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dimanche 1 mars 2026

Guerre du peuple en Angola (Unicité, 1975)

 SOURCE ET FILM

La chute de la dictature de Salazar au Portugal le 25 avril 1974 entraîne la fin de la colonisation portugaise en Afrique ; Mozambique, Guinée Bissau et Angola accèdent à l'indépendance. "Guerre du peuple en Angola" se focalise sur la situation de l'Angola où l'annonce de l'indépendance provoque le début d'une guerre civile. Elle oppose le MPLA, mouvement populaire de libération de l'Angola, à deux opposants soutenus par des puissances occidentales, le FLNA, Front de libération nationale de l'Angola et l'UNITA. La voix off présente d'emblée cette guerre comme un combat du MPLA contre l'Impérialisme. Au nord de l'Angola, dans les forêts, les villageois sont sortis du maquis pour entrer dans la résistance armée et soutenir le MPLA. Dans un hôpital de campagne, blessés et malades se côtoient et survivent difficilement. Les guerrilleros interviewés parlent de leur lutte commencée pendant la colonisation portugaise. Les hommes de l'armée adverse, celle du FLNA, font l'objet de la séquence suivante. Très entraînés, ils sont financés par les États-Unis, Israël et l'Ouganda de Mobutu. Parallèlement à la guerre civile, les soldats portugais font mollement respecter leur ordre, attendant la proclamation officielle de l'indépendance, prévue le 11 novembre 1975, pour évacuer le pays. À Luanda, la capitale angolaise, quelques quartiers d'habitations modernes, jouxtent les bidonvilles, les « Musseques » où s'entasse la majorité de la population. Les colons portugais, effrayés par le climat d'affrontement, quittent l'Angola à la hâte grâce à un pont aérien. Dans les rues de Luanda, la population soutient le MPLA, arguant qu'il s'agit de la seule force qui défend les intérêts de l'Angola. Des enfants s'entraînent à la marche martiale. Une femme prend la parole en pleine rue avec un micro pour dénoncer l'attitude des Blancs. Une autre séquence nous amène dans le Sud de l'Angola. Cette région quasi désertique est peuplée d'éleveurs de bœufs exploités par les colons grands propriétaires. Un homme du MLPA vient faire un discours pour célébrer l'ouverture d'une sous-délégation du MPLA dans un village. L'ultime séquence montre un immeuble contrôlé par le FLNA à Luanda et repris par le MPLA. « Plus que jamais la solidarité active avec le MPLA est une question de vie ou de mort ».

La guerre civile en Angola commence en 1975 après l'annonce de l'indépendance. Elle oppose le MPLA au FLNA et à l'UNITA. Assez rapidement le MPLA est soutenu par Cuba, qui dès novembre 1975, envoie des combattants, puis par l'URSS. Le FLNA et l'UNITA sont quant à eux appuyés par les puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis. Cette ingérence de forces étrangères dans le conflit angolais a conduit certains observateurs à l'interpréter comme un affrontement de guerre froide. Cette lecture est aujourd'hui en partie remise en cause du fait de la durée de la guerre civile angolaise. S'étant achevée en 2002, elle a perduré bien au-delà de la chute de l'URSS, laissant le pays complètement exsangue. "Guerre du peuple en Angola" est un film tourné à chaud, alors que l'indépendance de l'Angola vient d'être annoncée et la guerre civile déclenchée, c'est-à-dire entre avril et novembre 1975. Le parti-pris du film est très clairement pro MPLA ; l'objectif est de sensibiliser sur la lutte anti-impérialiste. La démarche est avant tout militante ; elle s'inscrit dans la continuité de "Septembre chilien" (réalisé juste après le coup d'État de Pinochet par Bruno Muel) et marque la volonté de cinéastes militants de réagir immédiatement par rapport à l'actualité internationale. "Guerre du peuple en Angola" contient des images rares du pays en 1975.

Production : Unicité
Réalisation : Antoine Bonfanti, Bruno Muel, Marcel Trillat
Montage : Catherine Dehaut, Lolita Cherel
Collaboration : Jorgelino Adrade, Bonga
Extraits : "Angola 63" de Claude Otzenberger
Réalisé avec l'aide de José Luandino Vieira et des militants du MPLA.
Lieux : Angola, Luanda

Mots clé :
Afrique, Angola, Luanda, Portugal
Guerre, guérilla, soldat, guerrillero
Combat, blessé
Anti-impérialisme, colonisation, décolonisation, colon
MPLA, FLNA, UNITA


Lieux de consultation : Ciné-Archives, Archives françaises du film, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, Forum des images, BNF

Le Printemps dans la rue Zaretchnaïa (Marlen Khoutsiev, 1956)

 

 

Une jeune et timide professeur de littérature arrive dans une ville étrangère pour ses débuts d'enseignantes. Peu d'années la sépare de ses élèves et l'un d'eux tombe rapidement amoureux d'elle.

Le film fait preuve d'une très grande tendresse et d'une attention toute particulière aux visages et aux regards qui ne peuvent se confronter directement. Il émane rapidement une mélancolie assez profonde et silencieuse qui va droit au cœur avec ses personnages un peu prisonnier de leurs rangs, surtout la professeure contrainte de devoir toujours paraître digne et du niveau de son emploi (joli moment où elle pousse un élève à étudier un poème moqueur qu'il avait inscrit sur le tableau de la classe ou lors de la déclaration amoureuse alors que l'étudiant essaie de contenir la foule de l'autre côté de la porte). Ce sont les passages muets qui résonnent le mieux et délivrent de délicieux frissons avec le visage fragile de Nina Ivanova par des travellings tout en délicatesse.

