Article épinglé

mardi 9 décembre 2025

Le PCF, l’eurocommunisme et la dictature du prolétariat. Extrait du livre de Laurent Lévy


 

Laurent Lévy publie aux éditions Arcane 17 un livre passionnant sur l’élaboration, la mise en œuvre et l’échec, dans les années 1970, d’une stratégie de « voie démocratique au socialisme » par le PCF : Histoire d’un échec : la stratégie « eurocommuniste » du PCF (1968-1978). Nous donnons ici à lire de larges extraits de la partie de l’ouvrage consacrée à l’abandon en 1976, lors du XXIIe Congrès de ce parti, de l’expression « dictature du prolétariat ». 

 

Laurent Lévy, Histoire d’un échec : la stratégie « eurocommuniste » du PCF (1968-1978), Arcane 17, 2025, 280 p.

Le cœur du XXIIe Congrès est […] de tracer les grandes lignes de ce que serait le socialisme pour la France et les moyens d’y parvenir. Mais ce qui en sera retenu comme étant le plus spectaculaire – tant pour les observateurs extérieurs que dans la mémoire du parti communiste lui-même – sera un point à bien des égards anecdotique, mais qui réfracte plusieurs questions fondamentales. Ce sera […] ce qui donnera au congrès son plus grand retentissement : « l’abandon de la dictature du prolétariat ».

Bien que cette question presque symbolique ait ainsi été au cœur de la réception du XXIIe Congrès, elle n’en constituait pas l’essentiel : ces mots étaient absents de ses textes préparatoires, cela n’était donc, par hypothèse, pas l’objet de la discussion prévue. Elle ne surgira que lorsque la plupart des assemblées de cellules et bon nombre des conférences de sections, et donc la discussion par la base communiste du projet de résolution, auront eu lieu. Lors de la discussion par le Comité central de l’avant-projet du texte à soumettre au congrès, aucune intervention n’y avait souligné – pour l’approuver ou pour la désapprouver – l’absence de l’expression « dictature du prolétariat ».

Il y avait d’ailleurs bien longtemps que le PCF ne l’utilisait plus dans sa littérature, et sa disparition aurait parfaitement pu passer aussi inaperçue que celle de « démocratie avancée ». On en trouvait certes […] une occurrence dans le Manifeste de Champigny, au terme d’un bref développement insistant sur le caractère démocratique et temporaire de ce qui était ainsi désigné, mais elle n’était jamais mobilisée dans les textes du Parti. En 1973, Le Défi démocratique ne l’employait pas, et personne ne s’était ému de cette absence. […] L’idée d’un abandon exprès avait déjà été formulée à deux reprises au sein du Comité central, sans susciter de réaction : en 1974 par Henri Fiszbin et en 1975 par Pierre Juquin.

Plus de trente ans plus tard, Charles Fiterman dira de cette notion : « Elle constituait une sorte d’icône sur la cheminée dont il fallait se débarrasser pour donner tout son sens à la démarche engagée »[1]. Et de fait, avant même d’être explicitement abandonnée, l’expression « dictature du prolétariat » avait de facto disparu. François Hincker, revenant un an plus tard sur cet « abandon », remarquera non sans pertinence :

« Il s’est creusé ainsi un écart béant entre ce qui était appris dans les écoles du Parti – où la dictature du prolétariat tenait toujours une certaine place – et la pratique politique où elle était rigoureusement hors du champ non seulement des préoccupations immédiates, mais aussi de l’horizon à atteindre. Le XXIIe Congrès a fait coïncider la théorie et la pratique[2]. »

L’absence de l’expression « dictature du prolétariat » dans le projet de résolution n’était, cela dit, pas pour autant le simple résultat de sa tombée en désuétude. Elle avait même, comme le racontera Pierre Juquin, été soulignée par Jean Kanapa lorsqu’il avait présenté à la commission chargée de le mettre au point la trame qu’il en avait rédigée : « On pourrait même se poser – je ne propose pas d’en parler maintenant – la question de la « dictature du prolétariat ». » Sa remarque avait suscité le désaccord de plusieurs membres de la commission, dont René Andrieu. Le silence du projet de résolution est ainsi le fruit d’un compromis : pas d’emploi des mots « dictature du prolétariat », mais pas d’abandon explicite. C’est au cours des débats ultérieurs, dans les mois qui suivent, que le silence sera levé.

L’un des aspects remarquables de cet « abandon » est la manière dont il a été proposé : au cours d’une émission de télévision, en réponse à la question d’un journaliste. Cette question ne tombait pas du ciel : elle faisait référence à une contribution en ce sens, parue le jour même dans la tribune de discussion ouverte pour le congrès dans L’Humanité. Et cette contribution avait été suscitée par Pierre Juquin, qui regrettait le compromis du silence.

Il avait saisi l’occasion d’un débat organisé dans le cadre de la préparation du congrès dans une ville de province, au cours duquel un militant avait émis l’idée qu’il serait « illogique » de prétendre accorder l’orientation de la résolution avec la « dictature du prolétariat », pour lui suggérer de reprendre son raisonnement dans une contribution écrite – qu’il se chargea de faire publier dans L’Humanité le 7 janvier, jour où Georges Marchais était invité sur Antenne 2. Rien n’était laissé au hasard : l’attention des journalistes avait été attirée sur cette contribution particulière, et loin d’être pris au dépourvu, le secrétaire général avait bien préparé sa réponse : « Eh bien, oui, prolétariat, c’est trop étroit ; dictature, ça fait peur. Ce camarade a raison ! »

C’est ainsi cette réponse qui, d’une certaine façon, ouvrait le débat et y mettait fin d’un même mouvement, compte tenu du poids que les traditions du parti communiste donnent à la parole du secrétaire général : les contributions sur cet abandon vont, après cette déclaration publique, se multiplier dans la tribune de discussion et dans la presse du Parti, et le 16 janvier 1976, le Comité central y reviendra longuement dans une discussion à laquelle participent plusieurs de ses membres, de toutes les générations. D’entrée de jeu, toutefois, la ligne y est donnée, et c’est dans le rapport qu’il présente lors de cette réunion que Georges Marchais l’affirme dans des termes qui ne souffrent guère la discussion : « Le principe de la dictature du prolétariat sera abandonné par décision du congrès. Le projet de résolution sera amendé dans ce sens ».

Dans la discussion qui s’ensuit, François Billoux, ancien dirigeant du Parti, proche de Thorez depuis la fin des années 1920, ministre à la Libération, affirme que « la dictature du prolétariat ne correspond plus à une réalité moderne », Henri Fiszbin voit un avantage politique à l’abandon (sans rappeler qu’il avait déjà en vain exprimé cette idée), en estimant qu’il permettra « de rallier un maximum de gens à l’union et au PCF », Paul Boccara soutient l’abandon « du point de vue de la théorie marxiste », Henri Krasucki considère la notion de dictature du prolétariat « dépassée, parce que trop étroite » et « ne correspondant plus à une réalité actuelle. » Outre le mot « dictature », celui de « prolétariat » fait l’objet de remarques de la part de plusieurs intervenants.

Réticences internes

Dans un rapport présenté le 22 janvier devant le Bureau politique, Jean Kanapa avait fait le point de la discussion sur cette question dans le Parti :

« Au niveau de la tribune, et compte tenu de ce que ce sont surtout les « pas d’accord » qui écrivent le plus spontanément, nous comptions hier matin 43 lettres pour le maintien de la dictature, 22 pour l’abandon, 10 hésitants. Compte tenu de ce que j’ai dit, la proportion est excellente. Naturellement, elle va se modifier au profit de ceux qui veulent le maintien – puisque, déjà depuis une semaine, ce sont surtout ceux qui ont été battus dans leur conférence de section ou fédérale qui écrivent là-dessus comme un recours, d’ailleurs normal.

Au niveau des conférences fédérales, par contre, l’accord est unanime au moment du vote. Plusieurs conférences jugent nécessaire de le signaler dans leur résolution. […] Au cours des conférences de sections et fédérales, quelques camarades […] souhaitent qu’on leur explique clairement que le Parti ne renonce pas à son caractère révolutionnaire, qu’il est bien résolu à lutter pour le socialisme, que la classe ouvrière a bien le rôle dirigeant, qu’elle défendra son nouveau pouvoir.

Si ceci est bien expliqué, ils font confiance au Parti. Ceux qui restent irréductiblement attachés à la dictature du prolétariat sont en définitive très peu nombreux, et ils n’en font pas une question pour leur appartenance au Parti, pour leur confiance dans le Parti. On peut donc parler d’un accord quasi unanime. […] La discussion aura permis un progrès important de l’assimilation de la politique du Parti pour la masse du Parti (membres et cadres). C’est ce que nous voulions. »

Plusieurs passages de ce rapport méritent attention, car entre les lignes, ils disent beaucoup sur le fonctionnement du Parti et la manière dont la direction l’envisage. Le fait que deux fois plus de contributions adressées à la direction pour la tribune de discussion sont hostiles plutôt que favorables à l’abandon apparaît à Kanapa comme de peu de signification, au motif que c’est généralement pour exprimer un désaccord que l’on prend sa plume, et la proportion lui semble ainsi encourageante.

Lorsqu’il évoque l’accord unanime, ou quasi unanime dans les conférences fédérales, la manière presque paternaliste dont il parle des militants est frappante : « ils souhaitent qu’on leur explique… », et une fois qu’on l’a fait, « ils font confiance au Parti ». On ne peut mieux exprimer le caractère descendant de la réflexion sur cette question. Pire en un sens, pour une discussion de congrès, son objectif déclaré semble être « l’assimilation de la politique du Parti pour la masse du Parti (membres et cadres) », bien plus que son élaboration.

L’abandon

Devant le congrès lui-même, le secrétaire général présente ainsi cet « abandon » :

« Si la « dictature du prolétariat » ne figure pas dans le projet de document pour désigner le pouvoir politique dans la France socialiste pour laquelle nous luttons, c’est parce qu’elle ne recouvre pas la réalité de notre politique, la réalité de ce que nous proposons au pays. […] :

– Le pouvoir qui conduira la transformation socialiste de la société sera le pouvoir de la classe ouvrière et des autres catégories de travailleurs, manuels et intellectuels, de la ville et de la campagne, c’est-à-dire de la grande majorité du peuple.

– Ce pouvoir se constituera et agira sur la base des choix librement exprimés par le suffrage universel ; et aura pour tâche de réaliser la démocratisation la plus poussée de toute la vie économique, sociale et politique du pays.

– Il aura pour devoir de respecter et de faire respecter les choix démocratiques du peuple.

Contrairement à tout ceci, la « dictature » évoque automatiquement les régimes fascistes de Hitler, Mussolini, Salazar et Franco, c’est-à-dire la négation même de la démocratie. […] Quant au prolétariat, il évoque aujourd’hui le noyau, le cœur de la classe ouvrière. Si son rôle est essentiel, il ne représente pas la totalité de celle-ci, et à plus forte raison l’ensemble des travailleurs dont le pouvoir socialiste que nous envisageons sera l’émanation. Il est donc évident que l’on ne peut qualifier de « dictature du prolétariat » ce que nous proposons aux travailleurs, à notre peuple. »

Si l’explication proposée est limpide, on voit qu’elle est purement rhétorique ; elle tient au sens pris dans l’histoire par chacun des deux mots qui composent la formule, le mot « dictature » et le mot « prolétariat », à ce qu’ils évoquent dans le langage commun et non à la signification que donnait la théorie marxiste classique à l’expression dans son ensemble. Lénine disait que le plus démocratique des États bourgeois n’est que la dictature de la bourgeoisie, et que la dictature du prolétariat serait plus démocratique que la plus démocratique des démocraties bourgeoises. La théorie marxiste insistait sur l’articulation dans ce concept d’une théorie de l’État et d’une théorie des classes sociales.

Tout cela semble oublié, comme semble oubliée la notion de suspension de la légalité bourgeoise : cela n’est pas l’objet du débat. Quels que soient ses usages passés, le mot « dictature » est en somme devenu synonyme de « tyrannie » ou de « despotisme », et le mot « prolétariat » évoque désormais bien moins que le « peuple », et même que la classe ouvrière ou les « travailleurs » autour desquels le rassemblement de l’ensemble des couches sociales dominées par les monopoles capitalistes doit se faire.

Un point frappant dans cette explication est dans le choix des régimes politiques évoqués par le mot « dictature ». Georges Marchais parle des dictatures des régimes fascistes du passé et du présent, mais pas de celui auquel l’expression « dictature du prolétariat » ferait spontanément penser les observateurs et les critiques du communisme : la dictature imposée aux peuples d’Union soviétique après la révolution – et singulièrement la dictature stalinienne. Alors que le Parti avait quelques semaines plus tôt reconnu et dénoncé publiquement l’existence de camps de travail en URSS et la répression des opposants, la chose est pourtant claire.

