Article épinglé

vendredi 25 octobre 2024

La Hora de los Hornos (Cine Liberación/Fernando "Pino" Solanas, 1968)


 

"Events" psychogéographiques des récupérateurs Robert Filliou (1962) et agents ultérieurs (2009)

En 1962, Robert Filliou fonde la Galerie Légitime, une galerie de rue mobile sous forme de casquette portant le tampon «Galerie Légitime — couvre-chef (s)-d’œuvres». Le 3 juillet 1962, Filliou se promène, déposées dans la casquette, les œuvres miniatures de Ben Patterson en compagnie de l’artiste. Ils les présentent aux passants tout au long d’un périple dans Paris dessiné par Ben. Le parcours de l’exposition dans les rues de Paris dura 24 heures, de la Porte Saint-Denis à la Galerie Girardon, boulevard Pasteur, avec un programme d’events Fluxus.

  Rebelote en 2009, on reprend l'idée du parcours sans Filliou, décédé en 1987 (il est joué par un autre, il rapporte encore). Aller boire un coup Chez Georges au XXIe siècle, faut oser, moi j'y arriverai pas.

POÉTIQUE BÉTONNÉE DES RUINES ET ROCAILLES

 SOURCE: http://jmchesne.blogspot.com/

   Dès la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle on assiste à un mouvement de réappropriation de la campagne par la ville. C’est le début de la résidence secondaire qui touche toutes les couches de la société, même si certaines utopies rustiques sont imaginées par une élite intellectuelle et urbaine. Les faubourgs et les banlieues vont s’emplir de villas pittoresques, chalets rustiques, fausses grottes, guinguettes et kiosques en faux bois ou fausse pierre et c’est le triomphe de la rocaille.




   Cette invention romaine, redécouverte à la Renaissance, est de nouveau au goût du jour et réalisable grâce en partie au nouveau ciment «Portland». Ce matériau va permettre la reconnaissance d’une nouvelle activité originale, celle des rocailleurs. Ces artisans, modestes à l’origine, vont accéder à un autre statut qui leur permettra de signer leurs œuvres.
 

  
    Les annuaires professionnels en portent le témoignage avec les nouvelles rubriques de «rustiqueurs», «rocailleurs-paysagistes», «artistes-rocailleurs», «cimentiers-naturistes», «artistes en ciment»...  Je reproduis là quelques pages d’un  étonnant catalogue déniché par hasard chez un brocanteur où l'on découvre avec amusement qu'on pouvait commander pratiquement par correspondance une grotte ou une passerelle pour son jardin. Le trompe-l’œil redevenant  le critère du savoir-faire, on y retrouve au fil des pages toutes la gamme des décors paysagers de l'époque, le tout promut grâce à des formules chocs : "Des meubles rustiques en ciment et  fer !" ou bien ce "Belvédère rustique élevé sur trois arbres gigantesques, construit en ciment armé avec montée d'escalier en ciment et en  fer !" 



   Ce rêve d’exotisme n’est pas seulement naturaliste, c’est une échappée dans le temps avec ses faux temples, des fausses ruines, du faux gothique, mais aussi dans l’espace avec ses pagodes, chalets suisses, pyramides, le tout réalisé au mépris des spécificités locales. Le Midi semble privilégié (est-ce le manque de bois et la présence des maçons italiens ?), mais les «rocailleurs rustiques» sont partout. 
   


  Dans les jardins de plaisance le rocailleur dispose d’une relative liberté pour s’exprimer. Ainsi les rocailles apparaissent-elles comme un lieu privilégié pour découvrir les rêves entremêlés de ceux qui les produisent : des artisans nourris de culture populaire et la nouvelle bourgeoisie, à la fois romantique et ouverte aux conquêtes industrielles et coloniales. 


 
   La poésie et la nostalgie de ces grottes, de ces fausses ruines alimentent cette nouvelle forme d’art, à bien distinguer de l’Art Nouveau car il s’agit souvent d’œuvres d’autodidactes au service de nouvelles franges de citadins en quête de frissons exotiques et de rêves rustiques voulant apprivoiser une nature qui fait peur. 