De plus si la propagande est belle et bien présente, elle est intelligemment mêlée aux caractères des deux personnages avec d'un côté la culture (poésie, chanson traditionnelle, compositeur classique) et de l'autre l'industrie (avec une visite dans une raffinerie stupéfiante de beauté plastique) qui parviennent tous deux à décupler le lyrisme des séquences. Avec les nombreuses grues dans l'arrière plan, le pays est en reconstruction et en plein développement effervescent et semble contaminer sa nouvelle génération qui se laissent doucement aller à exprimer des sentiments individuels et allant contre l'ordre établi. Cette histoire d'amour est donc une sorte de nouveau départ balbutiant et frêle mais qui paraît trouver la voix de l'émancipation.

C'était le mois de mai / Был месяц май ( Marlen Khoutsiev, 1970)


 L'histoire se déroule quelques jours après la l'armistice de 1945 où des soldats russes qui n'ont pas encore quitté l'Allemagne savourent un peu d'indolence dans une ferme. Après une fête bien arrosée, ils se perdent en route et tombent sur un camp de prisonniers désormais désert.

Voilà une oeuvre très étonnante et déstabilisante avec une structure clairement découpée en deux actes.
La première suit avec nonchalance le quotidien de ces soldats qui profitent de leur temps libre pour jouer de la musique, réparer des motos, lézarder au soleil, vider des bouteilles de vins ou de bières ou pour sympathiser avec les allemands même s'ils ne comprennent leur langue. Le cinéaste suit cette langueur avec des scènes dilatées qui ne sont pas sans rappeler les aller-retour formel d'un Miklos Jancso (en bien mois baroque il va sans dire). On sent une certaine insouciance et un nouvelle liberté dans les activités de ces soldats dont une grisante sortie en moto et une soirée alcoolisée quasi presque païenne.

Il va sans dire que la découverte nocturne qu'ils font agit comme une immédiate gueule de bois car ce qu'il visite n'est rien de moins qu'un camp d'extermination bien qu'eux ne le savent pas encore. Ils sentent bien que quelques choses cloche ici, qu'il y a un climat malsain qui s'échappe de cette étrange "chaufferie". Mais quoi précisément ?
Cette réalité leur sera apprise par plusieurs survivants juifs qui ont quitté le camp quelques jours auparavant. A partir de la, le film devient littéralement pesant comme si la gravité terrestre était deux fois plus forte et ce ne sont plus seulement les personnages qui sont hébétés mais la caméra même.
La aussi, les plans sont particulièrement étirés mais pour créer un sentiment totalement autre, littéralement assommant.

C'est un parti pris osé et plutôt courageux mais qui signe aussi ses limites pour un dispositif presque trop démonstratif dans ses effets et sa démarche. Mais il est difficile en même temps de lui reprocher car il parvient à nous plonger dans le même état d'esprit que ces jeunes russes, sous le choc de cette révélation puis de sa réelle signification.

Si cette lenteur pesante se retourne par moment contre elle, il faut reconnaître que C'était le mois de mai imprime la rétine et impose une ambiance obsédante plusieurs jours après son visionnage.

J'ai vingt ans / Мне двадцать лет (Marlen Khoutsiev, 1962)

 

 
 

Réalisé en 1961-62, le film, dont le titre était La Porte d’Ilitch, a dû être montré en 1963, avant sa sortie, à Khrouchtchev qui a ainsi exprimé son jugement: « Même les figures les plus positives de ce film – trois ouvriers – ne personnifient pas notre grandiose jeunesse. Ils sont montrés comme s’ils ne savaient rien de la vie qu’ils ont à mener, de ce vers quoi ils doivent tendre. Et cela dans notre époque de progression et de la construction du communisme, éclairée par les idées du programme du Parti communiste ! Une telle jeunesse construira-t-elle donc le communisme avec ses pères, sous la direction du Parti ? Non, la société ne peut pas s’appuyer sur de tels hommes, ce ne sont ni des combattants, ni des transformateurs du monde. Ce sont des hommes moralement infirmes, déjà vieillis dans leur jeunesse, à qui échappent les buts et les tâches élevés de la vie ».
Le réalisateur fut obligé de remanier son film, ce qu’il réussit à faire, selon ses propres termes « en conservant le sens de l’oeuvre » Avant tout, écrit-il, « j’ai dû supprimer les scènes qui n’avaient pas plu à Khroutchev. J’ai enlevé la scène de la soirée des poètes. Surtout j’ai dû retourner la scène avec le fantôme du père »
En 1988 Marlen Khoutsiev restaurera la version originale.

"<...> Les personnages de Khoutsiev ne détiennent pas de vérité a priori, ils ont simplement envie de se trouver. Ils vivent dans un pays auquel ils tiennent, ils conservent la conviction qu'il est unique, une utopie réalisée, tout en étant marqués par la blessure encore ouverte du stalinisme, par celle encore ouverte de la guerre. Parfois ils disent l'un pour l'autre. Un des plus beaux moments de Faubourg d'Ilytch est le toast que porte son héros aux choses qu'il "prend au sérieux . Parmi celles-ci, il mentionne "le fait que presque aucun d'entre nous n'a de père . Celui de Serioja est tombé au combat, et un peu plus tard, la rencontre entre le père mort à vingt et un ans et le fils de vingt-trois est un des grands moments du cinéma soviétique. Mais le spectateur des années soixante ne pouvait manquer de penser à d'autres circonstances, à d'autres pères disparus, comme celui de Marlen Khoutsiev, arrêté en 1937.<...>"
Bernard Eisenchitz.
 

Film "générationnel" à comparer avec Rendez-vous de juillet de Becker (mais pas pour la forme, on reste ici dans du cinéma russe avec son formalisme sophistiqué), ou Les Tricheurs, de Carné?

