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mercredi 18 décembre 2024

2015, la stratégie yankee contre l'Europe libre et propère

 George Friedman, fondateur et PDG de Stratfor:

 . Friedman "..c’est cynique, amoral, mais ça marche ». Stratfor: comment Washington peut conserver sa domination sur la planète. Extraits du discours de George Friedman, directeur de la société de renseignement et d’analyse Stratfor, dite la « CIA de l'ombre », au Council on Foreign Relations de Chicago. Dans son discours au Council il explique comment Washington peut conserver sa domination sur la planète. Il identifie également les ennemis potentiels des USA. Friedman voudrait que le monde actuel soit exclusivement sous le contrôle direct ou indirect des USA Le président de Stratfor déclare que les USA n'ont pas de relations avec l'Europe. « Nous avons des relations avec la Roumanie, la France et ainsi de suite. Il n'y a pas d'Europe avec laquelle les USA ont des relations quelconques". Cela rappelle forcément la conversation de la sous-secrétaire d'Etat Victoria Nuland avec l'ambassadeur des USA à Kiev en 2014. Nuland avait alors expliqué à son interlocuteur en des termes très crus ce qu'elle pensait de l'Europe unie et de ses dirigeants: https://www.youtube.com/watch?v=2-kbw... 33] Plus tard, elle a présenté ses excuses pour la forme de ses propos, mais pas sur le fond. Il faut savoir que Mme Nuland est une lectrice des notes analytiques de Stratfor. « Les USA contrôlent tous les océans de la terre. Personne n'avait encore réussi à le faire. Par conséquent, nous pouvons nous ingérer partout sur la planète, mais personne ne peut nous attaquer. Le contrôle des océans et de l'espace est la base de notre pouvoir", a déclaré Friedman à Chicago, Selon lui, "la priorité des USA est d'empêcher que le capital allemand et les technologies allemandes s'unissent avec les ressources naturelles et la main d'œuvre russes pour former une combinaison invincible".Créer un "cordon sanitaire" autour de la Russie permettra à terme aux USA de tenir en laisse l'Allemagne et toute l'Union européenne.


 

 

Briser l'Eurasie "dans l'oeuf"

 SOURCE: https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-la-victoire-americaine-en-252557

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Si on pose la question "qui a gagné la Seconde Guerre mondiale ?", il y a deux façons de répondre. On peut dire que c'est l'URSS, dans la mesure où c'est effectivement l'Armée rouge qui a vaincu la Wehrmacht, c'est le front de l'Est qui a absorbé l'immense majorité des ressources de l'Allemagne. Cependant, l'autre manière de répondre, certes plus cynique, mais bien plus pertinente, est de constater que ce sont les Etats-Unis qui sont les seuls vrais gagnants de la guerre. En 1945, toute la partie occidentale de l'URSS est un champ de ruines. Les Soviétiques déplorent 27 millions de morts. Les Etats-Unis en revanche n'ont connu aucune destruction sur leur territoire, ils n'ont perdu qu'un nombre très faible de soldats, ils ont évincés le Royaume-Unis de sa place de première puissance mondiale, ils disposent d'une gigantesque flotte qui contrôle l'Atlantique et le Pacifique, leur industrie est sans équivalent dans le monde, ils sont les seuls détenteurs de la bombe atomique, ils ont raflé la plus grosse partie des scientifiques allemands, ils occupent l'Europe occidentale et le Japon. Ils sont passés en 4 ans de puissance secondaire, isolationniste, sans armée ou presque, au statut de première puissance mondiale, qui a duré jusqu'à il y a peu. Si "moralement", c'est l'URSS qui devrait être désignée vainqueur, concrètement, c'est bien les E-U qui sont les bénéficiaires exclusifs du conflit, qu'ils ont d'ailleurs largement contribué à déclencher.