Un précédent : 1964

Dans la mesure où le texte soumis à la discussion du congrès ne comportait pas cette expression, il aurait pu suffire de l’adopter tel quel, sans l’y insérer. Mais une décision explicite apparaissait néanmoins nécessaire parce qu’elle figurait dans le préambule des statuts du Parti adoptés en 1964 au XVIIe Congrès. L’ironie de cette histoire – qui aurait dû relativiser les enjeux du débat – est que la discussion avait déjà eu lieu au Comité central qui préparait ce congrès. Et dès cette époque, même s’il y avait été répondu de façon différente, la question de cette formule avait été posée dans des termes assez voisins.

Ainsi, Pierre Villon – ancien dirigeant de la Résistance armée – avait, à cette époque, proposé d’ajouter, comme le ferait quatre ans plus tard le Manifeste de Champigny, le mot « provisoire », pour parler d’une « dictature provisoire du prolétariat ». Le XVIIe Congrès le suivra sur ce point. Bien sûr, cela ne revenait pas à supprimer l’expression, d’autant que la tradition communiste avait toujours considéré la dictature du prolétariat comme quelque chose de provisoire, mais l’insistance sur ce mot signalait le risque qu’elle soit considérée comme définitive, qu’elle s’identifie avec le socialisme lui-même ; il y avait donc là, fût-ce involontairement, une critique implicite du « socialisme existant ».

D’autres allaient plus loin. Marie-Claude Vaillant-Couturier[3], par exemple, proposait que le mot « dictature » soit simplement remplacé par le mot « pouvoir ». Il s’agissait alors bien d’un « abandon » voisin de celui décidé au XXIIe Congrès. Quant à Jeannette Vermeersch[4], elle donnait un argument qui anticipait celui donné douze ans plus tard par Georges Marchais : « Hitler, disait-elle, a déshonoré le terme dictature ». Elle ajoutait que « cette phase n’est pas obligatoire pour passer au socialisme », citant en exemple le cas des démocraties populaires.

On pourrait certes discuter ce dernier point, dans la mesure où si les « démocraties populaires » dans la forme qu’avait voulu leur donner Dimitrov[5] dans l’immédiat après-guerre sous le nom de « démocratie nouvelle », étaient en effet censées avancer vers la construction du socialisme sans « cette phase », cette proposition avait très vite été inversée, et l’affirmation d’une nécessaire dictature du prolétariat avait été posée par le Kominform. Mais cette argumentation, qui peut sembler surprenante dans sa bouche, n’en anticipait pas moins la réflexion du XXIIe Congrès.

L’ironie est portée au carré si l’on songe que ses propos sont en 1964 dirigés contre le rapporteur de la commission des statuts qui n’est autre que le nouveau secrétaire à l’organisation de l’époque, Georges Marchais : en présentant son rapport devant le XVIIe Congrès, celui-ci objectera fermement à une proposition d’amendement dont il reprendra presque mot pour mot les termes dans sa propre argumentation devant le XXIIe.

La question n’est finalement tranchée que par l’intervention à l’appui de ce dernier de Maurice Thorez en personne, le mari de Jeannette Vermeersch, qui explique alors que « ce serait une faute politique que de renoncer à la dictature du prolétariat ». Ironie au cube, Jeannette Vermeersch dénoncera cet abandon trois ans après le XXIIe Congrès, dans un livre consacré à la critique de l’eurocommunisme[6]… Cette dénonciation exprimera au demeurant une bonne compréhension de ce que l’abandon signifiait réellement : une démarcation à l’égard du système soviétique, une volonté de rupture réaffirmée avec le stalinisme dont elle était notoirement nostalgique.

Longtemps plus tard, pour expliquer « l’abandon » en 2003 par la LCR de cette même expression, le philosophe Daniel Bensaïd, dirigeant et principal théoricien de cette organisation, donnera des explications plus rigoureuses, mais voisines de celles de Jeannette Vermeersch en 1964 et de Georges Marchais en 1976 – mais sans limiter ainsi les exemples de dictatures :

« Le mot dictature n’avait pas aux XVIIIe et XIXe siècles le sens absolument péjoratif qu’il a acquis depuis. Chez Rousseau, par exemple, c’est le mot tyrannie qui joue ce rôle […] Après, vu ce que sont devenues les dictatures staliniennes et autres, et plus généralement l’usage du mot dictature au XXe siècle, après Pinochet et Franco, le mot est devenu inutilisable. »

Explications

Lorsqu’il expose brièvement le ressort théorique de son choix, Georges Marchais se réfère aux classiques du marxisme :

« Sur quoi nous fondons-nous pour définir notre position dans cette question ? Nous nous fondons sur les principes du socialisme scientifique élaborés par Marx, Engels, Lénine. Il s’agit en premier lieu de la nécessité pour la classe ouvrière d’exercer un rôle politique dirigeant dans la lutte pour la transformation socialiste de la société. […] En second lieu, il s’agit de la nécessité de la lutte révolutionnaire des masses pour faire échec aux manœuvres de la grande bourgeoisie. »

En somme, Georges Marchais donne à sa position les raisons qui expliquent précisément pour les auteurs dont il se prévaut – et expliquaient pour le Manifeste de Champigny – la nécessité de la dictature du prolétariat. Quant à l’Union soviétique et son expérience propre, elle est évoquée par une distance qui n’est pas théorisée, pour justifier l’abandon par le simple effet du temps parcouru :

« Dans les conditions de la Russie de 1917, puis de la jeune Union soviétique, la dictature du prolétariat a été nécessaire pour assurer avec succès l’édification du socialisme. Il est juste de dire que, sans elle, la classe ouvrière, les peuples soviétiques n’auraient pu entreprendre ni défendre l’œuvre libératrice sans précédent qu’ils ont réalisée. C’est pourquoi les partis communistes, lorsqu’ils se sont fondés en tirant les leçons de la faillite de la social-démocratie internationale et de la victoire de la révolution d’Octobre, ont, à juste titre, dans les conditions de l’époque, adopté ce mot d’ordre. Le monde a changé. »

On note une confusion dans l’emploi du vocabulaire, où la dictature du prolétariat est dite « nécessaire » dans un premier temps, ce qui suppose qu’elle est à tout le moins un ensemble de pratiques, pour être, quelques lignes plus bas, ramenée à un simple « mot d’ordre ». Cela est assez significatif du flou théorique dans lequel s’effectue cet « abandon ». Il y a là une nouvelle illustration du peu de cas parfois fait de la théorie dans la réflexion politique des dirigeants du parti communiste, où le choix des mots d’ordre et des slogans compte plus que le travail des concepts.

Il y a autrement dit dans ces formules un équilibre extrêmement précaire entre rhétorique et théorie : la question n’est pas posée de ce qu’avait ou non été la dictature du prolétariat dans la jeune Union soviétique, ni de ce qu’avait été son devenir. L’idée d’une suspension de la légalité au profit de la classe ouvrière, de la possibilité de s’affranchir des normes juridiques dans le combat contre les anciennes classes dominantes – qui est le cœur de la théorisation léninienne – n’est pas évoquée. […] Mais cette signification de « l’abandon » n’est même pas esquissée à l’occasion du XXIIe Congrès. De fait, cet « abandon » ne porte que sur une seule chose : l’emploi – devenu quasi inexistant depuis bien longtemps – de cette expression par le PCF. […]

Louis Althusser, qui regrettait que l’on prétende « abandonner un concept comme on abandonne un chien », était au demeurant bien conscient du caractère rhétorique, plutôt que théorique, de cet « abandon », et remarquera qu’il est affirmé de façon paradoxale. Selon lui :

« Le parti communiste français vient d’abandonner officiellement, dans son XXIIe Congrès, la dictature du prolétariat, mais le même congrès a voté à l’unanimité une résolution qui repose toute entière […] sur la dictature du prolétariat, il est vrai sans jamais la nommer. »

L’affirmation est un peu péremptoire, et l’on pourrait penser au contraire que même si la théorisation de l’abandon n’est pas faite, la stratégie du PCF est désormais – comme le répètent à l’envi les délégués au congrès abordant cette question – incompatible avec la dictature du prolétariat y compris dans le sens théorique précis auquel Althusser se réfère.

Cela dit, lorsqu’il prononce ces mots lors d’une conférence sur la dictature du prolétariat donnée à Barcelone le 6 juillet 1976[7], Althusser tient à montrer quel était l’enjeu réel de cet abandon, non pas celui (selon lui impossible) d’un concept, mais celui d’une référence historique qui a peu à voir avec ce concept : la référence aux destinées de la pratique du pouvoir par les communistes russes ; la référence, autrement dit au stalinisme, même s’il n’est pas plus « nommé » que le concept « abandonné » : c’est-à-dire précisément ce sur quoi Georges Marchais ne s’exprime pas ici – alors même que son rapport comporte également une critique de la conception soviétique de la démocratie.

Enfin et surtout, il soulignera l’impasse théorique qu’il voit dans cet « abandon », en tentant de restituer le concept dans son cadre pour montrer que son abandon laisse une place vide qu’il faudra bien remplir d’une manière ou d’une autre. Il est à noter que parallèlement à cette conférence, Althusser écrira un long texte, inédit de son vivant, qui constitue une défense sans ambiguïté du XXIIe Congrès[8]. […]

« À la sauvette »

Il est ainsi permis de douter de ce que, comme l’affirme au congrès la commission des amendements par la voix de Jean Kanapa, l’absence de mention de la dictature du prolétariat relevait d’une réflexion faite de propos délibéré par le Comité central lui-même – dont on ne trouve d’ailleurs pas trace dans ses travaux avant la déclaration télévisée du secrétaire général. Cette commission évoque pourtant « la décision soigneusement pesée du Comité central de ne pas avoir recours à cette notion », ajoutant :

« Cette façon de faire a favorisé la réflexion individuelle et la recherche collective, la liberté de la discussion et le rassemblement des opinions. Et à partir d’un moment, l’intervention du secrétaire général du Parti a encore – comme l’ont dit les camarades – stimulé, impulsé, enrichi les discussions. Bien plus : elle a puissamment contribué à intéresser les masses, l’opinion publique la plus large, à notre congrès, à notre politique. Non, jamais débat ne fut moins organisé à la sauvette que celui-là ! Le résultat de ce débat est là, clair, éloquent, impressionnant : sur 22 705 délégués à nos 98 conférences fédérales, 113 seulement ont voté contre l’abandon de la dictature du prolétariat et 216 se sont abstenus. »

La présentation du déroulement du débat est ici outrageusement faussée : comme on l’a vu, aucune discussion sur cette question n’avait eu lieu avant l’intervention de Georges Marchais à la suite de la contribution parue à dessein le jour même dans L’Humanité. Cette intervention n’avait donc pas « enrichi » la discussion, mais l’avait à la fois, comme on l’a dit, ouverte et refermée – à un moment où la préparation du congrès tirait à sa fin, si bien que presque aucune cellule, presque aucune section n’avait été en mesure de discuter cette question.

En réalité, il est clair que d’un point de vue théorique, cet « abandon » s’est bien fait « à la sauvette » ; il ne repose sur aucune réflexion précise sur le sens qu’avait, dans la théorie ou dans la pratique des révolutions du passé, la dictature du prolétariat. Rien pour dire si c’est sur le fond ou seulement dans le vocabulaire qu’a lieu cet « abandon ». Rien sur la théorie de l’État, de sa destruction puis de son dépérissement, que soutient ce concept et dans laquelle il prend place.

Il est par contre exact – et tel était sans doute le véritable objectif de cette opération – que cette question a « puissamment contribué à intéresser » l’opinion publique aux travaux du XXIIe Congrès. Georges Labica pourra ainsi écrire : « L’expulsion de la dictature du prolétariat réussit ce miracle : nous faire entrer dans l’avenir en nous dispensant de faire le bilan du passé[9]. »

Notes

[1] Cité par Frédéric Heurtebize, in Le péril rouge, PUF, 2014. Entretien avec Charles Fiterman du 6 février 2009.

[2] La Nouvelle Critique, avril 1977, Une conception résolument anti-étatiste : « Les communistes et l’État ». Entretien de Béatrice Henry et Olivier Schwartz avec François Hincker et Lucien Sève, page 10.

[3] Militante très populaire dans le Parti, veuve de Paul Vaillant-Couturier, résistante, déportée à Auschwitz en même temps que Danielle Casanova et témoin au procès de Nuremberg. Elle était l’épouse de Pierre Villon.

[4] Épouse de Maurice Thorez, alors membre du Bureau politique, connue pour son soutien intransigeant à l’Union soviétique et son attachement aux traditions ouvriéristes. Elle démissionnera de la direction en 1968, pour manifester son désaccord avec la condamnation par le PCF de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie.

[5] Prestigieux dirigeant communiste bulgare, ancien secrétaire général du Komintern.