Willie Colón: fallece la leyenda de la salsa a los 75 años

 FUENTE https://espanol.almayadeen.net/noticias/cultura/2125288/willie-colon--fallece-la-leyenda-de-la-salsa-a-los-75-anos

 


Explora la vida y muerte de Willie Colón, "El gran varón", activismo y la huella que dejó en la salsa de todo el continente.

El silencio cayó pesado sobre los barrios latinos la mañana de este 21 de febrero de 2026. La noticia corrió primero como un rumor en redes sociales, de esos que uno ruega que sean falsos, hasta que los medios internacionales y la familia confirmaron lo inevitable: Willie Colón, el arquitecto sonoro de la salsa urbana, el eterno compañero de Héctor Lavoe y la contraparte intelectual de Rubén Blades, ha fallecido a los 75 años.

No se trata solo de la muerte de un músico; para millones de personas en América Latina, se siente como si se hubiera ido un tío lejano pero omnipresente. Ese que ponía la música en las bodas, el que sonaba en los micros rumbo al trabajo y el que nos enseñó, a través de sus letras, que el barrio tiene sus propias tragedias y alegrías. Con más de 30 millones de discos vendidos y una carrera que definió el sonido de Fania Records, el fallecimiento de Willie Colón marca, sin exagerar, el fin de una era dorada.

Datos clave del fallecimiento de Willie Colón

Según los comunicados oficiales emitidos desde Nueva York, el artista falleció en el Hospital Presbiteriano rodeado de su círculo más íntimo. Aunque la familia ha pedido privacidad en estos momentos difíciles, se ha informado que el deceso ocurrió tras complicaciones respiratorias que venía arrastrando en los últimos meses. No hubo, afortunadamente, un circo mediático alrededor de su partida; el fallecimiento de Willie Colón se ha manejado con la sobriedad que merece una leyenda de su calibre, permitiendo que el foco permanezca en su inmensa obra y no en el parte médico.

Biografía de Willie Colón: del Bronx a convertirse en leyenda de la salsa

Para entender la magnitud de su figura, hay que mirar atrás, hacia las calles frías y a veces hostiles del Bronx de los años 60 del pasado siglo. La biografía de Willie Colón es, en esencia, la historia de la diáspora puertorriqueña en Nueva York. Nacido en 1950, William Anthony Colón Román no fue un niño prodigio de conservatorio, sino un sobreviviente urbano que encontró en el trombón una voz para gritar su identidad.

Apenas era un adolescente cuando firmó con Fania Records, y con una audacia que solo da la juventud, decidió que la salsa necesitaba menos refinamiento y más calle. Junto a un joven cantante llamado Héctor Lavoe, creó un sonido sucio, agresivo y peligrosamente bailable que resonó de inmediato con la juventud latina. No es casualidad que en el presente, al repasar la vida de Willie Colón, hablemos de más de 40 producciones discográficas, múltiples premios Grammy y, sobre todo, de haber sido el productor que entendió que la salsa podía ser crónica periodística y no solo ritmo para los pies.

El apodo ‘El Malo del Bronx’ y la construcción de un personaje urbano

¿Quién no recuerda esas portadas icónicas? Willie posando como gánster, con gabardina y sombrero, a veces “buscado por el FBI”. El apodo de ‘El Malo’ no era una confesión criminal, sino una estrategia brillante de marketing y resistencia cultural. En una época donde los latinos eran marginados en Estados Unidos, Colón adoptó el estigma y lo convirtió en orgullo. Era una forma de decir: “Sí, somos del barrio, somos duros, y aquí estamos”. Esa imagen, proyectada desde las ventanas de los edificios viejos del Bronx, dio fuerza a toda una generación que necesitaba héroes que se parecieran a ellos.

El fallecimiento de Willie Colón y las reacciones del mundo salsero

Las reacciones no se hicieron esperar. Desde Rubén Blades, quien compartió un mensaje devastadoramente poético sobre la "pérdida del hermano de batalla", hasta figuras del reguetón que reconocen en él al primer artista urbano, el duelo es transversal. 

En redes sociales, el hashtag sobre el fallecimiento de Willie Colón se llenó de anécdotas personales: gente recordando cómo sus padres bailaban “Che Che Colé” en la sala de la casa o cómo los sonideros de Iztapalapa y Neza hicieron suyos temas que originalmente narraban la vida en Nueva York. Es esa conexión emocional la que transforma una noticia triste en una celebración colectiva de vida.

Un luto compartido entre Nueva York, Puerto Rico y América Latina

La geografía del dolor dibuja un mapa exacto de su influencia. Mientras en el Spanish Harlem se improvisan altares con velas y vinilos, en barrios de Lima, Cali, Caracas y Ciudad de México la música suena a todo volumen. La influencia de Willie Colón en la salsa logró algo que pocos políticos han podido: borrar las fronteras y unificar el sentimiento latino bajo una misma clave y un mismo trombón.

Las mejores canciones de Willie Colón y su alianza con Rubén Blades

Si alguien quisiera explicarle a un extraterrestre qué es la salsa intelectual, bastaría con ponerle el disco Siembra. La colaboración entre Colón y Blades produjo algunas de las que hoy consideramos indiscutiblemente las mejores canciones de Willie Colón (aunque sean en coautoría o producción). La dupla funcionaba por contraste: Rubén ponía la letra densa y la narrativa literaria; Willie ponía la calle, el arreglo agresivo y la visión comercial.

En el debate eterno de Willie Colón vs Rubén Blades, la respuesta más sensata es que uno no hubiera alcanzado la cima sin el otro. Temas como “Pedro Navaja” o “Plástico” son el resultado de esa fricción creativa. Pero el catálogo de Colón brilla con luz propia más allá de esa etapa: “Idilio”, con su nostalgia casi palpable; “Gitana”, con ese solo de flauta inolvidable; y “Talento de Televisión”, que sigue llenando pistas de baile en cualquier boda mexicana que se respete.