 

Mais plus mal interprétée encore est la guerre froide qui commence dès avant la fin du conflit mondial. Ce "conflit" est une pure fabrication des E-U. L'idée que Staline aurait menacé l'Europe occidentale en 1945 est totalement absurde. Le monde a été partagé à Yalta. Non seulement les Soviétiques ont eu leur part du gâteau, mais la tâche la plus urgente pour eux est la reconstruction. D'autre part, et c'est fondamental, comme je l'écrivais plus haut, les E-U sont les seuls possesseurs de la bombe atomique jusqu'en 1949, et même d'ailleurs les seuls possesseurs de son vecteur. Il faut aussi noter le grand déséquilibre stratégique entre URSS et E-U. Dès 1945 et jusque dans les années 1960, hormis l'Alaska, le territoire américain reste hors de portée des vecteurs soviétiques, tandis que tous les points de l'URSS sont à portée des bombardiers américains, depuis leurs bases en Alaska, en Europe (y compris l'Islande), en Asie Centrale et en Extrême-Orient. Les E-U ont objectivement une politique de provocation et de confrontation. Ils refusent l'unification de la Corée qui avait pourtant proposé un gouvernement d'unité nationale, dans lequel les communistes n'avaient pas de rôle prédominant. Ils insisteront pour maintenir la division du pays, soutiendront un régime extrêmement brutal, qui ne deviendra démocratique qu'a la fin des années 1980. Idem au Vietnam, tandis que Roosevelt avait multiplié les déclarations anti-coloniales et qu'en échange de la lutte contre les Japonais, Ho Chi Minh s'était fait promettre l'indépendance du pays, l'administration Truman change de politique et soutient la France qui cherche à reprendre le contrôle de sa colonie.

 

Pourquoi les E-U cherchent-ils à envenimer la situation mondiale ? La réponse est très simple. Ce n'est pas l'URSS qui est la cible de cette politique, elle n'en est que l'instrument. Le véritable objectif de la guerre froide est le maintien sous tutelle des pays d'Europe occidentale et du Japon, et la continuation du déploiement international de la force militaire américaine. C'est un élément fondamental pour comprendre l'Histoire contemporaine, et c'est aussi ce constat qui est l'essence de la politique gaullienne. Ceci a donc mécaniquement été l'objet principal de la propagande des E-U, qui a fabriqué la fantomatique menace soviétique avec tous les moyens dont ils disposaient, depuis le lavage de cerveaux des militaires de l'OTAN, occupés à disserter sur la manière de repousser une très improbable attaque massive sur l'Allemagne de l'Ouest, jusqu'au lavage de cerveau des enfants via les bandes dessinées et les dessins animés. 

 

"Rassurez-vous madame, c'est pour votre sécurité".

 

 L'autre constat historique flagrant, c'est que bien que le prétexte de la "menace communiste" ait disparu avec l'URSS en 1991, la politique de fabrication artificielle de la tension s'est poursuivie depuis les années 2000. Entre l'abrogation du traité ABM, l'installation de missiles en Pologne etc, les provocations des E-U n'ont pas cessé avec la conversion de la Russie à la Vraie Foi Capitaliste.

D'où la conclusion fracassante qui va plonger certains lecteurs dans le déni et la dissonance cognitive. Lorsqu'on vous dit, "la Russie a gagné en Ukraine", c'est de la propagande américaine. Les seuls qui ont gagné quelque chose avec le conflit en Ukraine, c'est les E-U.

Comprenez que les Américains n'en ont strictement RIEN A FOUTRE des Russes, ce ne sont pas des concurrents économiques, les exportations russes sont essentiellement des matières premières, qui sont nécessaires à l'ensemble de l'économie mondiale et dont il est hors de question de se passer. D'où le fait que l'économie russe n'a pas été ébranlée, et que personne sain d'esprit n'a jamais pu envisager la chose. Prenons le pétrole, plus grosse exportation russe, l'offre et la demande mondiale sont équilibrées. Si vous décidez de ne pas acheter de pétrole russe, il faudra l'acheter ailleurs, mais le volume de l'offre et de la demande ne sera pas modifié, vous ne pourrez simplement qu'échanger vos fournisseurs avec un autre pays qui prendra le pétrole russe, ou passer par un intermédiaire qui donnera l'illusion que votre pétrole n'est plus russe, comme ça se produit avec l'Inde.