   Par rapport à leur contemporain qu’était le facteur Cheval (dont on peut se demander s’il n’a pas lui-même suivi l’exemple de ces maçons) ou par rapport aux habitants paysagistes créateurs d’environnement dits Bruts, les rocailleurs étaient des inspirés à plein temps qui ont tenté grâce à des constructions destinées à d’autres, de préserver une part de création et de plaisir dans leur activité professionnelle.
   


   Je reproduis également quelques cartes qui montrent des édifices rustiques réalisés en bois ce qui les rendaient d’autant plus vulnérables. On imagine bien la complexité à bâtir en ciment dans des endroits reculés. Ici nous n’avons plus à faire à la poésie des ruines mais plutôt à l’attrait pour les cabanes, les habitations des forets et des champs et leurs «robinsonnades». Un bricolage rustique au service d’une vie naturelle idéalisée, plus symbolique que réelle. 


   Puis, la mode passant, on s’est pudiquement détourné de cette architecture produite par des artisans formés sur le tas. Beaucoup de rocailles ont été détruites, délaissées et abandonnées aux intempéries, à la végétation ou aux transformations. Les fausses ruines tombent en ruine à leur tour ; une sorte de mise en abyme du temps.  En ville et surtout dans les anciens parcs, on trouve encore parfois quelques traces de ces aménagements : un balcon, un petit pont ou une rambarde d’escalier ayant échappé à la destruction. Parfois, je me prends à rêver au retour de ces extravagances ; le désir d'habiter autrement et de l'utopie d'un imaginaire de vie cristallisés.
Toutes images et cartes postales : collection JM Chesné -  D.R.


jeudi 24 octobre 2024

Florentino Pérez y el PP-PSOE

 Florentino Pérez ha donado al menos 900.000 euros en cinco años a las fundaciones FAES y Pablo Iglesias, vinculadas al PP y al PSOE

La fundación de la constructora ACS ha realizado pagos a varias organizaciones relacionadas con partidos políticos, antiguos cargos público y la Casa Real

Cada año, la Fundación ACS, vinculada la constructora del mismo nombre, presidida por Florentino Pérez, dona 100.000 euros a la Fundación para el Análisis y los Estudios Sociales, más conocida como FAES, y a la Fundación Pablo Iglesias. Es decir, a las organizaciones sin ánimo de lucro históricamente ligadas al Partido Popular y al PSOE. La Fundación ACS otorga este montante económico desde, al menos, 2015. Lejos de tratarse de una donación puntual, la multinacional ha realizado estos pagos también en los últimos años, según ha podido comprobar lamarea.com.

Entre 2018 y 2021, la fundación de la constructora ha inyectado un total de 400.000 euros a cada uno de los think-tanks políticos del bipartidismo, tal y como figura en las cuentas de la Fundación ACS depositadas en el Protectorado de Fundaciones. En 2022, FAES también recibió dicha donación, pero no ha sido posible corroborar si ha sucedido lo mismo en el caso de la Fundación Pablo Iglesias ya que las cuentas de esta última para ese mismo ejercicio todavía no están disponibles. Asimismo, tampoco ha respondido las cuestiones enviadas por lamarea.com.

En 2018, gracias a este convenio de colaboración, FAES —desvinculada orgánicamente del PP desde 2016, aunque sigue liderada por el expresidente del Gobierno José María Aznar— puso en marcha el denominado “Observatorio FAES de Política Energética” con el objetivo de “consolidar un foro de debate y discusión permanentes sobre los desafíos a los que se enfrenta el sector y las medidas y reformas necesarias a implantar en el corto, medio y largo plazo”. Asimismo, el think-tank neoliberal también publicó el informe Claves de éxito en la transición energética.

En el caso de la Fundación Pablo Iglesias, el capital fue utilizado para la informatización de los fondos bibliográficos y hemerográficos, la publicación de revistas, libros, cuadernos y las exposiciones organizadas durante ese año.

A partir de 2019, la Fundación ACS incluyó la donación a ambas entidades políticas en su programa “Interés general” para “patrocinar económicamente a Fundaciones e Instituciones de reconocido prestigio que, aunque con finalidades muy diferentes, todas ellas pueden ser calificadas de interés general para la sociedad española actual, sin necesidad de ser encuadradas en apartados más concretos”. En todos estos años, las donaciones a FAES y a la Fundación Pablo Iglesias estuvieron entre las más altas realizadas por la constructora, solo superadas por las otorgadas la Fundación Teatro Real De Madrid o a la Fundación del Gran Teatro del Liceu de Barcelona, entre otras.

