Une jeune et timide professeur de littérature
arrive dans une ville étrangère pour ses débuts d'enseignantes. Peu
d'années la sépare de ses élèves et l'un d'eux tombe rapidement amoureux
d'elle.
Le film fait preuve d'une très grande tendresse et d'une attention
toute particulière aux visages et aux regards qui ne peuvent se
confronter directement. Il émane rapidement une mélancolie assez
profonde et silencieuse qui va droit au cœur avec ses personnages un peu
prisonnier de leurs rangs, surtout la professeure contrainte de devoir
toujours paraître digne et du niveau de son emploi (joli moment où elle
pousse un élève à étudier un poème moqueur qu'il avait inscrit sur le
tableau de la classe ou lors de la déclaration amoureuse alors que
l'étudiant essaie de contenir la foule de l'autre côté de la porte). Ce
sont les passages muets qui résonnent le mieux et délivrent de délicieux
frissons avec le visage fragile de Nina Ivanova par des travellings
tout en délicatesse.
De plus si la propagande est belle et bien présente, elle est
intelligemment mêlée aux caractères des deux personnages avec d'un côté
la culture (poésie, chanson traditionnelle, compositeur classique) et de
l'autre l'industrie (avec une visite dans une raffinerie stupéfiante de
beauté plastique) qui parviennent tous deux à décupler le lyrisme des
séquences. Avec les nombreuses grues dans l'arrière plan, le pays est en
reconstruction et en plein développement effervescent et semble
contaminer sa nouvelle génération qui se laissent doucement aller à
exprimer des sentiments individuels et allant contre l'ordre établi.
Cette histoire d'amour est donc une sorte de nouveau départ balbutiant
et frêle mais qui paraît trouver la voix de l'émancipation.