Telle n'est pas la situation avec l'Europe qui est un concurrent économique direct des E-U, pensez à Airbus contre Boeing, à la défunte industrie nucléaire française, à sa technologie d'extraction et de raffinage de pétrole, la plus avancée au monde, à ses sous-marins, à ses turbines à vapeur qui avaient les meilleurs rendements au monde, mais également à la machine outil et aux voitures allemandes, leur matériel électrique de pointe, etc, etc. Et contrairement au lavage de cerveau "décliniste" qui a été imposé en Europe, l'avenir est considéré radieux dans de nombreuses zones de la planète, où l'on attend un boum économique majeur. L’Indonésie par exemple, 4e population mondiale, et plus généralement la zone Pacifique, qui, c'est dit depuis plus de 15 ans, va être le nouveau centre de gravité du monde, après des siècles de domination atlantique. Les Américains ont parfaitement conscience que leur hégémonie ne peut pas durer éternellement sous la forme qu'elle avait auparavant. Ils savent très bien compter et prolonger une courbe pour faire des prospectives. Par contre, ils savent qu'ils peuvent se maintenir dans le peloton de tête, grâce aux formidables perspectives de développement asiatiques et dans une certaine mesure africaines. A une condition, éliminer la concurrence européenne. Et le moyen le plus simple, entre autres, c'est de faire exploser les coûts de l'énergie, garantie que les produits européens ne seront jamais compétitifs. Et accessoirement, saboter les contrats, détruire les filières technologiques etc, etc. "Mission accomplished", il est inutile de réécrire ici le martyrologe de l'industrie française.

Revenons à l'Ukraine. Cette guerre est totalement absurde, hors des intérêts américains. Le simple fait qu'elle ait lieu est déjà une victoire américaine. Ce sont eux qui ont tout fait pour la déclencher, j'ai déjà cité dans un article précédent des universitaires américains qui ont, de manière parfaitement claire et non-ambiguë, validé ce point. La question est de savoir pourquoi. Comme je l'ai déjà écrit, les Américains ne sont absolument pas dérangés par les Russes, ou disons, très marginalement. Aucun individu sain d'esprit ne peut imaginer qu'ils ont envisagé une seule seconde une victoire de l'Ukraine sur la Russie. Il y a d'ailleurs des signes qui ne trompent pas. On voit ici l’imbécillité profonde d'un certain nombre d'idiots utiles de la propagande US. Vous vous souvenez de la contre-offensive ukrainienne qui allait "libérer" la Crimée ? Elle a échoué me direz-vous, certes. Quelle surprise ! Vous n'avez rien constaté de "bizarre" dans la presse occidentale ? Ils en étaient tous à discuter de comment rebaptiser les rues de Sébastopol après la victoire. Personne n'a évoqué la possibilité que l'offensive, d'ailleurs privée de tout effet de surprise, puisse ne pas être victorieuse. 

Une petite digression anecdotique pour illustrer une leçon de propagande. Lorsque les Français cherchent à mettre au point la bombe atomique, ils sont confronté à un problème. Le plutonium, qui est un matériau très curieux, à un coefficient de dilation énorme, ce qui le rend très difficile à incorporer dans le dispositif mécanique d'une bombe. Ils comprennent qu'il faut en faire un alliage pour le stabiliser dans une certaine phase cristalline. Ils décident d'analyser toutes les publications scientifiques américaines pour trouver des indices. Et ils vont effectivement trouver la réponse dans ces publications, tandis que le matériau en question est certainement le secret le mieux gardé du monde. Comment trouvent-ils la réponse ? C'est tout simple, le gallium, qui permet de faire l'alliage, est le seul élément du tableau de Mendeleïev qui n'était jamais cité dans les publications américaines. On peut souvent détecter quelque chose par sa présence, mais aussi parfois par son absence.

Et ceci marche aussi pour la propagande. Le fait que personne n'a évoqué un possible échec de la contre-offensive ukrainienne était le signe très clair que les commanditaires de cette propagande savaient pertinemment qu'elle n'avait aucune chance, et qu'ils envoyaient les troufions ukrainiens -qui n'ont rien demandé à personne- vers une mort certaine.