El gran varón: una historia de identidad, prejuicio y VIH en clave salsera

Mención aparte merece “El gran varón”. Hoy puede parecer normal, pero lanzar una canción sobre una mujer trans y la sombra del VIH/Sida en plena década de los 80, dentro de un género a veces machista como la salsa, fue un acto de enorme valentía. Aunque escrita por Omar Alfanno, la interpretación y producción de Colón la convirtieron en un himno.

Para muchas familias latinas, ¿no fue acaso esta canción la primera vez que se habló de estos temas en la mesa? Sin sermonear, solo contando la historia de Simón, Colón obligó a millones a mirar de frente el prejuicio ("no se puede corregir a la naturaleza") y la tragedia de la soledad. Es una pieza fundamental para entender la influencia de Willie Colón en la salsa como vehículo de conciencia social.

Siembra, Héctor Lavoe y la construcción de un sonido inmortal

Antes de la conciencia social de Siembra, estuvo la crudeza del barrio con Héctor Lavoe. Esa etapa definió el sonido “malandro” que enamoró a los sonideros. La transición hacia Siembra, el disco más vendido en la historia de la salsa, mostró la madurez de Colón como productor. Supo cuándo dejar el protagonismo del micrófono a Lavoe o a Blades y cuándo tomar su trombón para dirigir la orquesta. Esa generosidad y visión estratégica son lo que hoy recordamos.

Influencia de Willie Colón en la salsa, el activismo y la cultura latina

Más allá de los discos de oro, la verdadera influencia de Willie Colón en la salsa reside en su actitud. Él validó la experiencia del inmigrante, del tipo que no habla inglés perfecto ni español académico, sino una mezcla viva y urbana. Su música fue el refugio para quienes se sentían ajenos en Estados Unidos y para quienes, desde Latinoamérica, soñaban con el norte.

Esta influencia se nota hoy en las nuevas generaciones de salseros y músicos urbanos que entienden que el ritmo no está peleado con el mensaje. En México, su legado vive en cada orquesta de salón y en cada joven que decide tomar un instrumento de viento inspirado por la potencia de los metales de la Fania.

El trombón de Willie Colón: estilo, técnica y escuela para nuevas generaciones

Para los músicos o estudiantes que buscan cómo tocar trombón al estilo de Willie Colón, el secreto no está en la perfección técnica académica. De hecho, los puristas al principio criticaban que su sonido era “desafinado” o “roto”. Pero ahí radicaba su magia. Su estilo, conocido como la “moña”, se basaba en la visceralidad, en el ataque rítmico y en un sonido bronco que imitaba los ruidos de la ciudad.

El consejo para quien quiera emularlo es simple: olviden la limpieza excesiva y busquen el “sabor”. Escuchen cómo sus frases dialogan con los coros, cómo entran a destiempo para generar tensión. Willie no tocaba notas; tocaba intenciones.

Cómo recordar a Willie Colón hoy: escuchar, bailar y seguir contando historias

Dicen que nadie muere del todo mientras su música siga sonando. Y en el caso del "Malo", eso garantiza la inmortalidad. Para muchos de nosotros, la mejor forma de honrar su memoria esta noche no es con lamentos, sino con acción: desempolvar ese viejo vinilo de Siembra, buscar la lista de mejores canciones de Willie Colón en la plataforma de streaming y dejar que corra el volumen.

Permitir que “Aires de Navidad” suene aunque no sea diciembre, o reflexionar una vez más con la historia de Simón. Willie Colón nos dejó un manual de vida hecho canciones. Del mito del ‘Malo del Bronx’ nos queda la lección de que, con talento y carácter, se puede conquistar el mundo sin olvidar nunca de dónde vienes. Así que, ¡maestra vida, camará, te da y te quita y te quita y te da!

samedi 28 février 2026

Broadway by Light (William Klein, 1957)

 

Dérive au pays du spectacle par des frenchies jazzeux (toujours le jazz inspire et compose les strassenfilms de cette époque: John Cassavetes, Louis Malle, etc). 

La nuit de l'american dream : un lunapark fait de signes typographiques. 

Des lettres et des ampoules. Stroboscopie colorée, reflets, comme de gros pixels : la rue est encore la matrice. 

Phase d'accumulation primitive du capitalisme de l'attention. Cristallisation de l'origine.

 


 "Les Américains ont inventé le jazz pour se consoler de la mort, la star pour se consoler de la femme. Pour se consoler de la nuit, ils ont inventé Broadway.
Chaque soir, au centre de New York, un jour artificiel se lève. Son objet est d'annoncer des spectacles, de vanter des produits et les inventeurs de ces réclames seraient fort étonnés d'apprendre que le spectacle le plus fascinant, l'objet le plus précieux, c'est la rue transfigurée par leurs enseignes. Ce jour a ses habitants, ses ombres, ses mirages, ses cérémonies. Il a aussi son soleil..."
(Chris Marker)

"j'ai cherché à filmer la plus belle chose à New York, à savoir les lumières de Broadway, mais dans le même temps, ce que ces lumières nous vendent est stupide et effrayant. Ainsi, c'est un film beau à voir mais qui dénonce aussi des choses sérieuses." (William Klein) 

"Le premier film que j’ai vu où la couleur est absolument nécessaire." (Orson Welles) 

Synopsis de la Cinémathèque française ---> Une virée expérimentale dans les rues de Manhattan, où défilent publicités et enseignes lumineuses dans un court métrage avant-gardiste qui capture l'esprit pop et abstrait des néons de Broadway.