Este medio ha preguntado a la organización por qué no ha financiado fundaciones ligadas a otros partidos políticos pero no ha obtenido respuesta.

Más enlaces políticos

La Fundación ACS está dirigida, desde 2017, por José María Mayor Oreja, empresario y hermano del exministro del Partido Popular Jaime Mayor Oreja. Este último se ha convertido en uno de los rostros más destacados del ultraconservadurismo a través de NEOS, una organización antiabortista.

Lejos de optar por una deriva más reaccionaria, bajo el mandato de José María Mayor Oreja, la Fundación ACS ha financiado a otras organizaciones ligadas a exdirigentes del PSOE. Así, entre 2018 y 2021, la Fundación Mujeres por África, presidida por la exvicepresidenta del Gobierno María Teresa Fernández de la Vega, ha logrado 600.000 euros en donaciones.

La Fundación Pasqual Maragall, encabezada por el expresident de la Generalitat, del PSC, ha logrado 360.000 euros en el mismo periodo, a razón de 90.000 euros al año. Por su parte, durante esos cuatro años, la Fundación Transición Política Española, presidida por el exministro del PP Rafael Arias-Salgado, ha recibido 80.000 euros por parte de ACS.

Finalmente, la Fundación Felipe González ha obtenido 60.000 euros en total gracias a dos donaciones realizadas en 2020 y 2021. Desde la entidad liderada por el expresidente del Gobierno aseguran que el convenio de colaboración firmado con la constructora está relacionado con una de sus actividades: el Espacio Rubalcaba, “que tiene por objeto mantener y difundir la memoria y el legado de Alfredo Pérez Rubalcaba”, pero no han aclarado si la ayuda se ha producido también en 2022 y 2023.

Además de realizar donaciones a organizaciones vinculadas a partidos políticos y antiguos cargos públicos, la Fundación ACS ha realizado pagos a dos entidades relacionadas con la Casa Real, de las cuales forma parte de su patronato. Así, entre 2018 y 2021 ha donado 160.000 euros a la Fundación Princesa de Asturias y 132.000 euros a la Fundación Princesa de Girona.

René Gabriel, un designer avant la lettre

 SOURCE: https://explore.psl.eu/fr/le-magazine/focus/rene-gabriel-un-designer-avant-la-lettre

Une vie = une œuvre

Aucune image de l’homme ou de ses proches, pas de documents administratifs, de correspondance : les quelque 3 500 archives de René Gabriel, accessibles via la bibliothèque numérique de PSL, sont exclusivement des travaux préparatoires et des photographies de ses productions. La vie de cet artiste au parcours éclatant reste dans l’ombre.

René Gabriel, Publicité. Dessin à la mine de plomb et à la gouache
Publicité. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1940 (© René Gabriel. Droits réservés)

René Gabriel naît en 1890 à Maisons-Alfort, dans un milieu modeste. Il entre à l’École Germain Pilon en 1912 puis à l’École supérieure des Arts Décoratifs (aujourd’hui l’EnsAD, établissement associé de l’Université PSL), dont il sort diplômé en 1917. Désargenté, il gagne sa vie en montant des décors de spectacles et se lie alors d’amitié avec l’homme de théâtre Léon Chancerel.

Sigismond Chrome, dominotier

En 1919, René Gabriel s’établit dominotier, c’est-à-dire fabricant artisanal de papier peint, ouvrant une boutique rue de Solferino. Il refuse la mécanisation et travaille « à la planche ».

La publicité pour ses produits passe par un personnage imaginaire, « Sigismond Chrome », vieux dominotier inventé par Léon Chancerel et s’exprimant par sa plume. René Gabriel lui dessine un visage et met en page ses slogans, démarrant à cette occasion une activité durable de graphiste et d’illustrateur.