Je passe sur les aspects techniques du conflit, disons simplement qu'on n'a rien appris de fondamentalement nouveau. Certains font des titres tonitruants sur la défaite des matériels occidentaux, c'est du réchauffé de réchauffé. À titre d'exemple, les chars Léopard 2 de l'armée turque ont, dès les années 2015, montré qu'ils n'étaient pas plus invincibles que n'importe quel matériel, durant leurs opérations en Syrie. Un point par contre qui n'à ma connaissance jamais été relevé, c'est que l'intégralité des munitions occidentales guidées par GPS sont techniquement obsolètes depuis 2015, d'où la grande générosité manifestée par leurs détenteurs à l'égard de l'Ukraine. En effet, une série d'incidents ont montré que les Russes possèdent des matériels de guerre électroniques capables non seulement de brouiller, mais bien pire, de "spoofer" les signaux de positionnement GPS, c'est-à-dire de les truquer sans que le récepteur ne s'en rende compte. L'industrie occidentale a mis assez longtemps à développer des systèmes immunisés contre ces matériels [voir au mot-clef "M-code" si l'histoire vous intéresse], et d'autant plus longtemps que la majorité des satellites GPS doivent être remplacés pour utiliser ce nouveau protocole. La guerre en Ukraine a été l'occasion de se débarrasser des stocks de munitions obsolètes, qui malgré tout, et surtout du fait de la difficulté d'emploi des systèmes de guerre électronique, ont gardé une certaine efficacité.

Même hors obsolescence technologique, la plupart des matériels de guerre ont des dates de péremption. Au début du conflit, il a été notoire que les missiles anti-chars fournis par les Américains étaient périmés. Là encore, même stratégie, la guerre en Ukraine est un moyen de renouveler les stocks, pour la plus grande joie du complexe militaro-industriel. Et jusqu'à présent, ce sont ces stocks d'armes obsolètes ou en passe de l'être qui ont été généreusement vendues à l'Ukraine.

Tout ça pour dire, tout s'est passé comme prévu, et comme dans tout régime totalitaire qui se respecte, les propagandistes prétendus pro-Russes servent la soupe à leurs seigneurs et maîtres américains, sans même en avoir conscience. Les E-U veulent vous entendre dire qu'ils sont battus en Ukraine, que l'OTAN a subit une défaite. Je l'ai déjà largement commenté dans un article -que je devrais réécrire-, qui montre malgré tout assez clairement que DAECH est une créature américaine. Un des éléments clef de leur stratégie de propagande, ils n'ont aucun problème à se faire passer pour des cons, surtout aux yeux des abrutis. Ils en use même abondamment, et ça marche très bien surtout auprès des Français, dont l'arrogance est proverbiale.

Dans la mesure où l'on se fait totalement dépouiller, pigeonner, arnaquer par les E-U, ça ne leur coûte pas cher de déclarer qu'ils sont humiliés, battus à plate couture par les russes en Ukraine, tandis qu'ils se sont débarrassé de leur principal concurrent économique, l'Europe, et ont renouvelé la légitimité de leur présence militaire massive sous prétexte de menace russe.

Devinez aux dépens de qui le dollar s'est maintenu comme monnaie internationale ? Du rouble ? Certainement pas, ça n'a jamais été son ambition d'ailleurs. Voyez les graphiques suivant, et comprenez l'ampleur du désastre, et surtout qui sont les dindons de la farce.

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Il y a bien eu une augmentation des transactions en devises autres que le dollar, mais le dollar s'est maintenu aux dépens... De l'Euro.