Générique

Réalisateur : William Klein
Scénariste : William Klein
Auteur du commentaire : Chris Marker
Société de production : Argos Films
Producteurs : Anatole Dauman, William Klein, Philippe Lifchitz
Distributeur d'origine : Argos Films
Directeur de la photographie : William Klein
Ingénieurs du son : Henri Colpi, Jasmine Chasney
Compositeur de la musique originale : Maurice Le Roux
Monteurs : Alain Resnais, William Klein, Léonide Azar
Conseiller technique : Alain Resnais

Terre Tunisienne (Raymond Vogel et Jean-Jacques Sirkis, 1950 - 1951)

 

 

Réquisitoire contre le colonialisme français en Tunisie. 


Après des plans sur le Tunis colonial, la première partie de Terre Tunisienne est consacrée à la situation agricole : spoliation des terres, contrôle de l'eau, paysans contraints au nomadisme, au travail journalier ou à l'émigration. Ceux qui se révoltent sont durement réprimés (6 morts sur le domaine de l'Infada).
La seconde partie du film dresse un bilan social, sanitaire et scolaire du pays : conditions de logement désastreuses (maisons de boue et de pierres, grottes et bidonvilles à Tunis), mendicité, travail des enfants, taux de scolarisation de 9%, rachitisme et tuberculose...
Le pillage économique du pays et l'exploitation de sa main-d'œuvre sont ensuite stigmatisés par des vues de dockers chargeant des bateaux de blé, de manœuvres pieds nus dans le sel, de carriers du trust Lafargue et de mineurs travaillant dans les mines de phosphate de l'extrême sud tunisien (trust de Cafsa).
La quatrième et dernière partie de Terre Tunisienne évoque le développement des luttes sociales, syndicales et anticoloniales depuis 1936, malgré la répression. Le film s'achève par les vues d'une manifestation à Tunis où percent nettement, sous les slogans anti-impérialistes et pacifistes, des revendications indépendantistes.

Terre tunisienne a été initié par quatre jeunes communistes. Né en Tunisie et y ayant grandi, Jean Beckouche étudie la médecine à Paris à la fin des années 1940 ; il milite au sein des « groupes de langues » qui rassemblent les étudiants venus des colonies. C'est lui qui propose à Serge Mallet, Jean-Jacques Sirkis et Raymond Vogel, trois de ses amis cinéastes, de réaliser un film afin de dénoncer les méfaits du colonialisme en Tunisie. En septembre 1950, le projet se concrétise et le tournage commence en Tunisie. Si Serge Mallet rentre assez rapidement en France, Raymond Vogel, Jean-Jacques Sirkis et Jean Beckouche restent deux mois sur place et enregistrent des images grâce à des soutiens locaux.
De retour en France, le film s’avère difficile à postproduire et c'est finalement grâce au concours financier d'étudiants tunisiens que Terre tunisienne peut être terminé.
Avec Afrique 50 (auquel Raymond Vogel a d'ailleurs participé), Terre tunisienne est l'un des tout premiers films anticoloniaux français. Réalisé en pleine guerre d’Indochine, le film prend un parti très engagé en plaidant pour l’indépendance de la Tunisie, qui est alors sous protectorat français.
La valeur documentaire de Terre tunisienne est particulièrement forte: le film donne à voir des images extrêmement rares pour l’époque, en particulier celles qui témoignent de la misère et des ravages du système colonial.

En France, afin de contourner la censure, la Coopérative de Production et de Diffusion du Film (C.P.D.F) diffusa parfois Terre Tunisienne sous le titre de Terre au soleil.

Réalisation : Jean-Jacques Sirkis, Raymond Vogel
Collaboration à la réalisation : Serge Mallet
Commentaire écrit par Jean Beckouche
Musique : Chevauchées des Walkyries de Wagner et airs de Jazz pour accompagner les images stipendiant le pouvoir colonial, musique arabe autrement. Lieux et monuments : Sfax, Tunis (banques, opéra, Hôtel de police, hospice, bidonville), ruines romaines de , domaine de l'Enfida, mines de potasse du sud Tunisien...
Personnalités : Le Bey Mohamed Pacha (V), l'archevêque de Carthage, le résident général Périlla (V), le syndicaliste Hassan Saadaoui (R et V).

L’Affaire Abdallah, un film de Pierre Carles

SYNOPSIS

Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s’est vu affubler de l’étiquette ‘’terroriste’’. À tort. Une incroyable fake news et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l’origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, ses convictions politiques intactes.

L’AFFAIRE

Si le nom de Georges Abdallah a défrayé la chronique à l’orée de la décennie 80, il a petit à petit disparu des unes de la presse française et internationale pour sombrer dans une sorte d’oubli qu’une poignée de soutiens s’évertuait inlassablement à combattre. Pour beaucoup alors, son nom se mêlait à ceux que le Proche Orient propulse au-devant de la scène pour quelques jours, puis rejette dans l’ombre.

De temps à autre, au détour d’un ouvrage, d’une polémique ou plus souvent d’une demande de libération, il se rappelait à notre souvenir, mais bien peu aurait su dire avec précision qui était ce prisonnier, d’où il venait, quels étaient les crimes qu’on lui attribuait, et à quelle mouvance politique il se rattachait.

C’est à l’occasion du génocide du peuple palestinien engagé à la suite des massacres du 7 octobre 2023 que nous est revenu l’existence, dans les geôles françaises, de l’un de ses défenseurs les plus déterminé, jeté là depuis des décennies, faisant de lui le plus ancien prisonnier de France pour des faits à caractère politique. Son image réapparaissait sur les drapeaux de quelques manifestants, son nom était à nouveau prononcé, synonyme d’acharnement étatique et d’injustice.

