Sur les élections à Paris, je vous invite à prendre les résultats de ce soir avec philosophie.
Le fond du problème à Paris ne changera pas avec l’élection. Les années Hidalgo ont transformé la substance active d’une ville, malgré Pompidou encore poétique, vivante et il est vrai polluée en un Disneyland touristique cyclable, avec quelques bacs à fleurs. La marge d’initiative politique n’existe pas dans la Capitale dans le cadre imposé par deux forces d’inertie majeures.
La première, c’est que depuis Delanoë, l’État profond municipal est au comité de direction de Louis Vuitton. Cet état de fait ne va pas changer : Paris représente une telle pompe à monnaie, un tel business circulaire entre parfum, image passée de la ville, que le virage touristique ne sera évidemment pas inversé, mais étendu quel que soit l’édile.
La seconde force d’inertie, c’est la sociologie parisienne. Après avoir été vidée de son populaire depuis Haussmann, il se résume à l’affrontement entre deux bourgeoisies.
D’un côté, la bourgeoisie d’affaires et encore parfois vaguement traditionnelle qui reste ; de l’autre, les nouvelles bourgeoisies, souvent un peu provinciales, issues des classes« créatives » et numériques (de moins en moins).
L’une rêve de finir d’Haussmanniser Paris, d’avoir de beaux réverbères, des fontaines Wallace, une carte postale enfin débarrassée de toutes traces populaires – sauf dans les chambres de bonne.
L’autre rêve d’un Paris San Francisco-Séoul, lieu de distinction et de détente pour une bourgeoisie branchée de l’anglosphère et des grandes métropoles globales.
Reste une part sociologique de l’Est parisien, vieux rappel d’un Paris populaire, banni de la capitale depuis Pompidou et Delanoë : l’intello précaire, exclu ou en rupture de ban de la société de consommation, le précaire des petits boulots de service, des appartements une pièce ou deux pièces au loyer exorbitant, et le parc HLM multiethnique et des fonctionnaires municipaux.
Sophia Chikirou tente de rassembler tout cela en jouant un peu la surenchère sociale, mais au fond, son projet est moins parisien qu’une déclinaison locale du mélenchonisme pour 2027 – c’est-à-dire une vision nationale appliquée localement.
Évidemment, l’alternance après 25 ans d’un même pouvoir est une chose très saine : elle permet de nettoyer les écuries d’Augias, souvent pleines de corruption. Le problème, c’est que quand le nettoyeur s’appelle Rachida Dati, il vaut mieux laisser les choses sales. Un balai neuf nettoie mieux qu’un vieux, mais on ne fait pas le ménage du salon avec la brosse des toilettes qui a raclé les années du sarkozysme et du macronisme…
D’un point de vue national, une victoire de Dati présenterait l’avantage de punir le PS pour sa franche collaboration avec le macronisme et son refus d’alliance à gauche. Ce serait sûrement douloureux pour beaucoup de Parisiens modestes, dont votre serviteur, mais ce serait un peu un service rendu au pays. Les victoires de Grégoire semblent conforter finalement la ligne d’isolement d’un Parti socialiste atteint de bricemacronisme.
Dati, en faisant son trou dans la présidentielle avec les gros moyens de cette petite principauté qu’est Paris, rajouterait sûrement un allié de poids au baiser empoisonné aux futurs candidats du centre – même s’il s’agirait sûrement d’un poison compte tenu du caractère de la donzelle.
La principale qualité de Dati, de l’aveu de ses amis étant la méchanceté. Ce serait sûrement une perte pour le conseil de Paris qui a besoin de se réveiller et un gain faible pour la nation.
Souhaitons le meilleur score à Chikirou, qui, si elle ne mérite pas – par un projet construit – d’avoir constitué l’alternative valable que Paris dont Paris a besoin, s’avérera tout de même le trouble-fête précieux dans l’assemblée municipale.
David Langlois-Mallet
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