 

Parler de victoire russe dans un conflit qui n'aurait jamais du exister est tout autant délirant. Le plus gros problème de la Russie, c'est sa démographie. Ne serait-ce qu'un seul mort dans une classe d'âge jeune est une tragédie pour le pays. On ne connaît pas le nombre de victimes directes du conflit, les crétins qui viennent avec leurs chiffres les sortent d'un chapeau et nous ordonnent d'y croire. Ils s'ajoutent à ceux qui ont fui la conscription, certainement pas aussi nombreux que ce que la presse occidentale raconte, mais nombreux tout de même. Je suis convaincu que les Russes n'avaient pas d'autres choix que de déclencher le conflit, ils ont été poussé à la guerre aussi grâce à la complicité de dirigeants européens traîtres. Le conflit a traîné en longueur, au-delà des espérances américaines, je pense.

Comprenez-le, les Etats-Unis adorent les Jacques Baud, les Xavier Moreau, etc. Le dernier est clairement un idiot utile, pour l'autre, j'ai un doute, je penche plutôt pour le traître au service des E-U. Quoi qu'il en soit, ayez l'humilité de comprendre que nous sommes, en France, réduit à l'état de colonie, et que c'est bien parce que nous subissons l'influence d'une puissance supérieure. Et que l'hégémonie consiste à contrôler ses partisans et ses opposants. C'est ce qu'on appelle l'opposition contrôlée. 

En conclusion, nos chers alliés américains ont condamné l'Europe au marasme économique en nous privant d'énergie et de matières premières bon marché, en nous séparant des Russes à long terme, en détruisant notre diplomatie, en montrant aux yeux du monde entier que nous n'avons plus aucune souverainteté. Ils ont liquidé leurs stocks de matériel obsolètes et rempli leurs carnets de commandes pour du matériel neuf. Ils ont marginalement affaibli la Russie en ponctionnant un peu de sa population jeune. Le dollar se maintien sur le dos de l'Euro. Et vous trouvez encore des crétins pour parler de défaite américaine.

La fin de la Syrie

 SOURCE: https://www.vududroit.com/2024/12/la-fin-de-la-syrie/

Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique installé à Beyrouth. Il sait de quoi il parle. Il a fait le boulot concernant la disparition de la Syrie.

Merci à lui.

Régis de Castelnau

La Syrie est entrée dans l’abîme : les démons d’Al-Qaïda, de l’EI et des éléments les plus intransigeants des Frères musulmans rôdent dans le ciel. Le chaos règne, les pillages, la peur et une terrible soif de vengeance fait bouillir le sang. Les exécutions de rue sont monnaie courante.

Peut-être que Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) et son chef, Al-Joulani, (suivant les instructions turques), pensaient contrôler les choses. Mais HTS est un groupe-cadre comme Al-Qaida, ISIS et An-Nusra, et ses factions ont déjà sombré dans des combats entre factions. « L’État » syrien s’est dissous au milieu de la nuit ; la police et l’armée sont rentrées chez elles, laissant les dépôts d’armes ouverts aux shebabs pour qu’ils les pillent. Les portes des prisons ont été ouvertes (ou forcées). Certains, sans aucun doute, étaient des prisonniers politiques ; mais beaucoup ne l’étaient pas. Certains des détenus les plus vicieux errent désormais dans les rues.

En quelques jours, les Israéliens ont totalement éviscéré l’infrastructure de défense de l’État dans plus de 450 frappes aériennes : défense antimissile, hélicoptères et avions de l’armée de l’air syrienne, marine et armureries – tous détruits dans la « plus grande opération aérienne de l’histoire d’Israël ».

La Syrie n’existe plus en tant qu’entité géopolitique. A l’est, les forces kurdes (avec le soutien militaire des Etats-Unis) s’emparent des ressources pétrolières et agricoles de l’ancien Etat. Les forces d’Erdogan et ses mandataires tentent d’écraser complètement l’enclave kurde (bien que les Etats-Unis aient désormais négocié une sorte de cessez-le-feu). Et au sud-ouest, les chars israéliens se sont emparés du Golan et de terres au-delà, jusqu’à 20 km de Damas. En 2015, le magazine The Economist écrivait : « De l’or noir sous le Golan : les géologues israéliens pensent avoir trouvé du pétrole – dans un territoire très délicat ». Les pétroliers israéliens et américains pensent avoir découvert une mine d’or dans ce site des plus inconfortables.

Et un obstacle majeur aux ambitions énergétiques de l’Occident – ​​la Syrie – vient de disparaître.