On se souvenait alors qu’en 1986, une première décision de justice le condamnait à 4 ans d’emprisonnement, mais qu’un nouveau procès, exigé en sous-main par les autorités américaines, le condamnait cette fois, à la surprise générale, à la perpétuité. Les gouvernements français successifs, toujours sous la pression des américains, ont, depuis 1999, rejeté 9 demandes de libération anticipée.
De quoi Georges Abdallah s’était-il rendu coupable qui le condamne à un traitement si particulier et à un tel acharnement des États français et étatsunien ?

 

Interview PIERRE CARLES

Comment avez-vous eu connaissance de « L’Affaire Abdallah » ?

J’ai eu l’occasion de croiser Georges Abdallah au parloir de la prison de Lannemezan, au milieu des années 2000 alors que je rendais visite à un autre prisonnier politique. Sans plus. Puis une douzaine d’années se sont écoulées lorsque Isabelle Vallade, membre du comité de soutien à Georges Abdallah, m’a alerté sur sa durée d’incarcération anormale, du moins en comparaison avec celle d’autres militants arrêtés et condamnés à la même époque que lui pour des crimes politiques comparables. Ayant fait une école de journalisme avant de devenir réalisateur de films documentaire, je me suis mis à enquêter sur cette histoire, notamment grâce à l’appui de legrandsoir.info , alors qu’aucun média mainstream ne s’y était collé jusque là. De ce travail d’investigation sont sortis un article paru dans le Monde diplomatique, une BD aux éditions Delcourt (dessin : Malo Kerfriden) et ce long-métrage.

Vous rassemblez de nombreux documents et archives. Combien de temps ont pris la préparation, le tournage et le montage du film ?

Le travail d’enquête et de recherche d’archives a démarré en 2018 et s’est étalé sur deux/trois ans. Le repérage au Liban s’est déroulé début 2020, juste avant l’épidémie de COVID. L’essentiel du tournage en France est intervenu, lui, entre 2021 et 2024, avec des tournages complémentaires en 2025 lors de la libération de Georges Abdallah. Je ne me suis toutefois pas consacré à plein temps, huit ans durant, à ce chantier. Durant cette période, nous avons fini de tourner et de monter un long-métrage consacré à l’histoire de la guérilla des FARC en Colombie, et réalisé des repérages en Algérie pour un projet de film, coécrit avec Nadja Harek, autour du dernier fugitif d’Action directe.

Vos interlocuteurs et interlocutrices ont-ils été faciles à convaincre ?

Ça dépend. Certaines personnes impliquées dans l’affaire Abdallah ne se sont pas empressées de répondre aux demandes d’interviews formulées par Clara Menais et Léa Gasquet, qui m’ont assisté sur la réalisation du film. C’est le cas de l’ex-garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, de l’ex-président de la République François Hollande... Il a fallu partir à la rencontre de ces protagonistes de l’affaire Abdallah, s’ingénier pour les interpeller dans des lieux publics afin d’avoir réponse ou non-réponse à certaines de nos questions. Nous avions du mal à accéder à eux jusqu’à ce que, à un moment donné, toutes ses personnalités débarquent à tour de rôle à Montpellier, qui pour une signature de livre, qui pour une conférence à la faculté, qui pour une inauguration de prison... Comme c’est aussi à Montpellier que se trouve une grande partie de l’équipe du film - la productrice Annie Gonzalez, la monteuse Florence Jacquet, le post-producteur Ludovic Raynaud, le chef opérateur Olivier Guérin, la camarade réalisatrice Nina Faure, ils venaient en quelque sorte à notre rencontre. Pour les autres personnes acceptant de témoigner dans le film - des journalistes, des juristes, des policiers, des militants, des militantes... - ce fut beaucoup plus facile. Et nous avons aussi réussi, ça j’en suis assez fier, à recueillir la parole de Georges Abdallah en prison, dans sa cellule.

Certains ont ils refusé de vous rencontrer ?

Oui, l’ancien ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas qui affirmait à la radio, en 2016, qu’Abdallah resterait incarcéré à vie, ou l’ex-patron de la DST Pierre de Bousquet de Florian qui nous a opposé le « secret défense » pour ne pas avoir à s’expliquer sur une forfaiture des services de contre-espionnage. Nous n’avons pas non plus réussi à interpeller Emmanuel Macron sur cette affaire. D’ailleurs, si des spectateurs ou spectatrices veulent s’en charger, ils/elles sont les bienvenus. Nous aurions bien voulu lui demander des explications sur l’absence de grâce présidentielle pour Georges Abdallah, alors que sa durée d’incarcération était absolument hors-normes. Pourquoi n’a-t-il rien fait ? Par crainte d’agacer les Américains ? Par peur de se mettre la droite et l’extrême-droite à dos en graciant un soi-disant « terroriste » ? Par crainte du « coût politique » d’une telle mesure ?

Personne dans le film, ni les militaires spécialistes de la défense, ni les journalistes, ni les avocats, ni même les politiques ne semblent croire sincèrement en la culpabilité de Georges Abdallah.

Certes mais il faut comprendre que Georges Abdallah estime que c’est un grand honneur pour lui d’avoir été accusé d’appartenir à un groupe armé ayant exécuté un militaire israélien et un militaire américain afin de combattre l’invasion de son pays - le Liban - par Israël avec l’appui des USA. Ces actes de résistances lui paraissent légitimes. Pour autant, lui et les FARL n’étaient pas responsables de la vague d’attentats terroristes survenue en 1986 à Paris bien que les médias et le pouvoir politique de l’époque affirmaient le contraire. Ça, personne ne le conteste aujourd’hui. Mais aucun média n’a fait de mea culpa. Cette fake news a petit à petit sombré dans l’oubli.

La nécessité de désigner un coupable des attentats de 1986 est-elle la seule raison de l’acharnement dont Georges Abdallah a été la victime ?

