeiro raconte son histoire, puis chante "Tous les droits sont dans la nature, accompagnée par le groupe Alpes (émission "Paroles et musique" sur Antenne 2, septembre 1979).

Labels: Catherine Ribeiro, chanson, culture rouge, underground

mercredi 4 septembre 2024

Max Ernst, un tissu de mensonges tel un plan psychogéographique

 "Un tissu de mensonges", 1959, Centre Georges Pompidou

Labels: 1959, Max Ernst, psychogéographie, ville/sujet

mardi 3 septembre 2024

Max Ernst: La Ville Entière (1935-36)


Labels: 1936, Max Ernst, psychogéographie, surréalisme, ville/sujet

Paris et l'esprit: repasser par Berlin

 

"Nous vous préparons une fin. L'élan communiste contre le bourgeois et l'intellectuel dans l'usine d'art pour dissoudre l'esprit. Pourquoi le manifeste communiste ne parle-t-il pas du bourgeois de l'esprit qui, avec ses excréments, garantit la périphérie de la propriété. –Ainsi le monde est resté un cloaque de solennité. Le seul remède reste les travaux forcés avec coups de fouet. –Nous demandons de la discipline. Contre l'art libre! Contre l'esprit libre!"

Raoul Hausmann, "Alliterel–Delitterel–Sublitterel", in Der Dada I, Berlin, 1919 (cité par Georges Hugnet, Dictionnaire du dadaïsme, Paris, Éditions jean-Claude Simoën, 1976, p. 89).

Labels: 1919, Berlin, château situationniste, dada, Paris et l'Esprit

lundi 2 septembre 2024

Invasion USA (1952)

 Alors que les impérialistes US, la United Fruit Company et la CIA en l'occurrence, vont bientôt s'abattre sur le Guatemala et sa réforme agraire (en 1954), les spin doctors de la Guerre froide culturelle ont choisi de mettre leurs concitoyens dans un état de paranoïa permanente, voir des Rouges partout, alors que le pays est protégé par deux océans, avec des bases militaires sur toute la planète (mais c'est jamais assez pour le complexe militaro-industriel, dont Eisenhower dénonce le pouvoir à la fin de son mandat présidentiel). 



Ce genre de film ne sortait pas en France dans les années 1950 (après les USA, il sortira en GB et en RFA), on aurait cramé les salles si c'était le cas. Après en 1985, avec la version où joue Chuck Norris, ça passe: le cuir français a été attendri par les bulldozers de la propagande. Dans les années 1980, les Français croient même que les Anglo-américains sont les grands vainqueurs du nazisme, alors que dans les années 1950 ils savaient bien que l'URSS avait fourni l'effort de guerre essentiel et le nombre de morts le dit suffisamment : 27 millions de soviétiques contre 300.000 pour les étasuniens.

Labels: 1952, film antirouge, Guerre froide, Otan culturelle, USA

bande-annonce de Invasion USA, avec Chuck Norris (1985)


 

Labels: 1985, Chuck Norris, film antirouge, Guerre froide, Otan culturelle, USA

Red Nightmare Freedom and You

 


Labels: 1962, film antirouge, Guerre froide, Otan culturelle, USA
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