Le contrepoids stratégique et politique que constituait la Syrie depuis 1948 pour Israël a disparu. Et l’apaisement des tensions entre la sphère sunnite et l’Iran a été perturbé par l’intervention brutale des renoms de l’EI et par le revanchisme ottoman en collaboration avec Israël, via des intermédiaires américains (et britanniques). Les Turcs ne se sont jamais vraiment réconciliés avec le traité de 1923 qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, par lequel ils ont cédé ce qui est aujourd’hui le nord de la Syrie au nouvel État syrien.

En quelques jours, la Syrie a été démembrée, divisée et balkanisée. Alors pourquoi Israël et la Turquie continuent-ils à bombarder ? Les bombardements ont commencé au moment du départ de Bachar el-Assad, car la Turquie et Israël craignent que les conquérants d’aujourd’hui ne soient éphémères et ne soient bientôt eux-mêmes déplacés. Il n’est pas nécessaire de posséder une chose pour la contrôler. En tant qu’États puissants de la région, Israël et la Turquie souhaiteront exercer un contrôle non seulement sur les ressources, mais aussi sur le carrefour et le passage régional vital qu’est la Syrie.

Il est cependant inévitable que le « Grand Israël » se heurte un jour ou l’autre au revanchisme ottomaniste d’Erdogan. De même, le front saoudo-égypto-émirati n’accueillera pas favorablement la résurgence des refontes de l’EI, ni celle des Frères musulmans, inspirés par la Turquie et ottomanisés. Ces derniers représentent une menace immédiate pour la Jordanie, désormais limitrophe de la nouvelle entité révolutionnaire.

Ces inquiétudes pourraient pousser ces États du Golfe à se rapprocher de l’Iran. Le Qatar, fournisseur d’armes et de financements au cartel HTS, pourrait à nouveau être ostracisé par les autres dirigeants du Golfe.

La nouvelle carte géopolitique pose de nombreuses questions directes sur l’Iran, la Russie, la Chine et les BRICS. La Russie a joué un rôle complexe au Moyen-Orient : d’un côté, elle mène une guerre défensive contre les puissances de l’OTAN et gère ses intérêts énergétiques clés ; de l’autre, elle tente de modérer les opérations de la Résistance contre Israël afin d’empêcher que ses relations avec les États-Unis ne se détériorent complètement. Moscou espère – sans grande conviction – qu’un dialogue avec le nouveau président américain pourrait émerger, à un moment ou à un autre.

Moscou en conclura probablement que les accords de cessez-le-feu tels que l’accord d’Astana sur le confinement des djihadistes dans les frontières de la zone autonome d’Idlib en Syrie ne valent pas le papier sur lequel ils ont été rédigés. La Turquie, garante d’Astana, a poignardé Moscou dans le dos. Il est probable que cela rendra les dirigeants russes plus intransigeants à l’égard de l’Ukraine et de toute discussion occidentale sur un cessez-le-feu.

Le guide suprême iranien a déclaré le 11 décembre : « Il ne fait aucun doute que ce qui s’est passé en Syrie a été planifié dans les salles de commandement des États-Unis et d’Israël. Nous en avons la preuve. L’un des pays voisins de la Syrie a également joué un rôle, mais les principaux planificateurs sont les États-Unis et le régime sioniste ». Dans ce contexte, l’ayatollah Khamenei a mis un terme aux spéculations sur un éventuel affaiblissement de la volonté de résistance.

La victoire par procuration de la Turquie en Syrie pourrait néanmoins se révéler pyrrhique. Le ministre des Affaires étrangères d’Erdogan, Hakan Fidan, a menti à la Russie, aux États du Golfe et à l’Iran sur la nature de ce qui se tramait en Syrie. Mais le bazar est désormais aux mains d’Erdogan. Ceux qu’il a trahis devront à un moment ou à un autre se venger.