[6] Jeannette Thorez-Vermeersch, Vers quels lendemains ? : De l’internationalisme à l’eurocommunisme, Hachette, 1979.

[7] Texte publié par la revue en ligne Période. http://revueperiode.net/un-texte-inedit-de-louis-althusser-conference-sur-la-dictature-du-proletariat-a-barcelone/

[8] Louis Althusser,Les vaches noires – interview imaginaire, PUF, 2016.

[9] In Olivier Duhamel et Henri Weber, Changer le PC ? PUF, 1979.

Sultán Galiev, el precursor olvidado. Sobre el socialismo y la cuestión nacional

 FUENTE: https://versolibros.com/blogs/news/sultan-galiev-el-precursor-olvidado-sobre-el-socialismo-y-la-cuestion-nacional


Este artículo se publicó por primera vez en francés en Les Temps Modernes, nº 177, París, 1961, y constituyó un capítulo de la obra de M. Rodinson Marxism and the Muslim World, Zed Press, 1979.

Sultan Galiev, el precursor olvidado. Sobre el socialismo y la cuestión nacional

El libro en el que se basan estas reflexiones acaba de publicarse bajo los auspicios de la École Pratique des Hautes Études [I]. Se trata de un estudio concienzudo y detallado de un conjunto de cuestiones que, en general, han sido objeto de una atención mucho más seria en los países anglosajones que en Francia, donde la profecía política gratuita pasa con demasiada frecuencia por investigación científica. Un libro como este suele recibirse a priori con recelo en los círculos militantes, e incluso en otros lugares. Mi objetivo es ofrecer un contrapeso a este sectarismo tradicional.

Sultan-Galiev es una de las figuras que desempeñaron un papel importante en los primeros tiempos de la Internacional Comunista y de la Unión Soviética. La mayoría de los militantes socialistas solo lo conocen por una referencia de pasada hecha por Stalin [II], una referencia más bien emocional, solía pensarse. Tal vez tuviera razón. Haber despertado alguna emoción en Stalin puede considerarse un logro.

Mir Sayit Sultan-Galiev, ancido en 1900, era hijo de una maestra tártara. [Esta fecha es casi con toda seguridad errónea. Según otras fuentes, nació en un pueblo de Bashkiria en 1880]. Los tártaros eran una minoría musulmana dentro del Imperio zarista, pese que poseían un carácter propio. Había unos tres millones y medio de ellos repartidos por todo el Imperio, pero se concentraban en cierta medida en el «Gobierno» de Kazán, su centro político y cultural. Eran principalmente campesinos, y los pocos obreros industriales tártaros aún mantenían estrechos lazos con la vida rural. Pero también existía la burguesía  (algunos sectores eran industriales y muchos otros comerciantes) de la que habían surgido un «clero» musulmán e incluso una intelectualidad. Esta burguesía y estos intelectuales eran activos, dinámicos y ambiciosos. Muchos habían sido durante mucho tiempo «modernistas» en su actitud hacia el dogma musulmán, y «avanzados» en sus actitudes hacia el modo de vida musulmán tradicional. Sus actividades docentes les llevaron a menudo a penetrar e incluso establecerse en zonas habitadas por sus correligionarios menos evolucionados, como Asia Central, Siberia y el Cáucaso. Al hacerlo, introdujeron nuevas ideas y formas modernas, y en general agitaron las cosas. Se les puede ver desempeñando este papel en las traducciones de novelas kazakas y tadjikas publicadas por Aragón, por ejemplo [III]. Naturalmente, los janes reaccionarios veían todo esto con gran recelo.

Cuando llegó la Revolución de Octubre, una parte importante de la intelectualidad tártara la apoyó pensando que el socialismo establecido por el nuevo régimen realizaría y profundizaría el programa del movimiento reformista. Naturalmente, apreciaban especialmente la orientación internacionalista del bolchevismo. Esperaban que condujera a la igualdad entre los grupos étnicos y pusiera fin a la gran dominación rusa, una dominación que los «blancos» volverían a imponer en caso de victoria.

Sultan-Galiev se afilió al Partido Bolchevique en noviembre de 1917 y, gracias a su talento como orador y organizador, pronto se convirtió en una figura relevante como representante de esta intelectualidad «colonial». Se convirtió en miembro y luego en presidente del «Comisariado Central Musulmán», un nuevo organismo afiliado al Narkomnats (Comisariado del Pueblo para las Nacionalidades), un comisariado presidido por un líder bolchevique todavía relativamente desconocido en aquella época, Joseph Stalin. Con la ayuda de amigos, Sultan Galiev creó el Partido Comunista Musulmán y reclutó unidades militares tártaras que desempeñaron un papel clave en la lucha contra Koltchak. A pesar de la oposición de los soviéticos y comunistas rusos locales, consiguió que el gobierno central le prometiera la creación de un gran Estado predominantemente musulmán, la República Tártaro-Bachkir, que tendría entre cinco y seis millones de habitantes y abarcaría las vastas zonas del Volga medio y los Urales meridionales.

Fue durante este periodo cuando desarrolló una serie de ideas que esperaba defender y hacer realidad. Consideraba a la sociedad musulmana, a excepción de unos pocos grandes terratenientes feudales y burgueses, como una unidad que había sido oprimida colectivamente por los rusos bajo el zarismo. Por tanto, no tenía sentido dividirla con diferentes luchas de clases creadas artificialmente. Como por el momento los musulmanes estaban sumidos en la pobreza y eran tan incultos como para proporcionar cuadros, no había que dudar en utilizar las cabezas disponibles: los intelectuales pequeñoburgueses e incluso el clero reformista, que habían dado alguna prueba de su fidelidad a la Revolución. En efecto, la revolución socialista debía adaptarse a una sociedad harto impregnada de tradiciones musulmanas. Sultan Galiev, ateo, recomendó, por tanto, que se tratara al Islam con suavidad, mediante una «desfanatización» y una secularización graduales. Los musulmanes de Rusia, y especialmente los más ilustrados de entre ellos, los tártaros, serían entonces capaces de desempeñar un tremendo papel histórico, pues a escala mundial la Revolución tendría que ser sobre todo una liberación de los pueblos coloniales. Por tanto, era de vital importancia contrarrestar la tendencia de la Komintern a concentrarse principalmente en Occidente. La revolución socialista comenzaría en Oriente. ¿Y quién podía llevar la antorcha de la cultura y del socialismo a Asia mejor que los musulmanes bolcheviques de Rusia?

Para evitar confusiones, debe decirse desde el principio que no se trataba de reivindicaciones religiosas ni clericales. En Rusia había varios grupos étnicos cuya religión era el Islam, que les había proporcionado una cultura y una tradición comunes, y que había influido del mismo modo en muchos aspectos importantes de su forma de vida. Existía, por tanto, una cierta unidad cultural indiscutible entre estos pueblos que iba más allá de sus particularidades étnicas, sobre todo porque estas no eran muy pronunciadas. Asimismo, la unidad cultural se había visto reforzada por su resistencia a los intentos de convertirlos al cristianismo y convertirlos en rusos, intento que no percibían como una lucha ideológica, sino como una agresión colonial contra su patrimonio cultural común.

Estas ideas preocupaban a los dirigentes bolcheviques. Stalin apoyó a Sultan Galiev contra quienes querían atizar la guerra de clases en los círculos musulmanes y romper todo contacto con los elementos no proletarios. Pero, a diferencia del tártaro, consideraba que la alianza de clases era sólo temporal. Una vez derrotados Koltchak y los checos, el apoyo de los musulmanes del Volga y los Urales, cuyos cuadros habían quedado inutilizados durante la lucha, perdió importancia. El Partido Comunista Musulmán perdió su autonomía y la idea de una alianza duradera entre la pequeña burguesía y el proletariado fue rechazada por el Congreso de los Pueblos Orientales celebrado en Bakú en septiembre de 1920. Se proclamó que la revolución nacional tenía que ser dirigida por el proletariado, es decir, el proletariado occidental, y que, como declaró un delegado del Congreso, «la salvación de Oriente solo reside en la victoria del proletariado» [IV]. Se abandonó el proyecto de un gran Estado musulmán. En su lugar, se crearon dos pequeñas repúblicas, una bachkir y otra tártara. La mayoría de los tártaros vivían fuera de esta última y su población sólo era tártara en un 51,6%. Sus ciudades eran casi un 80% rusas. Kazán, la capital, era un centro ruso.

Fue en esta etapa cuando Sultan Galiev, que seguía ocupando un cargo oficial importante, pasó a la oposición, en un intento de luchar contra las manifestaciones de lo que él llamaba "gran chovinismo ruso", y trató de infiltrar a sus partisanos tártaros en las organizaciones del Partido y en los soviets. Quería hacer de Kazán un centro de la cultura nacional tártara y un semillero revolucionario desde el que el "comunismo musulmán" se extendiera a todos los pueblos musulmanes de la Unión Soviética y, más allá, a todo el Oriente musulmán. Luchó contra los izquierdistas que defendían una política más antiburguesa y que contaban con el apoyo de los estametos rusos. También trabajó para que el tártaro, en lugar del ruso, fuera la lengua oficial de la administración.

Al toparse con la inquebrantable oposición del Gobierno Central y de los comunistas rusos, sobre todo después de que el X Congreso del Partido aprobara una clara resolución condenando la "desviación nacionalista", Sultan Galiev estableció contactos más o menos secretos con una serie de militantes descontentos. Quería crear un frente común contra los rusos, a los que acusaba de reanudar la política colonial zarista. ¿Hasta dónde llegó en la búsqueda de apoyo para este frente? Stalin le acusó de haber llegado incluso a contactar con los Basmatsh, las bandas de musulmanes insurgentes que libraban una lucha armada contra los bolcheviques de Turquestán. Pero no hay razón para tomar al pie de la letra las palabras de Stalin. Sea como fuere, en 1923 Stalin hizo detener y expulsar del Partido Comunista a Sultan Galiev. Fue liberado poco después, pero Kámenev lamentaría más tarde que él y Zinóviev hubieran dado su consentimiento a este «primer arresto de un miembro eminente del Partido por iniciativa de Stalin» [V].

Poco se sabe de la vida de Sultan Galiev después de 1923. Tal vez fue exiliado, detenido de nuevo y liberado. Trabajó en Moscú en las editoriales estatales. Pero continuó su lucha, al menos clandestinamente. Había creado toda una organización que atrajo a numerosos comunistas musulmanes, principalmente tártaros. Desarrolló sus ideas a la luz de la evolución de la situación, aunque desde la penumbra. En su opinión, la revolución socialista no resolvía el problema de la desigualdad entre los pueblos. El programa bolchevique consistía en sustituir la opresión de la burguesía europea por la opresión del proletariado europeo. En cualquier caso, el régimen soviético se estaba liquidando; la NEP estaba en pleno apogeo. O bien sería derrocado por la burguesía occidental o se convertiría en capitalismo de Estado y democracia burguesa. Cualquiera que fuera el resultado, los rusos como pueblo volverían a convertirse en opresores dominantes. El único remedio posible era asegurar la hegemonía del mundo colonial en desarrollo sobre las potencias europeas. Esto significaba crear una Internacional Colonial Comunista, que sería independiente de la III Internacional, y quizás incluso opuesta a ella. Rusia, como potencia industrial, tendría que quedar excluida. La difusión del comunismo en el Este, que esta nueva Internacional promovería, permitiría sacudirse la hegemonía rusa sobre el mundo comunista.

A medida que el régimen ruso se fortalecía, se volvía cada vez menos tolerante con la disidencia. En varias ocasiones, los rusos se dieron cuenta de que se enfrentaban a una oposición tártara organizada. Entonces, Stalin la reprimió. En noviembre de 1928, Sultan Galiev fue detenido y condenado a diez años de trabajos forzados, que cumplió en Solovski. Fue puesto en libertad en 1939, pero se le perdió la pista en 1940.

Lecciones de una historia olvidada

Alexandre Bennigsen y Chantal Quelquejay merecen nuestra gratitud por haber revivido esta historia olvidada. Su tarea de cribar, escudriñar y organizar una enorme cantidad de documentos en tártaro y ruso ha sido tan ardua como importante. Es de esperar que podamos extraer algunas conclusiones de sus hallazgos.

La primera es que el análisis de la lucha política en torno al problema de las minorías musulmanas en la Unión Soviética demuestra claramente que puede haber contradicciones en un régimen socialista. Esto no es nuevo, por supuesto: el propio Mao Tse-tung lo ha dicho, aunque con el añadido bastante gratuito de que tales contradicciones solo pueden emerger como "no antagónicas". Pero eso no altera el hecho de que cada vez que alguien pone de relieve una de esas contradicciones a nivel práctico se hace todo lo posible por negarla o minimizarla. Naturalmente, los más dogmáticos no hacen ningún intento de analizar esas contradicciones, de explicarlas o de comprender sus causas y sus repercusiones. Por el contrario, cada fase de la política adoptada por los dirigentes comunistas se presenta como determinada por una sabiduría superior que sigue atentamente los giros de la coyuntura nacional e internacional, guiada por la brújula infalible de la doctrina marxista. Por supuesto, la realidad es bien distinta: cada decisión política es el resultado de luchas constantes entre tendencias opuestas y expresa el equilibrio de fuerzas entre ellas. El trasfondo social de estas luchas es probablemente muy diferente al de una sociedad de clases, pero el mecanismo es similar en su esencia. En otras palabras, la historia continúa y aún no hemos entrado en el reino intemporal de la ciudad santa. Mucha gente responderá que todo esto es bastante obvio, pero tal vez no capten todas las complicaciones que entraña.