Rene_Gabriel_Sigismond Chrome
Sigismond Chrome. Impression d’un dessin de René Gabriel, 1929 (© René Gabriel. Droits réservés)
PSL_PSL-Explore_focus_ENSAG_Rene_Gabriel_table
Table d’impression d’un dominotier. Dessin à l’encre, 1931 (© René Gabriel. Droits réservés)
Projet de céramique pour la Manufacture de Sèvres. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1927 (© René Gabriel. Droits réservés)
Projet de céramique pour la Manufacture de Sèvres. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1927 (© René Gabriel. Droits réservés)

Un créateur polyvalent

En 1919, René Gabriel crée également des meubles, qu’il présente au Salon d’Automne et au Salon des Artistes Décorateurs, le SAD ; il acquiert très vite succès et notoriété. À partir de 1924, il enseigne le dessin à l’École des Arts appliqués de la Ville de Paris.

Son travail se diversifie encore au cours des années vingt puisqu’il dessine des céramiques et réalise des décors de théâtre.

De l’Art Déco à l’épure

Les premières créations de René Gabriel s’inscrivent dans le style « Art déco », qui donne une place importante à l’ornementation. Cependant, l’artiste s’oriente rapidement vers des formes simples et des matériaux peu coûteux.

Son importante participation à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs en 1925 témoigne d’un style moderne tranchant sur les décors surchargés qui dominent.

Cuisine. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1925
Cuisine. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1925 (© René Gabriel. Droits réservés)

La technique à visage humain

En 1929, René Gabriel revend sa boutique pour rejoindre l’entreprise Viacroze, qui édite et diffuse son mobilier et ses papiers peints.

Ceux-ci sont désormais produits mécaniquement : l’artiste prend le tournant de l’industrialisation mais il saura, tout au long de sa carrière, donner à la production industrielle un visage humain.

Son travail s’incarne d'ailleurs à nouveau dans un personnage : « l’Oncle Sébastien », vieillard imaginaire dont il dessine les traits en masque de théâtre et qui vante les produits Viacroze par la plume de Léon Chancerel.

Les Propos de l’Oncle Sébastien
Les Propos de l’Oncle Sébastien : gazette de bonne entente commerciale paraissant six fois l'an, éditée par Viacroze à l'intention des dépositaires et collaborateurs de la maison. Imprimé, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)
Bar avec comptoir courbe, chaises et tables en tube métallique
Bar avec comptoir courbe, chaises et tables en tube métallique. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1932 (© René Gabriel. Droits réservés)

Un modernisme social

Rene_Gabriel_meubles
Éléments RG : meubles avec liseré bleu. Dessin à la mine de plomb et au crayon de couleur, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Avec la crise des années trente, René Gabriel fait montre d'un souci accru d’économie et de gain de place, auquel s’ajoute l’objectif de la fabrication en série. Il conçoit des meubles composés de modules baptisés « éléments RG », dont les multiples assemblages et combinaisons possibles permettent d’optimiser de petits espaces. 

Car René Gabriel est un artiste socialement engagé ; à sa mort, Léon Chancerel soulignera dans son hommage funèbre que son ami a « voué sa vie à la création et à la diffusion d'un mobilier et d'un équipement susceptibles d'apporter le confort et la joie à ceux qui n'étaient pas des privilégiés de la fortune. »

Le mot « populaire » fait donc sens lorsque, en 1934, René Gabriel quitte Viacroze pour fonder les « Ateliers d’Art Populaire », à la même adresse que le centre d’art dramatique dirigé par Léon Chancerel.

Théâtre

René Gabriel s’est intéressé à l’espace théâtral assez tôt dans sa carrière, scénographiant dès 1927 des mises en scène de Louis Jouvet. Pour le théâtre, il invente des machineries sophistiquées, des scènes rondes ou rectilignes, des salles de spectacle, et même des costumes. Il réalise les programmes et les décors des « Comédiens Routiers », troupe fondée par Léon Chancerel au sein du mouvement scout, et travaille aussi pour le « Théâtre de l’Oncle Sébastien ».

Salle de théâtre avec scène surélevée. René Gabriel
Salle de théâtre avec scène surélevée. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Esprit d’enfance

Le Village des enfants : le « Théâtre municipal ». René Gabriel
Le Village des enfants : le « Théâtre municipal ». Dessin au crayon et à la gouache, 1937 (© René Gabriel. Droits réservés)

Car l’Oncle Sébastien, ancien porte-parole de Viacroze, s’est mué en effigie d’un théâtre pour enfants fondé par Chancerel. Le bonhomme est aussi devenu l’emblème d’une collection de livres pour la jeunesse, les « Albums de l’Oncle Sébastien », illustrés par René Gabriel.

