Article épinglé

mercredi 7 janvier 2026

Transition énergétique : la France piégée par ses propres choix


La France a massivement développé des capacités d’énergies renouvelables, au point que leur puissance installée dépasse désormais celle du parc nucléaire. Présenté ainsi, le chiffre peut sembler flatteur. En réalité, il masque un dysfonctionnement profond. La vraie question n’est pas la quantité installée, mais l’utilité réelle de cette production et le service qu’elle rend au système électrique.
Or, la consommation d’électricité en France stagne depuis plus de dix ans et recule même depuis plusieurs années, sous l’effet de la hausse des prix. Autrement dit, nous ajoutons des capacités alors que la demande n’augmente pas. Le résultat est mécanique : une situation de surcapacité chronique.
Dans ce contexte, l’électricité produite par l’éolien est très souvent exportée, non parce qu’elle serait indispensable, mais parce que le nucléaire et l’hydraulique suffisent déjà à couvrir la demande nationale. Les renouvelables ne remplacent donc pas des moyens de production fossiles : ils se substituent partiellement au nucléaire dans les exportations, ce qui réduit son taux de fonctionnement.
C’est là que le système devient absurde. Le nucléaire coûte pratiquement la même chose qu’il produise beaucoup ou peu, car le combustible ne représente qu’une faible part du coût total. Lorsqu’on force les réacteurs à tourner au ralenti pour faire place à des productions intermittentes subventionnées, on renchérit mécaniquement le coût du kilowattheure nucléaire. L’électricité devient plus chère non parce qu’elle est rare, mais parce qu’on empêche les installations amorties de fonctionner normalement.
On en arrive alors à une situation ubuesque : le consommateur paie plusieurs fois la même électricité. Il paie pour des éoliennes et des panneaux solaires garantis à prix élevé, il paie pour des centrales nucléaires maintenues en fonctionnement même quand elles produisent moins, et il paie pour un système de réseau de plus en plus complexe. Parfois, il paie même quand l’électricité n’est pas produite, lors des périodes de prix négatifs, devenues de plus en plus fréquentes.
Malgré ces signaux évidents de surcapacité et de désorganisation, la stratégie consiste à en rajouter : doubler, puis tripler les capacités renouvelables dans les années à venir. Autrement dit, accentuer un déséquilibre déjà manifeste.
Cette dérive a des conséquences économiques lourdes et parfaitement prévisibles. Pendant que les États-Unis font le choix du pragmatisme et sécurisent une électricité abondante et bon marché pour soutenir leur réindustrialisation, et que la Chine, venue apprendre chez nous, construit vite, standardise et maîtrise ses coûts, la France s’enlise dans des normes excessives et des choix idéologiques. Elle se prive ainsi des moyens de soutenir la comparaison avec ses principaux concurrents.
Les effets sont déjà visibles et ne peuvent que s’aggraver. Pour les particuliers, la facture d’électricité continue d’augmenter et poursuivra sa hausse. Pour les entreprises, le choc est encore plus brutal. Beaucoup n’auront tout simplement plus les moyens de payer leur énergie. Et lorsque l’électricité devient structurellement trop chère, l’issue est connue : les usines ferment, l’activité se déplace ailleurs, et la désindustrialisation s’accélère.