La política soviética podría haber sido diferente, más orientada hacia Asia, por ejemplo. Algunas de las ideas del Sultan Galiev tal vez pudieran haberse puesto en práctica. Pero había obstáculos muy reales para alcanzar tal programa: la falta de cuadros musulmanes, la situación en el Este en aquel momento. Además, en el interior existía el peligro de cierta desviación nacionalista tártara, reforzada por el nocivo chovinismo tártaro. En el exterior, incluso si se hubieran aplicado las ideas de Sultan Galiev, que en parte compartían el comunista indio Manabendra Nath Roy y otros que las defendieron durante los primeros Congresos de la Comintern, los beneficios habrían sido probablemente escasos. Incluso Walter Z. Laqueur está de acuerdo con esta visión pesimista, y nadie podría sospechar que fuera indulgente con los dirigentes bolcheviques [VI]. Pero está claro que la elección de la orientación a este respecto también se vio influida por otras consideraciones: estaba el dogmatismo de los dirigentes, el hecho de que en ciertos periodos la idea de que el proletariado era la fuerza predominante en la revolución se aplicara mecánicamente y contra todo sentido común, incluso a zonas en las que el proletariado no existía. De hecho, en general, y hasta hace muy poco, los dirigentes comunistas han sido tan obtusos como los capitalistas en su enfoque del despertar de los pueblos coloniales. Y, aunque su falta de comprensión es excusable a muchos niveles, el hecho es que ha tenido muchas consecuencias desastrosas incluso desde su propio punto de vista.

El socialismo y la cuestión nacional

También está claro que el socialismo, entendiendo por tal la socialización de los medios de producción, no resuelve automáticamente todos los problemas. El estalinismo nos ha demostrado que el despotismo era posible en el socialismo y, por tanto, que existía un problema de poder político subyacente. Otros acontecimientos sugieren que el problema nacional tampoco desaparece necesariamente bajo el socialismo. El hecho de que el proletariado haya llevado a cabo la revolución social no lo convertirá en un santo», escribió Lenin en 1916. Pero los eventuales errores –y los intereses egoístas que empujan a uno a cabalgar sobre las espaldas de los demás– le llevarán inevitablemente a darse cuenta de la siguiente verdad. Al convertir el capitalismo en socialismo, el proletariado crea la posibilidad de abolir por completo la opresión nacional: esta posibilidad «solo» [«¡solo!»] se convertirá en un hecho cuando la democracia se haya establecido por completo en todos los ámbitos [VII].

El ejemplo de Sultan Galiev demuestra que entre 1920 y 1928 los tártaros desconfiaban mucho de los comunistas rusos y temían un neocolonialismo comunista ruso. Los dirigentes bolcheviques negaron que tal temor estuviera justificado. El propio Stalin declaró, en 1923, que «si Turquestán es efectivamente una colonia, como lo era bajo el zarismo, entonces los basmatsh tienen razón, y no nos corresponde a nosotros juzgar a Sultan Galiev, sino a él juzgarnos a nosotros, como el tipo de gente que tolera la existencia de una colonia en el marco del poder soviético» [VIII]. Pero las cosas no eran tan sencillas. La política soviética hacia las minorías musulmanas de la Unión Soviética ha sido, en general, extremadamente atenta. Los musulmanes han sido bien atendidos y sus zonas han sido industrializadas. Los cuadros autóctonos fueron promovidos gradualmente, y este proceso continúa. Los musulmanes están protegidos por exactamente las mismas leyes que los demás ciudadanos soviéticos, y en la práctica los «autóctonos» han disfrutado incluso de ciertos privilegios frente a los rusos. Pero esta evolución ha sido cuidadosamente controlada. Se mantiene un férreo control sobre todos los puestos clave. Además, la tendencia general de las costumbres estalinistas no favorecía la interpenetración entre comunidades. La situación no tiene nada en común con las situaciones coloniales de otros lugares. Pero los problemas nacionales persisten, como lo demostró claramente el comportamiento de muchos grupos minoritarios durante la Segunda Guerra Mundial, y como lo confirman muchos pequeños incidentes incluso hoy en día [IX]. Y, por cierto, tales sucesos atraerían menos la atención, y bien podrían ser menos distorsionados en el extranjero, si los soviéticos no pusieran tanto esfuerzo en encubrirlos y atacar a los «calumniadores» que se atreven a sugerir que no todo es absolutamente perfecto en estas áreas de la Unión Soviética.

Un precursor

Sultan Galiev no parece haber tenido verdaderos herederos espirituales en las zonas musulmanas de la Unión Soviética. No sabemos qué ocurriría hoy si se permitiera la aparición de grupos de presión política. Pero lo que se puede suponer sobre las aspiraciones de los pueblos de estas zonas muestra que tienen poco en común con Sultan Galiev. Sus reivindicaciones parecen mucho más «reformistas», mucho menos revolucionarias. Si pudieran, presionarían por ligeros cambios, sin cuestionar el derecho del régimen a gobernar. El papel de propagadores de la Revolución en Oriente parece tener poco atractivo para ellos. Es posible, por supuesto, que la tapadera del conformismo oficial oculte una realidad mucho más efervescente…

Pero es fuera de la Unión Soviética, en los llamados países subdesarrollados, donde la situación contemporánea hace pensar constantemente en las ideas del Sultan Galiev. ¿Hasta qué punto puede decirse que es un precursor de la nueva línea adoptada por la Unión Soviética desde 1954, una línea que respalda a la burguesía neutralista afroasiática? ¿En qué medida puede considerarse precursor del comunismo maoísta, que se concentra esencialmente en la lucha inmediata por la revolución socialista en las excolonias?

La actitud de Sultan Galiev y de los comunistas tártaros en 1918 derivaba de su rechazo a servir de mero apoyo a un movimiento proletario europeo, por muy justificado que estuviera. Querían que la Revolución fuera también su revolución y que siguiera un curso determinado por sus propias acciones, no por las de su hermano mayor, evitando ese movimiento un tanto paternal del proletariado ruso. Hay que tener en cuenta que uno de los métodos de intervención de este último, que más tarde se utilizaría en otros lugares, era la insistencia en que el apoyo autóctono procediera únicamente del proletariado. En los países en los que el proletariado era todavía embrionario, esto equivalía a designar arbitrariamente a los individuos con los que valía la pena hablar. La exigencia esencial de los tártaros de "llevar a cabo nuestra propia revolución" llegó en el momento equivocado. La dirección bolchevique ya estaba tomando un rumbo muy diferente: un cuidadoso control burocrático sobre todos los aspectos del movimiento de masas. Tanto los soviets como los sindicatos, en el interior, y los partidos aliados o comunistas, en el exterior, estaban sometidos a un control muy estricto.

Significativamente, el hombre del momento era Stalin, cuya belicosidad universal y mezquina se convertiría más tarde en algo patológico. El enfermo Lenin fue ignorado cuando advirtió que "el daño que puede causar la falta de unidad entre los aparatos estatales nacionales y el aparato estatal ruso no es nada comparado con el daño que resultará de un exceso de centralismo; esto nos perjudicará no sólo a nosotros, sino a toda la Internacional, y a los cientos de millones de asiáticos que pronto seguirán nuestros pasos e irrumpirán en la escena histórica" [X]. En teoría, el propósito de la Internacional era impulsar la marcha del mundo hacia el socialismo. Por lo tanto, su tarea parece haber sido desarrollar un nacionalismo marxista que luchara por la independencia nacional y la socialización en los países dependientes. El desarrollo social del Este en aquella época impedía cualquier empresa más ambiciosa. A pesar de todos sus errores, está claro que esa era la intuición básica del Sultan Galiev. El sistema estalinista hizo imposible que los Partidos Comunistas coloniales llevaran a cabo esta tarea. Esencialmente, la culpa de este fracaso la tuvo su rígida subordinación a la estrategia mundial de una Internacional centrada en el mundo europeo. Estos partidos comunistas coloniales dependían a veces incluso directamente de sus equivalentes europeos. No obstante, acabó surgiendo un nacionalismo marxista, arrastrado por la corriente de la historia. Pero no lo hizo en el marco de los partidos comunistas, y fue necesaria la imbecilidad anticomunista estadounidense para empujar a la izquierda marroquí y argelina, a Castro, a Sekou Toure y a Modibo Keita a los brazos de lo que quedaba de la III Internacional.

Hoy existe la Internacional Colonial reconocida por Sultan Galiev. Adopta la forma del bloque afroasiático, que empieza a extenderse a América Latina, y está unida contra la dominación blanca, como soñaba el comisario tártaro. Pero existen ciertas diferencias, aunque todavía no llegan a escisión, entre un ala marxista comprometida con el avance rápido hacia el socialismo y un ala burguesa partidaria de una transformación lenta o incluso de ningún cambio. También hay una serie de casos ambiguos que resultan especialmente interesantes.

Desde 1954, la Unión Soviética apoya a esta Internacional Colonial. Pero Jruschov sólo sigue aparente y parcialmente la línea del Sultan-Galiev. Los pueblos coloniales siguen siendo vistos solo como una fuerza de apoyo cuya función es ejercer presión sobre los adversarios blancos de la Unión Soviética, arrancarles concesiones, no destruirlos. La Unión Soviética no fomenta la socialización en el Tercer Mundo y probablemente ni siquiera la desea. Parece que las autoridades soviéticas están finalmente de acuerdo con Sultan Galiev en este punto, pero su motivo no es fortalecer la revolución; el objetivo es mucho más egoísta. El triunfo mundial del socialismo se sigue considerando esencialmente como el resultado de la evolución más o menos revolucionaria de los países industrialmente avanzados. Solo en China, donde la distancia y la astucia ancestral china facilitaron eludir la estrategia internacional estalinista, el nacionalismo marxista pudo salir triunfante en el marco de un Partido Comunista tradicional. En efecto, Mao Tse-Tung se contentó con aplicar las ideas defendidas por la Comintern durante sus fases de frente popular o nacional. Pero las aplicó de forma sistemática y coherente. Su victoria y las circunstancias subsiguientes, la hostilidad militante de las naciones blancas y la socialización de la sociedad china, le llevaron a tomar el timón de un nuevo tipo de comunismo colonial, que propuso como modelo para todo el mundo subdesarrollado ya en 1949. Desde entonces, los acontecimientos en China no han dejado de acercar las ideas de los nuevos dirigentes chinos a algunas de las de Sultan-Galiev. La primacía de la revolución colonial y el temor a que un neocolonialismo, o al menos un neopaternalismo, pudiera acabar surgiendo del seno del propio mundo socialista han sido temas constantemente reiterados.

Así, las ideas de Sultan Galiev han resurgido en las dos principales corrientes del comunismo mundial. Por supuesto, nadie cita a este condenado campeón de las oscuras luchas de ayer. Y, sin embargo, se le puede considerar como el primer profeta de la lucha colonial contra la hegemonía blanca dentro del propio socialismo, como el primero en pronosticar una ruptura entre el comunismo europeo de los rusos y el comunismo colonial. También podría celebrársele como el hombre que proclamó por primera vez la importancia del nacionalismo marxista en los países coloniales, y la relevancia internacional para el socialismo de aquellos movimientos nacionales que no prevén inmediatamente la guerra de clases y la total socialización. El propio Mao seguía adoptando esta posición en Yenan. El futuro emitirá sin duda su propio veredicto sobre este primer representante del Tercer Mundo dentro del movimiento comunista. Seguramente no dejará de reconocer su papel de profeta marginado.

[I] Alexandre Bennigsen y Chantal Quelquejay, Les Mouvements Nationaux chez les Musulmans de Russie, 1: Le 'Sultangalievisme' au Tartarstan, Mouton, La Haye, 1960 (Documents et Témoignages, 3).