Celui-ci n’a jamais eu d’enfant mais nombre de ses créations manifestent une proximité avec le monde de l’enfance, s’exprimant principalement dans ses papiers peints par des couleurs fraîches, des tracés clairs et des thèmes naïfs.

En 1937, René Gabriel construit le « Village des enfants » de l’Exposition internationale de Paris, décor rural de carton-pâte traversé d’une rivière, où les petits visiteurs peuvent déambuler.

Le Village des enfants, avec présence d'enfants. Jean Collas
Le Village des enfants, avec présence d'enfants. Tirage photographique, 1937 (© photographie Jean Collas. © René Gabriel. Droits réservés)

La notoriété

Pavillon de la France, Groupe des matières premières pour la parfumerie, à l’exposition internationale de New York
Pavillon de la France, Groupe des matières premières pour la parfumerie, à l’exposition internationale de New York. Dessin à la mine de plomb et à la gouache, 1939 (© René Gabriel. Droits réservés)

Au cours des années trente, René Gabriel expose régulièrement au Salon des Artistes Décorateurs (SAD) et, à partir de 1935, il participe chaque année au Salon des Arts Ménagers. L’Exposition internationale de 1937 à Paris, puis celle de New York en 1939, comprennent des pavillons, des halls et des stands entièrement aménagés et décorés par l’artiste.

Son modernisme sensible, encore marginal au milieu des années vingt, rencontre, une décennie plus tard, la tendance devenue majoritaire chez les décorateurs, convertis à l’épure mais rejetant le purisme froid d’une avant-garde radicale.

Pauvres et riches

En 1938, René Gabriel abandonne les Ateliers d’art populaire pour ouvrir son agence à Montparnasse. Maître incontesté du mobilier industriel de qualité, il fait distribuer ses meubles en bois blanc dans les grands magasins, tout en créant aussi de luxueux ensembles sur mesure pour une clientèle aisée.

Dès 1940, la guerre plonge dans le dénuement des milliers de sinistrés. En 1941, le Service des Constructions Provisoires commande pour eux du mobilier d’urgence. René Gabriel exécute alors un nombre considérable de dessins et de plans pour ce type d’équipements.

Chambre d’étudiant sous les combles. René Gabriel
Chambre d’étudiant sous les combles. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)
Bureau d’un dirigeant, mobilier en bois ciré. René Gabriel
Bureau d’un dirigeant, mobilier en bois ciré. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

Consécration d’un visionnaire

Après la guerre, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) sollicite architectes et décorateurs pour redonner un cadre de vie aux plus démunis. Les meubles en série ont prouvé leur nécessité, ils connaissent un franc succès au SAD de 1946. René Gabriel est alors nommé président de la Société des Artistes Décorateurs. Le MRU fait appel à lui pour meubler les cités expérimentales construites après-guerre et, en 1947, il collabore avec Auguste Perret aux nouveaux appartements du Havre.

La même année, il devient chef d’atelier à l’École nationale des Arts décoratifs.

Mobilier pour sinistrés. © René Gabriel.
Mobilier pour sinistrés. Dessin à la mine de plomb sur calque, 1944 (© René Gabriel. Droits réservés)

Les dernières années de sa vie, René Gabriel travaille beaucoup pour l’hôtellerie, un univers aux contraintes familières de petits habitats temporaires meublés en série. En 1949, il supervise la section Hôtellerie du SAD et, la même année, il se voit décerner la Légion d’Honneur.

Postérité

Chambre avec mobilier combiné - René Gabriel
Chambre avec mobilier combiné, le tour de lit devenant table de travail. Dessin au crayon et à la gouache, s.d. (© René Gabriel. Droits réservés)

À la mort de René Gabriel, en 1950, ses idées avant-gardistes triomphent : les équipements modulaires sont devenus courants, les sobres meubles de la Reconstruction dégagent une esthétique intemporelle, prisée parce qu’indémodable.

