L'affaire Henri Martin est une affaire judiciaire qui s'est déroulée en France de 1949 à 1953, du nom d'Henri Martin, un jeune marin communiste, témoin oculaire du Bombardement de Haïphong, innocenté par le tribunal d'une accusation de sabotage du porte-avions Dixmude dans la rade de Toulon, mais condamné à cinq ans de prison pour avoir distribué à partir de 1949 des tracts témoignant contre la guerre d'Indochine et gracié après trois ans derrière les barreaux après une campagne dans l'opinion.
Dans ses mémoires, le président de la République Vincent Auriol a déploré que l'affaire cause « des ravages fous » chez les intellectuels[1]. Selon plusieurs historiens, elle prend au PCF des proportions proches de l'affaire Dreyfus. L'appartenance d'Henri Martin au mouvement communiste, bien que non publique, ne fait guère de doute aux yeux des enquêteurs. À cette époque, de nombreux jeunes militants sont aussi emprisonnés pour des actions illégales contre la guerre d'Indochine, telle la jeune Raymonde Dien, mais, selon les historiens, l'affaire Henri Martin sort du lot en raison de la disproportion entre une simple activité politique, certes contraire au règlement militaire, et la condamnation à cinq années de réclusion
Dans la culture populaire
Théâtre de rue
La pièce Drame à Toulon - Henri Martin de Claude Martin[49] et Henri Delmas relate la vie et le procès du militant. Charles Denner, René-Louis Lafforgue, José Valverde, Paul Préboist et Antoine Vitez sont quelques-uns des nombreux comédiens de la troupe Les Pavés de Paris qui l'interprètent[50]. Le Secours populaire français, qui soutient la campagne pour la libération d’Henri Martin, finance les frais des déplacements et la rémunération des acteurs[51]. Les représentations sont interdites par plusieurs préfets[52] et maires. Mais la censure est souvent déjouée et la pièce est jouée plus de trois cents fois.
En novembre 1951, le préfet de Police donne l'ordre de décrocher au Salon d'Automne sept tableaux dont un baptisé Henri Martin. Ces œuvres sont jugées offensantes pour le sentiment national et indignes d'être exposées dans un bâtiment appartenant à l'État[13].
Filmographie
D'autres sont seuls au monde de Raymond Vogel et René Vautier, sorti en 1953 ; raconte le mouvement de soutien et montre des représentations[50]. Interdit par la censure, "D'autres sont seuls au monde" fut saisi par le commissaire de Melun lors d’une projection militante en mars 1953. Film collectif tourné en vue de la libération d’Henri Martin. Le film obtient le soutien de nombreuses personnalités, Jean Cocteau, Picasso, Paul Eluard, Aragon, et François Mauriac. Il n’a été diffusé pratiquement que par le P.C. et par les mouvements syndicaux.
Poésie
Jacques Prévert publie pour la première fois son poème, Prévert pose une question, dans l'ouvrage collectif préfacé par Jean-Paul Sartre et consacré à Henri Martin, sorti en octobre 1953. Le poème deviendra ensuite Entendez-vous, gens du Vietnam, repris dans son recueil de 1955[54],[55].
« Dans de merveilleux décors
tombaient les pauvres figurants de la mort.
Seuls les gens du trafic des piastres
criaient bis et applaudissaient. »
Entre-temps, Boris Vian écrit en février 1954 Le Déserteur, chantée pour la première fois par Mouloudji au Théâtre de l’Œuvre, à Paris, le 7 mai 1954. « L'entendant dans l’émission radiodiffusée de Paris-Inter du lundi 11 octobre 1954, vers 13 h 20 », Paul Faber, conseiller municipal de Paris, y voit une injure à tous les anciens combattant et obtient du préfet qu'il l'interdise[56].