[II] De hecho, a lo largo de uno de los discursos pronunciados en la IV Conferencia del Comité Central del Partido Comunista Ruso, ampliada a los militantes responsables de las repúblicas y regiones nacionales, del 9 al 12 de junio de 1923. Véase I.V. Stalin, Sotshineniya, Bk. V, Moscú, 1947, pp.301-312. Para detalles importantes de esta conferencia, que había sido convocada especialmente para condenar al sultán Galiev, que había sido arrestado a finales de abril o en algún momento de mayo, véase E.H. Carr, A History of Soviet Russia, Vol. IV, The Interregnum, Macmillan, Londres, 1960, pp.287-9; Bennigsen y Quelquejay expresan algunas reservas sobre el pasaje. En la obra oficial Istoriya Kommunistitsheskoy partii Sovietskogo soyuza, Bk. IV/I, Moscú, 1970, p.283, aparece una fotografía de los participantes en el congreso, que solo fue numerado IV para restarle importancia. El comentario que lo acompaña deja claro que la condena de Sultan-Galiev aún persiste en la ideología oficial, y de hecho se ve reforzada por consideraciones contemporáneas.

[III] Por ejemplo, Sariddine Aini, Boukhara, traducido del tadjik por S. Borodine y P. Korotkine, Gallimard, París, 1956; Moukhtar Aouezov, La Jeunesse d'Abai, traducido del kazako por L. Sobolev y A. Vitez, Gallimard, París, 1959.

[IV] 
Premier Congrès des peuples de l'Orient, Bakou, 1920, Petrogrado, 1921, ed. francesa, citado por Bennigsen y Quelquejay, op. cit. p.140.

[V] 
Como le dijo una vez a Trotsky. Cf. L. Trotsky, Stalin, Hollis and Carter, Londres, 1947, p.417.

[VI]  Walter Z. Laqueur, The Soviet Union and the Middle East, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1959, p.22.

[VII] 
Resumen de una discusión sobre el derecho de las naciones a la autodeterminación" en V.I. Lenin, "Observaciones críticas sobre la cuestión nacional", Obras Completas, Vol. 20, pp.1-34 (4ª ed. rusa), (puntuación de Lenin). Para un análisis de cómo evolucionó la posición de Lenin, en qué se diferenciaba de la de Stalin y cómo se manifiesta el problema en la Unión Soviética hoy en día, véase H. Carrère d'Encausse, "Unité prolétarienne et diversité nationale, Lenine et la théorie de l'autodétermination" en Revue Française de Science Politique, Vol. XXI, No. 2, pp.221-255.

[VIII]
 Stalin, El marxismo y la cuestión nacional, varias ediciones.

[IX] 
Probablemente estaba minimizando el problema. Véase A. Bennigsen y C. Lemercier-Quelquejay, L'Islam en Union Soviétique, Payot, París, 1968, para un relato objetivo.

[X] 
Observaciones sobre «nacionalidades y autonomía»; véase Marxist Quarterly, octubre de 1956, p. 255. Los «aparatos nacionales» se refieren a los aparatos de los partidos comunistas no rusos de la Unión Soviética.

lundi 8 décembre 2025

Cuestión nacional, cuestión colonial y antiimperialismo en la tradición marxista: de la I Internacional a la Conferencia de Bakú (1864-1920)


https://doi.org/10.25058/20112742.n42.02

Javier García Fernández
https://orcid.org/0000-0001-7994-5477
Universidad de Granada, España
jgarciafer@ugr.es

Ramón Grosfoguel
https://orcid.org/0000-0001-9051-1573
Universidad de California, Berkeley, USA
grosfogu@berkeley.edu

Resumen:

El presente artículo elabora una revisión crítica del pensamiento marxista desde autores como Karl Marx, Friedrich Engels, Karl Kaustky, Eduard Bernstein, Otto Bauer, Iosef Stalin, Rosa Luxemburgo, Vladimir Ilich Lenin y Manabendra Nath Roy en torno a la cuestión nacional, colonial y antiimperialista. Pretendemos recoger una nueva genealogía crítica sobre la cuestión nacional dentro del marxismo que no ha sido reconocida por el llamado marxismo occidental hegemónico. Se trata de la relación entre la cuestión nacional, la cuestión colonial y la cuestión antiimperialista en la primera tradición marxista entre la I Internacional, la AIT y la III Internacional, el Komintern. Esta tradición incorpora reflexiones y análisis para pensar la cuestión del derecho de autodeterminación como uno de los elementos centrales del pensamiento marxista durante el último tercio del siglo XIX y las dos primeras décadas del siglo XX. La formulación del derecho de las naciones a la autodeterminación incorporó elementos de la llamada cuestión nacional, de la cuestión colonial y de la crítica marxista al imperialismo y es fundamental para comprender el desarrollo de la teoría marxista y del movimiento sociales desde la I Internacional (1864) a la Conferencia de Bakú (1920).

Palabras clave: cuestión nacional, cuestión colonial, antimperialismo, derecho de autodeterminación, marxismo.

ENLACE: https://www.redalyc.org/journal/396/39671964002/html/

Guillermo Monroy, el artista malogrado de Atlántica (2022)

 El Espacio Sirvent de Vigo exhibe una selección de su obra, la gran mayoría inédita

Uno de los lienzos que forman la exposición.  | // FDV

Ágatha de Santos VIGO

Coincidiendo con el cuarenta aniversario de la muerte de Guillermo Monroy (Vigo, 1954-1982), el Espacio Sirvent de Vigo inaugura mañana una selección de sus obras, en su mayoría inéditas, que muestra solo una parte de una década de dedicación plena a la pintura que truncó un desafortunado accidente. Tenía solo 28 años. Sin embargo, dejó un importante legado y de una gran madurez artística a pesar de su juventud.

Guillermo Monroy, en 1978.  | // FDV 
Guillermo Monroy, en 1978. | // FDV / a. de santos

Según su comisario, Ángel Cerviño, esta muestra se presenta como un ejercicio de memoria y llamada de atención sobre una producción artística de extraordinaria calidad que ya forma parte indisoluble de nuestro imaginario colectivo y sobre la figura de un artista injustamente olvidado. A la inauguración de la muestra, que podrá visitarse hasta el 4 de febrero, asistirá Flor Monroy, hermana del artista y albacea de su legado.

Guillermo Monroy formó parte del núcleo fundacional del movimiento artístico Atlántica, que propició una radical renovación de las prácticas artísticas en Galicia, y fue una pieza sin la que no se podría entender este grupo de jóvenes artistas. “Según todos los testimonios de sus compañeros de aventura, el vitalismo y la generosidad de Guillermo fueron unos de los elementos integradores del grupo, el nexo cohesionador que marcará con su impronta plástica e ideológica numerosos aspectos del movimiento, hasta el punto que se llegará a afirmar que ‘Atlántica xestouse no seu estudio’”, sostiene.

Esta energía vital y la celebración de la existencia serán también las características más señaladas de su trabajo pictórico. “Una suerte de panteísmo visual en el que el más humilde objeto se verá elevado a la categoría de acontecimiento. Una obra dotada, por otro lado, de un fuerte componente analítico que arranca siempre de la estricta geometría del soporte, paralelepípedo a partir del cual se establecen las líneas compositivas básicas: el trazado arquitectónico de lo real, recubierto por juegos cromáticos de complementariedad y contraste sobre los que la dinámica del gesto traza nuevos ritmos y procesos de desarrollo y crecimiento”, explica.

El accidente que le costó la vida dejó a Galicia sin un artista que legó una “producción artística única e irrepetible” en apenas diez años. En una década de intenso trabajo y dedicación plena a la pintura, Guillermo desarrolló un proyecto artístico de inusitada madurez y coherencia, que parece desmentir su extremada juventud. “Su legado lo constituyen una gran cantidad de lienzos y dibujos sobre papel, centenares de bocetos y apuntes; pintura aplicada sobre toda clase de soporte: tela, papel, cartones y embalajes encontrados, como si –sobre todo en sus últimos años– “un oscuro presentimiento lo empujara a una infatigable actividad creadora gobernada por la voluntad de entregar su vida a la pintura”, comenta Cerviño.

L’Arabie saoudite : une créature à deux têtes

SOURCE: https://www.legrandsoir.info/l-arabie-saoudite-une-creature-a-deux-tetes.html

Etat saoudien : un royaume pétrolier sous tutelle

Un bref résumé historique concernant la naissance de l’Arabie saoudite.

La Péninsule arabique était une région désertique, peuplée de tribus bédouines, souvent en conflit. Au XVIIIe siècle, la tribu de la famille des Saoud était parvenue à unifier l’Arabie pour répandre la doctrine wahhabite, une interprétation rigoriste du sunnisme dont le fondateur est Muhammad Ibn el-Wahhâb (1703-1792). Mais cette unification prit fin avec l’intervention de Muhammad Ali, le pacha d’Egypte. A partir de 1901, du Koweït où il est né, le jeune Abdelaziz Ibn Saoud mène le combat pour le rétablissement de l’ État de ses ancêtres. Il s’empare de Riyad, puis de l’ensemble des régions du Nedjd et du Hassa. En 1915, en pleine guerre mondiale, les Britanniques recherchent une alliance dans la Péninsule. A cet effet, ils reconnaissent les conquêtes d’Ibn Saoud tout en s’alliant avec son principal rival le Chérif Hussein de La Mecque. Ce dernier a pris en charge le soulèvement arabe contre les Ottomans. Le 16 mai 1916, les ministres des Affaires étrangères britannique et français M. Sykes et F.G.Picot se partagent le Proche-Orient en signant les Accords Sykes-Picot et le 2 novembre 1917, par la déclaration Balfour, la Grande Bretagne répond favorablement au mouvement sioniste pour instaurer un Foyer national juif en Palestine... Chérif Hussein s’oppose à cette initiative... Ce qui entraîna la puissance coloniale britannique d’apporter son soutien à son rival, à savoir, Ibn Saoud... Et en 1926, Ibn Saoud est devenu Roi du Hedjaz, Sultan du Nedjd, mais aussi maître des Lieux Saints. Il parvient à imposer le wahhabisme comme faisant partie de l’Islam officiel sunnite...Il n’est pas inutile de souligner que suite à l’implantation des juifs européens organisée par le mouvement sioniste avec l’aide des puissances coloniales, les nombreux soulèvements populaires palestiniens n’eurent aucun soutien du nouveau roi Ibn Saoud... Des soulèvements réprimés dont l’assassinat en 1936 du dirigeant palestinien Azzedine Kassem par l’armée britannique et la force armée sioniste, la Haganah.

Les années 30 correspondent également à la découverte des ressources pétrolières dans la péninsule arabique. Pour des raisons stratégiques, Ibn Saoud se détourne des Anglais et accorde les premières concessions de recherches pétrolières à une nouvelle puissance occidentale, les Etats-Unis. A partir de 1939, la première exploitation commerciale commence avec les entreprises Texas Oil Co, Standard Oil Company of California...

Depuis, l’Arabie saoudite est devenue le royaume des hydrocarbures sous contrôle états-unien.

A La Mecque : un cerveau qui prie et compte

Entre 1 et 1,5 million de musulmans, venus du monde entier font le Hajj, le pèlerinage annuel à La Mecque qui se déroule sur cinq à six jours. C’est l’un des plus grands rassemblements religieux qui soit. Tout musulman qui en a les moyens est tenu de l’accomplir au moins une fois dans sa vie. En 2024, le pèlerinage a rapporté à l’Arabie saoudite environ 171 milliards de dollars. Le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) a mis en œuvre le projet ’’Vision 2030’’ pour faire du pèlerinage une ’’industrie’’ du tourisme du Hajj...

En acceptant de vendre à L’Etat d’Israël et à l’Arabie des avions de chasse F-35, D. Trump a récolté 1000 milliards de dollars d’investissement saoudien. D’autre part, comme le souligne le journal libanais L’Orient- Le Jour, entreprises saoudiennes et américaines ont signé de gros contrats sur l’IA et les terres rares (1).

Dorénavant, le pèlerin devrait méditer sur la valeur de son titre de Hajj car l’argent qu’il a ou qu’il va dépensé pour l’acquérir a servi ou servira directement ou indirectement à financer le génocide et le nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie.

D’où la suggestion suivante : boycotter le pèlerinage à la Mecque pour manifester sa solidarité avec le peuple palestinien !

Comme le souligne la rapporteuse spéciale de l’ONU, F.Albanaise dans son dernier rapport - Le génocide de Gaza : un crime collectif’-où elle met en évidence la complicité des Etats occidentaux et des Etats arabes clés qui ont alimenté ou se sont rendus complices de la machine génocidaire israélienne à Gaza (2).
Et à la tête de ces Etats clés, le Royaume saoudien allié de l’impérialisme israélo-occidental. Un impérialisme qui veut faire du Moyen-Orient, un prolongement de l’ Occident dans le but d’instaurer le Royaume d’Israël du Nil à l’Euphrate (3).

On ne peut que conclure que le cerveau de MBS qui habite à La Mecque prie sans penser mais il compte le nombre de pierres achetées que chaque pèlerin jette contre Satan. Plus le pèlerin jette de pierres, plus la porte du Paradis lui est grande ouverte et sur terre, cela rapporte plus de dollars à MBS...D’où l’expression, d’une pierre deux coups !