L’Iran va vraisemblablement revenir à sa position antérieure, qui consiste à rassembler les différents éléments de la résistance régionale pour combattre la réincarnation d’Al-Qaïda. Il ne tournera pas le dos à la Chine, ni au projet BRICS. L’Irak – rappelant les atrocités commises par l’EI lors de sa guerre civile – se joindra à l’Iran, tout comme le Yémen. L’Iran sera conscient que les éléments restants de l’ancienne armée syrienne pourraient bien, à un moment donné, entrer dans la lutte contre le cartel HTS. Maher Al-Assad a emmené toute sa division blindée avec lui en exil en Irak la nuit du départ de Bachar Al-Assad.

La Chine ne sera pas ravie des événements en Syrie. Les Ouïghours ont joué un rôle important dans le soulèvement syrien (on estime qu’il y avait 30 000 Ouïghours à Idlib, formés par la Turquie (qui considère les Ouïghours comme la composante originelle de la nation turque). La Chine aussi verra probablement le renversement de la Syrie comme une mise en évidence des menaces occidentales qui pèsent sur ses propres lignes de sécurité énergétique qui passent par l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak).

Enfin, les intérêts occidentaux se disputent depuis des siècles les ressources du Moyen-Orient – ​​et c’est précisément ce qui se cache derrière la guerre d’aujourd’hui.

Est-il ou n’est-il pas favorable à la guerre ? C’est ce que les gens demandent à propos de Trump, puisqu’il a déjà indiqué que la domination énergétique serait une stratégie clé de son administration.

Les pays occidentaux sont lourdement endettés, leur marge de manœuvre budgétaire se réduit rapidement et les détenteurs d’obligations commencent à se mutiner. On assiste à une course pour trouver de nouvelles garanties pour les monnaies fiduciaires. C’était autrefois l’or ; depuis les années 1970, c’est le pétrole, mais le pétrodollar a vacillé. Les Anglo-Américains aimeraient bien récupérer le pétrole iranien – comme ils l’ont fait jusqu’aux années 1970 – pour le garantir et construire un nouveau système monétaire lié à la valeur réelle inhérente aux matières premières.

Mais Trump affirme vouloir « mettre fin aux guerres » et non les déclencher. Le remaniement de la carte géopolitique rend-il plus ou moins probable une entente mondiale entre l’Est et l’Ouest ?

Malgré tous les débats autour d’éventuels « accords » de Trump avec l’Iran et la Russie, il est probablement trop tôt pour dire s’ils se concrétiseront – ou pourront se concrétiser.

Apparemment, Trump doit d’abord conclure un « accord » intérieur avant de savoir s’il dispose des moyens nécessaires pour conclure des accords de politique étrangère.

Il semble que les structures dirigeantes (notamment l’élément « Never-Trump » au Sénat) accorderont à Trump une latitude considérable sur les nominations clés des départements et agences nationaux qui gèrent les affaires politiques et économiques américaines (ce qui est la principale préoccupation de Trump) – et permettront également une certaine discrétion sur, disons, les départements de « guerre » qui ont ciblé Trump au cours des dernières années, comme le FBI et le ministère de la Justice.

Le prétendu « accord » semble être que ses nominations devront encore être confirmées par le Sénat et devront globalement être « en phase » avec la politique étrangère inter-agences (notamment sur Israël).

Les hauts dignitaires de l’Inter-Agency auraient cependant insisté sur leur droit de veto sur les nominations touchant aux structures les plus profondes de la politique étrangère. Et c’est là que réside le nœud du problème.

Les Israéliens célèbrent généralement leurs « victoires ». Cette euphorie aura-t-elle un écho auprès des élites du monde des affaires américain ? Le Hezbollah est contenu, la Syrie est démilitarisée et l’Iran n’est pas à la frontière d’Israël. La menace qui pèse aujourd’hui sur Israël est d’un ordre qualitatif inférieur. Cela suffit-il en soi à apaiser les tensions ou à faire émerger des accords plus larges ? Beaucoup dépendra de la situation politique de Netanyahou. Si le Premier ministre sort relativement indemne de son procès pénal, devra-t-il prendre le grand « pari » d’une action militaire contre l’Iran, alors que la carte géopolitique s’est soudainement transformée ?