Aujourd’hui, les intuitions de l’artiste se révèlent prémonitoires à travers le besoin croissant d’équipements pour la précarité et l’urgence, le rejet d’une technologie déshumanisante, ou encore la recherche d’une beauté dictée par les usages et portée par des matériaux simples – le credo des designers.

Retrouvez l'ensemble des archives de René Gabriel dans la bibliothèque numérique de PSL.

Focus conçu et rédigé par Catherine Geoffroy, chef du Pôle documentaire de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs

En savoir plus

CHAUVIN, Élisabeth, GENCEY, Pierre, Utopie domestique : intérieurs de la Reconstruction, 1945-1955. Paris : Éd. Piqpoq ; Ville du Havre , 2014

CHAUVIN, Élisabeth, GENCEY, Pierre, Appartements témoins de la reconstruction du Havre. Bonsecours : Éd. Points de vues ; Ville du Havre, 2007

FERRET, Céline, René Gabriel, architecte-décorateur. Mémoire de DEA, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 2002 [consultable à la bibliothèque de l’EnsAD]

GENCEY, Pierre, Jacques Hitier, modernité industrielle. Paris : Éd. Piqpoq , 2012

GENCEY, Pierre, Marcel Gascoin : design utile. Paris : Éd. Piqpoq ; Ville du Havre , 2011

Art utile, blog de Pierre Gencey 

L’appartement témoin d’Auguste Perret et René Gabriel au Havre

À voir aussi : les céramiques conçues par René Gabriel à la Manufacture de Sèvres et les meubles créés par l’artiste au Musée des Arts Décoratifs.

+ SUR BLOG "ART UTILE" : http://art-utile.blogspot.com/search/label/GABRIEL

"Théorie de l'avant-garde" de Peter Burger (résumé)


Théorie de l'avant-garde de Peter Bürger 
 
Parue en 1974 en Allemagne, la Théorie de l'avant-garde de Peter Bürger a suscité d'importants débats. Elle n'avait pourtant pas été traduite en France jusqu'à présent. Sa publication donne l'occasion d'interroger l'héritage des avant-gardes dites "historiques" (surréalisme, dada, constructivisme russe) dans le contexte de l'art contemporain et, plus largement, de la culture de masse postmoderne, mais aussi de rendre compte de leurs échecs, de leurs "futurs passés" comme de leur réactivation problématique.

Peter Bürger construit un concept d'avant-garde caractérisé par une remise en cause durable de l'idéologie de l'autonomie esthétique et par une attaque massive contre l'institution art en tant que domaine social détaché de la pratique de la vie. Loin de composer un simple récit à propos des mouvements d'avant-garde dans leur diversité, Bürger tente de cerner les conditions de possibilité historique de leur apparition et l'unité sous-jacente de leurs démarches.

S'appuyant sur l'esthétique d'Adorno et, plus largement, sur la théorie de l'école de Francfort, son livre s'inscrit dans une herméneutique critique de la culture, qui prend la mesure des bouleversements introduits par les avant-gardes, tant dans la déconstruction de la "totalité organique" des oeuvres d'art (par le montage, le collage ou le rôle dévolu au hasard) que dans la redéfinition de leur rôle politique - réconcilier utopiquement technique et esthétique, art et praxis.

Les analyses que consacre Peter Bürger au concept d'oeuvre d'art, la distance qu'il prend à l'égard des thèses de Habermas ou de Benjamin, les éclairages historiques qu'il mobilise, comme son souci de distinguer l'autonomie artistique, du point de vue de son histoire et de son ancrage institutionnel, du contenu des oeuvres, font de ce livre un élément majeur pour toute approche des avant-gardes. Son examen de la situation créée par le projet inabouti des avant-gardes, sa description de ce qu'on désigne par "art contemporain" contribuent de façon décisive à la réflexion sur les pratiques artistiques d'aujourd'hui, leur rapport à l'institution art, à la culture et au marché.

À propos de l'auteur

Peter Bürger a enseigné la philosophie et la théorie de la littérature générale et comparée à l'université de Brême. Il est l'auteur de livres traduits dans plusieurs langues, parmi lesquels : Der französische Surrealismus (1971), Zur Kritik der idealistischen Astherik (1983) et La Prose de la modernité (1988), traduit chez Klincksieck en 1995, le seul accessible au lecteur français jusqu'à présent.