A Riyad : un cerveau qui obéit pour avoir la liberté de compter

Sur les sujets brûlants, peuple palestinien , Gaza, Cisjordanie, Liban, Syrie, les idéologues et les stratèges sionistes et américains y réfléchissent dans l’ ombre pour mettre en place une stratégie de pacification de la région. Cette stratégie comporte trois volets qui sont dépendants :

1) Soumettre Gaza et la Cisjordanie sous tutelle sioniste sous une forme ou une autre.
2) Morceler la Syrie tout en annexant certains territoires dont le Golan. L’ancien-nouveau terroriste-démocrate Jolani- Charra étant toujours sur la liste des intégristes ne peut que se soumettre et obéir aux ordres. En particulier, servir pour déstabiliser le Liban.
3) Continuer à bombarder le pays du cèdre et l’étrangler financièrement afin d’obliger le président libanais Joseph Aoun de donner l’ordre à l’armée libanaise de désarmer la Résistance libanaise, le Hezbollah...

Dans une situation sociale et politique explosive, en particulier dans le Sud du Liban, l’hypothèse d’une guerre civile est à prendre au sérieux...Une hypothèse qui a la faveur des Etats-Unis et de l’Etat d’Israël avec une Arabie saoudite toujours prête à collaborer sans état d’âme, une fois la tâche accomplie, tout comme les autres Etats arabes ’’normalisés’’...

Pendant ce temps, l’Etat sioniste occupe et bombarde le Liban, colonise et nettoie ethniquement la Cisjordanie et Gaza tout en continuant sa stratégie génocidaire avec le soutien indéfectible des Etats-Unis. En effet, comme l’a déclaré le Secrétaire général du Hezbollah, ces derniers « ne sont pas un médiateur mais un agresseur » et sont « le fléau du Liban »(4).

Un fléau pour tout le Moyen-Orient...Et en ligne de mire l’Iran avec la bénédiction des dirigeants arabes dans l’habit du serviteur volontaire (5).

M. El Bachir

(1) https://www.lorientlejour.com/article/1485678/a-washington-entreprises-saoudiennes-et-americaines-signent-de-gros-contrats-sur-lia-et-les-terres-rares.html

(2) https://www.un.org/unispal/document/special-rapporteur-report-gaza-genocide-a-collective-crime-20oct25/

(3) https://www.mondialisation.ca/wahhabisme-et-sionisme-une-sainte-alliance-contre-liran/5619778?doing_wp_cron=1763688117.7347669601440429687500

(4) https://french.almanar.com.lb/3443178

(5) https://www.mondialisation.ca/les-dirigeants-arabes-dans-lhabit-du-serviteur-volontaire/5697379

MALMKROG (Christi Puiu, 2020)

𝐋𝐚𝐬 𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐫𝐚𝐬 𝐲 𝐦𝐞𝐝𝐢𝐚 𝐦𝐚́𝐬 𝐝𝐞𝐧𝐬𝐚𝐬 (𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐫𝐢𝐠𝐚𝐧𝐭𝐞𝐬) 𝐝𝐞𝐥 𝐜𝐢𝐧𝐞 𝐫𝐮𝐦𝐚𝐧𝐨


Dirigida por el rumano Christi Puiu, se trata de una película extraordinaria, alejada de los ritmos trepidantes, porque deja la acción a un lado para enfocarse en la profundidad de los diálogos y el matiz de sus personajes.
Me recuerda mucho a "El arca rusa" del ruso Aleksandr Sokúrov, otra delicia cinematográfica destinada a la contemplación, en la que un narrador anónimo e invisible para el público va caminando por el Palacio de Invierno (ahora el Museo del Hermitage de Rusia en San Petersburgo). El narrador nos dice que ya está muerto, y que es un fantasma que deambula errante por cada cuarto del palacio, en los que se encuentra con variados personajes reales y ficticios de los tres siglos de historia del lugar.
Su sinopsis:
"Nikolái, poderoso terrateniente y hombre de mundo, decide invitar a sus amigos de la alta sociedad a alojarse en su mansión de Malmkrog, Transilvania, para pasar las fiestas de fin de año. Entre sus invitados se encuentran un político franco-ruso, un general ruso y una condesa, que disfrutan de una velada serena entre sabrosas comidas, juegos de sociedad y profundas discusiones sobre la moral, la política, la muerte o la existencia del mal. A medida que las horas pasan, las tensiones aumentan y cualquiera puede caer víctima de su propio discurso... "
La película está inspirada en la obra filosófica "Tres diálogos y el relato del Anticristo" del filósofo ruso Vladímir Soloviov, y se caracteriza por un enfoque riguroso en los diálogos y el espacio, desafiando las convenciones narrativas tradicionales.
 

Algériens, Juifs et Arméniens, aux marges du communisme français

SOURCE: https://www.nonfiction.fr/article-12515-algeriens-juifs-et-armeniens-aux-marges-du-communisme-francais.htm

Trois thèses publiées récemment viennent éclairer le rapport entre le PCF et les groupes minoritaires des colonies et du monde ouvrier au XXe siècle.

Si le Parti communiste français a d’abord cherché à s’implanter dans le monde ouvrier et dans les secteurs principaux de la production, trois livres, issus de thèses, viennent éclairer les stratégies complémentaires de développement, dans des zones périphériques en situation coloniale, ou chez les travailleurs d’origine immigrée – Arméniens ou Juifs ashkénazes. Ces thèmes, secondaires dans la stratégie globale du PCF, répondent à des directives de l’Internationale communiste et de ses organisations périphériques, qui exigeaient « d’organiser les couches les plus exploitées » de la population, au premier rang desquels les travailleurs coloniaux et les travailleurs immigrés. Les trois ouvrages abordent ces aspects et analysent les tensions existantes entre les centres (Moscou, Paris) et les périphéries, contribuant à une meilleure compréhension des cercles concentriques et des logiques militantes du mouvement communiste.

Etre communiste en Algérie 

L’ouvrage d’Éloïse Dreure, Des communistes en situation coloniale, permet de voir la difficulté d’implantation du PCF en Algérie et les tensions qu’elle a générées dans son appareil. Se fondant sur des matériaux originaux (archives du Komintern, archives de la répression coloniale et de nombreuses photos), l’ouvrage étudie l’implantation et les structures communistes en Algérie et la manière dont le PCF a tenté de franchir la « barrière coloniale » en socialisant et en politisant les Algériens.

L’implantation du PCF et de ses organisations satellites en Algérie et chez les Algériens s'est heurtée à des difficultés d'espèces différentes. Suivant les consignes de l’Internationale communiste, le PCF a tenté de s’algérianiser sans réellement y parvenir : il est resté principalement présent dans les secteurs occidentaux (PTT, cheminots, employés). Le nombre de militants demeure relativement faible : autour de 1 000 membres, avant de connaître un effondrement au début des années 1930. Le PCF a subi, en raison de ses discours anticolonialistes et de ses appels à l’indépendance, des vagues de répressions relativement importantes. Nombre de ses militants se rendant en Algérie pour des tournées de conférences se retrouvent enfermés pour trouble à l’ordre public et les réunions publiques sont souvent interdites.

Les structures militantes en Algérie reprennent les différentes formes d’organisation du mouvement communiste (organisations syndicales, de jeunesse, de défense des emprisonnés). Elles s’inscrivent dans des moyens classiques de propagande : presse (comme les journaux La Lutte sociale ou L’Algérie ouvrière), réunions publiques, distribution de tracts. Cette propagande est majoritairement effectuée en français. En raison de l’anti-impérialisme communiste, la Fédération algérienne du PC est soumise à de nombreuses injonctions (participer aux journées de lutte contre le colonialisme ou manifester en faveur de l’indépendance des colonies). Face à ce contexte compliqué, des émissaires du Parti et parfois de l’Internationale communiste viennent régulièrement pour tenter de redresser la situation, sans grand succès jusqu’en 1935.

Éloise Dreure décrit les cadres communistes et les modalités de militantisme. Le turn-over a été très important. Les secrétaires sont mis à l’écart en raison d’une incompréhension ou d’une impossibilité de mettre en œuvre la politique algérienne du Parti, ou parfois parce qu’ils ont rejoint des groupes en opposition avec la ligne du Parti, à l’image d’Henri Schiavo, tour à tour dirigeant du PCF puis de la CGTU. Officiellement exclu pour une incompréhension de la politique coloniale, le motif de sa mise à l'écart était en réalité sa proximité avec le groupe de La Révolution prolétarienne. Les cadres sont plutôt jeunes, issus du monde ouvrier ou employés, souvent envoyés dans la colonie pour tenter de remédier à la crise de l'organisation. L’auteure met à profit les saisies effectuées sur les militants pour analyser le poids des instructeurs sur le fonctionnement du Parti. Elle souligne également la difficulté que ces militants ont à entrer en contact avec des Algériens, comme le montrent les rapports de visites cités.

Militer en Algérie

Comme en métropole, le militantisme est souvent familial. Au fur et à mesure, ces militants incarnent le moule thorézien de ceux qui ont adhéré dans les années 1920 ou au début des années 1930 et qui n’ont connu que le militantisme communiste. Il faut attendre la fin des années 1930 pour que l’origine locale soit valorisée et que des Algériens accèdent à des responsabilités. Le Parti a tenté de mettre en œuvre une double direction (formée par un occidental et un algérien) pour favoriser l’implantation dans le monde colonial. En dépit de ses efforts, le PC puis le PCA est cependant resté très minoritaire, chez les Français issus de la métropole comme chez les Algériens, dont la part ne représente qu'entre 15 et 20 % des effectifs communistes locaux au milieu des années 1930.

À partir de cette date, les contacts avec les Algériens sont plus nombreux : le PCA s’ouvre à une forme de diversité culturelle prenant en compte les particularités des Algériens, favorisant indirectement la naissance d’un noyau militant. Mais c’est autour du Front populaire, marqué par l’arrivée d’un nouvel émissaire, Jean Chaintron, et d’un nouveau responsable du Parti, Élie Mignot, que les effectifs explosent, pour atteindre près de 5000 membres. La région algérienne du PCF, devenu Parti communiste algérien en 1936, tout en restant sous la tutelle du Parti français, connaît alors son apogée électoral : les résultats sont multipliés par 8.

Enfin l’auteure montre la position ambiguë du PCF suite au discours de Thorez de 1937 quant à l’indépendance de l’Algérie. Le dirigeant communiste n’y est pas hostile, mais considère que la situation n’est pas encore mûre, conseillant stratégiquement de créer les conditions pour qu’elle le devienne. Cette ligne résume la difficulté à exprimer une position minoritaire et à construire un mouvement politique dans un environnement hostile. Cette caractéristique se retrouve également en métropole dans les minorités nationales.

Des communistes arméniens en France

Dans sa thèse sur les communistes arméniens publiée sous le titre Ceux de Manouchian, Astrig Atamian embrasse une période plus large, allant des années 1920 aux années 1990, qui couvre le siècle communiste et s’appuie sur de nombreuses archives. L’historienne a eu accès, notamment, aux autobiographies des cadres communistes rédigées pour l’appareil du Parti (à Moscou dans les archives du Komintern et dans les archives du PC Arménien à Erevan). L’ouvrage se compose de trois grands thèmes : l’avant-guerre, qui est la partie la plus riche, la guerre et l’après 1945. Cette approche lui permet de dégager des lignes de force des modalités d’engagement et d’organisation des communistes arméniens en France. 

Les militants de la première génération sont majoritairement orphelins, issus du monde rural, et se sont réfugiés en France selon des parcours variés. Si certains ont pu avoir accès à la scolarité, quelques-uns ont réalisé des études supérieures. La majorité a commencé à travailler jeune. D’autres sont des révolutionnaires professionnels : quelques-uns ont connu le mouvement ouvrier avant la guerre et sont passés par les différents partis socialistes en Arménie ou dans les Balkans. La majeure partie d’entre eux adhère directement au PCF. L’adhésion s’est majoritairement réalisée par le Comité d’aide à l’Arménie (HOK) et l’Union des étudiants de Transcaucasie, organisation de masses contrôlées par le PCF, l’adhésion au PCF s’effectuant via les groupes de langue de la Main-d’œuvre étrangère (MOE) qui devient la Main-d’œuvre immigrée (MOI). Cependant, l’implantation des communistes dans les communautés arméniennes en France demeure faible. La MOE/MOI a 450 membres en 1927 et à peine une centaine par la suite. Les effectifs de la centrale syndicale pilotée par le PCF ne sont pas meilleurs.

En outre, le HOK est placé sous le contrôle d’Erevan. L’auteure pointe les conflits entre le centre arménien et la direction communiste à Paris. Le HOK prône le retour en Arménie socialiste alors que le PCF souhaite privilégier l’implantation dans la communauté arménienne en France. C’est à la faveur du Front populaire, lorsque les adhésions augmentent ainsi que le courant de sympathie pour l’Arménie socialiste, que le HOK organise un départ de 1800 Arméniens vers l’URSS. Ce départ coïncide avec le début de la grande terreur en Arménie : le principal responsable du PCA est ainsi purgé, entraînant en 1936 la disparition du HOK et jetant le trouble chez certains responsables.