L’une des principales raisons de cette durée de détention hors-normes, ce sont les pressions exercées par les Etats-Unis sur la France. On voit que les ingérences américaines dans les affaires européennes ne datent pas d’aujourd’hui. Elles existaient déjà sous la présidence d’Obama ou même avant. En 2013, certains barons « socialistes » comme Laurent Fabius, Manuel Vals ou François Hollande ont prêté une oreille attentive aux désidératas américains, empêchant la libération d’Abdallah alors même qu’elle était accordée par les juges de l’application des peines, en première instance comme en appel.

On retrouve dans ce film un des sujets qui vous a fait connaître : une critique de la fabrique médiatique du mensonge. Comment le situer dans votre filmographie ?

Nous avons presque toujours en tête, lorsque nous nous lançons dans la réalisation de films, d’essayer de tenter de proposer d’autres points de vue que le discours dominant, d’autres sons de cloche que la musique ambiante si les choses qu’on nous a mis dans la tête s’avèrent fausses, mensongères. Et tout comme dans mon précédent long-métrage sur les rebelles colombiens des FARC, nous questionnons ici la figure du « terroriste », un vocable souvent utilisé par le pouvoir pour disqualifier toute forme de résistance radicale de nos jours. Ce mot est employé à tout va par le pouvoir politique, comme par les grands médias d’extrême-droite, de droite voire de gauche (ou se présentant comme de gauche), pour salir certaines formes de contestation du système.

Or, s’en prendre aux méga-bassines d’eau pour l’agro-industrie, comme à Sainte-Soline, ne relève pas, bien entendu, de l’ « éco-terrorisme ». De même que s’engager dans la lutte armée n’implique pas forcément le recours à des actions visant à assassiner et terroriser des civils telles qu’a pu le pratiquer Daesh. Les assassinats ciblés de militaires et diplomates réalisés par les FARL, le groupe armé d’Abdallah, sont des actions que l’on aurait probablement qualifiées de résistantes, après guerre. Maintenant, il ne s’agit pas de verser dans la contre-propagande, de travestir la réalité dans nos films, mais de proposer aux spectateurs et spectatrices des récits documentés bien plus proches de la vérité que ceux que cherchent à nous imposer les tenants du pouvoir économique (Arnault, Bolloré, Niel, Pinault...) et ceux du pouvoir politique (Hollande, Sarkozy, Macron...) souvent inféodés au pouvoir économique.

Le film a-t-il été financé sans difficulté ?

ARTE, France TV et Netflix ont refusé le projet. Mais, Annie Gonzalez, qui a produit la plupart de mes longs-métrages, a accompagné le projet pour qu’on puisse aller jusqu’au bout de la fabrication de ce long-métrage. Seul le cinéma indépendant peut aborder un sujet tabou comme celui-ci : l’injustice commise à l’égard d’un militant internationaliste, ex-membre d’un groupe armé communiste, accusé à tort de « terrorisme », comme ce fut le cas pour Missak et Mélinée Manouchian que l’on célèbre aujourd’hui. Internet, les réseaux sociaux et la télévision sont incapables de réaliser ce genre de travail. Soit ils pratiquent la censure ou l’autocensure, soit ils n’ont pas les moyens de mener à bien pareille enquête. La preuve : notre film est le seul travail d’investigation un tant soit peu sérieux mené sur l’affaire Abdallah. Et remercions chaleureusement les plus de 800 contributeurs et contributrices qui ont soutenu financièrement ce chantier.

Pierre CARLES

NOTE DU GRAND SOIR. Notre site a publié des nombreux articles sur George Ibrahim Aballah, sur la préparation de ce film et il a contribué à la levée des fonds par souscription.


LES DATES CLÉS

1978 - L’armée israélienne opère des incursions au sud Liban.

1982 - L’armée israélienne lance de nouvelles opérations au Liban, dans les camps palestiniens et jusqu’à Beyrouth ouest. Elles visent les foyers révolutionnaires palestiniens et des membres de l’OLP qui y ont trouvé refuge. Elles se soldent par 18 000 morts.
Favorable à la lutte armée contre Israël et ses alliés américains, Georges Abdallah rejoint les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises. En riposte aux ingérences et agressions israéliennes, les FARL prennent pour cible des militaires américains ou israéliens, surtout en France.

1982 - En janvier, Charles R. Ray, attaché militaire américain, est tué à Paris. En avril, Yacov Barsimantov, diplomate israélien agissant pour les services secrets, l’est à son tour.

24 octobre 1984 - Georges Abdallah est arrêté à Lyon, alors que, munit d’un faux passeport, il se réfugie dans un commissariat pour se protéger d’agents qu’il croit appartenir au Mossad. Sa véritable identité établie, assisté de son avocat Jean-Paul Mazurier, il est accusé de détention d’armes et de faux papiers et condamné à 4 ans de prison, ce qui ne satisfait pas du tout les autorités américaines. Avec une remise de peine, il aurait pu sortir en 1986.

1986 - une série d’attentats à la bombe ensanglante Paris. Ils sont revendiqués par un certain Comité de Solidarité avec les Prisonniers Politiques Arabes et du Proche-Orient (CSPPA), qui réclame la libération des activistes des FARL, dont Georges Abdallah. Mais ce CSPPA est en fait le faux nez d’agents iraniens qui se vengent du soutien militaire français à l’Irak en guerre contre la république islamique.

Peu importe, même si Georges Abdallah en prison et ses frères au Liban clament leur innocence (les FARL ne pratiquent pas le terrorisme contre des civils), ils sont des accusés idéals. Inspirée par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua et son ministre délégué de la sécurité Robert Pandraud, la presse s’ingénie à en dresser les portraits, ceux de dangereux terroristes prêts à récidiver.

