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dimanche 1 mars 2026

C'était le mois de mai / Был месяц май ( Marlen Khoutsiev, 1970)


 L'histoire se déroule quelques jours après la l'armistice de 1945 où des soldats russes qui n'ont pas encore quitté l'Allemagne savourent un peu d'indolence dans une ferme. Après une fête bien arrosée, ils se perdent en route et tombent sur un camp de prisonniers désormais désert.

Voilà une oeuvre très étonnante et déstabilisante avec une structure clairement découpée en deux actes.
La première suit avec nonchalance le quotidien de ces soldats qui profitent de leur temps libre pour jouer de la musique, réparer des motos, lézarder au soleil, vider des bouteilles de vins ou de bières ou pour sympathiser avec les allemands même s'ils ne comprennent leur langue. Le cinéaste suit cette langueur avec des scènes dilatées qui ne sont pas sans rappeler les aller-retour formel d'un Miklos Jancso (en bien mois baroque il va sans dire). On sent une certaine insouciance et un nouvelle liberté dans les activités de ces soldats dont une grisante sortie en moto et une soirée alcoolisée quasi presque païenne.

Il va sans dire que la découverte nocturne qu'ils font agit comme une immédiate gueule de bois car ce qu'il visite n'est rien de moins qu'un camp d'extermination bien qu'eux ne le savent pas encore. Ils sentent bien que quelques choses cloche ici, qu'il y a un climat malsain qui s'échappe de cette étrange "chaufferie". Mais quoi précisément ?
Cette réalité leur sera apprise par plusieurs survivants juifs qui ont quitté le camp quelques jours auparavant. A partir de la, le film devient littéralement pesant comme si la gravité terrestre était deux fois plus forte et ce ne sont plus seulement les personnages qui sont hébétés mais la caméra même.
La aussi, les plans sont particulièrement étirés mais pour créer un sentiment totalement autre, littéralement assommant.

C'est un parti pris osé et plutôt courageux mais qui signe aussi ses limites pour un dispositif presque trop démonstratif dans ses effets et sa démarche. Mais il est difficile en même temps de lui reprocher car il parvient à nous plonger dans le même état d'esprit que ces jeunes russes, sous le choc de cette révélation puis de sa réelle signification.

Si cette lenteur pesante se retourne par moment contre elle, il faut reconnaître que C'était le mois de mai imprime la rétine et impose une ambiance obsédante plusieurs jours après son visionnage.