Le dictionnaire biographique des cadres communistes arméniens proposé en fin d’ouvrage rappelle l’itinéraire de certains d’entre eux. S’arrêtant à leur départ en 1936, il amène à s’interroger sur leur vie en URSS à cette date.

L'épreuve de la guerre

Le délitement temporaire des liens avec l’Arménie soviétique favorise le contrôle du PCF sur cette sous-section de la MOI. Avec la période du Front populaire, une nouvelle génération émerge, incarnée par la figure de Missak Manouchian. S’il n’adhère officiellement au PC qu’en 1934, il a été façonné par le communisme des organisations de masse du début des années 1930. Entre 1936 et 1938, le communisme arménien en France est alors à son apogée. Le Pacte germano-soviétique déstabilise les Arméniens communistes ; en juin 1941, sa rupture permet le passage à la lutte armée, dont Manouchian devient la figure centrale et tragique.

Après avoir participé à l’action clandestine, il devient responsable des MOI parisiens en août 1943 en remplacement de Boris Holban, qui a refusé de continuer l’action armée qui mettait en péril les groupes de combattants des FTP/MOI. Mais le travail de filature de la brigade spéciale n° 2, chargée de mener des actions contre la lutte armée communiste, entraîne l’arrestation de Manouchian et la traque des autres arméniens, qui pour beaucoup réussissent néanmoins à échapper à l’arrestation. S’il est possible de regretter que l’auteure ait fait par trop confiance aux témoignages dont il est difficile, voire impossible, de vérifier la véracité, elle montre avec finesse la constitution, le fonctionnement et l’étendue des réseaux arméniens en France.

L’après-guerre renoue avec le schéma existant avant les purges, en le modifiant légèrement. De nouvelles structures sont créées, comme la Jeunesse arménienne de France. L’organisation connait quelques succès, mais se heurte à la concurrence et à l’hostilité des autres organisations arméniennes non communistes. La mission principale des communistes arméniens est d’organiser le départ vers la République soviétique, qui aboutit en 1947 au départ de 7 000 Arméniens. Mais pour les arrivants, le pays rêvé se transforme vite en cauchemar, comme en témoigne la manifestation organisée à Erevan lors de la visite de Christian Pineau en 1956, durant laquelle plusieurs dizaines d’Arméniens demandent à rentrer en France. Les tensions entre le Parti français et le Parti soviétique entraînent, au début des années 1970, la mise à l’écart de certains cadres arméniens, jugés trop philosoviétiques, avant qu’une normalisation n’intervienne après 1977.

Astrig Atamian montre comment le PCF a soutenu la cause arménienne. Loin d’un Manouchian qui, dans les années 1930, refusait de célébrer la fête nationale le 24 avril, le PCF s’est fait le promoteur, à partir des années 1950, de la cause arménienne, d’autant plus facilement qu’elle lui permet de dénoncer les alliés des Américains. Deux cadres du PCF, qui siègent à la Commission centrale de la MOI, portent les demandes de reconnaissance du génocide arménien à l’Assemblée nationale et plus largement dans l’espace public.

Enfin, la mémoire de la Résistance scelle un pacte entre une partie des Arméniens et le PCF, non sans heurts. Des tensions émergent en effet à la suite du film de Moscou Des terroristes à la retraite. Elles aboutissent néanmoins à la panthéonisation de Manouchian, devenu le symbole des combattants des FTP/MOI. L’auteure montre ainsi comment s’est recomposée la mémoire du communisme arménien autour d’une image devenue iconique.

Communistes juifs ou Juifs communistes

La question des liens entre appartenance communautaire et communisme est également au centre de la thèse Militer en minorité, de Zoé Grumberg, qui interroge l’engagement des anciens militants du secteur yiddishophone de la Main-d’œuvre immigrée du PCF. Contrairement à Astrig Atamian au sujet des communistes arméniens, Zoé Grumberg considère que l’identité juive est principale dans l'engagement de ceux qu'elle étudie, qualifiant les militants de Juifs communistes. Elle prend ainsi le contre-pied de l’historienne Annie Kriegel, qui voyait dans ces militants des acteurs d’abord communistes, ensuite Juifs, et suggérait en 1989  :

« Quelle que soit l’opinion que l’on se fait aujourd’hui de cette croyance porteuse d’identité, nul, s’il lui est loisible de le regretter, n’a le droit de dissimuler que celui qui tomba en criant “vive Staline” était peut-être patriote, antifasciste, juif, mais qu’il était d’abord communiste. C’est le respect qu’on doit aux vivants et aux morts : les nommer dans l’identité qu’ils se sont choisie, en fonction de l’itinéraire qu’ils ont parcouru et dont ils ont éventuellement plus tard changé… pour ceux à qui le temps fut donné de le faire   .

Annie Kriegel soulignait alors que les recompositions identitaires avaient été ultérieures et que la question de l’idéologie avait été prépondérante dans les choix militant. Partant d'un a priori différent, et sans affronter directement cette question, le livre de Zoé Grumberg aborde l’action des communistes juifs yiddishophones formant le secteur juif du PCF comme celle d’un groupe militant doublement minoritaire, chez les communistes et chez les Juifs.

L'auteure détaille l’action de ce groupe à travers les itinéraires de 25 de ses militants (19 hommes et 6 femmes), cadres intermédiaires et dirigeants du secteur juif du Parti. Ce noyau militant a été reconstitué sur les bases de l’ancienne MOI du PCF. Ces cadres sont issus de la génération kominternienne et ont, pour la majeure partie d’entre eux, commencé à militer dans l’entre-deux-guerres, au temps de la période «  classe contre classe  » du PCF. Ils sont souvent dotés d’un capital culturel important et un tiers a connu un autre engagement avant le communisme. Dans leur immense majorité, ils ont participé à la résistance communiste juive dans les MOI comme dirigeants nationaux ou locaux.

S’implanter en milieu Juif

Au sortir de la guerre, il s’agit de s’implanter dans le monde juif parisien. Ces militants sont en concurrence – et souvent en conflit – avec les autres organisations juives non communistes (bundistes, sionistes de plusieurs obédiences). Ils cherchent alors à acquérir une place dans les organisations juives, tout en espérant profiter de la dynamique de la Libération. Les militants soucieux de leur audience et de leur implantation créent (ou recréent) des sous-organisations de masses (club sportif, centre culturel…). Selon les sources indirectes, les organisations communistes juives possèdent ainsi une influence électorale et associative sur environ 10 % de la population juive en France (soit nettement moins que l’influence du PCF sur la société française à cette même date, qui représente 25 à 30 % du corps électoral).

Initialement, la direction du PCF hésite entre une intégration pure et simple des communistes juifs dans les organisations de masse et le maintien d’une organisation spécifique. C’est la concurrence des autres organisations juives qui oblige le PCF à maintenir une organisation dédiée. L’encadrement est d’une relative stabilité, excepté pour les membres qui doivent partir construire le socialisme, en Pologne notamment. Les cadres communistes suivent la ligne du parti et obéissent aux mêmes règles que les autres militants (travail sectoriel, autocritique biographique, contrôle, soutien au mouvement communiste international). La consultation des dossiers de la section au sujet de la montée de cadres dans la commission centrale livre de précieuses indications sur le degré de surveillance et de contrôle réciproque entre les militants que l’auteure restitue parfaitement.

Ce noyau militant engage les communistes juifs dans l’action sociale. L’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide multiplie, avec l’aval du Parti, les démarches sur la restitution des appartements spoliés. Plus largement, les communistes juifs cherchent à venir en aide aux personnes nécessitant le secours des fonds sociaux. Avant le début officiel de la guerre froide, ils participent aux organismes de solidarité, via le Fonds social juif unifié (FSJU) et le Comité juif d’action sociale pour la reconstruction. Leur départ du FSJU contribue à montrer que les objectifs des communistes juifs répondent à la même logique que ceux du PCF après 1947.

C’est autour de l’aide sociale à l’enfance et de la Commission centrale de l’enfance (CCE) que le secteur juif du PCF rencontre le plus grand succès. Cet organisme prend en charge les orphelins, comme le font par ailleurs d’autres organismes juifs (des sionistes aux bundistes), et est initialement financé par le Joint, l’organisme américain d’aide aux Juifs. La CCE s’inscrit dans la mission éducative communiste : si quelques éducateurs ont suivi en Pologne les enseignements de Janusz Korczak, ce sont les méthodes du pédagogue communiste soviétique Anton Makarenko qui sont prônées. Pour la CCE, il s’agit d’abord de créer chez les enfants de nouvelles générations militantes. L’organisme utilise les différents anniversaires pour exprimer une double mémoire : honorer les combattants communistes et les révoltes, comme la célébration de l’anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie.

Chez les communistes juifs, comme pour le PCF, la valorisation de la Résistance est prégnante. Elle passe par la constitution d’un centre de documentation spécifique, en concurrence avec le Centre de documentation juive contemporaine, placé sous la responsabilité de Aron Erlich, devenu David Diamant. Communiste depuis le début des années 1930, son objectif est de valoriser la résistance communiste juive. C’est dans un second temps que la question de la Shoah apparaît spécifiquement.

Des cadres communistes juifs

Enfin, Zoé Grumberg se penche sur les itinéraires des cadres communistes juifs, qu’elle confronte aux épisodes de la guerre froide. Ils suivent globalement la ligne du PCF, soutenant la politique étrangère de l’Union soviétique reconnaissant la naissance de l’État hébreu, avant de le critiquer pour ensuite l’accepter. Ils se montrent aveugles face à l’existence d’un antisémitisme d’État qui s’est développé en URSS lors des campagnes anti-cosmopolites des années 1949-1952, avant de reconnaître avec amertume sa réalité. Dans les itinéraires des 25 cadres communistes juifs retenus, un seul rompt frontalement avec le Parti après un voyage en URSS, à l'occasion duquel il constate la quasi-disparition de la culture juive. Le désengagement des Juifs demeure très minoritaire et se fait souvent silencieusement, et tardivement (les années 1960 voire 1970).

L’utilisation des autobiographies et des souvenirs familiaux laisse parfois planer des doutes et soulève des interrogations liées à des archives parcellaires, empêchant l’auteure de pousser plus loin ses investigations. Par exemple, un dossier, qui semble vidé d’une partie de ses pièces, mentionne la présence d’un responsable soviétique lors d’une réunion de la commission de contrôle en 1954, sans que l’on puisse en comprendre réellement les tenants et les aboutissants. De même, les zones d’ombre des anciens communistes juifs partis construire le socialisme en Europe de l’Est sont aussi importantes. La documentation proposée repose principalement sur des témoignages – non confirmés par d’autres archives – et des autobiographies plus ou moins réécrites au prisme du présent (comme c’est le cas pour les souvenirs de Joseph Minc, Adam Rayski ou Louis Gronowski), soulevant la question des rapports entre mémoires et histoire.

Selon des méthodes et à partir d'objets différents, ces trois ouvrages interrogent ainsi deux thèmes importants de l’histoire du communisme : l’articulation entre militantisme et identité d'une part, d'autre part la difficile implantation du communisme en milieux minoritaires. Expression de questionnements contemporains, ils projettent une lumière nouvelle sur des situations périphériques, en bordure des secteurs clés de l’implantation du communisme.

vendredi 5 décembre 2025

50 años después. Lo que pudo ser y no fue


El 25 de abril de 1974 se acababa la dictadura en Portugal y se iniciaba la que se conocería como la revolución de los claveles. El 24 de julio de 1974 caía la dictadura en Grecia. La siguiente tenía que ser la dictadura franquista. Franco murió en la cama, pero el movimiento obrero y popular era potente y tenía la iniciativa frente a un régimen agónico. Todo era posible.  

Sin embargo, durante mucho tiempo se ha mantenido la idea de que la democracia existente era el resultado de la acción de ciertas élites y del rey emérito fugado. En sus memorias el caradura del ex rey no tiene reparos para reconocer que su reinado fue una concesión-continuación del franquismo. Cincuenta años después de la muerte del dictador vale la pena reflexionar y tener muy en cuenta que lo que ocurrió no estaba predeterminado, que otros caminos eran posibles y se definieron en una dura lucha entre las clases.