Dans une planque fréquentée par Georges Abdallah, on découvre des armes dont celle qui fut utilisée pour assassiner Charles Ray et Yacov Barsimantov. Même si le détenu se refuse à condamner des « actes de résistance » contre « l’oppression israélienne et américaine », il nie toujours avoir participé aux actions pour lesquelles il est en prison.

Février 1987 - Un nouveau procès à lieu. Les américains réclament que Georges Abdallah soit jugé aux assises. Il est condamné à la perpétuité pour complicité d’assassinat, condamnation confirmée bien que Jean-Paul Mazurier, son avocat, ait avoué avoir trahi son client en travaillant avec les services secrets français.

Le pourvoi demandé par son nouvel avocat, maître Verges, est rejeté par le ministre de la justice du gouvernement Chirac, Albin Chalandon. Une sévérité que ne démentiront aucun gouvernement pendant près de 40 années.

Bien qu’un condamné à perpétuité puisse demander une libération après 15 ans de prison, Georges Abdallah ne formule la première qu’en 2002. Alors qu’elle est jugée recevable (à la condition que le prévenu quitte le territoire), Dominique Perben, ministre de la justice du gouvernement Raffarin, fait appel de la décision. L’avocat de la famille de Charles R. Ray, maître Kiejman, obtient du directeur du cabinet du ministre qu’il intervienne directement dans cette affaire, à la demande expresse des autorités américaines. Les demandes de libération anticipée se suivent, sans succès.

2012 - Christiane Taubira, ministre de la justice, émet un avis favorable à une 8e demande de libération. Mais François Hollande et son ministre de l’intérieur Manuel Valls bloquent encore sa libération en refusant de signer l’arrêté d’expulsion qui devait l’accompagner. Côté américain, Hillary Clinton est à la manoeuvre, demandant à Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, d’empêcher cette libération.

Des rassemblements et manifestations de plus en plus importantes en faveur de la libération du militant communiste libanais pro-palestinien ont conduit la présidente du tribunal de l’application des peines à estimer que sa durée d’incarcération anormalement longue suscitait un véritable « trouble à l’ordre public ».

25 juillet 2025 - Georges Abdallah est libéré par la justice française et renvoyé au Liban au bout de 40 ans et 9 mois de détention.


PAROLES EXTRAITES DU FILM

« L’impérialisme judiciaire et politique américain s’impose à la France de monsieur Hollande et apparemment à la France de monsieur Macron. Georges Abdallah, il va prendre réclusion criminelle à perpétuité, officiellement pour avoir assassiné l’israélien et les deux américains, mais en réalité (...) il morfle pour les attentats. »
Alain Marsaud
Chef du service central de lutte anti-terroriste (1986-1989)

« Le Monde titre « la brigade criminelle a identifié les poseurs de bombes » On se dit : c’est la thèse officielle, donc nous, on la suit (...) On relaye. C’est vrai qu’à Libé, on a que cette piste-là. Et on relaie la thèse officielle »
Véronique Brocard
Journaliste à Libération en 1986.

« Je souris parce que c’est terrible et donc mon sourire est plus nerveux qu’autre chose. Je n’avais même pas de contacts avec les enquêteurs ».
Hervé Brusini
Journaliste à France TV (1983-2019)

« Je me suis dit qu’au fond, mettre en avant la piste Abdallah ne ferait pas de mal, même si ça ne faisait pas de bien. En réalité, nous n’avions aucune piste. »
Robert Pandraud
Ministre délégué à la sécurité (1986-1988)

« Georges Abdallah ??? ça ne me dit rien du tout. Je suis désolé. Est-ce que c’est l’Alzheimer précoce, mais ça ne me dit rien du tout... Abdallah ??? Non, je suis désolé, je n’ai aucun souvenir de ça. »
Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangère (2012-2016)


PIERRE CARLES

Il est né en 1962 à Bordeaux (France). Après des études d’animation socio-culturelle et de journalisme, il travaille comme caméraman d’actualité à FR3 Région avant d’intégrer l’équipe de l’émission L’Assiette anglaise (Antenne 2). Il tourne ses premiers courts-métrages documentaires pour Brut (ARTE) et Strip Tease (France 3). En 1998, il réalise Pas vu pas pris, un film de critique des médias, puis La Sociologie est un sport de combat (2001), le seul portrait filmé du sociologue Pierre Bourdieu. Depuis 27 ans, il a réalisé ou coréalisé une dizaine de longs-métrages, portant un regard critique sur le salariat, documentant la décroissance, abordant la question du recours à la lutte armée, faisant découvrir la politique non-orthodoxe du président équatorien Rafael Correa, narrant l’improbable candidature à la Présidentielle de l’ancien berger Jean Lassalle, racontant la sortie du maquis des guérilléras et guérilléros des FARC...

Il est l’auteur d’une dizaine de longs-métrages documentaire depuis Pas vu pas pris (1998), sélectionné à l’ACID Cannes et au Festival de Locarno. Il a réalisé Enfin pris ? (2003), Attention danger travail (2003, co-réalisé avec Christophe Coello et Stéphane Goxe), Volem rien foutre al païs (2007, idem), Fin de concession (2010), Choron, dernière (2010, coréalisé avec Eric Martin), On revient de loin (2016, coréalisé avec Nina Faure), Un berger et deux perchés à l’Elysée (2018, coréalisé avec Philippe Lespinasse)... Dernier film sorti sur le grand écran : Guérilla des FARC, l’avenir a une histoire (2024), tourné sur une période de 10 ans, en Colombie et à Cuba.

législatives 2024: Enregistrement de Fabien Roussel qui détaille son plan de ralliement avec la droite


 

"Nous avons déjà subi trop de trahisons. Nous voulons prendre devant vous ce serment d'être unis jusqu'à la victoire." 

Fabien ROUSSEL, 10 juin 2024