Desde finales de 1971, la lucha obrera y popular no cejó de poner en jaque a la dictadura franquista. En el mes de octubre, en una huelga con ocupación de Seat en Barcelona la policía asesinó a un obrero. Posteriormente hubo huelgas generales en Pamplona, Ferrol y en Vigo, varias huelgas generalizadas en la ría de Bilbao, en Barcelona, tras el asesinato de un obrero en La Térmica, en Valladolid con huelgas en la construcción y en FASA-Renault. A pesar de la represión, condena a muerte a Puig Antich en marzo de 1974, y centenares de detenciones policiales por todo el Estado, la lucha obrera y popular no cesó. El inicio de la revolución en Portugal aceleró las esperanzas en España y alertó a las clases dominantes sobre lo que podía pasar aquí. En julio de 1974 una huelga general sacudió la comarca del Baix Llobregat (Barcelona). En noviembre fue en Navarra y 14 días de huelga y lock out en Seat.

En enero de 1975, nueva huelga de doce días en Seat, con 500 despedidos. Desde el 14 de enero huelga general en Pamplona. En abril se decreta el estado de excepción en Vizcaya y Guipúzcoa y se desata una represión generalizada. En septiembre, una dictadura moribunda ejecuta a 5 militantes de ETA y FRAP. Una huelga generalizada recorre todo el País Vasco y manifestaciones en todo el país. A todas estas acciones obreras habría que sumar centenares, sino miles, de protestas en ciudades y barrios por la carestía de la vida, por la falta de escuelas y asistencia sanitaria o falta de servicios. Además, ya sea por los despidos, la represión policial o las detenciones, la mayoría de las movilizaciones se convierten en protestas políticas contra la dictadura.

Estos hechos, que no son exhaustivos, desmienten la fabulación de que la transición del franquismo fuera una concesión generosa de los de arriba. La historiografía actual ya acepta que fue la movilización popular quien conquistó las libertades y derechos, sin embargo, se sigue negando u ocultando la posibilidad que hubo de avanzar mucho más, de lograr una ruptura o incluso abrir un proceso revolucionario que realmente acabara con los fundamentos y estructura del franquismo. Las concesiones en la transición, la aceptación de la monarquía por el PCE y el PSOE, los pactos que implicaron limitación de derechos y condiciones de vida para las clases trabajadoras, son pesadas cargas que se han ido arrastrando en estos 50 años y siguen presentes hoy en día.     

Tres meses

Pocas semanas después del entierro del dictador la movilización obrera y popular dio un salto impresionante. En 1975 se perdieron por conflictos laborales o políticos más de 10 millones de horas de trabajo. ¡En 1976 fueron más de 100 millones! Durante los tres primeros meses de ese año quien tuvo la iniciativa fueron los trabajadores y trabajadoras que demostraron su disposición a ser los verdaderos protagonistas para enterrar al franquismo.  

En el invierno de 1974-75, la clase trabajadora de Catalunya había estado a la cabeza. La primavera y otoño de 1975 fue la de Euskadi. A finales del año, cuando apenas se había enfriado el cadáver del dictador, tomó el relevo la clase trabajadora de Madrid.

El IPC de la época alcanzó el 34% y el gobierno había decretado la congelación salarial para todo el año 1976. La negociación de los convenios se convirtió en el catalizador de las luchas. A partir del 1 de diciembre (¡diez después de la muerte del dictador!) empiezan los paros en Getafe. El 10 de diciembre las principales empresas están en huelga, “desde ese momento será la asamblea de los representantes de las distintas fábricas la que coordine y dirija la acción”. El 16, la huelga es general en la ciudad. La agitación, con huelgas y manifestaciones, durará hasta el 18 de enero. Entre tanto se ha incorporado el grueso de la clase obrera de la ciudad de Madrid. Las grandes empresas, Standard, Chrysler y el metal encabezan la protesta, a la que se unen la construcción, seguros, banca y artes gráficas, así como Telefónica, Correos y Renfe. El 7 de enero el metro de Madrid se une a la huelga y paraliza la ciudad, días después el gobierno lo militarizará. La movilización se extiende a Alcalá de Henares, Torrejón de Ardoz y San Fernando. Se calcula que en diciembre participaron 150.000 trabajadores y trabajadoras, en enero serán 400.000.

Barcelona tomó el relevo. El 14 de enero la plantilla de Seat se manifestó por el centro de la ciudad por el convenio y la readmisión de los 500 despedidos de la anterior huelga. El día 16 empieza una huelga general en el Baix Llobregat que durará hasta el 29. Del 23 al 27 de febrero la ciudad de Sabadell quedará paralizada por una huelga general.

Asturias también respondió. El 9 de enero empieza una huelga en Ensidesa (8.000 trabajadores) El 22 la minería inicia una huelga que durará hasta el 16 de marzo. La huelga de Duro Felguera de Gijón durará 90 días. Es un movimiento que recorre todo el país. El 24 de febrero la policía mata en Elda (Alicante) al joven Teófilo del Valle que participaba en la huelga del sector del calzado. La respuesta fue una huelga general en el valle del Vinalopó. Fue el primer asesinado por disparo de la policía en la transición. Fueron casi 200 personas las personas asesinadas por la represión policial. Todo menos pacífica fue la transición.

Marzo vivió la impresionante huelga general de Vitoria. Desde el 9 de enero existía un proceso de huelgas y movilizaciones en toda la zona industrial que confluyó en la huelga general del 3 de marzo. La policía reprimió una asamblea de trabajadores y mató a cinco de ellos. La solidaridad se extendió por todo el país. El día 5, la policía mató en Tarragona a un trabajador que se protestaba por los hechos de Vitoria. El 8 de marzo una huelga general paralizó Euskadi y la policía volvió a matar a un obrero en Basauri (Vizcaya).   

La lucha por los salarios y la mejora de las condiciones de trabajo fueron el primer impulso de las movilizaciones, íntimamente ligadas a problemas políticos: acabar con el franquismo y conquistar las libertades, la libertad sindical en particular, la readmisión de los despedidos y la amnistía para los presos políticos.  Valga como ejemplo que los días 1 y 8 de febrero de 1976 se desarrollaron en Barcelona manifestaciones, que desbordaron la represión policial, exigiendo libertad, amnistía y estatuto de autonomía. ¿Era una lucha política? Sin ninguna duda. En la dictadura luchar por salarios dignos ya era una lucha política que te enfrentaba al patrón, a la policía y a las leyes antiobreras. Además, esas movilizaciones se producían en unas condiciones de agonía del régimen, de búsqueda de alternativas políticas. El drama fue que la posibilidad de un cambio real y profundo, de una ruptura o de un proceso revolucionario, fue traicionado por un acuerdo entre los franquistas y los dirigentes del PCE y del PSOE para conquistar ciertos derechos y libertades, mientras se mantenía la monarquía y buena parte de la estructura franquista del poder. Durante esos tres meses estuvo en el aire la posibilidad de elegir un camino diferente.   

No es un invento ni una construcción ideológica, sino la explicación del desarrollo de los acontecimientos. Años después, Ramón Tamames, que fue dirigente del PCE y de la Junta Democrática (un acuerdo entre el PCE y algunas organizaciones y personalidades antifranquistas) escribió: “En enero de 1976 la Junta quedó sentenciada. En la sesión que en ese mes se celebró en París -y con escasa oposición- Carrillo (secretario general del PCE de la época) impuso su idea de atenuar las movilizaciones con el propósito de entrar en contacto con el régimen para pactar. La ruptura quedaba en entredicho, y con ello empezaba el final del experimento de la Junta”.

Mientras la clase trabajadora y amplios sectores populares pugnaban por acabar con el franquismo, por arriba se abría la negociación con los franquistas.

Sabadell

Un ejemplo de la distancia que se fue abriendo entre la movilización obrera y popular y las propuestas políticas fue la huelga general en Sabadell. Del 23 al 27 de febrero de 1976 la clase obrera de Sabadell se hizo dueña de la ciudad. El periodista Xavier Vinader (1947-2015) publicó un libro con las notas tomadas durante los acontecimientos de esos días. Lo tituló Quan els obrers van ser els amos (Cuando los obreros fueron los amos) que refleja muy bien lo que ocurrió en la ciudad.

Fue una huelga general que reunió todos los ingredientes de un levantamiento popular contra el franquismo, y en particular contra el alcalde franquista de la ciudad. La clase trabajadora tuvo la iniciativa y la dirección del movimiento. A pesar de la represión (uno de los desencadenantes fue una carga policial contra niños y sus familiares que protestaban en solidaridad con los maestros en huelga) se logró imponer grandes asambleas en las pistas de atletismo de la ciudad. En la protesta participaron prácticamente todos los sectores sociales, enseñantes, bancarios, pequeñas industrias y comercios y las mujeres tuvieron un papel esencial, tanto en las empresas como en la solidaridad ciudadana.     

La huelga fue un éxito total. Los detenidos fueron puestos en libertad, los despedidos readmitidos, se consiguieron mejoras salariales y las autoridades franquistas destituyeron al alcalde… pero, a los obreros y obreras, y la población en general, que habían sido dueños de la situación no se les ofreció otra perspectiva que la reconciliación con los franquistas que defendían los dirigentes del PCE y del PSUC, y quienes defendían la ruptura y la revolución no tuvieron suficiente fuerza o argumentos para convencer. No fue un problema de falta de decisión de las clases trabajadoras.

Algunos franquistas temían más por el futuro y Fraga (entonces ministro de Gobernación y luego fundador del PP) denunció esa huelga como el intento de “ocupación de la ciudad, como la de Petrogrado en 1917 (para) que perdida la calle (la famosa calle cuya seguridad debe garantizar todo gobierno digno de este nombre) diera paso a un gobierno provisional, como en 1931”. Temían un futuro republicano y/o revolucionario (como se estaba viviendo en Portugal) mientras que los dirigentes “comunistas” y “socialistas” solo pensaban en un arreglo.

Dos semanas después fue aún más claro en los sucesos de Vitoria. La represión no impidió que la ciudad, y prácticamente toda Euskadi, estuviera determinada por las clases trabajadoras movilizadas. Porque en todo ese proceso las libertades se fueron imponiendo en la calle. En las huelgas se elegían comisiones inter-ramos (Sabadell) comisiones representativas (Vitoria) delegados de las asambleas de obra (construcción de Barcelona) como incipiente expresión organizada y alternativa. Un trabajador de Talleres Velasco de Vitoria explicaba que una de las principales características de la huelga había sido la consideración de las asambleas “no como mero órgano de información, sino como órgano de decisión y futuro órgano de democracia obrera”.

Aunque estos primeros meses de 1976 fueron decisivos, todavía se presentaron otras ocasiones de dar un giro a la situación, especialmente en torno a la huelga de Roca en Gavá (Barcelona) que duró desde el 9 de noviembre de 1976 hasta el 11 de febrero de 1977 y, sobre todo tras la matanza de Atocha en la que cinco abogados laboralistas perdieron la vida asesinados por pistoleros fascistas. Pero los lazos entre los franquistas, la monarquía y los dirigentes del PCE y PSOE ya se habían estrechado lo suficiente como para abortar un proceso de ruptura o revolucionario.

No se trata de una reflexión melancólica sobre lo que no se logró, sino una manera de recordar que la historia que escriben los vencedores podía haber transcurrido por otras vías, que no está escrita por anticipado, sino que siempre es el resultado de una lucha y que lo importante es aprender y estar preparados para nuevas ocasiones. Lleguen cuando lleguen.

Sindicalista. Es miembro del comité de redacción de Sin Permiso.
Fuente:
www.sinpermiso.info, 29 de noviembre 2025

CIUDAD CERO (Karen Shakhnazarov, 1988)



La película soviética CIUDAD CERO (Gorod Zero, 1988) es una comedia negra surrealista que refleja el caos y el absurdo de la Rusia de la perestroika. La trama sigue a Alexei Varakin, un ingeniero moscovita enviado a una remota ciudad provincial para un viaje de negocios rutinario: acordar la entrega de un lote de piezas industriales. A su llegada, la realidad se vuelve progresivamente disparatada e lógica. Al visitar la oficina del director de la fábrica, el viaje de Varakin se desvía cuando la secretaria le ofrece un pastel en forma de su propia cabeza y luego se suicida. Este evento desencadena una serie de sucesos cada vez más extraños: los ciudadanos afirman que Varakin es un famoso músico local llamado "el Compositor" y exigen que se quede. El director de la fábrica, para evitar el escándalo del suicidio, lo arrastra a un museo de historia local con una sala dedicada a Varakin (el supuesto Compositor) y otra con una perturbadora exposición de figuras de cera de Stalin; Varakin intenta marcharse, pero descubre que los trenes han dejado de funcionar, las oficinas de billetes están cerradas y el único camino fuera de la ciudad parece inaccesible. Se ve obligado a integrarse en la vida local, y en un banquete es testigo de cómo todos los comensales, el personal y el chef confiesan haber participado en el asesinato de un supuesto pariente del camarero, culpando a Varakin del crimen. La cinta es una alegoría sobre la pérdida de identidad y la sensación de irrealidad en un sistema que se desmorona, cuyo sentido del humor negro y delirante, simboliza el rumbo desconocido y la confusión de la sociedad rusa en la época de la desintegración de la URSS.
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